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| | | Chroniques des matins pluvieux (feuilleton) | |
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| Auteur | Message |
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Dave Mélomaniaque

Nombre de messages: 1261 Age: 19 Localisation: Toulouse Date d'inscription: 17/04/2008
 | Sujet: Re: Chroniques des matins pluvieux (feuilleton) Lun 12 Oct - 7:35 | |
| Merci Picro, c'est très bon  |
|  | | Picrotal Parano lunatique

Nombre de messages: 7935 Age: 33 Localisation: Grenoble Date d'inscription: 03/04/2007
 | Sujet: Re: Chroniques des matins pluvieux (feuilleton) Dim 18 Oct - 23:02 | |
| CHRONIQUES DES MATINS PLUVIEUX CHAPITRE 23 Comme vous avez pu le constater, Lecon, Personne, Praline et moi aimions parler, débattre et tout le tralala. Je ne sais pas pourquoi, j'imagine qu'à force la démocratie nous a donné des mauvaises habitudes. Il faut dire aussi que, dans le fond, personne n'avait parmi nous assez de charisme pour prétendre devenir l'incontestable leader de nos rocambolades. Lecon n'aurait pas su mener paître un troupeau de mouton dans les alpages sans subir une mutinerie, Personne aurait désespéré jusqu'au plus docile des cochons d'inde, et moi-même je n'avais ni l'âme ni le physique d'un dirigeant. Quant à Praline, qui aurait pu prétendre gouverner au sein de notre groupe de par sa seule appartenance à la gent féminine, elle était somme toute bien trop préoccupée par ses lubies intimes et sa vessie déficiente pour réellement s'investir d'une telle charge. Nous autres poilus aurions certainement été ravis de nous laisser embrigader par une jeune femme comme Praline, mais voilà : nous étions tombés sur une femme qui n'aimait pas donner des ordres. Le genre de spécimen rare que l'on ne rencontre que durant les révolutions. Alors voilà, à défaut d'avoir en notre possession un guide suprême, un prophète borgne ou quelque chose d'avoisinant, nous étions contraints de constamment discuter, argumenter, pérorer et billeveser si nous voulions aboutir à une action un tant soi peu cohérente. C'est la raison pour laquelle vous constatez, et constaterez sans doute plus tard à nouveau, que les dialogues sont monnaie courante dans l'histoire que je vous conte aujourd'hui. Cela peut sembler agaçant, mais n'oubliez pas que tout ce que je raconte est véridique. Si encore mon récit était une oeuvre de pure fiction, je me serais arrangé pour y inclure une sorte de Rambo à la française, ce qui aurait grandement facilité ma tache et m'aurait permis de faire progresser l'action avec bien plus de vaillance. Une honteuse tricherie, paravent de fortune derrière lequel je me serais roulé en boule en arguant de l'art et des nécessités narratives. Mais puisque tout ce que j'écris a réellement eu lieu, je ne puis avoir recours à pareil artifice. Tout ceci pour vous dire que nous avons encore parlé longuement tous les quatre, seuls dans cette cuisine, pourchassés par les Services Secrets et prisonniers volontaires d'une escadre de nazis militants et belliqueux. Nous avons débattu avec fougue sur les options qui s'offraient à nous. Lecon suggéra la fuite et Praline lui rétorqua qu'elle en avait assez de fuir, ce qui nous fit beaucoup rire Personne et moi, car nous avons l'esprit mal tourné. Finalement, nous décidâmes de rester le temps de voir venir. De voir venir quoi ? Excellente question, à laquelle nous n'avions pas de réponse. Le bordel incognacible dans lequel nous végétions ne pouvait nous amener qu'à espérer un geste de la Providence. En attendant, nous allions demeurer dans cette petite ferme isolée et jouer le jeu avec nos hôtes, aussi détestables étaient-ils. Ceci ayant été dit, Praline alla aux toilettes. Pour ma part, j'ai ressenti un petit besoin de solitude. Ça arrive aux plus intelligents. Alors j'ai laissé Personne et Lecon vaquer à leur continuation et je suis sorti de la cuisine pour prendre l'air. J'ai traversé de nouveau cette grande pièce naziquement décorée et suis sorti dans la petite cour qui, de prime abord, m'avait semblé si avenante et accueillante avant que je ne comprenne qui en était les détenteurs. Il y avait un peu plus de monde que lors de notre arrivée. De jeunes gens coupaient du bois, ramassaient de l'herbe, donnaient à manger aux poules, astiquaient des fusils, bref se livraient à toutes les occupations banales que l'on peut imaginer dans une ferme. Un peu plus loin, sous un porche, je vis monsieur Destoins entouré de quelques-uns de ses congénères trifouiller dans la fameuse pompe à essence dont il avait été question précédemment. Il maniait les outils avec dextérité sous les regards admiratifs de ceux qui l'accompagnaient et lui tendaient de temps en temps tel ou tel ustensile lorsqu'ils en recevaient l'ordre. J'ai flâné mollement autour de la petite ferme en respirant à pleins poumons l'air frais qui s'en dégageait puis je suis allé à la rencontre d'un gros type qui promenait une brouette pour lui demander s'il avait une cigarette. Adoptant un sourire un peu niais, il laissa retomber les poignées de son véhicule et sortit de sa poche un paquet de Camel pour m'en donner une. Je n'aime pas les Camel. En règle générale, j'évite de fumer des animaux à bosse, mais là je crevais trop la fume pour faire la fine bouche. Le gros type s'en colla également une entre les lèvres et se l'alluma avant de me tendre la flamme de son briquet. Nous avalâmes ensemble notre première bouffée et un petit nuage de fumée nous environna. « Vous êtes nouveaux ? (me demanda t-il ensuite, et sa voix résonna comme une porte qui grince dans un manoir hanté) C'est la première fois que je vous vois. Vous êtes arrivés avec monsieur Destoins, c'est ça ? — Euh oui, c'est ça. Il nous a trouvé dans la forêt... On venait de... — Bah oui je sais, vous étiez perdus pas vrai ? Y a pas de honte, moi aussi je me suis paumé la première fois. J'avais beau avoir un plan et tout et tout, dans une forêt y a que des arbres, alors bon, y a de quoi se planter pas vrai ? Et vous faisiez quoi dans la vie, vous ? — Pas grand-chose en fait, je... — Moi je travaillais dans un grand magasin. Vous savez, le boulot chiant : porter des caisses, ranger des articles dans les rayons, tout ça. Je l'attendais cette révolution, vous pouvez pas imaginer ! J'en avais marre de ce boulot de merde, c'est pas humain. Et puis toujours devoir se montrer poli et souriant avec tout le monde. Même avec les NF, vous savez... — Les NF ? — Ouais, les Nouveaux Français quoi... Les bronzés, tout ça... J'ai jamais pu les blairer... Ceux qui bossaient avec moi encore je dis pas, dans le genre ils étaient plutôt gentils, enfin corrects quoi, mais quand même ils sont pas comme nous. C'est comme les Juifs. Bon j'ai jamais vraiment connu de Juifs mais voilà quoi, je les aime pas. Avec leurs complots