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 Nikolaï Roslavets et les futuristes russes

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Xavier
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MessageSujet: Re: Nikolaï Roslavets et les futuristes russes   Dim 9 Juin 2013 - 5:53

Je réécoute les sonates pour violon et piano de Roslavets.

Je crois qu'il faut éviter d'en écouter trop à la suite, cette musique est tellement dense... que déjà appréhender une sonate demande une grande qualité d'écoute.
Mieux vaut passer à quelque chose de plus simple après.
M'enfin c'est superbe. Smile
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jerome
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MessageSujet: Re: Nikolaï Roslavets et les futuristes russes   Dim 9 Juin 2013 - 6:31

Oui, toujours prévoir un petit Mossolov ensuite pour se rafraîchir les oreilles.
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Dadamax
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MessageSujet: Re: Nikolaï Roslavets et les futuristes russes   Mer 11 Sep 2013 - 14:19

Arthur Lourié (1893-1966) et Vsevolod Zaderatski (1891-1953)



NB : pour Lourié, ma source de base est le livre très clairement conçu de Frans C. Lemaire sur la musique en URSS.

Arthur Lourié : inscrit au conservatoire de St Petersbourg, il n'y passa jamais les examens. Ses premières compositions évoquent Scriabine (Préludes Fragiles, 1908), Debussy (le recueil "Estampes" comprend un "Crépuscule d'un Faune" et "Les parfums, les couleurs et les sons se répondent"), ainsi-que Busoni qu'il rencontra à St Petersbourg en 1912. Il se lia au mouvement futuriste russe, mouvement en relation avec les avant-gardes européennes (ex: l'almanach Der Blaue Reiter, Le Cavalier Bleu, reprend un texte de Nicolas Koulbine, un théoricien du futurisme musical russe). Il rencontre aussi Alexandre Blok et Anna Akhmatova, et fut l'un des premiers à mettre leurs poésies en musique. Ses recherches de langage le conduisent aux frontières du dodécaphonisme (2 poèmes op8) et de l'écriture sérielle (Synthèse, 5 pièces brèves pour piano). La visite de l'écrivain futuriste italien Filippo Marinetti en Russie entraine une affirmation du futurisme russe recherché dans : une spécificité d'une dimension cosmique, le rapprochement de la peinture, de la poésie et de la musique (texte cosigné par Lourié "Nous et l'ouest. Notre réponse à Marinetti"). Dans la pièce "Formes en l'air" (1915) dédiée à Picasso, la disposition des notes veut associer un effet visuel sur la partition à l'effet sonore. Arthur Lourié écrit la même année une pièce utilisant les quarts de ton.

En 1917, Lounatcharski fait appel à lui pour diriger les activités musicales et nationnaliser l'édition. Il écrira, 25 ans plus tard à New York : "Comme mes amis de l'avant-garde des jeunes artistes et des poètes, je croyais à la révolution d'octobre. Grâce à son appui, nous, les progressistes et les excentriques, étions pris au sérieux. On nous laissa une liberté entière pour tout. Une telle occasion ne se présente qu'une fois dans l'histoire. Cette confiance mise en nous nous laissa bouche bée. Ce fut une époque fantastique, incroyable." Lourié fit éditer beaucoup de compositeurs durant cette période, qui tourna court rapidement. Il déclare en 1921 : "la réalité russe s'enfonce dans une obscurité de plus en plus épaisse". On peut dire que si le premier acte de la police politique créée en 1917 sera de briser une grève, avec l'exécution du poète Nikolai Goumilov le 24 août 1921 commence la période des faux procès. Les musiques d'avant-garde, révolutionnaires, ou "de gauche" comme on disait, elles, deviennent dans de plus en plus d'écrits un art pas assez "prolétarien", aux préoccupations bourgeoises, destiné à une clique d'esthètes etc... peut-être que faire parler le peuple à la manière d'un ventriloque est une méthode idéale pour le mieux contrôler.

Envoyé en mission à Berlin en 1922, Arthur Lourié ne revint pas et fut démis de ses fonctions. Il revit Busoni puis partit pour Paris, pour être expulsé de France par la police qui le considérait comme un bolchevik, et y revenir en 1924. Il rencontre alors Stravinsky qui lui confie des travaux (correction d'épreuves et réductions pour piano).

Dès 1917, Lourié s'était éloigné du dodécaphonisme, voir du sérialisme esquissé en 1912. En France, une pièce pour choeur et petit ensemble avec pour paroles un mode d'emploi est dédiée à Erik Satie, quelques oeuvres d'inspiration religieuse se succèdent et une "Sinfonia Dialectica" (1930) est créée à Philadelphie par Stokowski, dirigée par Furtwangler à Berlin, Koussevitski à New York, Munch à Paris, Mengelberg à Amsterdam. L'opéra de Paris allait monter un grand ballet "Le festin durant la peste" d"après Pouchkine et Pétrarque, dont les répétitions furent interrompues par les évènements de 1940. En 1941, avant-qu'on ne lui eût rappelé trop concrètement ses origines juives ou son passé politique, il gagna le Nouveau Monde, à la faveur d'une invitation.

Compositeur considéré en Union Soviétique comme n'ayant jamais existé, oublié par l'Europe et la France en particulier, il fut ignoré par les Etats-Unis. Dans des lettres à Akhmatova il se plaint de sa solitude et de la vacuité de sa vie à New York "entre deux épiceries". Un opéra achevé "Le Maure de Pierre Le Grand" d'après Pouchkine n'a pas été exécuté à ce jour. D'autres oeuvres sont écrites, dont "Concerto da camera", sorte de concerto grosso, privilégiant la mélodie car "inaccessible à la logique de notre conscience (contrairement à l'harmonie et au rythme)".

Pour se faire une idée musicale d'Arthur Lourié je conseille de rechercher sur youtube : Lourié - Piano Gosse (Nos. 4, 5, 7) , et  Lourié - A Phoenix Park Nocturne , datant respectivement de 1917 et 1936. Le Nocturne forme le recueil "Deux Compositions" avec "Berceuse de la chevrette".

Nikolai Roslavets fut appelé en 1922 à faire partie du comité des éditions d'Etat de la musique. Selon Frans C. Lemaire, "sans Lourié et Roslavets, tout un panneau de la création musicale russe des années vingt aurait été définitivement perdu".

Arthur Lourié : Dithyrambes à Dionysos, Trois danses pour flûte seule
N° 1 : « Le Sacrifice du miel » (début du manuscrit autographe)




Vsevolod Zaderatski : né en Ukraine en 1891, il étudia à l'université le droit et au conservatoire de Moscou le piano, la composition et la direction d'orchestre. En 1915 et 1916 il enseigne la musique à l'héritier du trône.

Il est mobilisé en 1916 comme officier du génie. Durant la guerre civile, il rejoint l'armée blanche des volontaires, jusqu'à 1920. Il déserte après avoir tué un officier de son camp procédant à des exécutions sommaires en série, est arrêté par l'ennemi, et dut sa survie à ce qu'un haut responsable l'ait par hasard entendu jouer du piano toute une nuit...

Il reste alors en Russie Soviétique, passe son diplôme de piano au conservatoire et développe une activité de concertiste. En 1926, il est arrêté et toutes ses oeuvres sont détruites.

