
Autour de la musique classique Le but de ce forum est d'être un espace dédié principalement à la musique classique sous toutes ses périodes, mais aussi ouvert à d'autres genres. |
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| Auteur | Message |
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natrav Papa pingouin

Nombre de messages: 34321 Date d'inscription: 08/12/2005
 | |  | | natrav Papa pingouin

Nombre de messages: 34321 Date d'inscription: 08/12/2005
 | Sujet: Re: Wozzeck - Berg Mer 16 Sep - 7:20 | |
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|  | | natrav Papa pingouin

Nombre de messages: 34321 Date d'inscription: 08/12/2005
 | Sujet: Re: Wozzeck - Berg Mer 16 Sep - 7:24 | |
| A la réflexion ce n'est pas si grave que ça. Je me suis contenté de transcrire à la quinte inférieure, c'est que de la complication ces cuivres et ces bois. Si tu savais rétablir la phrase exacte...  |
|  | | jerome Fugueur intempéré

Nombre de messages: 5656 Date d'inscription: 10/03/2008
 | Sujet: Re: Wozzeck - Berg Mer 16 Sep - 7:26 | |
| Eh bien, à la quarte supérieure  |
|  | | machinade Mélomaniaque

Nombre de messages: 715 Date d'inscription: 04/02/2009
 | Sujet: Re: Wozzeck - Berg Mer 16 Sep - 7:29 | |
| | jerome a écrit: | Le plus simple est de réécouter l'extrait. Tu sais ce que signifient ces "o. D." ?
"Ohne Dämpfer ?" |
Je l'ignore, mais ça paraîtrait logique à côté de m.D. et m.Dpf. qui doit alors être "mit Dämpfer". |
|  | | natrav Papa pingouin

Nombre de messages: 34321 Date d'inscription: 08/12/2005
 | Sujet: Re: Wozzeck - Berg Mer 16 Sep - 7:34 | |
| Bon, je rétablirai et pour la peine je me taperai les autres voix.  Edit: c'est fait ! |
|  | | jerome Fugueur intempéré

Nombre de messages: 5656 Date d'inscription: 10/03/2008
 | |  | | natrav Papa pingouin

Nombre de messages: 34321 Date d'inscription: 08/12/2005
 | Sujet: Re: Wozzeck - Berg Mer 16 Sep - 23:59 | |
| Génial ! Je cherche ça. |
|  | | natrav Papa pingouin

Nombre de messages: 34321 Date d'inscription: 08/12/2005
 | Sujet: Re: Wozzeck - Berg Mar 22 Sep - 23:02 | |
| On s'est interrogé sur la présence de huit contrebasses dans la fosse pour l'exécution de Wozzeck il y a quelques jours. Si Berg précise le nombre de chaque bois ou cuivre, il est évasif pour les cordes dont il semble laisser la répartition à la discrétion du chef: "Cordes: 50 à 60 au moins." |
|  | | Octavian Mélomane chevronné

Nombre de messages: 2798 Age: 26 Localisation: Lyon / Aix / Marseille Date d'inscription: 07/05/2008
 | Sujet: Re: Wozzeck - Berg Mar 22 Sep - 23:13 | |
| Natrav, je ne veux pas te mettre la pression, mais puisque tu te plaignais toi-même de ton manque de motivation à retranscrire tes notes : tu sais que j'attends la fin de ta présentation détaillée pour partir vraiment à la découverte de cet opéra?....  _________________ « Je ne comprends pas qu'on laisse entrer les spectateurs des six premiers rangs avec des instruments de musique. » (Alfred Jarry)
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|  | | natrav Papa pingouin

Nombre de messages: 34321 Date d'inscription: 08/12/2005
 | Sujet: Re: Wozzeck - Berg Mar 22 Sep - 23:17 | |
| J'ai achevé la très belle scène 3 du II ce soir. J'espère la poster demain.  |
|  | | Octavian Mélomane chevronné

Nombre de messages: 2798 Age: 26 Localisation: Lyon / Aix / Marseille Date d'inscription: 07/05/2008
 | |  | | emmanuel De passage pour longtemps

