Autour de la musique classique

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 Wozzeck - Berg

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natrav
Papa pingouin


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MessageSujet: Re: Wozzeck - Berg   Dim 7 Juin - 18:00

Les Gurre-Lieder sont "classés" comment d'un point de vue harmonique ?
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emmanuel
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MessageSujet: Re: Wozzeck - Berg   Dim 7 Juin - 18:06

C'est une œuvre tout à fait tonale, proche des harmonies de Tristan, même si la troisième partie a été écrite après les débuts de l'atonalité (en l'occurrence Schoenberg a volontairement amendé son écriture pour des raisons de cohérence de l'ensemble).
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Wozzeck - Berg   Dim 7 Juin - 18:12

natrav a écrit:
Les Gurre-Lieder sont "classés" comment d'un point de vue harmonique ?

C'est tout à fait tonal, même s'il y a des audaces.

Edit : Pardon, Emmanuel a répondu.

Merci pour ce fil. Wink

_________________
Indépendamment de ce qu'on a pu écrire sur ma nouveauté, et malgré ce que j'ai moi-même laissé entendre dans mes Mémoires, ma chère Amélie, il est un fait que je dois tout à Grétry.
Hector Berlioz, Correspondance, année 1862.
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natrav
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MessageSujet: Re: Wozzeck - Berg   Lun 8 Juin - 12:48

Wink

L'orchestre de Wozzeck:

4 flûtes
4 clarinettes
4 hautbois et cor anglais
Clarinette basse I love you
3 bassons
Contrebasson
4 cors
4 trompettes
4 trombones
Tuba basse Very Happy

Timbales
Cymbales
Grosse caise
Fouet
Caisses claires
Grand et petit tam-tam
Triangle
Xylophone
Célesta
Harpe

50 à 60 cordes

Et deux petites ensembles pour la musique militaire et de bal ( dont piccolo, violons accordés sur La-Mi-Si-Fa, accordéons, cithare, bombardon (?), piano.



Pour suivre:

Avant-Scène-Opéra a sorti un numéro récent sans doute aussi intéressant que celui dont je m'aide (1981).

On peut trouver la partitions sous plusieurs formes, Réduction piano, Piano + voix, Orchestre et voix (que j'attends, il paraît que la fête des pères me l'amènerait Very Happy ).
Chez Di-Arezzo par exemple.


Dernière édition par natrav le Lun 8 Juin - 13:38, édité 1 fois
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natrav
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MessageSujet: Re: Wozzeck - Berg   Lun 8 Juin - 13:12

Acte I Scène 1

Où l'on voit qu'il ne se passe pas grand chose ici, quelques phrases anodines échangées avec un personnage qui n'est pas vraiment important dans le drame, mais que l'orchestre est déjà le protagoniste principal.

Wozzeck et son capitaine.
Dans les quartiers de ce dernier, Wozzeck rase son supérieur. Celui-ci s'étonne de sa précipitation "Doucement, Wozzeck, doucement" (Langsam, Wozzeck, Langsam), le traite avec condescendance. Il lui indique qu'il a tout son temps, toute la vie. Lui pose des questions et le tourne en ridicule. Il affirme que Wozzeck est un homme sans morale puisqu'il a enfanté en dehors du mariage.
Wozzeck qui jusqu'ici n'a cessé de répondre, soumis "Oui, mon Capitaine" (Jawohl, Herr Hauptmann) se lance dans une tirade pour expliquer qu'il vit dans un autre monde, celui des pauvres et qu'ils ne peuvent pas faire comme les gens riches. Gêné, le Capitaine enjoint à Wozzeck de se calmer, se taire: "Mais vous pensez trop, ça use". "Allez, doucement, doucement"(Langsam, hübsch langsam), les mêmes mots qu'au début de la scène.


Cette scène s'organise en une Suite, Prélude, Pavane, Gavotte, Gigue et Air.
Chacune des pièces de cette suite va voir des groupes d'instruments privilégiés.


