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Debussy - Pelléas - TCE juin 2007 (Haitink, ONF, Kožená)

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ouannier
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MessageSujet: Re: Debussy - Pelléas - TCE juin 2007 (Haitink, ONF, Kožená)   Mer 20 Juin - 15:39

Quelqu'un va au TCE ce soir ? Ah ! C'est Pélléas ...
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Xavier
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MessageSujet: Re: Debussy - Pelléas - TCE juin 2007 (Haitink, ONF, Kožená)   Mer 20 Juin - 16:21

ouannier a écrit:
Quelqu'un va au TCE ce soir ?


"Moi, moi... et moooooooiiiii!"
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Xavier
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MessageSujet: Re: Debussy - Pelléas - TCE juin 2007 (Haitink, ONF, Kožená)   Jeu 21 Juin - 3:46

J'étais donc à la représentation de ce mercredi soir, que j'ai cette fois pu voir et entendre en entier!

Par où commencer?
Dans l'ensemble, c'était du très très très bon. Smile

Je commencerais par Haitink et l'orchestre; la direction d'Haitink dans cette ouvrage est donc toujours assez lente, voire très lente par moments.
Dans l'ensemble c'est assez détaillé, assez transparent.
Le début a été un peu en dedans de la part de l'orchestre, ou de Haitink je ne sais pas, toujours est-il que la première scène et même la deuxième m'ont semblées timides.
Par la suite Haitink a davantage lâché les chiens, notamment durant certains interludes où la direction du chef néerlandais s'est faite vraiment lyrique.
La conception plutôt retenue et lente d'ensemble a donné de très belles choses par moments, notamment les scènes les plus mystérieuses ou inquiétantes, comme celle de la grotte (2è acte) et celles des souterrains (3è acte).
A de rares moments on sentait aussi les chanteurs encore décontenancés par la lenteur. (lecture de la lettre au 1er acte)
Finalement ça ne manquait pas trop de dramatisme et de contrastes comme j'avais pu le penser samedi. (c'est le cas de façon plus flagrante dans l'enregistrement d'Haitink d'il y a quelques années)
L'équilibre avec le plateau était excellent (les moments où les chanteurs étaient couverts se comptent sur le doigts de la main, c'était très rare, et très court), et j'en profite pour redire que c'est un grand plaisir d'aller écouter un opéra dans cette salle pourvu qu'on ait une place correcte.

Laurent Naouri est assurément un superbe Golaud.
Voix plus claire que Van Dam (grand titulaire du rôle des 30-40 dernières années), superbe diction (pas un mot ne peut nous échapper malgré l'absence de surtitrage) sans jamais sacrifier au chant, personnage hautement humain qui semble plus victime que jamais, avec des moments de grande poésie au 5è acte notamment.
Jean-François Lapointe est un Pelléas très assuré, en tant que pur baryton il n'a pourtant aucun mal à nous donner des aigus superbes, aussi bien en voix pleine au 3è acte que dans les pianissimi du 4è acte chantés en voix de tête d'une façon exquise, sans que la beauté de la voix n'en soit affectée.
La diction est également très bonne, la présence de la voix et de l'acteur sont remarquables, l'engagement jamais pris à défaut.
Il y a les Pelléas très chantés, les Pelléas très dits, celui-là fait admirablement les deux! Very Happy
Magdalena Kozena ne semble pas faire l'unanimité parmi les critiques et commentateurs divers.
Avec un peu de recul, j'ai l'impression que Mélisande est un des rôles du répertoire pour lesquels il est difficile de trouver deux personnes d'accord sur un type d'interprétation, sur la référence absolue en la matière.
Certains par exemple trouvent que Von Stade est idéale, d'autres la trouvent moyenne, d'autres portent au pinacle Ewing (le sieur David Laughing ) alors qu'elle semble détestée de la majorité, de même Otter ne m'a absolument pas convaincu mais elle semble en avoir convaincu beaucoup...
Ce qui me semble à peu près certain, c'est que Kozena n'est ni la meilleure ni la pire des Mélisande.
La diction moyenne l'empêche d'être tout à fait excellente; la voix est sublime, avec ce petit vibrato serré comme aime David Mr. Green , cette finesse, ce timbre cristallin.
On aimerait dans les moments forts comme le duo du 3è acte ou celui du 4è un peu plus de rondeur et d'intensité vocale, Lapointe étant lui irréprochable à ce niveau-là.
Néanmoins ce n'est pas une Mélisande toujours victime ou désincarnée qu'on a ici, elle est tour à tour jeune femme perdue (I), petite fille espiègle (II), femme sensuelle (III), épouse insoumise (IV), et son Vè acte a été superbe de détachement. On pourrait juste regretter que les intentions soient plus souvent scéniques que vocales; le personnage n'est pas complètement fouillé à ce niveau-là.
Grande satisfaction avec Marie-Nicole Lemieux, peut-être la meilleure Geneviève que j'ai entendue à ce jour.
Non seulement la diction est admirable, mais de plus le tout est dit et chanté avec beaucoup de souplesse et de naturel, sans aucune lourdeur. On échappe ici (et de loin) à la Geneviève vieille gardienne du château à la voix usée et au vibrato décrépit pour avoir une femme mûre qui apporte sérénité et douceur dans ce lieu.
Vraiment idéal. thumleft
On a aussi eu un très bon Arkel avec Gregory Reinhart, excellent chanteur, très très belle voix, bonne présence (là aussi on a échappé au vieillard gâteux), une diction qui m'a semblé assez bonne jusqu'au 5è acte où malheureusement on a commencé à nettement moins le comprendre.
Et on a été gâté parce qu'on s'est même fait plaisir avec Yniold, grâce à Amel Brahim-Djelloul. Quel plaisir d'avoir une vraie soprano tout de même!
Une belle voix, et une crédibilité scénique qui n'en a quasiment pas été affectée, grâce à sa taille modeste et sa coupe de garçonne.
Bonne prestation de Yuri Kissin en médecin.
Les interventions du choeur au 1er acte ont été très correctes.

