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 Henkemans et musique hollandaise des années 50

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MessageSujet: Henkemans et musique hollandaise des années 50   Lun 2 Juil 2007 - 17:33

On était monté à Amsterdam un week-end, dans une caisse pourrie : on s’était perdus sur le ring, autour de Rotterdam, sans parvenir à en sortir après avoir fait trois fois le tour de la ville, pour échouer dans une auberge de jeunesse pourrie avec rangées de lits de caserne. C’est la fois où je me suis fait vendre du tabac à priser sur la place du Dam et que j’ai acheté la sonate pour cor de Beethoveen au Monoprix voisin. Et Warlock et Chagrin, car il n’y avait pas d’enregistrements de musique indigène disponible dans les grandes surfaces.

Il m’arrive encore certaines nuit de rêver d’Amsterdam où je ne suis allé brièvement que trois fois, ou plutôt d’une ville qui y ressemble et que mes souvenirs inconscients mélangent avec la vision des bras de l’Elbe sous l’orage, plongeant dans le centre historique de Hambourg.
En ce temps-là – au temps du vinyl- il n’y avait pas de vrai magasin de disques à Amsterdam, ou bien j’étais plus mal renseigné que sur les sex-shops… J’avais fini quand même par trouver une boutique exiguë aux abord du canal principal, qui vendait la même chose que partout en Europe, des DG sans la double pochette d’usage en France, résultat identique à mes recherches infructueuses à Vintimille pour trouver du Malipiero.
Oui, pas d’internet non plus, aucune chance de localiser des surplus épuisés dans une boutique en ligne d’Hollywood Bvd ! Je n’oublierai jamais la tête du vendeur à qui j’avais demandé en anglais des disques de compositeurs des Pays-Bas, et ses longues hésitations pour aller me chercher en réserve un double album promotionnel non commercialisable d’œuvres du cru. Je devais m’y prendre 20 ans trop tard, ou 20 ans trop tôt !

En ressortant ce disque verdasse, illustré des pochettes d’origine des vinyls Philips, je me rends compte que c’était déjà une publication du label Donemus qui restitue depuis quelques temps le répertoire hollandais des années 50 en CD. Le programme (forcément alléchant puisque je ne connaissais aucun des noms des compositeurs représentés sur les 4 faces de ce précieux document) était le suivant :
-Léon Orthel Symphonie n°2 « Piccola sinfonia » (1940)
-Hendrick Andriessen (le prénom importe il y en a 2 autres) Ricercare (1949)
-Henk Badings Symphonie n°3 (1934)
-Sam Dresden Dansflitsen (Dance flashes : 1951)
-Willem Pijper Six adagios (1940)
-Hans (Hank) Henkemans Concerto pour violon et orchestre (1950)

Hormis Badings –centenaire oblige- et Andriessen, à cause de la confusion avec Louis l’américain, peu de ces noms sont passés à la postérité. Ils n’ont même pas la réputation de Zweers ou Wagenaar. La compilation était pourtant bien faite, ils continuent à représenter les compositeurs néerlandais les plus en vue de cette époque, il n’y manque que Horst, Flothuys et Otterlo, Vermeulen ayant acquis une certaine réputation, mais j’ai longtemps cru qu’il était belge !

En fait je me rends compte à travers ces musiciens, que c’est finalement autour de cette période des années 30 à 60 que tourne majoritairement mon goût pour la musique du 20ème siècle, toute cette génération de 1905, qui, à peine arrivée à se faire entendre a été presque aussitôt reléguée au rang des plus absolues ringardises par la mode des modernistes, second sérialistes et électro-accousticiens promus au rang de génies novateurs portés aux nues par la critique, et dont la plupart sont retombés, 50 ans après, dans un anonymat complet dont il faut espérer qu’ils ne ressortiront guère.

Les aléas politiques et historiques font qu’on peut se pencher à nouveau sur cette période négligée de la musique classique qui a produit tant de grands auteurs russes, anglais, américains (français aussi encore considérés comme de second rang ou monomaniaques, tels Françaix, Sauguet, Milhaud) et dont il est grand temps de reconsidérer l’importance alors qu’on se perd dans les mollassoneries des Baltes et les curiosités exotiques de quelques asiatiques plus opportunistes et mieux rompus aux pré-requis d’une publicité tapageuse.

