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Les dessous du disque

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Jaky
Mélomane chevronné



Age : 13
Inscrit le : 23 Juil 2005
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MessageSujet: Re: Les dessous du disque   Sam 5 Nov - 17:06

Ouf1er a écrit:
YuHirà a écrit:
Justement tu n'as pas bien lu. Les interprètes ne travaillent pas gratuitement et sont payés via un contrat de travail. Et généralement le montant de la séance est très élevé. Le contrat de cession de droits est annexe et paie, sur la durée, la prestation en fonction des ventes.

A la limite, je suis en train de remettre en cause la légitimité du droit d'artiste interprète. Evidemment, je ne parle pas des droits d'auteur: pour moi c'est différent.

NB: c'est la contrainte des droits d'artiste interprète qui empêchent souvent un label d'investir et de miser sur la qualité.

La plupart du temps, ces droits contraignants empêchent les éditeurs de ressortir des disques de très bonne qualité. Le président de Varèse Sarabande l'a très bien expliqué.

Je crois que le droit d'auteur, à travers le droit voisin, a vu sa logique poussé trop loin... Si vous saviez maintenant ce qu'on protège, c'est hallucinant Rolling Eyes

Et en disant cela c'est mon propre métier que je saborde...


Ce n'est pas toi qui saborde le métier, mais bien souvent ces droits d'interprete servent à scier la branche sur laquelle les artistes sont assis.

Une des pires affaires qui se soient récemment passées est ce qui vient d'arriver à la firme Hyperion. Je résume : un scribouillard musicologue a exigé des "droits d'auteur" sur le materiel qui a servi à l'enregistrement d'une eouvre de M.A. Charpentier pour lequel il avait "notifié" une basse chiffrée et des pratiques instrumentales connues des musiciens baroques. La firme Hyperion n'entendant pas verser les droits d'auteur exigés (puisque('il n'était en rien "l'auteur" de cette oeuvre, mais seulement un "éditeur"), ce Monsieur a porté l'affaire en justice, qui en appel, et contre toute attente, a donné raison à ce musicologue, raison agrémentée de somptueux dommages et interets qui ont mis en péril l'équilibre financier de cette remarquable maison qu'est Hyperion.

Bien sur, on dérive un peu de notre sujet initial, mais c'était pour éclairer l'idée de Yuhira comme quoi on protege aujourd'hui tout et surtout n'importe quoi.

D'après ce monsieur, hyperion n'aurait pu enregistré cette musique sans le travail de reconstitution fait par lui…Et que toute peine mérite salaire…
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Mathieuuuu
Mélomane averti



Inscrit le : 08 Juin 2005
Messages : 333

MessageSujet: Re: Les dessous du disque   Sam 5 Nov - 19:34

Citation:
Ca me fait plus penser à certaines pratiques de "réorchestrations" ou "adaptations" d'oeuvres traditionnelles, qui doivent permettre à l'arrangeur de se remplir les poches sans trop se fatiguer en changeant quelques notes à une musique du domaine public.


Alors là j'aimerais intervenir parce que je me sens un peu concerné. Je suis actuellement en train de faire des arrangements pour quatuors de flûtes traversières à partir de pièces comme Peer Gynt, Une petite musique de Nuit, Shéhérazade,Ma mère l'Oye, Harry Potter ou encore Casse-Noisettes. C'est un travail très technique, assez complexe (surtout vu la tessiture très petite du quatuor de flûtes qui m'oblige à transposer et ressérer toutes ces partitions pour orchestre) et sur lequel je ne peux déposer l'arrangement à la SACEM que sur les oeuvres du domaine public (les autres nécessitant un accord avec le compositeur ou ses ayant-droits, accord qui consiste en gros à payer une somme faramineuse pour avoir le droit de toucher à la musique et ce, quelque soit la qualité de l'arrangement : en gros on peut faire un arrangement de merde du moment qu'on peut payer). Or mon éditeur m'a appris récemment que je ne toucherai aucun droit sur l'éxécution des arrangements du domaine public suite à une nouvelle législation (l'Union Européenne aurait fortement incité la France à introduire cette législation). En effet, il faudrait qu'il y ait un apport (harmonique ou mélodique) de la part de l'arrangeur pour toucher ces droits (qu'on m'explique quel est l'apport que je peux faire à des oeuvres de Mozart, de Rimsky-Korsakov ou de Grieg). Donc mon travail peut être utilisé par n'importe quel quatuor de flûtes en concert ou enregistrer un cd avec, sans que je touche quoi que ce soit dessus.
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"Ca fait rituel grégorien votre truc, et encore, un jour de pluie!" Thierry Escaich, professeur de fugue et formes au CNSM de Paris
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Xavier
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Age : 27
Inscrit le : 08 Juin 2005
Messages : 33263

MessageSujet: Re: Les dessous du disque   Sam 5 Nov - 19:36

Change quelques notes, ça fera un "apport"... Cool
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Mathieuuuu
Mélomane averti



Inscrit le : 08 Juin 2005
Messages : 333

MessageSujet: Re: Les dessous du disque   Sam 5 Nov - 19:40

Citation:
Change quelques notes, ça fera un "apport"...


