Autour de la musique classique

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 Claudio Arrau

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antrav
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Lun 12 Nov 2007 - 0:39

J'ai bénéficié de deux choses aujourd'hui, d'abord un DVD The Art of Piano, passage en revue d'une vingtaine de grands pianistes du XX° siècle. Des surprises. Un Cortot exceptionnel dans Schumann, Scènes d'enfants (le poète parle). Et un op 111 par Arrau que j'ai du mal à décrire. Je ne connais quasiment pas l'oeuvre et ai dû l'écouter deux fois, mais ce qu'il fait ici semble intrinsèquement parfait. Comme il le dit en voix off, à quoi sert de séduire le public, si on a un message on se doit de le donner, après ça plaît ou non. On sent ça ici comme dans ses Debussy. Une volonté implacable, un engagement total sans aucune concession que ce soit. Impressionnant et intimidant aussi ce qui me laisse un peu en dehors. C'est tellement sont truc que c'est difficile de le faire mien. Je ne comprends pas plus cette oeuvre en tout cas.

Pour commencer par mes pièces préférées dans ce qu'il a enregistré:
le deuxième livre des Images. Et je suis embêté de paraphraser Sauron. rambo
Une fluidité incroyable, une souplesse que je n'attendais pas venant d'écouter ses Préludes de Chopin et Préludes de Debussy. Une atmosphère enchanteresse, mystérieuse et mélancolique. Des rallentando incroyablement marqués dans les Cloches... Tout devient liquidien, c'est presque Ravel aussi. Un tempo lent et ample... C'est magistral.
Et la Lune... comme je l'aime, "lunaire", hébétée, inquiétante, suspendue. Arrau parle d'une autre planète pour la musique de Debussy. C'est sa vision, mais elle est mise en pratique ici. La pédale entoure tout ça d'une impression d'infini. Les silences sont appuyés, l'ambiance devient de plus en plus webernienne tout en conservant une réelle tendresse pour ce temple qui fut et ne sera malheureusement jamais plus.
Poissons d'or. Jamais vus d'aussi beaux reflets, ici l'ambiance est clairement solaire, les écailles des poissons rouges et jaunes créent un scintillement éblouissant surtout dans la dernière minute, le tout longuement préparé par les hésitations d'une main droite qui rampait au fond de l'eau. Cette pièce prend un tour érotique que je n'avais jamais perçu auparavant, les deux poissons seraient deux amants. C'est incroyablement beau. Et Debussy effectivement servi comme jamais par un pianiste qui est d'une grande modestie, tout en pudeur et retenue.

Merci Sauron. Very Happy

PS: j'ai découvert ces pièces par Michellangeli, j'ai envie de dire que c'est une horreur à côté.
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Sauron le Dispensateur
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Lun 12 Nov 2007 - 0:46

Vartan a écrit:
Et un op 111 par Arrau que j'ai du mal à décrire. Je ne connais quasiment pas l'oeuvre et ai dû l'écouter deux fois, mais ce qu'il fait ici semble intrinsèquement parfait.
Alors tu as pu voir un bout d'entretien avec Arrau alors? Il faut savoir qu'à la base ce docu dure 1 bonne heure... il est tout à fait passionnant... Arrau a un regard... il a presque les larmes aux yeux quand il parle parfois...
Sinon pour l'opus 111 c'est mon oeuvre favorite... le sommet indépassable de la musique... un "prélude au silence" comme le dit si bien Brendel...
Cette version de l'opus 111 est disponible dans son intégralité dans un DVD EMI avec le Carnaval de Schumann le concert du même compositeur et l'Appassionata par Solomon... Wink
Citation :

Un Cortot exceptionnel dans Schumann, Scènes d'enfants (le poète parle).
Ce qu'il dit est très beau.... Il conseille une petite élève "la vérité c'est qu'il ne faut pas jouer ce morceau mais le rêver"... J'aurai aimé avoir un prof comme ça Smile

Citation :

Merci Sauron.
De rien Vartan... merci pour tes longs commentaires que je n'ai pas le courage de faire... sur le musicien qui a le plus compté pour moi jusqu'ici... Smile
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antrav
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Lun 12 Nov 2007 - 1:10

J'ai envie de m'attaquer aux Préludes, demain sans doute. Une première écoute m'a laissé convaincu d'une grande vision mais un peu contraignate aussi, la deuxième plus visible et la troisième me plaît plus.
Sa Terrasse des audiences... qui est mon Prélude préféré est du même tonneau que les Images II, superbe et mystérieux en tout cas, il aurait été dommage qu'il m'ait manqué. Wink
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Sauron le Dispensateur
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Lun 12 Nov 2007 - 1:14

Tu aimes bcp la lune hehe
Tu n'aimes pas le Debussy farceur?
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antrav
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Lun 12 Nov 2007 - 1:18

J'aime tous les Debussy, même la Valse, mais ces pièces nocturnes et stellaires encore plus, les Etudes très abstraites aussi. Le petit nègre ne me fait pas trop rire et les Children 's C. sont délicieuses, je les aime beaucoup. Very Happy
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Lun 12 Nov 2007 - 1:22

Dans les préludes je pense à Puck, Minstrels, La Puerta del Vino, Lavine... au fait tu as du lire dans le livre d'Arrau qu'il avait lu en entier le bouquin de 1000 pages pour mieux comprendre Picwick Mr. Green
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antrav
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Lun 12 Nov 2007 - 1:25

Sauron le Dispensateur a écrit:
Dans les préludes je pense à Puck, Minstrels, La Puerta del Vino, Lavine... au fait tu as du lire dans le livre d'Arrau qu'il avait lu en entier le bouquin de 1000 pages pour mieux comprendre Picwick Mr. Green

Oui. Mr. Green
Mais c'est une bonne lecture. On comprends que l'importance qu'il voue à ce qu'il propose et ce besoin de perfection le pousse à ce genre de fantaisie. Une discipline de fer qu'il s'impose.