Pour le Prélude, ce sont cinq bois: hautbois, cor anglais, clarinette, clarinette basse et basson.
Il débute par une courte introduction instrumentale dont la dernière ritournelle présente au cor anglais le motif du Capitaine suivi des ré bémols du motif de soumission de Wozzeck.
A noter le dernier "Langsam" sur fa-si descendant, intervalle qu'on retrouvera souvent. [0'12]



Cette cellule motivique du capitaine reviendra sous une forme à chaque fois différente, parfois juste évoquée brièvement, comme séparation entre chacune des pièces de cette suite.

Le motif de la soumission de Wozzeck est énoncé clairement avec sa réponse au Capitaine et clos ce Prélude. "Jawohl Herr Hauptmann" [1'01] suivi du motif du capitaine au cor anglais.




La Pavane (harpe, trois timbales, grosse caisse et caisse claire) débute sur la tenue de ce ré bémol [1'13]. C'est la deuxième tirade du Capitaine qui songe avec mélancolie à la notion d'éternité qui le dépasse. La Pavane se manifeste par le rythme de triolet de croches à la harpe et aux cors pendant que les cordes s'agitent en trémolos dans le grave [1'27]. Le Capitaine continue de s'interroger avec angoisse sur le temps qu'il compare à une roue de moulin "Mühlrad" [1'56] qui constitue le point culminant sur un grand crescendo dans l'aigu. La Pavane s'interrompt sur le dernier mot du Capitaine "Melancholish" [2'03] sur un Fa-SI descendant. Suivi du thème de la soumission de Wozzeck "Jawohl..." et complété d'un accord qui lance des Fa-Si. Vient un petit passage libre [2'13] qui voit le Capitaine astiquoter Wozzeck accompagné d'un bel alto, il lui dit ici quel homme amoral il est. L'alto esquisse le thème du Capitaine [2'45]

Débute la Gigue (4 flûtes, celesta). [2'55] On parle climat et Wozzeck est de plus en plus inhibé à mesure que le Capitaine se rit de lui en lui faisant dire des âneries, répondre à des questions absurdes. Le thème de la soumission est très présent comme le ré bémol qui le symbolise (toutes les réponses de Wozzeck qui reprend le thème et les gros ricanements du Capitaine [3'28] qui lancent des ré bémols. Une fois que les gros éclats de rire de l'orchestre se calment un contrebasson vient conclure [3'48] en rappelant encore le thème du Capitaine.

Suit la Gavotte avec ses trois groupes de cuivres: 4 trompettes puis 4 cors et enfin 3 trombones. [4'06]
C'est au cours de cette lourde danse divisée en trois parties selon les répliques du Capitaine que celui-ci va accuser Wozzeck de ne pas avoir de sens moral tout en lui assurant qu'il le voit comme un brave homme.
1° partie, le Capitaine à l'unisson des trompettes accuse Wozzeck qui acquiesce en ré bémol [4'34] et réponse du Capitaine qui vient rappeler le rôle essentiel de l'église (Wozzeck n'est pas marié) accompagné de cors.
Wozzeck commence à se révolter [4'51] et emprunte à la bible le passage "Laissez venir à moi les petits enfants" [5'10] ce qui a pour effet de déclencher la colère du Capitaine (avec les trombones) qui lance des "Ihn ! Ihn !" (Vous ! Vous !) [5'31] dans l'aigu de sa tessiture comme des aiguilles qui tenteraient de clouer Wozzeck sur une planchette.

Et c'est l'Air de Wozzeck (quintette à cordes), sa première intervention vocale consistante. Celle au cours de laquelle il regrette que ses conditions misérables lui rendent inaccessible une vie plus conforme à ses aspirations morales.
Une phrase très lyrique [5'35] est sous-tendue à la contrebasse par le rythme en augmentation du thème de la soumission sur de gros ré bémol (Do #) assez sinistres (que j'ai figuré par le Jawohl, Herr Hauptmann qui n'est pas chanté). On voit se dégager une montée chromatique arpégée aux violons et aux altos qui réalise une superbe série des douze sons. A noter qu'un Si vient au trombone et tuba s'intercaler sous cette montée et renforce les scansions des ré bémols.



...et les phrases s'enchaînent soutenues par un orchestre d'une subtilité incroyable, trémolos de cordes, pizz, une merveille.

