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 Théâtre

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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Théâtre   Dim 27 Aoû 2017 - 11:05

Parsifal a écrit:
DavidLeMarrec a écrit:
Si on parle de ce qui s'étudie à l'école, oui, réforme après réforme, c'est Molière pendant quatre ans au collège (avec une exception tragique en troisième), et potentiellement à nouveau avec Dom Juan ou le Misanthrope au lycée…

C'est juste pour qualifier le registre de la pièce ou c'est une perfidie a l'égard de ce pauvre Anouilh? Mr. Green

Personne n'est obligé de (faire) lire Anouilh, Dieu / la DGESCO soit loué(e) !
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Parsifal
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MessageSujet: Re: Théâtre   Dim 27 Aoû 2017 - 11:11

n’empêche que ça reste un classique des classes de troisième (je serais bien étonner d'être le seul a y avoir eut droit)
Dans mon souvenir ça n'était pas désagréable, j'avais essayé de le relire il n'y a pas longtemps, et bon... c'est gentil quoi
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anaëlle
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MessageSujet: Re: Théâtre   Dim 27 Aoû 2017 - 11:18

.


Dernière édition par anaëlle le Dim 21 Oct 2018 - 20:59, édité 2 fois
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Parsifal
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MessageSujet: Re: Théâtre   Dim 27 Aoû 2017 - 11:27

anaëlle a écrit:
Pour ma part, je n'ai quasiment jamais fait de Molière, uniquement en 6e.

Moi, Moliére c'était surtout en quatrième et un peu en troisième, et au lycée avec Don Juan.
Mais bon je n'ai pas attendus les profs pour lire Moliére, Racine et Corneille (et Rostand)
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Bertram
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MessageSujet: Re: Théâtre   Mar 23 Jan 2018 - 21:07

Encore une histoire de coupure, cette fois-ci dans la Tempête, donnée par Robert Carsen pour sa première mise en scène aux Français !

Le parti-pris de faire disparaître presque tout merveilleux, qui lui vaut la réprobation quasi-unanime des critiques, le pousse à supprimer une tirade pourtant très belle et célèbre :

"Ye elves of hills, brooks, standing lakes and groves,..."

dans laquelle Prospero renonce à la magie :

"...But this rough magic
I here abjure,..."


"I'll drown my book."

D'où la suppression de ce passage, logique, mais cruelle.
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Théâtre   Mer 17 Oct 2018 - 14:15

Ce fil a vraiment peu de succès, c'est étonnant (le public de théâtre est plus étendu que celui de la musique classique, et beaucoup de pièces tournent sur la France entière, si bien qu'il est possible de retrouver les mêmes où qu'on soit). Certes, tous les mélomanes ne sont pas des théâtreux, mais à ce point ?

Pour ma part, quelques-uns déjà depuis le début de saison :

Dostoïevski-Creuzevault, Les Démons, Creuzevault (Ateliers Berthier).
À la fois irritant dans sa façon d'user de tous les poncifs agressifs de la mise en scène branchouille (scène moche, public noyé sous les fumigènes, lumières stroboscopiques, bruit blanc à fond dans les haut-parleurs, ça fume à proximité du public, acteurs qui grimpent sur les spectateurs, spectatrice prise en otage pour une exécution simulée…), et séduisant dans son adaptation qui rend compte de la polyphonie de l'écriture de Dostoïevski, où les paroles se superposent comme un palimpseste, sans que l'identité des locuteurs ou la place du narrateur soient toujours claires. J'ai en fin de compte beaucoup aimé, mais il faut passer outre ces détails un peu pénibles.

Kafka-Lupa, Le Procès, Lupa (Odéon).
J'ai trouvé ça particulièrement ennuyeux et mauvais. Disons que si on a lu le bouquin, on attend vraiment que le temps (4h30) passe. Par ailleurs, beaucoup de lycéens dans la salle et aucun message d'avertissement, alors que…

Miano, Révélation, Miyagi (Colline).
Avec en permanence de la musique minimaliste pour onze musiciens, qui évoque l'univers incantatoire de cette mythologie, et des motifs qui s'attachent aux personnages. D'après les traites négrières, mais mélangeant les mythologies (du Niger à l'Afrique du Sud, pour ce dont j'ai pu retrouver la trace), et dans une esthétique visuelle japonaise, dit et chanté en japonais, tout est (agréablement) brouillé.

