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Médée (Charpentier)

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Le vieux roi d'Allemonde
Mélomane du dimanche



Age : 27
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MessageSujet: Médée (Charpentier)   Sam 22 Avr - 12:18

J'ai découvert des extraits de Médée avec Stéphanie d'Oustrac dans le DVD "Un automne musical à Versailles", ç'avait l'air parfaitement enthousiasmant, du coup je me suis jeté sur la version de William Christie de 84, mais là, ça sonne tout de suite beaucoup plus froid, orchestre tout maigrichon, etc. Y a-t-il une version moderne et pêchue , si vous me passez l'expression (que diraient mes loyaux sujets en Allemonde s'ils m'entendaient...) sur disque ? Le DVD présentant l'intégrale de la version Niquet avec la d'Oustrac est-il recommandable ?
Merci !
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adriaticoboy
Mélomaniaque



Age : 26
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MessageSujet: Re: Médée (Charpentier)   Sam 22 Avr - 16:37

Mon pauvre ami, je crois que les quelques baroqueux présents sur ce forum n'aiment pas trop Charpentier... et encore moins Hervé Niquet!
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Le vieux roi d'Allemonde
Mélomane du dimanche



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MessageSujet: Re: Médée (Charpentier)   Sam 22 Avr - 22:09

Diable, effectivement, je viens de découvrir ce qu'en disait Stanislas Lefort début mars (http://classik.forumactif.com/viewtopic.forum?t=20&postdays=0&postorder=asc&start=15), ça n'est guère rassurant. Tant pis, il semble de toutes manières qu'il faille se contenter des versions de Christie.
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vartan
Papa pingouin



Age : 42
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MessageSujet: Re: Médée (Charpentier)   Sam 22 Avr - 22:19

Très bien Christie.
Charpentier c'est pas Rameau de toute façon, et Médée ne porte pas au "péchu". L'atmosphère tragique y reste saisissante.

Et pour les baroqueux et Charpentier, il faut absolument écouter sa musique sacrée, la plus belle du répertoire français (leçons de ténèbres, ses histoires sacrées).
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Seule, comme la lampe des vierges sages, veillait dans une chambre haute, au coeur de deux filles silencieuses, la froide ardeur de la Réforme.
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DavidLeMarrec
Mélomane inépuisable



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MessageSujet: Re: Médée (Charpentier)   Dim 23 Avr - 10:39

Il n'y a que trois versions de Médée disponibles (hors les extraits dirigés par Nadia Boulanger qui circulent et ne ressemblent pas à grand chose : à l'étalon de l'harmonie romantique et sans le sens de la danse, cette musique est dépourvue d'intérêt...).

Christie I, 1984. C'est un pur studio (pas de préparation à la scène).
Avantages :
Il y a de belles trouvailles (l'évocation du dragon), et le français de Jill Feldman est compréhensible de bout en bout. Ragon a tout de Jason, à la fois héroïque, tendre et veule. On bénéficie en outre de la toujours excellente Agnès Mellon en Créüse.
Manques :
L'orchestre est en effet un rien étriqué, marque de fabrique de Christie. On peut trouver le format de Jill Feldman un rien léger, pas assez inquiétant pour Médée.

