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Spiritus Gentil corniste

Inscrit le : 31 Jan 2007 Messages : 10723 Localisation : 45, rue d'Ulm... dans mes rêves
| Sujet: Re: Henri Dutilleux (1916) Mer 2 Juil - 17:43 | |
| J'ai écouté la 2è symphonie, et je dois dire que c'est une oeuvre difficile, qui ne m'a révélé tous ses secrets (il faut préciser que les Beni Mora à 2h du matin depuis une semaine commencent à me peser sur le dos, et j'ai failli m'endormir, pourtant ce n'était pas soporifique). Dutilleux entretient une ambiguité majeure et fondatrice avec le système tonal, qu'il torture de façon particulièrement aigue, mais sans l'abandonner, ce qui provoque un trouble assez fort. Sinon, l'oeuvre a des qualités très repérables, factuellement au niveau de l'orchestration, très fine, qui utilise effectivement les bois de façon acérée, et qui est fort riche, et de la construction formelle, d'une force étonnante, pleine de souffle. Voilà une oeuvre qui a quelque chose à dire, et qui, malgré ses difficultés, a déjà su me toucher, ce qui est un bon point. Curieusement, pour une fois, ce n'est pas le finale qui m'a le plus dérouté (je ne sais pas si vous avez le courage de lire tous mes compte-rendus, mais généralement, concentration décroissante oblige, je trouve toujours le finale des oeuvres de moindre impact que le reste), mais le deuxième mouvement, à cause de cette complexité tonale gênante, qui m'a rendu la pièce plus difficile à appréhender que Schönberg (chez qui, je le répète, je me suis senti comme un poisson dans la flotte). Je sens bien la force, mais le lyrisme de l'oeuvre, plutôt tourmenté, ne m'a pas réellement parlé, pas de façon évidente et immédiatement touchante, disons. Ce n'est pas un reproche ou une impression négative, au contraire, j'ai très envie de creuser, mais je n'étais peut-être pas assez en forme. A explorer - une belle pièce, en tous cas, qui me plaît déjà sans que je l'ai bien comprise. Le premier mouvement, en particulier, baigne dans un climat mystérieux assez prenant, et le finale, plus violent, plus contrasté, très riche et nourrissant, est une bien belle chose. _________________ Je ne me tairai jamais !
DLM. Voilà comment nous parlons de lui. Seulement DLM. Comme on dit Schreker ou Langgard.
  
Deux doryphores discutent; l'un dit: "J'ai la patate!", et l'autre, ben il le bouffe. Qui a inventé cette blague? |
|  | | Spiritus Gentil corniste

Inscrit le : 31 Jan 2007 Messages : 10723 Localisation : 45, rue d'Ulm... dans mes rêves
| Sujet: Re: Henri Dutilleux (1916) Mer 2 Juil - 20:27 | |
| J'ai écouté Le Loup, enfin la suite en trois mouvements tirée du ballet qui porte le titre de Fragments symphoniques. C'est intéressant, et curieux: ça ne ressemble que d'assez loin à du Dutilleux; c'est plus romantique, moins personnel, mais réussi tout de même. Clairement tonal, le langage de cette oeuvre introduit quand même une forte part de chromatisme. L'orchestration a déjà, par contre, le raffinement, le luxe sonore typique du Dutilleux qu'on connaît, en particulier du côté des vents, cuivres compris. Le premier mouvement est le plus romantique, le plus sentimental aussi, sans dégouliner - on dirait du Ravel, par moments. Les deux autres se rattachent d'un peu plus près à l'esthétique dutilleusienne sans y être totalement absorbées: malgré la plus forte utilisation de techniques modernistes, on est dans une oeuvre du passé, ou du moins dans une pièce qui n'a pas l'impact moderne, actuel, des autres chefs d'oeuvre de Dutilleux. C'est tout de même bien beau, le lyrisme est plus immédiat que dans la 2è symphonie, on comprend et on aime tout de suite. La matière musicale est peut-être moins riche à terme, mais on passe à coup sûr un très beau moment, avec de la musique colorée, variée et intelligente.
Tout un monde lointain... est pour moi un choc: dès cette première écoute, je peux dire que cette oeuvre se hisse en tête de mes concerti pour violoncelle préférés. Un souffle épique prodigieux traverse les cinq mouvements, et produit un effet très net et bouleversant - je retrouve les sensations éprouvées à l'écoute de la 8è de Penderecki, à savoir l'impression d'une révélation, d'un discours profond et parlant. Musicalement, l'oeuvre dépasse toutes mes espérances: tout est là ici: la richesse extrême, la subtilité sans limites de l'instrumentation; la beauté mystérieuse, énigmatique de la partie soliste, nullement bruyante; l'impression de flou, de rêve éveillé, d'exploration de terres inconnues aussi. Vraiment, un choc esthétique majeur je pense, qui va propulser Dutilleux nettement plus haut dans mon classement de compositeurs. Certes, l'oeuvre est plus longue que de coutume, mais absolument fascinante pour moi, à la fois belle et signifiante. Je suis déjà fan  _________________ Je ne me tairai jamais !
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|  | | Xavier Père fondateur

