Autour de la musique classique

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 Philippe Manoury

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athos
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MessageSujet: Philippe Manoury   Jeu 8 Oct 2009 - 14:05

Tiens, rien sur Philippe Manoury sur le forum...

Je ne connais donc que celui-ci : "La musique de chambre".

J'aime bien, notamment Last (pour clarinette basse et marimba), et "Toccatta pour piano".

Si vous avez d'autres CD � me conseiller, je suis preneur.
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Xavier
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MessageSujet: Re: Philippe Manoury   Jeu 8 Oct 2009 - 14:09

On peut peut-être mettre ça en rubrique générale, non?

La rubrique discographique sert à comparer les versions, pour un compositeur comme Manoury, il n'y a pas 50 versions pour chaque oeuvre.
Donc découvrir un disque revient à découvrir des oeuvres. Wink
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athos
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MessageSujet: Re: Philippe Manoury   Jeu 8 Oct 2009 - 14:46

Arf, ok ok , je n'ai pas encore tout compris.

Effectivement, au point de vue nombre de versions, on arrive même pas à deux je pense. cool-blue
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Philippe Manoury   Jeu 8 Oct 2009 - 16:38

Ses disques sont malheureusement anciens et comportent pas mal de bricolages électroniques peu heureux, alors que ses dernières oeuvres sont remarquablement intégrées de ce point de vue et très inspirées musicalement.

Donc, médication : écouter la radio.
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Siegmund
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MessageSujet: Re: Philippe Manoury   Sam 11 Juin 2011 - 21:21

J'ai pu écouter, "Fragment pour un portrait". Quelle claque, absolument impressionnant, envoutant et inspiré ; chef d’œuvre. L'aspect rythmique, sans doute complexe mais fluide, est particulièrement prenant et mets bien en valeurs la violences des différents effets enrobé d'une sorte de douceur spatiale.
La Partita I du même CD est aussi très plaisante.

Une musique à écouter, de haute préférence, au casque Hi-Fi ; tant ce mastodonte de puissance est pourtant fragile et ultrasensible, et peut s’effondrer. Le défaut inhérente aux musiques de miniatures...
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Siegmund
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MessageSujet: Re: Philippe Manoury   Sam 9 Juil 2011 - 15:03

Dommage qu'il existe si peu d'enregistrement, et que parmi les rares, peu me soient accessibles.

Voici une liste de ce qui existerait, et de ce que j'ai éffectivement en gras :

Petit Aleph, chez Adda (1988)
Quatuor à cordes, chez M.F.A./Harmonia Mundi
Le Livre des claviers, chez Philips Classic
Jupiter et La partition du Ciel et de l'Enfer, chez M.F.A./Adès
Zeitlauf, chez M.F.A./Erato (1990)
60e Parallèle, chez M.F.A./Naxos (1997)
En écho et Neptune, chez Accord (1998)
Fragment pour un portrait ; Partita I pour Alto et électronique
La Musique de chambre, chez Accroche note (2007)


J'avais pu voir en vidéo, grâce à un colloque sur la question, un extrait d'enregistrement ou de répétition (ou test technique) de Pluton avec P-L Aimard au piano ; ce qui m'avait l'air superbe. Malheureusement, trouver l’œuvre entière pour de vrais.

Concernant la partition du ciel et de l'enfer, la composition m'a paru très intéressante ; mais le disque m'a l'air plombé par une prise de son très extérieure, presque lointaine, et une interprétation à mon premier avis pas forcément adapté (mais vu la pris ede son, dur à dire). L'électronique m'a lui paru comme bridé techniquement (et même daté en cause des ambitions que lui réclame de l’œuvre), inabouti ; à voir s'il ce que ça donnerait aujourd'hui la même partition programmée sur un instrument d'aujourd'hui.
Zeitlauf, a aussi une prise de son pas spécialement immersive, mais il me faudrait trouver le temps d'en refaire une écoute sérieuse dans des conditions optimales.

