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 Rimsky Korsakov - oeuvres orchestrales

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Xavier
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MessageSujet: Re: Rimsky Korsakov - oeuvres orchestrales   Jeu 12 Avr 2012 - 1:35

Dorati dans Schéhérazade avec Minneapolis chez Mercury living presence: sans surprise, des timbres très verts, un orchestre hyper clair et détaillé, des tempi très vifs, tout ce qu'on aime avec l'ami Antal. Smile
L'orchestre est assez stupéfiant de virtuosité.


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Horatio
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MessageSujet: Re: Rimsky Korsakov - oeuvres orchestrales   Jeu 28 Juin 2012 - 19:44

Petite comparaison du poème symphonique Shéhérazade entre les versions de Chalabala à vos souhaits et de Reiner.




La version du chef tchèque (procédez par élimination Mr.Red ) date de 53, avec l'orchestre Philharmonique tchèque bien sûr. Elle nous donne l'occasion d'entendre ce chef dans le répertoire symphonique, alors qu'il se consacrait essentiellement à l'opéra. Et le résultat est assez stupéfiant.

Chalabala réussit à rendre vivant ce tour de force orchestral, à lui insuffler humanité et émotion - réitérant l'exceptionnelle réussite de Kondrashine à Amsterdam, où la partition trouvait une justesse et un naturel confondants. Mais cette Shéhérazade est surtout frémissante, vibrante d'humanité et de spontanéité ; le chef privilégie l'aspect de musique programme, c'est-à-dire qu'il traite cette œuvre comme un véritable récit, toujours changeant et nuancé - mais surtout jamais monolithique : il ne répète jamais deux fois les mêmes choses. L'orchestre est évidemment délicieux, assumant jusqu'au bout l'aspect rustique voulu par le chef. L'enregistrement mono est très bien réalisé.

Chalabala s'emploie à contraster au maximum les épisodes quelques peu répétitifs du premier mouvement-tableau : le thème du sultan est d'entrée abrupt, alors que le violon solo déploie une délicatesse délicieuse. Le tableau de la mer proprement dit allie la sensualité exquise des violons (!) au sens du récit, donc du mouvement. Le contraste est optimal entre les solos intimistes et les tutti au panache remarquable. Chalabala a compris que contraster, c'est dynamiser, et que dynamiser, c'est raconter !
Mais le sommet inégalable de cette version, c'est ce second mouvement hédoniste, absolument grandiose, traversé par une émotion vibrante. On peut lister pendant longtemps les trouvailles et les géniales intuitions que l'on entend ici : la délicatesse nostalgique du violon solo, les harpes qui le soutiennent, la verdeur un rien candide et la grâce infinie du basson et du hautbois qui annoncent le thème, les pizzicatos déchaînés des cordes, l'agilité extrême de l'orchestre, la tension du passage plus véhément... Soulignons aussi les formidables couleurs de l'orchestre - il faut avoir entendu les vents reprendre en cœur le thème festif (peu avant le passage ad libitum au basson) ou la flûte lorsqu'elle reprend le thème initial, pour comprendre à quel point ces couleurs sont magiques. La volonté d'animer un récit trouve ici son paroxysme, avec des changements d'atmosphères constants et une fluidité parfaite.
Le troisième mouvement me déçoit un peu ; la respiration est trop corseté, Chalabala ne s'épanche pas mais reste malheureusement sur la défensive - on est en-dessous de l'incroyable fluidité de Kondrashine/Amsterdam.
Le dernier mouvement se veut plus royaliste que le roi - il pousse à l'extrême la recherche de la caractérisation sonore ; au lieu de céder à la virtuosité pure, Chalabala vise la couleur, parfois folklorique, parfois terrifiante. Cette Fête à Bagdad devient cosmopolite et bouillonnante - hédoniste au plus haut point -, ne cessant de varier les sonorités, les dynamiques et les couleurs. On est quelques fois proche de l'exagération, mais là encore Chalabala réussit à donner un souffle à cette page trop souvent desservie par une interprétation artificielle.

Bref, une version à mettre au sommet sans hésiter.

_________________________________________

La version de Reiner ne m'a jamais vraiment passionné, et la comparaison avec Chalabala en est d'autant plus cruelle. Cette version manque cruellement d'humanité, si bien qu'on ne retient rien de marquant de cette pure démonstration orchestrale. On fait clairement dans le grand spectacle, le grandiose - mais aussi dans la rigueur -, mais personnellement une telle vision me lasse très vite.
Le premier mouvement est le plus réussi : beaucoup plus plastique et majestueux que celui du chef tchèque, il se complaît dans la splendeur orchestrale, avec toute la pompe et la grandiloquence que cela implique. Là où les violons tchèques dessinaient dans l'air une mer de roman, les violons de l'orchestre américain paraissent soudain prosaïques et lourds. Reiner ne fait aucune concession à une quelconque sentimentalité : le violon solo est très droit et pas assez évocateur, débitant ses phrases avec une rigueur déplacée. Le luxe de l'orchestre permet cependant de profiter de ce grand tableau brossé à grands traits énergiques.
Les paillettes disparaissent pour les deux mouvements suivants, franchement anecdotiques : le second mouvement passe sans se faire remarquer, complètement étouffé par le carcan rythmique imposé par le chef. Ce mouvement cristallise d'ailleurs ce que je reproche à Reiner (comme il illustrait au mieux la vision de Chalabala) : une absence flagrante de respiration et de naturel. Il manque ce frisson de vie qui rend ce mouvement si passionnant. Le troisième mouvement souffre aussi, comme chez Chalabala, d'une rythmique trop sévère qui empêche ces grandes lignes lyriques de respirer.
Le dernier mouvement retrouve un peu la réussite du premier - la pure plastique orchestrale suffit cette fois à donner vie à la musique. On pourra d'ailleurs préférer cette lecture plus raisonnable à celle "jusqu'au-boutiste" de Chalabala.