et tout et tout. Et puis en plus c'est eux qui ont crucifié Jésus, je le savais pas, c'est monsieur Destoins qui me l'a dit. Vous le saviez vous, que ce sont eux qui ont crucifié Jésus ? — Ben j'en ai entendu parler oui, mais... — Ouais c'est bizarre hein ? J'aurais jamais cru que Ponce Pilate c'était Juif comme nom, ils sont malins ces mecs-là ! N'empêche bon moi Jésus je sais pas trop, je connais un peu l'histoire parce que j'ai fait du catéchisme quand j'étais plus jeune, mais déjà que j'avais du mal à retenir mes tables de multiplication alors la Bible, hein, forcément... Mais c'est vraiment pas cool. Ils auraient pas dû le crucifier, je veux dire. C'était le fils de Dieu, quoi ! C'est complètement con de crucifier le fils de Dieu ! Dieu c'est un truc qu'il faut respecter, enfin j'imagine quoi, c'est pas n'importe quoi tout de même... — Vous êtes pratiquant ? — Ouais, enfin pratiquement pratiquant, je crois. Je prie pas souvent non plus, mais monsieur Destoins nous a dit que l'heure n'était plus à la prière mais à l'action. C'est cool comment il parle monsieur Destoins. Nous c'est ça qui est bien avec nous les nazis c'est qu'on parle bien. C'est pas comme les communistes là, avec leurs prolétaires et leurs camarades, tout ça c'est nul. Hitler c'est un mec qui parlait bien par exemple. Alors que Staline il parlait pas bien. Bon enfin c'est monsieur Destoins qui le dit, moi je le crois sur parole, je parle pas l'allemand ni le polonais, mais voilà quoi je suis drôlement fier d'être nazi moi. Et de pas être communiste aussi. Pas vous ? — Ah euh si si moi aussi je suis vachement fier... — Ouais n'empêche vous allez voir demain c'est la grosse opération il paraît, enfin monsieur Destoins il a pas encore confirmé mais c'est des bruits de couvoir, vous voyez ? C'est cool que vous soyez arrivés juste à temps pour ça, je sens qu'on va bien s'amuser. Moi au début ça me faisait un peu peur la révolution et puis maintenant je me dis qu'en fait c'est génial, bientôt y aura plus de Juifs ni de communistes ni de bronzés, y aura plus que des vrais français comme nous dans le monde et c'est trop il était temps, quoi ! (il me fit un clin d'oeil en écrasant sa cigarette qu'il venait de terminer et rempoigna sa brouette comme un légionnaire les pattes arrières de sa chèvre) Bon allez je peux pas rester plus longtemps j'ai encore plein de trucs à porter, c'était cool de bavarder avec vous ! — Merci pour la... — Ouais ! » Et je l'ai regardé s'éloigner dans le bringueballement rouillé de sa brouette, en tirant moi-même mes dernières lattes sur ma Camel avant que de retourner à l'intérieur de la ferme dans l'espoir d'y retrouver le plus vite possible ma petite équipe, parce que les besoins de solitude dans un univers pareil c'est un luxe que je n'étais pas franchement, et je venais de m'en rendre compte, en mesure de m'offrir. En entrant je vis non sans soulagement Lecon et Personne assis dans un fauteuil côte à côte et feuilletant le regard atterré une sorte de petite publication groupusculaire qui s'ornait en première page d'une Croix de Lorraine à quatre branches. Praline pendant ce temps observait avec circonspection une petite aquarelle façon naïve représentant le général Rommel. Et quand je la vis, Praline, pas l'aquarelle, mon coeur fit une sorte de drôle de bond dans ma poitrine. Ah oui merde, j'avais presque oublié. Je suis en train de. Comment va se continuer et se conclure notre séjour parmi les nazillons de monsieur Destoins ? En saurons-nous plus sur cette fameuse histoire de Reine ? Et découvrirons-nous enfin pourquoi Personne était originellement venu me rendre visite ? Vous le saurez, si cela vous chante et si cela me prend, dans le prochain épisode des Chroniques des matins pluvieux. |
|  | | Picrotal Parano lunatique

Nombre de messages: 7935 Age: 33 Localisation: Grenoble Date d'inscription: 03/04/2007
 | Sujet: Re: Chroniques des matins pluvieux (feuilleton) Lun 26 Oct - 3:08 | |
| CHRONIQUES DES MATINS PLUVIEUX CHAPITRE 24 Le reste de la journée se passa plus ou moins mollement. Je considérais que nous avions vécu en l’espace de quelques heures suffisamment d’émotions et de rebondissements cardiaques ou nerveux pour qu’il me soit permis de m’accorder une pause jusqu’au lendemain matin, et mes compagnons d’infortune, comme on dit dans les romans galants, semblaient penser de même puisque nous nous contentâmes de flâner avec nonchalance de fauteuils en fauteuils, visitant la petite fermette qui nous accueillait et qui, quoique nazifiée depuis le trognon jusqu’à l’écorce, nous offrait des conditions de confort non négligeables, ainsi qu’une bibliothèque située dans son aile gauche où je dégotai quelques ouvrages du plus haut intérêt historique et littéraire, et en particulier une édition du Werther de Goethe tout à fait fascinante. Cela dit j’ai préféré relire un bon vieux Club des Cinq. Enid Blyton était lesbienne. D’ailleurs, le personnage de Claude, garçon manqué au prénom comme-par-hasard épicène, était paraît-il une représentation romanesque de sa « partenaire », ainsi qu’aiment à dire certains. Tant que l’on est dans le cadre d’une bonne vieille relation hétérosexuelle basique et sans écorchures, personne ne voit de soucis à employer les termes de « mari », « épouse », « conjoint(e) », « fiancé(e) » ou « amoureux » et « amoureuse ». Mais pour peu que l’on sorte de ces sentiers battus et que l’on pénètre dans le domaine des amours non-agréés par les autorités papales, il apparaît subitement impérieux d’user d’euphémismes aussi baroques que « partenaire », « compagnon », voire « associé(e) », et même, sommets enneigés du ridicule : « bon(ne) ami(e) ». Bref, Claude, personnage androgyne du Club des Cinq, se veut une représentation de celle qui était la bonne amie d’Enid Blyton. Enid Blyton qui, ne l’oublions pas, est la créatrice non seulement du Club des Cinq, mais également du Clan des Sept et du personnage de Oui-Oui. L’importance de son oeuvre au sein de la littérature pour enfants, et donc de la littérature tout court, ne saurait être contestée et doit même être soigneusement soulignée chaque fois que l’occasion se présente, y-compris durant les repas familiaux de fin d’année ou les congrès internationaux sur le réchauffement climatique. Et c’est la raison pour laquelle je prends le temps de la mettre en valeur maintenant, alors qu’en fait cela n’a rien à voir, mais alors rien à voir du tout du tout, avec les questions qui sont censées préoccuper mon récit à l’heure qu’il est. Pas plus d’ailleurs que l’homosexualité d’Enid Blyton, sur laquelle je n’avais pas prévu de tant m’étendre lorsque j’ai commencé la rédaction de ce paragraphe. En fait, pour vous dire toute la vérité, l’envie m’avais pris de l’évoquer afin de mettre en valeur le paradoxe amusant que peut représenter le fait de