Libéré en 1928, il s'installe en 1929 à Moscou où il devient membre de l'AMC, Association pour la Musique Contemporaine, rivale de l'ARMP, l'Association Russe des Musiciens Prolétariens dont l'influence sera croissante. L'Union des Compositeurs Soviétiques remplaçant ce système a pu donner de l'espoir à sa création en 1932 mais il en ira bien autrement. En 1934, notre compositeur est nommé directeur des études et professeur à l'école de musique de ... Iaroslav, petite ville russe. En 1937, il est arrêté et envoyé au goulag. Il y composera, avec des moyens de fortune et sans piano, un cycle de 24 préludes et fugues.

Libéré en 1939, il rentre à Iaroslav en 1940, en est évacué avec sa famille durant la guerre, puis y retourne en 1946. En 1949 il s'installe à Liv où il enseignera au conservatoire. Il meurt d'une crise cardiaque le 1er février 1953, précédant Staline et Prokokiev d'un mois.

Son oeuvre comprend beaucoup de pièces pour piano seul, plus de 100 mélodies, des concertos, de la musique pour orchestre symphonique, une symphonie de chambre pour 9 instruments, une suite pour instruments traditionnels et deux opéras. Jouée à  de très rares reprises du vivant du compositeur et toujours dans des villes de province, ces auditions ont été le plus souvent suivies de critiques officielles.

Quelques oeuvres :

24 Préludes pour piano (1934) : que je trouve réellement étonnants et réussis. Un enregistrement existe et présente aussi une très très bonne version des 24 Préludes de Chostakovitch. Sur youtube la vidéo intitulée : Jascha Nemtsov plays Zaderatsky (mauvais son, mais l'excellent pianiste en joue plusieurs) peut donner une idée. J'avais trouvé la partition pour pas cher chez un site internet d'Helsinki, "ruslania.com", qui ont peut-être du Youri Boutsko, et où j'avais commandé également des sonates de Boris Tichtchenko...

Des lieders du compositeur ont été enregistré, couplés avec des lieders d'Arthur Lourié (musique inédite également) : en voici une pub vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=mRZ7cFro_JM
(où on entend du Zaredatski).



En partition et concernant les futuristes russes, les éditions Peters ont sorti un recueil pour le piano composé uniquement de pièces courtes des années 20 soviétiques : "Russische Klaviermusik um 1920" : 20 compositeurs, une bonne centaine de pages, très bien imprimées...

Un livre traduit du russe sur ce sujet existe peut-être et aurait, s'il est édité, quasiment le même titre que le topic : "Roslavets et la culture de son temps" de Marina Lobanova .

Enfin, parmis les musiciens qui me paraissent inspirés par ces esthétiques, je pense au compositeur géorgien Sulkhan Tsintsaze (1925-1992), dont on peut écouter sur youtube : Tsintsadze - 24 Preludes for PIANO (Part 1) , l'ukrainien Valentin Bibik (1940-2003). Me vient aussi à l'esprit Katia Tchemberdji (née en 1960), et Varvara Churakova (une jeunette qui promet...). En France, il y a la compositrice Aline Millet-Marteville, mais là il faut aimer d'autres choses aussi, dont George Crumb...: Aline Millet-Marteville à Saint-André (partie 4) - Vidéo Dailymotion
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Voir le profil de l'utilisateur https://www.youtube.com/watch?v=91eSAxr_3RY
lucien
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MessageSujet: Re: Nikolaï Roslavets et les futuristes russes   Sam 23 Nov 2013 - 13:38

« Les structures atonales, dans certains cas dodécaphoniques, des principes de composition de Roslavetz prennent plutôt leurs racines dans les mouvements d’avant-garde russes des années 1910, étroitement associées au futurisme et à sa notion de « pantonalité » (telle qu’elle est désignée dans le manifeste La musique futuriste de Francisco Balilla Pratella publiée en 1911). Le concept de « dodecafonia » fut élaboré en 1911 par le compositeur et théoricien de la musique Domenico Alaleona dans la Revue Musicale Italienne (Rivista Musicale Italiana), mais ce furent surtout les idées de Ferruccio Busoni — exprimée dans son Esquisse d’une nouvelle esthétique musicale — qui exercèrent une influence décisive sur les musiciens russes. Le message des Italiens fut entendu et mis à profit avec beaucoup d’enthousiasme à Moscou et à Saint-Pétersbourg, mais il faut ajouter qu’il coïncidait avec les propres traditions russes du système tonal byzantin, dans lequel le mode majeur et le mode mineur n’étaient pas aussi bien ancrés, et où l’ordre des échelles sonores constituait un perpétuel champ d’expérimentation, où il était possible d’imaginer de nouvelles combinaisons. »

Si vous avez plus d’informations sur cette filiation entre le futurisme italien et le futurisme russe, je suis intéressé ! Surprised
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hommepiano
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MessageSujet: Re: Nikolaï Roslavets et les futuristes russes   Sam 1 Fév 2014 - 23:56

Tus a écrit:
avant de vous raconter la Symphonie de chambre, je vais vous dire quelques mots de ma découverte d'Aux Heures de la Nouvelle lune, ce matin.  Shocked je l'ai déjà réécouté quatre fois et j'en ai encore envie. C'est absolument envoûtant, douze minutes de pur extase. Tout est génial ici: les harmonies, scriabiniennes, l'orchestration, qui a quelque chose de debussyste, et une certaine influence schönbergienne. Vraiment, je suis totalement comblé. Les climax sont assez sinistres, mais ne sont pas bruyants, il y a ici un raffinement sonore impressionnant, qui permet à l'oeuvre, pourtant très chargée, de ne pas tomber dans la cacophonie. Vraiment, je suis enchanté, ça me rappelle ma découverte du Poème de l'Extase, avec lequel cette pièce partage d'ailleurs certains traits: le thème ascendant aux trompettes, par exemple, ou le souffle impressionnant. C'est indéfinissable et fascinant, sinistre et en même temps très stimulant, provoquant plus l'excitation que la panique. J'adoooooore. bounce
bonjour TUS je suis en train d'écouter cette oeuvre sur youtube:

Roslavets - In the hours of the New Moon/aux heures de la nouvelle lune
watch?v=3XLhn00X12o

vraiment superbe......et auparavant j'avais écouté le poème symphonique
de Nikolai Roslavets - Komsomoliya (1928)   affraid merveilleux.
watch?v=hjK9ZTaNi0U

dans un article sur internet j'ai lu qu'ils appelaient roslavets le debussy russe....qu'en pensez-vous ou qu'en penses-tu ?  Smile  merci.

sinon est-ce le communisme en 1917 qui a sonné le glas du futurisme ? 60/70 ans de communisme ou 60/70 ans d'absence de créativité russe ?
j'adore la science fiction et j'ai le film russe SF AELITA...les costumes et les décors ....quelle créativité à l'epoque en 1924 je crois.
que serait devenu le futurisme en 1930 1940 1950 etc.......?
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MessageSujet: Re: Nikolaï Roslavets et les futuristes russes   Dim 2 Fév 2014 - 0:07

Xavier a écrit:
Vivement un disque en effet, car l'enregistrement radio que j'ai entendu de ce Komsomolia rend certes superbement justice à la partition, mais souffre d'une compression très embêtante.
En tout cas une oeuvre vraiment chouette, on pourrait penser aussi à la Journée de l'existence de Wyschnegradsky mais c'est beaucoup plus nerveux qu'extatique, effectivement on pense un peu à l'Acte préalable et un peu aux mouvements motoriques de Mossolov. (et dommage, c'est trop court!)
Superbe!  Very Happy
XAVIER on peut l'écouter sur youtube :
watch?v=hjK9ZTaNi0U
Nikolai Roslavets - Komsomoliya
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Xavier
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MessageSujet: Re: Nikolaï Roslavets et les futuristes russes   Dim 2 Fév 2014 - 1:18

Je sais bien mais justement le son est quand même très perfectible...
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hommepiano
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MessageSujet: Re: Nikolaï Roslavets et les futuristes russes   Dim 2 Fév 2014 - 11:38

bonjour je suis vraiment impressionné par ce courant, par ce futurisme qui a "sévi" dans tous les arts, musique, peinture, architecture.
comment ce courant a-t-il pu naÎtre en Italie et en Russie ?
Les Russes ont-ils "copié" les Italiens ? échanges ?

pourquoi ce courant a-t-il disparu aussi rapidement qu'il est apparu ?
Russolo ? comment en est-il arrivé à vouloir étudier les bruits ?

