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 Le Madrigal italien (1530 - 1640)

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antrav
Papa pingouin
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Mer 27 Juin 2007 - 1:41

D'emblée, le chromatisme appuyé et l'art polyphonique virtuose dela fin contrastant avec le style concertant de certains passage, la déclamation du premier vers, la tonalité tirant vers le mineur surprennent. Une telle débauche technique sur un poème un peu faible et au ton léger (les jeux de mots sur les "feux de l'amour" ! hehe


7- Per estreme ardore (Là ça brule)

Per estreme ardore
Morir potesse un core
Saria ben arso il mio,
Fra tant'incendio rio;
Ma come salamandra nel mio foco,
Vivo per la mia donna in festa e'n gioco,
E se m'avvien tal'hora
Che per dolcezza i' mora,
Mercé d'Amor, risorgo qual Fenice
Sol per viver ardendo ogn'hor felice.


Si par extrême ardeur
Un coeur pouvait mourir,
Le mien serait tellement brûlant
Qu'il propagerait mille incendies.
Mais comme la salamandre dans mon brasier
Je vis pour ma Dame en fêtes et en jeux.
Qu'il advienne alors
Que par ces douceurs je meure,
Alors grâce à Amour, je renaîtrai tel Phenix
Pour vivre ardemment chaque heure, bienheureux.


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antrav
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Mer 27 Juin 2007 - 13:09

Pour ce superbe tryptique, la poésie du Tasse, transfixiante, se fait habiller par tout un jeu virtuose et pertinent de chromatismes, d'intervalles "impies" dès le début de la pièce.

Dans le deuxième paragraphe, d'étranges descentes essoufflées "Or qui manco lo spirto" mêlent habillement travail chromatique et madrigalisme classique (le halètement des voix).

Dans le troisième, les voix détachées commes isolées (l'abandon du poème), l'homorythmie relative, l'inquiétude voire l'affolement, l'angoisse du vers répété comme obsédant "Ito se n'è pur", tous les moyens sont à l'oeuvre pour nous plonger dans l'affliction.

8- Vattene per crudel

"Vattene per crudel,
Con quella pace
Che lasci a me; vattene, iniquo, omai.
Me tosto ignudo spirto, ombra seguace
Indivisibilmente a tergo avrai.
Nova furia, co' serpi e con la face
Tanto t'agitero quanto t'amai.
E s'è destin ch'esca del mar, che schivi
Gli scogli e l'onde e che a la pugna arrivi,

Là tra 'l sangue e le morti egro giacente
Mi pagherai le pene, empio guerriero.
Per nome Armida chiamerai sovente
Ne gli ultimi singulti: udir cio spero."
Or qui manco lo spirto a la dolente,
Né quest'ultimo suono espresse intero;
E cadde tramorti e si diffuse
Di gelato sudore, e i lumi chiuse.

Per ch'ella in se torno, deserto e muto
Quanto mirar potè d'intorno scorse.
"Ito se n'è pur", disse, "ed ha potuto
Me qui lasciar de la mia vita in forse ?
Né un momento indugio, né un breve aiuto
Nel caso estremo il traditor mi porse ?
Ed in pur ancor l'amo, e in questo lido
Invendicata ancor piango e m'assido ?"



"Va-t-en donc, cruel,
Et me laisse en paix.
Va-t-en ingrat.
Bientôt je serai un pur esprit, une ombre tenace
Qui te suivra sans repos,
Nouvelle furie, avec serpes et faux
Je te tourmenterai autant que je t'aime
Et si du sort que peut te réserver la mer, tu réchappes
Des écueils et des flots et que tu gagne la bataille,

Là entre le sang et les morts, gisant et faible,
Tu paieras pour mes peines, guerrier impie.
Le nom d'Armide, souvent tu clameras
Dans tes ultimes sanglots. Voilà ce que j'espère !"
Or ici le souffle manque à la dolente,
Dans cette dernière parole qui reste etouffée.
Elle tomba mourrante et
Glacée de sueur,
Les yeux éteints.

Quand elle revint à elle, seul le désert et le silence
Habitait le regard qu'elle portait alentours.
"Il n'est donc plus là" dit-elle,"il a pu
M'abandonner en me laissant la vie ?
Sans m'attendre, sans me porter secours
Dans ce péril extrême le traitre me laisse.
Et pourtant que je l'aime encore et sur ces rives,
Bafouée, je reste pourtant là, éplorée."
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antrav
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Mer 27 Juin 2007 - 13:31

11- Ch'io non t'ami cor mio ?

