Siegfried, DVD de Weimar. (St Clair à la baguette, mise en scène de Michael Schulz)

(sur la pochette on peut voir Alberich et Hagen, je précise car ce n'est pas forcément évident!)
Enormément de choses à dire sur la mise en scène, j'aurais du mal à bien en parler, certaines choses ne sont pas claires, et j'ai regardé ça de façon trop étalée sur plusieurs choses.
En tout cas c'est dans la lignée des volets précédents et il y a une certaine cohérence d'ensemble. (le volet le plus réussi pour l'instant étant pour moi la Walkyrie)
Pour résumer, c'est le Siegfried le plus noir qu'il m'ait été donné de voir jusqu'à présent, alors que c'est censé être le volet plus léger du Ring pour Wagner, le scherzo de l'oeuvre, presque son intermède avant le grand final tragique, et le seul qui ait une fin vraiment heureuse.
Ici tout est noirci autant que possible.
Alors qu'on voit d'habitude le Wotan vieilli plus sage que précédemment, prenant du recul, ayant accepté son destin, il se promène ici tout du long avec ses acolytes Donner et Froh qui lui servent d'hommes de main et qui accomplissent toutes sortes de cruautés envers tous les personnages manipulés par Wotan mais qui ne lui sont plus d'aucune utilité. (meurtre d'Erda, viol et meurtre de l'oiseau, ici une jeune fille avec une coiffure à la Daryl Hannah dans Blade Runner... Représentation du viol de la nature sans doute.)
Le happy end lui aussi est complètement noirci car au moment des derniers accords apparaît Hagen surveillant les amants.
La fin du premier acte est assez étrange, avec plein de personnages présents (Alberich, Fafner, Hagen...) qui semblent venir d'un cauchemar (Alberich répétant toujours le même geste, prenant conscience de la perte de son doigt et de l'anneau) ou bien annoncer les péripéties à venir. (Hagen et Siegfried enfants mimant déjà une lutte future)
Mime, qui dit être à la fois la mère et le père de Siegfried, est habillé en femme de ménage et affublé d'une perruque qui le féminise; Siegfried tranchera sa tête et Alberich la prendra comme trophée.
D'une manière générale on évite quand même assez la laideur générale des mises en scène type Regieteater comme celle du DVD de Stuttgart.
La scène du réveil de Brünnhilde est même franchement belle (la fin de la Walkyrie est bien reprise avec la même silhouette volante de Brünnhilde qui, quand elle est réveillée, se présente à Siegfried avec la robe de mariée offerte par son père) et le côté mythologique n'est pas complètement évincé.
En revanche il y a toujours des choses curieuses auxquelles il faut s'habituer comme cette vieille femme qui joue Grane et qui même ici se dédouble pour préparer le repas de noces de Brünnhilde et Siegfried.
Comme pour les volets précédents, on a ici une distribution des plus correctes, toujours à l'exception de Wotan, ici tenu de façon catastrophique par Tomas Möwes. (vibrato sur deux tons, du coup justesse complètement mise à mal, aigüs braillés n'importe comment)
Les rôles de Wotan et Alberich ont donc été échangés par rapport à l'Or du Rhin, puisque c'est Mario Hoff qui tient celui d'Alberich, de façon plutôt moyenne, mais sans désagréments excessifs.
En revanche pour Siegfried et Brünnhilde on a ici d'assez belles incarnations.
Johnny van Hall, qui a déjà entendu parler de ce type?
Parce qu'il chante assez crânement Siegfried, sans avoir l'air de souffrir outre mesure en plus.
Le timbre est même assez beau, il est capable d'instants assez poétiques, la puissance ne fait pas défaut, pas de problèmes de tessiture... Bon dans l'ensemble ça n'est pas hyper fin et pas irréprochable, mais c'est plus qu'honorable!
Après il faut adhérer à sa prestation scénique, c'est un grand gaillard costaud de presque 1m90, qui n'a évidemment pas l'âge de Siegfried... Mais qui donne un vrai personnage, finalement assez sympathique.
Catherine Foster est toujours une belle Brünnhilde, là aussi beau timbre, aisance sur toute la tessiture, actrice assez sympathique... Dommage pour les imprécisions de justesse et de rythme vers la fin.
Fafner moyen d'Hidekazu Tsumaya, Erda correcte de Nadine Weissmann, et belle performance de Frieder Aurich, qui chante réellement le rôle de Mime d'un bout à l'autre, tout en offrant une incarnation convaincante. (le personnage, présenté comme un vrai faible et presque un gentil, est moins manipulateur qu'à l'accoutumée, moins givré aussi peut-être)
L'orchestre sonne toujours un peu insuffisant, et la direction de Carl St Clair assez impersonnelle, mais ça se tient sans problèmes particuliers.
Pour vous faire une petite idée, voici une vidéo avec des extraits:
http://www.nationaltheater-weimar.de/frontend/index.php?page_id=52&v=repertoire_detail&pi=936&i=0&mid=13&step=4#SubNav (il ne s'agit pas précisément d'images du DVD, mais d'extraits d'une autre soirée, c'est d'ailleurs John Keyes qui chante Siegfried ici)
Des extraits des 4 volets, cette fois tirés des DVD:
http://wagneropera.blogspot.com/2009/02/weimar-ring-to-be-released-on-dvd-in.html