J'aborde maintenant la mise en scène de Jean-Louis Martinoty, qui apporte à mon sens beaucoup de choses intéressantes.
Il y aurait beaucoup de choses à dire et à relever (et encore, de là où j'étais placé je ratais presque un quart du plateau!), en tout cas je vous recommande de guetter la diffusion sur Arte en septembre et peut-être la sortie DVD.
C'est à la fois beau et intéressant, donc c'est chouette. Smile
Le système d'éclairages au fond (je ne sais pas comment c'est foutu, projections? Toiles?) et de tulles superposées donne de belles choses, des images poétiques qui font parfois penser à Friedrich et permet aux moments opportuns de séparer et réunir astucieusement les personnages. (IV, 3 notamment, la forêt du I aussi)
Le parti-pris d'ensemble est à mon avis très pertinent et respectueux de l'oeuvre; on reste dans un univers sans date précise, mais le drame humain qui se joue n'est ni asceptisé ni désincarné.
Le côté symbolique est mis en valeur, sans qu'on s'en trouve surchargé. (l'utilisation de la fontaine, le triangle de la tour, autant symbole sexuel que représentant le triangle amoureux)
Mélisande, je l'ai déjà dit, est davantage une "vraie femme" qu'on en a l'habitude.
Au 3è acte c'est elle qui envoûte et enveloppe Pelléas de ses cheveux, elle est davantage active que passive.
Au début du 4è acte déjà elle provoque Golaud du regard quand celui-ci commence à ironiser sur ses yeux "d'une grande innocence", et à la fin de l'acte les amants se jetteront presque sur Golaud avec aplomb, ayant pour de bon renoncer à se cacher.
Martinoty nous propose un Golaud très humain et très touchant.
Ses accès de colère sont bel et bien là (IV), mais au début de la scène avec Yniold il semble (d'abord) vraiment vouloir passer un moment avec son fils sans arrière-pensée; ce n'est qu'ensuite que la jalousie le rattrape.
De même qu'au dernier acte il est à la fois dévoré de jalousie, agressant une seconde fois Mélisande (il la fait tomber du lit), mais aussi tendre et rongé de culpabilité.
J'ai beaucoup apprécié la présence d'Yniold et Geneviève lors de plusieurs scènes où ils ne chantent pas, leur présence et leur attitude a donné un peu plus de corps à leurs personnages.
Arkel aussi a semblé plus utile, ne se cantonnant pas au personnage de vieillard complètement impuissant. (il intervient énergiquement lors de la scène du déchaînement de Golaud au IV, aussi bien qu'à la fin du V)
J'oublie encore plein de choses et de bonnes idées...