trouver dans une bibliothèque d’obédience nazie les ouvrages d’une lesbienne notoire, tout comme on les retrouve dans tous les rayonnages des bibliothèques ou des libraires orientées religieusement au-delà du raisonnable, pour peu qu’il soit possible de se trouver dans les limites convenables du raisonnable dés lors que l’on entre dans le champ religieux. Mais bon, c’est tout de même assez cliché comme réflexion. Je veux dire, pas ce que je dis sur le raisonnable, encore que ça aussi, mais ce que je dis sur Enid Blyton juste avant. Je ne sais pas si ça vaut le coup d’en parler aussi longuement. Je pense que non. Aussi je vous recommande de ne pas lire ce paragraphe. Bref, après avoir fini de lire mon Club des Cinq (je ne sais plus si c’était Les Cinq partent en croisière, Les Cinq escaladent le Mur de Berlin ou Les Cinq ne se prennent pas pour de la merde), j’ai soigneusement remis l’ouvrage en place et suis retourné voir mes camarades dans le salon où ils avaient pris leurs aises. Lecon demeurait les yeux mi-clos près d’un feu de cheminée que le saison n’imposait pas vraiment, Personne faisait un puzzle qu’il avait étalé sur une table-basse et s’agaçait de ne pas trouver le morceau qui lui permettrait de compléter l’aile droite de sa croix gammée, et Praline faisait elle aussi quelque chose probablement mais je ne sais plus quoi parce qu’en la voyant je sentis de nouveau comme une sorte de petite décharge électrique dans le cœur, et me connaissant je me suis dit qu’il allait falloir que je m’y habitue. Donc, à partir de maintenant et afin d’éviter des redites oiseuses, gardez bien en tête le fait que chaque fois que je verrai Praline après être resté éloigné de sa personne plus de vingt minutes, je ressentirai comme un sursaut au niveau de ma zone sternale. Merci par avance de votre participation. Le soir commençait à grignoter le ciel et à chasser le soleil de son éternelle domination provisoire. J’entendis mon estomac crier famine tout en m’avançant vers Personne pour voir si je pouvais m’incruster avec lui sur son puzzle lorsque nous entendîmes quelqu’un crier : « A table ! A table ! A table ! » tout en faisait tinter une petite clochette crachouillante dont les ding-dong nous firent mal aux oreilles. « Comme dans les films, dis-donc ! (j’ai dit à Personne en souriant) — Ah ? (m’a répondu Personne) Tu penses à quels films en particulier ? — Euh… J’en sais rien, en fait, mais y a certainement des films avec des trucs comme ça dedans… T’es chiant des fois, tu sais ? » Une grande table avait été dressée dans la cour de la ferme, et en sortant nous eûmes l’occasion de voir enfin toutes les personnes, du moins le pensions-nous, qui occupaient cet endroit. En somme, une trentaine de gaillards, d’âges divers et de physiques variés, qui cependant avaient en commun une espèce de lueur bovine très affirmée dans le regard. A l’exception de monsieur Destoins bien entendu, qui trônait en bout de table comme un patriarche et nous adressa un large sourire en nous invitant à prendre place parmi eux. Le bonhomme avec qui j’avais échangé quelques mots dans la journée me fit amicalement signe de venir m’asseoir à côté de lui, et je n’eus pas d’autre choix que d’obtempérer. Lecon fut invité à s’asseoir près d’une sorte de nabot dont le visage s’ornait d’une cicatrice remarquable, Personne fut convié à prendre place à côté de Firmin, pour peu que vous vous souveniez de Firmin et que cela vous dise quelque chose, et Praline enfin déposa ses délicates fesses entre deux grands types qui entreprirent immédiatement de la draguer, sous l’œil fort peu bienveillant d’ailleurs de monsieur Destoins qui, au bout de quelques minutes, leur adressa une remarque suffisamment cassante pour qu’ils arrêtent. A mon grand soulagement, je suis bien obligé de le reconnaître. Nous avons mangé correctement et sans bavure de bonnes tomates, des bons haricots verts, un bon rôti de porc, un bon fromage de brebis et un bon yoghourt avec plein de bon bifidus bien actif dedans, puis il nous fut indiqué que nous allions dormir à l’étage. La ferme avait déjà du mal à abriter tout le monde. Monsieur Destoins nous expliqua discrètement en nous prenant à part qu’il envoyait chaque nuit plusieurs de ses hommes faire des rondes dans la forêt bien plus dans l’optique de libérer des matelas que par réel souci sécuritaire. Il avait néanmoins pris les dispositions qui convenaient : Personne, Lecon et moi partagerions une même chambre, et Praline aurait une chambre pour elle toute seule, parce qu’elle a des ovaires. C’est Firmin qui nous a mené jusqu’à nos chambres. Celle de Praline était juste à côté de la notre. Il y avait trois autres chambres sur le même palier, dans lesquelles devaient s’entasser un sacré nombre de dormeurs chaque nuit. Le reste des résidents de la ferme devaient, me suis-je dit, dormir dans le salon, dans la bibliothèque, voire dans la cuisine ou même à la belle étoile. Je plaignis monsieur Destoins d’avoir à gérer une telle population dans un si petit espace, puis je me souvins que monsieur Destoins était un nazi de la pire espèce et je cessai de le plaindre pour l’envoyer au diable prestement. Dans notre chambre il n’y a avait qu’un lit, et deux matelas posés par terre. Je vous épargne le débat qui s’ensuivit sur la question de savoir qui devait hériter du lit et qui irait dormir sur les matelas, sachez seulement que c’est Personne qui l’emporta et hérita du sommier, au nom de ces prétendus problèmes de dos. Pour la part je me suis mis en caleçon et j’ai retiré ma chemise et me suis étendu sur l’un des matelas en me recouvrant d’une couverture que l’on avait déposée à côté, et soupira en espérant que le sommeil ne serait pas trop long à venir. Il ne le fut pas. Enfin, pas pour les autres. Lecon commença à ronfler au bout de dix minutes environ, et Personne fit des bruits bizarres avec sa bouche et parla à moitié dans son sommeil en moins d’une demi-heure. Moi je suis resté les yeux plantés dans le plafond, sur lequel se dessinaient des ombres étranges provenant de la lueur lunaire que la fenêtre sans volets laissait entrer abondamment, durant environ deux bonnes heures avant qu’enfin les bruits de mes congénères cessèrent de m’importuner pour me bercer et m’accompagner vers le chemin des rêves. Je devais dormir depuis vingt minutes lorsque je sentis Personne me secouer vigoureusement l’épaule en me disant « hé réveille-toi ! Réveille-toi ! J’entends un truc bizarre ! » Quel est le truc bizarre qu’entend Personne et qui justifie de m’extirper ainsi de mon sommeil malhabile ? Et saurons-nous, tiens tant qu’on y est, pourquoi ce même Personne était venu me rendre visite initialement, au commencement de ce récit ? Vous le saurez, si cela vous chante et si cela me prend, dans le prochain épisode des Chroniques des matins pluvieux.