Le Bauhaus s'en est inspiré...on dit que le cubisme a influencé le futurisme.

si xavier ou didier ou les autres peuvent nous donner des explications sur l'origine du futurisme, je serai ravi, car c'est vraiment le mouvement qui m'a toujours fasciné le plus.....une telle créativité il y a 100 ans de cela....je trouve ça ..dingue.merci pour vos explications ! Smile

ce fameux manifeste à l'origine du futurisme...comment et qui est l'origine de cela ? merci !

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jerome
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MessageSujet: Re: Nikolaï Roslavets et les futuristes russes   Lun 3 Fév 2014 - 14:42

Salut,
Ça fait pas mal de questions d'un coup, en fait l'idéal si tu t'intéresses à ce courant serait sans doute de lire ce bouquin :


C'est le poète Marinetti qui est à l'origine du mouvement futuriste. Il crée en 1905 une revue littéraire nommée Poesia qui sert de tremplin à ses appels à une révolution culturelle inspirée de Marx et Bakounine sur le plan politique. Il veut mettre à terre l'influence du classicisme rétrograde et fonder une nouvelle expression artistique célébrant les notions les plus excitantes de son temps : vitesse, machinisme, électricité, aéronautique. En poésie, il milite pour le vers libre et l'explosion de la forme. Il publie son Manifeste du Futurisme en 1908, suivi deux ans plus tard par Pratella (Musica Futurista).

Il tient des conférences à Londres, Berlin, Paris et Moscou et rédige dès 1910 plusieurs Discours futuristes à l'intention des artistes d'un pays particulier (aux anglais, aux espagnols) pour les inciter à adopter la révolution futuriste. En France, il se frite avec les cubistes parisiens, dont il découvre non sans une certaine crispation qu'ils avaient entrepris dans leur coin des recherches artistiques en partie similaires ; s'ensuivent quelques controverses qui finissent vite par aboutir à une sorte de fusion Cubo-Futuriste nourrie des deux approches : l'intérêt cubiste pour la permanence, l'immobilité "multi-angles" et l'universalité de l'objet, et le culte futuriste du mouvement et de la dynamique de l'instant présent. Dès 1912, le cubo-futurisme domine l'avant-garde parisienne ; le terme est sur toutes les lèvres, et s'infiltre en Russie par l'intermédiaire d'Alexandra Exter et de Malevitch.
Personnellement, pour stupide et mesquine que paraisse cette courte controverse avec un siècle de recul ("qui a copié qui", "qui est en avance sur qui"), je trouve passionnante cette double influence dans les oeuvres de l'époque, c'est une grille de lecture qui marche très bien, et elle n'est pas anachronique puisqu'on sait que les artistes en discutaient passionnément entre eux.

Un exemple (magistral) de cette fusion : le Nu descendant un escalier de Duchamp (1912).
Duchamp:
 

Mon avis perso, ensuite, c'est que ce Marinetti est une vraie tête de noeud, que la musique de Russolo pour ce que j'ai pu en entendre n'a d'intérêt que documentaire, et que dans l'ensemble la tendance futuriste pure a quelque chose de souvent un peu daté et d'un peu puéril que n'ont pas les toiles cubistes ou cubo-futuristes ; sauvées de l'anecdotique, elles, par leur plus grand sens de la construction qui, pour moins rock'n roll qu'il ait pu paraître à l'époque, leur confère une profondeur supérieure apte à les arracher aux remous locaux de l'époque.
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MessageSujet: Re: Nikolaï Roslavets et les futuristes russes   Lun 3 Fév 2014 - 19:50

merci beaucoup jérome pourquoi le futurisme a-t-il disparu si rapidement ? et pourtant je suis vague, car il y avait la peinture, la musique, l'architecture ?
ce futurisme a-t-il pu influencer picasso, vasarely en peinture ou honegger, varese en musique ou Le Corbusier, la charte d'athènes en architecture ?
est-ce plutôt un mouvement artistique ou politique ? merci à tous !
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jerome
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MessageSujet: Re: Nikolaï Roslavets et les futuristes russes   Lun 3 Fév 2014 - 23:21

Citation :
pourquoi le futurisme a-t-il disparu si rapidement ?
Comme tous les courants, il a inspiré des gens qui l'ont dilué ensuite dans de nouvelles recherches, chacun dans sa propre direction. Le futurisme s'est vite mélangé au cubisme, comme je te disais, donc première dilution... Malevitch a vite abouti au suprématisme, d'autres ont amené l'abstraction, autant de nouveaux courants qui ont bousculé à leur tour le monde artistique. Il y a eu plein de sous-branches moins connues, le vorticisme, le vibrisme, etc...
Je pense que les obsessions futuristes ont perduré ensuite sous d'autres formes, on ne peut pas dire de but en blanc que le mouvement a "disparu", tout ça est en métamorphose permanente, les "ismes" en eux-mêmes ont quelque chose du coup de pub. On peut dire pareil du Dadaïsme, par exemple, non ?
Et puis ce concept de futurisme était paradoxalement marqué par son époque, car très lié à des nouveautés scientifiques 1900 qui sont devenues moins avant-gardistes à mesure que la société s'y habituait, elles perdaient de leur spectaculaire.

Citation :
ce futurisme a-t-il pu influencer picasso
Je pense que lui et Braque ont plutôt résisté à cette influence. Ils étaient les deux cubistes hardcore (forcément) quand tous les autres à Paris s'intéressaient au métissage. Je ne vois pas trop d'exemple chez Picasso qui pourrait illustrer une influence futuriste. Chez Braque, c'est clair que non, tout est toujours ultra-statique.
Citation :
honegger
Je pense d'emblée à Pacific 231, au motorisme guerrier de la 3e symphonie, donc oui sûrement un peu, après je n'en sais pas plus.