Le rythme revient aux cuivres mais sur un do. Un "Herr Hauptmann" [6'49]réintroduit une fois de plus le thème de la soumission au tuba (?) [6'51] mais sur un do et son rythme devient implacable et lancinant au fur et à mesure que Wozzeck s'emporte "Les gens comme nous sont toujours malheureux dans ce monde" [7'00] mais ce rythme est maintenant porté par un Si. Le rythme s'accélère et Wozzeck éclate accompagné de doubles croches aux contrebasses sur "Je crois que si nous allions au ciel, on servirait à faire gronder le tonnerre" [7'14] qui s'achève sur un Si.

Fin de l'air.

Le Capitaine plutôt impressionné va prononcer quelques phrases apaisantes pour aboutir à la reprise du Prélude de façon rétrogradée, "en écrevisse" dit Berg. On retrouve le motif du capitaine à la contrebasse [7'54] et les "Langsam" (doucement) dans les rythmes de ceux de la première phrase de cette scène et fin du chant sur un Si.

L'interlude [8'17]qui précède la deuxième scène reprend les différents éléments de la suite très rapidement sous forme de citations entremêlées.
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Xavier
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MessageSujet: Re: Wozzeck - Berg   Lun 8 Juin - 16:06

natrav a écrit:

Pour le Prélude, ce sont cinq bois: hautbois, cor anglais, clarinette, clarinette basse et basson.
Il débute par une courte introduction instrumentale dont la dernière ritournelle présente au cor anglais le motif du Capitaine suivi des ré bémols du motif de soumission de Wozzeck.
A noter le dernier "Langsam" sur fa-si descendant, intervalle qu'on retrouvera souvent. [0'12]



Cette cellule motivique du capitaine reviendra sous une forme à chaque fois différente, parfois juste évoquée brièvement, comme séparation entre chacune des pièces de cette suite.


D'ailleurs ce motif fait beaucoup penser au début de la 6è de Beethoven, je ne sais pas si c'est volontaire ou non.
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natrav
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MessageSujet: Re: Wozzeck - Berg   Mar 9 Juin - 1:20

Acte I Scène 2

Scène de l'effroi de Wozzeck

Wozzeck et Andres, son alter ego, sont seuls jusqu'à l'horizon. Ils coupent du bois dans une lande crépusculaire à l'orée de la forêt, la ville est auloin. Le soleil baisse et se couche rougeoyant durant la scène qui s'achève dans la nuit.
Wozzeck est effrayé par les lieux dont chaque détail fait sens, celui des horreurs indicibles et cachées, transposition sans doute des horreurs qu'il sent tapies dans les replis de sa propres psyché.
L'expressionnisme est ici poussé à son comble dans les images musicales et poétiques proposées par Berg qu'on retrouve dans les paroles hallucinées du héros:
"Quelque chose avance avec nous en dessous"
Quand le soleil couchant flamboie: "Un feu, un feu ! Il monte de la terre au ciel, en bas c'est comme un grand vacarme de trompettes"
Il voit des traces près des champignons, des ronds de sorcières.
"Tout est silencieux, comme si le monde était mort"
ANdre, refuse, réfute ces images et se contente avec simplicité d'associer un chant de chasse au paysage sylvestre qui les entoure.
Alors que le tambour bat au loins dans la ville, Andres décide qu'il doivent retourner à la caserne.

C'est une des plus belles scènes de l'opéra. Il ne s'y passe rien si ce n'est que Wozzeck nous y confie son effroi du monde.
Berg s'appuie sur la forme Rhapsodie pour construire cette scène. Forme musicale disparate qui associe des éléments populaires (ici représentés par les strophes de la chanson d'Andres) et des moyens expressifs variés: le chant arioso d'Andres soutenu par un orchestre mélodique et tonal, le sprechstimme de Wozzeck accompagné par un orchestre essentiellement harmonique, le sprechgesang des deux hommes parfois.


Le premier thème de la rhapsodie et qui revient continuellement tout au long de cette scène, c'est le thème personnifiant Wozzeck, une série de trois accords constitués de tierces et de quartes.
Ces accords réussissent à instiller menace et mystère dans toute la scène et finissent par plonger la clairière dans un clair-obscur de plus en plus inquiétant.




