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 Vladimir Sofronitsky

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Scherzian
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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Jeu 8 Avr 2010 - 17:49

Mandryka a écrit:
Oui, c'était moi qui a récemment posté une question à RMCR concernant la nouvelle enregistrement de Sofronitsky. Aucune personne là-bas l'a connu.

En tout cas, j'ai commandé le CD.
J'arrive donc trop tard, mais il me semble qu'il est intéressant de faire un peu le point sur les éditions Vista Vera récentes. D'abord quelques commentaires à propos du disque que vous mentionnez (Vista Vera VVCD-00210).



  • Dans plusieurs cas (Doctor Gradus ad Parnassum, Serenade of the Doll, Reflets dans l'eau, Minstrels, Prélude de la Suite pour le piano [Debussy], Fantaisie et fugue sur le thème Bach, Nuages gris [Liszt] et Soirée de Vienne n°7 [Schubert/Liszt]), il est probable que le disque Vista Vera VVCD-00210 propose les mêmes versions que celles sur le LP de Melodiya D19637/8 (c'est un des trois LP que Melodiya a consacrés aux enregistrements effectués au Musée Scriabine). Mais il m'est impossible de le vérifier à coup sûr, car je ne dispose pas de ces LP et je n'ai jamais vu aucune mention des deux CD « Musée Scriabine » qui figurent pourtant dans la base de données freedb.org.
  • Dans le cas précis de Reflets dans l'eau, je suis certain que la version sur Vista Vera VVCD-00210 est identique à celle qui figure sur le CD édité par Prometheus Editions (EDITION 003) et que vous connaissez peut-être. L'interprétation est fabuleuse.
  • Dans le cas du prélude Général Lavine -- eccentric [Debussy], il existe une autre version lors du concert mythique du 11 juin 1954. Selon Farhan Malik en 1998, la version de 1954 n'a jamais été éditée sur CD. Celle sur Vista Vera VVCD-00210 est probablement différente.
  • Dans le cas du prélude Canope [Debussy], il existe une autre version datée 1952-01-28 à Leningrad (Arlecchino ARL 174 et Vista Vera VVCD-00164). La version sur Vista Vera VVCD-00210 est différente.
  • Dans le cas du Sonetto 104 del Petrarca [Liszt], il existe une autre version datée 1960-10-22 ou 28 (Arlecchino ARL 28 et Vista Vera VVCD-00155). La version sur Vista Vera VVCD-00210 est différente.
  • Dans le cas du Sonetto 123 del Petrarca [Liszt], il existe une autre version (en studio cette fois) datée 1952-07-23 (Denon COCO-80569 = COCQ-84241). La version sur Vista Vera VVCD-00210 est différente.
  • Dans le cas de la Valse oubliée n°1 [Liszt], il existe deux autres versions datées 1952-02-03 à Leningrad (Arlecchino ARL 28 et Vista Vera VVCD-00182) et 1960-10-22 ou 28 à Moscou (Vista Vera VVCD-00155). La version sur Vista Vera VVCD-00210 est différente.
  • Pour Der Doppelgänger [Schubert/Liszt], il existe quatre (!) autres versions datées 1948-01-05 (Meldac MECC 26016 et Vista Vera VVCD-00204), 1953-12-25 (Vista Vera VVCD-00113 et Brilliant Classics), 1960-10-11 (Vista Vera VVCD-00148-2) et 1960-10-14 (Arlecchino ARL 2, Denon COCO-80383/4 = COCQ-83667/8, Harmonia Mundi HMX 1905169 et Vista Vera VVCD-00031). L'interprétation sur Vista Vera VVCD-00210 est très belle, mais n'égale probablement pas le miracle d'octobre 1960.
  • Pour Der Müller und der Bach [Schubert/Liszt], il existe trois autres versions datées 1946-08-29 (en studio, Denon COCO-80569 = COCQ-84241 et Russian Compact Disc RCD 16288), 1948-01-05 (Vista Vera VVCD-00204) et 1960-10-11 (Arlecchino ARL 2, Denon COCO-80383/4 = COCQ-83667/8, Harmonia Mundi HMX 1905169, Meldac MECC 26016, Vista Vera VVCD-00031 et aussi Vista Vera VVCD-00148-2 [!]). Même remarque que ci-dessus.
  • Pour Auf dem Wasser zu singen [Schubert/Liszt], il existe deux autres versions datées 1948-01-05 (Vista Vera VVCD-00204) et 1953-12-25 (Arlecchino ARL 2, Vista Vera VVCD-00113 et Brilliant Classics). C'est la version sur Vista Vera VVCD-00210 que j'aime le plus (quelle paix, quelle poésie, quelle liquidité...).
  • Enfin, comme vous l'indiquez dans votre courrier sur RMCR, deux enregistrements sont des inédits absolus dans la discographie de Sofronitsky, c'est-à-dire Feux d'artifice de Debussy (31 mai 1956) et In Festo Transfigurationis Domini Nostri Jesu Christi de Liszt (25 décembre 1956).