Citation :
est-ce plutôt un mouvement artistique ou politique ?
Je dirais un mélange des deux, pour leurs créateurs italiens du moins.
Beaucoup ont dû, à Paris par exemple, s'y intéresser principalement sous l'angle purement artistique.
Après, bien sûr que par le chemin "fascination pour le machinisme --> développement du travail en usine" il y a plein de liens politiques et sociaux à faire, mais c'est une autre histoire.
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hommepiano
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MessageSujet: Re: Nikolaï Roslavets et les futuristes russes   Mer 5 Fév 2014 - 15:22

merci jerome tres bonne explication....ce courant s'est dilué.....comme d'autres.....c'est logique je trouve.
autre question que je me pose souvent : comment l'art en Russie, musique, peinture, architecture, etc a-t-il pu évoluer entre 1920 et 1980, pendant ces 60 ans, se sont-ils tous expatriés pour exprimer leur art ? ceux qui sont restés en Russie ont-ils fait du surplace, un art "immobile" sans évolution pendant 60 ans pour coller au régime ?
peut-on parler de 2 courants musicaux classiques russes distincts ? la musique créée en Russie et celle hors de Russie ? merci !
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MessageSujet: Re: Nikolaï Roslavets et les futuristes russes   Mer 5 Fév 2014 - 15:44

c'est un peu aujourd'hui qu'ils font du sur place...
déjà jusqu'en 1934, tout est à peu près permis. L'exil n'a pas réussi à la plupart des russes des années 40, ils ont presque tous versé dans la bigoterie et le mysticisme. A partir de 1960-62, avec la déstalinisation, un certain vent de liberté recommence à souffler. Aucun des grands compositeurs soviétiques ne s'est vraiment appliqué à "coller au régime", à part quelques oeuvres de circonstance.
Ce n'est pas une affaire de lieu, comme disait Hikmet "on s'emporte avec soi dans ses bagages". Même si Ulstvolskaya n'a jamais été jouée avant les années 80, elle a continué à composer: le problème de l'art officiel, subventionné, dépasse très largement l'URSS, il y a en France aussi, et aujourd'hui encore, deux courants musicaux bien distincts, la musique officielle, et la musique tout court.
Création d'oeuvres russes hors de Russie, c'est bien ce qui a aboutit à de nouvelles condamnations en 1979 pour les Sept de Khrennikov qui se sont fait jouer à Cologne, alors qu'ils étaient jusque là assez peu "poursuivis" en Russie.
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aurele
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MessageSujet: Re: Nikolaï Roslavets et les futuristes russes   Dim 23 Mar 2014 - 10:27

Je viens de découvrir trois sonates pour piano : la 1, la 2 et la 5.

C'est une musique que je trouve assez angoissante et un peu ennuyeuse.
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Xavier
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MessageSujet: Re: Nikolaï Roslavets et les futuristes russes   Dim 23 Mar 2014 - 13:41

Comment s'ennuyer quand on est angoissé?  Mr.Red 
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Golisande
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MessageSujet: Re: Nikolaï Roslavets et les futuristes russes   Dim 23 Mar 2014 - 16:16

Sans surprise, de ce que j'ai entendu je n'aime pas particulièrement le Roslavets scriabinien (Nouvelle lune, Préludes, Komsomolia - même si ce dernier est plus "extrême", dense et résolument moderniste, et donc plus intrigant).

EN REVANCHE la Symphonie de chambre (que j'écoute pour la troisième fois) m'emballe assez : je suis surpris par la grande accessibilité, le langage très consonnant (pas tonal à proprement parler, mais très familier à tout amateur de musique début XXe, la douceur générale du climat (assez peu "russe" en fait, sauf dans l'énergie de certains rythmes), la sensualité harmonique généralement plus (franco-)germanique que scriabinienne. C'est plus "confortable" que l'op.9 de Schönberg, mais ça ne ressemble pas non plus à Schreker; si je devais devais donner à brûle pourpoint un nom de compositeur auquel cette musique me fait (un peu) penser, je dirais A. Berg, mais avec beaucoup plus d'élément "tonaux" et un côté moins moderniste que ce dernier... Peut-être E. Schulhoff, je ne m'en souviens pas assez bien (je prévois depuis des mois de réécouter Flammen qui m'avait beaucoup réjoui)...
Très chouette en tout cas, j'en redemande ! Very Happy
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MessageSujet: Re: Nikolaï Roslavets et les futuristes russes   Dim 23 Mar 2014 - 17:33

Golisande a écrit:

EN REVANCHE la Symphonie de chambre (que j'écoute pour la troisième fois) m'emballe assez :
Laquelle? celle en 4 mvts ou celle achevée par Raskatov? fleurs 
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Xavier
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MessageSujet: Re: Nikolaï Roslavets et les futuristes russes   Dim 23 Mar 2014 - 18:40

Celle en un mouvement terminée par Raskatov est très peu distribuée... je suppose que Golisande a écouté celle en 4 mouvements sur le même disque Volkov chez Hyperion.
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Golisande
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MessageSujet: Re: Nikolaï Roslavets et les futuristes russes   Dim 23 Mar 2014 - 23:14

En effet. Smile 
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MessageSujet: Re: Nikolaï Roslavets et les futuristes russes   Mer 2 Avr 2014 - 21:04

je me suis amusé à [essayer de] recenser tous les cd (et lp) qui contiennent au moins une œuvre de Roslavets ; conclusion : on ne peut pas se plaindre. Laughing 

Spoiler:
 

à comparer avec la liste des œuvres selon le Wikipédia anglais :

Spoiler:
 
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Xavier
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MessageSujet: Re: Nikolaï Roslavets et les futuristes russes   Dim 29 Juin 2014 - 12:12

Qu'est-ce qu'on peut trouver de Protopopov en dehors des sonates 2 et 3? (je n'ai rien d'autre pour l'instant)
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lucien
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MessageSujet: Re: Nikolaï Roslavets et les futuristes russes   Ven 4 Juil 2014 - 6:06

la première sonate sur youtube ; quelques mélodies sur imslp. 
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Xavier
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MessageSujet: Re: Nikolaï Roslavets et les futuristes russes   Ven 4 Juil 2014 - 12:49

OK, merci.
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lucien
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MessageSujet: Re: Nikolaï Roslavets et les futuristes russes   Dim 6 Juil 2014 - 8:47

n’existe-t-il pas de travaux qui porteraient un regard général sur les interactions entre les différents milieux musicaux avant-gardistes européens au début du vingtième siècle ? entre Stravinsky, Obouhow et Wyschnegradsky à Paris, Golyscheff à Berlin (en contact avec Busoni, Kandinski, mais aussi avec Hauer, Schönberg, etc., en plus des dadaïstes allemands), un peu plus tard Lourié à Berlin (en contact avec Busoni également) puis à Paris, Sabaneïev et Kandinski au Blaue Reiter, les idées de Busoni, de Marinetti et de Russolo à Saint-Pétersbourg avant la mort de Scriabine, les œuvres de Schönberg, Webern, Berg, Křenek, Bartók, Hindemith, etc. mais aussi de Ravel, Honegger, Milhaud, etc. en Russie dès le début des années 20, et au même moment celles de Mossolov, Feinberg, Prokofiev, Miaskovski, etc. en Allemagne... c’est vraiment difficile d’y voir clair, je trouve... et plutôt frustrant.
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MessageSujet: Re: Nikolaï Roslavets et les futuristes russes   Dim 6 Juil 2014 - 21:23

A part le livre de Frans C Lemaire sur la musique soviétique que j'ai trouvé très clair, j'ai vu (mais pas lu) "La musique sous la République de Weimar" de Pascal Huynh chez Fayard, qui me semble très bien.
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MessageSujet: Re: Nikolaï Roslavets et les futuristes russes   Dim 6 Juil 2014 - 21:47

Tu peux toujours essayer les catalogues d'exposition Paris-Berlin et Paris-Moscou (trouvables en bibliothèque). Mais ça risque d'être un peu daté, surtout si tu veux sortir du mainstream (stravinski-picasso ok; obuhov…  Mr. Green ).