Les costumes ne m'ont pas spécialement marqué, en tout cas pas dérangé, ils étaient assez beaux dans l'ensemble; c'était plus travaillé pour Mélisande, qui est pieds nus tout du long, sauf à la fin du premier acte quand elle arrive au château, on peut penser qu'elle s'affranchit ensuite des conventions pesantes de la vie du château comme elle s'affranchit de Golaud en jetant d'abord les fleurs dont ses mains sont pleines puis le fameux anneau au début du 2è acte...

On aura remarqué et apprécié la patte d'Hans Schavernoch pour les décors. (il a notamment signé ceux de du Ring de Kupfer à Bayreuth)

Globalement donc: orchestre et direction très bons, distribution exceptionnelle, quasi-irréprochable (avec la petite réserve sur Kozena), mise en scène très bonne.

Enfin je n'en rajoute pas, vous l'aurez compris, c'était un bien beau Pelléas... I love you



J'attends ton compte-rendu Ouannier! Smile


J'ai la chance d'avoir le programme de la production, que j'ai trouvé samedi à la fin de la représentation sur un siège vide. Very Happy
Très intéressant, notamment le texte du metteur en scène, son explication quant à la temporalité de l'oeuvre (le temps qui s'écoule entre les actes, la période de l'année de chaque acte...), ainsi que les dessins des esquisses pour les costumes avec les annotations diverses...
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vartan
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MessageSujet: Re: Debussy - Pelléas - TCE juin 2007 (Haitink, ONF, Kožená)   Jeu 21 Juin - 8:14

Xavier a écrit:


Enfin je n'en rajoute pas, vous l'aurez compris, c'était un bien beau Pelléas... I love you



Oui ! cheers
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Je crois au moment. S'il n'y a pas le moment, à ce moment-là, il faut arriver à ce moment-là, au moment qu'on veut. JCVD
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ouannier
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MessageSujet: Re: Debussy - Pelléas - TCE juin 2007 (Haitink, ONF, Kožená)   Jeu 21 Juin - 16:22

Xavier a écrit:


J'attends ton compte-rendu Ouannier! Smile





Aïe ! Ca y est, la pression ...

J'écrirai une petite critique mais je ne saurais être ni aussi précis ni aussi exhaustif que toi ...
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Xavier
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MessageSujet: Re: Debussy - Pelléas - TCE juin 2007 (Haitink, ONF, Kožená)   Jeu 21 Juin - 16:24

ouannier a écrit:

Aïe ! Ca y est, la pression ...


Mr. Green
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ouannier
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MessageSujet: Re: Debussy - Pelléas - TCE juin 2007 (Haitink, ONF, Kožená)   Ven 22 Juin - 0:16

ouannier a écrit:
J'écrirai une petite critique mais je ne saurais être ni aussi précis ni aussi exhaustif que toi ...


En fin de compte, je crois que je suis parvenu à écrire tout ce que je pense de cette production.


J'ai donc pu moi aussi assister à cette représentation de Pélléas et Mélisande de Claude Debussy au théâtre des Champs-Elysées ce mercredi 20 juin 2007.

Pour rappel :

Direction : Bernard Haitink
Mise en scène : Jean-Louis Martinoty
Décors : Hans Schavernoch
Costumes : Yan Tax
Lumières : André Diot

Pélléas : Jean-François Lapointe
Mélisande : Magdalena Kozena
Golaud : Laurent Naouri
Arkël : Grégory Reinhart.
Geneviève : Marie-Nicole Lemieux
Yniold : Amel Brahim-Djelloum
Le médecin : Yuri Kissin

Orchestre National de France
Choeur de Radio France

Je partage l'enthousiasme de Xavier face à cette production qui rassemble suffisamment de qualités pour qu'on puisse la qualifier d'exceptionnelle, à la fois pour un Pélléas (bien que je n'en connaisse pas beaucoup) mais aussi pour une production opératique en général. Toutefois je suis un peu plus réservé quant à l'apport artistique de certains.