En ce qui concerne les Pays-Bas, deux éléments importants expliquent que cette floraison musicale ne soit pas tombée dans un oubli total. Après la guerre, les principaux orchestres néerlandais se sont trouvé être dirigés par des nationaux dont le rayonnement dépassait largement leur pays d’origine : de très grand chefs (Oterloo, de Waart, von Beinum) ont résolu de mettre au programme de leurs concerts la musique de leurs contemporains. L’importance du développement de la firme Philips a permis de conserver quelques enregistrements majeurs de leur musique, considérée avec grand sérieux, chance que n’ont pas eu les Lazzari ou les Laparra, y compris dans des enregistrement de studio réalisés avec le même soins qu’on accordait au répertoire classique. Les grands interprêtes du temps, Théo Olof, le violoniste, la harpiste Phia Berghout, de Leeuw, ont suscité nombre de créations originales : une situation comparable à celle qui se présentait en Union soviétique autour d’Oïstrakh et de Rostropovich. La dénazification n’a guère écarté durablement des podiums que Mengelberg, et même les chefs étrangers, Kubelik, Monteux, se sont pliés aux coutumes locales pour donner des versions éloquentes d’un répertoire qu’ils n’auraient pas abordé s’ils n’avaient été les invités récurrents du Royal Concertgebouw.

Curieusement cette musique parait plus tournée vers la France que vers les racines allemandes, elle devrait logiquement nous parler avec plus de pertinence que celle des émigrés d’Europe centrale qui ont cru trouver aux Etats-Unis une seconde patrie pour n’être finalement que mieux broyés par la grosse machine libérale et commerciale de l’amérique triomphante.
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MessageSujet: Re: Henkemans et musique hollandaise des années 50   Lun 2 Juil 2007 - 17:36

Hans Henkemans est né à La Hague en 1913 et mort à Nieuwegein en 1995.
Les musicologues retiendront sans doute qu’il fut un des grands pianistes hollandais de son temps, élève de Sigtenhorst Meyer à partir de 1933 (mais déjà diplomé de l’université d’Utrecht), auteur d’un premier concerto pour son instrument à 19 ans, dont il n’existe bien sûr pas le moindre enregistrement.

De 1945 à 1969, Henkemans fit une carrière de soliste remarquée, il joua plus d’une cinquantaine de fois avec le Concertgebouw et laisse une discographie importante, dont une intégrale des pièces pour piano de Debussy et des concertos de Mozart. On trouve en CD sa version des préludes, mais mahleureusement pas les 12 qu’il fut sans doute le premier à orchestrer. A partir de 1938, il fut le disciple de Willem Pijper, même si son originalité en tant que compositeur le fit bientôt dépasser le maître.

Curieusement aujourd’hui ce n’est pas dans le domaine de la musique que son influence est la plus sensible. Henkemans mena en même temps des études de médecine et se spécialisa en psychiâtrie. Après 1969, il s’éloigna un peu du monde musical, sans cesser de composer cependant, pour pratiquer le métier d’analyste, et rédigea plusieurs ouvrages théoriques sur sa pratique de la psychothérapie. Ses recherches dans ce domaine paraissent centrées autour de la notion de « sublimation » par la pratique artistique dans la cure des névroses et psychoses, mais mon peu de pratique du néerlandais ne me permet guère d’en savoir plus. Peut-être certains amateurs de Rops pourront-ils nous éclairer à cet endroit :

Citation :
Citation de Wiki.nl
In 1981 promoveerde Henkemans in de psychiatrie op het proefschrift Aspecten van de sublimatie, haar stoornissen en de therapie hiervan. Op basis van de ervaringen die hij had opgedaan in zijn praktijk als psychiater – en dan voornamelijk met musici - heeft hij het creatieve proces geanalyseerd. Elk Ik, zo stelt Henkemans, wordt tijdens de groei naar volwassenheid gefrustreerd. Die frustratie kan leiden tot een vorm van sublimatie in het kunstwerk, "een - tot het voordeel van het individu - geslaagde vorm van afweer, waarbij de, doorgaans uit de vroegste kinderjaren stammende driften omgevormd worden tot handelingen, die qua inhoud weliswaar een aanzienlijke wijziging hebben ondergaan, doch waarvan de begeleidende emoties onveranderd zijn gebleven." De sublimatie levert via een instinctief-creatief proces een kunstwerk op. Is de sublimatie echter gebaseerd op identificatie (dat wil zeggen imitatie van een ander), dan verloopt het persoonlijke afrekenen met de impuls niet optimaal, en kan een neurose of neurotisch gedrag (bijvoorbeeld agressie) het gevolg zijn.