Maeterlinck, La Princesse Maleine, Kirsch (MC93).
Les mêmes traits et obsessions que Pelléas (aveuglement, forêt, silence, etc.), mais avec une triple intrigue (présentée successivement), quelques touches d'humour et un sujet politique assez shakespearien (quelque part entre Hamlet et Macbeth) – qui finit shakespeariennement. Pas tout aimé dans la réalisation, mais cela fonctionne assez bien (le texte est parfois inutilement forcé hors de sa littéralité, tous les acteurs ne sont pas fabuleux, mais on retrouve d'excellents représentants de l'équipe Braunschweig, comme Bénédicte Cerutti et Cécile Coustillac).
La tension est extraordinaire, je suis toujours impressionné du pouvoir de Maeterlinck en salle, alors que ce théâtre paraît si fragile. Vraiment une belle expérience.

Et cette fin de semaine, Five Days in March, vignettes de vie de jeunes japonais pendant la dernière guerre d'Irak – en japonais au Centre Pompidou.

J'ai manqué l'Auberge (en japonais) du T2G et, au même endroit dans la même langue, Un fils formidable de Matsui. Si quelqu'un veut en parler…

Maleine, Les Démons et Révélation sont encore à l'affiche à Paris jusqu'à samedi.


Dernière édition par DavidLeMarrec le Dim 4 Nov 2018 - 1:17, édité 1 fois
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Adalbéron
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MessageSujet: Re: Théâtre   Ven 19 Oct 2018 - 23:52

DavidLeMarrec a écrit:

J'ai manqué l'Auberge (en japonais) du T2G et, au même endroit dans la même langue, Un fils formidable de Matsui. Si quelqu'un veut en parler…

Tu as aussi manqué les deux pièces de kabuki traditionnel (Kasane / Narukami) par la compagnie Shochiku et Sous les fleurs de la forêt des cerisiers de H. Noda à Chaillot, ainsi que Le Père de J. Gosselin à la MC93, Callisto et Arcas et Love me tender aux Bouffes du Nord, La Reprise de Milo Rau aux Amandiers, Angels in America de Kushner mis en scène par Aurélie Van Den Daele au Monfort, entre autres, mais bon, j'essaierai de ne pas t'en tenir rigueur.

Je vais te répondre pour le reste, dès mercredi prochain, mais j'ai deux exposés pour mardi et mercredi, des comptes-rendu en retard, l'écoute des Images en retard, alors je vais attendre un peu, si tu veux bien... bom

Par contre, c'est Miyagi qu'il s'appelle Satoshi Wink
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Théâtre   Sam 20 Oct 2018 - 0:19

Ah oui, c'était bon sur mon listing, quelle légèreté !

Tout ne me tente pas dans tes propositions, mais le kabuki, c'est simplement que Chaillot est trop cher pour moi (c'est plus de 40€ en tarif unique… en faisant 10 à 15 concerts par mois, je ne puis me le permettre). Ça me faisait bien envie sinon !

Ne te sens pas obligé de me répondre, nous avons déjà causé ailleurs ! Smile
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Théâtre   Jeu 1 Nov 2018 - 1:44

Vu Edmond de Michalik, un sourire indéfectible sur ma face. Ça correspond assez exactement à ce que je me figurais : à la fois simple (vraiment tout public) et jubilatoire par son jeu des plans et des références.

Et c'est toujours plein (ça doit bien faire deux ans que c'est donné six soirs par semaine !).
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Théâtre   Dim 4 Nov 2018 - 1:16

Esther de Racine avec la musique d'origine de Moreau ! À Radio-France, avec les comédiens-français, la Maîtrise.de la Radio et la Diane française (ensemble de Degand & Cochard).

