 Autour de la musique classique Le but de ce forum est d'être un espace dédié principalement à la musique classique sous toutes ses périodes, mais aussi ouvert à d'autres genres. |
| | Recitativo secco, et touticouenti ... | |
| | | Auteur | Message |
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Julien Mélomaniaque

Age : 22 Inscrit le : 01 Sep 2005 Messages : 649 Localisation : Paris
| Sujet: Recitativo secco, et touticouenti ... Sam 31 Mar - 16:26 | |
| Bon, je suis forcé de me rendre à l'évidence, je ne comprend rien à ces histoires de récitatifs, recitativo secco etc ...
Exemple, dans les Boréades on a des passages parlé à moitié chantés accompagnés de la basse continue plus quelques instruments. C'est quoi ?
Dans la passion selon St Mathieu, on a une voix seule qui parle avec juste de la basse continue. C'est quoi ?
Dans certains opéras (j'ai plus d'exemples en tête); le chanteur parle avec aucun instrument derrière. ??
Dans d'autres, une personne chante avec aucun instrument derrière. ???
Si quelqu'un pourrait me renseigner, j'en profiterai pour lui poser les exemples que j'écoute au fur et a mesure.
Merci d'avance. |
|  | | sud273 Mélomane chevronné

Age : 46 Inscrit le : 03 Déc 2006 Messages : 9815
| Sujet: Re: Recitativo secco, et touticouenti ... Sam 31 Mar - 16:40 | |
| la notion de récitatif est essentiellement liée à l'opéra séria italien (et par extension à l'oratorio, tel qu'ils sont fixés au début du 18ème: on distingue le "secco" sur fond de clavier (et basse en général non notée clavecin+cello pour faire simple) et l'accompagnato, avec orchestre (avec en général les accompagnants du secco dont les parties ne sont plus notées mais qui ne se taisent quasiment jamais). Aux récitatifs s'opposent les airs et ensembles, qui sont des cellules indépendantes fermées. Tout cela bouge en fonction des particularités nationales. Opéra comique et opérette (singspiel) admettent des passages de dialogues non chantés. Quand une personne parle sur un accompagnement musical, on se trouve dans un autre genre, peu fréquent, le mélodrame: les exemples les plus connus sont dans Thamos de Mozart, dans Fidelio. Quelques oeuvres incluent des récitants qui parlent sans accompagnement et sont des acteurs qui ne chantent pas. |
|  | | felyrops Mélomaniaque
Inscrit le : 20 Déc 2006 Messages : 1475
| Sujet: Re: Recitativo secco, et touticouenti ... Dim 1 Avr - 19:40 | |
| Ca m'interesserait de savoir dans quels cas on peût employer le terme 'parlando'. Je pense que David en a déjà parlé, mais pour moi c'est toujours pas clair. _________________ On se lasse de tout, excepté de connaître. |
|  | | sud273 Mélomane chevronné

Age : 46 Inscrit le : 03 Déc 2006 Messages : 9815
| Sujet: Re: Recitativo secco, et touticouenti ... Lun 2 Avr - 10:20 | |
| | je ne suis pas une autorité en la matière (où est David???), je dirais à vue de nez que "parlando" est une indication de tempo et d'intonation à comprendre dans le sens "comme en parlant" mais qui s'applique à un passage dans lequel le chant est noté, à un moment assez bref en tout cas. |
|  | | Rubato Mélomane chevronné
Inscrit le : 21 Jan 2007 Messages : 3456 Localisation : Sud (de la bretagne)
| |  | | DavidLeMarrec Mélomane inépuisable