Dernière édition par Picrotal le Jeu 5 Nov - 17:57, édité 1 fois |
|  | | Picrotal Parano lunatique

Nombre de messages: 7935 Age: 33 Localisation: Grenoble Date d'inscription: 03/04/2007
 | |  | | natrav Papa pingouin

Nombre de messages: 34319 Date d'inscription: 08/12/2005
 | Sujet: Re: Chroniques des matins pluvieux (feuilleton) Lun 26 Oct - 23:14 | |
| Tu viens de saccager en un paragraphe toute l'image que je m'étais construite d'Enid Blyton au cours de mon enfance le long de mes lectures des bibliothèques rose et verte. J'ai toujours cru que c'était un homme au prénom anagramme de Deni. Et non seulement c'est une femme, mais... Tout fout le camp.  |
|  | | Picrotal Parano lunatique

Nombre de messages: 7935 Age: 33 Localisation: Grenoble Date d'inscription: 03/04/2007
 | Sujet: Re: Chroniques des matins pluvieux (feuilleton) Lun 2 Nov - 20:48 | |
| CHRONIQUES DES MATINS PLUVIEUX CHAPITRE 25 « Personne, je te hais ». Voila ce que j'ai pensé en le sentant me trémousser. Une haine noire, profonde, maladive. Les gens qui me réveillent je les hais au-delà du raisonnable. C'est comme s'ils me volaient quelque chose. Quand un vendeur par téléphone me sort du lit à onze heures pour m'expliquer que mon abonnement Internet est moins bien que celui qu'il veut me proposer, il a de fortes chances de se faire insulter comme le dernier des mohicans avant de m'entendre lui raccrocher au nez. Moi qui suis d'ordinaire tellement poli... Je te hais Personne, et je l'ai laissé me secouer pendant trente bonnes secondes en faisant mine de continuer à dormir, pour voir s'il n'allait pas se lasser avant moi. Mais non. Alors j'ai ouvert les yeux et je me suis tourné vers lui. Si un regard pouvait tuer, je l'aurais pulvérisé sur place. Mais il n'a pas vraiment eu l'air de s'en rendre compte, ou alors même mes regards les plus mauvais les plus méchants n'ont dans le fond rien d'effrayants pour quelqu'un de plus de douze ans, je ne sais pas. Il m'a juste répété : « mon vieux, j'entends un bruit bizarre, écoute... » Alors j'ai écouté. Je me suis relevé un peu, me suis assis sur mon matelas, j'ai vu que Lecon aussi était réveillé et tendait une oreille attentive, et j'ai effectivement entendu dans le silence un drôle de son, ça faisait comme des hoquets un peu brusques qui se répétaient de manière sporadique, et j'ai fini par comprendre que c'était quelqu'un qui pleurait. Une femme, à en juger par la tonalité. Et j'ai pensé que c'était Praline qui était en train de chialer dans sa chambre, et mon coeur a sursauté dans un vaste élan d'espoir. Mais là il faut que je vous explique. Ma seule et unique méthode de séduction, c'est d'attraper les filles pendants qu'elles sont dans la plus sombre des tristesses. Là je peux me distinguer de la masse en les prenant à part et en les écoutant jusqu'à ce qu'elles en perdent haleine. Là je suis dans mon élément, je leur manifeste de l'attention, je les réconforte, je m'absorbe de leurs problèmes jusqu'à me détacher de mon propre corps, jusqu'à n'être plus qu'un esprit pensant totalement voué à leurs petits ou gros soucis. C'est une technique de drague qui en vaut une autre, et celle-ci donne des résultats confondants. Chaque fois que j'ai passé deux heures d'affilée à tenir la main à une donzelle en détresse jusqu'à ce que ses larmes soient sèches et son coeur empli de gratitude à mon égard, elle se mettait le lendemain en ménage avec un de mes meilleurs amis. Imparable. Donc d'imaginer que Praline était en train de pleurer dans sa chambre me donnait l'opportunité d'aller la voir, de parler avec elle, et d'opérer ainsi le rapprochement des corps que je commençais à souhaiter de manière bien insensée étant données les circonstances. Sauf que ce n'était pas Praline qui pleurait, puisque Praline, je m'en suis alors rendu compte, se tenait debout près de la porte d'entrée et écoutait tout autant que nous ces sanglots isolés. C'était même elle qui les avait entendu en premier et qui était venue, ai-je appris plus tard, le signaler à Personne. Pourquoi à lui ? Pourquoi pas à moi ? Je n'en sais rien. Mais tomber amoureux était déjà un luxe bien dispensable, alors la jalousie il valait mieux que je me la garde en réserve pour plus tard. « On dirait que ça vient d'en bas ! On va voir ? » a demandé Praline, et avant que j'aie eu le temps de répondre que non, ce n'était pas nos affaires, je suis fatigué, vous m'emmerdez tous autant que vous êtes, Personne et Lecon était déjà debout, prêts à la suivre. Alors je me suis levé aussi, que voulez-vous que je vous dise ? J'aurais eu l'air d'un con, autrement. C'est Lecon qui a ouvert précautionneusement la porte, afin de ne pas réveiller toute la ferme. Nous avons avancé lentement dans le couloir puis descendu les escaliers en prenant garde de ne pas faire trop grincer les marches. Dans le salon, sur les fauteuils ou à même le tapis dormaient quelques soldats de monsieur Destoins. Nous avons déambulé parmi eux comme on le fait dans un champ de mines. Quelque chose me disait qu'il n'était pas nécessaire de mettre tout le monde au courant de notre petite escapade nocturne. Tout seul encore, j'aurais pu prétendre que je cherchais les toilettes, mais à quatre on aurait passé pour une drôle de bande de pervers. Nous nous sommes repérés au bruit. Visiblement, les sanglots qui devenaient de plus en plus perceptibles n'inquiétaient que nous. Il faut croire que les autres s'y étaient habitués. Et maintenant que nous touchions au but je me sentais moi aussi piqué par la curiosité, j'avais envie de savoir. Tout en ne pouvant m'empêcher de ressentir comme une drôle d'angoisse au creux des reins, parce que ce silence pesant mâtiné de pleurs inconnus ça fleurait bon le film d'épouvante, tout de même. Il n'aurait plus manqué qu'une petite musique au piano, vous savez comme dans Left 4 dead quand on se retrouve dans un endroit où s'est caché une Witch, pour me donner une chair de poule à décorner les boeufs. « Ça vient de là ! » a chuchoté entre ses dents Lecon, face à une petite porte en bois vermoulu — et si je dis que le bois est vermoulu c'est uniquement parce qu'en général, dans les récits, les portes sont en bois vermoulu. Mais en réalité je n'en ai aucune idée, je ne sais même pas ce que ce mot veut dire. — Puis il a poussé la porte en question qui s'est ouverte sans difficultés et nous avons vu dans l'obscurité relative qu'elle donnait sur un nouvel escalier. C'était le porte de la cave, tout bêtement. A la file indienne nous les avons descendu, j'étais le dernier du lot, j'ai refermé derrière moi et la lumière a jailli, me faisant sursauter au participe présent. C'était Personne qui avait trouvé un interrupteur et avait attendu que la porte soit de nouveau fermée pour l'activer. Il aurait pu prévenir, ça m'aurait épargné le coeur. Les effets de surprise en bas de page, ça rend très bien chez Hergé, mais dans la vraie vie c'est plus agaçant qu'autre chose. Bref, c'était une drôle de cave dans laquelle nous nous trouvions. On aurait dit la cave d'un immeuble plus que celui d'une ferme, avec des couloirs dont les murs s'ornaient de portes cadenassées. Et les sanglots, les gémissements, étaient de plus en plus forts. Ils provenaient de derrière l'une de ces portes, vers laquelle Praline s'est avancée avec un courage qui força mon admiration avant d'y toquetoquer avec beaucoup de grâce et de sensualité et de demander avec sa voix admirable : « il y a quelqu'un ? — (les pleurs se sont subitement