Les Préludes j'en parle demain. Mr. Green
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Sauron le Dispensateur
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Lun 12 Nov 2007 - 1:32

Me voilà plonger dans le 4ème d'Arrau avec Haitink à cause de Vartan encore... Shit Que j'aime cette musique... que j'aime ce pianiste... Surprised Le plus grand c'est Beethoven vraiment... Sad
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antrav
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Lun 12 Nov 2007 - 7:28

Je suis une teigne. Cool
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Sauron le Dispensateur
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Lun 12 Nov 2007 - 12:03

Ah oui et quelle teigne Shit
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milia
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Lun 12 Nov 2007 - 14:07

Bon,

merci Sauron pour ce fil sur Arrau.
L'un de mes premiers disques : le 4e concerto de Beethoven par lui et Davis, avec les 32 variations sur un thème original. Je sais que l'enregistrement par lequel on découvre une oeuvre marque parfois trop l'oreille, avant qu'on ait le temps ou surtout l'argent pour s'en procurer un autre (et à l'époque, en 1989, les cd étaient chers... et j'étais lycéen...) mais quand meme... La profondeur de ce clavier, cette largeur du son, ce poids de corps qui investit chaque note (je ne suis pas pianiste, peut etre je dis des betises mais c'est l'impression que ça me donne, un investissement du corps entier dans le son et la conduite du discours). Je n'ai retrouvé ça ni chez Brendel, ni chez Gilels (ce dernier qui est pourtant la base de ma discothèque), ni chez Haskil, ni chez Gieseking.
Autre disque d'Arrau que je chéris et que je mets par dessus tout : la suite bergamasque de Debussy, enregistrée en 1990 ou 91, à quelques mois de sa disparition : la façon dont il conduit le Menuet, l'espèce d'immensité qu'il confère à cette page... qui en demandait certainement autant. Et autant dire que tout son Debussy, Carmin profond, me semble bouleversant, sans doute aussi courageux car c'est une vision tellement unique.
J'avais cassé ma tirelire pour acheter son intégrale Beethoven des années 60. Je ne suis pas encore entré dedans. Idem pour ses Schubert, également dans la Arrau édition de Philips publiée après sa mort. Là je préfère Gilels, ici Serkin ou Richter. J'ai l'impression que ce sont des interprétations difficiles à apprivoiser.
Les Brahms (piano seul) : qui a rendu le ton épique des sonates de jeunesse avec autant de sérieux et de fougue mêlées ? Je connais encore peu ses Liszt (sauf les etudes d'execution transcendante) et je suis également fan du chant infini qu'il développe dans les Nocturnes de Chopin.

C'est vrai qu'aujourd'hui, dans les interviews de jeunes pianistes, il est peu cité en exemple (beaucoup moins que Gilels notamment, dont le nom revient souvent comme référence du passé...juste retour des choses après avoir effectivement été un peu trop dans l'ombre de Richter) Mais peut-etre est-ce parce que derrière une étiquette de pianiste "objectif" (sic), Arrau avait des partis pris extrèmement forts ? Voilà, c'était ma déclaration d'amour à Claudio.
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Sauron le Dispensateur
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Lun 12 Nov 2007 - 19:58

Citation :
J'avais cassé ma tirelire pour acheter son intégrale Beethoven des années 60. Je ne suis pas encore entré dedans. Idem pour ses Schubert, également dans la Arrau édition de Philips publiée après sa mort. Là je préfère Gilels, ici Serkin ou Richter. J'ai l'impression que ce sont des interprétations difficiles à apprivoiser.
Son intégrale Beethoven des années 60's est très austère et je comprend vraiment qu'on puisse ne pas aimer.
Mais franchement le mvt lent de l'opus 106 est une des plus grandes merveilles publiées au disque... c'est tellement intense que c'est presque insupportable à écouter parfois...
Je ne connais pas sa quasi-intégrale des années 80 en revanche je serais curieux d'entendre ça un jour...

