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 Ravel : Daphnis & Chloé

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Rav-phaël
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MessageSujet: Re: Ravel : Daphnis & Chloé   Jeu 23 Mar 2017 - 9:27

Excellente version, sur beaucoup de points je trouve, pour les mêmes raisons que tu cites de sonorités, de vitalité !

Le final avec la présence du choeur est surprenant. On a tellement l'habitude de l'entendre, plutôt mis en évidence, alors qu'ici il se fond dans la texture orchestrale, presque au second plan, et je ressens presque une petite frustration par rapport à ça ; peut–être un problème de déséquilibre, ou au contraire une justesse rare mais trop inhabituelle ( comparée à mes versions quotidiennes, en ce moment Philippe Jordan avec l'Orchestre et Choeur de l'Opéra de Paris surtout )

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Xavier
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MessageSujet: Re: Ravel : Daphnis & Chloé   Dim 21 Mai 2017 - 22:53

Je suis en train de finir l'écoute de cette version Roth, et pour moi c'est vraiment un miracle.

Comme pour la Mer de Debussy, Roth et son orchestre réussissent vraiment une grande version de référence, le son est clair, tranchant, brillant, presque froid par moments, mais l'interprétation de Roth est on ne peut plus chaleureuse, et tout cela donne des couleurs fabuleuses.
Il n'y a que le son du célesta que je n'aime pas trop, et le contrabasson est décidément bizarre.
Les tutti ne sont jamais écrasants ou bruyants, contrairement à d'autres. (Abbado)
Le choeur est particulièrement froid et tranchant, l'ensemble est net et sans vibrato aucun, toujours parfaitement juste (ce qui n'est pas toujours le cas dans cette oeuvre, en particulier au début de la première partie et dans l'introduction de la deuxième), c'est donc assez appréciable même si le son d'ensemble est un peu étrange.

Mon enthousiasme ne sera pas terni par deux ou trois fausses notes que tout le monde ne remarquera pas...
Enregistrement fabuleux, interprétation irrésistible, d'une vivacité sans pareille. (55 minutes, assez rapide par rapport à la moyenne il me semble)
Précipitez-vous! Very Happy

J'avais beaucoup aimé en concert l'an dernier à la Philharmonie, mais c'était sans choeur, et je n'avais pas été aussi soufflé que par le disque que je viens d'entendre. (les approximations assez fréquentes dues aux instruments d'époque sont ici gommées)

J'espère qu'ils vont continuer à enregistrer ce répertoire, et pourquoi pas les Debussy manquants, Jeux, Nocturnes, Khamma, le Martyre, ou encore l'Enfant et sortilèges... (en tout cas, la Mer et les Nocturnes l'an prochain à la Philharmonie!)
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vinteix
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MessageSujet: Re: Ravel : Daphnis & Chloé   Lun 5 Juin 2017 - 4:39

Je viens d'écouter cette version de ROTH et je rejoins l'avis de Xavier, qui a dit l'essentiel. Une version vraiment à placer au sommet de la discographie (personnellement j'aime beaucoup aussi Maazel-Cleveland 1974) - ici, une précision et une rigueur qui pourraient apparaître parfois un peu "froides", mais qui me semblent correspondre complètement à l'esprit de la musique de Ravel ; magnifiques couleurs orchestrales, et surtout une clarté, une légèreté et un sens de la danse fabuleux !
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Bruno Luong
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MessageSujet: Re: Ravel : Daphnis & Chloé   Lun 5 Juin 2017 - 9:00

Je trouve la vision de Roth manque de la sensualité, juste mon avis perso.
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Ravel : Daphnis & Chloé   Ven 1 Sep 2017 - 22:08

Écouté deux fois de suite aujourd’hui:


• François-Xavier Roth / Les Siècles, Ensemble Aedes, Marion Ralincourt (flûte)
En public, Paris, Soissons, Compiègne, Lieusaint, Amiens, Hambourg, Aldeburgh , 2016
Harmonia Mundi


Version pour moi absolument enthousiasmante - je crois n’avoir jamais écouté de Daphnis aussi passionnant d’un bout à l’autre.