Le disque Fragment pour un portrait et Partita I avec l'EIC et sa superbe chef est en revanche à tout les égards techniquement optimale et la musique grandiose.
Belle partition et beau disque aussi pour 60th Parallèle.
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Froberger
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MessageSujet: Re: Philippe Manoury   Dim 10 Juil 2011 - 15:26

Je pense qu'il est assez important d'entendre l'opéra K... du compositeur, donné à Bastille au début des années 2000 et qui a été enregistré par la radio. Sinon, je signale que Les Nuits de Gutenberg, un nouvel opéra de Manoury, sera créé en septembre prochain à Strasbourg.
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Siegmund
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MessageSujet: Re: Philippe Manoury   Dim 17 Juil 2011 - 12:56

Froberger a écrit:
Je pense qu'il est assez important d'entendre l'opéra K... du compositeur, donné à Bastille au début des années 2000 et qui a été enregistré par la radio. Sinon, je signale que Les Nuits de Gutenberg, un nouvel opéra de Manoury, sera créé en septembre prochain à Strasbourg.

Mais difficile à trouver j’imagine Neutral

S'est-t-il déjà attaqué à la transformation et dialogue avec la voix par moyen électronique ? La question soulevait des difficultés et risques encore plus important qu'avec les instrumentistes (pour le Live) ; mais il n'y renonçait pas.
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Siegmund
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MessageSujet: Re: Philippe Manoury   Dim 17 Juil 2011 - 13:18

J'ai trouvé le temps d'une réécoute sérieuse de Zeitlauf ; et ça me plait bien plus dans ces conditions ! Techniquement impeccable en fait.
Mais face à tant de complexité et subtilités techniques ; je vois difficilement comment le groupe vocal peut parvenir à donner ça en Live. Cela doit couter répétition énormes et pas forcément ludiques.

Les spatialisations vocales (elles mêmes transformées) sont très prenantes ; et le coté ordinateur froid, spatial (des effets électroniques), donne un effet certain à une ambiance hallucinée et extraterrestre ; ce qui renvoie de façon assez frappante à certains mouvement de son Fragment pour un portrait.
Ainsi, si vous cherchez un argument pour mieux comprendre cette musique, vous pourriez considérer Fragment pour un portrait comme un la capture, dans des champs par ses force obscures et étrangères ; puis Zeitlauf comme quelque chose d'après. Argument qui vaut ce qu'il vaut Laughing .
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Siegmund
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MessageSujet: Re: Philippe Manoury   Dim 17 Juil 2011 - 15:38

Pour aller plus loin sur Fragment pour un portrait, j'ai trouvé ces deux documents complémentaires sur le site de P.Manoury :

Arrow http://www.philippemanoury.com/wp-content/uploads/2008/10/fragments-pour-un-portrait.pdf
Arrow http://www.philippemanoury.com/?p=2235
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Philippe Manoury   Dim 17 Juil 2011 - 18:28

J'ai écouté Fragments pour un portrait.

Ca dépasse toutes mes espérances ! J'avais déjà adoré Noon (2003), parmi ses oeuvres récentes : composé dans le cadre d'un hommage à Berlioz, avec voix, et de l'électronique qui seconde un lyrisme orchestral au sein duquel il est difficile à déceler sans l'image.

Même chose pour Fragments pour un portrait, si ce n'est que les tintements scintillants et les gouttes d'eau s'identifient facilement.

Cette musique est il est vrai peu originale : vraiment la palette des syncrétiques actuels, avec des restes de Sacre, et même de l'Oiseau (!), plus ou moins volontaires, on n'est pas loin de Mantovani en termes d'effets, même si les coloris et la structure divergent grandement.
Mais elle est surtout extrêmement immédiate. C'est ce qui m'a le plus étonné et séduit ici, on entend une réelle tension-détente, un vrai discours. Ca ne sonne pas dissonant ou désordonné, on suit un parcours, tenu par une main qui ne tremble pas.

Superbe ! Very Happy
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hammerklavier
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MessageSujet: Re: Philippe Manoury   Jeu 18 Aoû 2011 - 11:52

Froberger a écrit:
Sinon, je signale que Les Nuits de Gutenberg, un nouvel opéra de Manoury, sera créé en septembre prochain à Strasbourg.

ça se tente si on connait pas du tout la musique de manoury ? Etant resident maitnenant sur Strasbourg, je suis tenté d'aller decouvrir cet opéra. J'ai emprunter 2 cd de manoury a la médiathèque mais j'ai aps encore eu le temps de les ecouter.

Sinon J'ai dernièrement eu l'occasion de faire un concert sur strasbourg dans le cadre du festival de musiqque du début de l'été. Le chant de la terre de Mhaler en deuxième aprtie de cocnert et une première partie génial

c'etait desert de varèse mais que le chef a placé "sans coupure" entre le mouvement répété de l'ouverture de la création de haydn. c'etait excellent ! j'ai adoré le contraste et en même temps les echo que cela faisait ressortir entre les deux oeuvre.
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hammerklavier
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MessageSujet: Re: Philippe Manoury   Ven 2 Sep 2011 - 16:30

Personne n'encourage donc a aller voir cet opéra les yeux (les oreilles plutot) fermés...