Age : 27 Inscrit le : 08 Juin 2005 Messages : 33264
| Sujet: Re: Henri Dutilleux (1916) Mer 2 Juil - 20:55 | |
| Pour moi c'est le chef d'oeuvre de Dutilleux, son oeuvre la plus inspirée et la plus parfaite. Il y a un souffle presque romantique dans un cadre mi-impressionniste mi-atonal... Un aboutissement. |
|  | | Spiritus Gentil corniste

Inscrit le : 31 Jan 2007 Messages : 10723 Localisation : 45, rue d'Ulm... dans mes rêves
| Sujet: Re: Henri Dutilleux (1916) Jeu 3 Juil - 9:07 | |
| La 2è symphonie est bien, après deuxième écoute, un chef d'oeuvre aussi. Je comprends que sud aime, c'est de la musique très sudienne: trouble, un peu floue, compliquée, mais pleine de souffle. Une musique qui me parle - même si je n'ai toujours pas compris ce qu'elle veut me dire (catégorie paradoxale mais adorée de mon répertoire). Bref, j'ai passé en sa compagnie un super moment ce matin, c'est tellement puissant, épique, et en même temps mystérieux, interrogatif.
Je me lance dans les Métaboles tout à l'heure.  _________________ Je ne me tairai jamais !
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|  | | Cello Mélomaniaque

Age : 33 Inscrit le : 03 Jan 2007 Messages : 824 Localisation : Le Labyrinthe
| Sujet: Re: Henri Dutilleux (1916) Jeu 3 Juil - 9:56 | |
| | Spiritus a écrit: | Tout un monde lointain... est pour moi un choc: dès cette première écoute, je peux dire que cette oeuvre se hisse en tête de mes concerti pour violoncelle préférés. Un souffle épique prodigieux traverse les cinq mouvements, et produit un effet très net et bouleversant - je retrouve les sensations éprouvées à l'écoute de la 8è de Penderecki, à savoir l'impression d'une révélation, d'un discours profond et parlant. Musicalement, l'oeuvre dépasse toutes mes espérances: tout est là ici: la richesse extrême, la subtilité sans limites de l'instrumentation; la beauté mystérieuse, énigmatique de la partie soliste, l'impression de flou, de rêve éveillé, d'exploration de terres inconnues aussi. Vraiment, un choc esthétique majeur je pense, qui va propulser Dutilleux nettement plus haut dans mon classement de compositeurs. Certes, l'oeuvre est plus longue que de coutume, mais absolument fascinante pour moi, à la fois belle et signifiante. Je suis déjà fan  |
Depuis que tu t'es mis à Dutilleux, j'attendais avec impatience tes commentaires sur ce concerto. Par coïncidence, je l'ai réécouté ce week-end et cela a confirmé ce que je pensais avant: Tout un Monde Lointain est tout simplement une de mes oeuvres préférées tous compositeurs, genres et temps confondus.
Les mots que j'ai mis en relief dans ton message correspondent parfaitement à mon propre ressenti par rapport à cette pièce. _________________ Con alivio, con humillación, con terror, comprendió que él también era una apariencia, que otro estaba soñándolo. |
|  | | Spiritus Gentil corniste

Inscrit le : 31 Jan 2007 Messages : 10723 Localisation : 45, rue d'Ulm... dans mes rêves
| Sujet: Re: Henri Dutilleux (1916) Ven 4 Juil - 9:22 | |
| C'est en essayant désespérément de ne pas m'endormir que j'ai écouté ce matin L'Arbre des Songes (et non des Singes, comme j'avais commencé par l'écrire ), un concerto pour violon de forme libre, où quatre mouvements sont séparés par des interludes. C'est une oeuvre assez fascinante qui, sans avoir l'impact énorme de Tout un Monde lointain..., est très belle et très bienvenue. Dutilleux s'y montre là aussi très enclin au mystère, aux harmonies interrogatives. L'orchestration est d'un raffinement subjuguant, l'écriture pour le violon soliste, à la mesure du concerto pour violoncelle, c'est-à-dire sobre, sans clinquant, efficace. Surtout, ce qui me semble intéressant ici (pourtant, je n'ai pas toute ma tête), c'est le rôle joué par les interludes, qui font le bilan des mouvements passés et introduisent les suivants, comme une sorte de conscience, en fait, se remémorant le passé et préfigurant l'avenir. La thématique en elle-même est de toute beauté - du beau travail. _________________ Je ne me tairai jamais !
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|  | | Cello Mélomaniaque