Nombre de messages: 1535 Localisation: Paris Date d'inscription: 06/07/2007
 | Sujet: Re: Wozzeck - Berg Mar 22 Sep - 23:29 | |
| | natrav a écrit: | | On s'est interrogé sur la présence de huit contrebasses dans la fosse pour l'exécution de Wozzeck il y a quelques jours. Si Berg précise le nombre de chaque bois ou cuivre, il est évasif pour les cordes dont il semble laisser la répartition à la discrétion du chef: "Cordes: 50 à 60 au moins." |
C'est le nombre standard en disposition 16/14/12/10/8 pour les cordes, rien d'étonnant. C'est plus compliqué pour La Mer quand Debussy divise les violoncelles en quatre parties et en demande quatre pour chaque partie: aucun orchestre moderne ne réunit autant de cordes. |
|  | | natrav Papa pingouin

Nombre de messages: 34321 Date d'inscription: 08/12/2005
 | Sujet: Re: Wozzeck - Berg Mar 22 Sep - 23:32 | |
| En même temps, ce qui semblait surprenant, c'est que les cordes restantes ne semblaient pas si nombreuses que ça, mais difficile d'évaluer sans doute. |
|  | | DavidLeMarrec Mélomane inépuisable

Nombre de messages: 37402 Localisation: tête de chiot Date d'inscription: 30/12/2005
 | |  | | natrav Papa pingouin

Nombre de messages: 34321 Date d'inscription: 08/12/2005
 | Sujet: Re: Wozzeck - Berg Mer 23 Sep - 8:22 | |
| Rédigé, le résumé du livret et l'intro à la musique ce matin. Ce sont les galères ici ! |
|  | | natrav Papa pingouin

Nombre de messages: 34321 Date d'inscription: 08/12/2005
 | Sujet: Re: Wozzeck - Berg Mer 23 Sep - 23:18 | |
| Acte II scène 3Mesures 367 à 411 [9'34 piste 7 à 3'46 piste 8 ]Berg: Le mouvement lent de cet acte en forme de symphonie est un largo; en dehors des rapports thématiques habituels qui font de ce largo un mouvement bien délimité, on y trouve une autre particularité: l'instrumentation fait appel à un orchestre de chambre. Elle reprend exactement la formation instrumentale de la Symphonie de chambre de Schoenberg op 9. Je voulais ainsi rendre hommage à mon professeur et maître en cette scène centrale et déterminante pour le cours de mon opéra.------------------------------------------ Scène centrale de l'opéra, scène fatale de par ses implications pour le couple Wozzeck-Marie. Les mots qui fâchent sont prononcés, les aveux sont faits, les menaces et les provocations ne resteront pas sans conséquences. Chauffé à blanc par ses deux "mentors", Wozzeck débarque chez Marie qu'il accuse d'infidélité: "Un péché de cette taille devrait puer jusqu'à déloger les anges du ciel". Marie répond par la provocation quand il l'interroge sur la présence supposée du Tambour-Major: "Beaucoup de gens peuvent se trouver à un endroit l'un après l'autre !" Elle avoue: W: "Toi avec lui ?" M: "Et alors ?" W: "Salope !" Wozzeck veut la frapper et Marie lui propose presque un dénouement parfait à l'humiliation qu'il subit: "Plutôt un couteau dans le corps qu'une main sur moi" Si le Tambour-Major violente Marie pour la posséder, Wozzeck en est réduit à ne pouvoir que la suriner. La haine est à son paroxysme. Marie laisse échapper ce qui me semble être une des clés à la compréhension de son personnage et au destin auquel elle se livre passivement, la violence paternelle qu'elle a dû repousser dès son enfance. Dénégation: "Même mon père n'a pas osé quand j'avais dix ans". Violence et amour indissociables. Marie sort, laissant un Wozzeck hagard: "Plutôt un couteau" répète-t-il. "L'homme est un abîme, la tête nous tourne quand on regarde au fond". ------------------------------------------ Ce largo est organisé sous une forme de lied tripartite ABA (Largo - Agitato - Largo) avec un passage centrale rapide entouré de deux épisodes lents qui voient des éléments thématiques communs s'organiser sous forme antérograde dans la première partie et rétrograde dans la dernière. L'effectif instrumental recouvre très exactement celui de la Symphonie de chambre de Schoenberg (à 13 instruments en 1906, passée à 15 lors de sa révision en 1922). Pièce charnière dans l'oeuvre de Schoenberg du point de vue formel, avec une organisation complexe qui associe la symphonie et la sonate, et reste audacieuse de par les matériaux utilisés: construction de thèmes mélodiques reposant sur des séries de quartes et la gamme par tons, la tonalité en prend un coup, à noter aussi la raréfaction instrumentale, le gigantisme des pièces précédentes est abandonné. Cette oeuvre fit scandale à sa création. Pas facile à aborder, âpre mais très belle. Je vous la recommande. Flûte (alternée avec un piccolo) Hautbois Cor anglais Clarinette en mi bémol Clarinette Clarinette basse Basson Contrebasson Deux cors en Fa Un quintette à cordes Le chant est essentiellement du sprechstimme et l'échange entre les deux protagonistes est lapidaire, trois minutes tout au plus. ------------------------------------------ I - LargoMesures 367 à 387 Le rideau se lève et voit s'enchaîner en à peine 7 mesures, six thèmes fondamentaux qui vont structurer musicalement et dramatiquement toute la scène: - Thème de Marie - Frayeur de Wozzeck - Idée fixe - Fanfare militaire - Accord de la mort (Marie plongée dans ses pensées) - Thème de Wozzeck Tout est résumé en quelques secondes, la femme, le mari, l'amant, la peur, la folie, le meurtre. Le théâtre peut commencer, la musique a tout dit mais va continuer d'en dire plus que le livret. Pour plus de précisions: | Spoiler: | | |