Pour les Schubert je suis assez mitigé aussi mais il y a quelques merveilles dans les impromptus et dans les 3 Klavierstücke D.946... Vraiment comme il le dit lui-même "on sent le tombeau"...
Pour lui Schubert était le "dernier mot en interprétation" ce qu'il y avait de plus difficile en somme... Surprised
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sofro
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Mar 13 Nov 2007 - 22:09

Arrau n'est pas un pianiste facile à aborder, il n'offre pas toujours d'emblée l'interprétation évidente dont on a toujours rêvé: impossible d'entrer dans son univers musical sans faire un effort de reconstruction totale, un retour sur l'oeuvre elle-même, et effacer de sa mémoire tous les repères construits à partir des écoutes des autres pianistes. Ecouter Arrau après d'autres, c'est prendre le risque de le trouver mou, affecté, prétentieux, inefficace, informe... et de passer totalement à côté de son art immense.
Deuxième difficulté: sa technique n'est pas la même qu'aujourd'hui. Sa façon de faire les trilles (Klemperer s'en plaignait), de briser les accords, de décaler les notes... tout cela a été pensé et mûri profondément, discuté au début du siècle dernier avec son professeur et mentor Martin Krause qui a entendu jouer Liszt, Brahms et Clara Schumann : Arrau offre une palette d'effets spéciaux, de trucs, d'astuces... immense et inédite qui vient d'un autre temps, et dont les transcendantes de Liszt enregistrées chez Philips à plus de 70 ans et les nocturnes de Chopin, constituent à eux deux un florilège à peu près exhaustif.
Arrau qui joue, c'est Arrau aux commandes d'un piano avec un immense tableau de bord dont lui seul sait se servir... Sa conception de la technique est mécaniste, il est question dans sa théorie de poids (du corps), de leviers (les bras), de pistons (les doigts), d'articulations (les poignets) et sait jouer avec tout cela, en le synchronisant de manière variable selon les effets voulus. Sur le DVD dont on parle plus haut, on le voit jouer l'opus 111, ses mains s'affaissent littéralement sur le clavier, semblent être d'une autre matière que de chair et d'os, elles hypnotisent le regard et hypnotisent également l'oreille: sonorité fabuleuse et envoûtante.
L'art d'Arrau c'est toutes les petites imperfections, les petites impuretés, les petites astuces voire les petites coquetteries, dont il truffe chaque mesure avec gourmandise en grand épicurien du son, en s'appuyant sans en avoir l'air sur les ressources de son immense technique... et il donne aux formes le temps de s'épanouir.
L'anti-Pollini ou l'anti-Michelangeli, en somme !
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Morloch
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Mar 13 Nov 2007 - 22:11

ce que c'est long comme définition de l'arthrose vite je sors Sauron pourrait passer par là
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sofro
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Mar 13 Nov 2007 - 22:25

Morloch a écrit:
ce que c'est long comme définition de l'arthrose vite je sors Sauron pourrait passer par là

Ah non, Morloch !




J'ai déjà un briseur de rêves sur le forum, tu ne vas pas t'y mettre toi aussi, non ?
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Morloch
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Mar 13 Nov 2007 - 22:33

hehe

Au sujet de Claudio Arrau et de Martin Krause, j'ai lu qu'Arrau n'avait plus suivi de cours après lâge de 16 ans, qu'il n'avait plus eu d'enseignement de personne par la suite. C'est vrai ? C'est assez étonnant d'avoir un répertoire aussi ahurissant et étendu sans écouter d'avis extérieur ! Enfin je trouve en même temps je suis facilemnt impressionné, mais quand même...
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Sauron le Dispensateur
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Mar 13 Nov 2007 - 22:52

@Morloch oui Arrau a travaillé seul quand Krause est mort. Il avait 15 ans... Mais je serai tenté de dire qu'il a travaillé son piano avec un psychanalyste tout de même... Smile

Sofro a écrit:

Arrau n'est pas un pianiste facile à aborder, il n'offre pas toujours d'emblée l'interprétation évidente dont on a toujours rêvé
Je pense tout le contraire... Very Happy
Citation :

Sa conception de la technique est mécaniste
Le terme laisse l'équivoque...
Le principe de base pour Arrau c'est la souplesse du corps qui permet seule de laisser passe directement l'émotion musicale du coeur jusqu'au clavier par l'intermédiaire des bras...
Bref Arrau c'est tout sauf la technique "mécanique" qui régnait en France avant guerre avec une très faible utilisation du poignet par exemple... Magda Tagliafero décrit ça très bien à propos de sa propre technique qui vise justement à utiliser la souplesse du poignet...
Enfin ce que je veux dire c'est que je ne vois pas du tout la technique d'Arrau comme "mécaniste" et qu'elle n'est pas du tout dépassée aujourd'hui...
Je dirai plutôt qu'il maximise l'utilisation des potentialités du corps... mais il a été à bonne école pratique des exercices de Liszt ou de Brahms etc...

Citation :

L'art d'Arrau c'est toutes les petites imperfections, les petites impuretés, les petites astuces voire les petites coquetteries, dont il truffe chaque mesure avec gourmandise
C'est fou comme on peut percevoir différemment l'art de ce pianiste... je comprend mieux pourquoi tu aimes ses Scherzos ou ses Nocturnes qui ne sont pas sans maniérisme en effet... Mr. Green
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antrav
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Mer 14 Nov 2007 - 2:04

Ses Préludes de Debussy m'ont paru très carrés dans une première écoute avec un manque de brume et de mystère manifeste (je crois que David au contraire l'y trouvait ce mystère), plus souples ensuite mais parfois gardant trop d'évidence pour me convaincre tout à fait. Toujours cette volonté implacable d'imposer sa vision, de tordre le nez à la tradition. Comme le soulignait Sofro avec tant de chaleur il veut chaque note et elles sonnent comme avec aucun autre. On perçoit que tout est personnel, chaque pièce est proposée comme solution trouvée au problème qu'Arrau a dû résoudre avant de la livrer. Plus proche je trouve des Etudes que des Estampes, le pittoresque y a moins de place que chez d'autres.