Par précaution et avant de m'engager sur l'achat des places. j'ai quand même emprumter un cd à la médiathèque. Dessus il y avait fragment de portrait et partita 1.

J'espère que ce sera aussi bien, j'ai vraiment apprecié le melange des son lectronique (qui apparaisent au début comme un simple echo des cordes) puis qui prennent corps de plus en plus avec l'orchestre. La fusion est excellente ! ça donne des reflet au cordes que je n'avais jamais entendu auparavant.

Je viendrais faire ici un petit comtpe rendu de mon ressenti sur l'opéra.
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Siegmund
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MessageSujet: Re: Philippe Manoury   Lun 19 Sep 2011 - 18:39

Et c'est parti pour La Nuit de Gutenberg ! ( http://www.qobuz.com/info/MAGAZINE-ACTUALITES/CONCERTS-ET-TOURNEES/Une-creation-de-Philippe-Manoury-a60571 )

Me conseilleriez-vous Inharmonies ? ( http://www.qobuz.com/album/philippe-manoury-manouryinharmonie/0822189018092 ) Dont je découvre l'existence Embarassed
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MessageSujet: Re: Philippe Manoury   Mer 19 Oct 2011 - 10:56

Je réécoutais hier soir Jupiter, dans des conditions optimales ; ce qui est un privilège que je réserve autant que l'humeur me le permet à ce genre d’œuvres qui nécessitent vraiment cet état pour être appréciés à leurs juste valeurs. Bref, c'est vraiment une musique formidable.

Mais, pour cause d'âge, la bonne inspiration des effets électroniques et électro-acoustiques sonnent à la fois bien, mais aléatoirement sec ou manquant d'ampleur sonore. Cela créé une sorte de déséquilibre technique aléatoire, variant d'effet en effet ; impression comme celle d'une prise de son douteuse pour les répertoires chez classiques. Toutefois, certaines choses ressortent de façon superbes.

As-ton quelques espoirs d'un nouvelle enregistrement, avec transcription technique pour machine d'aujourd'hui ? (Non, je rêve)
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MessageSujet: Re: Philippe Manoury   Sam 17 Nov 2012 - 13:07

Je ne peux qu'à nouveau vous conseiller fortement la Partita I pour alto solo & électronique. C'est un grand chef d’œuvre. Renversant.
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lulu
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MessageSujet: Re: Philippe Manoury   Sam 4 Avr 2015 - 13:56

coucou


1. À mon avis, on peut se contenter de trois périodes pour décrire l'évolution de l’œuvre de Manoury.
— Jusque 1980, Manoury croise les influences (Stockhausen, Xenakis, Boulez) ; parti du sérialisme, il trouve sa voie : « l’acte de composition consiste à mettre en œuvre des capacités de transformation tant du matériau musical que de la perception ». Ce déplacement trouve un parfait écho structurel dans Cryptophonos (1974).
— Manoury inaugure avec Zeitlauf (1982) une période d’œuvres de grande envergure. Celles-ci s’organisent en cycles où chaque œuvre se nourrit des précédentes. La problématique de l’électronique en temps réel est centrale, notamment avec le cycle Sonus ex machina (1987–91, plus En écho en 1994). L’électronique vient enrichir la problématique de la perception, du temps et de la mémoire.
— Après 1991, plusieurs choses à noter. D’une part, Manoury aborde l’opéra qui devient central dans sa production, surtout dans les années 90 ou les autres compositions se présentent comme une constellation d’œuvres satellites gravitant autour de l’opéra en cours. Ensuite, l’utilisation de l’électronique se fait de plus en plus développée et de mieux en mieux intégrée. L’électronique n’est d’ailleurs plus autant incontournable, et d’autres dynamiques de composition peuvent être utilisées, comme la spatialisation (sans électronique). Enfin, Manoury développe une importante musique de chambre, où sont en jeu des problématiques souvent un peu différentes.