- Thème de Marie [Seconde mineure + Tierce mineure]dissimulé dans le solo de violoncelle: [9'34 à 9'39] Beau et inquiétant. (- petit thème à retenir, en contre-sujet du thème de Marie au violoncelle qui reviendra à la fin de la scène [9'42 à 9'46] )

- Frayeur de Wozzeck [9'56 à 10'03] scandé à la contrebasse, hautbois et cor anglais, le destin frappe à la porte. - Thème de l'Idée fixe rappelé par le chant du cor, étiré [9'54 à 10'06]

- Thème de la mort, Marie perdue dans ses pensées: [0'00 à 0'10] même harmonie qu'à la scène 3 de l'acte I, les cordes dans l'aigu sur balancement la-mi bémol à la contrebasse, mystère. - Thème de la fanfare militaire ascendant à la flûte [0'02 à 0'04], il est aussi le Tambour-Major, au-dessus des autres voix, hors champ. - Thème de Wozzeck au basson [0'08]
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Tous ces éléments thématiques vont revenir soutenir les interventions des deux protagonistes, assez facilement repérables, la distribution de l'orchestre chambriste étant d'une grande clarté. Ils iront même jusqu'à contredire ce qui se dit sur scène, révélant les réelles motivation ou craintes de Marie notamment. La musique signifie plus que le livret, peut-être qu'on ne retrouve ça que chez Wolf dans ses lieder à ce niveau.
Par exemple:
...dès le début de l'échange entre les deux personnages: [0'08 à 0'12] Marie salue Frantz, Wozzeck répond "Je ne vois rien" faisant allusion au péché de Marie. Pendant ce moment, presque tout l'orchestre instille une oscillation sur une tierce mineure (descente au cordes et balancement aux bois), citation du début de la scène 2 de l'acte II (dans les bois avec Andrès) où Wozzeck déclarait "L'endroit est maudit". C'est aussi ce qui symbolise de plus en plus précisément le couteau.
...Marie s'inquiète de l'agitation psychique de Wozzeck "Qu'as-tu Frantz" juste après l'intervention du motif de la frayeur [0'27] au basson et clarinette basse.
... Quand Wozzeck fait de lourdes allusions à la bouche rouge de Marie recouverte d'ampoules à force d'embrasser, on entend juste auparavant le motif du Doktor [0'58 à 1'01], celui-là même qui avait dénoncé l'infidélité de Marie à Wozzeck.
...Marie: "Tu es fou furieux Frantz" ----> Tierces mineures aux bois [1'08]
Tout l'échange est ainsi éclairé par ces citations, ces menaces et ces peurs que Marie ou Wozzeck feignent de ne pas éprouver ou de proférer. La distance créée ainsi par Berg entre les paroles doucereuses dans un premier temps de Wozzeck alors qu'il bout ou les inquiétudes feintes de Marie pour Wozzeck, sa morgue alors qu'elle est morte de trouille apporte une grande profondeur psychologique à cette scène.
II - Agitato [1'29 à 2'35] Mesure 387 à 397 Partie la plus courte, une grosse minute, au coeur de la scène du coeur de l'acte central. Le coeur de l'action, le conflit ouvert entre les deux conjoints. Deux orchestres en présence, celui qui accompagnait la première partie, seul, l'orchestre de chambre et qui soutient inconditionnellement Wozzeck, et le grand orchestre (réduit le plus souvent aux cordes trompettes, trombones) qui n'intervient que sur les paroles de Marie. Là également d'autres thèmes déjà rencontrés viennent ponctuer le discours "evident" Le tempo accélère jusqu'à atteindre le Molto agitato quand Wozzeck s'exprime et A tempo sur les paroles de Marie.