Henkemans enseigna la composition et l’orchestration au conservatoire de Groningen, parallèlement à ses activités médicales. Heureusement le peu de sa musique accessible parle encore pour lui, et notamment le concerto pour violon de 1950 qui apparait de temps en temps dans les compilations du RCO.
Le catalogue de ses oeuvres est assez impressionnant, mais, dans le système dans lequel nous vivons, s’il n’y a pas de demande, l’offre meurt d’elle-même; un aperçu:
1932 Concerto pour piano en orchestre à cordes
1934 1er Quintette à vents
1936 Ballade pour contralto et orchestres(sur un texte de Charles d’Orléans)
Sonate pour violoncelle et piano
1941-42 Passacaglia et gigue pour piano et orchestre
1944 Printemps pour vents et cordes
Sonate pour violon et piano
1945-46 Concerto pour flûte et orchestre
1946 De tooverfluijt, ballade pour ténor et orchestre
1950 Concerto pour violon et orchestre
1954 Concerto pour alto et orchestre
1955 Concerto pour harpe et orchestre
1960 Partita pour orchestre
1962 Barcarola fantastica pour orchestre
1963 4 pièces pour flûte et harpe
1964 2ème Quintette à vents
Dona montana 3 études pour orchestre
1965 Villonerie pour baryton et orchestre (3 mélodies)
Aere festivo pour trois trompettes et 2 trombones
1967 4 Élégies - in memoriam Pierre Monteux pour 4 flutes et orchestre
1967-68 Tre aspetti d’Amore pour choeur et orchestre
1972-73 Canzoni amorosi del duecento pour soprano, baryton, piano et orchestre
1977 Winter Cruise, opera en 3 actes (d’après Sommerset Maugham)
1981 Concerto pour cor et orchestre
1985-87 Riflessioni 3 pièces pour petit orchesre
1988-89 Concerto pour violoncelle et orchestre
1991 Chamber Music (James Joyce) cycle de 8 mélodies avec petit orchestre
1992 3ème concerto pour piano et orchestre
Catalogue non exhaustif, comprenant aussi de très nombreuses pièces pour piano, une symphonie parait-il, mais allez savoir...
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felyrops
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MessageSujet: Re: Henkemans et musique hollandaise des années 50   Lun 2 Juil 2007 - 20:49

Volontiers Sud.
"En 1981, Henkemans a promu en psychiatrie sur la thèse 'Aspects de la sublimation, ses troubles et sa thérapie'. Sur base de ses expériences en tant que psychiâtre -principalement avec des musiciens- il a analysé le processus de la création. Tout ego, dit-il, est sujet de frustrations dans son évolution vers la maturité. Cette frustration peut mener à une forme de sublimation dans la création artistique, 'une forme réussie (au bénéfice de l'individu) d' autodéfense, dans laquelle les mouvements du coeur datant de l'enfance sont transformés en actions, dont le contenu a bien sûr subi une importante mutation, mais dont les émotions accompagnatrices sont restées les mêmes'. La sublimation mène via un processus instinctif-créatif à une oeuvre d'art. Si, par contre, la sublimation est basée sur une identification (je veux dire: imitation d'une autre personne), alors l'impulsion n'est pas assumée d'une façon optimale, pouvant avoir comme resultat une neurose ou un comportement neurotique (par exemple l'agression).