2. Repartons de Cryptophonos.
Il faut replacer cette œuvre par rapport à une dichotomie commode mais factice réactivée plusieurs fois dans l’histoire de la musique contemporaine française et européenne. D’un côté un pôle de l’écriture et du détail, incarné par le sérialisme, et de l’autre un pôle perception, une approche globale du sonore, incarnée par Xenakis ou Ligeti puis par le mouvement spectral et toutes ses implications ultérieures (le pôle perception se généralisant quasiment à partir des années 80).
Cryptophonos utilise un même matériau mais glisse d’un discours à l’autre, « d’une perception musicale fondée sur le détail (issue des techniques pointillistes du sérialisme) et la perception globale et ensembliste qu’[il a] découvert chez Xenakis ». C’est un peu comme une toile d’un peintre pointilliste (notez que l’homophonie des termes en peinture et en musique est pratiquement accidentelle) qu’on regarderait d’abord le nez sur la toile et dont on s’éloignerait progressivement pour apercevoir l’image dans sa globalité (je reprends cette image à Frédéric Durieux).
À l’image de cette œuvre, son premier succès, Manoury, assimilant les acquis du sérialisme et en tirant très vite des conclusions, va opérer un déplacement vers une écriture globale, ou plutôt vers une écriture qui intègre la transformation d’un matériau ponctuel et la transformation de la perception globale. Avec Boulez, il a en commun certains réflexes post-sériels, une esthétique de la prolifération, et l’idée que chaque œuvre renvoie à une autre dans une fresque quasi opératique. De Stockhausen, il va par exemple retenir la Momente-Form (composer des états et processus à l'intérieur desquels chaque moment constitue une entité personnelle), et va poursuivre certaines de ses recherches du côté de l’interaction avec l’électronique. De Xenakis, enfin, il hérite de l’utilisation de modèles probabilistes, en particulier les chaines de Markov.

3. Puisque la perception, quand elle n’est plus immédiate et liée seulement à la nature des phénomènes au moment où ils se produisent, implique nécessairement les notions de mémoire et de prémonition, qui seront aussi très importantes, cette attention va s’accompagner rapidement de la question du temps. On va retrouver ces thématiques dès Zeitlauf et Aleph, et dans les œuvres suivantes. Temps immédiat ou temps dynamique, temps directionnel ou cyclique, unique ou multiple, etc.
En effet, nous pouvons écouter les sons, ressentir des émotions, sensations, etc., mais la manière dont ces sons sont plongés dans le temps va devenir de plus en plus importante chez Manoury, notamment ces dernières années. Il y a une temporalité comptable, le temps pulsé ou strié, qui a une certaine vitesse, densité, etc., mais aussi une temporalité élastique, un temps qu’on occupe, un temps qu’on perçoit.
(...)

4. L’électronique, et particulièrement l’électronique en temps réel, est une composante fondamentale chez Manoury, et apparait dans un grand nombre de ses œuvres. Entre 1987 et 1991, il consacre au développement de l’électronique en temps réel tout un cycle de quatre œuvres de grande envergure. L’électronique se confronte à des objets de plus en plus complexes (de l’instrument monodique à l’orchestre) et propose une dynamique et une interaction de plus en plus grandes. Par la suite, elle profitera des évolutions de la technique pour permettre une meilleure intégration et des sons moins vieillots.
Il faut comprendre l’électronique comme une enrichissement à la fois du processus d’interprétation (idée de partition virtuelle) et de perception, c’est-à-dire de tout ce que je viens d’évoquer. Puisque qu’elle transforme et déforme de qui est joué, sont bien en jeu la mémoire de l’auditeur, sa perception du temps et des phénomènes, etc.
(...)

5. [Tout ça parait très intellectuel, et il faudrait ici conseiller et présenter quelques œuvres. Dans un premier temps, je me contente de dire qu’il vaut mieux commencer par la fin... donc pas par les œuvres que j’ai citées. ]


Dernière édition par lucien le Lun 3 Aoû 2015 - 9:51, édité 2 fois
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Philippe Manoury   Sam 4 Avr 2015 - 18:38

cheers Merci, Lucien! Magnifique synthèse, très claire et parfaitement juste.

Pour ce qui est de «commencer par la fin» et de citer des titres d'œuvres, je crois qu'on peut déjà recommander la Passacaille pour Tokyo, Stringendo, The Sound and the Fury, K. ou Fragments pour un portrait: des œuvres qui manifestent qu'elles ont les moyens de leur ambition formelle, possèdent une prégnance immédiate assez remarquable (on est vraiment loin des clichés sur la «musique intellectualiste»), tantôt par leur impact expressif puissant (The Sound...) tantôt par une qualité «atmosphérique» très française (les Fragments...) et réintègrent intelligemment des composantes traditionnelles du langage musical.