Commençons par l'orchestre :

Il s'est passé quelque chose que je ne me souviens pas avoir ressenti auparavant lors d'un concert ou même d'un enregistrement, et j'ai peur que, tel que je vais la décrire - épreuve difficile -, cette sensation ne vous apparaisse comme un grave défaut alors qu'il s'agirait plutôt d'un compliment.
Il m'a semblé, au moins pendant les trois premiers actes, que l'orchestre suivait son petit bonhomme de chemin, bien tranquillement, sagement et régulièrement, un peu comme un train qui suis son rail et auquel le chef ne fait qu'ajouter du bois dans la chaudière de temps en temps pour le faire avancer, c'est-à-dire un orchestre qui nous raconte une histoire, d'un ton lent et posé, très travaillé, et peut-être un peu froid. Je me suis demandé - et je me demande toujours - si c'est ce qu'il faut pour un Pélléas ou tout au moins si ce parti pris peut fonctionner. Cette musique est si étrange et marginale que les façons de l'aborder et de l'apprécier sont multiples. En cela peut-être Bernard Haitink est dans une lecture de la partition conforme et cohérente avec sa lecture de 2000.
En tous les cas, cette sensation m'a paru très apaisante et relevant d'un grand sérieux mais ne convenant peut-être pas au mieux pour ce que l'on pourrait attendre d'un drame. Mais, encore une fois, cette oeuvre n'est pas un drame comme les autres.
Au cours des quatrième et cinquième actes, ce même orchestre et ce même chef m'ont paru plus passionnés, un peu comme s'il ne s'agissait auparavant que d'une longue introduction et que les choses sérieuses ne commençaient que maintenant. Cette passion - toute relative - ne quittera plus l'orchestre.
Cette partition est entre autres raisons réputée pour la constance de ses nuances. On oscille le plus souvent entre pianissimo, piano, mezzo-piano et mezzo-forte. Rares sont les forte et rarissimes les fortissimo. Je regrette qu'à ces rares endroits, malgré les nuances donc, le plateau ait été accoustiquement recouvert par l'orchestre.

Pour conclure, nous avions là, à mon sens, une lecture très intéressante et très satisfaisante de cette partition inépuisable.


A propos du chant :

Chaque fois que j'entends ce rôle chanté de Pélléas, je reste presque abasourdi devant une tessiture aussi hybride. Ni tout à fait baryton, ni tout à fait ténor, puisqu'il faut aux barytons des aigus que la plupart n'ont pas et aux ténors des graves que la plupart n'ont pas non plus.
Questions : Pourquoi Debussy a t-il pensé vocalement ce rôle de cette manière ? N'y avait-il pas plus simple et aussi efficace ? Qu'apporte au personnage de Pélléas cet entre-deux ? Pour réponse, je me dis que ne convenaient ni le timbre peut-être trop viril d'un baryton entier pour cet adolescent (si tant que l'on peut affirmer qu'il s'agisse bien d'un adolescent) ni le timbre d'un ténor, genre vocal qui, associé à une soprano (ici plus exactement une mezzo-soprano d'ailleurs), et pour un rôle-titre devient presque cliché. Ce choix de Debussy serait-il simplement fait pour se détacher d'une tradition opératique ancienne et ambiante qui consiste à cantonner le duo amoureux dans un duo soprano/ténor ?
Ce choix me paraît en tous les cas excellent et contribue à faire de cet opéra un véritable ODNI (Objet Dramatique Non Identifiable), mais encore faut-il trouver quelqu'un à la mesure de ce rôle.

A mes yeux et mes oreilles, Jean-François Lapointe est à la mesure de ce rôle. Je ne saurais dire si c'est un Pélléas idéal mais celui qu'il nous offre me séduit en tous points. Le timbre qui est le sien est incroyable. Il me paraît incontestablement baryton, mais il a ce qu'il faut d'aigus dans sa tessiture pour assurer, apparemment sans difficultés, les phrases les plus inaccessibles de ce registre. Ses aigus sont très timbrés, très sûrs, très couverts et vraiment très beaux lorsqu'ils sont poitrinés. Lorsqu'il sont en voix de tête, ils sont carrément sublimes. Ce chanteur use en effet de sa voix de tête dans certains aigus pianos de la fin de l'opéra, ce qui éclaire la musique à ces endroits d'une toute autre manière.
Ses graves, surtout au début, sont légèrement engorgés et je ne crains pas de dire que, par endroits, ils sont presque écrasés.
Au final, nous avons une tessiture qui n'est pas des plus homogène, souvent nasale sans que ce soit un problème, car cela contribue au contraire au charme et à l'extraordinaire de cette voix.
Malgré cette interprétation presque magistrale du rôle, je me permets toutefois une petite remarque à propos d’un passage de la dernière scène de l’acte quatre. Jean-François Lapointe a une façon de jeter son « Je t’aime » à Mélisande qui m’a semblé peu naturelle. C’est presque crié. Alors c’est bien sûr volontaire et contrôlé mais je regrette ce choix. Voilà, pardon de chipoter pour si peu alors que le reste est si beau mais ça reste un passage du drame important et j’ai cru bon de le faire remarquer.
Sa diction est parfaite et sa prestation scénique très engagée et tout à fait satisfaisante.