A nouveau la tendresse des douces volutes interrogatives de l'amant, l'euphonie de sa confession amoreuse relayée par l'autonomisation de groupes de voix masculines et féminines encore, les soupirs qui maintiennent une certaine homorythmie. Les moyens expressifs restent discrets.
La délicatesse extrême avec laquelle sont conduites les voix sur les deux derniers vers, la durée inattendue de ce développement final, comme l'impossibilité pour l'amant d'abandonner si tôt le plaisir de chanter la sincérité et la puissance de son amour, nous plongent (enfin moi tout au moins Mr. Green) dans un grand bonheur !

Ch'io non t'ami cor mio ?
Ch'io non sia la tua vita, e tu la mia ?
Che per novo desio
E per nova speranza i' t'abbandoni ?
Prima che questo sia
Morte non mi perdoni;
Ma se tu sei quel cor'onde la vita
M'è si dolce e gradita,
Fonte d'ogni mio be, d'ogni desire,
Come poss'io lasciarti e non morire ?



Pourquoi est-ce que je t'aime mon coeur ?
Pourquoi suis-je ta vie et toi la mienne ?
Pourquoi est-ce que je ne t'abandonne pas pour un nouveau désir
Une nouvelle espérance ?
Avant que cela soit,
Que la mort m'emporte.
Mais comme tu es ce coeur qui fait ma vie
Si douce et bienheureuse,
Source de tout bonheur, de tout désir,
Comment pourrais-je te laisser sans en mourir ?
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antrav
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Mer 27 Juin 2007 - 13:41

12- Occhi un tempo mia vita

Occhi un tempo mia vita
Occhi di questo cor, fido sostegno,
Voi mi negate, ahimè, l'usata aita.
Tempo è ben di morire:
A che più tardo ?
A che torcete il guardo ?
Forse per non mirar come v'doro ?
Mirate almen ch'io moro !


Yeux, un temps ma vie.
Yeux de ce coeur, soutien fidèle
Vous me déniez, hélas, le secours ancien.
Le temps est bien celui de mourir,
Pourquoi tarder ?
Pourquoi détournez-vous le regard ?
Peut-être pour ne pas voir combien je vous adore ?
Regardez quand même combien je meurs.
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Philippe
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Mer 27 Juin 2007 - 14:19

vartan a écrit:
Yeux, un temps ma vie.
Yeux de ce coeur, soutien fidèle
Vous me déniez, hélas, le secours ancien.
Le temps est bien celui de mourir,
Pourquoi tarder ?
Pourquoi détournez-vous le regard ?
Peut-être pour ne pas voir combien je vous adore ?
Regardez quand même combien je meurs.

Y'a pas à dire, tes traducs sont bien meilleures que celles de Babel Fish Mr. Green

Citation :
Yeux un temps ma vie
Yeux de ceci cor, j'ai confiance du soutien,
Vous me niez, ahimè, employée aita.
Temps est bien de mourir :
À que plus je tarde ?
À que vous tordez regarde-je ?
Peut-être pour ne pas viser comme v'je dore ?
Visées almen que je moro !

Laughing
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Stadler
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Mer 27 Juin 2007 - 14:25

Philippe a écrit:
Citation :
À que plus je tarde ?
À que vous tordez regarde-je ?

Laughing

C'est une traduction de Johnny Halliday lol!
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Xavier
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Mer 27 Juin 2007 - 17:56

pété de rire
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antrav
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Mer 27 Juin 2007 - 21:06

steph-libouton a écrit:
Philippe a écrit:
Citation :
À que plus je tarde ?
À que vous tordez regarde-je ?

Laughing

C'est une traduction de Johnny Halliday lol!

lol!

Il a dû se faire aider par Jean-Claude Vandamme. Vive la Belgique ! Mr. Green
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antrav
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Jeu 28 Juin 2007 - 1:22

15- Rimanti in pace

Poème ici en deux parties. Mis également en musique par Marenzio.
Terriblement pathétique. La souffrance de la séparation, la partenza, dans toute la splendeur du chromatisme dont est capable Monteverdi à cette époque. Une des plus belles pièces de ce recueil.

"Rimanti in pace", a la dolente e bella
Filide Tirsi sospirando disse.
"Rimanti, io me ne vo; tal mi prescrisse
legge, empio fato, aspre sorte e rubella."
Ed ella, ora dal l'una a altra stella,
Stillando amaro umore, i lumi afisse
Nei lumi del suo Tirsi, e gli trafisse
Il cordi pietosissime quadrella.


Ond'ei di morte la sua faccia impressa
Disse: "Ahi come n'adro senza il mio sole
Di martir in martir, di doglie in doglie."
Ed ella, da singhiozzi e pianti oppressa,
Fievolmente formo queste parole:
"Deh, cara anima mia, chi mi toglie."