J'espère avoir réussi, mais c'est tout un boulot de traduire un texte barbare dans une langue qui ne m'est pas maternelle. J'en doute que le mot 'neurose' soit français, m'enfin, vous comprenez ce que je veux dire.
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MessageSujet: Re: Henkemans et musique hollandaise des années 50   Lun 2 Juil 2007 - 21:20

Merci pour l'effort: intéressant en effet, même si ça reste touffu, sans doute aussi à cause de mon manque de familiarité avec certains concepts psychanalytiques (au fond un résumé des travers des critiques Mr. Green )
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antrav
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MessageSujet: Re: Henkemans et musique hollandaise des années 50   Mar 3 Juil 2007 - 1:22

Je le trouve très inégal ce Henkemans ! Mr. Green

Il a commis un Concerto pour violon assez bavard, mais tout a fait honnête techniquement et très violonistique. Mais on a l'impression de l'avoir entendu déjà 10 fois et avec moins de bonheur qu'avec les compositeurs soviétiques ou... Sibelius. Je décroche au bout de dix minutes, rien à faire, trois essais.

Toute autre est l'impression que me laisse son superbe Concerto pour harpe. Sans doute le/la harpiste est-elle/il un grand virtuose. Arachnéen, archaïque, inquiétant, grondements des cordes basses, climat envoutant de mystère antique. Vraiment saisissant. Sans doute comme tu le soulignes, Henkemans n'a pas réinventé l'eau chaude avec sa musique, mais rien que pour ce concerto il méritait ton beau sujet. Wink

Le succès autochtone des musiciens hollandais pourrait être lié aussi au travail de stakhanovistes des orchestres bataves, j'ai lu quelque part que le Concertgebow était l'orchestre qui donnait le plus de concert au monde, quelques 400 par an ! Ce qui doit donner l'occasion d'honorer leurs artistes locaux. Et ce n'est certainement pas un fait récent. C'est un pays de gens sérieux et laborieux.

Par contre, ce que je devine des théories psychanalytiques du bonhomme me paraissent bien obscures.
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Stadler
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MessageSujet: Re: Henkemans et musique hollandaise des années 50   Mar 3 Juil 2007 - 8:45

Tout à fait d'accord avec Vartan pour le concerto pour harpe.

Pour contre, un peu sévère sur celui pour violon, je trouve Mr. Green Wink
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MessageSujet: Re: Henkemans et musique hollandaise des années 50   Mar 3 Juil 2007 - 10:56

merci de votre intérêt: je suis resté très attaché à ce concerto pour violon d'Henkemans -que j'ai dû connaître avant celui de Sibélius-: il faut dire que pendant plus de 20 ans je n'ai eu que ça à me mettre sous la dent. Sorti des russes, il n'y a pas tant de grands concertos pour violon dans la deuxième moitié du 20ème (Walton, Sheriff, Tuur). Je trouve que celui d'Henkemans est d'un équilibre remarquable et se détache des grands modèles de l'après Brahms.

Je n'ai découvert qu'hier en créant le sujet qu'Henkemans était aussi psychanaliste, donc à part ce qu'en dit Wiki (merci Felyrops) j'aurais du mal à en dire grand-chose.
J'ai été frappé aussi par le côté fantômatique du concerto pour harpe qui fait forcément penser à Caplet. Henkemans parait être resté à l'écoute des évolutions de la musique de son temps et celle des années 70 est de moins en moins néo-romantique.
J'ai pensé que ça valait le coup d'en parler car j'ai eu un grad choc en découvrant le disque du label Donemus "composer's voice" que Philippe brilsmurf a trouvé (merci cent fois). Je parlerai plus en détail des Villoneries et des 3 aspetti d'amore qui m'ont véritablement stupéfié (à l'égal de la 6ème symphonie de Tischenko, c'est dire!). On trouve aussi sur le même disque le concerto pour alto et les 4 élégies pour 4 flutes et orchestre.

Appel au peuple: si quelqu'un tombe sur certaines oeuvres -il semble qu'on trouve le concerto pour flûte et la partita pour orchestre sur de vieilles compils (fouillons les médiathèques), je vous serais reconnaissant de m'en parler. Je suis même prêt à réécouter la musique de piano de Debussy pour découvrir le pianiste...


Dernière édition par le Mar 3 Juil 2007 - 11:09, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Henkemans et musique hollandaise des années 50   Mar 3 Juil 2007 - 11:05

Extraits écoutables sur le 3ème CD SUR CE LIEN en sélectionnant Henkemans dans la liste des compositeurs.