Au fond, c’est un peu la version que j’attendais (cf. page précédente). Déjà au niveau de la sonorité d’ensemble, c’est tout ce que j’aime: des sons droits et tranchants, des timbres instrumentaux très typés, une image sonore extrêmement lisible, des tutti jamais gonflés, un chœur net et sans vibrato - on est à l’opposé de ces versions «sensuelles» ou «hédonistes» qui jouent sur le halo opaque ou sur la saturation coloriste.

Par ailleurs, la direction est particulièrement persuasive, à la fois cursive et très articulée, les tempi vifs, ce qui rend à la partition toute son évidence narrative.

Assez idéal pour moi dans Ravel - je trouve Roth et les Siècles encore plus convaincants ici que dans la Mer ou le Sacre (que j’avais déjà beaucoup aimés), et l'apport de leur approche encore plus décisif.
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Bruno Luong
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MessageSujet: Re: Ravel : Daphnis & Chloé   Sam 2 Sep 2017 - 10:01

Gustavo Gimeno m'a fait de très bonne impression



Le chef était un ancien percussioniste du Concertgebouw et assitant d'Abbado et Haitink. Il est maintenant directeur de l'Orchestre Philahrmonique du Luxembourg. Ces disques sont remarquables sans exception.
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Golisande
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MessageSujet: Re: Ravel : Daphnis & Chloé   Dim 18 Mar 2018 - 11:50

À propos de Roth (que je n'ai pas encore écouté intégralement) : il y a des choses que j'ai beaucoup aimées - notamment tout le début, avec cette sonorité inouïe du chœur -, mais j'ai été sérieusement refroidi par un "Lever du jour" qui manque totalement de sensualité...
Je comprends que l'on puisse, en ayant marre de Walt Disney, plébisciter une interprétation qui va dans une direction totalement opposée comme une sorte l'antidote ; mais l'histoire de la musique de films n'avait pas encore vraiment commencé en 1912, et Ravel est l'un des grands précurseurs de cet univers – en particulier de son versant féerique, notamment dans cette œuvre... Vouloir abolir tout cet aspect de sa musique me paraît appauvrissant dans l'absolu, même si ça peut offrir une alternative revivifiante pour des mélomanes des années 2010 gavés de toute la pâtisserie sonore du XXe. Mr.Red

Pour ne citer qu'un exemple (mais emblématique pour moi) de ce qui m'a déplu dans ce Lever du jour : au moment de la modulation en do majeur juste après l'entrée du chœur, au lieu de l'alchimie de timbres plus ou moins sublime selon les orchestres et les chefs mais bien présente sur la partition, on n'entend qu'un énorme sursaut du chœur, qui s'accapare brusquement l'espace sonore en masquant presque totalement l'orchestre...


Dernière édition par Golisande le Dim 18 Mar 2018 - 12:13, édité 2 fois
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Xavier
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MessageSujet: Re: Ravel : Daphnis & Chloé   Dim 18 Mar 2018 - 11:56

Je vois ce que tu veux dire mais je ne pense pas que ce soit une volonté de Roth de chercher à gommer un aspect musique de films ou Disney...
Je ne crois pas qu'il se soit dit "oh, on va masquer l'orchestre à ce moment-là"... peut-être que là, le mixage aurait pu être amélioré, la perfection n'est pas de ce monde... même si cette version s'en approche pour moi. Ce qui ne m'empêche pas d'aimer des versions très différentes comme Boulez II, Chung ou Chailly.
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Bruno Luong
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MessageSujet: Re: Ravel : Daphnis & Chloé   Dim 18 Mar 2018 - 12:05

Golisande a écrit:
À propos de Roth (que je n'ai pas encore écouté intégralement) : il y a des choses que j'ai beaucoup aimées - notamment tout le début, avec cette sonorité inouïe du chœur -, mais j'ai été sérieusement refroidi par un "Lever du jour" qui manque totalement de sensualité...

On est d'accord. Pour moi un Daphnis sans la sensualité est rédhibihitoire.

En passant, il y a un disque de Ma Mère l'Oye de Roth qui se prépare.