Très étonnant décalage entre le ton des vers et de la musique, mais splendidement réalisé, un plaisir de le voir fonctionner dans ce contexte…
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Adalbéron
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MessageSujet: Re: Théâtre   Dim 4 Nov 2018 - 19:14

DavidLeMarrec a écrit:
Vu Edmond de Michalik, un sourire indéfectible sur ma face. Ça correspond assez exactement à ce que je me figurais : à la fois simple (vraiment tout public) et jubilatoire par son jeu des plans et des références.

Et c'est toujours plein (ça doit bien faire deux ans que c'est donné six soirs par semaine !).

Ça traite de quoi, exactement ? Smile
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MessageSujet: Re: Théâtre   Dim 4 Nov 2018 - 22:14

Merci de poser en candide pour ne pas me laisser jouer seul. Embarassed

Ça raconte la genèse et les coulisses de la première de Cyrano. Je n'en ai pas encore parlé en détail parce que j'ai beaucoup d'éléments à vérifier (ça ressemble plus à une fantaisie fictionnelle qu'à quelque chose de vaguement inspiré de la réalité…). Ça a la tonalité et le rythme du théâtre de boulevard (la délicatesse en sus), mais tourne autour du sujet, avec de gros bouts de citations, de détournement.

Si on aime le théâtre-pas d'auteur et les pièces qui donnent le sourire, c'est vraiment formidable. (Évidemment, formellement, il n'y a pas de volonté de s'inscrire dans l'histoire du « progrès » théâtral, pas le genre de truc qu'on peut citer dans une dissertation.)
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MessageSujet: Re: Théâtre   Lun 5 Nov 2018 - 15:36

DavidLeMarrec a écrit:
Merci de poser en candide pour ne pas me laisser jouer seul. Embarassed

Ça raconte la genèse et les coulisses de la première de Cyrano. Je n'en ai pas encore parlé en détail parce que j'ai beaucoup d'éléments à vérifier (ça ressemble plus à une fantaisie fictionnelle qu'à quelque chose de vaguement inspiré de la réalité…). Ça a la tonalité et le rythme du théâtre de boulevard (la délicatesse en sus), mais tourne autour du sujet, avec de gros bouts de citations, de détournement.

Si on aime le théâtre-pas d'auteur et les pièces qui donnent le sourire, c'est vraiment formidable. (Évidemment, formellement, il n'y a pas de volonté de s'inscrire dans l'histoire du « progrès » théâtral, pas le genre de truc qu'on peut citer dans une dissertation.)

rabbit

J'ai toujours hésité à y aller, mais je vais peut-être me lancer !
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MessageSujet: Re: Théâtre   Lun 5 Nov 2018 - 16:12

L'auteur (et je suppose metteur en scène) vient d'adapter ce spectacle en film, apparemment c'était ce qui était prévu a l'origine mais devant les difficultés il a transformé son scénario en pièce de théâtre. Le film est passé en avant première a Montpellier, je l'ai manqué mais on m'en a dit le plus grand bien ça sort en Janvier ou Février, ce que David dit de la pièce fait très envie.
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Théâtre   Mar 6 Nov 2018 - 14:11

Adalbéron a écrit:
J'ai toujours hésité à y aller, mais je vais peut-être me lancer !

Je n'ai eu que d'excellents écho, des spectateurs grand public comme des théâtreux un peu plus branchés.

Si on n'en attend pas un truc patrimonial ou d'avant-garde, je trouve que ça fonctionne superbement (il y a de toute façon tellement de rythme qu'on ne peut pas vraiment s'ennuyer).

Ça me donne assez envie d'essayer les autres Michalik, très bien accueillis aussi, mais les sujets me tentent vraiment moins.
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Adalbéron
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MessageSujet: Re: Théâtre   Hier à 16:54

Je suis allé revoir Lucrèce Borgia de Victor Hugo dans la mise en scène de Denis Podalydès à la Comédie Française. On a perdu un peu en trouble en rétablissant le « bon genre » des personnages. Guillaume Gallienne (Lucrèce) et Sulian Brahim (Gennaro) m'avaient époustouflé il y a deux ans. Ici, Elsa Lepoivre (Lucrèce) et Gaël Kamilindi (Gennaro) sont formidables, mais il y a peut-être moins d'enjeux, en comparaison, moins de « théâtre ».