Les danseuses de Delphes: une respiration, un phrasé très surprenant, inhabituel, des hésitations. Très délicat et pudique mais avec une grande assurance qu'on sent derrière chaque nuance, chaque note. Vraiment étonnant.

Voiles: Elles (ils) sont déchirées et pendent lamentablement, sans force, nonchalantes. Le bateau est désert, fantôme, il y a du soleil et de la brume, il s'éloigne, étrange et disparaît.

Des pas sur la neige: Pas convaincu du tout, et comme c'est sans doute mon prélude préféré... Confused C'est pesant, on ne sent pas la légèreté de la neige, ni le froid, ni l'inquiétude discrète de cette marche ou de cette absence seulement signalée par ces pas. Je ne suis pas, je reste au chaud. tongue

Ce qu'a vu le vent d'ouest: je ressens cette pièce comme très proche de Scarbo, la méchanceté. Pour répondre à Sauron qui ne l'y voyait pas, je dirai qu'elle n'es pas présente ici. Oui il y a bien cette violence des éléments, mais atone sans doute.

Collines d'Anacapri: Je comprends mieux le caractère maniéré de son jeu (mais est-ce un défaut). De la grâce surtout mais sans affectation ça reste retenu, une discipline incroyable qui rend possible ces élégances. C'est très féminin aussi. Ce n'est pourtant pas ce que dégage habituellement Arrau pour moi dans ce que j'en ai déjà entendu. Mais je n'aime pas cette pièce de toute façon, un peu triviale.
Les arabesques finales des dernières mesures sont traitées de façon très originale, entrecoupées, comme brisées, haletantes.

Sérénade interrompue: tellement chavirée qu'elle devient un flamenco. Je ne comprend pas où Arrau veut aller. C'est flou pour moi.

Dans de Puck: toujours ce phrasé déconcertant et c'est bon d'être déconcerté ici même si je n'aime pas Puck.

Brouillards: challoupés, syncopés, fluides, ils deviennent angoissants. Ces brumes par moment semblent entourer la maison de Norman Bates. pale
Très belle interprétation pour moi, rarement entendu aussi raffiné ici. L'acidité de ces brumes devient plus douce et pastel dans des touches impressionnistes radieuses.

La terrasse des audiences au clair de lune: elle est un peu abandonnée, plus romanesque qu'intemporelle, elle cache des songes de l'amant mélancolique.

Canope: superbe, que je conseille sans restrictions, déambulation qui se perd, Arrau ralentit on craint qu'il ne s'interrompe, mais les accords dans une marche chromatique presque funèbre reprennent, épuisés. Très beau.

Tierces alternées: la jouissance et la vitalité envahissent aussitôt ces jeux de doigts, Arrau libère son jeu, on respire mieux.

Feux d'artifices: ici il y a de la peur d'abord puis de la cruauté quand même, rien de lumineux et solaire, c'est gras et crochu. Brrr ! J'adore. De l'abus de pédale qui rend tout ceci encore plus glaçant. Magistral encore une fois.

Finalement ses Préludes seraient assez sombres, rien ne laisse indifférent , tout est original même si je ne suis pas toujours.
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sofro
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Mer 14 Nov 2007 - 21:55

@ Sauron

Voilà un passage qui m'évoque l'aspect mécaniste de la technique d'Arrau:
Joseph horowitz compare le corps d'Arrau à un fabuleux mécanisme (une marionnette) mis au service de la création :

A la différence de tant d'instrumentistes, qui privilégient une position des mains à peu près invariable, il situe doigts, poignets, coudes et épaules selon des angles et des hauteurs variés, réajustant leviers et articulations selon qu'il est opportun. Selon leur volume, leur vitesse, leur facilité d'accès, il attaque les trilles, par exemple, avec le poignet haut ou bas, fixe ou en rotation. Il est fréquent que le bras lui-même s'engage dans le trille: c'est le cylindre tout entier, des doigts à l'épaule, mou et flexible comme une poupée de chiffons, qui tourne sur son axe. Parfois la main se met très bas et apppuie sur les touches comme par des pressions qui les ramèneraient vers le corps. Mais alors, pour un accent soudain, les doigts deviennent pistons, frappant de plus haut, perpendiculairement. Pour ajouter du volume, les mains reçoivent la secousse des poignets... (Joseph Horowitz Arrau parle, p.128)




Sur la difficulté d'aborder Arrau:

A la différence de l'autre élève de Martin Krause: Edwin Fischer, doté d'un jeu plus "naturel", je trouve qu'Arrau sur-interprète (sans les connotations péjoratives de ce terme) les oeuvres: sa technique lui permet de mettre des tonnes de détails aussi bien dans très peu de notes, que dans les grandes bourrasques sonores des études de Liszt. Pour ceux qui ne sont pas familiers du style d'Arrau, les fantastiques manipulations sonores peuvent passer pour du maniérisme, de l'affectation. La rythmique particulière (peu vigoureuse en général beaucoup moins performante en tout cas que celle du Richter-de-Morloch dans les délicats tableaux chopiniens siffle ), le manque de "brio", de "panache" (ce n'est pas le genre de la maison), le traitement particulier des oeuvres, n'arrangent rien. Quant aux passages purement hypnotiques (dans l'arietta de l'opus 111 par exemple), on entre ou on n'entre pas...
Pour ces raisons, Arrau ne me semble pas un pianiste "facile", du moins sans expérience étendue de ses performances, et du répertoire pianistique... mais quand on s'est approprié ses interprétations, il est souvent difficile d'écouter quoi que ce soit d'autre...

