Disposition : Date - Chef - Amfortas, Gurnemanz, Parsifal, Kundry - Lieu
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Le problème est que mes versions favorites sont toutes (à Kraus près) hors commerce... Je les cite rapidement pour mémoire :
- Boulez 2004 Bayreuth : pour le sens dramatique, l'allant, la clarté, les textures debussystes. Et des chanteurs tous très sensibles au mot : De Young, Wottrich, Marco-Buhrmester, Wegner, Holl.
- Jordan 2005 Genève : Direction d'une volupté ineffable, et excellents chanteurs également, aux sommets desquels Reiter, Gurnemanz à la voix claire et au contage inégalé. On y trouve aussi Lang, Gambill, Skovhus.
Autre version passionnante :
- Gergiev 2003 Met : avec Urmana, Domingo, Struckmann, Putilin, Pape. Le pan très "temporel" de Parsifal. Pas une once de mysticisme, de l'hédonisme partout. Troublant - on se croirait à l'acte III des Gezeichneten même pendant la Messe !
Autres versions un peu plus inégales, mais indispensables à certains points de vue :
- Leopold Ludwig 1971 Met. Attention les yeux : Irene Dalis + Sandor Konya + Thomas Stewart + Cesare Siepi. L'allemand de Siepi, tout comme son français, est parfait, et on lui trouve des talents de diseur insoupçonnés. Comme on le disait sur le fil Don Giovanni, il faut l'entendre à l'époque de la maturité. Exceptionnel en tout point. Le problème est que la direction de Ludwig est mollassonne en diable, et qu'on ne revient pas si souvent que ça à cette version.
- Horenstein 1973 Covent Garden. Pas passionnant orchestralement, bien que tout à fait réussi, mais on dispose du Gurnemanz très dramatique de Martti Talvela, le plus passionnant des Gurnemanz avec Reiter, Siepi et Pape, tous trois jamais enregistrés non plus.

Ce préambule fait, je me lance. Je ne commenterai que les versions que j'ai suffisamment fréquentées pour en dire quelque chose. Les autres, je vous laisse compléter.
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Discographie CD : 1936 - Busch - Singher, Kipnis, Maison, Lawrence - Buenos Aires
=> Une direction nerveuse, une distribution remarquable. C'est tout à fait recommandé, surtout si on aime Lawrence on qu'on ne redoute pas les sons un peu étroits de la prise de son, qui semble faite dans un tube.
1938 - Bodanzky & Leinsdorf - Schorr, List, Melchior, Flagstad - New York
1949 - Moralt - Schöffler, Weber, Treptow, Konetzni - Wien
1949 - Kraus - Nillius, Greindl, Aldenhoff, Mödl - Köln
=> C'est la seule version discographique qui puisse s'imposer, pour moi, sur le podium aux côtés de Boulez 04 / Jordan 05. Richard Kraus (pas Clemens Krauss !) est l'un des tout plus grands chefs wagnériens de l'histoire du disque, tout y est fabuleux. Une direction poétique et limpide, et un plateau à son meilleur : jamais Greindl n'a mieux dit, jamais Mödl n'a été autant déchaînée... Et Aldenhoff, voilà bien une carrure de ténor dramatique ! Le son est ancien, incontestablement, tout récemment édité pour la première fois chez Gebhart.
1950 - Gui - Panerai, Christoff, Baldelli, Callas - Roma
=> En italien. La direction de Gui est tout à fait wagnérienne, et pas rossinienne comme les mauvais esprits pourraient le soupçonner. Ca fonctionne bien, même en italien. A part Callas qui chante l'annuaire pour ce qui est, de l'aveu même de ses plus ardents fans, son plus grand (et seul) ratage discographique. Des coupures assez importantes sont à noter.
1951 - Knappertsbusch - London, Weber, Windgassen, Mödl - Bayreuth
=> L'enregistrement qui détermine votre placement comme mélomane parsifalien. Il y a les pour (la plupart des wagnériens fervents), mais aussi une grosse minorité de contre. J'appartiens à la seconde catégorie, peut-être parce que je l'ai entendu dans le pressage le plus infâme qu'on puisse imaginer, et qu'on ne devine plus grand chose.
Très lent, tout se disloque, tout est joué n'importe comment. Weber braille en guise de nuances, London sonne très homogène (ce qui me frustre toujours), Mödl est bien plus passionnante dans sa prise de rôle à Cologne (Kraus). Surtout, je trouve cela bien prétentieux, cette prétendue révélation mystique - on sent qu'on veut bien nous faire sentir que le théâtre revient à sa vérité originelle, la célébration religieuse grecque antique ou que sais-je.