Pour résumer, une démonstration orchestrale aboutie, qui ne laisse cependant pas surgir le frémissement indispensable à cette partition. Chalabala, malgré une technique moins parfaite et quelques excentricités, réussit mille fois mieux à donner vie à ce récit.

_________________
Si Titus Andronicus avait compté six actes, Shakespeare s'en serait pris aux spectateurs des premiers rangs du parterre et les aurait fait périr dans d'atroces souffrances.
(Jan Kott, Shakespeare, notre contemporain)

La vérité est si vraie, la force si forte, la finesse si fine, la profondeur si profonde et la philosophie si universelle dans ce texte qu'il vaut bien la peine d'y passer un instant.
(Un journaliste américain, 1894)
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Mélomaniac
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MessageSujet: Re: Rimsky Korsakov - oeuvres orchestrales   Jeu 11 Avr 2013 - 22:00


Schéhérazade
Op. 35


= Seiji Ozawa, Boston Symphony Orchestra

(DG, 2 avril 1977)



Smile J'ai conservé une faveur particulière pour cet enregistrement d'Ozawa, que j'ai souvent écouté en vinyle. Une interprétation fière et sans chichi, virtuose sans ostentation. Et surtout un tempo qui ne traîne pas dans le troisème volet (Le Jeune Prince et la Princesse), là où de trop nombreux chefs tombent dans le piège de l'alanguissement.
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André
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MessageSujet: Re: Rimsky Korsakov - oeuvres orchestrales   Ven 12 Avr 2013 - 5:37

Premiere lecture de ce fil - Smile

Et coup de coeur pour la recension des versions Chalabala et Reiner par Horatio kiss

Aucun doute dans mon esprit que Chalabala et Kondrashin (Kondrachine?) dominent la discographie et couvrent à elles deux ce qu'il y a de mieux dans cette oeuvre éternellement jeune. Je ne rajoute rien, y compris en ce qui concerne son analyse de Reiner: intimidant, glacé, d'une perfection instrumentale confondante, le tout disparaissant rapidement de la mémoire. Cependant que continuent de chanter les lignes séduisantes de Chalabala et les couleurs ensorcelantes et les sonorités roboratives du Concertgebouw (Kondrashin).

Un de mes grands regrets est que Charles Munch n'ait jamais enregistré Schérazade. Une oeuvre faite pour lui et pour son extraordinaire orchestre. Ce qui me rend curieux d'entendre Ozawa à Boston, qui fait le pont entre Reiner (Chicago) et Munch. En effet Ozawa dans sa 'période Chicago' a enregistré Schéhérazade pour EMI avant de la remettre sur le métier à Boston pour DGG. Je n'ai entendu aucun disque de Ozawa qui remette en question mes préféremces discographiques. Mais je dois avouer que DGG à Boston dans les années soixante-dix garantissaient autant de plaisir auditif qu'Amsterdam ou Vienne.

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Polyeucte
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MessageSujet: Re: Rimsky Korsakov - oeuvres orchestrales   Ven 12 Avr 2013 - 9:19

Si on a pas Munch, on a au moins Monteux dans cette Shéhérazade de Rimsky (j'ai toujours confondu un peu les deux Embarassed)

Sinon, ne pas oublier la magnifique lecture de Golovanov avec David Oistrak au violon... Magique!


Je viens de trouver un chouette article d'ailleurs sur la discographie de Shéhérazade :
http://www.classicalnotes.net/classics2/rimsky.html
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MessageSujet: Re: Rimsky Korsakov - oeuvres orchestrales   Sam 25 Mai 2013 - 15:38

Antar -suite symphonique

= Paul Paray, Orchestre symphonique de Detroit

(Mercury, 7 décembre 1953)



Antar, la Grande Pâques Russe, Capriccio espagnol : voilà au cours de sa carrière tout ce que Paray enregistra de Rimsky, tout cela en 1953 -il ne les refit pas pour la stéréo, et ces vinyles n'ont pas été repris en CD par Mercury.

Pas de Schéhérazade donc, mais les amateurs de féérie orientaliste pourront se dédommager avec cette superbe lecture de ce que le compositeur avait conçu comme sa Symphonie n°2.
Pour caractériser chaque tableau, Paray rivalise avec la prégnance de Monteux en 1946, celui-ci peut-être plus séducteur et dépaysant, notamment dans l'irrésistible marche du III.
On aurait imaginé sous sa baguette un surcroît de couleur, mais son talent narratif brosse néanmoins une fresque aussi subtile que vivante (quelle tension au début du II !)
Sa conception essentiellement graphique trace les images avec force et netteté, sans alourdir l'expression ni l'alanguir dans les passages évoquant Gul Nazar, ce qui produit une des plus solides versions que je connaisse.
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Mélomaniac
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MessageSujet: Re: Rimsky Korsakov - oeuvres orchestrales   Dim 2 Juin 2013 - 22:06

Schéhérazade -suite symphonique Op. 35

= André Cluytens, Orchestre National de la Radiodiffusion française

(Pathé, 13-16 juin 1952)