Je suis tout de même sorti assez préoccupé pour la raison suivante : de nombreuses personnes dans la salle ont ri au moment de la révélation finale. Il y a deux ans, je ne connaissais pas la pièce, je ne supportais pas le théâtre de Hugo (je ne le goûte toujours que peu, mais ça va un peu mieux) et ce dénouement, cet effet dramaturgique m'avait vraiment abasourdi. Là, ça a fait rire du monde. Bien évidemment, le grotesque et le sublime, tout ça, tout ça... Hugo joue sur ces frontières. Mais c'était comme si cette phrase ne pouvait plus être entendue que comme une formule désincarnée, passé au travers du tamis du space opera ou du ridicule de l'excès et de l'effet. Je ne l'ai pas perçu (mais comment percevoir ce phénomène quand on n'y participe pas, quand bien même chacun y participait de la même manière ; et quelle est dans tout ça la place de l'interprétation ?) ce rire comme un rire conjuratoire ou cathartique. Il venait juste marquer, sanctionner le ridicule de la situation, du texte. Et je me suis donc demandé si — et cela rejoindra la question abordée dans le fil « Votre dernier film visionné » — les drames de Hugo, de par leur tendance à surdéterminer sur le plan moral quantité d'éléments (en se condamnant donc à être dépassés dès que les valeurs morales changent — mais c'est le cas de bien des œuvres, seulement, ne considérer que Lucrèce ne touche qu'au Bien que parce qu'elle est mère, ça fait tache aujourd'hui, faut l'avouer...), leur emploi de ficelles dramaturgiques maintenant complètement éculées, lessivées, pouvaient encore être efficaces et actualisés (au sens strict, c'est-à-dire présentés maintenant).
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Théâtre   Hier à 18:28

Très bonne question. Je vois plusieurs directions de réponse :

¶ Une partie du public est capable de changer instantanément d'affect (ou de ne pas prendre la scène d'un théâtre trop au sérieux ?). Ça me frappe toujours quand, du fond de l'abîme, un personnage chez Ibsen ou Racine fait un jeu de mots ou une remarque ironique qui prête vaguement à sourire d'amertume, et provoque le rire sonore de très bon cœur d'une partie de la salle. Je ne sais pas comment font les gens pour, à la fin de Rosmersholm ou au milieu de Britannicus, trouver la ressource pour rire, et se remettre aussitôt dans l'intrigue. Mais ça existe, en tout cas c'est comme ça à chaque fois que je vais voir du Ibsen. hehe

¶ La cultisation avancée de Star Wars a bien évidemment teinté à jamais la réplique « je suis ton père », qu'on ne peut plus dire ou entendre sans un recul critique, une référence forcément au second degré. Ni le public, ni bien sûr l'auteur, n'y peuvent rien.

¶ L'intrigue de Lucrèce Borgia est d'un grand-guignol (certes habillé d'une puissante rhétorique) qui ne le cède qu'à quelques Dumas encore plus échevelés (La Tour de Nesle, dans le même genre infanticide)… son accumulation de circonstances horrifiques finit par susciter le sourire… (pas trop pour Borgia, mais pour Nesle, oui, ça m'avait follement amusé, je l'avoue !)

Bien sûr, dans le silence d'une représentation de théâtre, il suffit qu'il y ait une poignée de spectateurs qui s'ennuient, restent extérieur et entendent soudain ceci hors sol, gloussent et soient rejoints de façon communicative, ça fait vite une demi-douzaine à une dizaine de personnes, et ce n'est pas représentatif même si ça s'entend beaucoup, comme les décérébrés qui huent.
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Parsifal
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MessageSujet: Re: Théâtre   Hier à 22:56

Adalbéron a écrit:
Je suis allé revoir Lucrèce Borgia de Victor Hugo dans la mise en scène de Denis Podalydès à la Comédie Française. On a perdu un peu en trouble en rétablissant le « bon genre » des personnages. Guillaume Gallienne (Lucrèce) et Sulian Brahim (Gennaro) m'avaient époustouflé il y a deux ans. Ici, Elsa Lepoivre (Lucrèce) et Gaël Kamilindi (Gennaro) sont formidables, mais il y a peut-être moins d'enjeux, en comparaison, moins de « théâtre ».