Pour plus de précisions:
| Spoiler: | | | On conserve la même structure orchestrale, chaque réponse de Wozzeck est accompagnée de l'orchestre de chambre, chaque réponse de Marie est soutenue par le grand orchestre.
- [1'29] Wozzeck est jaloux. Le thème du Malheur de Wozzeck est entendu aux contrebasses, ostinato, vrombissant, ce malheur est à son comble "Etait-il là ?" S'inquiète-t-il en parlant de son rival, et c'est l'irruption du thème du Tambour-Major au piccolo, clarinettes et violons.[1'33] L'association des deux thèmes est particulièrement frappante.
- [1'35] Marie répond avec le grand orchestre, calme, les cordes répétant le Thème érotique ascendant, aux cordes, qu'on avait rencontré dans la même instrumentation dans la scène avec le Tambour-Major. C'est l'aveu musical renforcé par la phrase: "Je ne peux pas interdire la rue aux gens", comme elle n'a pu interdire l'entrée du Tambour-Major chez elle !
- [1'40] Wozzeck répond avec son malheur toujours aux basques: "Etait-il là ?"
- [1'45] Marie répond avec le thème érotique , réponse plus longue, le Thème est plus développé, Marie s'affirme, fait mine de ne plus craindre Wozzeck. Elle avoue qu'un homme peut être là, "l'un après l'autre".
- [1'57] Wozzeck est bouleversé, écorché vif, le Thème du malheur se fait entendre précipité au vent: "Je l'ai vu ici !"
- [2'00] Marie moque Wozzeck et sa cécité tandis que l'orchestre (Trompette et timbales ) reprend la chanson de Marie qu'elle entonnait lors du défilé au début de la scène 3 du I: "Soldaten, soldaten..." La provocation enfle.
- [2'11] Wozzeck: "Toi avec lui !"
- [2'16] Et c'est là que Marie prononce les mots qui tuent: "Plutôt un couteau dans le corps qu'une main sur moi.". déclamé sur un glacis de cordes filées trémolo très évocateur du tranchant qui la tuera. Le tout en une descente chromatique qui préfigure celle qu'on entendra au bord du lac de sang dans lequel s'abîmera Wozzeck. La mort est là. |
Les deux orchestres fusionnent, le tempo s'apaise.
III - Largo Mesures 398 à 411
Marie sort, Wozzeck se retrouve seul, halluciné. Il répète les derniers mots de Marie: "Lieber ein Messer" Je préférerais un couteau... [2'38]. Toujours cette descente chromatique inquiétante, des cuivres ricanant, l'orchestre semble patiner, comme la pensée de Wozzeck qui se fraie un chemin vers la prise de conscience de la solitude dans laquelle il se noie. Wozzeck lance un "Der Mensch ist ein Abgrund" (L'homme est un abîme) qui culmine sur un Si. [2'50] C'est alors que tout l'orchestre plonge dans ces abysses puis remonte tout aussi brusquement et replonge dans une harmonie très distendue, grotesque, aux timbres étranges. Wozzeck a le mal de mer, le chaos n'est pas loin. Une dernière succession de ces vagues et de ces creux [3'06] qui plongent et émergent sur des Si. Le désarroi, la dissociation psychique de notre homme sont entièrement exposés à l'orchestre. "La tête me tourne". Wozzeck se tait.
L'orchestre reprend le thème qu'on avait entendu en contre-sujet au violoncelle au début, il ferme la scène et s'étage à tous les pupitres [3'10 à 3'33] avant de conclure sur une oscillation Sol# Mi bémol qui s'apaise pour nous conduire à la scène 4. |
|  | | natrav Papa pingouin