On peut s'étonner qu'un label comme Testament, qui me semble aujourd'hui égaré en exhumations d'archives radiophoniques moyennement intéressantes, et qui avait consacré plusieurs volumes aux enregistrements monophoniques de Cluytens, n'ait pas réédité cette mémorable et oubliée version de Schéhérazade, qui est seulement ressortie en CD au Japon.
Cette interprétation n'est certes pas exempte de reproches, stylistiques comme techniques : le Vaisseau de Sindbad navigue entre émotivité et quelques récifs de grandiloquence, réchappé à quelques accrocs instrumentaux qui ne se situent pourtant pas aux endroits les plus périlleux de la partition -l'attention des pupitres faiblit-elle là où la tension du texte se relâche ?
En tout cas, j'adhère au tempo majestueux, qui solennise ce périple marin sans outrer l'expression.
Justesse, pudeur : ces vertus conviennent peut-être mieux aux jeux du Prince et la Princesse qu'à la fièvre farouche que réclame le Récit du Prince Kalender. On dirait que le chef belge recherche surtout l'élégance, le maintien plutôt que la touffeur et les épices.
L'orchestre affiche une belle discipline dans le Finale, et ose progressivement prendre des risques, sans pouvoir rivaliser avec les nombreuses phalanges d'élite qui les ont plus insolemment assumés. Franchise et simplicité affranchissent de tout soupçon d'esbroufe, au point de se dire que les options au fond très classiques de Cluytens méritent de survivre à sa probité : au même titre que celui d'un Ansermet à Genève, d'un Schmidt-Isserstedt à Hambourg, d'un Scherchen à Vienne, ce témoignage sait s'apprécier quand on est fatigué des fates démonstrations de brio et des orients de pacotille.
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Don_Angelo
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MessageSujet: Re: Rimsky Korsakov - oeuvres orchestrales   Dim 2 Juin 2013 - 22:27

Je me permets de rebondir sur les propos de Mélomaniac pour vous faire part de ce petit double CD par Ansermet:
http://www.amazon.fr/Rimsky-Korsakov-Sch%C3%A9h%C3%A9razade-Grande-Neiges-extraits/dp/B000004241/

Pas tout à fait comparable à Kondrashin ou Reiner du point de vue de la facture instrumentale, mais les compléments de programme sont bienvenus, et c'est quand même de bonne tenue. Personnellement j'y ai trouvé quelques raideurs rythmiques et quelques imperfections mineurs dans la Schéhérazade mais rien de rédhibitoire.
Désolé de ne pouvoir être aussi bavard que les précédents intervenants.


Dernière édition par Don_Angelo le Dim 2 Juin 2013 - 23:19, édité 1 fois
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Glocktahr
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MessageSujet: Re: Rimsky Korsakov - oeuvres orchestrales   Dim 2 Juin 2013 - 22:57

Don_Angelo a écrit:
Je me permets de rebondir sur les propos de Mélomaniac pour vous faire part de ce petit double CD par Ansermet:
http://www.amazon.fr/Rimsky-Korsakov-Sch%C3%A9h%C3%A9razade-Grande-Neiges-extraits/dp/B000004241/

Pas tout à fait comparable à Kondrashin ou Reiner du point de vue de la facture instrumentale, mais les compléments de programme sont bienvenus, et c'est quand même de bonne tenue. Personnellement j'y ai trouvé quelques raideurs rythmiques et quelques imperfections mineurs dans la Schéhérazade mais rien de rédhibitoire.
Désolé de ne pouvoir être aussi bavard que les précédent intervenant.
Si tu ne le connais pas tente le coffret des opéras de rimsky chez Decca.
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Don_Angelo
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MessageSujet: Re: Rimsky Korsakov - oeuvres orchestrales   Dim 2 Juin 2013 - 23:20

Par Gergiev et le Marinsky ?
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Xavier
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MessageSujet: Re: Rimsky Korsakov - oeuvres orchestrales   Dim 2 Juin 2013 - 23:21

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Mélomaniac
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MessageSujet: Re: Rimsky Korsakov - oeuvres orchestrales   Dim 29 Sep 2013 - 13:42

Schéhérazade -Suite Op. 35

= Issay Dobrowen, Philharmonia Orchestra

(Columbia, décembre 1952)

Cette captivante version est aussi une des moins connues. Le Philharmonia des grandes années s'anime sous une baguette qui réconcilie le théâtre et l'évocation ; la maitrise de la narration et l'imagination poétique.
Le Récit du Prince Kalender est un des plus palpitants qu'on ait entendu : variété des phrasés, fluctuations de tempo, personnalisation des soli... Rien d'arbitraire cependant, tant ces options servent les épisodes de la dramaturgie.
Le Jeune prince et la Princesse bénéficie d'une exécution très méticuleuse, qui ne s'alanguit pas, peut-être au prix d'une certaine raideur. Ou plutôt d'une approche virile qu'on détecte déjà nettement dans La Mer et le bateau de Sindbad, où le maestro tient fermement la barre après avoir exposé durement le thème initial du Sultan.
La diabolique virtuosité réclamée par La Fête à Bagdad n'effraie pas l'orchestre anglais qui discipline une prestation parmi les plus exactes, même si les amateurs de pittoresque seront peut-être déçus. Car vigueur, droiture, refus de l'effet facile canalisent l'inspiration du chef russe, qui défend fièrement sa vision impérieuse.


Repiquage CD : http://www.amazon.fr/gp/product/B0007ZEQ4Y





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MessageSujet: Re: Rimsky Korsakov - oeuvres orchestrales   Lun 4 Nov 2013 - 21:26

Je réécoute La Grande Pâque russe par l'Orchestre symphonique de Chicago que dirige Daniel Barenboïm (DG, 1977).

Evidemment, moins de fièvre qu'avec un Dorati (Mercury), moins d'imagination qu'avec un Stokowski (RCA), mais l'interprétation est de haute tenue.
A défaut des encensoirs, l'orchestre américain nous sort le pourpre et or. Cordes souples, agiles, moelleuses... Et des cuivres aussi rutilants qu'on l'imagine, puissants mais pas vulgaires.
J'apprécie particulièrement le tempo choisi pour l'hymne finale : contrairement à des chefs qui ralentissent pour mieux en affirmer la solennité (mais techiquement c'est aussi lié à la masse, à l'inertie de ce passage très chargé), le chef argentin maintient l'allure, et traduit ainsi une carillonnante exaltation. Tonicardiaque et éblouissant !