Je suis hélas beaucoup moins ému par la Mélisande de Magdalena Kozena. La seule qualité que je lui trouve est sa beauté et sa féminité. La robe rouge et ce bandeau autour des yeux lors de la première scène de l’acte deux la rendent vraiment séduisante et l’on comprend l’attirance de Golaud et de Pélléas pour elle. Mais le problème est qu’elle n’a pas de présence scénique. Je l’ai trouvée effacée et elle rend de cette manière le personnage falot et insipide, ce qui est une très grave erreur. Le drame en pâtit.
Vocalement, la voix est belle mais je ne lui trouve pas d’intérêt particulier. Au contraire, ce petit vibrato serré m’agace un peu et ne facilite pas la compréhension du texte qui reste obscur à trop d'endroits surtout pour les personnes dont l'oeuvre est une découverte. Je suis donc très réservé sur la pertinence de la distribution pour ce rôle. Je précise que je n’ai jamais entendu cette chanteuse auparavant.


Le Golaud de Laurent Naouri ne m’a pas semblé vraiment différent de celui qu’il proposait il y a sept ans de cela avec le même chef, le même orchestre et dans la même salle, à ceci près que j’ai pu apprécier sa présence physique sur scène, chose qui m’était évidemment impossible avec le disque compact pour seul support.
Je suis toujours aussi enthousiaste envers ce chanteur et ce qu’il fait de ce personnage. C’est très puissant, tant vocalement que scéniquement. Il est présent partout et tout le temps. Avec lui, Golaud devient alors le personnage pour lequel j’éprouve le plus de pitié. Il devient une sorte de petit Othello.


Arkël a ceci de formidable qu'il a une présence scénique terrible. Il a à la fois cette sagesse qu'on lui connaît mais il gagne avec cet interprète et cette mise en scène en autorité et en importance.
Vocalement, je ne suis pas client. La diction est objectivement incompréhensible et je n'aime pas beaucoup le timbre, je ne sais pas trop pourquoi.


Pour la mise en scène :

Je ne serai pas bon juge puisque j'ai pu suivre à peine plus de 50% de ce qu'il se passait. J'étais assez mal placé. D'habitude, je critique durement un spectacle pendant lequel je suis mal installé, mais aujourd'hui, je serai clément Mr. Green.

Ce que j'ai vu est vraiment très beau. Décors, éclairages, costumes et mise en scène. C'est difficile de parler quand on ne voit pas tout et que le peu que l'on voit est au prix de l'effort, je me contenterai donc de mettre en relief ce qui m'a le plus touché.

Visuellement, le premier tableau représente une forêt, comme dans le livret donc, grâce à des rideaux de tulle au travers desquels nous voyons les chanteurs. C'est beau et réussi.

Lors de la première scène du deuxième acte, Pélléas et Mélisande font leur entrée dans un mélange de jeu à la colin-maillard (Mélisande a les yeux bandés) et de danse. Mélisande est vêtue d'une robe rouge qui sied très bien à ces longs cheveux blonds.

Lors de la deuxième scène de ce deuxième acte, après que Golaud ait été porté dans son lit par les serviteurs (il vient de tomber de cheval), Mélisande se met à pleurer et lui dit, alors que Arkël, Yniold et Geneviève qui ont accompagné le blessé sont toujours présents : "Je suis... je suis malade aussi..."
Cette confidence, et surtout la réaction de Golaud, est d'autant plus touchante qu'elle est faite devant des gens à qui on cache ordinairement ces sentiments. Les proches se retirent d'ailleurs aussitôt qu'ils se rendent comptent que ce qui se déroule ne les regarde plus.
On dirait un détail mais j'ai trouvé que ça apportait vraiment quelque chose à cette scène.

La première scène du troisième acte est aussi très belle. (Intéressant n'est-ce pas ? Laughing )

Je regrette une scène plus spectaculaire pour les souterrains du château. Peut-être que de là où j'étais je suis passé à côté, mais je n'ai remarqué simplement aucun jeu d'ombre alors qu'il y a la possibilité de faire quelque chose de formidable je pense dans cette scène, notamment avec la lanterne au bras de Golaud.