Sinon, on avait déjà parlé de Stringendo dans le fil sur le quatuor à cordes dans la musique contemporaine. Si j'ai un peu de temps pendant mes prochaines vacances, je tâcherai de dire un mot sur K., auquel j'avais assisté en avril ou en mai 2003.
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Philippe Manoury   Sam 4 Avr 2015 - 19:28

Oui, la dernière période surtout (moi aussi, je plussoie pour les Fragments et K.), l'intégration des joujoux électroniques et la lisibilité étant plus douteuse avant les années 90.

J'ai déjà dû mentionner, dans ses pièces récentes, Noon (2003), de la véritable musique classique : on sent parfaitement où l'on va, comme dans n'importe quelle œuvre du répertoire, sans subir du néo-quoiquecesoit.

Il va y avoir quelque chose comme une demi-douzaine de créations à Paris la saison prochaine : ce n'est pas tous les jours qu'un compositeur combien à la fois l'inspiration et les réseaux, il faut en profiter !
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lulu
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MessageSujet: Re: Philippe Manoury   Sam 4 Avr 2015 - 21:10

maintenant que ceci est fait (que vous avez fait le point 5 à ma place),
deux œuvres récentes écrites pour le duo de pianistes GrauSchumacher :

Zones de turbulences pour deux pianos et orchestre (2013)
Assez court (treize minutes), éblouissant, virtuose et violent. L’œuvre est divisée en cinq mouvements. Sans tout décrire, notons les « faux appels de morse » qui débutent l’œuvre, la force aphoristique du second mouvement (une dizaine de secondes), la dimension plus extatique du troisième, le sautillant quatrième, et le dernier, de loin le plus long, qui reprend et développe tout ça. Tout au long de l’œuvre, beaucoup de gestes qui rappellent Sur incises. C’est plutôt immédiat, plus en tout cas que l’œuvre suivante :

Le temps, mode d’emploi pour deux pianos et électronique (2014)
Comme le titre (repris à Perec) l’indique, cette œuvre s’attache à l’exploration du temps, élastique, tout ça, enfin c’est ce que je disais plus haut. La coprésence de deux solistes identiques permet diverses configurations à ce niveau. L’électronique crée de la musique en temps réel avec le joyeux concours de Markov, tout ça tout ça. C’est beaucoup plus long que l’œuvre précédente, puisque celle-ci dure une cinquantaine de minutes. Et sinon, pour ce qui est du résultat, eh! ...eh bien, il se passe toutes sortes de choses... bon, je ne sais pas quoi dire, vous n’avez qu’à écouter. Mr. Green

...et dans le prochain épisode, encore du piano (eh oui, il faut bien commence par quelque chose hehe).


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lulu
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MessageSujet: Re: Philippe Manoury   Sam 4 Avr 2015 - 22:44

Manoury avait écrit une sonate pour deux pianos en 1973, qui serait encore très tributaire de Boulez/Barraqué. Et ma foi j’aimerais beaucoup l’entendre. Mais il ne s’est pas arrêté là ! Voilà-ti pas qu’il nous compose deux sonates. Et elles sont assez différentes du reste de sa production, en fait, plus classiques. Elles ont toutes les deux été crées par Jean-François Heisser.

La ville (…première sonate…) pour piano (2001/2)
Ça a débuté comme ça. Bien des mois plus tard, face à la table d’écriture, le compositeur Philippe Manoury devait se rappeler ce lointain après-midi au cours duquel il avait déambulé dans les rues de Prague. Lorsqu’il s’éveilla au sortir de pensées agitées, il se retrouva perdu dans un vieux quartier. Il n’avait pas cessé en marchant de faire des réflexions sur un motif musical obsédant, mais ces réflexions avaient pris un tour un peu particulier. Après une courte pause, il s’écria : que le diable emporte cette sonate et son fugato ! Enfin il ouvrit la bouche et maudit le jour où Liszt l’interrompit.
L’œuvre est organisée selon un plan symétrique, où alternent passages lents, vifs, lents, toccatas (même sens que chez Boulez), fugues interrompues, etc., puis un silence, et hop! on repart en sens inverse. Du coup, on suit très bien le développement thématique et structurel, et en plus c’est trèès beau !