Pour le non-mainstream, le mieux est encore dans les ouvrages spécialisés et de recouper tout ça toi-même, avec un peu de jugeote… Wink
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MessageSujet: Re: Nikolaï Roslavets et les futuristes russes   Dim 6 Juil 2014 - 21:50

Les noces sanglantes a écrit:
Pour le non-mainstream, le mieux est encore dans les ouvrages spécialisés et de recouper tout ça toi-même, avec un peu de jugeote… Wink

...et c’est ici que intervient. Mr. Green
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MessageSujet: Re: Nikolaï Roslavets et les futuristes russes   Dim 6 Juil 2014 - 23:11

lucien a écrit:
Les noces sanglantes a écrit:
Pour le non-mainstream, le mieux est encore dans les ouvrages spécialisés et de recouper tout ça toi-même, avec un peu de jugeote… Wink

...et c’est ici que intervient. Mr. Green


Désolé, mais je ne saurais pas vraiment t'en dire plus...

Sur Vienne à l'époque qui t'intéresse il y a bien ça qui est pas mal, paraît-il :



Mais je ne sais pas trop si ça correspond à ce que tu cherches, et puis je crois que ça parle plus de littérature que de musique (même s'il en est très certainement question).  


Dernière édition par Bart Simpson le Dim 6 Juil 2014 - 23:13, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Nikolaï Roslavets et les futuristes russes   Dim 6 Juil 2014 - 23:12

Bart Simpson a écrit:
Désolé, mais je ne saurais pas vraiment t'en dire plus...
je pensais surtout aux traductions de Gojowy (entre autres). hehe 
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MessageSujet: Re: Nikolaï Roslavets et les futuristes russes   Dim 6 Juil 2014 - 23:14

lucien a écrit:
Bart Simpson a écrit:
Désolé, mais je ne saurais pas vraiment t'en dire plus...
je pensais surtout aux traductions de Gojowy (entre autres). hehe 


Ah désolé, je suis encore plus ignare en la matière !!  Confused 
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WoO
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MessageSujet: Re: Nikolaï Roslavets et les futuristes russes   Sam 26 Juil 2014 - 13:33

Dadamax a écrit:
Arthur Lourié : inscrit au conservatoire de St Petersbourg, il n'y passa jamais les examens. Ses premières compositions évoquent Scriabine (Préludes Fragiles, 1908), Debussy (le recueil "Estampes" comprend un "Crépuscule d'un Faune" et "Les parfums, les couleurs et les sons se répondent"), ainsi-que Busoni qu'il rencontra à St Petersbourg en 1912. Il se lia au mouvement futuriste russe, mouvement en relation avec les avant-gardes européennes (ex: l'almanach Der Blaue Reiter, Le Cavalier Bleu, reprend un texte de Nicolas Koulbine, un théoricien du futurisme musical russe). Il rencontre aussi Alexandre Blok et Anna Akhmatova, et fut l'un des premiers à mettre leurs poésies en musique. Ses recherches de langage le conduisent aux frontières du dodécaphonisme (2 poèmes op8) et de l'écriture sérielle (Synthèse, 5 pièces brèves pour piano). La visite de l'écrivain futuriste italien Filippo Marinetti en Russie entraine une affirmation du futurisme russe recherché dans : une spécificité d'une dimension cosmique, le rapprochement de la peinture, de la poésie et de la musique (texte cosigné par Lourié "Nous et l'ouest. Notre réponse à Marinetti"). Dans la pièce "Formes en l'air" (1915) dédiée à Picasso, la disposition des notes veut associer un effet visuel sur la partition à l'effet sonore. Arthur Lourié écrit la même année une pièce utilisant les quarts de ton.

En 1917, Lounatcharski fait appel à lui pour diriger les activités musicales et nationnaliser l'édition. Il écrira, 25 ans plus tard à New York : "Comme mes amis de l'avant-garde des jeunes artistes et des poètes, je croyais à la révolution d'octobre. Grâce à son appui, nous, les progressistes et les excentriques, étions pris au sérieux. On nous laissa une liberté entière pour tout. Une telle occasion ne se présente qu'une fois dans l'histoire. Cette confiance mise en nous nous laissa bouche bée. Ce fut une époque fantastique, incroyable." Lourié fit éditer beaucoup de compositeurs durant cette période, qui tourna court rapidement. Il déclare en 1921 : "la réalité russe s'enfonce dans une obscurité de plus en plus épaisse". On peut dire que si le premier acte de la police politique créée en 1917 sera de briser une grève, avec l'exécution du poète Nikolai Goumilov le 24 août 1921 commence la période des faux procès. Les musiques d'avant-garde, révolutionnaires, ou "de gauche" comme on disait, elles, deviennent dans de plus en plus d'écrits un art pas assez "prolétarien", aux préoccupations bourgeoises, destiné à une clique d'esthètes etc... peut-être que faire parler le peuple à la manière d'un ventriloque est une méthode idéale pour le mieux contrôler.

Envoyé en mission à Berlin en 1922, Arthur Lourié ne revint pas et fut démis de ses fonctions. Il revit Busoni puis partit pour Paris, pour être expulsé de France par la police qui le considérait comme un bolchevik, et y revenir en 1924. Il rencontre alors Stravinsky qui lui confie des travaux (correction d'épreuves et réductions pour piano).

Dès 1917, Lourié s'était éloigné du dodécaphonisme, voir du sérialisme esquissé en 1912. En France, une pièce pour choeur et petit ensemble avec pour paroles un mode d'emploi est dédiée à Erik Satie, quelques oeuvres d'inspiration religieuse se succèdent et une "Sinfonia Dialectica" (1930) est créée à Philadelphie par Stokowski, dirigée par Furtwangler à Berlin, Koussevitski à New York, Munch à Paris, Mengelberg à Amsterdam. L'opéra de Paris allait monter un grand ballet "Le festin durant la peste" d"après Pouchkine et Pétrarque, dont les répétitions furent interrompues par les évènements de 1940. En 1941, avant-qu'on ne lui eût rappelé trop concrètement ses origines juives ou son passé politique, il gagna le Nouveau Monde, à la faveur d'une invitation.

Compositeur considéré en Union Soviétique comme n'ayant jamais existé, oublié par l'Europe et la France en particulier, il fut ignoré par les Etats-Unis. Dans des lettres à Akhmatova il se plaint de sa solitude et de la vacuité de sa vie à New York "entre deux épiceries". Un opéra achevé "Le Maure de Pierre Le Grand" d'après Pouchkine n'a pas été exécuté à ce jour. D'autres oeuvres sont écrites, dont "Concerto da camera", sorte de concerto grosso, privilégiant la mélodie car "inaccessible à la logique de notre conscience (contrairement à l'harmonie et au rythme)".

Je m'aperçois que le Tube permet d'écouter les deux symphonies de Lourié !  cheers 

Symphonie No. 1 "Sinfonia Dialectica" (1930)
/watch?v=JHGq0R2L2Xo

Symphonie No. 2 "Kormtchaia" (1939)
/watch?v=0FDeGnw_6EU

D'une durée très courte, 17 min chacune, la deuxième a les accents d'une symphonie de guerre.

Certains pensent qu'il existe une deuxième "deuxième symphonie" (voir les commentaires sous la vidéo) mais celle-ci n'est pas mentionnée sur le site de référence (Société Arthur Lourié) : http://www.lourie.ch/en/
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Xavier
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MessageSujet: Re: Nikolaï Roslavets et les futuristes russes   Sam 26 Juil 2014 - 14:42

Merci de l'info.  Smile 
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MessageSujet: Les Russes du XXème   Mer 6 Aoû 2014 - 8:23

Bonjour à vous,
En traînant sur le forum depuis hier je tombe sur cette discussion : les futuristes Russes. Pour quelqu'un qui s'est mis au classique hier je trouve que je fais des progrès grâce à vous ! : voici deux pages de compositeurs russes, à vous ensuite de repérer ceux du début du XXème :

http://imslp.org/index.php?title=Category:Russian_people&subcatuntil=Pogojeff%2C+Wladimir#mw-subcategories

J'espère avoir pu vous être utile.