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MessageSujet: Re: Rimsky Korsakov - oeuvres orchestrales   Ven 8 Nov 2013 - 23:51

Je réécoute la Grande Pâque Russe par l'Orchestre de Paris que dirige Guennadi Rojdestvensky (Emi, janvier 1972).

Paticulièrement intéressante la façon dont cette baguette russe module les contrastes de tempos, parmi les plus extrêmes que j'aie entendus : depuis le recueillement dolent jusqu'à la festivité virevoltante. Avec au passage quelques foucades qui soulignent le brio. Très inteligemment construit. Et une constante recherche de l'expressivité, qui fouille le détail et varie ses effets, en couleur comme en dynamique. On regrette qu'un orchestre parfois en défaut de virtuosité subisse quelques flottements et ne parvienne à s'imprégner totalement des subtiles et flexueuses exigences de son chef.

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André
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MessageSujet: Re: Rimsky Korsakov - oeuvres orchestrales   Sam 9 Nov 2013 - 3:50

La Grande Paque russe: une version infiniment peu flexueuse et subtile, mais enivrante par sa constance dans l'exploration des accents et couleurs du ventre de l'oeuvre est celle d'Ormandy et de l'extraordinaire orchestre de Philadelphie (Sony).
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MessageSujet: Re: Rimsky Korsakov - oeuvres orchestrales   Lun 11 Nov 2013 - 21:24

Le Tsar Saltan -Suite Op. 57

= Ernest Ansermet, Orchestre de la Suisse Romande

(Decca, novembre 1956)

Pour cette musique de conte, un dessin animé pour grands enfants, le chef suisse a réussi un de ses enregistrements les plus suggestifs : absolument irrésistible !
Un savoureux livre d'images qui prend vie et crève l'écran.
La verve du Départ du Tsar (avec ces tambours et trompettes idéalement caustiques), le mélange d'étrangeté et d'inquiétude de La Tsarine et son fils dans un coffre jeté à l'eau, l'attendrissante candeur des Trois merveilles : Ansermet brosse tous ces tableaux avec un rare sens de la narration et de la féérie.
Tout ici n'est qu'évidence, émotion et plaisir.
Et la prise de son Decca, quel régal !


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MessageSujet: Re: Rimsky Korsakov - oeuvres orchestrales   Lun 24 Fév 2014 - 23:15

Xavier a écrit:

Dorati dans Schéhérazade avec Minneapolis chez Mercury living presence: sans surprise, des timbres très verts, un orchestre hyper clair et détaillé, des tempi très vifs, tout ce qu'on aime avec l'ami Antal.  
L'orchestre est assez stupéfiant de virtuosité.



 Very Happy Absolument : L'orchestre épate par son astringence, son punch, ses muscles saillants...

Capté en décembre 1958 (pochette de droite), et déjà la troisième fois que Dorati gravait cette oeuvre : précédemment en 1952 avec le même orchestre (pochette à gauche), et en juillet 1937 avec le London Symphony (HMV / Victor).
Etonnant qu'il ne l'ait pas réenregistrée pour Decca ou Philips durant les trente années suivantes de sa carrière...

Certainement la version la plus virile, la moins séduisante de la discgraphie. Et les tempi d'enfer permettent de buriner cette interprétation en moins de 40 mn, même si comparativement aux trois autres le troisième volet (Jeune Prince et la Princesse) traîne un peu. Globalement, une interprétation électrisante !
Dans la Fête à Bagdad, on est chahuté comme jamais !


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MessageSujet: Re: Rimsky Korsakov - oeuvres orchestrales   Lun 24 Fév 2014 - 23:20

tiens? la j'écoute la version von Beinum 1957; c'est assez spécial, du trop lent au trop rapide, avec un violon solo des plus personnels... ça marche quand même! (waho les trompettes, il les a tués, bon il a assassiné les flûtistes aussi, tout son ocrhestre en fait)
C'est de nouveau à la mode Schéhérazade ces temps-ci?
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MessageSujet: Re: Rimsky Korsakov - oeuvres orchestrales   Lun 24 Fév 2014 - 23:28

sud273 a écrit:

C'est de nouveau à la mode Schéhérazade ces temps-ci?



 Smile C'est pas si souvent qu'on la croise en playlist...

Surprised Beinum n'est pas réputé comme killer...

Que veux-tu dire ?
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aurele
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MessageSujet: Re: Rimsky Korsakov - oeuvres orchestrales   Dim 10 Aoû 2014 - 19:12

J'ai entendu la version de Karajan de 1962 ce week end avec le Berliner Philarmoniker et je n'ai aucun point de comparaison. Je l'ai trouvé superbe plastiquement.
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MessageSujet: Re: Rimsky Korsakov - oeuvres orchestrales   Dim 10 Aoû 2014 - 20:58

c'est un très bon souvenir pour moi Karajan et Schwalbé, le premier 33t que j'ai écouté dans mon appartement parisien, il y a très longtemps... en 1980 je pense. Cette version a donc mon âge si elle date de 62
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Mélomaniac
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MessageSujet: Re: Rimsky Korsakov - oeuvres orchestrales   Ven 17 Juil 2015 - 0:05

Very Happy La direction affolante de Silvestri électrise tout ce que l'oeuvre recèle de spectaculaire, et obtient une lecture à la fois virtuose dans le détail et puissamment caractérisée, d'un tempérament exalté et explosif -la Fête à Bagdad vous jette des pelletées d'épices brûlantes à la figure !
La provinciale phalange de Bournemouth se voit poussée dans ses retranchements, et brille ici par une aisance insolente, une pugnacité acharnée, rivalisant avec les plus prestigieux orchestres qui s'illustrèrent dans cet opus.
Une bonne dizaine d'interprétations peuvent prétendre au sérail de mes préférées, mais celle-ci tient assurément une place de choix, parmi les plus phonogéniques !
Car techniquement aussi cette version casse la baraque : outre une ampleur, une densité et un relief ahurissants, les micros cisèlent une finesse et une transparence incroyables, où l'on entend le moindre frémissement instrumental.
Pour vous donner une idée : tous répertoires confondus, j'inclurais volontiers cet enregistrement dans le top 10 des meilleures prises de son symphoniques que je connaisse, c'est à dire quelques milliers.