En surimpression de ces accords, on entend subrepticement un petit motif chromatique descendant, sautillant, ricanant, inquiétant finalement qui sera réintroduit à plusieurs reprises lui aussi jusqu'à ce qu'on en perçoive le sens..



Ce sont par les accords de Wozzeck que débute donc cette partie, bois et cuivres puis cordes.
Wozzeck commence en sprechstimme [0'30]: "Du, der Platz ist verflucht" (cet endroit est maudit). L'orchestre commente nerveusement en glissandi et pizz sauvages.
Son compagnon cherche à écarter ces inquiétudes "Ach was" (Allons donc !) et entonne [0'41] son thème (le thème d'Andres), la chanson de chasse.



Le style est totalement opposé à celui de Wozzeck: chant simple tonal, en bel canto, presque en do majeur qui se modalise en milieu de phrase, truffé de quartes. Le rythme ternaire bien marqué apporte un sentiment de gaité rassurant. Andres c'est l'évidence, l'homme qui ne se pose pas de questions, l'homme de la gamme par tons.

Après avoir chanté sa première strophe, les trois accords reviennent lourdement reformer cette éclaircie [1'03], Wozzeck confie sa vision, une trainée dans l'herbe près des champignons qui témoin d'une histoire affreuse: une tête tranchée est ramassée ici par un homme qui la prenait pour un hérisson.
Cette tirade est accompagnée par le gras du tuba sur des secondes majeures scandées et des broderies des cordes jouant sur les accords I et II [1'18]. Petit à petit, les violons ramènent l'accord III [1'33] dans l'aigu des harmoniques commentant l'épouvante du sprechstimme de Wozzeck dans des timbres glacés sublimes. Very Happy
[2'09] Brutalement Wozzeck abandonne la déclamation pour chanter l'unique fois de cette scène une phrase musicale qu'on retrouvera encore deux fois dans l'oeuvre. "Drei tage und drei Nächte drauf, und er lag auf den Hobelspänen" (Trois jours et trois nuits plus tard, il était entre les planches)



Elle associe de belles descentes chromatiques aux trois accords qui viennent soutenir la fin de laphrase, associant de façon prémonitoire la mort au thème de Wozzeck.
On retrouve le petit motif chromatique descendant [2'28] au piccolo.

Andres chante sa deuxième strophe arioso [2'40] sous la forme d'une barcarole.

Wozzeck [3'03] reprend alors ses élucubrations délirantes sur de lancinants appels des cordes: "Ce sont les Francs-Maçons". Andres tente de recouvrir sa voix, les deux types de chants se mêlent. Andres tente de convaincre Wozzeck de chanter avec lui mais les grands accords [3'22] de cuivres sur un motif ascendant modal annoncent la terreur de Wozzeck, engloutissent tout." Hohl ! Alles hohl !" (Creux, tout est creux !). L 'orchestre comme Wozzeck montent dans l'aigu dans un hurlement commun: [3'30] "Ein Schlund ! Es Schwankt ! (Un gouffre, ça tremble).
Les accords du thème réapparaissent [3'41] apaisant ici, mais des trémolos de cordes montent encore [4'01] comme l'angoisse de Wozzeck qui bascule dans la folie "unden" (en dessous) "Fort ! Fort !"( Partons, partons !) associé au petit motif chromatique descendant qui dévoile son sens probables celui de la frayeur.

Wozzeck [4'22] en sprechstimme énonce une superbe phrase accompagnée très déliacatement par les bois au timbre flûté. "C'est étrangement silencieux et étouffant. On voudrait retenir son souffle." Silence.
Et dans le silence complet Andres prononce "Was ?" [4'43]

L'orchestre recite les trois accords en une montée chromatique figurant l'embrasement de l'horizon aux derniers feux du soleil sur les basses du thème d'accords rebondissant dans l'orchestre (trombones avec sourdines, cors avec sourdines, harpes et pizzicati de violons avec sourdines).