1952 - Knappertsbusch - London, Weber, Windgassen, Mödl - Bayreuth
1952 - Stiedry - Hotter, Hines, Hopf, Harshaw - New York
1953 - Krauss - London, Weber, Vinay, Mödl - Bayreuth
1954 - Stiedry - London, Hotter, Svanholm, Varnay - New York
1954 - Knappertsbusch - Hotter, Greindl, Windgassen, Mödl - Bayreuth
1956 - Jochum - Frantz, Weber, Windgassen, Mödl - Roma
1956 - Knappertsbusch - Fischer-Dieskau, Greindl, Vinay, Mödl - Bayreuth
1958 - Knappertsbusch - Wächter, Hines, Beirer, Crespin - Bayreuth
1959 - Knappertsbusch - Wächter, Hines, Beirer, Mödl - Bayreuth
1960 - Knappertsbusch - Stewart, Greindl, Beirer, Crespin -
1961 - Karajan - Wächter, Hotter, Uhl, Mödl/Höngen/Ludwig/Höngen - Wien
=> C'est le bazar dans cet enregistrement. Du Karajan première manière, très sèche. Et un début de représentation qui serait en fait Kna 59 (avec Hines et Mödl). La mise en scène prévoit une double Kundry, avec Ludwig qui prend en II, 2 la place de Höngen (hélas). Je n'ai pas entendu l'enregistrement en entier, et je ne suis pas décidé à l'acheter pour une moitié de Höngen mal dirigée.
1961 - Knappertsbusch - London, Hotter, Thomas, Dalis - Bayreuth
1962 - Knappertsbusch - London, Hotter, Thomas, Dalis - Bayreuth
=> L'idée d'un baryton-basse en Gurnemanz me plaît bien, mais j'en ai un peu assez d'entendre toujours les mêmes. Le Nouveau Bayreuth, c'est à peu près la scène politique française sous la Cinquième République... Si vous les aimez tant mieux, sinon changez de coin. Beaucoup de tunnels dans cette version, lente et mal articulée, mais les choeurs des Chevaliers lors de la célébration du I sont exceptionnels.
1963 - Knappertsbusch - London, Hotter, Windgassen, Dalis - Bayreuth
1964 - Knappertsbusch - Stewart, Hotter, Vickers, Ericson - Bayreuth
1966 - Boulez - Stewart, Greindl, Kónya, Varnay - Bayreuth
=> Version dirigée à un tempo plus traditionnel. Je ne l'ai pas écoutée.
1969 - Leinsdorf - Adam, Crass, Windgassen, Crespin - Buenos Aires
1970 - Wallberg - Hofmann, van Mill, Kollo, Shuard - Venezia
1970 - Boulez - Stewart, Crass, King, Jones - Bayreuth
=> Une de mes versions favorites au disque. C'est très rapide (la plus rapide de tous les temps), mais le drame avance bigrement, et on entend tout ! Tout le monde est engagé au-delà de l'imaginable, à part Crass, dont le timbre pénible et l'absence d'imagination plombe un peu le tout.
1971 - Jochum - Stewart, Crass, Kónya, Martin - Bayreuth
=> Je suis curieux de ça, j'aime beaucoup Jochum.
1971-72 - Solti - Fischer-Dieskau, Frick, Kollo, Ludwig - Wien
=> Une des plus grandes réussites de Solti. Un éventail de couleurs très impressionnant, pour une pudeur qui ne lui est pas coutumière. Frick n'est pas très diseur, cependant la voix est belle. Les autres sont remarquables. Ce peut être une excellente version, ni rapide ni lente, pour débuter dans un confort sonore optimal.
1974 - Suitner - Stewart, Moll, Thomas, Randová - San Francisco
1975 - Kegel - Adam, Cold, Kollo, Schröter - Leipzig
=> J'aime bien Cold. Il paraît que la direction de Kegel est intéressante. Si quelqu'un connaît.
1979-80 - Karajan - van Dam, Moll, Hofmann, Vejzovic - Berlin
=> Version bizarre. J'aime beaucoup le second Tristan de Karajan, pour vous donner une idée. On est clairement dans l'hédonisme le plus complet, avec notamment des cuivres triomphants dans la présentation du Graal, de façon surprenante. Pour le reste... Hofmann s'en sort, Vejzovic fait du Vejzovic (j'adore, mais je suis le seul, apparemment, depuis la mort de Herbie). Moll et van Dam (allemand très moyen) semblent un peu bridés. Peut-être pas encore parfaitement rompus à leurs rôles, ou gênés. Je ne sais pas, c'est un peu boursouflé, assez indéfinissable. Une bonne version au demeurant.