Mélomaniac, in playlist, a écrit:

Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908) :

Shéhérazade, suite symphonique Op. 35

La mer et le vaisseau de Sindbad - Le récit du prince Kalender - Le jeune prince et la jeune princesse - Fête à Bagdad, La Mer, Le Vaisseau se brise sur un rocher surmonté d'un guerrier d'airain

= Constantin Silvestri, Orchestre symphonique de Bournemouth

(Columbia, décembre 1966)


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André
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MessageSujet: Re: Rimsky Korsakov - oeuvres orchestrales   Ven 17 Juil 2015 - 4:35

Adjugé, vendu ! La Schéhérazade de Silvestri sera accompagnéee de 14 autres disques dans sa prochaine livraison, et pour vraiment peu cher! Merci Mélo pour cette recommandation !
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Jaky
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MessageSujet: Re: Rimsky Korsakov - oeuvres orchestrales   Ven 17 Juil 2015 - 16:45

Très belle version et très belle prise de son pour cette Shéhérazade par Silvestri, assurément dans le top 10 comme le dit Mélomaniac même si on peut trouver un premier violon moins acide surtout un orchestre plus voluptueux.
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Mélomaniac
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MessageSujet: Re: Rimsky Korsakov - oeuvres orchestrales   Ven 17 Juil 2015 - 16:50

Surprised On peut certes trouver orchestre plus sirupeux, néanmoins rien de sec ici, au contraire, la pâte est aussi charnue que colorée.
Et le volet du Jeune Prince et la jeune Princesse vibre d'un élan passionné.
J'aime beaucoup le violon solo, ductile et piquant, mais je ne dirais pas acide.





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André
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MessageSujet: Re: Rimsky Korsakov - oeuvres orchestrales   Sam 18 Juil 2015 - 1:10

Le coffret Silvesti est en route cheers

Mes Schéhérazades préférées sont celles de Chalabala et de Kondrachine. J'ai hâte d'entendre Silvestri maintenant !
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Mélomaniac
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MessageSujet: Re: Rimsky Korsakov - oeuvres orchestrales   Dim 19 Juil 2015 - 23:27

olivier le normand, in playlist, a écrit:

Mélomaniac a écrit:


drunken




Du coup, j'ai commandé ça:

http://www.amazon.fr/dp/B00ACHXHII

En résumé, si je dépense trop, c'est la faute à Mélo


Mr.Red J'aime rendre les gens heureux. Vaut mieux faire envie que pitié.

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MessageSujet: Re: Rimsky Korsakov - oeuvres orchestrales   Sam 23 Jan 2016 - 17:29

Smile Interprétation large et épique, sous la baguette du Svetlanov de la grande époque.
L'acoustique de la Salle du Conservatoire de Moscou offre un vaste écrin, propice à éveiller l'imaginaire (les solos au début du Récit du Prince Kalender, magique !)
Dans le détail, l'orchestre ne s'avère pas toujours impeccablement virtuose (comparé à d'autres émérites phalanges internationales), mais le chef russe exacerbe ses couleurs typiques (le vibrato des cors !) et l'emporte dans une narration captivante. Échevelée comme on l'attend dans les courses-poursuites de la Fête à Bagdad.
Un classique de la discographie, pour une vision aussi puissante que suggestive.


Mélomaniac, in playlist, a écrit:

Nikolaï Rimsky-Korsakov (1844-1908) :

Schéhérazade, suite symphonique Op. 35

= Ievgueni Svetlanov, Orchestre symphonique d'État d'URSS

(Melodiya, 1969)



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MessageSujet: Re: Rimsky Korsakov - oeuvres orchestrales   Sam 2 Juil 2016 - 16:35

Smile A mon sens Svetlanov aurait pu mieux faire car il ne tire pas tout le potentiel de lyrisme et de couleurs de cette merveilleuse partition, et sa lecture manque parfois d'énergie.
On trouve aussi les trois symphonies par Svetlanov chez RCA, je ne crois pas qu'il s'agisse des mêmes enregistrements que Melodiya (?)
Parmi les classiques, mes versions préférées d'Antar restent Ansermet, Paray et en premier lieu Monteux à San Francisco (mais le son date un peu), d'une incandescence inégalée dans la marche de l'allegro risoluto !


Mélomaniac, in playlist, a écrit:

Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908) :

Symphonie n°2, Op. 9

= Ievgueni Svetlanov, orchestre symphonique d'État d'URSS

(Melodiya, mars 1977)

drunken Autant je trouve la première symphonie falote, insignifiante, interminable, autant la seconde m'a toujours subjugué par ses climats fabuleux et orientalistes.
Il faut dire que ses langoureux leitmotive variés jusqu'à plus-soif s'ancrent facilement dans l'esprit.


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MessageSujet: Re: Rimsky Korsakov - oeuvres orchestrales   Sam 2 Juil 2016 - 16:55

Scherchen/LSO en 54 n'est pas idéalement capté, mais l'interprétation est fameuse, à mon goût ; peut-être, en revanche, parce que je l'ai écoutée à rebours de la version Ravel entendue en concert à Lyon (un hypothétique vol. 4 de l'intégrale de l'oeuvre pour orchestre par Slatkin, chez Naxos puisque c'est repris cette saison ?). C'est à dire intense, puissante, fouaillée, etc.
Ton avis sur Maazel/Pittsburgh ?