En tout cas, pour régénérer totalement la vision d'une oeuvre dont on est saturé jusqu'à la nausée (exemple personnel des impromptus de Schubert), Arrau, c'est la bonne solution !
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Mer 14 Nov 2007 - 22:29

Citation :
La rythmique particulière (peu vigoureuse en général beaucoup moins performante en tout cas que celle du Richter-de-Morloch dans les délicats tableaux chopiniens siffle ), le manque de "brio", de "panache" (ce n'est pas le genre de la maison), le traitement particulier des oeuvres, n'arrangent rien.
C'est vrai de certains de ces enregistrements. Mais si on écoute ses rhapsodies hongroises... on est au contraire frappé par le sens du rythme... je ne parle même pas d'une étude comme Wild Jagd d'une vigueur sans égale...
Vraiment le manque de panache n'est pas une caractéristique d'Arrau. Si on écoute sa fugue de l'opus 106 on est absolument sidéré... je ne parle même pas de sa sonate de Liszt... ni des préludes de Chopin... etc.
Bref je ne me retrouve pas du tout dans la description que tu fais. Plus exactement elle vaut pour ses enregistrements que je n'aime pas: une bonne partie de ses Nocturnes, ses Scherzos. Elle vaut aussi en partie pour le Arrau très tardif qui est à part: on ne peut pas jouer avec la même vigueur quand on a 88 piges...

Pour ce qui est du commentaire de Joseph Horowitz il met bien en avant l'énorme mobilité du corps d'Arrau devant son piano, sa grande souplesse: tout ce qu'on recommande aujourd'hui dans les conservatoires en somme Very Happy Vraiment en faire une marionnette je ne comprend pas bien... Exclamation
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Mer 14 Nov 2007 - 23:05

Je parlerais plutôt d'un certain "sens de la grandeur" pour les oeuvres dont tu parles: transcendantes etc...
Panache dans le sens "bravoure épique", avec un soupçon de connotation "matamore" ne conviendrait pas dans le cas d'Arrau.

Dans ses scherzos, il y a justement un certain "sens de la grandeur" mais sans ce que j'appellerais le "panache". C'est pour cela que c'est à mes yeux un très grand enregistrement: comment peut-on atteindre des sommets pareils avec aussi peu de "brio" ?!
Réécoute ses scherzos, je t'assure que c'est une de ses plus étonnantes réussites, surtout le quatrième !
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Mer 14 Nov 2007 - 23:56

Sofro a écrit:
Panache dans le sens "bravoure épique", avec un soupçon de connotation "matamore" ne conviendrait pas dans le cas d'Arrau.
La Bravoure est un terme qui convient parfaitement pour les études de Liszt d'Arrau: Mazzepa, Wilde Wagd, la fa mineur, Eroica... ce terme convient parfaitement à son 1er de Liszt avec Ormandy, à ses rhapsodies hongroises, à ces préludes en live à Prague et dans son enregistrement Philips etc.
On ne peut pas réduire Arrau à ses enregistrements les plus extrêmes...

Citation :

Dans ses scherzos, il y a justement un certain "sens de la grandeur" mais sans ce que j'appellerais le "panache". C'est pour cela que c'est à mes yeux un très grand enregistrement: comment peut-on atteindre des sommets pareils avec aussi peu de "brio" ?!
Arrau ne refuse pas le brio ça c'est un mythe... ces études de Liszt sont absolument brillantes... Ses scherzos en effet ne sont pas brillants dans tous les sens du terme... pour le coup oui c'est maniéré et sans panache... sa version des années 50 est déjà plus acceptable... mais vraiment l'enregistrement Philips... j'ai beau avoir une gde affection pour ce pianiste... j'ai beau aimé les contre-sens bien défendus... là c'est trop Mr. Green
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milia
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Jeu 15 Nov 2007 - 15:24

Récemment, United archives a réédité les enregistrements de la période Columbia d'Arrau : on y retrouve des Albeniz (extraits d'Iberia) gorgés de couleurs et avec un sens du drame preignant. la prise de son de 1947 n'est pas rédhibitoire, et meme au contraire elle laisse se dégager un piano très net et respecte les couleurs de l'interprétation. Je n'ai pas encore découvert les Kreisleriana contenu dans ce beau coffret mais je vais le faire sans tarder.
Chez APR, dans le cadre d'une Arrau Edition, en live, il existe l'intégrale des Préludes de Chopin (1960) et surtout des Etudes Symphoniques de Schumann (1976) enregistrés lors du festival du printemps de Prague. Arrau incluait les Etudes posthumes dans l'opus 13 de Schumann (et comme il avait raison, ce sont les plus belles !) et il fait preuve d'un abattage, d'un lyrisme, d'une poésie, essentielles.
Cela donne envie de découvrir son intégrale Schumann chez philips, dont on n'a pas parlé dans ce fil ce me semble. Qui les connait ?
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Sauron le Dispensateur
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Jeu 15 Nov 2007 - 22:30