Wozzeck: "Ein Feuer" (un feu) [4'52] et dans les cris à nouveaux de l'orchestre et de Wozzeck on entend enfin à découvert au cuivres le motif chromatique de la frayeur qui explose littéralement [5'07] qui s'achève sur "Wie's herankliert" (Quel fracas)
Grand tintamarre de percussions qui se résoud en une batterie de caisse claire decrescendo [5'18] figurant peut-être les battements du coeur de Wozzeck et préfigure la scène à venir. "Drinnen trommeln sie" (Ils battent le tambour).

[5'27] de ce fracas qui décroît s'extrait l'accord III aux cordes, hallucinés et merveilleux, encore plus mystérieux. Wozzeck énonce péniblement "Still, alles still..." Silencieux, tout est silence comme si le monde était mort).
Sur cet accord III débute une sublime descente chromatique aux cordes qui figure la tristesse, le mahleur de Wozzeck. Cette descente passe par l'accord II puis I.



C'est infiniment beau et tendre, comme une berceuse perpétuelle occupe toute la fin de la scène , comme un personnage qui vient tel le coryphée nous dire ce qu'il en est véritablement de toute cette histoire. Rideau

L'interlude. [6'20]
A la descente chromatique qui ne veut pas s'interrompre se mêlent l'accord égrené par une clarinette, un cor, un violon qui reprend la descente et le thème d'Andres [6'52] trois fois répété mais à chaque fois écourté un peu plus.
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natrav
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MessageSujet: Re: Wozzeck - Berg   Mar 9 Juin - 11:51

Xavier a écrit:

Cette cellule motivique du capitaine reviendra sous une forme à chaque fois différente, parfois juste évoquée brièvement, comme séparation entre chacune des pièces de cette suite.


D'ailleurs ce motif fait beaucoup penser au début de la 6è de Beethoven, je ne sais pas si c'est volontaire ou non.[/quote]

C'est vrai, tiens, la forme de ce motif mais aussi le rythme qui colle exactement. Mais bon, ensuite ça donne fait pas le même effet. Mr. Green
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Stanlea
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MessageSujet: Re: Wozzeck - Berg   Mar 9 Juin - 18:17

Remarquable sujet sur Wozzek, qui fait honneur à ce forum. Pour une oeuvre qui n'est pas si facile à écouter pour un néophyte, cette présentation me semble tout à fait pédagogique.






[Ce post ne contient ni contrepéterie, ni sous-entendu ironique et ne saurait donc être considéré comme du flood.]

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natrav
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MessageSujet: Re: Wozzeck - Berg   Mar 9 Juin - 20:14

Merci Stanlea, mon principal souci est la clarté, pas facile. Very Happy

Stanlea a écrit:

[Ce post ne contient ni contrepéterie, ni sous-entendu ironique et ne saurait donc être considéré comme du flood.]


Spoiler:
 
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Octavian
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MessageSujet: Re: Wozzeck - Berg   Mar 9 Juin - 20:50

natrav a écrit:
Spoiler:
 

Alors pendant qu'on y est, j'en profite pour te féliciter et te remercier moi aussi pour ce fil. Smile

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Frère Elustaphe
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MessageSujet: Re: Wozzeck - Berg   Mar 9 Juin - 20:51

Tu parles ! C'est juste qu'il brigue le poste d'admin' !

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natrav
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MessageSujet: Re: Wozzeck - Berg   Mar 9 Juin - 20:55

Merki !
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Octavian
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MessageSujet: Re: Wozzeck - Berg   Mar 9 Juin - 21:06

Frère Elustaphe a écrit:
Tu parles ! C'est juste qu'il brigue le poste d'admin' !

pété de rire


En même temps, c'est le "travail" similaire qu'il a fait sur Webern qui m'a fait découvrir ce compositeur à l'écart duquel je me tenais, et qui a rapidement intégré la liste de mes compositeurs favoris. Smile

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natrav
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MessageSujet: Re: Wozzeck - Berg   Mar 9 Juin - 22:12

Merki !Merki !Merki !Merki !Merki !
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jerome
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MessageSujet: Re: Wozzeck - Berg   Mer 10 Juin - 13:30