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Toma
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MessageSujet: Recherche Scheherazade Rimsky Korsakov   Mer 8 Fév 2017 - 17:22

Bonjour à tous!

J'ai parcouru avec attention les pages de ce forum, à la recherche d'un enregistrement convaincant de Scheherazade de Rimsky Korsakov.
Je m'intéresse surtout au final de la symphonie, la toute fin, l'issue du Festival in Bagdad.
Pour un film...
J'ai vu sur les pages de ce forum deux enregistrements, le premier est dirigé par Golovanov et je ne le trouve pas fameux, le second par Reiner, il doit être meilleur mais je ne le trouve pas en ligne, ou alors je devrais l'acheter.

Avant de m'y résoudre, auriez-vous des pistes ?

Merci à vous!
Thomas
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MessageSujet: Re: Rimsky Korsakov - oeuvres orchestrales   Sam 25 Mar 2017 - 1:43

Mélomaniac, in playlist, a écrit:

Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908) :

Schéhérazade, op. 35

= Leopold Stokowski, Royal Philharmonic Orchestra

(RCA, mars 1975)

Smile Voilà donc l'ultime Schéhérazade léguée par Leopold Stokowski, presque un demi siècle après sa première version en cinq galettes 78tours (Victor / His Master's Voice) d'octobre 1927 avec l'orchestre de Philadelphie.
Une oeuvre qu'il enregistra non moins de cinq fois intégralement au cours de sa longue carrière, sans compter les témoignages de concert, incomplets ou impubliés. Déjà des extraits gravés si tôt qu'en 1919 à l'ère du phonographe !
Le talent de conteur du maestro (alors nonagénaire) ne s'est pas tari avec l'âge, et se permet même une réelle prise de risque en maints endroits.
Il n'a pas renoncé à sa manie du remaniement de l'instrumentation. Nullement rédhibitoires sauf pour les puristes, ces quelques minimes retouches s'annoncent tantôt flagrantes : un xylophone s'invite à 8'05 du Récit du Prince Kalender, des cymbales claquent dans le climax de La mer et le bateau de Sindbad (mesure 199, 7'55)...
D'autres ajouts restent discrets, comme ce léger glissando de harpe sur le second arc arpégé par la clarinette dans la troisième partie (mesure 23, 1'30).

Les licences concernent aussi la prosodie ou le tempo, particulièrement dans Le Prince et la princesse : la sinueuse mélodie initiale se trouve langoureusement féminisée par les violonistes anglais qui succombent à l'agogique délitée par le chef. Observons cet alanguissement du deuxième énoncé, avec un retard qui précède le trille mi-ré-mi-ré (0'10).
Ce sentiment de plaintive volupté baigne la romance idyllique, jusque dans les dernières secondes : encore un ritardando qui diffère la résolution fa#-sol (10'58) que soupirent les violoncelles.
Durant les soixante-huit premières mesures de cet Andantino, la noire se pointe ici lascivement à une valeur 32, alors que la partition la prévoit plus vigoureuse (52).
Pour le pimpant épisode central pocchissimo piu mosso (4'12-), Stokowski resserre l'allure mais reste en deçà de l'alacrité que Rimsky fixe au métronome (58 au lieu de 63). On ne morigénera pas une bénigne désynchronisation des trois croches (fa) pincées aux altos (4'13), légèrement décalées de la caisse claire, car cela s'arrange aussitôt dès la réitération de cette figure rythmique.

Sa baguette sait aussi nous attendrir dans le premier volet. Berçant l'accalmie du tranquillo (3'07), le violoncelle solo creuse sans rien de mécanique le relief de sa phrase ondoyante. On peut alors regretter l'apparition un peu fruste du violon solo (4'04) qui empèse ses triolets et rigidifie inélégamment sa diction par des quasi sforzando sur les cadences suspensives ou conclusives (la-si à 4'13, sol-la à 4'24 ; ré-mi à 7'06, do-ré à 7'16).
Erich Gruenberg campe ici une sultane de caractère quoiqu'un peu insistante.
Stokowski brosse ce périple marin avec une patente émotivité (les violons juteux à 2'02-, mesure 39) et suscite le grandiose par des astuces dont il a le secret : la majestueuse déclamation de ses cornistes (4'50-4'58) quand les vagues assaillent le navire.
Sans interruption, il enchaîne attacca le Récit du Prince Kalender qu'il scénarise par un art digne du théâtre. Après une introduction savoureusement dressée par les bois du Royal Philharmonic (basson, hautbois) surgit l'Allegro molto (3'26) : les violoncelles et contrebasses bondissent dans le décor comme un Maure sanguinaire, le cimeterre entre les dents.
Les trombonistes profèrent leurs menaces auxquelles répond la trompette en sourdine. Stokowski sait maintenir la tension narrative dans le Moderato assaï (4'32) : émoustillant pizzicato de cordes colla parte, turgescente clarinette qui affûte ses fins de phrase avec un air revêche... Il excite ses troupes dans le poco stringendo (5'44) puis fait encore monter la fièvre à 6'38, attisée par les stridents triolets de piccolo et triangle.
Raconter, c'est aussi savoir gérer l'élévation du propos : passer de la description à la distanciation. Recul panoramique d'une caméra en travelling arrière, que Rimsky introduit à la lettre N de sa partition (7'53). Stokowski réussit cela magistralement, étoffant chaleureusement ses pupitres, même dans le spiccato arraché par ses moelleux archets (8'49-9'04).
Et quelle subtilité dans la conclusion : ce mélisme du cor qui résonne lointainement sur le trémolo serré par des altos et violoncelles aux reflets argentés (10'22-10'37). Notons cette finale liberté textuelle : le choc de percussion est remplacé par un roulement frappé crescendo à la cymbale suspendue.