Dernière édition par Bruno Luong le Dim 18 Mar 2018 - 17:29, édité 1 fois
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Golisande
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MessageSujet: Re: Ravel : Daphnis & Chloé   Dim 18 Mar 2018 - 12:10

Je voulais développer davantage et j'ai posté prématurément... Je vais l'écouter en entier (ainsi que quelques autres versions), mais étant donné que cette modulation en do est le moment  le plus irrésistible de tout Daphnis pour moi (même s'il y a bien d'autres passages objectivement plus intéressants), et que Roth me la bousille littéralement, j'ai, comment dire, un peu de mal à l'avaler... Confused

Cela n'empêche pas que je puisse aimer d'autres aspects de cette version, mais disons qu'avec ça (qui est bien plus qu'un détail pour moi) elle a déjà perdu quelques points que rien ne saurait lui faire récupérer... elephant
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MessageSujet: Re: Ravel : Daphnis & Chloé   Dim 18 Mar 2018 - 12:33

Xavier a écrit:
Je ne crois pas qu'il se soit dit "oh, on va masquer l'orchestre à ce moment-là"... peut-être que là, le mixage aurait pu être amélioré, la perfection n'est pas de ce monde...

Je n'ai jamais pensé qu'il avait fait exprès de couvrir l'orchestre Smile , mais le résultat est bien là, et il y aurait plus qu'un fossé à combler pour arriver à la perfection; on ne se situe pas au niveau d'un petit défaut dans le mixage... J'imagine qu'ils étaient plusieurs sur le coup, qu'ils avaient du matériel et du temps devant eux : s'ils avaient voulu (et Roth itou) que ça sonne différemment, c'était chose faite... Le but n'était certainement pas de masquer l'orchestre, mais bel et bien en revanche de faire émerger le chœur, qu'il se détache de l'orchestre au lieu de s'y fondre... ce qui est une erreur à mon goût, et j'ai l'outrecuidance de penser que Ravel aurait été du même avis. Mr. Green

D'ailleurs il suffit d'écouter Chung pour s'en convaincre... je ne vois pas comment on peut rester insensible à ça...
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Xavier
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MessageSujet: Re: Ravel : Daphnis & Chloé   Dim 18 Mar 2018 - 12:36

J'ai réécouté le passage en question, je pense que ça ne m'aurait pas choqué si tu n'en avais pas parlé.
C'est vrai qu'à ce moment-là l'orchestre passe un peu brusquement en arrière-plan; mais je trouve qu'on l'entend toujours, et surtout, rien de grave pour moi, car c'est le même bariolage qui continue, on l'entend en arrière-plan, mais pour moi ça n'est pas gênant qu'il soit derrière le chœur pile à ce moment-là.
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MessageSujet: Re: Ravel : Daphnis & Chloé   Dim 18 Mar 2018 - 12:50

Tu devrais réécouter le même passage par Chung (ou Denève ou Nézet-Séguin qui font ça superbement aussi, mais Chung est insurpassable) : pour moi c'est le jour et la nuit, et je n'arrive pas à me lasser de ce truc...

Après, il y a évidemment des moments ou je préférerai Roth à n'importe quelle autre version, ne serait-ce que parce qu'il sonne vraiment différemment (le problème est que, n'était l'harmonie, j'aurais un peu l'impression d'écouter du baroque Mr.Red )...
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MessageSujet: Re: Ravel : Daphnis & Chloé   Dim 18 Mar 2018 - 13:13

Boulez/Berlin est un peu à mi-chemin entre les deux options, et (même si je n'adore pas cette version, qui n'a par ailleurs rien à voir avec celle de Roth) je trouve ça plus défendable sur ce passage précis : le parti-pris est clairement de faire ressortir le chœur, mais il le fait en "fondu-enchaîné", avec un moelleux délectable qui laisse toute la place à l'orchestre... Je préfère l'option Chung, mais celle-ci ne me dérange pas du tout.

Je réécoute Roth à l'instant : oui, on entend clairement l'orchestre (et même tous les détails) en arrière plan, et de plus c'est globalement splendide... Ce qui me fait d'autant plus regretter ce "sursaut" du chœur, dont je me demande vraiment ce qu'il vient faire là — car du coup, même si l'on entend bel et bien le reste, l'attention est accaparée par ce chœur qui attrape bien cinquante décibels d'un coup...