Elle est vraiment géniale, cette deuxième scène...
Il y a de quoi rester bloqué des heures sur l'adéquation texte-orchestre. Tu vas t'amuser quand tu auras le conducteur !
natrav a écrit:
Wozzeck [4'22] en sprechstimme énonce une superbe phrase accompagnée très déliacatement par les bois au timbre flûté. "C'est étrangement silencieux et étouffant. On voudrait retenir son souffle." Silence.
Et dans le silence complet Andres prononce "Was ?" [4'43]

colors

Un petit détail qui peut t'intéresser (ou pas) : dans la scène 5, on entend à 0'41 un motif de 4 notes au violon qui rappelle beaucoup le motif de la "salle au trésor" dans Barbe-Bleue.
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natrav
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MessageSujet: Re: Wozzeck - Berg   Mer 10 Juin - 22:39

Merci Jérôme mais je n'ai pas encore écouté BB, c'est prévu. Honte.


Pour répondre à cette question:

emmanuel a écrit:
Merci natrav, belle présentation. Je sourcille juste un peu à l'évocation de "la polytonalité de Schoenberg": je ne crois pas qu'il ait usé de cette technique à aucun moment. Ça visait une œuvre ou une période particulière?


Je lis dans le Jean-Noël Von Der Wied (La musique au XX° siècle) que la période de la production de Schoenberg qu'on nomme atonale (entre les oeuvres post' et les oeuvres sérielles) il préférait l'appeler polytonale ou pantonale.

Bon, je poste la scène 3.
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Wozzeck - Berg   Mer 10 Juin - 22:43

Oui, c'est vrai qu'il rechignait au mot "atonal" ; pantonal si on veut : lorsqu'il dit polytonal, ce n'est pas ce qu'on nomme la polytonalité, mais il veut dire qu'il n'en choisit aucune, et non pas qu'il en mêle deux à la fois.

Effectivement, atonal (ce qui est quand même un peu le cas dans les faits du bazar oppressant d'Erwartung) ou pantonal, ça évite l'ambiguïté.

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emmanuel
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MessageSujet: Re: Wozzeck - Berg   Mer 10 Juin - 22:55

Il y a quelques traces de polytonalité chez Schoenberg, notamment dans les pièces Op.16 où l'on trouve des agrégats qui semblent issus de superpositions de do# ou de mib sur ré mineur - il y a ça dans Pelléas aussi. Mais en aucun cas ça ne ressemble à plusieurs conduites diatoniques de différentes tonalités en même temps. Merci natrav et David, ça me paraît plus clair maintenant: le terme vient de Schoenberg lui-même, qui ne pouvait prévoir la polytonalité des années vingt à ce moment-là.
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natrav
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MessageSujet: Re: Wozzeck - Berg   Mer 10 Juin - 23:38

Acte I Scène 3

C'est la scène de Marie
Marie, Margret, Wozzeck, l'enfant de Marie et Wozzeck
La fanfare devinée scène 2 (La Marche) enfle et se transforme en un défilé grandiose, il passe sous les fenêtres de Marie qui admire ces hommes en compagnie de l'égrillarde Margret. Celle-ci attise le désir de Marie à leur égard mais elle joue aussi les fausses prudes ce qui agace Marie. Elle l'insulte, Margret sort.
Restée seule avec son fils, le "pauvre petit batard" à la "frimousse malhonnête" comme elle l'appelle, Marie déprime, se réfugie dans le calin qu'elle lui procure. La Berceuse qu'elle chante s'adresse aussi bien à cet enfant déjà maudit qu'à sa propre solitude, peut-être même à sa propre enfance privée de tendresse. Elle en vient à penser que l'alcool apaiserait sa douleur, "Rien que du vin bien frais".
Elle reste pensive pendant que l'orchestre nous livre longuement sa rêverie.
Wozzeck entre et confie à Marie ses angoisses délirantes, le ciel en feu, la fumée qui sort de la terre, tout ça quoi ! Marie tente de le ramener à la réalité et à ce qu'elle aurait de plus réjouissant pour lui, à son devoir paternel, elle lui tend leur enfant. Wozzeck ne peut le prendre dans ses bras, le regarder, il s'enfuit. Marie reste seule et profondément désespérée. Au point de demander à son enfant de la réconforter "Pourquoi tu ne dis rien gamin ?", "Ah nous pauvres gens. Je n'en peux plus, j'ai si peur". Rideau

Cette troisième scène, Berg la construit avec deux pièces de caractère, populaires et classiquement récupérées par la musique savante depuis le XVIII° pour le moins. La Marche militaire et la Berceuse.
La Marche occupe la première partie, le défilé et le dialogue avec Margret. La Berceuse occupe la deuxième partie, Marie seule avec son enfant.