La quatrième scène, celle avec le petit Yniold, est l'une des scènes les plus terribles de cette oeuvre. L'innocence enfantine confrontée au presque machiavélique Golaud. Ici, ce qui fait la tension, c'est surtout la performance de Laurent Naouri, de plus en plus rongé par la jalousie et donc de plus en plus incontrôlable et terrifiant.

Acte IV, scène 3, la métaphore Golaud/quartier de roc est intéressante.

Avant-dernier tableau, lors du dialogue entre Pélléas et Mélisande, une fine épaisseur de tulle les sépare et cré un vrai obstacle physique entre eux deux ; puis, aussitôt après qu'ils se soient mutuellement déclaré leur amour, sur les mots de Pélléas : "On a brisé la glace avec des fers rougis !..." le rideau de tulle se lève, il n'y a plus de séparation physique entre les amants et ils commencent de s'enlacer.
Plus tard, allongés sur le sol, s'enlaçant, juste avant que Mélisande ne s'aperçoive de la présence de Golaud, Pélléas aura commencé de soulever la jupe de Mélisande, action qui préfigure l'acte sexuel Embarassed.
Je n'avais jamais envisagé cette scène avec autant de sensualité mais en fait c'est exactement ça.

Le dernier acte est un chef-d’œuvre de mise en scène. Tout se passe dans la tête de Mélisande. A ce sujet je n'en dirai pas plus.
Golaud, pendant un long moment au sommet d'un socle reste dos au public et fait face à un décor représentant une mer agitée : référence évidente à Caspar David Friedrich et à sa toile Le voyageur contemplant une mer de nuages.


Il y a quelques passages important du drame que je n'ai pas relevés, sans doute parce qu'à ses moments, la mise en scène ne m'a pas parue, du haut de mon poulailler Confused, vraiment passionnante.


Voilà ce que je peux dire sur cette production que nous devrions pouvoir regarder à la télévision le 22 septembre prochain sur Arte. Je vous la recomande vivement, et à tous. pour ma part, je ne louperais ça pour rien au monde.

C'est donc globalement un magnifique Pélléas et Mélisande de Debussy que nous avons eus là, avec une mention spéciale pour Jean-Louis Martinoty, Jean-François Lapointe et Laurent Naouri.
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MessageSujet: Re: Debussy - Pelléas - TCE juin 2007 (Haitink, ONF, Kožená)   Ven 22 Juin - 0:18

Citation:
En fin de compte, je crois que je suis parvenu à écrire tout ce que je pense de cette production.

lol! cheers hehe Mr. Green
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MessageSujet: Re: Debussy - Pelléas - TCE juin 2007 (Haitink, ONF, Kožená)   Ven 22 Juin - 0:23

Merci à vous deux pour ces relations de concert. Wink
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MessageSujet: Re: Debussy - Pelléas - TCE juin 2007 (Haitink, ONF, Kožená)   Ven 22 Juin - 0:23

Sauron le Dispensateur a écrit:
Citation:
En fin de compte, je crois que je suis parvenu à écrire tout ce que je pense de cette production.

lol! cheers hehe Mr. Green


Te moque pas, ça m'a pris des heures ce truc ! Laughing
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MessageSujet: Re: Debussy - Pelléas - TCE juin 2007 (Haitink, ONF, Kožená)   Ven 22 Juin - 0:25

ouannier a écrit:
Sauron le Dispensateur a écrit:
Citation:
En fin de compte, je crois que je suis parvenu à écrire tout ce que je pense de cette production.

lol! cheers hehe Mr. Green


Te moque pas, ça m'a pris des heures ce truc ! Laughing

Je me moque pas je te taquine... hehe Ton compte-rendu est très intéressant... Je me dis, en te lisant, que j'aurai bien aimé y être en fin de compte!
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MessageSujet: Re: Debussy - Pelléas - TCE juin 2007 (Haitink, ONF, Kožená)   Ven 22 Juin - 0:34

ouannier a écrit:
Questions : Pourquoi Debussy a t-il pensé vocalement ce rôle de cette manière ? N'y avait-il pas plus simple et aussi efficace ? Qu'apporte au personnage de Pélléas cet entre-deux ?


