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 Le cas Morton Feldman...

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lulu
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MessageSujet: Re: Le cas Morton Feldman...   Ven 1 Sep 2017 - 21:54

au fait, pour ceux qui connaissent déjà tout le catalogue de Feldman, on peut aussi aller voir du côté de Barbara Monk Feldman et de Bunita Marcus.
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Le cas Morton Feldman...   Ven 23 Fév 2018 - 22:36

Écouté deux fois hier, complètement scotché (mais je pense que lulu n’appréciera pas du tout cette interprétation):


For Bunita Marcus (1985) pour piano
Marc-André Hamelin (piano)
Monmouth, VI.2016
Hyperion


Et ce disque, au-delà d’une expérience d’écoute particulièrement prenante, a assez profondément renouvelé ma perception de l’œuvre.

Dans les interprétations que j’avais déjà (John Tilbury - LondonHALL, 1996 - et Steffen Schleiermacher - MDG, 2009 - , excellents au demeurant), c’est la dimension conceptuelle qui est la plus évidente: expérimentation sur la perception du temps (à la fois en tant qu’expérience de la durée et de la distension extrême du rythme), et de ses effets sur la dimension «horizontale» de l’écriture (sous l’effet de cet étirement, que deviennent des notions comme l’harmonie et la mélodie?) - ce que je trouvais en soi déjà absolument fascinant comme j’ai dû en faire état un peu plus haut dans ce sujet.

Cependant, dans ces deux versions, la question du son était relativement minorée: peu de recherche sur la dynamique (très homogène chez chacun, et surtout déterminée par la prise de son, proche chez Tilbury, un peu plus lointaine chez Schleiermacher) et encore moins sur les timbres et les textures (différentes d’un pianiste à l’autre, mais là aussi très homogènes chez chacun: plutôt métallique et pointillistes chez Schleiermacher; plus rondes et mates chez Tibury.) À les entendre, on a un peu l’impression que, pour Feldman, le choix du piano correspond, en quelque sorte, au choix d’un médium qu’on pourrait qualifier de neutre (sans spécifité de timbre ou de texture), une sorte de point quelconque à partir duquel seule la partition, le «texte» ferait sens (d’où la dimension conceptuelle dont je parlais.) Ce qui se défend - mais on pourrait aussi penser a contrario que ce n’est pas le cas, ne serait-ce qu’en s’appuyant sur le fait que de nombre de ses œuvre ont pour titre leur seule nomenclature instrumentale.

Or, c’est ici que l’interprétation d’Hamelin prend toute sa valeur: car il déploie ici un son de «grand pianiste» (et l’on connaît l’étendue assez phénoménale de ses moyens et sa maîtrise.) Certes, c’est à l’échelle infinitésimales des nuances que peut solliciter la musique de Feldman - mais cela change tout: à travers d’infimes variations de résonances, de toucher, d’appuis, mais également d’imperceptibles gradation dynamiques (et quoique lui-même recommande, dans la notice: «this album should be listened to at a much lower level thant usual...»), il crée de véritables effets de textures et de timbres et semble ainsi convoquer tout un paysage sonore - constitué par une infinité de nuances sensorielles minuscules (au prix d’une attention soutenue.) Et cela suffit à révéler de l’œuvre des potentialités jusque là proprement inouïes: mon impression face à cette œuvre n’était plus celle d’une sorte de linéarité suspendue mais plutôt comme de se trouver sur un «chemin aux sentiers qui bifurquent» (Hamelin cite Borges dans sa note - mais La Bibliothèque de Babel) ou d’être au cœur d’une sorte de combinatoire indéterminée où le caractère raréfié des éléments ne les empêche pas d’être constamment quoique imperceptiblement en train de se recomposer.

(Ce que j’écris est probablement très peu clair: la musique de Feldman est probablement une de celles dont il est le plus difficile de verbaliser la perception.)

J’imagine qu’on pourra contester cette approche, lui reprocher de compromettre la radicalité de Feldman avec les façon du «beau piano»; j’imagine aussi qu’on pourra, en miroir, ne pas percevoir en quoi cette lecture est singulière tant cette singularité joue sur des composantes ténues, et juger cette musique de toute façon inaudible. Mais, telle quelle (outre une expérience sonore «immersive» assez incroyable, au casque), elle m’a réellement donné à percevoir comme une autre dimension de For Bunita Marcus.
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Mandryka
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MessageSujet: Re: Le cas Morton Feldman...   Dim 25 Fév 2018 - 10:15

J'étais tellement inspiré par votre post que j'ai écouté le disque de Hamelin.