Je suis tout de même sorti assez préoccupé pour la raison suivante : de nombreuses personnes dans la salle ont ri au moment de la révélation finale. Il y a deux ans, je ne connaissais pas la pièce, je ne supportais pas le théâtre de Hugo (je ne le goûte toujours que peu, mais ça va un peu mieux) et ce dénouement, cet effet dramaturgique m'avait vraiment abasourdi. Là, ça a fait rire du monde. Bien évidemment, le grotesque et le sublime, tout ça, tout ça... Hugo joue sur ces frontières. Mais c'était comme si cette phrase ne pouvait plus être entendue que comme une formule désincarnée, passé au travers du tamis du space opera ou du ridicule de l'excès et de l'effet. Je ne l'ai pas perçu (mais comment percevoir ce phénomène quand on n'y participe pas, quand bien même chacun y participait de la même manière ; et quelle est dans tout ça la place de l'interprétation ?) ce rire comme un rire conjuratoire ou cathartique. Il venait juste marquer, sanctionner le ridicule de la situation, du texte. Et je me suis donc demandé si — et cela rejoindra la question abordée dans le fil « Votre dernier film visionné » — les drames de Hugo, de par leur tendance à surdéterminer sur le plan moral quantité d'éléments (en se condamnant donc à être dépassés dès que les valeurs morales changent — mais c'est le cas de bien des œuvres, seulement, ne considérer que Lucrèce ne touche qu'au Bien que parce qu'elle est mère, ça fait tache aujourd'hui, faut l'avouer...), leur emploi de ficelles dramaturgiques maintenant complètement éculées, lessivées, pouvaient encore être efficaces et actualisés (au sens strict, c'est-à-dire présentés maintenant).

Intéressante questions en effet, je vais me permettre de revenir d’abord sur mon rapport au théâtre de Hugo qui a beaucoup changer depuis mon premier contact au lycée.

Victor Hugo est mon écrivain favori, non seulement du point de vue de la réception sensible, ça me parle d'une manière tout a fait directe d’abord par la puissance de son verbe et sa capacité a jouer de l'émotion d'une façon totalement décomplexé (j'aime le mélodrame), ensuite d'une manière plus intellectuel pour la sophistication finalement assez poussé de ses dispositifs rhétoriques et dramatiques (aussi bien dans la poésie, le roman, le théâtre ou l'essai) on a de Hugo une image d’Épinal assez simpliste et qui le dessert en tant qu'écrivain. On le réduit a ses attendrissements les plus sentimentaux, au deuil de Léopoldine, aux émerveillements bucoliques, ou a l'indignation politique, en oubliant sa dimension dialectique et métaphysique, son syncrétisme religieux assez bizarre, la fascination pour le mal et les abimes (un peu trop facilement réduit a un simple contraste pour l'exaltation du bien), son rapport a l'Histoire, a la science et au mythe.
Bref j'ai toujours été dans mon éléments dans les immensités océaniques de la poésie ou du roman hugolien, le théâtre seul m'a d’abord résisté semblant correspondre a tout ce qu'on reproche habituellement a Hugo, moralisme, mélodramatisme excessif et larmoyant, niaiserie. Et justement mon premier contact fut Lucrèce Borgia. Autant dire que moi aussi j'ai beaucoup ri au "Ah!... tu ma tuée! - Gennaro! Je suis ta mère!" dans l'ensemble j'ai trouvé ça vraiment difficile a avalé, plein d'élément ridicule et daté comparé a Racine, Corneille ou Molière. Il faut dire aussi qu'a l'époque je découvrais avec enthousiasme Ionesco et Becket et que je lisais beaucoup Sartre ( désolé Mr.Red ), surtout son théâtre, qui sont quand même a priori aux antipodes esthétiquement parlant. L'autre pièce que j'ai découverte ensuite fut Angelo tyran de Padoue, qui on s'en doute ne m'a pas franchement aidé a révisé mes impressions (d'ailleurs je n'ai pas vraiment changé d'avis sur cette pièce alors que maintenant j'aime beaucoup Lucrèce)