"Repose en paix" dit à la belle et douce
Phyllis, Tirsi, en soupirant.
"Reste, je dois m'en aller, tel me l'ordonnent
La loi, le destin impie, le sort âpre et cruel"
Et elle, dans l'instant, de l'une et l'autre de ses prunelles (ou étoiles)
Distillants une lumière farouche, ses yeux plongent
Dans ceux de son Tirsi, et lui transpercent
Le coeur, d'une volée de flèches d'amour.

Tandis que la vie refluait de son visage,
Il lui dit: "Hélas, comment partir sans mon soleil,
De souffrance en souffrance, de deuil en deuil."
Et elle, de sanglots en plaintes, accablée,
Faiblement elle formula ces paroles:
"Ah, ma chère âme, qui t'enlève à moi ?"
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antrav
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Jeu 28 Juin 2007 - 23:36

Et pour augmenter un peu la faible discographie facilement disponible, la version Rooley reste tout à fait bonne, privilégiant un peu plus la beauté vocale au détriment (léger) d'une précision stylistique et polyphonique. Mais très engagé, du bonheur aussi.
D'ailleurs les voix chez Alessandrini ne sont pas ici au mieux de leur forme même si l'interprétation me semble la plus percutante.
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Ven 29 Juin 2007 - 1:22

Quatrième livre de madrigaux à cinq voix (1603)

Tout a changé, le monde n'est plus le même, une aube nouvelle se lève sur cette pauvre humanité qui vivait, ou survivait plutôt, sans connaître les bienfaits universels de l'Opéra.

En effet, le drame lyrique est né à Florence le 6 octobre 1600 avec l'Eurydice de Peri. L'enfant se porte bien, la fête bat son plein à l'occasion du mariage de Henry IV, roi des Francs (et de la Navarre) avec Marie de Medicis.

Le livret est de Rinuccini, nom d'importance qui réapparaîtra souvent dans l'histoire du madrigal monteverdien. Un de ses poème est mis en musique dans ce livre IV.

Peu de temps après cette bombe qui fit dès l'époque l'impression d'une révolution qui lancera tout le nord de l'Italie dans l'expérimentation du genre.

Nous voici donc à l'époque de la rupture qui marque l'entrée de la musique presque officiellement dans l'ère baroque. La réaction ne tarde pas à se faire entendre.

Une des premières querelles entre les anciens et les modernes éclate avec publicité.


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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Ven 29 Juin 2007 - 2:00

Giovanni Maria Artusi, chanoine de Bologne, tâcheron musicien auteur de pages que d'aucuns décrivent comme figées dans le style polyphonique ancien et peu inspirées, a eu vent de l'audition en comité privé chez un noble de Ferrare, en 1598, de madrigaux de Monteverdi qui seront plus tard inclus dans le Livre IV et V.

Artusi va faire imprimer en 1600 à Venise: L'Artusi ou les imperfections de la musique moderne. !!! Tout est dit avec provocation dans le titre.
Sous la forme d'un dialogue, les madrigaux de Monteverdi sont attaqués sous la forme d'exemple d'erreurs à ne pas commettre.
Deux madrigaux sont visés:

Le dyptique: Anima mia perdonna - Che se tu se il cor mio du livre IV
Et Cruda Amarilli, premier madrigal du livre V pour ses audaces harmoniques et ses dissonances sans résolution. On en reparlera.

"Les nouvelles règles qui sont maintenant en usage et les nouveaux modes qui en découlent font que la musique moderne est désagréable à l'oreille... harmonies insupportables aux sens... blessent l'ouïe... mélange de sons... Fautes qui sauteraient aux yeux d'un enfant... et insulte suprême: l'auteur ne tient aucun compte des saints principes ayant trait à la mesure et au but de la musique."

Les saints principes ! L'académie érige les règles polyphoniques comme parole divine gravée par Moïse avec les Tables de la Loi.
L'opuscule a du succès semble-t-il... et le troisième livre de Monteverdi le dernier paru aussi pour le coup. Une quatrième réédition est en cours et ce scandale en fait un réel succès d'édition.

On retrouve ces accusations en 1600 comme en 1900 ou en 2000. La nouveauté, la modernité choque les oreilles confites dans l'habitude et le ronronnement décoratif d'harmonies convenues. Webern, Debussy, Rameau, Stravinsky ont eu à essuyer ce genre d'attaque (et continuent de les recevoir).

Il est évident qu'à partir du Livre IV Monteverdi avance à pas de géants, l'évolution entre chacun des cinq derniers livres est stupéfiante, tout le monde ne suit pas.