Citation :
Qui les connait ?
Moi m'sieur moi m'sieur Exclamation
Le live Chopin/Schumann est sidérant... en de mes disques favoris Very Happy
Son enregistrement Philips des Etudes Symphoniques est plus profond avec un travail du son encore plus impressionnant... mais la prise de son sonne moins naturelle peut-être... bref je préfère son live... Smile
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milia
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Ven 16 Nov 2007 - 16:48

dans un article récent, jean Charles Hoffelé parle des scènes de la foret de Schumann par Arrau, pas atteintes, dit-il, ni par Haskil, ni par Richter... Bon, ça fait plutot envie...
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Ven 16 Nov 2007 - 16:52

de toutes façons on s'est moqué de moi parce que je ne distinguais pas Haskil de Richter sur un extrait de 5 secondes mal enregistré dans lequel les deux avaient le même tempo, la même sonorité et les mêmes accentuations.

J'imagine bien que Arrau c'est pareil.
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milia
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Ven 16 Nov 2007 - 17:28

Non Morloch,

la prise de son doit quand meme etre bien meilleure...
Et puis en écoutant au casque, on perçoit souvent le bruit des boutons de manchette du grand chilien...
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antrav
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Ven 16 Nov 2007 - 18:14

Ah je comprends mieux ces cliquetis qu'on entend dans ses Debussy. Un moment j'ai pensé qu'il avait quelque prothèse articulaire en acier. Sa respiration aussi, il souffle comme un boeuf. Il n'y a pas que Gould qui se permette ces coquetteries sui generis.
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Xavier
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Ven 16 Nov 2007 - 18:48

vartan a écrit:
Un moment j'ai pensé qu'il avait quelque prothèse articulaire en acier. Sa respiration aussi, il souffle comme un boeuf.

vador
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Ven 16 Nov 2007 - 19:20

Ben quoi ? J'aime beaucoup ! fleurs
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Xavier
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Ven 16 Nov 2007 - 19:21

C'est juste que ça me faisait penser à Dark Vador ta description.
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antrav
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Ven 16 Nov 2007 - 19:21

hehe

J'avais pas compris. Laughing
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Ven 16 Nov 2007 - 19:51

dans le genre pianiste qui grogne (ou qui chante, qui sait ?)-, Rudolf Serkin est pas mal et Pollini aussi, quand il prend son élan
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sofro
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Sam 17 Nov 2007 - 22:11

milia a écrit:
Cela donne envie de découvrir son intégrale Schumann chez philips, dont on n'a pas parlé dans ce fil ce me semble.
Son intégrale Schumann a été souvent sous-estimée, qualifiée de "froide". C'est vrai qu'ici comme ailleurs, il charge la barque, pèse sur les notes, met en relief des détails et pratique de drôles d'accentuations: ça marche peut-être moins bien que pour d'autres compositeurs. Certaines choses sont un peu curieuses également. C'est sûr, ce n'est pas un Schumann qui ôte l'envie d'en écouter aucun autre, ce n'est pas un romantisme très débridé, mais c'est très intéressant quand même, pianistiquement.



Morloch a écrit:
de toutes façons on s'est moqué de moi parce que je ne distinguais pas Haskil de Richter sur un extrait de 5 secondes mal enregistré dans lequel les deux avaient le même tempo, la même sonorité et les mêmes accentuations.
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Lun 24 Mar 2008 - 20:55

Bonsoir à tous,

Je déterre ce sujet pour parler un peu de Claudio Arrau, pianiste que je connais très mal, si ce n'est de réputation.

Il y a quelques temps, je lisais sur ce forum, dans le sujet concernant la sonate en si mineur de Liszt, qu'une des versions à privilégier était celle d'Arrau. Cet avis étant partagé par plusieurs forumeurs, j'ai donc acheté ce disque.

Honnêtement, j'avoue avoir été déçu par cette interprétation. Oh, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. Jamais je ne me permettrai de critiquer un interprète sur la qualité de son jeu, qui suis-je pour cela ? La critique est très facile, mais j'estime que tous les interprètes que l'on trouve dans les bacs de nos disquaires ont atteint un tel niveau de maitrise, au prix de bien des sacrifices et de nombreuses heures quotidiennes de travail pour que jamais je ne tombe dans cet écueil.

Non, ce que je veux dire concernant cette version de Liszt par Arrau, c'est qu'elle n'a pas répondu à mes attentes, à l'idée que je me fais de la façon dont doivent être interprétées les oeuvres de Liszt. Je ne l'ai pas trouvé assez "appuyée", assez dynamique, trop ronde à mes oreilles. Je lui préfère "nettement" l'autre version que je possède, à savoir celle de Marylin Frascone, qui, elle, déménage franchement. Peut-être aussi parce que c'est la première version que j'ai acheté, qui sait ?