La Marche:
Le thème de la frayeur (cf Acte I scène 1) ouvre la scène aux violoncelles [7'21 de la piste 2, CD1 version Boulez], sept fois par groupe de trois motifs puis deux puis un et enfin la moitié du motif, mais en allégeant progressivement l'orchestration à chaque reprise ce qui fait qu'il devient inaudible après la deuxième répétition. EN guise d'avertissement ? Les tambours et les caisses claires commencent à marteler le rythme de la Marche [7'24 de la piste 2] repris et soutenu par Marie: "Tshin Bum, Tshin Bum, Bum..." [0'00 piste 3]. Elle semble prendre un plaisir tout neuf d'enfant à voir défiler tous ces soldats par la fenêtre dans leurs uniformes rutilants. La joie simple, sans doute la première et la dernière de l'oeuvre. La fanfare enfle, trompettes. Margret [0'13]: "Was ein Mann ! Wie ein Baum ! (Ça c'est un homme, on dirait un arbre), le Tambour-Major est déjà bien là sans pour autant apparaître dans cette scène, l'orchestre le remplace avantageusement, envahissant marteau-pilon qui occupe tout l'espace musical obligeant les deux femmes à hurler presque pour se faire entendre et couvrir le vacarme. La Marche impérieuse enfle encore [0'33]. Marie ne tenant plus éclate et se lance dans un trait arioso rythmé "Soldaten, Soldaten... (Les soldats sont de beaux gaillards), ce faisant elle modifie complètement le climat de cette fanfare dont les cuivres et les percussions délaissent le pas des hommes pour les battements du coeur de Marie.
Je trouve qu'on a ici deux composantes, deux traitements différents de cette marche, d'abord virile et martiale avec le Tambour-Major, puis féminine et dansante avec Marie. Elle va se modifier encore une fois: Margret et Marie se disputent, la marche se modifie insensiblement à partir de [0'54], les timbres se mêlant sournoisement, peut-être des violons dans leur aigu ou des flûtes ? [Vers la mesure 350 et suivantes mais la partition piano ne précise pas l'instrumentation ici]. Cette Marche devient plus dissonante, désarticulée, elle personnifie sans doute Margret, sa roublardise de Tartuffe en jupons.

Marie ne tenant plus éclate de nouveau: "Luder !" (Salope !) [1'17] en refermant la fenêtre. La Marche s'interrompt aussitôt remplacée par de longs accords déchirants aux cordes qui viennent constituer le thème de Marie:


Illustrations: Caroline

...aussi harmoniquement complexe et beau que celui du thème d'accords de Wozzeck, constitué d'une descente en tierces mineures et secondes mineures reposant sur des accords de quartes qui confèrent une atmosphère très particulière de tristesse glacée.
Pour se réconforter de ce brusque accès de tristesse qui l'envahit (elle est une femme seule, sans le mari Wozzeck, sans l'amant Tambour-Major, sans "l'amie" Margret), elle serre son enfant tendrement tout en lui débitant des horreurs (batard, malhonnête), mère ambivalente pour le moins.

La Berceuse:
Elle débute [1'55] sur un rythme de Sicilienne à 6/8. , elle est lancinante mais douce et offre une belle pause au milieu de la violence ambiante, elle approche de la valse à certains moments. Je pense beaucoup à des passages de la Vanessa de Barber ici.
Les quartes ponctuent expressivement son chant, sur popeia [2'00], sur "Mädel", sur "Hast ein klein" (tu es un enfant), sur "Mann" (homme), sur "darnach", [2'18]... "Mein Süsser" [3'22]...