Monteverdi ne réplique pas frontalement. Certes l'Italie est un pays civilisé où les récalcitrants tâtent plus rarement du bûcher qu'en France ou dans les états germaniques. Mais s'engager dans cette "dispute" avec un prélat n'est pas chose sans danger. L'Italie du nord jouit cependant d'une très grande liberté et les instances pontificales ont le bon goût de ne pas se mêler d'art d'autant plus qu'elles ne sont pas blanc-bleu dans l'affaire. On aime la musique aussi au Vatican et pas les vieilleries: Emilio 'de Cavalieri ne vient-il pas de créer avec un immense bonheur l'Oratorio la Sacra Rappresentatione di Anima, et di Corpo dans le style florentin ?

Personnellement ce qui me stupéfie c'est l'érotisme parfois limite classé X de certains madrigaux, jeux de mots jouant sur la confusion entre vocabulaires courtois et d'alcove, musique d'une telle précision suggestive autour des "transports" amoureux (Si ch'io vorrei morire par exemple) qu'on se demande comment Artusi se trouvait plus choqué par quelques dissonances et pas par le contenu de cette musique, à moins qu'il soit un peu sourd ?

Ce sont les partitions de Monteverdi qui répondent le mieux à Artusi. Le IV° livre sort et fait de Monteverdi alors le compositeur le plus estimé de toute la péninsule. L'affaire est close.
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Sam 30 Juin 2007 - 0:35

1601. Pallavicino meurt. Ne faisons pas semblant d'être tristes. Aussitôt Monteverdi Montocreneau et se porte candidat à sa succession.
1602 c'est chose faite: il devient chef de la musique de cour.

Il est aussitôt surchargé de travail: ballets, comédies, récitals pour viole, musique de chambre et d'église. Il assume toutes ces tâches avec courage même s'il se dit parfois au bord de la mort et sans sommeil. Il collabore avec le maître de chapelle du Duomo, Lodovico da Viandana, pionnier du style concertant en Italie et premier utilisateur de la basse chiffrée. A ce poste il peut recruter les instrumentistes qui lui permettent de ne pas borner ses exigences et son inspiration. Cette phalange virtuose lui permettra de composer l'Orfeo cinq ans plus tard avec un instrumentarium riche et de ne pas devoir limiter son écriture.

Le 10 avril 1602 il est fait Mantouan et... rédige une longue lettre pour réclamer ses émoluments qui ne lui sont pas versés depuis des mois. Problème qui reviendra souvent obligeant même sa femme à le quitter pour retourner vivre chez son père et lui-même à emprunter régulièrement. Ces tracasseries seront un important point de discorde avec le Duc et le coup de pouce qui décidera Monteverdi à quitter Mantoue pour Venise.

Il a 34 ans. Il fait publier dans la Serenissime le quatrième livre de madrigaux aux bons soins de Ricciardo Amadino. Cette publication onze ans après la dernière est la réponse chantante aux attaques d'Artusi qui le pourfendait à cause de ces "accords de 7° et 9° scandaleux et contraires aux usages établis" !. pété de rire

Comme pour le précédent livre, celui-ci est le plus grand succès d'édtion musicale de l'année et sera l'objet de multiples rééditions tant à Venise qu'en Flandres, en Angleterre (sous forme de mélanges de madrigaux du temps).

Il sort des presses le 1° mars 1603 et est dédié " à l'Académie des Intrepidi de Ferrare" cénacle de nobles lettrés, poètes et musiciens ferrarais parmi lesquels Monteverdi compte tant d'amis qui sauront soutenir son travail, lui passer commandes et proposer des poèmes à mettre en musique.

Dix neuf pièces soit 20 madrigaux (le sixième étant découpé en deux parties).
A la différence des Florentins dont les recherches tout en aboutissant s'éssoufflent, Monteverdi ne cherche pas à faire table rase du passé polyphonique mais à y introduire toutes les possibilités expressives qui sont déjà à sa portée mais en poussant plus loin le bouchon, jusqu'à ce qu'immanquablement il fasse éclater la forme pour avoir voulu développer et enrichir le fond. Il même savoir-faire technique parfait avec un sens mélodramatique nouveau qui font de chacun de ces madrigaux des perles prébaroques, et baroques pour certaines d'entre elles, toutes différentes où chaque question poétique sera résolue musicalement de façon unique.

Le genre va bien à sa perte et Artusi a raison quand il accuse Monteverdi de scier la branche sur laquelle il est assis. Mais Monteverdi a assez de génie pour créer du nouveau en remplacement de l'ancien. Ce qui est assez rare, à l'opposé de tant de domaines artistiques, c'est qu'ici ce genre polyphonique ne connait pas de décadence, d'affadissement mais est transcendé par une nouvelle pratique, un nouveau projet, un nouvel idéal. La Renaissance ensemence l'ère baroque sans transition véritablement perceptible. Pas de manifeste qui signe indubitablement cette évolution, tout un tas de petits changements qui s'amorcent et se fondent dans les années 1600-1610.

