Ennio Morricone a composé moins de 500 opus pour le cinéma,en tout cas
loin des 800 cités plus haut. Il a aussi composé une centaine d'opus pour
le concert. Pour en revenir à sa filmographie,nombre d'erreurs furent
commises et certains films lui furent attribués comme QUIEN SABE alors
qu'il n'a pas écrit une seule note de musique. En fait,ce film lui fut proposé,
offre qu'il déclina au profit de son ami LUIS BACALOV. Le réalisateur ou
le producteur accepta à condition qu'il en signe la supervisation. Une façon
astusieuse de voir apparaître le nom d'ENNIO MORRICONE au générique
du film. Je pourrais citer d'autres exemples de films pour lesquels MORRICONE n'effectua qu'un travail d'adaptation (LA LUNA de BERTOLUCCI) ou d'arrangements (LA DIVINE CREATURE [BIXIO] de PATRONI-GRIFFI) et les films ayant utilisé dans son dos ou avec son accord des musiques préexistantes...je pense à un film ILONA et KURTI,
par exemple,avec des thèmes préexistants remis à la sauce électronique
et probablement fait à son insu...il y en a d'autres.
Une autre précision est également à mettre à jour. Si dans le cinéma hollywoodien,l'emploi de la musique est abondant au point de l'entendre partout dans un film,même sur des scènes où elle ne sert à rien, MORRICONE a composé pour des films italiens qui imposaient des leitmotivs et exigeaient parfois très peu de musique. Pour ne citer que
deux exemples notoires: MORRICONE n'écrivit,jusqu'à preuve du contraire, que deux très bons thèmes pour LA CINA E VICINA de MARCO BELLOCCHIO et si vous écoutez un jour sa partition pour ENQUÊTE SUR UN
CITOYEN...,vous constaterez qu'elle s'articule autour de deux thèmes uniquement,tout simplement parce que le film de PETRI n'en exigeait pas
davantage,que la musique y est employée avec parcimonie et justesse.
Des expériences contraires existent aussi. MORRICONE prit son téléphone
pour féliciter BOLOGNINI d'avoir réalisé en METELLO,un très bon film,mais
le sermonna vivement d'avoir trop utilisé sa musique. Ce n'est pas que MORRICONE avait écrit beaucoup de thèmes,mais le réalisateur tomba
apparemment amoureux du thème principal et en abusa. Il se produira
la même chose sur LE PROFESSIONNEL par l'emploi abusif du thème CHI MAI qui avait initialement été composé,dans une autre orchestration,pour
MADDALENA (1970) du réalisateur polonais JERZY KAWALEROWICZ,alors
qu'une grande partie de la partition originale aura été écrite pour rien.
Elle réapparaîtra dans un film sulfureux et d'un goût douteux intitulé LA
GABBIA.
Ainsi,si beaucoup de B.O. hollywoodiennes pourraient (en quantité et pas
forcément en qualité,loin de là) remplir des double-cd,voire des triple-cd,
comme la dernière édition d'EL CID de ROZSA,beaucoup de musiques très
intéressantes que MORRICONE a composées pour le cinéma italien ne
mériteraient pourtant pas de sortir seules sur cd. Je suis partisan des
éditions en "doublés" comme celle d'INDAGINE...couplé avec IL GIOCATTOLO,plutôt que de s'obstiner à sortir à tout prix des versions
"expanted" quand ce n'est pas justifié.
Bien sûr que MORRICONE n'a pas composé que des chefs-d'oeuvre et
a fait de la mauvaise musique et qu'il a de toute façon été un compositeur
prolixe...de la mauvaise musique,oui,faut-il encore s'entendre sur les titres
et si on s'y penche de près avec des gens connaisseurs de son oeuvre,je le
sais par expérience,les divergences fusent,car MORRICONE n'est pas
seulement prolixe,il est aussi éclectique,proposant des esthétiques que tout
oppose,si ce n'est une maîtrise de son art parfaitement assumée dans chaque cas. Quel rapport peut-on trouver entre LA CITE DE LA VIOLENCE
et QUESTA SPECIE D'AMORE,LA CLASSE OUVRIERE...et UN COIN TRANQUILLE A LA CAMPAGNE alors que ces deux films furent réalisés par ELIO PETRI. Il s'est quand même appliqué dans tous les domaines;Néoclassique,électroacoustique,easy listening,sérialisme...dans
ce registre,les thèmes de "climat" de GIORDANO BRUNO sont d'une grande
beauté.
Bon goût? Mauvais goût? Où se situeraient donc les frontières objectives?
J'en reconnais parfois chez MORRICONE,je ne dirai pas que ça n'arrive pas,de là à en faire son étiquette principale est complètement dégueulasse
et malhonnète.
Je souhaite de tout mon coeur à Yuhirà qui est apparemment compositeur lui-même,de réussir le tiers de ce que MORRICONE a apporté au Septième
Art et à la musique,elle-même,en tant que compositeur personnel,singulier,
atypique. BIEN PLUS INTERESSANT (deuxtéressants) pour moi que JOHN
BARRY ...Il est certain que si MORRICONE s'était contenté de poursuivre
une même esthétique comme QUESTA SPECIE D'AMORE,on aurait dit qu'il
était constant...et après? L'oeuvre du maître romain m'est bien plus passionnante et pour des raisons déjà évoquées et pour d'autres qu'il me serait trop long de développer ici. De plus,je n'en ai pas envie.
BARRY a son propre univers et je respecte cela au même titre que je respecte ceux qui en sont gaga,mais je tenais à affirmer ma différence et
défendre un compositeur attachant qui mérite un bien meilleur jugement
que celui que j'ai lu dans ce topic par Yurihà et qui manque franchement de
lucidité et donc d'humilité et qui ne s'appuie sur rien de concret ni de précis,comme tout jugement lapidaire,du reste...
Alors qu'en général,je suis souvent en accord avec ses propos comme ceux que j'ai pu lire dans le topic consacré entre une soit-disant frontière
entre la musique dite "légère" et la musique dite "savante".