AL
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lucien
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MessageSujet: Re: Nikolaï Roslavets et les futuristes russes   Sam 7 Fév 2015 - 2:06

j’avais écrit un petit texte, voulant en faire une sorte d’introduction pour autre chose, mais suite à certaines réclamations sur l’absence de Prokofiev, de Rachmaninov et de Rimski-Korsakov (entre autres), je me contente de le poster ici. Mr. Green


(...) On parle souvent de « futuristes russes », mais je n’aime pas beaucoup cette appellation. Il me semble que le terme recouvre au moins trois réalités différentes, trois groupes dont les frontières sont bien sûr très poreuses.

La première, ce sont les véritables futuristes, dont il ne nous reste pas grand chose. Citons au moins l’opéra cubo-futuriste Victoire sur le soleil (1913), dont la musique fut écrite par Mikhail Matyushin (1861–1934). On peut rattacher à ce premier ensemble Arseny Avraamov (1886–1944), dont on connait bien la Symphonie des sirènes (1922), et dans une certaine mesure Arthur Lourié (1892–1966), qui signe la partie musicale du manifeste. Marinetti visite Saint-Pétersbourg en 1910 et en 1913, et il est amusant de voir comment le futurisme russe se définit à la fois en accord et en opposition avec le futurisme italien (on imagine aisément pourquoi).

Ensuite, nous avons ceux qu’on peut appeler pour faire simple les scriabiniens. Dans les premières années du vingtième siècle, Alexandre Scriabine (1872–1915) développe un langage dont la modernité et la personnalité sont tout à fait inédites, et il est suivi par toute une génération de compositeurs. Il s’agit bien sûr de Leonid Sabaneïev (1881–1968), plus ou moins le porte-parole de son maitre, de Nikolai Roslavets (1881–1944), qui regrettait qu’on compare un peu trop vite son langage à celui de Scriabine et de Schönberg, etc. L’influence de Boleslav Yavorsky (1877–1942) est notable, peut-être déjà sur Scriabine, et bien sûr sur Sergei Protopopov (1893–1954), son continuateur direct. On doit ajouter à ce groupe Nicolas Obouhow (1892–1954) et Ivan Wyschnegradsky (1893–1979), tous les deux un peu à part pour plusieurs raisons.
Bien que très moderne (beaucoup ont d’ailleurs comparé leurs techniques à celles du dodécaphonisme viennois, par exemple Gojowy en Allemagne et Perle aux États-Unis), leur esthétique musicale et extramusicale issue du romantisme et tournée vers le passé cadre assez mal, je trouve, avec le terme « futuriste ».

Le troisième ensemble, que j’appellerais les modernistes, fait partie intégrante de la musique soviétique. En effet, jusque 1927 environ, le pouvoir favorise plus ou moins le développement de la modernité, qui avait accompagné les révolutions et la création de l’état. Pour la musique, je pense donc à Alexander Mossolov (1900–1973) et à Gavriil Popov (1904–1972), mais aussi plus simplement à Nikolai Miaskovski (1881–1950), notamment pour sa dixième symphonie, et à Dmitri Chostakovitch (1905–1976), avec sa deuxième symphonie, sa première sonate pour piano, Le Nez, etc. Il y a vraiment une esthétique « années 20 », dont on retrouve parfois des échos plus tard, par exemple dans la troisième symphonie de Khatchatourian.
On pourrait ranger Sergei Prokofiev (1891–1953) ici, mais ça pose quand même plusieurs problèmes.
EDIT. et Boris Liatochynsky (1895–1968), bien sûr.

Il faudrait sans doute ajouter un quatrième groupe : la musique juive. Gojowy va jusqu’à dire que tout ce qui est modernité en Russie au début du siècle est lié à la judéité, mais n’allons pas jusque-là. J’y vois surtout un ensemble de compositeurs, souvent associés aux « futuristes », ne fût-ce que dans les parutions discographiques, et dont la musique fait référence tantôt au romantisme, tantôt à Scriabine, tantôt au folklore juif.


Dernière édition par lucien le Dim 8 Fév 2015 - 0:55, édité 1 fois
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Jof
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MessageSujet: Re: Nikolaï Roslavets et les futuristes russes   Sam 7 Fév 2015 - 10:25

C'est vrai que quand on écoute tout ça, on entend bien que, malgré certains points communs, ces compositeurs n'écrivent pas la même chose. Merci beaucoup, Lucien, pour cet éclairante présentation ! Very Happy

lucien a écrit:
Il faudrait sans doute ajouter un quatrième groupe : la musique juive.

Dont je pense qu'on pourrait citer les compositeurs de la famille Krein pour exemple.
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lucien
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MessageSujet: Re: Nikolaï Roslavets et les futuristes russes   Sam 7 Fév 2015 - 13:09

J’insiste quand même, c’est une tripartition en partie artificielle, et qui a vite des limites.
Roslavets, par exemple, pourrait très bien aller dans les trois catégories. Dans les années 10 il est très liés aux futuristes, dont il a mis en musique certains poèmes. Par la suite, il fit partie d’institutions plus ou moins officielles, et composa de la musique de propagande, comme Octobre (pour le dixième anniversaire) et Komsomoliya (1928).
Donc tout ça se mélange et se superpose, bien sûr, et la relation toujours très ambigüe entre pouvoir et art ne simplifie pas les choses.
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MessageSujet: Re: Nikolaï Roslavets et les futuristes russes   Lun 23 Fév 2015 - 23:10

Benedictus a écrit:
Mossolov: 2 Nocturnes, op. 15
Herbert Henck
ECM, 1995
Roslavets: 5 Préludes
Marc-André Hamelin
Hyperion, 1996
Magnifique! Mais avec une nette préférence pour les dissonances plus abruptes et les coloris plus sombres de Mossolov (même si les cognoscenti m’assurent que, partition en main, le langage de Roslavets est en fait totalement débridé, à l’oreille, je trouve que ça sonne surtout comme du Scriabine généreux en dissonances).

Zhivotov: Fragments pour Nonette, op. 2
Alexandre Lazarev / Ensemble de chambre du Théâtre du Bolchoï
Melodiya, 1986?
Vraiment extraordinaire et complètement personnel la plupart du temps - ces lacis d’harmonies tourmentées, sombres ou extatiques... Dommage qu’on n’échappe pas à quelques fragments de style «bastringue dissonant» (et qui eux n’ont rien de personnel: c’est vraiment le topos années 20 façon Groupe des Six démarqué de Stravinsky).

lucien a écrit:
tu connais le septuor de Popov et le nonette de Chtcherbatchiov ?

Benedictus a écrit:
Le Septuor de Popov, si c'est celui qui s'intitule aussi Symphonie de chambre, oui, puisqu'il est aussi sur le disque Lazarev: chouette aussi, mais ça m'a paru moins personnel que Zhivotov (j'ai trouvé que ça ressemblait pas mal à du (bon) Chosta).
Le Nonette de Chtcherbatchiov, je l'ai écouté hier en écoute libre sur la base Brahms de l'IRCAM (bizarrement). Ça m'a bien plu, mais il faudrait que je le réécoute.

lucien a écrit:
en entier ? Shocked
non, parce que si tu as accès à cette série de concerts (et pas seulement à des extraits), ça va m’intéresser.