Veränderungen (…deuxième sonate…) pour piano (2007)
Plus courte que la précédente (22 minutes contre 36), plus pianistique aussi. Comme le titre le laisse deviner, il s’agit ici d’écrire des variations Diabelli, c’est-à-dire non pas des variations sur la valse de Diabelli, mais bien une sonate tout en échos des Diabelli de Beethoven. Le début du thème ouvre pourtant l’œuvre, à peine caché sous quelques agrégats. Puis on entend quelque chose qu’on réentendra beaucoup, et qui me fait ter-r-ri-ble-ment penser au début (et au reste, puisque ça revient tout le temps) du Klavierstück X de Stockhausen, et j’ai beaucoup de mal de croire que ce soit une coïncidence, au point de m’être demandé si veränderungen il n’y avait pas sur ce sto-motif. Manoury présente en tout cas ces arabesques comme un écho de la trente-troisième et dernière variation. Pour le reste, toute la sonate déroule des transformations-échos de tel ou tel élément-aspect de l’une ou l’autre variation de Beethoven.
Pour le détail : http://www.philippemanoury.com/?p=769
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MessageSujet: Re: Philippe Manoury   Dim 2 Aoû 2015 - 21:54

J’ai réécouté Tensio (2010), le deuxième quatuor à cordes, avec électronique. Ça dure presque quarante minutes. Je n’avais pas un souvenir éblouissant, mais là je trouve ça vraiment excellent. La symbiose entre les instruments et l’électronique atteint ici des niveaux inespérés. Sur cette durée, Manoury ménage explicitement son auditeur en alternant des passages très denses et d’autres planant hors du temps et en partie improvisés. Il y a en particulier une longue section absolument incroyable et terrifiante, très drone, d’une force acoustique inouïe... pas vraiment le genre de trucs qu’on attend de Manoury. D’ailleurs à peu près toute la seconde moitié de l’œuvre est dans ce genre de climats. Je n’en reviens toujours pas. Shocked
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MessageSujet: Re: Philippe Manoury   Dim 2 Aoû 2015 - 22:19

Sinon, puisque visiblement je suis coincé dans le vingt-et-unième siècle (à l’aide !), Synapse (2010), une pièce d’une demi-heure pour violon et orchestre, est très très bien aussi. Je n’ai pas grand-chose à dire, mais je reprends ce qu’a dit David a propos de Noon, parce que c’est vraiment ça : « on sent parfaitement où l’on va, comme dans n'importe quelle œuvre du répertoire, sans subir du néo-quoiquecesoit ». Je pense que c’est avec Sound and Fury l’œuvre pour ensemble et/ou orchestre de Manoury la plus accessible, évidente, que j’ai écoutée.


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Emeryck
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MessageSujet: Re: Philippe Manoury   Dim 2 Aoû 2015 - 22:27

Il y a également la Passacaille pour Tokyo qui est vraiment évidente ; Benedictus en parle un peu plus haut, d'ailleurs.  Smile
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lulu
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MessageSujet: Re: Philippe Manoury   Dim 2 Aoû 2015 - 22:35

c’est vrai.
quoique je me demande si la Passacaille n’a pas quelque chose de plus boulézien, et en tout cas de plus dévergondé/éclaté/abrupt (le piano, notamment)... moi cela ne me dérange pas, bien sûr, mais...
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Emeryck
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MessageSujet: Re: Philippe Manoury   Dim 2 Aoû 2015 - 22:52

lucien a écrit:
c’est vrai.
quoique je me demande si la Passacaille n’a pas quelque chose de plus boulézien, et en tout cas de plus dévergondé/éclaté/abrupt (le piano, notamment)... moi cela ne me dérange pas, bien sûr, mais...
Bah Sound and fury est assez abrupte comme ça, aussi ; enfin, c'est pulsé, quoi.  Laughing
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MessageSujet: Re: Philippe Manoury   Jeu 29 Oct 2015 - 14:56

Mais on nous cache tout!

J'apprends par pur hasard que Gautier Capuçon aurait créé le 14 octobre Bref Aperçu sur l'Infini. Un concerto pour violoncelle de Manoury, le truc que j'attends depuis son concerto pour piano Echo-Daimónon, qui est peut-être la seule oeuvre que je connaisse où l'intégration de l'électronique ne me semble pas juste sympa mais en parfaite adéquation avec le projet de la pièce.

Or, pas un compte-rendu de la création. Tout juste ça et ça. Quelqu'un en aurait entendu parler?