J'ai longtemps gardé cette image d'un théâtre vieilli et sans grand intérêt autre qu'historique. Je précise d'ailleurs que a l'exception de Rostand (qui est très tardif et qui fait surtout la charnière avec le XXe), les auteurs dramatiques importants du XIXe m'ont tous fait cet effet, Dumas (que je n'ai pas encore révisé), Vigny (et je peux dire que je n'ai pas vraiment changé d'avis) et même Musset (qui est très bien, mais qui reste encore assez loin de ma sensibilité). Bref alors que j'ai la plus grande admiration pour Hugo, je disais un peu comme Michel Butor, Hugo fut un poète et un romancier de génie (et un dessinateur merveilleux d'une modernité et d'une audace invraisemblable) laissons donc son pauvre théâtre en paix. J'avais bien sur lu des extraits des pièces les plus célèbres en cours avec une prof de français qui nous expliquait quand même a quelle point le traitement de l'espace, du temps et de l'Alexandrin était audacieux pour l'époque (ça ne m'a pas invité a reconsidérer mon opinion, et j'écoutais ça avec un ennui poli d'autant plus que la prof n'était elle même pas très enthousiaste). C'est justement ce forum, ou j'ai pu découvrir les commentaires de David sur Hernani et surtout sur Le Roi s'amuse qui m'a amené a me replonger dans le théâtre de Hugo, et ce fut une révélation au point de penser que Hugo est autant dramaturge de génie, que romancier et poète. J'ai déjà changer d'avis mais rarement aussi totalement.
Ce n'est pas que je trouve tout bon, mais c'est que j'aime dans le théâtre hugolien je le place très haut!!! Et c'est un plaisir réel et pas simplement intellectualisé. Que ce soit clair je ne vois pas l’intérêt de lire (ou de regarder) quelque chose juste parce que "c'est intéressant" qui suggère une forme d'ennui poli devant un monument que l'on visite par obligation parce qu'il faut bien. A moins d'y être forcer pour un travail scolaire ou académique, je trouve extrêmement étrange de se plonger dans des lectures qui ne provoque aucun bouleversement sensible pour le simple contentement intellectuel. Je veux dire par là que si une référence m'ennuie je ne vois pas pourquoi je me forcerais a la lire quand même quand je peux tout aussi bien me contenter des notices d'encyclopédie ou d'une histoire de la littérature (alors si en plus on parle d'une représentation théâtre ou il faut se déplacer et payer je comprend encore moins Mr. Green ), je préfère sauver du temps pour des choses qui me plaisent réellement. Je provoque un petit peu bien sur, puisque je mentirais en disant que je n'ai jamais rien lu par simple intellectuel et historique (je m'étais intéressé au théâtre de Diderot, qui n'a a peu prés aucun intérêt autre qu'historique, j'ai déjà relu Vigny par intérêt pour la période romantique alors que franchement ce théâtre m’ennuie profondément). Mais l’intérêt dans ce cas est extérieur aux œuvres et je doute qu'on soit vraiment nombreux a lire pour le simple plaisir de la connaissance, a un moment je pense que la plupart des gens, même lorsqu'ils lisent un classique imposant, entende bien retirer des plaisirs un peu moins éthéré.
Je ne lis pas Moliére, Shakespeare ou Hugo pour leur intérêt culturel (même si c'est ce qui a pu m'attirer vers eux au premier chef) mais bien parce que j'aime leur style, et qu'a un moment, au-delà de ce que je peux savoir du contexte dans lequel ils se sont exprimés et de l’intérêt que je peux lui porté, ça me parle tout simplement.Parmi les gens qui se déplacent pour venir voir Lucrèce Borgia (et pour que ça soit encore programmé dans cette mise en scène après quelques années c'est que outre le prestige de l'auteur, ça doit plaire a un certains nombre) la plupart attend je pense d'en retirer autre chose que la satisfaction d'avoir compris un chapitre important de l'histoire du théâtre en France y compris dans tout ce qu'il peut avoir de dépasser. Si je me suis intéressé a la littérature critique autour du théâtre de Hugo (et romantique en général) c'est bien d’abord parce que ce théâtre m'a intéressé et interpellé et pas dans l'autre sens.