Nombre de messages: 34321 Date d'inscription: 08/12/2005
 | Sujet: Re: Wozzeck - Berg Lun 19 Oct - 0:03 | |
| Acte II, Scène 4Le quatrième mouvement de cette symphonie que constitue cet deuxième acte, respect de la tradition: Scherzo et Trio. Scène sans action qui croque la déliquescence sociale et morale du monde qui gravite autour de wozzeck. La valse, ou le ländler , de la même eau que celle de Ravel (dans l'esprit, hein ! pas dans la forme), folle et boiteuse. Toute la perception de cette scène semble déformée par la vision de Wozzeck. Berg délaisse le naturalisme cru des scènes précédentes pour un expressionnisme plus profond, plus proche de la souffrance de l'homme Wozzeck: orchestre désaccordé, danses bancales, joie artificielle, mouvements mécaniques de la foule et de sa danse. Vision picturale qui m'évoquent les déformations violentes ou écorchées d'un Soutine, d'un Otto Dix ou d'un Münch. Berg suspend l'action pour un instantané photographique d'une humanité plutôt pitoyable. Le cabaret, la guinguette c'est selon, mais on y danse et l'on y joue de la musique. Deux orchestre interviennent, le grand orchestre dans la fosse et celui de l'auberge: des violons accordés sur La, Mi, Si, Fa (au lieu de Sol, Ré, La, Mi), clarinette en ut, accordéon, guitare, bombardon, tuba basse et un piano. Des timbres crus, vulgaires, l'ambiance est au bastringue, elle est glauque, l'assemblée est déjà passablement ivre, de cette ivresse poisseuse qui fait virer l'humeur au dégoût, de soi et du monde, à l'apitoiement et à l'oubli. "mon âme pue l'eau-de-vie" , "Pourquoi le monde est-il si triste ?" , "Le monde entier est rose, l'eau-de-vie c'est ma vie" chantent les fêtards. Les trois protagonistes entrent en scène sur la valse. Marie et le Tambour-Major, grisés par leur étreinte scandent des "Immer zu" aux déhanchements sexuel des plus suggestifs. Wozzeck est là, les épiant, se brûlant le regard: "La femme est chaude, pourquoi Dieu n'éteint-il pas le soleil ?" [le texte de Büchner complète plus explicite: "...pour que tout se roule pèle-mêle dans la luxure, homme et femme, homme et bête ?" ] Le drame qui se joue en Wozzeck est à peine suggéré par quelques mots: "Verdammt. Ich...''. Il est vite englouti, méprisé par la foule animée d'une gaieté forcée. Les hommes entonnent autour du chant soliste d'Andres une chanson de chasse ou à boire. Ce dernier rejoint Wozzeck, s'étonne de son humeur sombre, celui-ci poursuis ses ruminations morbides "Je suis bien assis, là, et dans une tombe froide, je serai mieux encore."Un ivrogne vient justifier les laideurs du monde dans un monologue aviné: "De quoi auraient vécu le soldat et l'aubergiste si Dieu n'avait pas créé l'homme pourvu du besoin de tuer de de s'humecter le gosier ? Même l'argent tombe en putréfaction et mon âme pue l'eau-de-vie." Mouvement de foule. Après Andres, c'est au tour du Fou de s'approcher de Wozzeck. Nul besoin d'être grand clerc pour pouvoir lancer un: "Ça sent le sang". Wozzeck se brise à ce moment précis - la musique le dira ô combien - et plonge dans une nouvelle folie: "Tout devient rouge devant mes yeux." La vision du sang devient obsédante et ne s'éteindra qu'avec la vie de Wozzeck. ----------------------------------------------------------------------- Classique quatrième mouvement de la symphonie nous disions, le scherzo est construit sur une double forme A-B-A, Scherzo - Trio - Scherzo (avec reprise A-B-A), ces deux parties encadrant un Trio central. Traditionnellement pièce de danses, le menuet est remplacé par Berg par une valse et un ländler qui animent le bal de l'auberge. On reste dans des rythmes ternaires. Berg multiplie les plans de symétrie Scherzo et trios alternés, Trio central lui même organisé en trois parties, tonalité alternant avec atonalité, Grand orchestre alternant avec celui de la guinguette et pourtant l'ensemble reste très fluide. Scherzo I dans le détail: | Spoiler: | | | Principalement constitué de l'Interlude voit exposer le Ländler [piste 8: 3'48] dont le thème est constitué de secondes mineures.