L'introduction de la basse continue, les tonalités mineures et majeures plus nettes, la monodie que l'on entend de plus en plus fréquemment, le style déclamatoire qui augmente l'expressivité du chant... Tous ceci est bien en germe dans ce livre IV et sera totalement développé dès le livre V. Mais on verra plus tard.
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antrav
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Sam 30 Juin 2007 - 0:47

Un petit break avec une bonne recette de Tiramisù, ce qui peut se traduire par "emmène moi au septième ciel". Là aussi le fond rejoint la forme.

http://daniele-pasticcere.blogspot.com/search/label/savoiardi
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Sam 30 Juin 2007 - 1:01

Misère, ces traductions !! Bravo, belles en plus.
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antrav
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Sam 30 Juin 2007 - 1:04

DavidLeMarrec a écrit:
Misère, ces traductions !! Bravo, belles en plus.

Non, ne me dis pas ça, je vais fondre. Embarassed
Il y a des passages que je n'aime pas, impossible de rendre la fluidité et la simplicité des mots italiens juxtaposés. Mais j'ai essayé parce que les versions traduites dans les livrets ne mes semblent pas toujours correctes.
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Sam 30 Juin 2007 - 1:09

Non, c'est fidèle et assez naturel. Vraiment, on ne peut pas dire que tu te noies dans ces traduction ni que tu boives la tasse.
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Sam 30 Juin 2007 - 1:12

DavidLeMarrec a écrit:
Non, c'est fidèle et assez naturel. Vraiment, on ne peut pas dire que tu te noies dans ces traduction ni que tu boives la tasse.

Tant mieux, merci. Et c'est très agréable de faire ça même si ce n'est pas terrible. Je trouve qu'on pénètre encore mieux le sens du poème à le décortiquer.
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Sam 30 Juin 2007 - 1:14

Je suis en train de lire les trois Tasse restants du livre III... c'est de la bien belle langue, avec des allitérations difficiles à rendre.
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Sam 30 Juin 2007 - 1:23

Oui, c'est particulièrement vif et touchant. On quitte la beauté plastique de la Renaissance, la langue est encore riche. Rien à voir je trouve avec l'Italien simplissime des livret du seria.
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Sam 30 Juin 2007 - 1:25

Mais comme je le répèterai sans cesse, toujours écouter ces madrigaux avec le texte sous les yeux. Car si le beauté de la polyphonie peut séduire en musique pure, dès que Monteverdi passe à la seconda prattica l'expression musicale est complètement au service du sens et du mot.
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Sam 30 Juin 2007 - 1:29

vartan a écrit:
Oui, c'est particulièrement vif et touchant. On quitte la beauté plastique de la Renaissance, la langue est encore riche. Rien à voir je trouve avec l'Italien simplissime des livret du seria.
Forcément, comparer le Tasse à Métastase, outre l'anachronisme, c'est comparer Hugo à Delavigne. La différence entre l'efficacité et le génie.

Heureusement qu'il y a des valeurs sûres comme Scribe pour nous repérer. coucou

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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Sam 30 Juin 2007 - 1:35

breaking news : Je viens à l'instant de me rendre compte pourquoi le madrigal me lasse plus vite que d'autres genres : ça ne module jamais ! C'est horrible, je veux sortiiiir !

(Je vous assure que je n'ai pas bu.)
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Sam 30 Juin 2007 - 1:39

DavidLeMarrec a écrit:

Heureusement qu'il y a des valeurs sûres comme Scribe pour nous repérer. coucou


Là nous nous rejoignons bien sûr. Very Happy
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antrav
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Sam 30 Juin 2007 - 1:40

DavidLeMarrec a écrit:
breaking news : Je viens à l'instant de me rendre compte pourquoi le madrigal me lasse plus vite que d'autres genres : ça ne module jamais ! C'est horrible, je veux sortiiiir !

(Je vous assure que je n'ai pas bu.)

Mais qu'est-ce que tu veux moduler, on est bien là où on est !

Mais avec les prochains livres, c'est plus aventureux harmoniquement.
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Xavier
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Sam 30 Juin 2007 - 1:41

vartan a écrit:
DavidLeMarrec a écrit:
breaking news : Je viens à l'instant de me rendre compte pourquoi le madrigal me lasse plus vite que d'autres genres : ça ne module jamais ! C'est horrible, je veux sortiiiir !

(Je vous assure que je n'ai pas bu.)

Mais qu'est-ce que tu veux moduler, on est bien là où on est !

