Autour de la musique classique

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 Le cas Morton Feldman...

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christia
Invité



MessageSujet: Le cas Morton Feldman...   Mer 7 Sep - 20:53



Je suis en train d'écouter Piano and orchestra, c'est absolument somptueux, une sorte de minimalisme atonal (avec relativement peu de notes mais souvent répétées de façon hypnotique), c'est tout à fait fascinant (son style m'avait déjà frappé avec le petit morceau orchestral "Madame Press Died Last Week At Ninety" qui évoquait une sorte de Satie moderne)

L'envoûtement sonore obtenu n'est pas sans faire penser aux plus belles pièces orchestrales de G.Kurtag ("Grabstein fur Stephan", "Stele" ou "Quasi una fantasia")

Un compositeur sans doute légèrement inégal parfois (certaines pièces des années 60 et début 70 sont peut être plus hermétiques ou encore trop influencées par les harmonies sérielles) mais doté un langage d'une originalité absolue... dommage qu'il soit si peu connu en France Sad

Le début de "Coptic Light" est absolument dans cet esprit (totalement hypnotique... cette musique ne semble pas avoir de fin !!)

à découvrir si ce n'est pas déjà fait...
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Xavier
Père fondateur


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MessageSujet: Re: Le cas Morton Feldman...   Mer 7 Sep - 22:48

Il faudrait que je réécoute Coptic Light que j'avais adoré, mon oeuvre préférée de Feldman peut-être.

J'aime également beaucoup Piano and orchestra, Cello and orchestra, Flute and orchestra, et des oeuvres de musique de chambre pour piano, célesta, quatuor à cordes, etc... (Crippled symetry, Why patterns...) mais à de rares exceptions j'ai du mal à trouver un véritable intérêt à chaque oeuvre.

C'est une musique que j'apprécie vraiment, qui me séduit, mais je n'imagine pas écouter 1h de Feldman attentivement, en concert ou chez moi.
Ca manque de consistance à mon goût, on n'est pas loin de la musique d'ambiance finalement... (à part peut-être Coptic Light ou Why patterns qui ont leur intérêt propre par rapport à d'autres pièces)

En résumé: une musique que je trouve mystérieuse, minimaliste et envoûtante souvent, mais à l'intérêt finalement limité à mon sens.
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christia
Invité



MessageSujet: Re: Le cas Morton Feldman...   Jeu 8 Sep - 8:07

en fait, tu as un peu le même sentiment que pour Kurtag, j'ai l'impression, une musique qui te semble un peu fade ou vide, c'est ça ?

pour moi, ça dépasse vraiment la fadeur, il s'agit vraiment d'une musique profondément belle, et je pense qu'elle peut parler à tout le monde (malgré leurs complexités harmoniques largement héritées de l'école atonale et de Webern) grâce au fait justement qu'elle repose sur des répétitions (comme la musique tonale très mesurée de jadis).

J'espère que ces 2 compositeurs resteront dans les siècles à venir (plus que les simplistes et pauvres Glass, Nyman ou à l'opposé les trop complexes et inaccessibles Boulez ou Lachenman), car à mon avis, ils sont parmi les plus à même à concilier évolution harmonique et perfectionnement du langage musical (qui ne ressemble pas à la musique tonale d'avant) avec l'émotion due à la réminiscence qui joue à 95% dans le fait qu'une oeuvre musicale sera non seulement séduisante mais aussi tout simplement "musicale" (cad qui possède de la "musicalité" tout bonnement)

Le dernier mouvement de "Rothko chapel" (pour choeur, soprano et ensemble de chambre) par exemple est d'une grande force émotionnelle, l'alto semble susurrer une phrase très douce, je te conseille aussi cette pièce rien que pour ce dernier mouvement...
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Xavier
Père fondateur


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MessageSujet: Re: Le cas Morton Feldman...   Jeu 8 Sep - 15:12

christian a écrit:
en fait, tu as un peu le même sentiment que pour Kurtag, j'ai l'impression, une musique qui te semble un peu fade ou vide, c'est ça ?


Fade non, vide oui un peu au bout d'un moment.