L'esthétique de Stokowski n'était pas réputée pour sa rigueur. Mais ici, que redire à la discipline de l'orchestre britannique dans la Fête à Bagdad ?!
Toute au service de l'action dramatique et du tumulte échevelé. Exemple mesure 468 : comme si les bourdonnantes triples croches aux violons n'étaient pas assez périlleuses, le chef accélère progressivement comme pour tester la vélocité de ses musiciens. Il se saisit du piu stretto (6'33) huilé mais tranchant qu'aiguisent ses violoncelles et contrebasses redoutablement nets. Les micros contribuent à focaliser les pupitres avec une piquante acuité.
Pour marquer le naufrage du bateau éperonné par le rocher, le compositeur a prévu un coup de tam-tam, ici renforcé par la grosse caisse.

Audiblement inspiré par l'œuvre, Stokowski s'y révèle au sommet de son art : le grand spectacle qu'il nous offre ne sacrifie rien de l'émotion ni de la couleur orientaliste de cette suite symphonique tirée des Mille et une Nuits.


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MessageSujet: Re: Rimsky Korsakov - oeuvres orchestrales   Sam 25 Mar 2017 - 1:46

Mélomaniac, in playlist, a écrit:

Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908) :

La Grande Pâque Russe, Ouverture op. 36

= Leopold Stokowski, Orchestre symphonique de Chicago

(RCA, février 1968)

Very Happy Une œuvre que j'adore !
Quatrième enregistrement que Stokowski en effectua pour les micros de Victor.
Les retouches et intuitions personnelles du maestro signent la russitude à grand renfort de foucades, et remodèlent la physionomie de cette célébration orthodoxe sans trahir son aura d'effervescente spiritualité.
Au contraire, elles l'intensifient par divers moyens.

Ainsi à 0'28, le violon solo jaillit immédiatement de la rafale de sol octaviés en pizzicati, foudroyante comme l'éclair. Néanmoins, mesure 28 (2'05), la même gerbe de pizzicati laisse à la flûte un silence pour s'installer.
Très surprenant, au début du passage Andante lugubre (3'04) : l'impatient et féroce grognement du tuba américain semble sorti de l'antre maléfique de Kastcheï plutôt qu'il n'évoque l'aurore baignant le Saint Sépulcre. J'ai aussi l'impression qu'on lui a adjoint une clarinette basse (substituée au basson) pour émettre un tel grommellement (?)

Autre bizarrerie : 4'03-4'12 dans l'Allegro agitato, le thème mélodique « Dieu ressuscitera » (entrecoupé par la réplique des bois) doit être joué dans une même nuance dynamique (mezzo forte aux violoncelles & contrebasses, piano aux basson & tuba). Alors que Stokowski amoindrit le volume des deuxième et troisième sections de ce motif musical.

Mesures 157 (4'49-), 173 (5'01-), repris à 433 (10'02-) et 449 (10'14-) : on observera cette singulière accentuation des cuivres, avec crescendo sur les sept derniers accords à l'unisson des cordes. Mais les six accords qui doivent ensuite ponctuer en écho les croches de violon sont supprimés.
Mesure 213 (5'41), on relèvera ce halo de cordes qui nimbe la résonance de la fanfare (encore un ajout étranger à la partition).

Lors de ses enregistrements antérieurs (avril 1942, avril 1953), Stokowski avait pris l'initiative de faire chanter l'hymne du Maestoso par un baryton, Nicola Moscona en l'occurrence. Il reste ici fidèle au solo de trombone (7'18) prescrit par le compositeur -ne s'empêchant pas de lui imprimer un ostensible crescendo sur les cinq derniers ut de sa mélopée.
Hélas, une transformation regrettable affaiblit selon moi le carillonnant Finale, ici privé de son martèlement (la-ré) de timbales.
Quoi qu'on pense de ces aménagements, l'orchestre de Chicago s'exécute avec la flamme et l'éblouissante virtuosité qu'on lui connaît.


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Polyeucte
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MessageSujet: Re: Rimsky Korsakov - oeuvres orchestrales   Lun 17 Avr 2017 - 22:51

Pas vraiment de l'orchestral, mais je ne savais pas trop où mettre... les intéressés trouveront l'info!


Parution chez CPO d'un disque de mélodies de Rimsky le 28 avril.
Marina Prudenskaya (mezzo), Cord Garben (piano)

Nikolai Rimsky-Korsakov: 4 Songs, Op. 40
No. 1. Kogda volnuyetsya zhelteyushchaya niva (When the golden cornfield waves)
No. 2. Po nebu polunochi (Across the midnight sky)
No. 3. O chyom v tishi nochyei (In the quiet of the night)

Nikolai Rimsky-Korsakov: 4 Songs, Op. 27
No. 1. Gornimi tikho letela dusha nebesami (Softly the spirit flew up to Heaven)

Nikolai Rimsky-Korsakov: 4 Songs, Op. 39
No. 1. O, yesli b tï mogla (Oh, if thou couldst for one moment)
No. 2. Zapad gasnet v dali bledno-rozovoj (The west dies out in the distant pallid rose)
No. 3. Na nivï zheltïye niskhodit tishina (Silence descends on the golden cornfields)
No. 4. Usni, pechal'nïy drug (Sleep, my poor friend)

Nikolai Rimsky-Korsakov: By the Sea, Op. 46
No. 1. Drobitsya, i pleshchet, i brizzhet volna (The wave breaks into spray)
No. 2. Ne penitsya more (Not a sound from the sea)
No. 5. Vzdimayutsya volni (The waves rise up like mountains)

Nikolai Rimsky-Korsakov: In Spring, Op. 43
No. 1. Zvonche zhavoronka pen'ye (The lark sings louder)
No. 2. Ne veter, veya s visoti (Not the wind, blowing from the heights)