Läbip a écrit:
Roslavets ... Ça fait très longtemps que je ne l'ai pas écouté.

Je me souviens d'un quintette pour harpe, hautbois, violoncelle et deux altos. Une très belle oeuvre, que je n'ai jamais retrouvée en CD.

lucien a écrit:
le quintette s’appelle Nocturne et on le trouve notamment sur ce cd :

Spoiler:
 

Jof a écrit:
Enfin, Hamelin n'est (selon moi) pas la meilleure adresse pour Roslavets : trop propre et maîtrisé, pas vraiment la meilleure optique pour cette musique. Emeliantseva a enregistré un disque avec exactement le même programme, elle est moins bonne techniquement, mais aussi moins nette, plus mystérieuse, tout ça tout ça... drunken

Benedictus a écrit:
En fait, j'avais beaucoup hésité, en redoutant un peu ce que tu dis à propos d'Hamelin (mais bon, comme je l'aime bien, d'une manière générale dans les musiques bizarres...) Sinon, j'avais vu aussi Schleiermacher, dans une intéressante anthologie du futurisme russe. Tu connais?

Jof a écrit:
Euh, je sais qu'il existe deux volumes avec du Protopopov, du Lourié & co, mais du Roslavets (à part un CD avec les 5 Préludes), je vois pas.

Lucien... ? Mr. Green

il n’y a à ma connaissance que ces deux volumes, avec pour Roslavets les Cinq préludes, les Deux poèmes, les Trois compositions et le Prélude de 1915.
pas grand-chose à redire sur les œuvres choisies, surtout pour l’époque de la publication de ces cd, mais le piano... bah, c’est Schleiermacher.
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MessageSujet: Re: Nikolaï Roslavets et les futuristes russes   Mar 24 Fév 2015 - 23:52

lucien a écrit:
pas grand-chose à redire sur les œuvres choisies, surtout pour l’époque de la publication de ces cd, mais le piano... bah, c’est Schleiermacher.
Euh... c'est-à-dire? Quel serait le problème avec Schleiermacher? Sinon, pour les seuls Préludes, d'aucuns me recommandent aussi chaleureusement Tatiana Lazareva (chez Chandos, avec les œuvres pour violoncelle et piano).

Sinon, j'ai assez envie de jeter une oreille aux Heures de la nouvelle lune: plutôt Holliger et le RSO Saarbrücken (Wergo) ou Volkov et le le BBC Scottish (Chandos)?
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MessageSujet: Re: Nikolaï Roslavets et les futuristes russes   Mer 25 Fév 2015 - 0:07

Benedictus a écrit:
Euh... c'est-à-dire? Quel serait le problème avec Schleiermacher?

bah, ’pas réécouté depuis longtemps, mais a priori c’est très dur et/ou froid.

sinon, pour les Cinq préludes et les Deux poèmes, il y aussi Yuri Favorin chez Melodiya, sur un disque très consistant, et plutôt dans le sujet, donc je copie :

alexandre, in “Musique soviétique”, a écrit:
3ème album de la série :


Revutsky, Chant op.17 n°1, Tikhon Khrennikov Jr
Zaderatsky, Sonate pour piano n°2 (1928), Fedor Amirov
Roslavets, 5 préludes (1919-1922), Yuri Favorin
Roslavets, 2 poèmes (1920), Yuri Favorin
Feinberg, Sonate pour piano n°5 op.10 (1921), Yuri Favorin
Protopopov, Sonate pour piano n°3 op.6, Fedor Amirov
Deshevov, Rails op.16 (1926), Nikita Mndoyants


C'est donc un volume consacré uniquement à la musique pour piano des années 1920. Pour moi le meilleur des quatre qui sont sortis à ce jour.


Revutsky, Chant op.17 n°1, Tikhon Khrennikov Jr
Une pièce relativement inoffensive, qui ne laisse pas présager de la suite de l'album. Revutsky est de la même génération que les autres compositeurs présentés sur ce cd (1889-1977), mais il est plus l'héritier de Taneiev que de Scriabine. Le compositeur utilise tout au long de la pièce une même ritournelle un peu naïve inspirée du folklore ukrainien. Les harmonies sont assez sympathiques.

Zaderatsky, Sonate pour piano n°2 (1928), Fedor Amirov
Un compositeur très mal connu de cette période (avant les préludes par Nemtsov, je crois qu'aucune de ses oeuvres n'avait été enregistrée). Et pour cause, il a été arrêté au moins trois fois, son passé de précepteur du tsarévitch n'aidant pas. Cette sonate a été écrite peu de temps après son deuxième séjour en prison. Comme pour beaucoup de sonates pour piano de cette époque, on retrouve une structure en un seul mouvement, mais avec des épisodes extrêmement caractérisés, et de nombreux rappels thématiques ou réminiscences dispersés un peu partout. Celle-ci commence par un début très statique qui débouche sur un magnifique choral. Et ensuite démarre une série de séquences qui semblent parfois accolées les unes aux autres, dont de nombreuses très violentes, avec des harmonies très abruptes. On retrouve à la fin les couleurs lumineuses du début. Le discours est parfois difficile à suivre, mais Amirov fait un remarquable effort de caractérisation sans non plus se perdre dans des méandres par trop mystiques. Cette sonate est ici donnée en première mondiale (comme la pièce de Revutsky).

Roslavets, 5 préludes (1919-1922), Yuri Favorin
Roslavets, 2 poèmes (1920), Yuri Favorin
Deux cahiers relativement bien connus, dans droite lignée des poèmes et préludes tardifs de Scriabine. D'ailleurs les poèmes sont présentés par 2 et les préludes par 5 (comme pour l'op.74 de Scriabine). Deux chefs-d’œuvre assurément. Les harmonies sont toutes superbes, l'écriture ample, avec des couleurs toujours plus belles, attirantes de façon troublante. Une musique réellement fascinante. Et on a clairement ici une interprétation de référence, très souple, mais ne perdant jamais le fil des œuvres où se complaisant dans ces textures.

Feinberg, Sonate pour piano n°5 op.10 (1921), Yuri Favorin
Très scriabinien, mais sans le côté extatique et lumineux. Une œuvre très nerveuse, concentrée, inquiétante. Les ruptures de ton semblent ici très cohérentes (surtout comparées à celles de Zaderatsky).

Protopopov, Sonate pour piano n°3 op.6, Fedor Amirov
Un des compositeurs les plus mystérieux de cette période, aussi un des plus radicaux dans le propos. Grâce une nouvelle fois au beau travail de Melodiya, on a quelques informations sur ses techniques d'écriture mais également une photo (il ressemble d'ailleurs plus à une estafette de Pancho Villa qu'à ses collègues esthètes comme Roslavets ou Mossolov). Cette 3ème sonate est encore plus sombre et violente que sa 2ème, ce qui n'était pas évident. On est dans les mêmes atmosphères que pour Zaderatsky ou Feinberg, ce qui démontre une certaine unité stylistique de ces compositeurs, mais également une remarquable capacité à créer nombre d’œuvres excellents à partir du moule scriabinien. Le début est presque immobile, le rythme est d'une stabilité oppressante, l'harmonie sans cesse mouvante, avec des petits chromatismes vénéneux. Progressivement cette stabilité est mise en cause avec des harmonies de plus en plus éloignées, des redoublement des accords à la main gauche. Dès les premières minutes d'une sonate qui en fait vint-quatre, on sait que l'on ira se cogner la tête dans le mur à la fin. Une fois passée cette séquence éprouvante commence une partie d'une violence effroyable, qui ne passe pas réellement par un surplus d'agitation, mais plutôt un creusement aussi profond que possible des graves de l'instrument (caractéristique également présente chez Zaderatsky et Feinberg) et des accords comportant de nombreux intervalles durs : cauchemardesque. Difficile de trouver un moment de beauté, l’œuvre attire quand même par ses tourments. La partition est trouvable sur IMSLP, ainsi que les deux autres sonates.