Pour moi, le jeu de liszt doit être sec, dynamique, voire même dur, à la limite. C'est peut-être pourquoi j'y aime bien aussi les interprétations de Duchâble (études d'exécution transcendante, Piano works, Funérailles ... ) même si ce pianiste n'a pas trop la côte sur ce forum Very Happy

Samedi dernier, de passage à la Fnac d'Annecy, je tombe sur une promotion en tête de gondole : des CD à 9 euros, et en plus, le 3ème gratuit, ce qui finalement ramène le prix à 6 euros par CD (au passage, je ne sais pas si cette offre est valable dans toutes les Fnac, mais ça vaut le coup d'y faire un saut Wink ). Là, je trouve un disque de Chopin (les 26 préludes et les 4 impromptus) par ce même Arrau. Je me dis qu'à ce prix, ce serait bête de faire l'impasse. Et là, à l'écoute, le bonheur total. Son jeu plus doux, rond, "moelleux", lié convient parfaitement à Chopin.

Voilà. Pourquoi ce post ? Simplement pour dire que nous avons tous une sensibilité différente qui fait que l'on va aimer ou détester tel ou tel compositeur, tel ou tel interprète, mais qu'en plus, nous-même, en fonction de nos goûts et de nos attentes, pouvons aduler un interprète dans un certain registre et être déçu par ce même interprète dans un autre registre.

Mouais, je sais que ça ne va pas faire beaucoup avancer le schmilblick, mais j'avais envie de le dire, histoire de participer activement, de temps en temps, à ce forum que je lis pourtant tous les jours.

Y en a-t-il parmi vous qui partage mon "analyse" sur Arrau dans Chopin vs Liszt ?

Au plaisir,
Christophe Wink
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Lun 24 Mar 2008 - 21:10

Je viens de regarder/entendre Arrau dans l'opus 111, sur un site de vidéos que je ne citerai pas (en effet, il est tellement peu célèbre qu'assurément PERSONNE ne le connaît hehe ).

J'adore cette version. J'ai écouté ces derniers jours cette sonate par Kempff, Michelangeli, Badura-Skoda, Serkin, Pletnev... mais la version d'Arrau est l'une de mes préférées, avec Kempff.
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Lun 24 Mar 2008 - 21:18

Arrau est superbe dans cette version si c'est bien celle publiée par Emi en DVD et tournée en studio à Paris en 1970 Very Happy
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Lun 24 Mar 2008 - 21:27

Tout cela ne vaut pas Richter dans cette sonate Cool
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Lun 24 Mar 2008 - 21:31

Christophe a écrit:
Il y a quelques temps, je lisais sur ce forum, dans le sujet concernant la sonate en si mineur de Liszt, qu'une des versions à privilégier était celle d'Arrau. Cet avis étant partagé par plusieurs forumeurs, j'ai donc acheté ce disque.

Honnêtement, j'avoue avoir été déçu par cette interprétation.
Deux observations à propos de ce que tu dis:
1/ Il me paraît important de souligner que les commentaires que l'on fait à propos d'une interprétation sont tout aussi importants que la recommandation elle-même: personne n'a défini la sonate par Arrau comme appartenant au style que tu recherchais, sec, contrasté et virtuose. Tu as été déçu car tu n'as pas trouvé satisfaction dans ce créneau esthétique. Argerich ou Richter t'auraient sûrement mieux convenu.
2/ Lorsque l'on aborde une interprétation d'esprit différente de celle que l'on "a dans l'oreille", qui la plupart du temps est la première version qui marque le plus et dont on n'arrive pas à se détacher même si elle est médiocre, un effort d'adaptation est toujours nécessaire. Réécoute et essaie de faire abstraction de ton prototype mental de sonate de Liszt. Pour paraphraser le "je ne cherche pas, je trouve" de Picasso, essaie cette dernière démarche, plus constructive.
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sofro
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Lun 24 Mar 2008 - 21:35


Morloch a écrit:
Tout cela ne vaut pas Richter dans cette sonate Cool

Et voilà ! Quand on recherche du sec, contrasté, dynamique et virtuose, c'est lui qu'il faut écouter, pas nous !
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Lun 24 Mar 2008 - 21:40

sofro a écrit:


...
2/ Lorsque l'on aborde une interprétation d'esprit différente de celle que l'on "a dans l'oreille", qui la plupart du temps est la première version qui marque le plus et dont on n'arrive pas à se détacher même si elle est médiocre, un effort d'adaptation est toujours nécessaire. Réécoute et essaie de faire abstraction de ton prototype mental de sonate de Liszt. Pour paraphraser le "je ne cherche pas, je trouve" de Picasso, essaie cette dernière démarche, plus constructive.

Tu as parfaitement raison sur l'effet que procure la première version que l'on écoute d'une oeuvre, et de son effet "pernicieux" sur les versions suivantes. Je l'ai constaté à plusieurs reprises (mais pas systématiquement, la preuve, les préludes et impromptus de Chopin par Arrau qui devient ma référence aujourd'hui, alors que j'en possède plusieurs versions).