Pour le pianiste dans Debussy, c'est SUR CE LIEN
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MessageSujet: Re: Henkemans et musique hollandaise des années 50   Mar 3 Juil 2007 - 14:47

voici les trois poèmes constituant "Villonerie".

Citation :
1.Le Debat du Cueur et du Corps de Villon
En forme de Ballade

Qu’est-ce que j’oy ? — Ce suis-je. — Qui ? — Ton cueur,
Qui ne tient mais qu’à ung petit filet,
Force n’ay plus, substance ne liqueur,
Quand je te voy retraict ainsi seulet,
Com pouvre chien tappy en recullet.
— Pourquoy est-ce ? — Pour ta folle plaisance.
— Que t’en chault-il ? — J’en ai la desplaisance.
— Laisse m’en paix ! — Pourquoi ? — J’y penseray.
— Quand sera-ce ? — Quant seray hors d enfance.
— Plus ne t’en dy. — Et je m’en passeray.

— Que penses-tu ? — Estre homme de valeur.
— Tu as trente ans. — C’est l’aage d’ung mullet.
— Est-ce enfance ? — Nenny. — C’est donc folleur
Qui te saisit ? — Par où ? — Par le collet.
Rien ne congnois. — Si fais : mouches en laict :
L’ung est blanc, l’autre est noir, c’est la distance.
— Est-ce doncq tout ?-Que veulx-tu que je tance ?
Si n’est assez, je recommenceray.
— Tu es perdu ! — J’y mettray resistance.
— Plus ne t’en dy. — Et je m’en passeray.

— J’en ay le dueil ; toi, le mal et douleur.
Si fusse ung povre ydiot et folet,
Au cueur eusses de t’excuser couleur :
Se n’as-tu soing, tout ung, tel, bel ou laid,
Ou la teste as plus dure qu’ung jalet,
Ou mieulx te plaist qu’honneur ceste meschance !
Que respondras à ceste conséquence ?
— J’en seray hors quand je trespasseray.
— Dieu, quel confort ! — Quelle saige eloquence !
— Plus ne t’en dy. — Et je m’en passeray.

— D’ond vient ce mal ? — Il vient de mon malheur.
Quand Saturne me feit mon fardelet,
Ces maulx y mist, je le croy. — C’est foleur :
Son seigneur es, et te tiens son valet.
Voy que Salmon escript en son roulet :
« Homme sage, ce dit-il, a puissance
Sur planètes et sur leur influence. »
— Je n’en croy rien ; tel qu’ilz m’ont faict seray.
— Que dis-tu ? — Rien. — Certe, c’est ma créance.
Plus ne t’en dy. — Et je m’en passeray.

ENVOI.

— Veux-tu vivre ? — Dieu m’en doint la puissance !
— Il te fault... — Quoy ? — Remors de conscience ;
Lire sans fin. — Et en quoy ? — En science ;
Laisse les folz ! — Bien, j’y adviseray.
— Or le retiens. — J’en ay bien souvenance.
— N’attends pas tant que tourne à desplaisance.
Plus ne t’en dy. — Et je m’en passeray.



2.Ballade [pour Robert d’Estouteville]
Que Villon donna à un gentilhomme, nouvellement marié, pour l’envoyer à son espouse, par luy conquise à l’espée.

Au poinct du jour, que l’esprevier se bat,
Meu de plaisir et par noble coustume,
Bruyt il demaine et de joye s’esbat,
Reçoit son per et se joint à la plume :
Ainsi vous vueil, à ce désir m’allume.
Joyeusement ce qu’aux amans bon semble.
Sachez qu’Amour l’escript en son volume,
Et c’est la fin pourquoy sommes ensemble.

Dame serez de mon cueur, sans debat,
Entierement, jusques mort me consume.
Laurier soüef qui pour mon droit combat,
Olivier franc, m’ostant toute amertume.
Raison ne veult que je desaccoustume,
Et en ce vueil avec elle m’assemble,
De vous servir, mais que m’y accoustume ;
Et c’est la fin pourquoy sommes ensemble.