interrompus. Quelques secondes, et puis la réponse se fit entendre, une voix féminine provenant de derrière la porte) Oui. Je suis là. — Qui êtes-vous ? — Et vous ? — Non, vous d'abord. — Pourquoi moi d'abord ? — Ben je sais pas, c'est moi qui ai demandé en premier, quoi ! — Bon. Moi je suis la Reine. Et vous ? » Alors Praline s'est tournée vers Personne le visage victorieux et s'est mise à l'incendier avec tant de vigueur qu'il a fallu qu'on lui rappelle, Lecon et moi, que nous étions censés chuchoter. « Alors ça y est maintenant ? Tu le crois que ce n'est pas moi, la Reine ? Ou alors je suis à la fois ici et là-bas, en même temps ? Quand je pense que tu m'as fait suer les seins avec cette histoire et que je m'échinais à te dire que non, la Reine c'est pas moi ! Et que toi tu n'en démordais pas ! Acharné comme un cafard ! — Oh la euh hé oh... (a répondu Personne avec beaucoup d'à-propos, très gêné visiblement) D'abord faut pas exagérer, c'était une idée que j'avais lancé en l'air comme ça... — Une idée lancée en l'air ? Ça fait au moins dix chapitres que tu nous emmerdes avec ça ! Ah je te jure, ça valait le coup ! — Dîtes, vous pourriez vous occuper un peu de moi ? (a demandé la Reine) » Praline est retournée auprès de la porte en laissant Personne a son triste sort et a expliqué brièvement à la Reine qui nous étions. En gros, pour résumer : une jeune femme pleine de bonne volonté flanquée d'un type qui avait une voiture mais qui se l'est faite bousiller, un gars qui passe son temps à avoir plein de bonnes idées complètement fausse, et un mec un peu bizarre avec un sale caractère. Elle lui a raconté comment on s'était retrouvé ici, entourés d'une tripotée de nazis qui visiblement nous avaient adoptés le coeur sur la main et le doigt sur la gâchette. Et quand la Reine lui a demandé si on pouvait la libérer, elle lui a répondu oui tellement vite que personne, et même pas Personne, n'a eu le temps de lever le petit doigt. « Oui mais pas cette nuit. On va trouver un moyen, un plan, quelque chose. On va essayer de vous sortir de là demain, par exemple. Je suis sûre qu'on va dégoter un moyen ! » « Dégoter un moyen ! » j'ai dit à Praline une fois remontés dans la chambre. « Comment ça, dégoter un moyen ? Et pourquoi on doit la libérer, d'abord ? — Parce qu'elle est prisonnière d'une bande de nazis. Ça te suffit pas, comme raison ? — Faut avouer que c'est pas faux... (a émis Lecon) — Bon oui d'accord... Mais comment tu veux qu'on s'y prenne ? Tu trouves ça bien, toi, de donner des faux espoirs aux gens ? — Je ne lui ai pas donné de faux espoirs du tout, on va la libérer ! — Mais comment ? (a demandé Personne, qui visiblement n'avait plus envie, là tout de suite, de donner son opinion sur quoi que ce soit) — Je n'en sais rien. On verra demain. On va forcément trouver quelque chose ! » Mais finalement, le lendemain, on n'a pas trouvé quelque chose. C'est plutôt quelque chose qui nous a trouvé... Quelle va être la suite de ces aventures mirifiques, et aurais-je recours de nouveau à des ellipses tellement énormes qu'elles feraient rougir un éjaculateur précoce, juste dans le but de ne pas rédiger des chapitres trop longs et d'accélérer un peu le déroulement de l'histoire ? Et pourquoi, mais oui pourquoi Personne était-il venu me rendre visite chez moi en premier lieu ? Vous le saurez, si cela vous chante et si cela me prend, dans le prochain épisode des Chroniques des matins pluvieux.
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|  | | Picrotal Parano lunatique

Nombre de messages: 7935 Age: 33 Localisation: Grenoble Date d'inscription: 03/04/2007
 | Sujet: Re: Chroniques des matins pluvieux (feuilleton) Lun 9 Nov - 17:16 | |
| CHRONIQUES DES MATINS PLUVIEUX CHAPITRE 26 D'abord je ne me suis pas couché de bonne heure, et puis ça a commencé comme ça. Le lendemain matin nous sommes descendus pas franchement frais et avons été accueilli par un copieux petit-déjeuner que nos hôtes nationaux-socialistes avaient dressé sur la grande table de la cour, mais l'appétit n'était pas notre préoccupation première. De plan pour libérer la Reine, ni moi, ni Praline, ni Personne et encore moins Lecon n'en avions. On savait juste qu'il allait falloir qu'on le fasse. Et je regardais tous ces gaillards aux muscles aguerris en me disant que nom d'un chien, ça n'allait pas être une partie de plaisir. Ils étaient bien trop nombreux pour espérer échapper à leur attention le temps suffisant, et la probabilité de parvenir à les prendre par surprise était aussi mince qu'un crève-la-faim au régime. Je voyais dans les beaux yeux de Praline ruminer les mêmes doutes et les mêmes inquiétudes. Elle commençait je crois à se demander elle-même si elle n'avait pas en effet donné de faux espoirs à la captive qui pleurnichait toute seule en bas dans la cave. A moins d'un coup de bol inhumain, d'un miracle en somme, je ne voyais vraiment pas comment nous allions nous y prendre. Mais dans mon genre je suis un garçon chanceux. Je m'en suis rendu compte pendant que je mordais dans une biscotte craquante et que j'ai entendu au même moment un sifflement aigu et que j'ai vu la tête de mon voisin de table se disperser dans les airs en lâchant de grandes gerbes de sang et de cervelle dont certaines n'atterrirent directement sur les cuisses. « Attaque ! Attaque ! » a hurlé une voix venant de je-ne-sais où et tous nos braves soldats nazis se sont levés comme un seul homme tandis que nous quatre nous nous jetions au sol pour nous cacher sous la table, la pluie de balles devenant quelque peu drue. On avait pas l'air fin a quatre pattes sous la table, mais à en juger par les deux autres bonshommes qui s'abattirent lourdement dans la gadoue matinale en se répandant dans des flaques sanguinolentes, j'en suis arrivé à la conclusion qu'il valait mieux avoir l'air con qu'avoir l'air mort. « Qu'est-ce qui se passe ? (a crié Lecon tandis qu'un brouhaha invraisemblable résonnait dans nos oreilles, bruits de bottes hystériques et coups de feu partant dans tous les sens, car déjà les premiers soldats revenaient dans la cour, armés jusqu'aux dents et prêts à en découdre avec toute la fougue de la jeunesse, splendide défilé de chair à canon volontaire) — A mon avis, c'est la guerre qui se passe ! (j'ai répondu mais je crois que ma voix n'avait rien d'audible au milieu d'un tintamarre pareil, d'autant que mes cordes vocales s'étaient nouées entre-elles sous l'effet de la peur et que j'étais à deux doigts de me faire dessus) — C'est notre chance ! Suivez-moi ! » s'est alors exclamé Praline qui s'est mise immédiatement à ramper jusqu'au bout de la table en nous faisant des petits gestes impatients à la manière d'une taupe nantie d'une envie pressante. Et merde, j'ai pensé. Elle a raison. C'est l'affolement général, le moment idéal pour aller libérer la Reine et foutre le camp avec elle sans que personne ne le remarque. Tout ce qu'on doit faire, c'est se promener gaiement parmi le champ de bataille en espérant qu'aucune balle perdue ne vienne nous fabriquer un orifice supplémentaire et donc forcément désagréable dans la peau. Alors tant pis j'ai suivi le mouvement. Tandis que Lecon et Personne demeurait encore immobiles je me suis mis à ramper à mon tour, faisant preuve d'un courage dont je ne me croyais pas capable, mais le fait d'avoir sous le nez les fesses admirablement dessinées de Praline, je dois bien le confesser même en des circonstances pareilles, constituait un appât somme toute motivant. Finalement