Mais c'est beau, incontestablement (et quelle prise de son !..).
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Bruno Luong
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MessageSujet: Re: Ravel : Daphnis & Chloé   Dim 18 Mar 2018 - 19:38

Golisande a écrit:
Boulez/Berlin est un peu à mi-chemin entre les deux options, et (même si je n'adore pas cette version, qui n'a par ailleurs rien à voir avec celle de Roth) je trouve ça plus défendable sur ce passage précis : le parti-pris est clairement de faire ressortir le chœur, mais il le fait en "fondu-enchaîné", avec un moelleux délectable qui laisse toute la place à l'orchestre... Je préfère l'option Chung, mais celle-ci ne me dérange pas du tout.

Je viens d'écouter plusieurs versions de l'Intro, et en effet Boulez est assez idéal dans le dosage et la finition. Ce qui est gênant dans la version de Roth c'est (à part l'entrée du chœur) aussi la transition vers la Danse Religieuse, où l'orchestre commence à jouer moins fort et le chœur ne suit pas, ce qui gâche un peu l'idée de Ravel. On pardonne, c'est un concert et pas un fignolage en studio.

La palme de l'horrible, je le décerne à Rosenthal, malgré le charme et l'authenticité de cette lecture.
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Golisande
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MessageSujet: Re: Ravel : Daphnis & Chloé   Dim 18 Mar 2018 - 20:50

Je n'ai jamais réussi à accrocher à aucune version « historique » de Daphnis, à l'exception notable de Monteux (mais ça fait un bail). Et effectivement, Rosenthal me laisse un souvenir assez pénible, mais pas spécialement plus que Martinon ou Munch : de toute façon, un orchestre poussif dans ce répertoire, ça n'est vraiment pas possible, je n'y arrive pas... Shit

Pour Roth, ce n'est pas l'entrée du chœur qui m'ennuie (au contraire je trouve cela assez magnifique, cette sonorité glacée totalement inhabituelle), mais un passage précis de "Lever du jour", donc dans la dernière partie... Cela dit, comme pour sa Mer de Debussy, je trouve ça globalement très réussi et original, mais je ne suis pas sûr d'y revenir très souvent car il y a quelque chose qui me frustre dans cette option "chambriste"; je trouve que cela manque de consistance, de rondeur, d'épaisseur...
À la limite, la minéralité polie de Boulez Berlin me captive davantage (même si je n'ai guère été emballé à première écoute) : j'ai l'impression d'un objet sonore plus dense et solide, qui appelle des écoutes répétées pour être pleinement appréhendé, et contrairement à ses Debussy avec Chicago qui m'ont beaucoup ennuyé, j'ai envie d'approfondir le truc.

Sinon, je réécoute présentement le début de la version de S. Denève avec SWR Stuttgart, et j'aime décidément beaucoup (plus que Boulez a priori, plus que Jordan et Nézet Séguin également) : tout est là comme j'ai envie de l'entendre, il y a une sorte d'évidence... Ce qui laisse penser que c'est peut-être une séduction un peu "facile", mais le fait est que je suis assez emballé.
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MessageSujet: Re: Ravel : Daphnis & Chloé   Mar 20 Mar 2018 - 11:20

À la réécoute (de la première partie), Denève me semble plus immédiatement séduisant que passionnant : de fait, aucun trait saillant n'en ressort, sinon une lisibilité, une légèreté et une clarté générales qui le rendent toujours très sympathique et agréable, peut-être au détriment d'une vraie substance (puisque je n'ai pas encore tout écouté, je ne m'avance pas davantage, mais pour l'heure mon impression est sensiblement la même que pour ses Debussy écossais)... Nézet-Séguin est peut-être plus original, dans un genre assez proche; à voir...

À l'opposé du spectre, je ne m'étais pas rendu compte que Boulez II était si lent dans les passages lents – sans doute parce que cette lenteur est habitée, réellement "remplie"... C'est le genre d'interprétation qui ennuie (et peut même irriter) si on l'écoute distraitement, car elle ne fait aucune concession à un hédonisme immédiat et facile — pour ne pas dire superficiel, mais ça y est je l'ai dit.

Quant à Chung (que je connais mieux, mais dont je suis loin de me lasser), non seulement sa direction ne s'appesantit sur rien mais elle ne s'"installe" même jamais – que ce soit dans un tempo ou dans une couleur, un éclairage : elle possède la ductilité d'un ciel changeant... C'est cette souplesse incroyable qui qui me fait tant aimer ce chef en règle général (en dépit de son tropisme messiaenique), et en l'occurrence c'est absolument magnétique : on ne s'ennuie pas en l'écoutant superficiellement, pour le coup, mais ce serait bien dommage car cette version mérite que l'on s'y plonge – et que l'on s'y baigne drunken .