Pourtant, Feldman ça me plaît vraiment mais... il ne s'est pas beaucoup renouvelé; 50 oeuvres d'une moyenne d'une heure, toujours faites de la même façon, sur les mêmes sonorités, etc... 3 ou 4 me suffisent finalement.
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christia
Invité



MessageSujet: Re: Le cas Morton Feldman...   Ven 9 Sep - 10:40

tu n'es pas obligé de tout acheter non plus, moi aussi je me suis limité volontairement (et je n'ai pas le compte en banque d'un Tahar non plus Rolling Eyes ça calme...)
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Achille
Monsieur Claude


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MessageSujet: Re: Le cas Morton Feldman...   Ven 9 Sep - 11:17

Tu vas croire que ton topic fait un bide et n'intéresse que Xavier. Alors qu'en fait, le problème est juste que je ne peux pas parler de Feldman, puisque je n'ai jamais entendu la moindre note de ce monsieur.

Pire, quand je lis Feldman... je pense irrésistiblement à ça :



D'où quelques préjugés aussi tenaces que peu raisonnables... Embarassed

_________________
Aaaahhhh ! C'est Pelllléaaaaaaassss...
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christia
Invité



MessageSujet: Re: Le cas Morton Feldman...   Ven 9 Sep - 11:22

Achille a écrit:
Tu vas croire que ton topic fait un bide et n'intéresse que Xavier. Alors qu'en fait, le problème est juste que je ne peux pas parler de Feldman, puisque je n'ai jamais entendu la moindre note de ce monsieur.

c'est vrai qu'il est très peu connu, à part peut être Encolpio (??), Samy (lui il connaît, c'est sur) ou Xav, je ne sais pas qui d'autres ici connaissent ? (mais j'aimerai bien les connaître...)

Achille a écrit:
Pire, quand je lis Feldman... je pense irrésistiblement à ça :




D'où quelques préjugés aussi tenaces que peu raisonnables... Embarassed
Laughing Laughing

ben évidemment (fait gaffe, ma femme aime celui que tu viens de citer !! Mr. Green)...
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Christiane
Néophyte


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MessageSujet: Re: Le cas Morton Feldman...   Ven 9 Sep - 14:05

Achille a écrit:


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leo
Mélomaniaque


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MessageSujet: Re: Le cas Morton Feldman...   Ven 9 Sep - 14:14

Même réponse qu'Achille. Je connais pas ce monsieur Embarassed

Et François Feldman nous a tout de même pondu une valse de Vienne Mr. Green Mr. Green

_________________
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Muss es sein, es muss sein!
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christia
Invité



MessageSujet: Re: Le cas Morton Feldman...   Ven 9 Sep - 14:19

Christiane a écrit:
Achille a écrit:



Laughing

mais bon c'est bien beau mais le compositeur Morton là dedans (l'autre quoi...), il devient quoi ?? Rolling Eyes
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Mr Bloom
Ancien bagnard


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MessageSujet: Re: Le cas Morton Feldman...   Sam 10 Sep - 15:02

"Coptic Light" c'est un peu très chiant quand même.
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Xavier
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MessageSujet: Re: Le cas Morton Feldman...   Sam 10 Sep - 15:08

Merci d'avoir fait avancer le schmilblick... Laughing

Tu veux pas expliciter un peu?
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Mr Bloom
Ancien bagnard


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MessageSujet: Re: Le cas Morton Feldman...   Sam 10 Sep - 15:19

C'est la même chose répétée pendant 15 minutes. Je n'en vois pas l'intérêt.
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Xavier
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MessageSujet: Re: Le cas Morton Feldman...   Sam 10 Sep - 15:25

Tu penses la même chose de toutes ses oeuvres?

Il faudra que je réécoute Coptic Light pour en dire plus, mais j'ai vraiment un bon souvenir.
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Mr Bloom
Ancien bagnard


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MessageSujet: Re: Le cas Morton Feldman...   Sam 10 Sep - 15:34

En fait je viens de tomber sur un cd avec cette oeuvre donc je l'ai écouté. Au début c'est intéressant, mais c'est vraiment trop répétitif pour tenir la longueur. J'ai un vague souvenir d'autres oeuvres fondées sur le même principe, avec un espèce d'accord réitéré d'un bout à l'autre de la pièce avec des variations. On associe souvent cette musique au minimalisme pictural facon Mondrian, et c'est vraiment ca que ca m'évoque...
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Xavier
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MessageSujet: Re: Le cas Morton Feldman...   Sam 10 Sep - 15:37

Mr Bloom a écrit:
En fait je viens de tomber sur un cd avec cette oeuvre donc je l'ai écouté. Au début c'est intéressant, mais c'est vraiment trop répétitif pour tenir la longueur.