les deux autres ont suivi. On est sortis de dessous la table. Autour de nous, c'était le soldat Ryan. Les nazis affolés tentaient de prendre position un peu partout, aiguillés par les ordres de monsieur Destoins qui devait être bien planqué car il me fut impossible de dire où il se trouvait alors. Les balles sifflaient et ricochaient contre les murs de la ferme, contre les arbres de la cour, sur le gravier, fauchaient des têtes, des jambes, des poules aussi, qui s'envolaient dans un étrange feu d'artifices plumagiers, et on a couru au milieu de ce bordel jusqu'à l'intérieur, on a ouvert d'un geste sec la porte de la cave et on s'est engouffré dans les escaliers, où le boucan de la bataille nous sembla soudainement bien lointain tant les épais murs de pierre l'étouffaient. Arrivés devant la porte de la Reine, Personne m'a hurlé qu'il allait falloir la défoncer. Je lui ai dit d'accord, pas de soucis camarade, vas-y, je te regarde. Enfin j'aurais bien voulu lui dire ça mais je n'en ai pas eu le temps, il m'a empoigné et m'emportant dans le mouvement on s'est mis à cogner de nos épaules fragiles la lourde porte de bois. Ça faisait très mal. J'avais un peu l'impression, à sa manière de me tenir, que Personne ne servait de moi comme d'une sorte de bélier. Je me suis dit qu'il ferait aussi bien de me soulever dans ses bras et de me précipiter dessus la tête la première. Que cela soit la porte ou mon crâne qui cède en premier, j'aurais été débarrassé quoiqu'il arrive de cette jolie corvée. Mais finalement elle a lâché, la porte. Au moment où mon épaule devenait tellement douloureuse que j'aurais pu la donner à l'Armée du Salut sans remords, on a entendu un craquement profond et on s'est retrouvé affalé par terre. La porte arrachée de ses gonds en dessous de nous. Et la Reine terrée au fond de sa cellule, nous regardant les yeux emplis d'une terreur échevelée. La Reine... J'ai pas le temps de vous en parler maintenant, de la Reine. Je vous dirai ça plus tard. Pour le moment on n'avait pas trop le temps de réfléchir, alors pour ce qui est des descriptions, vous imaginez... Praline nous a enjambés, ou plutôt elle a sauté par dessus-nous comme si nous n'étions qu'un tas de bûches, et a pris a Reine par la main en lui disant « Il faut y aller ! Maintenant ! » et la Reine sans dire un mot ni un sourire s'est laissé entraîner. On a remonté les escaliers à toute allure. On était de nouveau dans le salon, dont les vitres avaient volé en éclat entretemps. On a marché pliés en deux pour ne pas se ramasser une balle. Praline était devant, la Reine juste derrière, moi je suivais le mouvement et Personne fermait la marche. C'est à ce moment-là que j'ai eu la bonne idée de demander : « Où est Lecon ? » Praline m'a regardé l'oeil affolé. On avait perdu Lecon. Dehors, dans la ferme, de vagues silhouettes se faisaient la guerre dans un foutoir innommable, ça criait, ça rugissait dans tous les sens, les détonations fulminaient malades, et nous on avait perdu Lecon. Il était avec nous dans la cave ? a demandé Personne. J'en savais rien. La Reine ne disait pas un mot, elle ne savait pas de quoi on parlait. Elle avait l'air paumée comme dans un pays étranger dont on ignore la langue. Praline a levé un peu la tête pour regarder dans la cour, elle espérait peut-être l'y entrevoir, ou alors elle craignait de le voir allongé par terre une balle dans le cabuche, je ne sais pas, elle n'a pas essayé longtemps d'y voir de toute manière, ça sifflait encore au-dessus de nos cheveux, par intermittence, c'était des coups à pas se relever. « Il fait chier ! » a gueulé Personne. On s'est traîné vers l'arrière de la maison où ce serait plus tranquille. On s'est collé dans la cuisine dont la porte était criblée de balles. On s'est assis par terre et on a essayé de récapituler malgré l'affolement qui nous tenaillait les gencives. A quel moment avions-nous perdu Lecon ? Et puis on a entendu un klaxon. Et puis on a vu par les fenêtres de la cuisine une sorte de petit camion militaire débouler à toute allure et s'arrêter net en faisant crisser ses pneus. Et je me suis dit ça y est, c'est les renforts qui arrivent, ils vont nous trouver là, avec la Reine, et ils vont nous faire la peau. On a entendu une portière claquer. On a vu une ombre approcher de la fenêtre. Un visage faire son apparition. C'était Lecon. Pendant qu'on allait dans la cave chercher la Reine, il avait jugé bon d'aller trouver un véhicule à chiper pour qu'on puisse se faire la malle. Et aussi terrible que cela puisse sembler, on n'a même pas pris le temps de le féliciter pour son esprit d'initiative. Il nous a fait signe de venir et on a bondi par la fenêtre, on s'est jeté dans le camion, on a refermé les portières et on lui a gueulé « Démarre nom de Dieu ! Démarre » et c'est ce qu'il a fait, il a démarré comme un sauvage. Quelles vont être les suites de notre prestigieuse escapade ? Qu'en est-il de la Reine ? Et saurons-nous la raison pour laquelle Personne était venu me rendre visite ? Vous le saurez, si cela vous chante et si cela me prend, dans le prochain épisode des Chroniques des matins pluvieux. |
|  | | jerome Fugueur intempéré

Nombre de messages: 5656 Date d'inscription: 10/03/2008
 | Sujet: Re: Chroniques des matins pluvieux (feuilleton) Lun 9 Nov - 17:18 | |
| Est-ce que tu sais, toi au moins, pourquoi Personne était venu te rendre visite  |
|  | | Picrotal Parano lunatique

Nombre de messages: 7935 Age: 33 Localisation: Grenoble Date d'inscription: 03/04/2007
 | Sujet: Re: Chroniques des matins pluvieux (feuilleton) Lun 16 Nov - 19:31 | |
| CRHONIQUES DES MATINS PLUVIEUX CHAPITRE 27 Au début ça roulait, Lecon a commencé à mettre les bouts au milieu du déluge, et je me suis dit qu'aussi étrange que cela puisse paraître, on allait peut-être réussir à s'en sortir sans trop de grabuges, mais une voix a surgi du vacarme et a jugé bon de mettre fin à mes espérances en s'exclamant « La Reine ! Ils ont enlevé la Reine ! » et là j'aurais bien voulu mettre les choses au clair : nous n'enlevions pas la Reine, au contraire nous étions en train de la libérer, mais dans la mesure où c'est nous que les balles se sont mises à prendre pour cible, ce n'était pas le moment idéal pour envisager un droit de réponse dans les règles d'or de la courtoisie qui font le charme de nos belles sociétés occidentales. « Ah les ordures de fumier de merde ! » a finement crié une autre voix que j'ai cru identifier comme celle de monsieur Destoins. Lecon roulait comme un canut dans le merdier pendant qu'on se tenait tous la tête baissée afin d'éviter de choper une balle perdue, mais il est bon de noter que ces braves soldats nazis, aussi fougueux et enthousiastes étaient-ils, n'étaient pas d'excellents tireurs. L'un de nos phares à l'arrière a volé en éclat mais voilà tout, déjà nous étions hors de portée et en jetant un dernier coup d'oeil en arrière je pus voir qui étaient les agresseurs des hommes de monsieur Destoins. Je ne fus surpris qu'à moitié de découvrir qu'il s'agissait de Denise Reviens et de ses sbires. Cachés derrière de grands rochers, ils arrosaient copieusement la ferme selon la bonne vieille méthode du « je tire d'abord, je demande ton numéro de téléphone ensuite » qui, là encore, fait le charme de nos belles sociétés occidentales. Mutin de nature, je ne pus m'empêcher de faire un petit coucou de la main à l'agente des Services Secrets tandis qu'elle tournait la tête et voyait mon visage à l'intérieur du camion qui voguait