Bon sinon, je me suis bien amusé en lisant ceci sur le site du compositeur:

Philippe Manoury a écrit:
Pascal Dusapin ou la réécriture de l’histoire. Dans le Monde en date du 25 mai 2015, Pascal Dusapin donne cette description de “notre” jeunesse : “Alors que les gens de ma génération n’écrivaient pas une note sans se demander ce que Pierre (Boulez) allait en penser, je m’en foutais complètement. Ils étaient tous au Conservatoire, pas moi.” Comment réécrit-on l’histoire à son avantage ? En se mettant seul d’un côté, et en fourrant tous les autres dans le même sac. Lui, le futur pensionnaire de la Villa Medicis, le futur professeur au Collège de France, bardé de prix et de distinctions honorifiques, a donc commencé sa carrière en homme seul. Magnifiquement seul. Tous les autres suivaient Boulez ! Tous les autres, sauf lui ! Au cas où on ne le remarquerait pas assez aujourd’hui, il cherche à attirer sur lui également les regards de naguère. Cette solitude, il la compare au passage à celles de Janáček, Sibelius, Mahler et Debussy*, et ainsi, en tout cas je le lui souhaite, il se sentira moins seul en leur compagnie. Mais pourra-t-on encore l’apercevoir s’il n’est plus seul ? Déjà, dans les années 80, il traitait les “gens de sa génération” qui collaboraient à l’IRCAM de “staliniens”. Aujourd’hui, on n’oserait plus employer de tels mots ! Voyons ! Dusapin oscille dangereusement du côté de BHL.

* Janáček et Sibelius peut-être, mais Debussy et Mahler, compositeurs solitaires sans descendants directs et qui n’ont pas fait école ? L’influence de Debussy sur la musique française (et même japonaise) est énorme, quant à Mahler, il suffit d’écouter bon nombre d’œuvres d’Alban Berg pour voir tout ce qu’il lui doit !

Ravi de voir que les querelles de compositeurs sont toujours d'actualité. Moi, je m'en fiche, j'aime les deux. Vive Manoury et vive Dusapin!
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lulu
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MessageSujet: Re: Philippe Manoury   Jeu 29 Oct 2015 - 20:42

entendu parler, oui, mais pas plus que toi.
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MessageSujet: Re: Philippe Manoury   Ven 30 Oct 2015 - 10:53

J'ai fini par trouver un compte-rendu... pas très enthousiaste. Ce ne semble pas être l’œuvre elle-même qui soit sujette à caution (quoique on sent une relative déception) mais plutôt la prestation des musiciens.

Bruno Serrou a écrit:

Aussi, conscient du manque d’expérience dans le domaine de la musique la plus inventive d’aujourd’hui de ses commanditaires et premiers interprètes ainsi que du public du Théâtre des Champs-Elysées, Philippe Manoury, tout en cherchant naturellement à rester fidèle à lui-même, n’a pas voulu effaroucher l’auditoire « bourgeois » qui fréquente habituellement la salle de l’avenue Montaigne, craignant peut-être un nouveau scandale après le Sacre du printemps de Stravinsky en 1911 et Désert de Varèse en 1954 (ceux qui sont venus avec l’espoir d’une nouvelle « bataille d’Hernani » sont repartis bras ballants et circonspects). Mais aussi ne pas déstabiliser ni mettre en danger ni son soliste ni l’orchestre, qui n’a que peu à exprimer, en tout cas rien de bien novateur, tant l’écriture est classique.

... le violoncelliste était comme tétanisé par la mission qui lui était confiée, contraint dans son interprétation et dans son jeu par une partition qu’il ne s’est pas pleinement accaparée. Quant à l’Orchestre de Chambre de Paris, il n’était pas non plus vraiment à l’aise, et ses sonorités ont manqué de chair et de contrastes. A la fin de l’exécution de son concerto, lorsque le compositeur est venu saluer, il n’a pas semblé si heureux que ça...

http://brunoserrou.blogspot.be/2015/10/gautier-capucon-dans-le-premier.html
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MessageSujet: Re: Philippe Manoury   Ven 30 Oct 2015 - 14:09

Oui, enfin, le manque de chair, c'est surtout que l'Orchestre de Chambre de Paris est spécialisé dans les jeux « authentiques », avec peu de vibrato, des phrasés qui ne cherchent pas l'ampleur mais la netteté, donc pour quelqu'un habitué à entendre les gros orchestres baveux jouer du contemporain, ça doit désarçonner – j'avoue que Gruppen par Hesperion XXI me troublerait un peu.