Et qui plus est, quand dueil sur moy s’embat,
Par fortune qui sur moy si se fume,
Vostre doulx œil sa malice rabat,
Ne plus ne moins que le vent faict la fume.
Si ne perds pas la graine que je sume
En vostre champ, car le fruict me ressemble :
Dieu m’ordonne que le fouysse et fume ;
Et c’est la fin pourquoy sommes ensemble.

(L'envoi n'est pas dans l'oeuvre d'Henkemans)

3.Tétrastique:
Le Quatrain que feit Villon quand il fut jugé à mourir.

Je suis François, dont ce me poise,
Né de Paris emprès Ponthoise.
Or d’une corde d’une toise
Saura mon col que mon cul poise
.
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MessageSujet: Re: Henkemans et musique hollandaise des années 50   Mar 3 Juil 2007 - 15:07

La première pièce, la plus longue, demande un chanteur capable de faire entendre deux voix, l'une dans les graves, l'autre aiguë, et doué d'un certain talent de comédie, de façon à jouer les deux personnages qui dialoguent. On notera l'éclairage singulier que la musique apporte au texte, peu connu, de Villon, et notamment au refrain de la ballade, toujours joué différemment, martelé, détaché dans un staccato très original, à l'ironie mordante. Ces particularités aurait dû encourager les solistes à mettre plus souvent à leur programme de récital cette oeuvre à effets, tout à fait saisissante: on imagine l'étonnement qu'elle pourrait produire au concert à côté des chansons de Don Quichotte de Ravel par exemple.
La musique, assez aride, très directe, ne peut manquer de faire penser aux grands cycles de Chostakovich. La maîtrise de la pâte orchestrale se fait de plus en plus spectaculaire à mesure qu'on progresse, s'épanouissant dans le final en un large prélude, presque en soi un poème symphonique, qui tient plus de la marche militaire que de la marche funèbre.

On trouve d'autres exemples de mise en musique de mélodies à base de textes français dans la production néerlandaise: le plus connu est le diptyque de Pijper, La Maumariée. Sur Henkemans plane évidemment l'ombre tutélaire de Debussy, l'un des rares compositeurs à avoir tenté l'expérience d'habiller de musique les textes de Villon. L'oeuvre se pose comme une sorte de trait d'union entre l'Est et l'Ouest, entre le passé médiéval et le paysage sonore contemporain, une sorte de recherche du juste milieu.
Je n'y venais qu'à reculons: j'en suis resté ébahi.

Encore cela n'est-il rien par rapport au cycle suivant, bouleversant, qui reprend des textes de philosophes latins, dont Abélard.
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MessageSujet: Re: Henkemans et musique hollandaise des années 50   Mar 3 Juil 2007 - 15:30

sud273 a écrit:
Citation :
3.Tétrastique:
Le Quatrain que feit Villon quand il fut jugé à mourir.

Je suis François, dont ce me poise,
Né de Paris emprès Ponthoise.
Or d’une corde d’une toise
Saura mon col que mon cul poise
.

Tiens j'avais repris ce texte quand on avait parlé de l'accession de Fillon au poste de Premier Ministre ICI.

Quelle coïncidence Mr. Green Wink
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MessageSujet: Re: Henkemans et musique hollandaise des années 50   Mar 3 Juil 2007 - 17:54

J'ai lu sur Wiki.nl que, tout comme notre ami Luc, il a aussi orchestré les 12 préludes de Debussy...
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MessageSujet: Re: Henkemans et musique hollandaise des années 50   Mer 4 Juil 2007 - 13:03

Si le beau Concerto pour alto reste plus valable que celui pour violon, là encore une belle connaissance de l'instrument, ces mélodies sur Villon sont stupéfiantes. Le poète est vraiment bien servi.
On sent nettement plus ici les influences françaises, raveliennes (des madécasses aussi dans la netteté tranchante de cette orchestration qui semble découper chaque vers) et debussystes. Très beau.
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MessageSujet: Re: Henkemans et musique hollandaise des années 50   Mer 11 Juil 2007 - 13:53