Deshevov, Rails op.16 (1926), Nikita Mndoyants
Une courte œuvre assez connue, emblématique du motorisme. C'est beaucoup moins éprouvant que les trois grandes sonates de l'album, il y a presque un caractère ludique. L'atmosphère globale reste sombre, on n'est pas dans une exaltation progressiste du train, c'est plutôt la locomotive avec la chaleur éprouvante du fourneau et une fumée âcre.

Difficile de différencier les pianistes ici, tous font preuve d'une compréhension remarquable des œuvres et relèguent assez loin à mon goût nombre d'autres pianistes qui ont abordé ce répertoire.

Scherzian a écrit:
Lev Revutsky : Chant (T. Khrennikov junior) ; Vsevolod Zaderatsky : Sonate pour piano n°2 (Fikret Amirov) ; Nicolaï Roslavets : Cinq Préludes et Deux Poèmes (1920) (Youri Favorine) ; Samuil Feinberg : Sonate pour piano n°5, opus 10 (Youri Favorine) ; Sergueï Protopopov : Sonate pour piano n°3, opus 6 (Fikret Amirov) ; Vladimir Deshevov : Rails, opus 16 (Nicolaï Mndoyants)

Des œuvres tour à tour envoûtantes, passionnantes, maléfiques et hypnotisantes, parfois étrangement accessibles aussi, ce qui ne fait qu'ajouter à leur envoûtement ou leur maléfice, selon le cas. Toujours de très belles interprétations, où on cherche bien plus la sonorité (les textures, les couleurs, la longueur ou la brièveté de la résonance des notes, la variété de leur accentuation) appropriée à la page qu'on joue qu'une clarté permanente hors de propos et qui uniformiserait et stériliserait tout.

Un disque exceptionnel ; tu avais bien raison, Alexandre ! mains Une prise de son à distance respectueuse de l'instrument (dans les deux sens de l'adjectif), mais encore un certain déficit d'ouverture dans la partie supérieure du spectre.

alexandre a écrit:
La prise de son est encore un peu dure je trouve, dans les aigus on est souvent à la limite. Mais c'est Melodiya, on connait les risques. Mr. Green

Oui, le travail sur la sonorité de chacun des pianistes est remarquable. Mais ce sont des oeuvres qui sont écrites comme ça, les traits digitaux sont rares, et ne demandent que rarement à être très clairs. Et il faut une grande souplesse agogique, sinon la 3ème de Protopopov peut devenir un vrai calvaire (je sais, c'en est un d'une certaine façon  batman ). La variété des résonances du piano de Favorin est excellente, dans la sonate de Feinberg on constate une utilisation de la pédale très efficace, avec des grandes tenues sur les harmonies les plus subtiles, et des ruptures très sèches dans les nombreuses guirlandes descendantes dans l'aigu. Et c'est agréable de constater le très bon niveau de ces pianistes dont le plus âgé n'a que trente-et-un ans.
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MessageSujet: Re: Nikolaï Roslavets et les futuristes russes   Jeu 26 Fév 2015 - 18:54

bonsoir chers amis
j'écoute en ce moment
Miaskovsky ,Symphony No.10.
watch?v=JY0QM1qlu7U
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Xavier
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MessageSujet: Re: Nikolaï Roslavets et les futuristes russes   Jeu 26 Fév 2015 - 21:19

Si tu veux en savoir plus, tu peux regarder dans l'index...
Arrow http://classik.forumactif.com/t2353-nikolai-miaskovsky-1881-1950
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MessageSujet: Re: Nikolaï Roslavets et les futuristes russes   Dim 28 Fév 2016 - 12:37

Tiens dont, j'écoute une musique intitulée Komsomoliya c'est quand même spécial qu'un compotiteur nous fasse vivre une émotion avec ce type d'oeuvre maximaliste. J'ai tendance à m'emmerder fort mais ici, Stravinsky rencontre Gustav Holst. Impressionnant, presqu'aussi bon que smells like teen spirit de Nirvana.

Par contre, dès la deuxième écoute I don't want that (j'ai le gout d'aller faire un p'tit dodo). Probablement en raison du climax qui dure 7 minutes 37 secondes. Ca m'a vidé.
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Cello
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MessageSujet: Re: Nikolaï Roslavets et les futuristes russes   Mer 22 Fév 2017 - 9:58

Cello a écrit:
Je découvre le Poème-Nocturne de Scriabine. Fantastique.

Si j'aime ça, ainsi que, dans l'ordre, les 6ème, 9ème, 10ème et 7ème sonates mais pas trop Vers la Flamme, vers quoi puis-je me tourner dans son oeuvre pour piano ?

Xavier a écrit:
Oui, c'est une de ses plus belles pièces avec les sonates que tu as citées.
Tu peux écouter toutes les pièces courtes intermédiaires de cette période, notamment opus 63, 71 et 73, mais aussi explorer un peu le piano de Roslavets et Mossolov. (notamment les Nocturnes opus 15 de ce dernier)

Merci.

En fait, je connais déjà l'opus 73 et en effet, il est remarquable également. Je vais écouter tes autres suggestions, plus l'un ou l'autre Poème (sa vision du genre m'intrigue).

Par ailleurs, il se fait que j'ai abordé les sonates de Mossolov tout récemment et je n'y ai pas tout à fait trouvé mon compte.

Ce que j'aime dans les oeuvres de Scriabine que j'ai citées, c'est une sorte de sensualité vénéneuse, de volupté cauchemardesque qui est somme toute un prolongement exaspéré des mystères symbolistes fin de siècle. Les techniques d'écriture de Mossolov ont sans doute des points communs avec celles de son ainé mais son langage en est distinct, entre éclats minéraux tranchants et masses granitiques écrasantes. Flammes sombres contre scintillements froids.

J'ai écouté ses Nocturnes aussi, mais j'y reviendrai car c'était il y a plus longtemps et le souvenir que j'en garde est différent de celui des sonates. Mais finalement, ce qui m'a réellement marqué chez Mossolov c'est Zavod et le 1er quatuor à cordes. Dans sa production plus tardive, il y a aussi des choses intéressantes mais l'univers sonore est radicalement différent, bien soviétique massif pour le coup. Très inspiré mélodiquement, néanmoins.

Roslavets, j'en diffère sans arrêt l'exploration. Je finirai bien par m'y mettre. D'ailleurs, j'ai repéré ce coffret fort attrayant il y a quelque semaines:



Mais il ne semble être disponible qu'en SACD. J'ignorais que l'industrie du disque se portait tellement bien qu'une maison d'édition pouvait se permettre de sortir quelque chose dont il ne se vendrait qu'une poignée scratch .
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lucien
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MessageSujet: Re: Nikolaï Roslavets et les futuristes russes   Mer 22 Fév 2017 - 12:41

normalement, tous les cds Cybele sont hybrides et donc lisibles par une installation normale. Smile
je ne connais que le premier volume de cette série ; avec un peu d’astuce on peut les écouter entièrement en mp3 de bonne qualité sur le site du label.
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