Ca rejoint un peu ce que je disais au-dessus; j'aime bien mais je trouve que ça manque de consistance.
Ceci dit je ne nie pas qu'il y a de belles choses là-dedans.
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felyrops
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MessageSujet: Morton Feldman   Mar 13 Fév - 16:41

Les parents de Morton Feldman avaient une petite usine de tissus, où Morton travaillait aussi. Il était fasciné par les tissus. Un jour, dans un musée, il tombe en admiration devant une tapisserie copte. Ca l'a inspiré pour composer Coptic Light.
Avec cela en tête on appréciera beaucoup mieux cette musique.

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On se lasse de tout, excepté de connaître.
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Philippe
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MessageSujet: Re: Le cas Morton Feldman...   Dim 22 Juil - 1:51

Je ne sais pas si Feldman doit être classé comme "minimaliste" ou pas et pour tout dire c'est le moindre de mes soucis : à quoi bon vouloir tout étiqueter, tout classifier ?
Tout ce que je sais c'est que Feldman m'apporte, à sa façon, une sérénité que j'ai parfois des difficultés à rencontrer ailleurs. À ce titre le compositeur qui se rapproche le plus de lui est Bach : j'aime la vision d'un Bach bâtisseur trouvant et transmettant l'équilibre de ses constructions comme un grand architecte de l'âme arrive à le faire. Je ressens le même sentiment, transposé à notre époque, face à un Mondrian ou à un Feldman. Maintenant pour répondre, un peu au tout-venant, à quelques unes des questions posées plus haut, je ne suis pas convaincu qu'il faille écouter Feldman attentivement. La musique de Feldman ne réclame aucune attention, aucun effort particulier si ce n'est celui de se laisser emporter par elle. Quant à l'impression de vide que cette musique peut susciter chez ses auditeurs, je suis absolument convaincu qu'on n'est pas en droit de considérer cela comme un défaut car c'est pour moi l'essence même de cette musique.
Il a été question ci-dessus de Coptic Light ; voici quelques albums importants, à mon sens, pour qui veut découvrir ou s'intéresser de plus près à l'œuvre de cet immense compositeur, l'un de ceux qui pour moi, plus encore que Cage, sont peut-être appelées à révolutionner certaines de nos habitudes d'écoute.
Ces œuvres ne sont ni ennuyeuses, ni difficiles ; et s'il est vrai qu'au début de sa carrière, Feldman (1926-1987) acquiert une certaine réputation comme inventeur d'un nouveau système de notation musicale, la "notation graphique", vers la fin de sa vie ses compositions prennent une ampleur totalement "inouïe", - au sens propre du terme. Beaucoup d'entre elles durent plus d'une heure. Le second quatuor à cordes, publié récemment chez Mode, dure près de 6 heures. 6 heures de variations subtiles autour d'un thème infiniment repris, une musique statique, envoûtante, faites de tremblements, de silences...




Morton Feldman, The greatest...

Les pièces de "Morty" que j'aime particulièrement ont souvent été composées pour des effectifs réduits : petits ensembles de chambre, quatuors ou trios à cordes, pièces pour piano... Ses détracteurs reprochent souvent à Feldman d'avoir écrit une musique destinée à susciter l'ennui, comme Beckett écrivait des textes pour donner un nom à l'innommable et "montrer" le destin abominable de l'homme. Ce n'est pas sans raison que l'on a rapproché ces deux immenses génies ; mais là où Beckett ne laisse place qu'à la désolation et au désespoir, c'est par la douceur et la recherche de l'apaisement que Feldman atteint l'universel par sa représentation non du vide, mais de la vacuité, non du temps, mais de sa vanité...
En d'autres termes, si la musique de Feldman peut sembler monotone et par là-même susciter l'ennui, c'est parce que cette étape où celle où le corps et l'esprit s'ouvrent, s'abandonnent et deviennent de ce fait totalement disponibles.