Plus j'écoute, plus j'ai la sensation que ces deux versions (Chung et Boulez) sont nettement au-dessus du panier (Chailly, qui est souvent cité aussi, m'avait beaucoup ennuyé, mais je retenterai peut-être)...

J'ai aussi écouté Philippe Jordan (la première partie seulement, et plusieurs fois le début), et mon impression n'est pas très concluante : rien n'en ressort particulièrement – un peu comme pour Denève, sauf que l'on est ici dans une approche "musclée", assez peu "impressionniste" dans son caractère (tempi vifs, sonorité globale assez lourde, dynamique nerveuse), qui tire Ravel du côté de Florent Schmitt ou de Paul Dukas ; rien de particulièrement séduisant pour moi, du moins pour l'instant.
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Golisande
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MessageSujet: Re: Ravel : Daphnis & Chloé   Ven 30 Mar 2018 - 3:27

Petit bilan d'écoute comparative (réalisée sur dix jours faute de temps... Neutral  j'en aurai un peu plus ces prochains jours).

Sur les six versions écoutées (auxquelles j'ai l'intention d'ajouter Chailly, au moins pour certain passages), mes deux préférées sont toujours Chung et Boulez II, mais je suis incapable de les départager tant elles sont non seulement différentes, mais franchement opposées sur bien des aspects.

Chung est globalement très allant (le plus rapide même dans les deux Danses générales à mesure impaire – la petite à 7 du début et la grande à 5 de la fin, cette dernière totalement échevelée – et jamais très lent dans les passages lents), chatoyant et chamarré, d'une séduction immédiate et durable pour moi ; sa direction possède une souplesse naturelle, une finesse dans la science du détail infinitésimal qui ne paraît jamais recherchée, mais au contraire évidente et organique : j'ai envie de parler d'un Ravel en HD (je parle bien de direction et non de prise de son – cette dernière pouvant même paraître un peu cotonneuse comparée aux plus récentes).
La principale caractéristique de cette version est cette ductilité hallucinante, qui s'impose d'elle-même sans sauter aux oreilles ; c'est toujours enthousiasmant (et même souvent jubilatoire), d'une totale somptuosité sonore, à la fois audacieux sans chercher à l'être et d'une évidence, d'un naturel total.
Le chœur ne Radio France n'est pas du niveau technique de certains autres (en particulier allemands), mais la façon dont il se fond langoureusement dans l'orchestre à certains moments est merveilleuse, et à d'autres moments (passage a cappella) cette relative imperfection apporte une dimension « sauvage » / « archaïque » plutôt bienvenue.

Si Chung est hédoniste et dionysiaque, Boulez/Berlin serait plutôt apollinien et esthète, voire aristocratique ; avec néanmoins un côté "fauve" redoutable — la Danse guerrière est d'une sauvagerie, d'une brutalité qui suffisent à infirmer totalement le qualificatif de "policé" appliqué au Philharmonique de Berlin ; la Bacchanale est presque un peu trop grandiose et fracassante, on pourrait se croire dans les Gurrelieder par moments - mais ça n'en est pas moins magnifique...
Par contraste, les passages lents sont peut-être les plus lents de tous (fait plutôt curieux, car ses derniers Debussy sont parmi les plus rapides — peut-être une question d'orchestre - Berlin vs Cleveland - et/ou d'acoustique) : Boulez se « vautre » littéralement dans la Danse religieuse et surtout dans le Lever du jour (où Chung semble précipité en comparaison directe), en ménageant des climaxes plus extrêmes et orgasmiques qu'aucun autre ; enfin, le Nocturne est le plus mystérieux, tendu et habité que l'on puisse imaginer. bounce
Plus généralement, cette version est d'une classe, d'une distinction jamais prise en défaut (la danse de Dorcon réussit même l'exploit d'éviter le côté bouffon et grimaçant habituel, qui pour moi défigure un peu cette œuvre – bien que ce soit au service de l'argument chorégraphique...) ; elle peut sembler froide au premier abord – car il n'y a pas trace de bluff ni de poudre aux oreilles –, mais pour peu que l'on se donne la "peine" d'y entrer, c'est absolument captivant.
Je ne parlerais pas de neutralité ou d'objectivité, car – comme (par exemple) ses derniers Mahler – ce Daphnis fourmille d'éléments singuliers, de traits originaux que Boulez ne cherche pas à brandir ostensiblement ni même à souligner ; d'où le côté aristocratique voire hautain (comme si cette interprétation, convaincue de sa beauté, jugeait inutile et même méprisable de se parer de couleurs voyantes). Par ailleurs, cela n'empêche en rien des moments de pure jouissance – notamment la sonorité du chœur, dont la perfection technique mais surtout le traitement, les dosages, l'osmose avec les timbres instrumentaux, sont tout bonnement magiques (le début de la deuxième partie notamment transporte l'auditeur dans un monde parallèle envoûtant...).
Je parlerais évidemment de sophistication, mais tellement maîtrisée qu'elle coule de source ; finalement, on a une version suprêmement élégante, dans une sorte de noir et blanc somptueux rehaussé de touches de couleurs choisies avec un goût parfait... Un peu intimidant, mais génial : je pense que Boulez a réussi une grande version « classique » et indémodable de cette œuvre.