Ce ländler intervient à nouveau à la toute fin de cette partie avec l'orchestre de cabaret et l'intervention des deux apprentis [Piste 9: 0'00] Entre ces deux moments, la Valse. Beau passage chambriste comparativement aux ländler: violon solo, célesta, harpe et basson [4'18]
Le deuxième ländler [piste 9: 0'00] voit exposer le thème de l'ébriété (Mon âme pue l'eau-de-vie)
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Trio I dans le détail:
| Spoiler: | | | Le grand orchestre revient [0'10] mesure 447 avec un motif tonitruant: les pupitres de cors et de trombones se répondent en des ricanements gras qui figurent sans doute la foule bruyante du cabaret. Des montées et descentes constituant des harmonies changeantes qu'on retrouvera sous forme atténuée dans les autres trios.
Les deux ivrognes, le gai et le triste échangent sur le sens de la vie (sous influence) soutenus par des glissandos de cordes et le thème de l'ébriété aux trombones et harpes pour Tristus et des trémolos de l'orchestre pour Rigolus. C'est le triste qui l'emporte et s'apitoie sur son sort: "Traurig, traurig, tra..." fermant le trio et accompagné du début de la valse du Scherzo II. Berg utilise ce procédé de tuilage entre chacune des parties de cette scène évitant les transitions brutales. |
Scherzo II dans le détail:
| Spoiler: | | | Une valse et à nouveau l'orchestre de l'auberge. Le grand orchestre s'invite subrepticement [2'09] mesure 495 pour rappeler le thème de Wozzeck (cordes et bois) et signifier sa présence, épiant le couple excité qui chante des "Pour toujours, pour toujours !". Les thèmes vont s'enchaîner très rapidement aux différents pupitres, commentant les idées qui parcourent la psyché du héros, beau procédé plus psychologique que dramatique [2'28]
Idée fixe: violons, mesure 505 Tambour-major: clarinettes et violon, mesure 505 Thème érotique et de la séduction: clarinette et accordéon, mesure 510 Chanson de Marie aux soldats: bombardon, mesure 511
La coupe est pleine, Wozzeck exulte: " Pourquoi Dieu n'éteint-il pas le soleil ?" accompagné du grand orchestre qui s'invite [2'40] encore pour une belle citation de la scène de la forêt avec Andres (cf piste 2, 5'00). Le thème de la frayeur résonne alors à tous les pupitres.
La valse reprend jusqu'à la fin accompagnant les ahanements de Marie et le Tambour-major.
Une citation ébauchée de l'échange cors-trombones du début du trio I (montées et descentes) annonce le Trio II |
Trio II dans le détail:
| Spoiler: | | | De construction A-B-A:
Grand choeur masculin a cappella 1 Chanson d'Andres accompagné à la guitare Grand choeur masculin a cappella 2
La symétrie est renforcée par les lignes mélodiques montantes dans le premier choeur et descendantes dans le second comme s'étaient construits les appels de cors et de trombones dans le trio I. La chanson d'Andres culmine sur un Si bécarre (huit mesures), le cri d'alarme. Si qui est au centre de ce trio lui même au centre de la scène.
La phrase ascendante du choeur 1 utilise les notes naturelles Do, Ré, Mi, Fa, Sol et La, le refrain "Hali, Halo !" la complétant en utilisant les notes altérées en un accord: Réb, Mib, Solb et Lab. Dix notes de la gamme chromatique. Arrive Andres et sa chanson qui monte dans l'aigu, s'appuie sur un Sib et lance triomphalement le Si bécarre. Presque un total chromatique dans l'esprit tout du moins. la chanson d'Andres est issue du début du Thème d'Andres.
Le Choeur 2 reprend les même éléments mais de façon rétrograde.
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Scherzo III dans le détail:
| Spoiler: | | | Le grand orchestre revient pour accompagner le passage le plus intime. Sombre, douloureux, ramenant la tonalité de sol mineur, dominé par une pédale mélodique des cordes graves sur le thème du ländler (Sib, La, Mib, Ré). L'orchestre du cabaret reprend lui aussi le thème du Landler. Les cordes de l'orchestre amorcent des ondulations chromatiques dont le pathétique est renforcé par les pizzicati des violons du cabaret [4'55], c'est vraiment le désespoir de Wozzeck. Les cordes descendent progressivement pour accompagner Wozzeck au tombeau ("Dans la froide tombe") [5'10] On aura reconnu le thème de la dispute de Marie et Wozzeck (II, Scène 3) énoncé aux cors [5'05], Wozzeck reste toujours plongé dans l'affliction de cette dispute. |