C'est bien ça le pire. Avec cette nouvelle législation, il suffirait que je rajoute une introduction de mon crû et là par contre, je toucherai plus de droits qu'en tant qu'arrangeur parce que j'aurai un statut de compositeur (composition inspirée de telle oeuvre du domaine public).
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gaston
Mélomane gaffeur



Inscrit le : 18 Juil 2005
Messages : 461

MessageSujet: Re: Les dessous du disque   Sam 5 Nov - 22:45

Mathieuuuu a écrit:
C'est bien ça le pire. Avec cette nouvelle législation, il suffirait que je rajoute une introduction de mon crû et là par contre, je toucherai plus de droits qu'en tant qu'arrangeur parce que j'aurai un statut de compositeur (composition inspirée de telle oeuvre du domaine public).

C'est exactement ça, la porte ouverte au sabotage et au mauvais goût, plutôt qu'à l'artisanat. Il suffit de mettre des moustaches à la Joconde pour être un créateur, Warhol l'avait bien compris, toute question de talent mise à part. Et ensuite, on fait des procès à tous ceux qui ajouteront eux aussi des moustaches, pour plagiat, et on les gagne avec un bon avocat Laughing
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Ouf1er
Mélomaniaque



Inscrit le : 01 Sep 2005
Messages : 813
Localisation : Lyon

MessageSujet: Re: Les dessous du disque   Dim 6 Nov - 0:15

jaky a écrit:
Ouf1er a écrit:
YuHirà a écrit:
Justement tu n'as pas bien lu. Les interprètes ne travaillent pas gratuitement et sont payés via un contrat de travail. Et généralement le montant de la séance est très élevé. Le contrat de cession de droits est annexe et paie, sur la durée, la prestation en fonction des ventes.

A la limite, je suis en train de remettre en cause la légitimité du droit d'artiste interprète. Evidemment, je ne parle pas des droits d'auteur: pour moi c'est différent.

NB: c'est la contrainte des droits d'artiste interprète qui empêchent souvent un label d'investir et de miser sur la qualité.

La plupart du temps, ces droits contraignants empêchent les éditeurs de ressortir des disques de très bonne qualité. Le président de Varèse Sarabande l'a très bien expliqué.

Je crois que le droit d'auteur, à travers le droit voisin, a vu sa logique poussé trop loin... Si vous saviez maintenant ce qu'on protège, c'est hallucinant Rolling Eyes

Et en disant cela c'est mon propre métier que je saborde...


Ce n'est pas toi qui saborde le métier, mais bien souvent ces droits d'interprete servent à scier la branche sur laquelle les artistes sont assis.

Une des pires affaires qui se soient récemment passées est ce qui vient d'arriver à la firme Hyperion. Je résume : un scribouillard musicologue a exigé des "droits d'auteur" sur le materiel qui a servi à l'enregistrement d'une eouvre de M.A. Charpentier pour lequel il avait "notifié" une basse chiffrée et des pratiques instrumentales connues des musiciens baroques. La firme Hyperion n'entendant pas verser les droits d'auteur exigés (puisque('il n'était en rien "l'auteur" de cette oeuvre, mais seulement un "éditeur"), ce Monsieur a porté l'affaire en justice, qui en appel, et contre toute attente, a donné raison à ce musicologue, raison agrémentée de somptueux dommages et interets qui ont mis en péril l'équilibre financier de cette remarquable maison qu'est Hyperion.

Bien sur, on dérive un peu de notre sujet initial, mais c'était pour éclairer l'idée de Yuhira comme quoi on protege aujourd'hui tout et surtout n'importe quoi.

D'après ce monsieur, hyperion n'aurait pu enregistré cette musique sans le travail de reconstitution fait par lui…Et que toute peine mérite salaire


Salaire, tout le monde semble d'accord l)à-dessus. Mais pas Droits d'auteur !
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Ouf1er
Mélomaniaque



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Localisation : Lyon

MessageSujet: Re: Les dessous du disque   Dim 6 Nov - 0:21

Bezout a écrit:
Vous avez des sources pour cette affaire?


Si tu es angliciste, tu auras tous les détails de l'affaire sur le site même d'Hyperion.

Hyperion
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Bezout
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MessageSujet: Re: Les dessous du disque   Dim 6 Nov - 0:36

Ah merci Smile

Sinon Mathieu, c'est qui ton éditeur?
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Capri c'est fini
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Localisation : Derrière mon ordi imbécile

MessageSujet: Re: Les dessous du disque   Jeu 17 Nov - 10:55

Je viens de consulter des budgets types diffusés par l'UCMF: ils sont assez éloquents et me donnent raison sur certains points notamment sur la notion de séance.

Le budget considère pour le calcul des salaires 2 types de "séances d'enregistrement": des séances de 3 heures et des séances de 4 heures: cette division laisse bien entendre que les horaires ne sont pas flexibles et qu'une séance s'entend assez strictement. Et qu'il peut y avoir 3 à 4 séances par jour, comme je le laissais entendre.