Age : 33 Inscrit le : 03 Jan 2007 Messages : 824 Localisation : Le Labyrinthe
| Sujet: Re: Henri Dutilleux (1916) Ven 4 Juil - 10:22 | |
| | Spiritus a écrit: | | Surtout, ce qui me semble intéressant ici (pourtant, je n'ai pas toute ma tête), c'est le rôle joué par les interludes, qui font le bilan des mouvements passés et introduisent les suivants, comme une sorte de conscience, en fait, se remémorant le passé et préfigurant l'avenir. |
Dans ce cas, tu dois absolument découvrir son quatuor à cordes Ainsi la Nuit qui utilise un procédé similaire. C'est une oeuvre peut-être un peu plus aride, moins immédiatement séduisante - il m'a fallu plusieurs écoutes pour commencer à l'apprécier - mais je la place maintenant parmi les meilleures de Dutilleux. Une pièce vraiment fascinante, pleine d'évènements et d'inventivité. Il y a par exemple un thème qui se construit très lentement entre les quatre instruments. Au début, ça sonne complètement disjoint et illogique mais petit à petit, les choses se mettent en place et c'est franchement bluffant.
Sinon, je lisais récemment une interview de 1999 dans laquelle il dit ceci:
"Je devais écrire [une oeuvre] pour l’Ensemble Intercontemporain et en confier la partie soliste à Michel Portal, mais malheureusement il fallu y renoncer pour des raisons d’ordre administratif."
J'ai vraiment du mal à comprendre ce que des raisons d'ordre administratifs ont à voir avec la création d'une oeuvre. S'agit-il d'une façon diplomatique de dire que son vieil antagonisme avec Boulez a refait surface? En tout cas, c'est dommage. Une oeuvre de Dutilleux pour clarinette soliste ça me paraît séduisant. Enfin, elle a peut-être été écrite et traîne dans des cartons. On peut rêver. _________________ Con alivio, con humillación, con terror, comprendió que él también era una apariencia, que otro estaba soñándolo. |
|  | | Spiritus Gentil corniste

Inscrit le : 31 Jan 2007 Messages : 10723 Localisation : 45, rue d'Ulm... dans mes rêves
| Sujet: Re: Henri Dutilleux (1916) Ven 4 Juil - 13:26 | |
| J'ai essayé d'écouter Métaboles. Bon, l'écoute est à recommencer, là je suis complètement mort, je me suis endormi au moins quatre fois pendant la pièce, qui n'est pourtant ni très longue, ni surtout ennuyeuse: c'est un chef d'oeuvre, au contraire! On est là à mon avis au croisement entre la 2è symphonie, dont on retrouve le lyrisme mystérieux, la modernité harmonique, et Shadow of Time, qui réempruntera la même orchestration cuivrée plus moderne. Mais il y a une vraie personnalité à cette oeuvre que j'aime beaucoup, dans le souffle très efficace, la richesse et la diversité des cinq mouvements, tous bien différenciés. Je n'en dis pas plus, je dors devant l'ordi, là. _________________ Je ne me tairai jamais !
DLM. Voilà comment nous parlons de lui. Seulement DLM. Comme on dit Schreker ou Langgard.
  
Deux doryphores discutent; l'un dit: "J'ai la patate!", et l'autre, ben il le bouffe. Qui a inventé cette blague? |
|  | | Cello Mélomaniaque

Age : 33 Inscrit le : 03 Jan 2007 Messages : 824 Localisation : Le Labyrinthe
| Sujet: Re: Henri Dutilleux (1916) Ven 4 Juil - 13:42 | |
| Métaboles, ce n'est vraiment pas ma pièce préférée chez lui. Elle est pourtant souvent citée comme son chef-d'oeuvre. Il me semble aussi avoir lu que c'était celle qui était la plus jouée. Bien que l'orchestration soit remarquable, je n'arrive pas à y retrouver le côté onirique des autres pièces.
Mon top 5 de Dutilleux:
Tout un Monde Lointain Ainsi la Nuit The Shadows of Time Sonate pour piano Mystère de l'Instant _________________ Con alivio, con humillación, con terror, comprendió que él también era una apariencia, que otro estaba soñándolo. |
|  | | Walter Mélomane du dimanche

Inscrit le : 09 Mar 2008 Messages : 36
| Sujet: Re: Henri Dutilleux (1916) Mar 5 Aoû - 3:34 | |
| The Shadows of Time. Je n'aimais pas, quand je na connaissais que la version Ozawa. Depuis que je connais la version Michel Plasson, j'adore. Ozawa est confus, Plasson, lui, est clair.
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