Citation :
-Léon Orthel Symphonie n°2 « Piccola sinfonia » (1940)
-Hendrick Andriessen (le prénom importe il y en a 2 autres) Ricercare (1949)
-Henk Badings Symphonie n°3 (1934)
-Sam Dresden Dansflitsen (Dance flashes : 1951)
-Willem Pijper Six adagios (1940)

Le reste de tes découvertes amstellodamoises (quel drôle d'endroit) ne m'a pas convaincu plus que ça en dehors de la belle symphonie n°3 de Henk Badings, pathétique, belle orchestration. On reste tonal mais avec quelques déchirements chromatiques bienvenus. Un bel adagio.
Me paraît plus inspirés que les autres qui abusent un peu de l'orchestre...
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MessageSujet: Re: Henkemans et musique hollandaise des années 50   Mer 11 Juil 2007 - 14:18

je dois dire ce que ce sont de vieux souvenirs, Dresden et Orthel sont des hits de ces années 50 un peu éclipsés aujourd'hui: oui je devrais creuser plutôt vers Badings et Pijper.
Même pas le ricercare d'Hendrick Andriessen? je devrais avoir un avis plus éclairé sur lui dans quelques temps.
L'intuition de base était bien Henkemans
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MessageSujet: Re: Henkemans et musique hollandaise des années 50   Mer 11 Juil 2007 - 14:25

Henkemans sort du lot je pense. Pour Andriessen, l'exercice de style du Ricercare semble réussi mais un peu froid comme musique. Difficile de juger sur 7 minutes de musique. On dirait à certains moment du Williams !
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Henkemans et musique hollandaise des années 50   Sam 28 Juil 2007 - 16:55

Bien, après la découvert dans le BT, j'ai ouvert ce disque...

Je suis mitigé moi aussi. Le concerto pour alto est bien écrit, mais sans originalité non plus. Les Elégies et Tre Aspetti d'Amore sont dans un style posttonal un peu déprimé qui ne me ravit pas beaucoup.

En revanche, les Villonneries, malgré quelques répétitions ou longueurs, et remarquablement interprétées par l'indispensable Kruysen, sont véritablement fascinantes, j'y retrouve le Debussy d'Usher, avec ces bizarreries envoûtantes, ces discontinuités évocatrices. Ca vaut la peine d'être connu, vraiment, et je suis vraiment séduit. Recommandé. Smile
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MessageSujet: Re: Henkemans et musique hollandaise des années 50   Dim 8 Aoû 2010 - 22:07

Je découvre en ce moment la musique de Ton de Leeuw (1926 - 1996), via le disque que lui a consacré le Chœur de chambre des Pays-Bas.

Paraît-il qu'il s'attachait à jeter des ponts entre musiques occidentales et orientales (le Moyen-Orient en particulier, en tout cas dans les œuvres présentes sur le disque que j'ai entre les mains). Bon, l'influence est manifeste dans le choix des thèmes, mais ça ne se ressent pas des masses à l'audition. Apparemment, une constante de son œuvre est l'utilisation d'une modalité élargie, qui serait un bagage commun aux cultures européennes et asiatiques, mais c'est bien le genre de trucs qu'une oreille inexpérimentée à bien du mal à percevoir, qui plus est dans des pièces contemporaines...

Transparence (1986) est écrit pour chœur à 18 voix et cuivres, sur des textes de mystiques arabes (Mansur al-Hallaj, Ibn Abbad al-Rundi...). C'est assez curieux. Je ne saurais pas dire s'il y a des pôles précis, en tout cas c'est franchement consonant par instants, avec des passages harmoniquement flous au milieu, très éthérés. Pas mal de prises dans cette musique, le matériau thématique est perceptible la plupart du temps (dans la première pièce, par exemple, qui est un genre de canon). L'accompagnement instrumental est chouette, la moëllosité des trombones souligne bien la spiritualité du propos. On se laisse bercer, on se réveille lors de quelques moments un peu crus. J'ai un peu de mal à percevoir le lien entre texte et musique parfois (mot à mot, je veux dire. L'idée y est, hein, c'est contemplatif comme il faut, triomphant parfois), mais finalement ça ne perturbe pas trop l'écoute. Attention à quelques passages qui font un peu chant de messe à la con (fin du troisième poème)...