Christie II, 1994. Réalisé suite aux représentations avec Villégier. La notice contient en outre un texte exceptionnel du metteur en scène sur la structure et l'intérêt dramatique, l'intérêt de Médée. Ca vole très, très haut.
Avantages :
Orchestre peut-être un rien plus rond, mais Christie reste Christie. Lorraine Hunt-Lieberson, l'épouse de ce cher Peter était pendant les représentations évitée par tous ses collègues, tant l'énergie maléfique qu'elle dégageait en Médée terrifiait tout le monde, même une fois le rideau retombée. La voix est large sans être lourde, sombre, inquiétante, un gouffre béant prêt à contenir la tragédie. Le français est impeccable. Hélas, il est prononcé trop en arrière, ce qui le rend inintelligible sans le livret - c'est aussi ce léger retrait du son qui lui donne cette couleur homogène et ce son rond, enveloppant. Elle maîtrise toutes les facettes de Médée, même s'il culmine évidemment au III avec l'invocation des Enfers.
Mark Padmore est absolument délicieux, la voix bien plus flatteuse que celle de Gilles Ragon. Il n'a peut-être pas la même variété de ton, en restant toujours dans le galant, mais il réussit à merveille les trois duos d'amour - un sommet dans l'histoire du duo d'amour occidental, sur mon podium personnel avec ceux de Thora et Callirhoé. Grâce à son legato bien supérieur, sans doute. Alors, élégance suprême contre caractérisation parfaite, je laisse choisir... Monique Zanetti est souvent peu aimée, mais sa Créüse est parfaitement tenue, et délicieuse, sans peut-être le miel d'Agnès Mellon, mais plus que suffisante en elle-même. Et Bernard Deletré est à son habitude assez peu à l'aise dans les rôles royaux, avec son émission fruste et sa manière parfois brutale de faire passer ses intentions. Ses limites vocales plus que sa bonne volonté sont en cause. Et comme Christie aime bien ce genre d'effets, on en a pour notre argent dans la scène de folie. Confused
Manques :
Tout est dit plus haut, l'orchestre reste celui de Christie, même si l'on sent plus de familiarité. Il y a cependant des trouvailles qui disparaissent, et la scène des enfers agace par le chant volontairement nasal des esprits, plus ridicules ou pittoresques que saisissants. Dommage, la scène est admirablement négociée.
On peut regretter de ne pouvoir comprendre la magistrale Hunt, la splendide uniformité de Padmore, les seconds rôles, mais tout cela est affaire de goût purement personnel.


Hervé Niquet. Un concert en DVD. Le problème est qu'il y a des coupures : tout le Prologue, et de nombreuses danses. H. Niquet les juge témoins d'un temps et d'une esthétique révolues - ce qui ne laisse pas d'amuser, lorsqu'on voit qu'il tient aux instruments d'époque et fait réaliser des éditions critiques exprès pour son usage.
Avantages :
L'orchestre, charnu, rond, fougueux, varié, avec des cordes et des bois hors du commun. La direction, qui fourmille de vraies idées. L'urgence dramatique du tout. On dispose d'une Médée assez idéale en la personne de Stéphanie d'Oustrac, bien loin de ses problèmes vocaux dans le répertoire du XIXe : on comprend assez bien ce qu'elle dit (pas au point de Feldman, mais on peut suivre globalement), le style est parfait, le feu omniprésent sous un masque tragique parfaitement tenu, la voix intrinsèquement belle, la composition exaltante. Les autres rôles sont peut-être moins caractérisés que chez Christie, mais très sont loin de démériter, notamment Jason - puisque l'équipe fonctionne en tant que telle, et admirablement.
Manques :
On le voit, Niquet tient sans contexte le haut du pavé. Là où Christie intéresse, Niquet bouleverse. Néanmoins, il manque tout le Prologue et les coupures sont nombreuses - quasiment un tiers de l'oeuvre manque...


A mon avis... Il vaut mieux suivre Niquet, surtout si tu as aimé ce que tu as entendu, parce que les coupures sont faites intelligemment, et que tout fonctionne merveilleusement. Le Prologue est nettement plus faible que le reste de Médée (ce qui n'est pas le cas de la plupart des autres oeuvres de ce répertoire, attention), aussi on peut le découvrir ultérieurement.
Néanmoins, je recommande, après, une fréquentation de l'un des deux Christie pour profiter des passages omis par Niquet. La différence de plaisir est telle que je ne crois pas que l'intégralité soit suffisante pour trancher, c'est dire !