J'allais le dire, mais la citation est connue. Smile
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Sam 30 Juin 2007 - 1:42

C'est drôle, je suis capable d'écouter 10 fois ou plus le même madrigal sans aucune lassitude. Ce qui m'étonne d'ailleurs. C'est très condensé mais ça ne m'étouffe pas du tout au contraire.
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antrav
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Sam 30 Juin 2007 - 1:43

Xavier a écrit:
vartan a écrit:
DavidLeMarrec a écrit:
breaking news : Je viens à l'instant de me rendre compte pourquoi le madrigal me lasse plus vite que d'autres genres : ça ne module jamais ! C'est horrible, je veux sortiiiir !

(Je vous assure que je n'ai pas bu.)

Mais qu'est-ce que tu veux moduler, on est bien là où on est !

J'allais le dire, mais la citation est connue. Smile

AUrais-je comme Monsieur Jourdain fait un bon mot sans le vouloir ? C'est de qui ?
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Jaky
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Sam 30 Juin 2007 - 1:45

DavidLeMarrec a écrit:

Heureusement qu'il y a des valeurs sûres comme Scribe pour nous repérer. coucou
Ah oui!
"qui veut acheter mes tartelettes" est impérissable… hehe
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Xavier
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Sam 30 Juin 2007 - 1:45

De Debussy!

Franck lui disait alors qu'il improvisait: "Mais modulez bon sang!"
Et Debussy répondait: "Mais pourquoi voulez-vous que je module alors que je suis bien dans ce ton!"
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Sam 30 Juin 2007 - 1:46

En réalité, c'est fascinant surtout si on s'y immerge. Je trouve ça encore plus exclusif que le lied.
Tu mets le disque, tu prends la partition, tu le chantes, tu joues du positif en même temps et avec les orteils tu rédiges la traduction en vers latins, et là, effectivement, c'est captivant.

Un madrigal en boucle, dans ces conditions (ou à peu près), ça ne me dérange pas du tout.

Mais en écoute sur la longue durée, de plusieurs pièces enchaînées, je trouve ça, suivant les oeuvres, difficile. A cause de l'absence de modulation en particulier, je le crains.
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Sam 30 Juin 2007 - 1:46

Xavier a écrit:
De Debussy!

Franck lui disait alors qu'il improvisait: "Mais modulez bon sang!"
Et Debussy répondait: "Mais pourquoi voulez-vous que je module alors que je suis bien dans ce ton!"

Oui, je connaissais, j'ai dû réutiliser ça sans m'en rendre compte.

Mais c'est drôle ! Laughing
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Xavier
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Sam 30 Juin 2007 - 1:47

DavidLeMarrec a écrit:

Mais en écoute sur la longue durée, de plusieurs pièces enchaînées, je trouve ça, suivant les oeuvres, difficile. A cause de l'absence de modulation en particulier, je le crains.

C'est pour ça que pour l'instant...

Mais dès que l'envie me prendra je m'y mettrai avec les traductions de Vartan. thumright
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Sam 30 Juin 2007 - 1:48

Jaky a écrit:
DavidLeMarrec a écrit:

Heureusement qu'il y a des valeurs sûres comme Scribe pour nous repérer. coucou
Ah oui!
"qui veut acheter mes tartelettes" est impérissable… hehe
Scribe n'a jamais été un grand versificateur. Mais qui peut lui disputer la préséance pour la dramaturgie ? Qui ?
Je parle bien évidemment de ses chefs-d'oeuvre, pas de sa centaine de vaudevilles diversement heureux.
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Sam 30 Juin 2007 - 1:49

Je parle de l'étoile du nord… Wink
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Sam 30 Juin 2007 - 1:52

Oui... qui n'est pas précisément un chef-d'oeuvre ultime (surtout dans la version coupée...).

Robert, Les Huguenots, Le Prophète, Les Vêpres Siciliennes, voilà qui a de l'allure !

L'Etoile du Nord... pourquoi pas le Croisé en Egypte, tant que tu y es !
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Sam 30 Juin 2007 - 1:53

DavidLeMarrec a écrit:


Mais en écoute sur la longue durée, de plusieurs pièces enchaînées, je trouve ça, suivant les oeuvres, difficile. A cause de l'absence de modulation en particulier, je le crains.

C'est un exercice particulier, mais qui me paraît très en cohérence avec mon plaisir à écouter Webern. En tout cas j'en écoute en boucle depuis des jours et des jours et y prends de plus en plus de plaisir. Mais attends le IV et le V surtout avec l'introduction de la basse continue, tout change.
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Jaky
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Sam 30 Juin 2007 - 1:53

DavidLeMarrec a écrit:
Oui... qui n'est pas précisément un chef-d'oeuvre ultime (surtout dans la version coupée...).
3 heures tout de même! Shocked
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Sam 30 Juin 2007 - 2:05

vartan a écrit:
Xavier a écrit:
De Debussy!