Trio III dans le détail:
| Spoiler: | | | Constitué d'un mélodrame, c'est à dire d'une pièce musicale sur lequel est déclamé un texte. En l'occurrence, l'ivrogne est tellement dysarthrique qu'il aurait bien du mal à chanter. Harmoniquement, toute cette partie repose sur le début du Trio I (dialogue cors-trombones). Pour commencer, le bombardon qui accompagne le chant de l'ivrogne, déroule un lent choral reposant sur les notes du "dialogue", enfin et plus nettement, lors de la conclusion de ce trio on retrouve les double-croches en motif ascendants massivement exprimés aux vents [7'06 à 7'23] (avec une intervention du choeur et d'Andres.) Puis suit une merveilleuse orchestration de ces éléments [7'23 à 7'35] où le célesta reprend le motif ascendant et descendant tel un mouvement perpétuel soutenu par les cordes en triolets, un roulement continu de caisse claire qui s'amplifie. Des ponctuations de bois associés à des doubles coups de grosse caisse. L'effet est saisissant, hallucinant. Toute cette machine subtile prépare le moment clé de cette scène, l'intervention du fou. |
Scherzo IV dans le détail:
| Spoiler: | | | Constitué de la rencontre de Wozzeck et du Fou puis de l'interlude.
Comme une pause, l'orchestre semble, en apparence, bien désoeuvré. Les violons s'accordent en miaulant, sur La, Mi, Si, Fa (Si-Fa fatidique intervalle de la Mort). D'ailleurs ils insistent sur ce Si [7'44 à 7'52]. La clarinette en ut égrène un motif descendant qui rappelle le motif de la Folie du docteur juste après l'intervention du Fou sur "Lustig" débutant sur un Si et chanté sur une seconde mineure. Tout fait sens chez Berg et on se rend compte, dans de tels passage qui semblent si simples, de l'importance qu'il accorde à ces détails chiffrés. Les intervalles sont ses mathématiques, on ne les entend pas toujours mais elles sont omniprésentes. Le silence se fait, juste un roulement de caisse claire. Le Fou, avec une délectation perverse, lentement, déroule les paroles qui vont tuer Marie et Wozzeck.
- Ça sent ! - Quoi ? dit Wozzeck ? - Ça sent, ça sent le sang ! criaille le Fou en voix de fausset - Le sang ! Le sang" tressaille wozzeck en grimpant dans l'aigu [8'28]
Du Ré au Mib, il grimpe d'une 9° mineure, extrapolation de son intervalle (seconde mineure + octave)
Aussitôt l'orchestre de l'auberge entame la valse pendant que le grand orchestre fustige Wozzeck à tous les pupitres durant tout son cri sur "Blut" en rythme acerbe de triple-croche, croche doublement pointée. La valse est maintenant une danse macabre qui accélère pendant que Wozzeck hurle ses hallucinations sanglantes. |
L'interlude [8'55 à 10'31] mesures 685 à 736: Le raffinement orchestral y est d'une richesse incroyable et ceci est d'autant plus marquant que c'est au service d'un moment finalement très trivial. Il va reprendre beaucoup des éléments du scherzo mais pour composer une nouvelle valse, déjantée, agressive, de plus en plus complexe. On y entend passant souvent d'un pupitre à l'autre, les thèmes de la valse, le "Immer zu", le thème du Tambour-major ( le rythme qui s'échange passe hautbois et aux cordes en pizzicatos), tout se fond en une science qui laisse pantois malgré l'enflure qui rend cette valse grotesque. Toutes les voix se font entendre. Préfiguration du dernier interlude, véritable monument musical. Berg n'a pas dit son dernier mot ici. |
|  | | Octavian Mélomane chevronné

Nombre de messages: 2798 Age: 26 Localisation: Lyon / Aix / Marseille Date d'inscription: 07/05/2008
 | |  | | natrav Papa pingouin

Nombre de messages: 34321 Date d'inscription: 08/12/2005
 | Sujet: Re: Wozzeck - Berg Lun 19 Oct - 19:04 | |
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