1980 - Kubelik - Weikl, Moll, King, Minton - München
=> A mon sens, pas très intéressant. Orchestre très en retrait, qui semble un peu jouer au kilomètre, avec goût, mais sans relief. Quant on compare au Götterdämmerung explosif de Kubelik au Met, on est très étonné. Mais c'est peut-être bien le déclin du chef, à cette époque - voir le Don Giovanni calamiteux de 84. Comme le son est très léger, par comparaison, le chant des Filles-Fleurs et l'entrée des chevaliers au III sont les plus convaincants de la discographie, dépourvus d'affectation.
1981 - Jordan - Schöne, Lloyd, Goldberg, Minton - Monte-Carlo
=> Très tentant lorsqu'on connaît le live de Genève.
1984 - Goodall - Joll, McIntyre, Elsworth, Meier - Swansea
=> En anglais. Très belle version, extrêmement lente, mais contrairement à Kna, sans baisses d'inspiration ni prétention mystique. Très habité.
1985 - Levine - Estes, Sotin, Hofmann, Meier - Bayreuth
1989-90 - Barenboim - van Dam, Hölle, Jerusalem, Meier - Berlin
=> Paraît-il que van Dam est ébouriffant dans cette intégrale, comparé à Karajan. La date le laisse penser.
1991-92 - Levine - Morris, Moll, Domingo, Norman - New York
1997 - Rattle - Schöne, Lloyd, Elming, Urmana - Amsterdam
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Vidéographie : 1981 - Jordan - Schöne, Lloyd, Goldberg, Minton - Monte-Carlo
1992 - Levine - Morris, Moll, Jerusalem, Meier - New York
=> Version ample, belle. En fin de discographie, on peut la trouver insuffisamment profonde, mais ça reste très bon. Moll y est beaucoup plus fouillé que chez Karajan, probablement la meilleure incarnation disponible au disque. (d'après mon échantillon of course)
2004 - Nagano - Hampson, Salminen, Ventris, Meier - Baden-Baden
=> Belle version, avec les caractéristique de Nagano : rondeur et césures étranges. Beau plateau, tout fonctionne.
Vous aurez noté que je ne parle pas des mises en scène, et pour cause, puisque je n'ai écouté que le son de ces deux DVDs.

J'avais vu une diffusion de la version Sinopoli, à Bayreuth, sur Arte, dans un très beau manteau vert au I.
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Qu'en conlus-je ?Richard Kraus, puis Boulez pour la finesse. La prise de son du premier est ancienne, le coffret peu cher (pas de livret, mais ça existe en ligne en allemand, anglais, espagnol, italien).
Moins ébouriffantes, mais extrêmement homogènes et dans un son des plus confortables, Solti et Goodall.
Parmi les autres très bonnes versions, Levine DVD, Busch, Karajan II, Gui, Karajan I, Nagano.
Pas mal de tunnels dans Kna 62. Kna 51 est à mon goût trop distendu et prétentieux : c'est de la musique méditative, du rituel religieux et plus du drame ou de la musique. Quant à Kubelik, c'est à mon sens raté sur le plan interprétation : aucune option ne semble prise, à aucun moment, par le chef. (on pense à une interprétation pour disques économiques : c'est tout à fait bon, mais sans personnalité, donc à proscrire pour ceux qui auraient déjà une version)
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Que vous conseillerais-je ?J'aime
Kraus et
Boulez parce que j'aime le théâtre. Vocalement, c'est beau, toujours bien dit, mais parfois âpre pour les amateurs de beau chant (de toute manière peu à la fête dans Wagner !). Ce sont de grands moments, mais je ne les recommande pas forcément si on n'a pas les mêmes attentes que moi.
Pour une approche sans risque, en confort sonore, ni hédoniste ni spiritualisante,
Solti s'impose sans hésitation. Si vous maîtrisez mieux l'anglais que l'allemand,
Goodall peut être intéressant pour la découverte : en terme de prosodie et de couleur, l'anglais n'est pas si éloigné de l'allemand, et il existe une grande tradition de Wagner anglophones. Comme cela, le texte sera plus accessible.
Musicalement, Solti reste tout de même le choix le plus évident et le plus fédérateur.
Kna est à essayer - car il a marqué l'histoire de l'interprétation de l'oeuvre - mais après avoir découvert si j'ose dire l'essence de l'oeuvre, afin de ne pas éprouver de baisses de tension et de ne mélanger le propos de Wagner à celui de Kna.
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Bonne route ! Le premier qui a trouvé toutes les occurrences de tous les leitmotivs a gagné une mini image-portrait de Richard. Et le premier qui insinue que j'ai mauvais goût a gagné le droit de chanter Kundry en suomi et en tutu sur le pas de sa porte le 25 décembre.