Piano and String Quartet - Kronos Quartet - Aki Takahashi - Nonesuch

Piano and String Quartet est une oeuvre fascinante : longue de 80 minutes, se développant en un seul mouvement, la mélodie est presque imperceptible et dans tous les cas totalement secondaire. On assiste ici à une longue méditation tranquille, cette musique réputée longue et ennuyeuse, au contraire m'apaise : jamais d'ennui, jamais la moindre impression de longueur. De l'art, de la lenteur, un langage qui me parle et que je comprends. Chaque fois que j'écoute cet album je repense à cette grande phrase indienne et je me dis que ce serait là "un beau jour pour mourir".




Triadic Memories - Markus Hinterhaüser - Col Legno

Triadic Memories : autre grand sommet de l'art de Feldman, pour piano seul cette fois. Très difficile à interpréter (il existe à ma connaissance 9 interprétations, la plus courte faisant 61 minutes, la plus longue 124) car la notation de Feldman atteint dans cette oeuvre de 1981 une complexité incroyable, - sans la moindre indication de tempo. Le résultat est tout simplement fascinant. On se laisse bercer par cette musique dont l'intensité est la même (ppp) durant toute la durée de l'oeuvre.




Triptych for the Rothko Chapel

Feldman, qui admirait Cage, fut New-Yorkais dans l'âme toute sa vie. En peinture, il côtoya Rothko, Rauschenberg, Philip Guston, Pollock... Splendide oeuvre chorale, The Rothko Chapel est disponible en plusieurs interprétations, toutes magnifiques. Comme on l'a déjà dit dans ce topic, une bonne introduction à l'oeuvre de Feldman...




1982 Three Voices for Joan La Barbara, New Albion Records

L'épouse de Feldman, la chanteuse Joan La Barbara, raconte ceci (traduction française par Laurent Feneyrou) :
"En 1981, j'écrivis à Morty, pour lui demander de m'écrire une pièce pour voix et orchestre. Il me répondit en m'expliquant les problèmes que posaient les réalisations avec orchestre, mais en me laissant entendre qu'il pensait à quelque chose. Peu après, il m'envoya Three Voices. Dans la lettre d'accompagnement, datée du 23 avril 1982, il me disait :

Chère Joan,
Voilà le travail ! Je suis un peu ennuyé du son sensuel, si ce n'est "somptueux", de l'ensemble - je ne m'attendais pas à cela. Les paroles sont extraites des deux premiers vers de Wind, un poème que Frank O'Hara m'a dédié. Je crois que c'est Frank qui porte la responsabilité principale du côté "somptueux" de la pièce.
Le système de base, c'est ce que tu chantes live, les deux autres voix sont enregistrées - où faut-il placer les deux haut-parleurs, je n'en ai aucune idée - c'est également l'une des rares compositions où je n'ai pas écrit d'indications métronomiques - persuadé que c'est ton timbre et la façon dont tu respires qui en définira le rythme - ça fonctionne très bien à la fois dans le "lent" ou dans une lenteur "rapide" (si cela signifie quelque chose).
Je sais à quel point ça va être terrible de jouer cette oeuvre ! Je sens que cette oeuvre est toi comme "Joan, c'est ta couleur" - quel beau décolleté - et la durée, même si elle semble un peu longue (qui a jamais entendu parler d'une robe de cocktail avec une longue traîne ?) - malgré tout - joue ça pour moi !
Il va sans dire que tu peux toujours me la renvoyer, quelle qu'en soit la raison. (...)