Car nos vignes sont en fleur (1981), sur un extrait du Cantique des Cantiques, est écrit pour chœur a cappella. Bon c'est pas follement entraînant. Le texte est beau (je précise que de Leeuw compose sur des poèmes traduits en français). Les lignes vocales se meuvent tout doucettement, on pioche des beaux accords de-ci de-là, ils sont parfois joliment amenés, mais bon ça reste une pièce d'inspiration religieuse assez confortable à l'oreille et d'un abord surtout méditatif, enfin à ce qu'il me semble...

Je saurais pas trop de quoi rapprocher ça, pour ceux qui veulent se faire une idée plus précise... Pärt, peut-être ? Pas spécialement l'intention de réécouter, quelqu'un sait si d'autres compositions, profanes par exemple, ou purement instrumentales valent le détour ?
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hommepiano
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MessageSujet: Re: Henkemans et musique hollandaise des années 50   Jeu 27 Déc 2018 - 20:31

WILLEM PIJPER _compositeur neerlandais
1894_1947
https://fr.wikipedia.org/wiki/Willem_Pijper

j'écoute sa Symphony 3 (°1926)
Radio Philharmonic Orchestra par Jac van Stee
watch?v=MguYHzgVeYI

+Halewijn (K. 86, 1932, rev. avril 1934), Drame symphonique en deux actes et neuf scènes
Orchestra: Omroeporkest
Conductor: Edward Downes
watch?v=30oqX77E2Qw

chers david xavier benedictus......surtout l'opéra........pour vous !
http://mvmm.org/m/docs/pijper.html
Willem Pijper (1894- 1947) est le plus important compositeur néerlandais du XXe siècle.

je suis à la 20eme minute de cet opera HALEWIJN il faut écouter cela c'est splendide, je vais l'écouter en entier, il dure seulement 1h30.
influence de debussy......40mn_46mn/ je suis à 15mn de la fin...si j'arrive à écouter cela tout le monde y arrivera.
super découverte
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Henkemans et musique hollandaise des années 50   Ven 28 Déc 2018 - 2:09

hommepiano a écrit:
Willem Pijper (1894- 1947) est le plus important compositeur néerlandais du XXe siècle.

Non. Smile C'est l'une des figures importantes, oui, mais il en existe beaucoup en réalité, même s'ils sont restés peu célèbres : la figure tutélaire Diepenbrock bien sûr (il faut absolument écouter son Hymne à Rembrandt !), mais aussi Voormolen, van Gilse, les deux Andriessen et beaucoup d'autres. Donc difficile de balancer juste un nom, d'autant que Pijper était au milieu de controverses, pas le représentant d'un courant unifié (il était assez odieux avec ses collègues, d'ailleurs). Dans tous ceux-là, c'est même Pijper que j'aime le moins : certes tourmenté, mais je ne lui trouve pas le plus de relief.

Je n'ai écouté que des extraits de ses opéras, je vais essayer celui que tu mentionnes, merci.
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MessageSujet: Re: Henkemans et musique hollandaise des années 50   Ven 28 Déc 2018 - 12:26

DavidLeMarrec a écrit:
hommepiano a écrit:
Willem Pijper (1894- 1947) est le plus important compositeur néerlandais du XXe siècle.

Non. Smile  C'est l'une des figures importantes, oui, mais il en existe beaucoup en réalité, même s'ils sont restés peu célèbres : la figure tutélaire Diepenbrock bien sûr (il faut absolument écouter son Hymne à Rembrandt !), mais aussi Voormolen, van Gilse, les deux Andriessen et beaucoup d'autres. Donc difficile de balancer juste un nom, d'autant que Pijper était au milieu de controverses, pas le représentant d'un courant unifié (il était assez odieux avec ses collègues, d'ailleurs). Dans tous ceux-là, c'est même Pijper que j'aime le moins : certes tourmenté, mais je ne lui trouve pas le plus de relief.

Je n'ai écouté que des extraits de ses opéras, je vais essayer celui que tu mentionnes, merci.
la symphonie n°3 de Pijper est tout de même belle....le 1er mouvement est splendide..je n'ai jamais dit qu'il était le plus grand compositeur neerlandais j'ai bêtement copié collé un titre d'article à son sujet.
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