Tiens, à ce propos, je vais justement écouter le Sacre du Printemps par Currentzis aujourd'hui. Mr. Green

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MessageSujet: Re: Philippe Manoury   Sam 7 Nov 2015 - 10:32

le concert sera diffusé mercredi à 14h sur France Musique.
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MessageSujet: Re: Philippe Manoury   Lun 9 Nov 2015 - 18:52

Bonne nouvelle. J'imagine qu'on pourra le réécouter pendant quelques jours...
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MessageSujet: Re: Philippe Manoury   Dim 23 Sep 2018 - 13:54

je me permets (issu de la rubrique des concerts) :

Benedictus a écrit:
• La 2ᵉ Sonate pour piano m'a enthousiasmé.

Comme Manoury l'a brièvement expliqué avant le concert, l'œuvre se veut une sorte d'hommage aux Variations Diabelli de Beethoven, dont elle reprend le titre original (qui n'est pas Variationen mais Veränderungen, «transformations») et cite de manière plus ou moins explicite des motifs mélodiques ou rythmiques; mais elle se conçoit aussi en écho aux Tableaux d'une exposition de Moussorgski, avec cette idée de «promenade» d'un tableau à un autre (les «tableaux» étant ici les réminiscences des Diabelli.)

Cependant, l'œuvre est passionnante par elle-même. Comme la première sonate, elle offre l'image d'une sorte de déambulation, avec des bifurcations, des métamorphoses et des ruptures mais dont la progression donne toujours l'impression d'une logique formelle immédiatement perceptible, du fait à la fois d'une écriture atonale structurée et polarisée et d'une poussée extrêmement puissante - c'est peut-être dans ce grand geste que se trouve le plus fortement l'influence beethovenienne, bien plus que dans les quasi-citations (pas toujours directement identifiables, même lorsqu'on a ses Diabelli en mémoire - mais on sent nettement passer comme des fredons de langage beethovénien, et l'effet en très beau, pour moi très touchant, comme le surgissement d'un souvenir indécis.)

À l'oreille, la polarité qui semble structurer l'œuvre, c'est l'écart entre de grands accord martelés de basses dont le jeu de pédale sostenuto amplifie considérablement la résonance et des ostinato très rapides et perlés dans l'extrême aigu avec des harmonies très «pointillistes»: c'est sur ce geste que s'ouvre le long mouvement unique de la sonate; c'est cet espace musical, ce vaste ambitus ouvert, que le «développement» va habiter en en élargissant le spectre, en y diffractant des harmonies fluctuantes (parfois étrangement debussystes) et en y faisant s'y succéder des strates étonnamment plastiques; et c'est sur une sorte de répétition de ce geste, mais qui se ralentit, se raréfie, que se clôt la sonate - quelques harmoniques qui poudroient une sorte de vaste résonance en suspens, et c'est très beau.

J'ai énormément aimé le jeu très physique mais détaillé d'Heisser, qui m'a vraiment paru idéalement correspondre à l'atmosphère et au style de l'œuvre.

• Les 6 Études ont confirmé la «pianophilie» de Manoury - dont témoignait déjà la sonate, qui creusait déjà les ressources sonores de l'instrument et sa matérialité. Quand je dis «pianophilie», c'est vraiment dans le sens où on l'entend ici: deux de ces études sont intitulées Hommage à Richter, et Manoury a expliqué qu'adolescent, Sviatoslav Richter était son dieu et que ces deux hommages renvoient à des souvenirs de concert (l'adagio d'une sonate de Schubert, le 2ᵉ Concerto de Brahms avec Leinsdorf.)

Et, de fait, on trouve ici un tropisme très marquée à la fois pour la grande virtuosité et pour le «grand son.» On retrouve d'ailleurs, comme dans la Sonate, ce jeu très fréquent sur la résonance des basses et les sons perlés hyper-véloces dans le registre aigu. En revanche (et c'est un peu pour moi la limite de l'œuvre - mais elle est sans doute inhérente au genre même de l'étude), au discours-déambulation se substituent ici des effets «cinétiques» assez époustouflants autour de figures (le tournoiement, l'arabesque, l'accélération...) qui jouent beaucoup sur la vitesse et la saturation harmonique - avec cependant des plages suspendues.

Ça fait beaucoup penser au Études de Ligeti, mais aussi à la manière de Boulez - d'ailleurs pas tant le Boulez pianistique que le Boulez des œuvres pour orchestre, avec cette alternance entre des séquences hyper-pulsées et virtuoses et des nappes de «temps vitrifié» jouant sur des effets de résonance.
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