Pour ma part je pense que Debussy a pensé à un ténor, tout comme il a pensé à une soprano pour Mélisande.
Mais son type de chant et de déclamation l'amène à écrire beaucoup dans le grave des tessitures, pour que le texte soit le plus intelligible et se rapprocher de la voix parlée. (cf ma réflexion de l'autre jour sur le fait que l'on parle plutôt dans le grave de sa tessiture chantée)
Il y a dans ce rôle des sol et la pianissimo, un la en voix pleine... Il faut être un drôle de baryton tout de même.
Le rôle ne descend qu'au do, note habituellement considérée comme la plus grave du ténor. Donc a priori tout ténor un tant soit peu armé en graves peut chanter ce rôle, surtout que ces graves parlés-chantés ne sont pas submergés par l'orchestre.
Mais ton explication ne manque pas d'intérêt non plus.
Je ne vois cependant pas Debussy chercher de nouvelles couleurs vocales, un nouveau type de voix comme Wagner avec son baryton-basse hyper-large de Wotan, ses mezzos dramatiques à la Kundry, Ortrud et ses heldentenors.
La tessiture n'est pas énorme finalement, do jusqu'au la, pour Mélisande c'est du même ordre, je crois que ça ne monte même pas aussi haut.

ouannier a écrit:
Malgré cette interprétation presque magistrale du rôle, je me permets toutefois une petite remarque à propos d’un passage de la dernière scène de l’acte quatre. Jean-François Lapointe a une façon de jeter son « Je t’aime » à Mélisande qui m’a semblé peu naturelle. C’est presque crié. Alors c’est bien sûr volontaire et contrôlé mais je regrette ce choix. Voilà, pardon de chipoter pour si peu alors que le reste est si beau mais ça reste un passage du drame important et j’ai cru bon de le faire remarquer.


Moi j'ai bien aimé, ça fait son effet.
Après, ça se discute...
D'ailleurs d'une manière générale j'ai goûté les vrais silences donnés par Haitink et le temps pris par les chanteurs à dire certaines répliques qui le nécessitaient.

ouannier a écrit:
Je suis hélas beaucoup moins ému par la Mélisande de Magdalena Kozena. La seule qualité que je lui trouve est sa beauté et sa féminité. La robe rouge et ce bandeau autour des yeux lors de la première scène de l’acte deux la rendent vraiment séduisante et l’on comprend l’attirance de Golaud et de Pélléas pour elle. Mais le problème est qu’elle n’a pas de présence scénique. Je l’ai trouvée effacée et elle rend de cette manière le personnage falot et insipide, ce qui est une très grave erreur.


C'est dingue, j'ai vraiment trouvé l'inverse, pour moi c'était une Mélisande riche et intéressante, mais c'est vrai, comme je l'ai dit, plus par les intentions du metteur en scène que par les nuances de Kozena.
Enfin, pour moi la voix en elle-même est vraiment idéale pour le rôle, ce qui me pousse justement à regretter qu'elle n'ait pas fait encore mieux.
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MessageSujet: Re: Debussy - Pelléas - TCE juin 2007 (Haitink, ONF, Kožená)   Ven 22 Juin - 0:50

J'ai également trouvé que la direction de Haitink était parfaite et cohérente, ce n'est pas du grand spectacle, qui donne parfois à la musique de Debussy une sonorité de musique de film des années 50, ou du contemplatif béat comme je trouve qu'on entend trop souvent dans Debussy à l'orchestre ou au piano.

C'était joué avec beaucoup de subtilité et de simplicité, je n'ai pas senti ça si lent.

J'ai aussi trouvé la Mélisande de Kozena très touchante dans son incarnation du personnage, très humaine, pas du tout une créature éthérée ou une cruche sur scène. Sa voix a un timbre magnifique qu'elle met bien en valeur tout en conservant le style parlé/chanté de cette opéra. Si elle avait eu une diction un schtouilla meilleur ça aurait été génial pour moi.

Le Golaud de Naouri était très très bon, bon acteur, il permet de suivre les évolutions psychologiques du personnage et son désarroi final.

Par contre j'ai moins cerné le Pelléas de Lapointe que j'ai trouvé un peu plus statique, encore que son chant était très beau.

Les costumes de loin m'ont paru splendides, bien coupés, couleurs magnifiques, broderies, en accord avec toute la mise en scène d'une grande beauté avec des éclairages fascinants.