En France, les séances de 3 heures sont payées de 128 euros à 175 euros par personne, que ce soit une petite formation ou grand orchestre (200 à 250 euros pour les solistes). Selon mes calculs les séances de 4 heures seraient payées de 170 euros à 233 euros, sachant que les montants maximums se fondent sur des estimations hautes et sont donc beaucoup plus rarement pratiqués.

Les rémunérations sont nettes: les charges patronales ne sont pas prélevées mais ajoutées: autrement dit, il faut ajouter 60 % de la somme payée à l'artiste pour obtenir la somme payée par le producteur (160 % des sommes indiquées)

Dans les pays de l'Est le prix de la séance est divisé presque des 2/3: les séances de 3 heures sont payées de 36 euros à 45 euros! Il est précisé qu'il n'y a aucune charge patronales sur les salaires ainsi payés.

Autant dire que: une violoncelliste professionnelle qui ne fait que débuter me semble surestimer sa valeur lorsqu'elle propose des séances à 300 euros.

Si les séances durent 3 heures, on peut vraisemblablement supposer qu'un instrumentiste peut enchaîner deux voire 3 séances par jour ce qui fait une rémunération potentielle, quelque soit la formation, de 384 à 585 euros par jour!!!! Ce qui fait une rémunération nette de 7 680 euros à 11 700 euros par mois (sur la base de 20 jours travaillés par mois)!!!

Ces tarifs ne sont bien entendu applicables qu'aux enregistrements. J'imagine que le montant de la rémunération des musiciens qui se produisent en concert doit être bien moins élevé...


Petite précision qui a son importance: pour un orchestre de 111 musiciens (71 musiciens + 40 choristes) le coût total lié à l'engagement des interprètes (avec 1er pupitres) sur 3 à 4 séances varient de 66 000 euros à 90 000 euros sur un budget total de 100 000 euros à 210 000 euros. A cela il faut ajouter un coût de production du master d'à peu près de 2000 euros. Autrement dit, le salaire des interprètes représente le tiers voire la moitié du coût d'une enregistrement alors que ce dernier mobilise en plus les postes suivants :

- prime d'écriture
- orchestrateur
- consultant
- direction artistique
- copiste
- maquettes
- programmation
- studio (préparation et séance)
- ingénieurs sons
- fournitures
- production exécutive
- imprévus
- cantine



Je ne sais pas ce qu'il faut en tirer comme leçon mais tout de même... c'est assez intéressant.

Néanmoins on parle aussi de "service" de 3 heures.

Selon l'IRMA, en moyenne, le prix d'un artiste à la séance est de 250 euros, et à la semaine (5 jours/semaine) de 1000 euros. C'est à n'y rien comprendre...
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Mathieuuuu
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MessageSujet: Re: Les dessous du disque   Jeu 17 Nov - 11:02

Ton calcul est intéressant, mais à mon avis, il reste très théorique. Vu le stress et la concentration que nécessite une seule séance, je ne suis pas sûr que tout ce monde se fasse 3 séances par jour, 5 jours par semaine.

La plupart des musiciens ont d'autres obligations (cours, orchestre), ce qui
me laisse supposer que les enregistrements sont plus des extras, mais je peux me tromper.
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Capri c'est fini
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MessageSujet: Re: Les dessous du disque   Jeu 17 Nov - 12:14

C'est parfaitement possible Wink

Dommage qu'on n'ait pas un artiste de studio professionnel ici Mr. Green
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Bezout
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Inscrit le : 08 Juin 2005
Messages : 3448

MessageSujet: Re: Les dessous du disque   Jeu 17 Nov - 12:36

Citation:
Ton calcul est intéressant, mais à mon avis, il reste très théorique.


Oui tu as tout à fait raison, ça ne se passe pas du tout comme ça dans la pratique (des séances de 3 heures, le rêve....). En plus les contrats hein... ça ne reste parfois qu'un bout de papier. Je connais quelqu'un qui a plein de contrats (pourtant signés), et qui attend toujours qu'on lui paie ses 8000€....

Pour les musiciens classiques, j'en ai vu qui venaient enregistrer le matin, aller donner un cours en début d'apres midi, puis revenir en soirée pour continuer jusqu'au dernier métro. C'est effectivement un extra, ils n'enregistrent pas à la pelle des disques, c'est plutôt une sorte de consécration pour eux.
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Capri c'est fini
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MessageSujet: Re: Les dessous du disque   Jeu 17 Nov - 17:53

Bon alors on va dire que c'est valable pour le LSO alors Laughing
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Bezout
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Messages : 3448

MessageSujet: Re: Les dessous du disque   Jeu 17 Nov - 23:33

Comme tout les orchestres, ils doivent être vachement syndiqués et se font certainement payer royallement des heures sup' des qu'une séance depasse de 5 minutes l'heure prévue. Rolling Eyes
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Ah-grou-groum
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