Franck lui disait alors qu'il improvisait: "Mais modulez bon sang!"
Et Debussy répondait: "Mais pourquoi voulez-vous que je module alors que je suis bien dans ce ton!"

Oui, je connaissais, j'ai dû réutiliser ça sans m'en rendre compte.

C'est le summum de l'élitisme quand même; sortir des phrases de Debussy sans même s'en rendre compte. Smile
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Sam 30 Juin 2007 - 2:07

La classe, oui ! Cool
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antrav
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Sam 30 Juin 2007 - 8:44

1- Ah, dolente partita (Guarini)
2- Cor mio, mentre vi miro (Guarini)
3- Cor mio, non mori
4- Sfogava con le stelle un inferno d'amore (Rinuccini)
5- Volgea l'anima mia soavemente (Guarini)
6- Anima mia, perdona (1° partie) (Guarini)
7- Che se tu se'il core mio (2° partie) (Guarini)
8- Luci serene e chiare (Arlotti)
9- La piaga c'ho nel core (Gatti)
10- Voi pur da me partita, anima dura (Guarini)
11- A un giro sol de' bell'occhi lucenti (Guarini)
12- Ohimè se tanto amate di sentir di ohimè (Guarini)
13- Io mi son giovinetta (Guarini)
14- Quel augellin che canta si dolcemente (Guarini)
15- Non più guerra, pietate (Guarini)

16- Si ch'io vorrei morire (Moro)
17- Anima dolorosa (Guarini)
18- Anima del cor mio
19- Longe da te, cor mio, stuggomi di dolore
20- Piagne e sospira (Le Tasse)
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Rubato
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Sam 30 Juin 2007 - 8:52

DavidLeMarrec a écrit:
En réalité, c'est fascinant surtout si on s'y immerge. Je trouve ça encore plus exclusif que le lied.
Tu mets le disque, tu prends la partition, tu le chantes, tu joues du positif en même temps et avec les orteils tu rédiges la traduction en vers latins, et là, effectivement, c'est captivant.

Un madrigal en boucle, dans ces conditions (ou à peu près), ça ne me dérange pas du tout.

Mais en écoute sur la longue durée, de plusieurs pièces enchaînées, je trouve ça, suivant les oeuvres, difficile. A cause de l'absence de modulation en particulier, je le crains.

C'est un peu ça pour moi aussi.
Je préfère prendre mon temps pour bien les apprécier.
J'y vais doucement.
Et comme le dit Vartan, avec l'introduction de la basse continue, ce sera différent. Wink
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Sam 30 Juin 2007 - 8:55

Guarini est le poète de ce livre. Rinuccini, le librettiste du premier opéra apporte Sfogava con le stelle, Le Tasse avec Piagne e sospira permet à Claudio de conclure dans des chromatismes assez fous ce recueil.

Guarini est sans doute le poète favori de la cour Mantouane, Le Tasse offre une poésie d'affliction qui ne permet pas à Monteverdi d'explorer toute la palette des émotion. Si le bonheur pastoral simple des débuts (de Monteverdi et du madrigal en général) a disparu, plusieurs de ces madrigaux au coeur du recueil vont aller convoquer la beauté et la vivacité de la nature, ses climats, ses animaux pour refléter l'élan vital, la joie de vivre.
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Sam 30 Juin 2007 - 9:00

Rubato a écrit:
DavidLeMarrec a écrit:
Mais en écoute sur la longue durée, de plusieurs pièces enchaînées, je trouve ça, suivant les oeuvres, difficile. A cause de l'absence de modulation en particulier, je le crains.

C'est un peu ça pour moi aussi.
Je préfère prendre mon temps pour bien les apprécier.
J'y vais doucement.
Et comme le dit Vartan, avec l'introduction de la basse continue, ce sera différent. Wink

Oui, courage mes amis ! hehe

J'avoue vous soumettre à rude épreuve. Moi-même n'ai pas abordé le madrigal dans cet ordre chronologique mais en sens inverse, en partant du livre VIII tellement direct et facile à apprécier pour ensuite m'attaquer aux origines et reculer dans l'oeuvre de Monteverdi et de ses prédécesseurs.

Mais avec la basse continue, puis rapidement l'instrumentation de ces pièces, l'abord en est en effet plus facile. Je ne désespère pas de vous séduire déjà avec le livre IV, il y a là au moins deux chef-d'oeuvres assez captivant à mon avis qui devraient "toucher".
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Sam 30 Juin 2007 - 9:20

Ah dolente partita

Dès le premier vers de ce madrigal et du Livre IV, le ton de profonde tristesse de cette partenza est présent dans les frottements de ces entrées de voix de aiguës, la mouvance de la ligne de chant de l'ensemble en forme de pleurs. Un coup de maître. Les voix aiguës et graves sont traitées de façon assez autonomes.