Ca convenait vraiment bien à l'oeuvre, c'est assez littéral et dans le style original, mais pas du tout ringard ni purement décoratif, il y avait tout un jeu d'acteurs et une construction de l'action grâce au toiles de tulles sur scène.

J'ai vraiment ressenti l'ambiance du lieu, mystérieux, sombre ou parfois lumineux, les oppositions entre intérieur et extérieur.

Pour moi, une vraie réussite bounce
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MessageSujet: Re: Debussy - Pelléas - TCE juin 2007 (Haitink, ONF, Kožená)   Ven 22 Juin - 0:59

Morloch a écrit:

Les costumes de loin m'ont paru splendides, bien coupés, couleurs magnifiques, broderies, en accord avec toute la mise en scène d'une grande beauté avec des éclairages fascinants.


Je n'en ai pas parlé mais c'est vrai que certains éclairages sont magnifiques. Ils proviennent parfois d'un angle spécifique et ne baignent qu'une certaine partie de la scène de teintes toujours très soignées...

Tu es venu mercredi ?
Nous nous sommes peut-être croisés. Very Happy
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MessageSujet: Re: Debussy - Pelléas - TCE juin 2007 (Haitink, ONF, Kožená)   Ven 22 Juin - 1:10

non non j'étais là samedi, j'ai aperçu Xavier décomposé hehe mais apparemment tout est bien qui finit bien king
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MessageSujet: Re: Debussy - Pelléas - TCE juin 2007 (Haitink, ONF, Kožená)   Ven 22 Juin - 1:13

Morloch a écrit:
non non j'étais là samedi, j'ai aperçu Xavier décomposé hehe mais apparemment tout est bien qui finit bien king


Sauf pour compte en banque mais c'est pas grave. Smile
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MessageSujet: Re: Debussy - Pelléas - TCE juin 2007 (Haitink, ONF, Kožená)   Ven 22 Juin - 1:33

J'ai lu ça quelque part et j'ai trouvé ça intéressant, d'autant que c'est aussi ce que je pense, sans avoir pensé à le dire.


Citation:
Le Pelléas de Jean-François Lapointe, étonnamment viril et mature, échappait au portait classique de l’adolescent candide.


Puis la personne ajoute ceci :


Citation:
La conception d’un Pelléas viril pourrait nuire au bon équilibre psychologique du drame en ne différenciant pas suffisamment les caractères intrinsèques des deux frères : pourquoi diantre Mélisande serait-elle attirée par un double de Golaud ?

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MessageSujet: Re: Debussy - Pelléas - TCE juin 2007 (Haitink, ONF, Kožená)   Ven 22 Juin - 1:42

Je ne comprends pas.

Ce n'est pas parce que Pelléas serait également viril qu'il serait un double de Golaud.
Il y a de quoi faire pour avoir des différences entre les deux...

Ouannier tu en penses quoi de mon explication sur la tessiture de Pelléas? (message de 0h34)
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Morloch
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MessageSujet: Re: Debussy - Pelléas - TCE juin 2007 (Haitink, ONF, Kožená)   Ven 22 Juin - 9:07

mais plus simplement, est ce qu'il n'a pas utilisé un type de baryton Martin spécifique à l'opéra français et pour lequel il y avait tout un répertoire à l'époque ?

la voix de Pélleas paraît aujourd'hui une exception, alors qu'une grande partie du répertoire français du XIX n'est plus jamais joué, mais dans un autre contexte cela pouvait être une norme. D'autant plus que Debussy n'est pas du genre a utiliser telles quelles les types de voix de l'opéra italien ou allemand.
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MessageSujet: Re: Debussy - Pelléas - TCE juin 2007 (Haitink, ONF, Kožená)   Ven 22 Juin - 10:13

Xavier a écrit:
Ouannier tu en penses quoi de mon explication sur la tessiture de Pelléas? (message de 0h34)


Elle me paraît être une explication tout à fait plausible et même pertinente. Le fait que Debussy ait peu à peu, au cours de la maturation de cet opéra (qu'il a mis pas loin de 10 années à écrire donc), "déténorisé" le rôle dans le sens d'une "barytonisation" (pas mal hein ? Laughing ) dans le but d'être plus en phase avec sa prosodie me paraît tout à fait cohérent. Mais il ne faut pas pour autant exclure en effet toutes les autres d'explications rationnelle.
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Debussy - Pelléas - TCE juin 2007 (Haitink, ONF, Kožená)

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