Une troisième version s'est peu à peu détachée des autres dans mon "palmarès" perso : celle de Yannick Nézet-Séguin (chef pour moi exclusivement mozartien jusqu'alors) dirigeant l'Orchestre Philharmonique de Rotterdam (que je n'avais jamais entendu).
J'ai d'abord constaté que cette version me faisait toujours tendre l'oreille, même si j'étais occupé à autre chose – ce qui, dans une œuvre que l'on connaît par cœur, est toujours frappant ; puis j'ai remarqué le raffinement discret, la recherche sonore singulière et par moment captivante (sans la moindre magnificence ostentatoire, et dans une prise de son assez froide), la fantaisie et la souplesse (agogique, dynamique, dosage des timbres) qui rapprochent cette version des deux premières sans qu'elle perde sa délicate et insaisissable originalité ; cela semble tenir à une intelligence musicale, à une fermentation / effervescence sous-jacente moins solaire et plus pudique que chez Chung, et beaucoup plus modeste que chez Boulez...
Par exemple : dans le Lever du jour, les chants d'oiseaux sont mis en avant (ce que beaucoup de chefs n'osent pas faire), mais avec une sorte de gaucherie, de tâtonnement qui désamorce de façon particulièrement futée le kitsch et le côté maniéré à la Disney du tableau général... Le tout dans une légèreté et une lisibilité peut-être moins évidentes que dans d'autres versions dont je vais parler, mais qui ne sacrifient en rien l'électricité et la puissance des passages rapides, et plus généralement la tension, la vibration singulière, l'énergie vitale... Une version que je réécouterai assez souvent, peut-être même de plus en plus si j'en crois mon impression générale.

J'ai moins de choses (sympathiques) à dire sur les trois autres.

Comme pour son Debussy, je suis très partagé sur François-Xavier Roth : c'est souvent jouissif, mais cela vient davantage des timbres et textures de son instrument-orchestre que du geste narratif de la direction, du matériau que de l'objet fini. La sonorité du chœur par exemple est belle et singulière, mais en fin de compte il n'en fait pas grand-chose ; reste l'écriture de Ravel, évidemment...
J'aime beaucoup la Danse guerrière pour ses couleurs et sa lisibilité (notamment harmonique : la cadence finale, par exemple, qui est rarement audible – sauf chez Chung, pourtant bien plus rapide) inhabituelles et rafraîchissantes, sans que l'énergie soit le moins du monde sacrifiée. En revanche, les passages doux et/ou sensuels sont souvent ingrats de sonorité : timbres secs (voire râpeux), intonation trop basse sous prétexte d'être plaintif dans la danse suppliante de Chloé, présentation frontale, manque de moelleux, de dégradés et tout simplement de nuances (climaxes du début et du lever du jour manquant de puissance). Daphnis est décidément écrit pour grand orchestre, avec tout ce que cela suppose de rondeurs, de moirures, de textures fondues et de contrastes extrêmes, et avec Roth je reste le plus souvent frustré de tout ça...
Pour des raisons similaires, la danse finale m'a donné l'impression d'une bacchanale de salon, sage, plan-plan, métronomique...