Inscrit le : 30 Déc 2005 Messages : 24064 Localisation : Bordeaux
| Sujet: Re: Recitativo secco, et touticouenti ... Lun 16 Avr - 15:50 | |
| Sud a dit l'essentiel, mais je ne résiste pas à la tentation de répondre aux interrogations de Julien.
| Julien a écrit: | | Bon, je suis forcé de me rendre à l'évidence, je ne comprend rien à ces histoires de récitatifs, recitativo secco etc ... |
Pour bien comprendre le phénomène, il faut retourner à l'origine. L'opéra est un moyen d'exalter la parole dramatique, pour les deux Camerate. Mais vous connaissez tous ça par coeur : http://classik.forumactif.com/Musique-classique-c1/General-f1/Le-Madrigal-italien-1530-1640-t1425-0.htm .
Donc, initialement, l'opéra est largement un récitatif, voire une psalmodie (La Rappresentazione d'Anima e di Corpo, les Cavalli en sont de bons exemples). C'est-à-dire que la musique ne fait qu'orienter, qu'habiller une déclamation.
La fascination pour la voix fait que, petit à petit, on écrit des pièces de plus en plus virtuoses et purement vocales, mais d'une vocalité toute instrumentale. Dans l'opéra seria italien, on alterne ainsi les récitatifs, qui portent l'action, et des airs de sentiment, pour un théâtre des affetti (affects). Ces airs sont amplement ornementés, le texte (quatre à huit vers brefs, en général) sans cesse répété et à peine compréhensible.
Le recitativo secco est le récitatif simple, accompagné seulement à la basse continue ou, pour la seconde moitié du dix-huitième siècle et les premières années du dix-neuvième, au clavier.
| Citation: | | Exemple, dans les Boréades on a des passages parlé à moitié chantés accompagnés de la basse continue plus quelques instruments. C'est quoi ? |
Il faut bien garder à l'esprit que l'opéra français de cette époque, la tragédie lyrique, est une exception en Europe. Le seul théâtre national à ne représenter officiellement, et pendant longtemps, que des oeuvres dans sa langue.
Ce théâtre inventé par Lully et Quinault avec Cadmus et Hermione adapte l'opéra italien au goût français, avec des codes en miroir de la tragédie classique. Je ne développe pas plus ce point, il y aurait beaucoup à dire et ce n'est pas notre objet. Toujours est-il qu'en fin de compte, le texte y reste l'égal de la musique et que la déclamation est première. On ne trouvera guère, avant Rameau (le mouvement s'esquisse avec la génération Campra-Desmarest-Destouches), d'airs très virtuoses, et ils demeurent toujours décoratifs et marginaux. Les airs eux-mêmes ressortissent à la déclamation.
Ce que tu entends dans les Boréades, ce sont bel et bien des récitatifs (sans qualificatif spécial). Simplement, la nuance est plus mince que dans l'opéra italien - où l'on est tout de bon dans l'opposition. [D'ailleurs vous l'avez bien vu, les Italiens ont voté Prodi.]
| Citation: | | Dans la passion selon St Mathieu, on a une voix seule qui parle avec juste de la basse continue. C'est quoi ? |
Un récitatif. Du type recitativo secco, puisqu'on a simplement la basse continue (orgue ou continuo) et le chant très nu.
Dans certaines cantates de Bach, on a aussi droit à des récitatifs accompagnés (recitativo accompagnato), c'est-à-dire que l'orchestre entier ponctue les interventions récitatives (mais plus lyriques que pour un secco) du chanteur. Ce genre de récitatif marque souvent un moment d'instabilité émotive forte, par exemple une hésitation, une délibération. On en trouve chez certains Haendel, et beaucoup dans Mozart : E Susanna non vien / Ma qual mai s'offre o Dei / Don Ottavio, son morta ! / Ei parte ! / et bien évidemment la réflexion de Titus sur le sort de Sextus. Après Rossini (Il Turco, air final de Fiorilla), le récitatif s'intègre plus largement au discours musical, et le secco disparaît. Dans le but d'une plus grande continuité (et efficacité) dramatique.
| Citation: | | Dans certains opéras (j'ai plus d'exemples en tête); le chanteur parle avec aucun instrument derrière. ?? |
On parle de dialogues, tout simplement.
| Citation: | | Dans d'autres, une personne chante avec aucun instrument derrière. ??? | C'est très rare. On parle de chant a cap(p)ella, tout bêtement. Génération dans un but expressif de saisissement : un air ou un ensemble qui débute a capella. Exemples dans Der Fliegende Holländer, Les Vêpres Siciliennes, La Fiancée du Tsar (Rimsky-Korsakov).
Mais pas durablement à la manière d'un récitatif, à ma connaissance.
| Citation: | | Si quelqu'un pourrait me renseigner, j'en profiterai pour lui poser les exemples que j'écoute au fur et a mesure. | Volontiers.
Et j'ajoute qu'on appelle mélodrame un passage instrumental avec orchestre ou piano sur lequel le texte est déclamé en parlant. On en trouve de splendides dans Fierrabras de Schubert, notamment. Ou dans des musiques de scène. Pratiqué surtout en Allemagne (von Schillings par exemple), et un peu en Scandinavie-Finlande et Russie. _________________ Armide est encore plus aimable qu'elle n'est redoutable ! |
|  | | Picrotal Parano lunatique

Age : 32 Inscrit le : 03 Avr 2007 Messages : 4958 Localisation : Grenoble
| |  | | Rubato Mélomane chevronné
Inscrit le : 21 Jan 2007 Messages : 3456 Localisation : Sud (de la bretagne)
| Sujet: Re: Recitativo secco, et touticouenti ... Mar 17 Avr - 18:08 | |
| | Picrotal a écrit: | | Julien a écrit: |
Dans certains opéras (j'ai plus d'exemples en tête); le chanteur parle avec aucun instrument derrière. ?? |
Comme je n'y connais rien, c'est avec beaucoup de fierté que je peux citer, pour le cas présent, l'exemple de Fidelio de Beethoven.  |
 _________________ Philippe |
|  | | Julien Mélomaniaque

Age : 22 Inscrit le : 01 Sep 2005 Messages : 649 Localisation : Paris
| Sujet: Re: Recitativo secco, et touticouenti ... Mar 17 Avr - 19:30 | |
| Merci beaucoup pour vos réponses, vous êtes des puits de science, un merci particulier à Lemarrec !
Je vais re écouter tous mes derniers (et premiers) opéras achetés, et essayer de faire la relation ac les termes pour être plus à l'aise !
 _________________ " Simon ! Les morts te saluent ! " |
|  | | DavidLeMarrec Mélomane inépuisable

Inscrit le : 30 Déc 2005 Messages : 24064 Localisation : Bordeaux
| Sujet: Re: Recitativo secco, et touticouenti ... Mar 17 Avr - 20:28 | |
| Si tu veux du plus consistant, j'avais aussi préparé ceci, qui aborde plus spécifiquement une histoire sommaire du récitatif. Ca répond notamment à ta question du dialogue, qui historiquement est totalement distinct du récitatif.
La seconde partie n'est toujours pas écrite, parce qu'elle aurait moins d'intérêt à mon sens : le récitatif s'intègre au dix-neuvième au langage de chaque compositeur, de façon différente.
Mais j'ai essayé dans ce fil d'être le plus efficace possible par rapport à tes questions. _________________ Armide est encore plus aimable qu'elle n'est redoutable ! |
|  | | | Recitativo secco, et touticouenti ... | |
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