Nikolai Rimsky-Korsakov: 4 Songs, Op. 4
No. 4. Tikho vecher dogorayet (Quietly evening falls)

Nikolai Rimsky-Korsakov: 4 Songs, Op. 42
No. 1. Shyopot, robkoye dïkhan'ye (A whisper, a gentle breath)
No. 2. Ya prishyol k tebe s privetom (I have come to greet thee)

Nikolai Rimsky-Korsakov: 4 Songs, Op. 7
No. 2. Yevreyskaya pesnya (Hebrew Song)
No. 3. Switezianka (Switezianka)

Nikolai Rimsky-Korsakov: 4 Songs, Op. 42
No. 4. Moya balovnitsa (My spoiled darling)

Nikolai Rimsky-Korsakov: 4 Songs, Op. 3
4 Songs, Op. 3: No. 2. Yuzhnaya noch' (Southern Night)

Nikolai Rimsky-Korsakov: 4 Songs, Op. 2
No. 1. Shchekoyu k shcheke tï moyey prilozhis' (Lean thy cheek to mine)
No. 4. Iz slyoz moikh (From my tears)

Nikolai Rimsky-Korsakov: 6 Songs, Op. 8
No. 2. Noch (Night)

Nikolai Rimsky-Korsakov: 4 Songs, Op. 3
No. 4. Na kholmakh Gruzii (Upon the Georgian Hills)

Nikolai Rimsky-Korsakov: 4 Songs, Op. 42
No. 3. Redeyet oblakov letuchaya gryada (The clouds begin to scatter)

Nikolai Rimsky-Korsakov: 5 Songs, Op. 51
No. 2. Ne poy, krasavitsa, pri mne (Do not sing to me, fair maiden)
No. 3. Tsvetok zasokhshiy (Withered flower)
No. 4. Krasavitsa (The Beauty)

Nikolai Rimsky-Korsakov: 4 Songs, Op. 55
No. 1. Probuzhden'ye (Awakening)

Nikolai Rimsky-Korsakov: 4 Songs, Op. 2
No. 2. Vostochnïy romans: Plenivshis' rozoy, solovey (Eastern Song: Enslaved by the rose, the nightingale)

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MessageSujet: Re: Rimsky Korsakov - oeuvres orchestrales   Mar 18 Avr 2017 - 7:47

tu as écouté ?

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MessageSujet: Re: Rimsky Korsakov - oeuvres orchestrales   Mar 18 Avr 2017 - 12:26

Ben non, ça sort le 28 avril...
Après, je connais les mélodies de Rimsky... je préfère celles de Rachmaninov ou Tchaikovsky, mais c'est tout de même très beau et intéressant. En général très "mélodique" mais avec un bel accompagnement au piano et une belle sensibilité.

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MessageSujet: Re: Rimsky Korsakov - oeuvres orchestrales   Mar 18 Avr 2017 - 17:09

Un fil sur les mélodies russes, ce pourrait être intéressant.

En tout cas, excellente nouvelle, surtout par Prudenskaya, qui est passionnante en général, et l'une des rares à pouvoir convertir cela dans le répertoire particulier de la mélodie. thumleft
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MessageSujet: Re: Rimsky Korsakov - oeuvres orchestrales   Mar 18 Avr 2017 - 17:20

DavidLeMarrec a écrit:
Un fil sur les mélodies russes, ce pourrait être intéressant.

Oui sans aucun doute, mais tellement foisonnant et varié que le lancer avec un peu de substance risque d'être assez long!
Difficile de ne pas parler de Rachmaninov, Tchaikovsky, Moussorgsky, Rimsky et Shosta... et comment après ne pas aussi ajouter Glinka, Dargomijsky, Medtner... et bien d'autres oubliés. Car chacun est vraiment différent même dans une même période chronologique.

Citation :
En tout cas, excellente nouvelle, surtout par Prudenskaya, qui est passionnante en général, et l'une des rares à pouvoir convertir cela dans le répertoire particulier de la mélodie. thumleft

Very Happy

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MessageSujet: Re: Rimsky Korsakov - oeuvres orchestrales   Mar 18 Avr 2017 - 17:47

Et tous ceux de la période ultérieure : Roslavets, Mossolov, Prokofiev, Vainberg…

Ce n'était nullement un reproche bien sûr ; pour ma part, ma maîtrise du russe étant trop limitée pour faire d'oreille et les textes pas évidents à trouver dans des formats décents (en gros, cyrillique + une béquille de traduction dans une langue moins orientale), j'en écoute peu souvent, même si j'ai survolé une bonne partie du répertoire courant. Donc je me sentirais peu à l'aise, sauf à les caractériser grossièrement en groupes de « mélodiques » (Tchaïkovski, Rachmaninov) / « atmosphériques » (Moussorgsky) / « liederistiques » (Medtner, Chostakovitch, Prokofiev).

Je me contentais donc de signaler que, le cas échéant, un fil pour regrouper (à défaut de présenter) tout ça ne serait pas une mauvaise chose. coucou
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MessageSujet: Re: Rimsky Korsakov - oeuvres orchestrales   Dim 23 Avr 2017 - 17:00

Mélomaniac, in playlist, a écrit:

Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908) :

Antar, suite symphonique Op. 9

= Neeme Järvi, Orchestre symphonique de Göteborg

(DG, septembre 1987)

Smile Le chef estonien a parfois la main un peu lourde (aux antipodes des gazes raffinées par Maazel à Cleveland, chez Telerc), et on regrette une prise de son un peu translucide voire constipée.
Pas la meilleure adresse pour ce merveilleux Antar (voir plutôt Ansermet, Svetlanov, Zinman, -ou parmi les vieilleries, Paray et Monteux).



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