J'ai déjà dit un mot au point de vue musical. Au total, je trouve que c'est un disque très intéressant, qui sort souvent des chemins battus de la discographie du pianiste (les Debussy, la plupart des Liszt). Et les lieder transcrits de Schubert sont très beaux également.

À propos de la qualité technique de la réédition, maintenant. Les cinq premiers volumes de la série Vista Vera sont excellents. Par la suite, même si certains de leurs disques restent très bons ou même excellents, ils sont le plus souvent beaucoup trop filtrés dans les aigus, ce qui dénature les timbres du piano (et aussi l'acoustique de la salle, dans le cas des enregistrements en public). Il y a des exceptions parmi leurs disques récents, mais bien souvent il ne reste plus grand-chose comme signal au-dessus de 8kHz ou 9kHz.

Dans le cas du disque qui nous occupe (Vista Vera VVCD-00210), il y a aussi le problème du piano du Musée Scriabine, qui est vidé et à peu près tout le temps gravement désaccordé. C'est l'instrument que l'on peut entendre sur des disques comme Russian Disc RD CD 15001 (Prokofiev, en grande partie issu du Musée), Prometheus Editions EDITION 003 (dont une petite partie provient du Musée) et Arbiter ARB 157 (Scriabine, en totalité issu du Musée). Pour Vista Vera, il ne faut pas s'attendre au travail d'orfèvre réalisé par Arbiter Records.

Pour fixer un ordre d'idées, j'ai fait l'analyse en fréquence de deux pistes représentatives sur le disque Vista Vera VVCD-00210. On y voit une pente beaucoup trop abrupte vers les fréquences élevées et parfois (malgré un spectre bien meilleur, qui s'étend beaucoup plus loin) des bosses et des trous qui ajoutent une coloration étrangère à l'enregistrement d'origine. Ces graphiques sont assez représentatifs du travail éditorial actuel de Vista Vera.

(Piste n°9)

(Piste n°13)
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adriaticoboy
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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Jeu 8 Avr 2010 - 18:36

Merci, ces graphiques sont très éloquents. Confused

Comment expliques-tu la petite remontée vers 19-20kHz ? L'ajout d'une réverb' artificielle qui mettrait partiulièrement en avant les aigus les plus cristallins du piano ?


En tout cas, en ce qui me concerne, j'ai quelques CDs des collections Grinberg et Yudina chez Vista Vera, et même si dans l'absolu j'aimerais bien les compléter, la qualité sonore m'a un peu rebuté et pour l'instant je m'abstiens.
A la rigueur, si les disques VV étaient un peu moins cher (genre prix Naxos), j'hésiterais moins...
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Mandryka
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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Jeu 8 Avr 2010 - 19:19

Scherzian a écrit:
[ D'abord quelques commentaires à propos du disque que vous mentionnez (Vista Vera VVCD-00210).

Merci pour cette analyse impressionnante.
 
J’ai hâte que mon CD  arrive!