déjà vers d'autres aventures et la laissait à son triste sort. Ce n'était qu'un au-revoir, évidemment. Vous vous en doutez. Dans un roman d'aventures, une personne comme Denise Reviens aurait été ce que l'on peut appeler un personnage-morpion. Celui qui meurt cent-sept fois et finit toujours par réapparaître au moment où on est censé s'y attendre le moins, c'est-à-dire celui où, blasé par trop de lectures et l'émerveillement engourdi, on s'y attend le plus. Nous étions repartis sur les routes campagnardes désertes et Lecon ralentit un peu la cadence lorsqu'il nous apparu évident que personne ne nous suivait. Des gens qui s'entretuent n'ont que peu de temps à consacrer aux autres, c'est dans l'ordre des choses. « On pourrait peut-être s'arrêter ? (a finalement demandé Praline) — S'arrêter ? Pour quoi faire ? — Ben moi, j'ai envie de faire pipi déjà... — Encore ? Je croyais que ça allait mieux, ton infection ! — Oui mais tu sais, les gens ont envie de faire pipi avec ou sans infection urinaire... — Praline a raison ! (j'ai fait remarquer, autant parce que je le pensais que parce que j'avais envie de bien me faire voir) Ce serait pas mal qu'on s'arrête le temps de faire le point. Et puis j'ai envie de pisser, moi aussi. — Bon, bon, on va s'arrêter. Mais la prochaine fois qu'on libère la prisonnière d'un groupe de nazis en profitant d'une attaque surprise des Services Secrets, vous serez gentils de prendre vos précautions avant ! » Je ne sais pas si Personne plaisantait en disant cela. Toujours est-il que Lecon aussi était soulagé de lâcher du volant. Les camions militaires ça n'avait pas l'air d'être son truc. On s'est plantés sur le bas-côté, dans de la gadoue et des herbes mornes, et je suis sorti à la recherche d'un arbre amical contre lequel j'ai fait ma petite affaire. Quand je suis revenu, Lecon et Personne était assis sur le capot et conversait avec la Reine. La Reine. Je ne vous en ai pas encore parlé, de la Reine. Enfin, pas de la manière qui convient. En m'approchant d'eux j'ai eu une révélation. Nous étions en présence de l'un des êtres humains les plus importants au monde. Ça ne faisait aucun doute. Ça sautait aux yeux. Elle émanait tellement que même un phacochère en rut aurait compris que quelque chose se tramait à l'intérieur de cette nana. On n'a pas besoin de croire en Dieu pour croire au Messie. Mais la Reine, déjà, en premier lieu, était belle. Belle, c'est le seul mot qui convient mais c'est comme tout, ce n'est pas assez. Il y a des tas de choses qui déroutent les dictionnaires. Même un allemand, avec sa langue caoutchouteuse que l'on peut triturer dans tous les sens pour s'inventer des mots de trois lignes, n'aurait pas eu plus de bonheur pour confiner la Reine dans un adjectif idoine. Alors voilà : elle était belle. Elle semblait combiner en elle toutes les peuplades, toutes les ethnies, toutes les races. Ses yeux avaient quelque chose d'orientaux, nipponisants et sinisés à la fois, tandis que la forme même de son visage frôlait autant le négroïde que le scandinave. Sa peau pâle et halée à la fois, son corps architecturalement impeccable, aux courbes islandaises, à la croupe africaine, aux pieds égyptiens, aux seins russes, au nombril mexicain, au dos australien, sur lequel se déroulait une chevelure moirée qui fulminait les origines. La Reine, c'était l'humanité en une seule et même personne. Elle était cela. J'aimerais bien être Brel, j'aurais trouvé de plus jolies tournures de phrase pour vous présenter la chose, enfin la bête, enfin la fille quoi, mais tant pis je fais ce que je peux avec ce que j'ai. Une autre chose remarquable avec elle, c'était que sa beauté ne rapiéçait pas les autres. Vous savez, il y a des types qui se sortent des femmes tellement somptueuses qu'à côté ils ressemblent à des sangliers cornus, à tel point que l'on s'étonne de les entendre proférer autre chose que des grognements nasaux. Certaines beautés éclipsent, terrassent et annihilent. Celle de la Reine enluminait tout ce qui l'entourait. Même Lecon et Personne semblaient plus beaux en sa présence. Le meilleur d'eux ressortait instinctivement. La plus profonde, la plus douce, la plus paisible, la plus commode partie de leur personnalité intégrait leur aura et leur conférait un rayonnement inédit à mes yeux. Et Praline était jalouse. Ça ce n'était pas difficile à deviner, ni même à prévoir. Elle est revenue quelques minutes après moi et tout de suite j'ai senti dans son regard, alors que je m'étais à mon tour adossé contre le camion et prenait le temps de dévisager la Reine sans même faire preuve d'une particulière discrétion, qu'elle n'aimait pas beaucoup la façon que nous avions de la regarder. Jusqu'ici elle était la seule fille du groupe. Comme la bassiste de Téléphone, vous comprenez. Ou McCartney dans les Beatles. Alors nous tous évidemment on réagissait comme des mecs normaux : on ne pouvait pas s'empêcher de la scruter, de jeter des oeillades plus ou moins volontaires en direction de sa zone fessière, de câliner du regard sa peau si différente de la notre, sa douceur immanente et tout le patati patata que vous connaissez aussi bien que moi, ou même sûrement mieux. Mais la Reine était arrivée. Alors Praline, qui avait tant tenu à la libérer de l'abominable prison dans laquelle les nazis la maintenait, se montra dés lors particulièrement détestable. Elle se tint à l'écart en faisant la boude. Et la Reine, qui ne sembla pas le remarquer, continuait à dire ce qu'elle avait à dire. « Ils m'ont enlevé pendant que je gagnais la Capitale. J'étais accompagnée de douze hommes du Groupement Libérateur, je ne sais pas si vous en avez entendu parler. Non ? Bon, tant pis, de toute manière ils sont morts je crois. C'est assez flou dans ma mémoire. Ils nous ont intercepté et puis je ne sais pas, ils ont dû m'assommer je pense, toujours est-il que je me suis réveillé dans cette espèce de cave et je n'avais aucune idée de l'endroit où je me trouvais. Mais maintenant il faut qu'on regagne la Capitale, et le plus vite possible. Ma place est là-bas, vous comprenez. Je suis la seule à pouvoir mettre fin à tout cela ! — Mais pourquoi ? Et comment ? (a demandé Lecon) » Oui, pourquoi et comment ? Tant de questions qui flottent dans l'air, tout comme celle de la présence initiale de Personne chez moi au tout début de ces évènements, et qui trouveront peut-être une réponse, si cela vous chante et si cela me prend, dans le prochaine épisode des Chroniques des matins pluvieux. |
|  | | Picrotal Parano lunatique

Nombre de messages: 7935 Age: 33 Localisation: Grenoble Date d'inscription: 03/04/2007
 | Sujet: Re: Chroniques des matins pluvieux (feuilleton) Lun 23 Nov - 21:49 | |