Le Da te parto e non moro soumet à la douleur presque insupportable, interrogative.

La pena de la morte vient appaiser et suspendre cette affliction. Puis tout s'agite, la vivacité des sentiments amoureux et de cette douleur animent une révolte, des fusées de voix aiguës partent vers le ciel. Tout se résoud dans la mort éternelle et dans le grave des voix d'hommes qui restent seul pour contempler cette fin. J'aime. I love you

Ah, dolente partita !
Ah, fin de la mia vita !
Da te parto e non moro ?
E pur i' provo
La pena de la morte,
E sento nel partire
Un vivace morire,
Che dà vita al dolore
Per far che moia immortalmente il core.


Ah, douloureuse séparation !
Ah, ma vie s'achève !
Je te quitte mais ne meurs ?
Et pourtant j'éprouve
La peine de la mort
Et ressens dans le départ
Un vif sentiment de mort
Qui donne vie à la douleur
Afin de faire mourir éternellement mon coeur.
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Sam 30 Juin 2007 - 9:34

Rien qu'ici Monteverdi modifie complètement le "sens" qu'avait le madrigal dans le cadre de la polyphonie. La dramatisation de la musique qui est la grande affaire de ce temps est clairement annoncé, l'action psychologique devient l'objet du madrigal et non plus sa beauté formelle:

La première partie représente le trouble des sentiments avec cette confusion des voix qui se mêlent dans une homorythmie de la répétition de la plainte. fragmentation des groupes de voix et superpositions des lignes de chant.

Une sorte de retour sur soi et d'interrogation avec e sento nel partire et la disposition en trios de voix.

La révolte avec vivace morire. Dramatisation du chant avec effets d'agitation rythmique.

L'apaisement avec per far che moia qui marque le triomphe de l'écriture harmonique.

Déjà ici Artusi s'arrache les cheveux, le baroque est bien présent.
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Sam 30 Juin 2007 - 17:34

Et la partition pour en profiter à fond ! Mr. Green
Soyez rassurés, je ne ferai pas ça pour tous les autres madrigaux.










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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Dim 1 Juil 2007 - 1:57

Bon je cherches ce que je peut apporter à ce topic et il est si bien fait que c'est vraiment trés difficile !
Peut être juste dire à certains qui le lisent avec l'idée que c'est une musique difficile d'approche et qui du coup hésites a si lancer ...Et bien n'hesitez plus !
Je lit le topic de Vartan et j'ecoute selons ces conseil.
Je n'y connait rien en musique mais le plaisir est la.
Donc ne pouvant apporter de contribution savante j'invite ceux qui, comme moi, ne savent rien a tenter l'aventure sans crainte.
C'est tout simplement trés beau , Vraiment !

C'est une bien modeste contribution mais on fait avec ce que l'on a et ce que l'on est mais on le fait sincerement !
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Dim 1 Juil 2007 - 2:12

Ecoute, je n'en attends pas plus. C'est pour ça que c'est fait, pas pour musicologiser entre connaisseurs. Si j'ai réussi à te faire aimer alors j'ai l'impression d'avoir réussi mon boulot !
Merci ! Wink

Je sais trop bien l'impression d'obstacle à rentrer dans cet univers mais une fois immergé dedans, comme me confiait un célèbre Bordelais, on touche à la beauté infinie (pour moi) de ces oeuvres.
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Dim 1 Juil 2007 - 2:25

Ce qui est touchant ce n'est pas seulement que la beauté soit au bout du couloir mais que la porte qui y donne acces soit ouverte !
Il est plus que probable que je n'entend pas et donc ne profite pas de toute les richesses et complexités de cette musique.
Mais même dans ces conditions c'est une musique qui m'emene et j'aimes les voyages si je dit cela c'est parce que, peut être, certains qui lisent et ne sont pas inscrit hésites...La musique classique a parfois un coté intimidant et sévere mais ici comme dans le Couperin dont nous avions parlé a une autre ocasion je trouve que l'exigence n'est pas austere.
La sobriété n'est pas secheresse et la complexité n'est pas complications.
Le madrigale , je l'entend comme un jeu dont je doit être un partenaire..Il faut jouer avec lui....Accepter de le laisser nous rendre sensible et même parfois intelligent...C'est pas nous c'est lui qui décide..On ne comprendra jamais tout mais on peut parfois ressentir un peu .
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   

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Le Madrigal italien (1530 - 1640)
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