Quel Christie ? Pour ma part, j'en suis venu à préférer, en fin de compte, la version I. Parce que j'aime la clarté du français, que le petit format de Feldman ne me gêne pas du tout, que la caractérisation variée de Ragon me ravit (et que sa voix me suffit), que j'adore Mellon, que Christie y fait de belles explorations. Mais si l'on préfère la terrifiante Hunt et l'instrument fabuleux de Padmore, on dira l'inverse.
La discographie (malgré l'orchestre que je trouve aussi un peu mince) est un ravissement, de toute façon.


Voilà pour ces quelques pistes, à toi de voir avec ça.
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DavidLeMarrec
Mélomane inépuisable



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MessageSujet: Re: Médée (Charpentier)   Dim 23 Avr - 10:41

vartan a écrit:
Charpentier c'est pas Rameau de toute façon, et Médée ne porte pas au "péchu".

Je ne sais pas ce que c'est, mais je suis certain que ça doit très bien s'y prêter. Laughing

Citation:
L'atmosphère tragique y reste saisissante.

Mais ça n'empêche nullement l'urgence dramatique.


Tu parles de quelle version de Christie ?
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vartan
Papa pingouin



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MessageSujet: Re: Médée (Charpentier)   Dim 23 Avr - 13:36

C'est la version 84, que j'ai été acheter juste après avoir assisté au Médée de Christie à Strasbourg (ça devait être en 92?). J'en étais resté "comme deux ronds de flan" (diantre d'où peut bien venir cette expression?).

Ce qui m'a conquis dans cette version (je dois dire que je ne connais pas les autres et ai peu envie de le faire) c'est le caractère "théatre", étant lecteur des tragiques grecs (Euripide et Sénèque ont écrit chacun une Médée), j'y retrouve ce soucis du verbe, cette pudeur des passages les plus effrayants, ce pathos digne et la fascination mélée de sympathie pour cette femme terrifiante et héroïque, j'irai presque dire que la musique accepte de s'effacer derriere ce texte magnifique.

Les "acteurs" de cette tragédie (Feldman, Mellon qui me fait pleurer dans sa scène d'agonie et Ragon) réalisent un ensemble homogène dove la parola è più importante che la musica.
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DavidLeMarrec
Mélomane inépuisable



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MessageSujet: Re: Médée (Charpentier)   Dim 23 Avr - 16:21

vartan a écrit:
C'est la version 84, que j'ai été acheter juste après avoir assisté au Médée de Christie à Strasbourg (ça devait être en 92?). J'en étais resté "comme deux ronds de flan" (diantre d'où peut bien venir cette expression?).

Ce qui m'a conquis dans cette version (je dois dire que je ne connais pas les autres et ai peu envie de le faire) c'est le caractère "théatre", étant lecteur des tragiques grecs (Euripide et Sénèque ont écrit chacun une Médée),

Point de vue extrêmement différent, d'ailleurs. J'aime beaucoup les passages argumentatifs chez Sénèque. Médée est tout un système, chez lui !

Il y a aussi la source première, chez Apollonios.


Citation:
j'y retrouve ce soucis du verbe, cette pudeur des passages les plus effrayants, ce pathos digne et la fascination mélée de sympathie pour cette femme terrifiante et héroïque, j'irai presque dire que la musique accepte de s'effacer derriere ce texte magnifique.

Il y a moins cette pudeur chez Niquet, c'est incontestable, mais l'ampleur et le drame sont encore plus grands.


Citation:
Les "acteurs" de cette tragédie (Feldman, Mellon qui me fait pleurer dans sa scène d'agonie et Ragon) réalisent un ensemble homogène dove la parola è più importante che la musica.

En plus, le poème de Thomas Corneille est extrêmement réussi, je suis bien d'accord.
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vartan
Papa pingouin



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MessageSujet: Re: Médée (Charpentier)   Dim 23 Avr - 16:46

DavidLeMarrec a écrit:

Il y a moins cette pudeur chez Niquet, c'est incontestable, mais l'ampleur et le drame sont encore plus grands.


Bon, je vais aller écouter ça, j'ai souvent de bons conseils ici!
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Médée (Charpentier)

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