Ma première réaction est qu'il y a moins d'aspérités dans les rhythms en comparaison avec Tilbury. Le résultat est relaxant et joli, mais pas très improvisé et pas particulièrement flexible.

J'ai un très intéressant enregistrement en live de For Bunita Marcus de John Tilbury en 2007, c'était un concert à Dublin, il est devenu mon Bunita Marcus préféré, ainsi que Markus Hinterhauser. Si vous le voulez, envoyez moi un message privé.

Je suis tenté d'acheter le disque de Feldman et Crumb de Stephen Osborne, mais jusqu'à présent j'y ai résisté! Quelqu'un le connait? c'est bon?
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Le cas Morton Feldman...   Dim 25 Fév 2018 - 11:21

Mandryka a écrit:
Ma première réaction est qu'il y a moins d'aspérités dans les rhythms en comparaison avec Tilbury.
En effet, comme je l'ai dit, c'est une lecture très «intégrée»; donc pas d'aspérités rythmiques, en effet (mais des déplacements des appuis, une pulsation qui se modifie insensiblement.)

Mandryka a écrit:
Le résultat est relaxant et joli,
Je ne l'ai vraiment pas ressenti comme ça. Au contraire, par moments ça m'a semblé presque angoissant ou étouffant, malgré (ou à cause de?) cette sonorité plus ronde (alors que ça ne m'est jamais arrivé avec Tilbury.)

Mandryka a écrit:
mais pas très improvisé
Oui, mais pas non plus chez Tilbury (que je ne connais pas en live, c'est vrai) - d'ailleurs je ne suis pas sûr que Feldman ait jamais voulu que ce soit ou que ça sonne «improvisé.»

Mandryka a écrit:
et pas particulièrement flexible.
Je n'ai vraiment pas le même ressenti (après réécoute partielle des deux.) Si je voulais «défendre» Tilbury face à Hamelin (mais de toute façon j'aime bien les deux), je crois que je dirais au contraire que je trouve dans le jeu de Tilbury une sorte de rectitude là où Hamelin me semble plus louvoyant.

Hinterhauser, je ne connais que son Palais de Mari, et pas du tout Osborne, là-dedans.
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Mandryka
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MessageSujet: Re: Le cas Morton Feldman...   Dim 25 Fév 2018 - 15:08

Benedictus a écrit:
Mandryka a écrit:
Ma première réaction est qu'il y a moins d'aspérités dans les rhythms en comparaison avec Tilbury.
En effet, comme je l'ai dit, c'est une lecture très «intégrée»; donc pas d'aspérités rythmiques, en effet (mais des déplacements des appuis, une pulsation qui se modifie insensiblement.)

Mandryka a écrit:
Le résultat est relaxant et joli,
Je ne l'ai vraiment pas ressenti comme ça. Au contraire, par moments ça m'a semblé presque angoissant ou étouffant, malgré (ou à cause de?) cette sonorité plus ronde (alors que ça ne m'est jamais arrivé avec Tilbury.)

Mandryka a écrit:
mais pas très improvisé
Oui, mais pas non plus chez Tilbury (que je ne connais pas en live, c'est vrai) - d'ailleurs je ne suis pas sûr que Feldman ait jamais voulu que ce soit ou que ça sonne «improvisé.»

Mandryka a écrit:
et pas particulièrement flexible.
Je n'ai vraiment pas le même ressenti (après réécoute partielle des deux.) Si je voulais «défendre» Tilbury face à Hamelin (mais de toute façon j'aime bien les deux), je crois que je dirais au contraire que je trouve dans le jeu de Tilbury une sorte de rectitude là où Hamelin me semble plus louvoyant.

Hinterhauser, je ne connais que son Palais de Mari, et pas du tout Osborne, là-dedans.

Maintenant que je lis votre post je vois que c'est le live de Tilbury que j'aime, et que j'avais dans mon esprit quand j'ai posté, je vois que vous avez peut-être raison pour le studio. Son opinion de la musique a changé un peu entre les deux enregistrements, le dernier est plus doux est moins dur.
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