Concernant la pièce en elle même, elle est effectivement sur le fil entre grotesque et sublime (et c'est bien parce qu'elle est sur le fil qu'elle peut toucher au sublime si la représentation est réussie), j'avais d'ailleurs moi aussi beaucoup aimé l'idée de Gallienne dans le rôle de Lucrèce. On peut effectivement voir une accumulation grand guignolesque dans les horreurs de Lucrèce Borgia, a la lecture du texte cependant je suis frappé par le dépouillement de cette intrigue quasi linéaire a la mécanique implacable. Antoine Vitez qui avait mis en scène la pièce, disait d'ailleurs a peu prés la même chose en y voyant une tragédie grecque, dont la force tient a la nature archétypale des personnages et des situations. Il y a là matière a épure (après en effet des scènes magnifiques comme ce banquet de mort vivant a la fin ne rentre pas tout a fait dans cette perspective), j'avoue que la dimension morale que Hugo met surtout en avant dans sa préface ne me parait pas aussi pesante que tu le dit sur le texte, mais elle est là en effet, mais si une pièce est réussie (et je pense que Lucrèce Borgia est une pièce réussie) je n'ai aucun problème a accepter le temps de la lecture ou de la représentation un régime moral éloigné du mien (la conclusion d'Horace de Corneille est assez difficile à accepter selon nos critères contemporains mais ça ne m’empêche pas de beaucoup aimer cette pièce), dans certaines limites bien sur. Dans le cas de Lucrèce Borgia je suis très sensible a la manière dont Hugo pervertis complétement la morale conformiste attendu du mélodrame (pas que dans Lucrèce d'ailleurs dans toute ses pièces) dont il reprend les ficelles pour les retourner et en faire complétement autre chose et le tirer vers la tragédie. Et d'une manière plus directe a l’ambiguïté du face à face mère/fils entre Lucrèce et Gennaro. Et a cette atmosphère funèbre, spectrale même ou les personnages sont au fond déjà mort surdéterminés par un passé qui les hantent et les dévorent jusqu'au dénouement (bon ça s'appliquerait presque plus a Hernani mais il y a de ça aussi dans Lucrèce. La langue n'est pas aussi belle que dans les pièces en vers mais elle ne démérite pas non plus.

Ce que j'aime d'une manière générale chez Hugo et qui transcende de loin tout ce qui pourrait le daté, c'est sa poésie, poésie de la langue (je pense qu'il y a dans Hernani certains des plus beaux vers du théâtre français, mais aussi dans Cromwell, Marion Delorme, Le Roi s'amuse ou Ruy Blas), le mélange des genres que je n'apprécie en tant que tel et pas juste pour son côté précurseur, la variété des atmosphères qu'on peut trouver dans ses meilleurs drames historiques (mais aussi dans les pièce du Théâtre en liberté), l'absence totale d'inhibition quand a la possibilité du ridicule qui peut avoir (lorsque c'est réussit) quelque chose de profondément grisant) et sur un plan moins immédiat, plus intellectuel et historique, mais source d'un plaisir très réel: le jeu avec les codes du mélodrame voir sa déconstruction critique brechtienne avant l'heure (évidente dans certaines pièces du théâtre en liberté ou assimilée comme Mille Francs de récompense), le commentaire politique sur la situation contemporaine qui malgré tout transcende le côté forcément daté et historique parce que le dispositif mis en place par Hugo pose finalement plus de question qu'il n'apporte de réponse, et je trouve cette suspension assez intéressante (surtout dans Cromwell) et finalement inattendue chez Hugo. La folie qui habite certaines pièces du théâtre en liberté (la foret mouillée Shocked ) ou la féérie de Mangeront-ils?.
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