| CHRONIQUES DES MATINS PLUVIEUX CHAPITRE 28 « Il faut tout de même que je vous explique qui je suis, ou plutôt ce que je suis. (nous a dit la Reine, en guise de réponse, et tous nous avons hoché la tête en signe d'assentiment, à l'exception de Praline évidemment qui continuait à bouder dans son coin) On m'appelle la Reine. Mon vrai nom est sensiblement plus banal que ça, il n'est donc pas nécessaire que vous le connaissiez. C'est comme le vrai nom du Pape ou du Dalaï-Lama, on s'en fiche totalement. Mon statut de Reine provient d'une prophétie, inca ou hindou je ne sais plus, affirmant que le troisième enfant né la veille de la Lune qui précède les semaines de cendres sera celui ou celle qui amènera paix et sérénité sur ce monde. — Et ce troisième enfant, c'est vous ? (demanda Lecon) — Je n'en sais rien, en fait personne n'a jamais vraiment réussi à comprendre cette prophétie. Les semaines de cendres, vous savez ce que c'est vous ? Moi non plus. Alors vous comprenez c'est suivant le jeu des interprétations que cela fonctionne, et selon certains c'est moi la Reine. Mais je suppose qu'il en existe d'autres dans le monde, il n'y a pas de raison ! — Vous avez cependant tout à fait l'air d'être une Reine... (dit alors Personne, ce qui eût pour effet de faire pouffer d'agacement Praline) — Je sais. (répondit la Reine avec un naturel déconcertant, peu sensible aux compliments quand ils ne sont que l'expression d'une réalité tout ce qu'il y a de plus tangible) Et déjà toute petite j'étais comme cela. Tout bébé même. J'émanais. Je ne l'ai jamais fait exprès vous savez, simplement il y a quelque chose qui se dégage de moi, une énergie étrange, sans parler du fait que je suis incroyablement belle, ainsi que vous pouvez vous en rendre compte. Ça aide. Si j'avais été moche comme un pou, il s'en serait certainement trouvé un sacré nombre pour contester mon statut de Reine, mais à partir du moment que la beauté entre en jeu, alors les bouches se taisent. Les meneurs peuvent se permettre d'être laids, ou même repoussants. Ils peuvent être tordus, bossus, pas plus haut que trois gnomes et puant la sueur. Les meneuses, non. — Moi je vous trouve pas si belle que ça ! (laissa alors entendre Praline, qui écoutait donc notre conversation malgré son air détaché) — Mais vous dîtes ça parce que vous êtes jalouse. Et je comprends que vous le soyez, d'ailleurs. Je veux dire, vous êtes plutôt jolie fille... — Très jolie fille ! (ai-je immédiatement rajouté) — Si vous voulez, très jolie fille... Mais vous n'êtes pas objectif, puisque vous êtes amoureux d'elle. (je me mis à rougir comme une tomate trop mûre, et Praline me lança un regard circonspect) Bref, je disais que vous êtes une jolie fille, mais qu'à côté de moi forcément... Je suis plus belle que vous, voilà tout, j'en suis désolée. Evidemment qu'une femme comme vous pourrait mener par le bout du nez un troupeau entier d'hommes passionnés, mais dans le fond il n'aurait jamais envie que de coucher avec vous. Moi je peux les mener à changer le monde. Vous voyez la différence ? J'ai cette capacité en moi à transformer la société, à la rendre meilleure, à la débarrasser de tout ce qui la rend si invivables pour bon nombre de gens, à commencer par vous quatre. — Et si c'était tellement évident, pourquoi est-ce que les nazis vous ont enlevé ? (s'exclama Praline avec un courroux de tous les diables) — Vous ne comprenez pas : je n'ai jamais dit que cette société serait meilleure pour tout le monde ! Il n'existe pas un système qui puisse satisfaire l'humanité entière. Un bon système se reconnaît dans sa capacité à rendre heureux ceux qui le méritent. A faire le bien pour les gens biens. Les nazis ne font pas partie de cette catégorie. Enfin, pas tous. Certains sont juste des personnes perdues qui rejoignent les rangs d'une idéologie qu'ils ont croisé par hasard. Il n'en faudrait pas beaucoup pour qu'ils réalisent leur erreur. Je me méfie beaucoup plus du gouvernement que des nazis, vous savez. Les gens qui nous dirigent n'ont aucun intérêt à perdre le contrôle d'une population qui leur assure un tel confort. Les nazis se sont contentés de m'enlever, là où le gouverment m'abattrait sans hésiter une seule seconde. — Vous exagérez ! — Pourquoi croyez-vous que ces personnes des Services Secrets ont ouvert le feu quand ils sont tombés sur cette ferme où on me retenait prisonnière ? Moi aussi je les ai reconnu, vous savez. (dit-elle à mon intention) — Je pensais que c'était après nous qu'ils en avaient ! — Allons, soyez sérieux : ils étaient incroyablement inférieurs en nombre. Pensez-vous vraiment qu'ils auraient pris des risques pareils juste pour vous quatre ? C'est parce qu'ils savaient que j'étais là qu'ils ont décidé d'attaquer sans plus attendre. Comment le savaient-ils ? Je n'en ai aucune idée. C'est le propre des Services Secrets de savoir des choses inattendues. Et je peux vous assurer qu'après avoir vu que je prenais la fuite grâce à vous, ils ont sagement battu en retraire, et qu'ils doivent maintenant courir la campagne à notre recherche. — Tout comme Destoins et ses hommes... (a rajouté Personne) — Destoins ? C'était la ferme de monsieur Destoins ? Oh mais alors je comprends mieux... — Vous le connaissez ? — Monsieur Destoins est mon père ! Nous avons tous bondi, y-compris Praline, en entendant la Reine nous asséner cela. Lecon manqua en tomber par terre, et moi-même j'ouvris des yeux plus grands que le hublot d'une péniche. Mais la Reine se montra pour sa part soudain hilare. — Non, je plaisante... Remettez-vous, ce n'était qu'une blague ! Comment voulez-vous que Destoins soit mon père, voyons ? Ça n'arrive que dans les mauvais téléfilms, des choses dans ce genre... — Bonjour le sens de l'humour ! (persifla Praline) — Que voulez-vous ? on ne peut pas avoir toutes les qualités... Je suis déjà belle, charismatique, intelligente, perspicace et raffinée, je ne peux pas en plus être drôle. Ou modeste. (elle marqua un temps) Destoins je le connais parce qu'il est connu, pour peu que l'on soit au fait des divers groupuscules de ce pays. Ce n'est pas le chef ultime des factions nazies du territoire, mais il sera sans doute amené à l'être un jour, si cette guerre civile ne les extermine pas toutes. — Bon, d'accord... Et maintenant, qu'est-ce qu'on est censés faire ? — Je vous l'ai dit : nous devons rejoindre la Capitale. Une fois là-bas, on avisera. Le mieux serait encore que nous entrions en contact avec la section Anarchiste de la région, ce n'est pas que j'adhère à leur idéologie, du moins pas entièrement, mais ils sont de mon côté. Enfin, du notre. Vous savez où on pourrait la trouver ? — Ben... Non. Comment on pourrait savoir ça ? — Vous appartenez à quel groupe ? — A quel groupe... ? A aucun groupe ! On s'est retrouvés au milieu de ce merdier complètement malgré nous ! — Je vois... Et vous m'avez libéré quand même... Pourquoi ? — Parce qu'on ne laisse pas quelqu'un prisonnier comme cela ! (s'est énervé Praline) On vous a libéré parce que vous étiez censée être en liberté, c'est tout. Ce n'est pas pour vos beaux yeux, c'est par principe ! — (La Reine se tourna alors vers elle et la regarda avec tant de gratitude et de bienveillance que toute trace de jalousie ou de colère disparut un temps de son visage) Je vous remercie du fond du coeur. Mais je dois encore vous demander votre aide. Et je pense pouvoir vous aider aussi, puisque j'ai cru comprendre que les Services Secrets en avaient également après vous... Mais avant toute chose, nous allons devoir trouver la section Anarchiste des environs. Il y en a forcément une. — Je crois que ça ne devrait pas être trop difficile... (murmura Lecon) — Ah bon ! (s'écria Personne, agacé) Et pourquoi ça ? — Parce qu'il y a un type caché dans les fourrés avec une carabine qui nous écoute depuis tout à l'heure, et qu'il a un gros A dessiné sur son uniforme. » Le chapitre de la semaine prochaine sera-t-il un peu plus passionnant que celui-ci ? Qui est cet homme qui nous espionnait ? Que va t-il se passer, et apprendrons-nous pourquoi Personne était venu initialement me rendre visite ? Vous le saurez, si cela vous chante et si cela me prend, dans le prochain épisode des Chroniques des matins pluvieux. |
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