J'ai donc réécouté plusieurs fois la sonate de Liszt par Arrau, et je ne m'y retrouve toujours pas. Peut-être la dynamique a-t-elle également été "tassée" par l'ingénieur du son lors de l'enregistrement ?

Promis, je vais encore la réécouter Wink
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Lun 24 Mar 2008 - 21:43

Christophe a écrit:

Non, ce que je veux dire concernant cette version de Liszt par Arrau, c'est qu'elle n'a pas répondu à mes attentes, à l'idée que je me fais de la façon dont doivent être interprétées les oeuvres de Liszt. Je ne l'ai pas trouvé assez "appuyée", assez dynamique, trop ronde à mes oreilles. Je lui préfère "nettement" l'autre version que je possède, à savoir celle de Marylin Frascone, qui, elle, déménage franchement. Peut-être aussi parce que c'est la première version que j'ai acheté, qui sait ?

C'est un paramètre qui peut prendre beaucoup d'importance effectivement. Wink
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Lun 24 Mar 2008 - 21:49

sofro a écrit:


...
1/ Il me paraît important de souligner que les commentaires que l'on fait à propos d'une interprétation sont tout aussi importants que la recommandation elle-même: personne n'a défini la sonate par Arrau comme appartenant au style que tu recherchais, sec, contrasté et virtuose. Tu as été déçu car tu n'as pas trouvé satisfaction dans ce créneau esthétique. Argerich ou Richter t'auraient sûrement mieux convenu.

Je reviens aussi sur ce point que je patage également avec toi. Justement, en achetant la version de arrau, je recherchais une interprétation très différente de celle de Frascone (au passage, la connais-tu ? Ton avis m'intéresserait), donc exit Argerich et Richter.

Du coup, je n'ai pas été déçu par celle de Arrau en terme de différence d'interprétation, de sensibilité, mais simplement, cela m'a confirmé que je préférais des versions plutôt "musclées" pour les oeuvres de Liszt. Au passage, il en va tout autrement pour d'autres compositeurs.

Merci de tes remarques,
Christophe Wink
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Lun 24 Mar 2008 - 21:56

C'est peut-être que tu n'aimes pas le style Arrau, mais dans cette sonate de Liszt il est tout de même impressionnant : il construit une progression du discours, des changements de couleur, quelque chose de très intimidant, inquiétant. Là mon souci est que la version Richter, du moins celle rééditée régulièrement par Philips ne me plait pas trop, bordelique et pas inspirée. Du mal à la recommander.

Et d'un autre côté, tant mieux si tu as des versions très différentes, au moins pas de doublons...
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sofro
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Mar 25 Mar 2008 - 23:32

Je viens d'écouter les études symphoniques de Schumann jouées par Arrau dans un live de 1976, sur les conseils d'un connaisseur Wink , je n'en reviens pas... Enregistrées en 1976, à l'âge de 73 ans donc, et en concert en plus ? On est stupéfait par la sûreté digitale de l'ensemble de l'interprétation, la puissance phénoménale de l'étude 7, la fantaisie et la liberté de certaines études (la dernière !), leur style délibérément "improvisé", leur intensité (la 11ème étonnamment polyphonique...).
Bien sûr, le style est reconnaissable entre mille: la façon dont il fait claquer les notes aigües (par exemple dans la posthume n°5), le chant profond, les accentuations spectaculaires, l'articulation fouillée et les phrasés. Plein de coquetteries également, et une absence totale de calcul, on a l'impression: joué une seconde fois, cela aurait pu être totalement différent.
Et curieusement, on ressent à l'écoute de ce live un certain sens de la "com", une sorte de stratégie d'emballement du public.
A la fin de la dernière étude, on a envie de se lever et de crier ! cheers
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Mar 25 Mar 2008 - 23:38

Alors je fais cheers avec toi! Superbe enregistrement en effet... Surprised
Les enregistrements d'Arrau en live sont vraiment très intéressants pour la spontanéité qu'on y trouve par rapport aux enregistrements plus sages des studios... Smile
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Richard
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Jeu 24 Avr 2008 - 16:07

Alerte à toutes les patrouilles de spécialistes !

Arrau a t'il enregistré les sonates n°2 et 3 de Chopin ?

C'est dommage, il n'y a pas de fil pour Nelson Freire, mais a t'il enregistré les Préludes...Sur un site de vidéos bien connu, on peut le voir jouer les préludes de chopin à partir du 17eme prélude, ça m'a fait oublier les 4 ou 5 versions que je connais.
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Jeu 24 Avr 2008 - 16:19

Oui on a sa troisième sonate enregistrée par EMI ça doit être libre de droits.
Quant à Freire il a enregistré les Préludes pour Sony c'est couplé avec les Ballades d'Entremont.
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Jeu 24 Avr 2008 - 16:23

Arrau a enregistré la 3ème sonate je crois bien...c'était paru chez EMI dans la série "Greats recordings of the century"...
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Xavier
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MessageSujet: Re: Claudio Arrau   Jeu 24 Avr 2008 - 16:46

Richard a écrit:

C'est dommage, il n'y a pas de fil pour Nelson Freire, mais a t'il enregistré les Préludes...

En revanche il y a un sujet sur les oeuvres pour piano de Chopin en Discographie. Wink
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