Cette Berceuse s'achève sur une belle descente du chant de Marie de près de deux octaves [3'23] "Rien que du vin bien frais"



Dès la conclusion de cette phrase on pénètre dans une sorte d'intermède symphonique mystérieux qui occupe l'exact milieu de cette scène. Marie se tait et l'orchestre nous livre ses pensées. Il n'est jamais extérieur aux personnages, il est la projection musicale de leur état psychique, c'est encore plus flagrant ici dans ce passage merveilleux "Marie plongée dans ses pensées". [3'34] On entend à la clarinette le thème de la berceuse, puis au trombone [3'43], contre-tuba [3'54] sur des tenue de quartes aux altos et violons en descente chromatique. Cette descente donc, le sentiment de pénétrer de plus en plus profondément dans les pensées de Marie. Le rythme de la sicilienne s'efface pour laisser la place à un orchestre frémissant [4'00]. Parvenus au bout de ce voyage introspectif, nous pouvons enfin contempler les beautés que Marie détient en son sein:



Des pizz' de contrebasses [première partie de la phrase ci-dessus] scandent des Do-Fa [4'01] rejoints par les cordes qui tiennent une quinte creuse sur La-Mi étagées des cordes graves aux violons. Ici Berg réalise un petit miracle qui va durer jusqu'à [4'24]. Do-Fa-La-Mi, tout l'orchestre ne s'exprime qu'avec ces seules notes, aux cordes, aux bois et dans les chatoyantes descentes du célesta qui constituent le centre de cet intermède. Il y a là de la beauté, de l'émerveillement, de l'espoir, de l'amour sans doute. Un bien-être qui lui fait défaut dans son environnement et qu'elle va retrouver dans ce monde interne sur lequel elle se replie momentanément. Malgré quelques appels de trompette dans le lointain vaguement menaçants [4'22]. On remonte de cette exploration à l'aide de quintes ascendantes tenues par les cordes sur La-MI [4'41] tandis que la harpe oscille sur des Fa-Si.

Marie et Wozzeck:
[4'49] Wozzeck arrive annoncé par un petit motif grotesque aux bois:



Wozzeck amène avec lui toute l'angoisse qui s'éparpille à l'orchestre dans des fuites de notes d'un pupitre à l'autre, instabilité: pizz, tremolo, trilles, xylophone, descentes en gammes précipitées, cris étouffés des cors oscillations et tricotages inquietants des bois dans le grave. Wozzeck confie ses hallucinations.
Pour ce faire [5'54] il utilise la belle phrase de la scène précédente recitée ici textuellement ("Trois jours et trois nuits plus tard il était entre les planches").



Le poids de ce qu'il porte est renforcé par les gros appuis de cuivres et de contrebasses [6'10]. Marie est effrayée et sa peur s'exprime par les grand arpèges rapides et ondulant des cordes qui s'enfoncent dans le grave, comme un tourbillon qui aspire Marie [6'20]


Mesure 454 [6'35] Wozzeck s'en va accompagné de son motif inversé et déformé ici au hautbois et suivi des quintes creuses étagées aux hautbois, clarinettes, flûtes.
Marie seule se lance dans une belle tirade angoissée, [6'40] tout l'orchestre est beaucoup plus dissonant, les timbres sont glaçants, les intervalles plus chromatiques que jamais, des intervalles de secondes ricanant aux cors (la peur de Marie) et toute cette peur se focalise sur la dernière phrase de Marie: "Ach ! Wie arme Leut" (Ah nous pauvres gens) rejoignant la phrase de Wozzeck à la première scène. Avec une descente de tierce puis de seconde sur Wie arme



Tout l'orchestre dans une montée effrayée se met à hurler.

Interlude:
L'interlude qui suit voit revenir ce motif de seconde aux cuivres grimaçant avec un crescendo puis decrescendo qui figure Marie s'apaisant. Un alto seul vient dessiner une phrase pas franchement rassurante reprise aux bois et inspirée de façon très lointaine par l'air de la fanfare


Dernière édition par natrav le Mer 10 Juin - 23:56, édité 1 fois
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Wozzeck - Berg

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