Stéphane Denève (avec l'orchestre de la radio de Stuttgart) n'est guère plus enthousiasmant, même si les sonorités du chœur sont peut-être encore plus renversantes (le début de la 2e partie !), même si le solo de flûte de la pantomime est peut-être le plus beau de tous pour moi (le nom du ou de la flûtiste n'est pas mentionné dans le livret du cd, et ce genre de renseignement semble compliqué à dénicher ailleurs...) et si l'ensemble est plastiquement irréprochable.
À l'actif de cette version, j'ajoute une danse finale échevelée et grandiose, prise dans un tempo assez modéré mais avec une énergie motrice ravageuse et (contrairement au salon de Roth) une impression d'immensité sans doute due, au moins partiellement, à la prise de son. Mais pour le reste, ça me semble être une version assez idéale pour découvrir l'œuvre, bien sûr excellente et sans réel point faible, mais très neutre et passe-partout, et à laquelle j'ai finalement assez peu envie de revenir.

La version que j'ai le moins aimée est celle de Philippe Jordan avec l'orchestre de l'Opéra de Paris; mais au moins le parti pris me semble clair : il s'agit d'une vision à la fois très chorégraphique (au détriment de la pure extase sonore), très terrienne (au détriment de l'onirisme) et assez germanisante (au pire sens du terme, donc au détriment de la finesse et de la légèreté)... C'est capiteux sans être (pour moi) sensuel faute de séduction et de mystère.
Dans les passages rapides et violents, c'est soit lourd, peu imaginatif et - par-dessus le marché - morcelé et quasi incohérent (danse guerrière), soit d'une robustesse bon-enfant, au détriment de la folie (la danse finale, qui semble presque s'arrêter à l'improviste faute de tension et de progression internes). Dans les passages lents, c'est beau pris isolément – la faute à Ravel, et parce qu'encore une fois toutes ces versions sont techniquement parlant de haute volée –, mais en comparaison directe ça pâlit immédiatement face à la splendeur de Chung, à la légèreté et la subtilité de Nézet-Séguin, à la puissance de Boulez ou même à la fluidité et à la pure beauté plastique des deux autres : cela semble toujours un peu épais, rustique et sans charme... Voilà une version que, pour le coup, je ne réécouterai probablement jamais en entier (mais qui serait, je n'en doute pas un instant, la gagnante d'une hypothétique future émission de radio Mr.Red).
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MessageSujet: Re: Ravel : Daphnis & Chloé   Sam 31 Mar 2018 - 1:19

Bon, le problème c'est qu'après une telle cure de Daphnis, une bonne part de la musique orchestrale de cette période me semble médiocre ou frustrante...
Hallucination ou non, j'ai l'impression que Ravel les écrabouille tous -- que ce soit harmoniquement ou pour l'orchestration...
Quoi qu'il en soit, il était capable de pondre une musique à la fois géniale et très grand public, ce qui est finalementassez rare (mais il n'a pas eu de chance parce qu'à l'époque il y avait cette s....e de Stravinsky qui pulvérisait tout sur son passage ; il s'est rattrapé ensuite avec - hélas - le Boléro...).
Au fait, c'est bien ce qu'il me semblait : Boulez (par ailleurs relativement chiant dans la première partie) met grave la misère à Chailly dans la deuxième --  et Chung au moins autant... Si l'on cherche un moyen terme, Nézet-Séguin ou Denève sont largement préférables : Chailly, c'est "très très bien" mais quelconque (car nous vivons l'époque épique où le quelconque peut être génial) ; il y a tout - y compris les chants d'oiseaux en coulisse -, mais en fait il n'y a pas grand-chose pour peu que l'on apprécie assez l'œuvre (et le compositeur, et l'époque) pour explorer un peu...
D'ailleurs, pendant que j'écrivais, ma playlist à basculé de Chailly à Denève, puis à Chung : quel crescendo...
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MessageSujet: Re: Ravel : Daphnis & Chloé   Dim 1 Avr 2018 - 23:00

Je continue mon petit solo : non je n'en ai toujours pas marre de Chloïs et Daphné, et je confirme que la version Nézet-Séguin/Rotterdam est magnifique...
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