Lorsque j'ai commencé à y travailler, je l'ai appelé pour lui demander quelle en était la durée exacte afin que je puisse la programmer dans mes concerts. "Je crois que ça doit faire quarante-cinq minutes", me dit-il. Aussi l'ai-je programmé avec d'autres oeuvres. Quand j'ai commencé à enregistrer les deux voix les plus aiguës, j'ai dû le rappeler, paniquée.
- Morty, c'est à peu près deux fois plus long. Quatre-vingt-dix minutes !
- C'est vrai, m'a-t-il répondu, j'avais toujours pensé que ça aurait cette longueur.
Et ce fut la durée de la première exécution, qui commença à onze heures du soir et qui se prolongea bien après minuit... comme une éternité dans un vaste et magnifique espace.
Sa mort m'a complètement bouleversée. J'ai décidé d'enregistrer ce qu'il avait écrit pour moi. Mais je ne voulais pas scinder Three Voices en deux CD, et c'est pour cette raison que je suis revenue aux figures les plus rapides de la partition et que j'ai appris à les chanter plus vite, aussi vite qu'il m'est possible, tout en gardant la clarté de chaque hauteur. Le résultat final de l'enregistrement Three Voices for Joan La Barbara fut très proche de l'idée originale en quarante-cinq minutes et aussi le premier disque compact consacré à la musique de Feldman.
Dans la version plus rapide, on se retrouve soudain propulsé dans la tempête d'une infinie quiétude d'accords complexes. J'ai pu visualiser l'image de O'Hara : un ours perdu dans une tempête de neige, piégé dans une boule de neige qui ne tombe pas jamais. "Rien ne tombe jamais."
Dans la version originale de quatre-vingt-dix minutes, on peut vivre des moments de pure beauté dans un paysage sonore plus précieux et pourtant luxuriant, qui tendent peut-être vers la fascination du rien qui marque les principes de l'expressionnisme abstrait...
Après les années au cours desquelles j'avais chanté la version rapide, j'ai trouvé une signification nouvelle dans la version plus lente et plus langoureuse. Plus qu'une pièce de concert, cette oeuvre est une vie entière dans le temps d'une soirée.
Morty me dit un jour qu'il avait eu la vision des haut-parleurs comme autant de pierres tombales et qu'il avait conçu la voix live comme conversant avec des esprits. Pour lui, c'étaient les voix de ses amis Philip Guston et Frank O'Hara qui y étaient enterrées ; la voix live était la sienne. Il m'avait donné sa voix à chanter."

La version de Joan La Barbara (où les trois voix sont enregistrées par elle-même) est toujours disponible. Choisissez un moment où vous êtes calme, disponible, oubliez tout, ouvrez votre esprit et laissez-vous emporter...
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JM
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MessageSujet: Re: Le cas Morton Feldman...   Dim 22 Juil - 9:34

Très belle chronique ! Three Voices me fait un peu penser aux premières oeuvres de Philip Glass. On y retrouve un peu cette même manière mathématique d'ajuster la voix. D'ailleurs Joan La Barbera a fait quelques disques avec Glass.
Sur Feldman, il existe aussi un livre passionant rempli d'anecdotes. C'est une publication des écrits du compositeur. C'est facilement disponible en français.

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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Le cas Morton Feldman...   Lun 23 Juil - 13:15

Merci Philippe pour cette très belle présentation !

Je ne puis qu'y souscrire (car moi aussi, étonnamment, j'aime Feldman).

L'écoute attentive est impossible (et à lire ou à jouer, les partitions sont désespérément vides...), les durées sont trop longues et le discours trop pauvre. Franchement, qui a écouté en ne faisant que cela (et sans dormir), le second quatuor (six heures en un seul mouvement...) ?

Non, c'est une musique distendue, une sorte d'atmosphère suspendue qui se répand, avec de jolis brins d'harmonie, sans l'évidence vulgaire d'autres minimalistes.

De toute façon, tu expliques très bien tout cela.

Côté piano, sa plus belle pièce me semble incontestablement le Palais de Mari, mais on trouve le meilleur de sa production dans des formats un peu plus larges, en effet.


Le seul problème, avec Feldman, est qu'à mon sens il est possible d'en faire le tour avec deux ou trois disques : tout ressortit à la même esthétique, et comme le temps distendu rend les pièces impossibles à mémoriser...

_________________
Indépendamment de ce qu'on a pu écrire sur ma nouveauté, et malgré ce que j'ai moi-même laissé entendre dans mes Mémoires, ma chère Amélie, il est un fait que je dois tout à Grétry.
Hector Berlioz, Correspondance, année 1862.
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Le cas Morton Feldman...

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