On n’achète pas les enregistrements de Sofronitsky pour leur qualité sonore!
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Scherzian
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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Jeu 8 Avr 2010 - 19:46

adriaticoboy a écrit:
Merci, ces graphiques sont très éloquents. Confused
Hem... Tellement éloquents qu'au début je m'étais dit que j'allais les compléter par des graphiques tirés d'un excellent disque de Sofronitsky (Harmonia Mundi) et d'un excellent enregistrement récent de piano. C'était tellement cruel que j'ai renoncé à leur faire ça.

Citation :
Comment expliques-tu la petite remontée vers 19-20kHz ? L'ajout d'une réverb' artificielle qui mettrait partiulièrement en avant les aigus les plus cristallins du piano ?
Je ne sais pas. Vers 19~20kHz, on est largement dans les harmoniques. Peut-être ont-ils oublié de virer aussi cette partie du signal ? Mr.Red Le pire, dans le graphique du haut, c'est qu'il ne reste plus rien au-dessus de 10kHz. Dans celui du bas, c'est la pente beaucoup trop forte en dessous de 4kHz (puis le coude à ce niveau). Étant donné l'ampleur du déficit, penses-tu qu'un égaliseur pourrait rattraper le coup en partie ? Je suppose que non.

Je ne citerai aucun nom, mais en réalité l'ingénieur du son actuel de Vista Vera dans les rééditions historiques est une personnalité extrêmement importante à qui l'héritage discographique de Sofronitsky doit beaucoup. Elle était déjà très impliquée dans les volumes de LP que Melodiya a édités dans les années 1980-1987, et le résultat était superbe. Elle s'est aussi beaucoup impliquée dans la restauration des enregistrements effectués au Musée Scriabine. Il y a même un article sur ce sujet, signé par cette personne, dans l'ouvrage Remembering Sofronitsky (en russe) paru en 2008 chez Klassika XXI.

N'est-ce pas Toscanini qui, vieillissant, demandait toujours à de jeunes musiciens de l'orchestre de l'accompagner en salle d'écoute lorsqu'il s'agissait de vérifier les enregistrements réalisés en studio ? La signature est ici tellement proche de celle ressentie par une oreille vieillissante. C'est presque comme un filtre passe-bas.

Citation :
En tout cas, en ce qui me concerne, j'ai quelques CDs des collections Grinberg et Yudina chez Vista Vera, et même si dans l'absolu j'aimerais bien les compléter, la qualité sonore m'a un peu rebuté et pour l'instant je m'abstiens.
A la rigueur, si les disques VV étaient un peu moins cher (genre prix Naxos), j'hésiterais moins...
La série des sonates de LvB par Grinberg est chez Melodiya, les deux disques que j'ai sont très bons. Il y a aussi, sauf erreur de ma part, plusieurs disques de Grinberg chez Denon (en tout cas, il y en a cinq qui sont toujours listés sur le site de HMV au Japon). Et Appian (APR) vient d'éditer un CD avec les sonates opus 26, 101 et 106 de LvB par Yudina. Le pire, pour les rééditions historiques de pianistes russes, c'est Monopole (suivi de loin par Brilliant Classics). Il faut espérer que Arbiter Records parviendra à trouver les fonds pour éditer le récital Schumann de Sofronitsky au Musée Scriabine, qui a récemment été retrouvé et dont Allan Evans a parlé sur un groupe de discussion anglophone il y a deux ans.

Concernant VV, leur série est quand même la plus riche et le contenu de la sous-série au Musée Scriabine (dix volumes)... drunken
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Scherzian
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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Jeu 8 Avr 2010 - 19:51

Mandryka a écrit:
[...] On n’achète pas les enregistrements de Sofronitsky pour leur qualité sonore!
Oui, c'est vrai, mais il ne faut pas le dire aux éditeurs, des fois qu'ils nous prendraient pour des geeks... mains
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adriaticoboy
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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Jeu 8 Avr 2010 - 22:11

Scherzian a écrit:
Étant donné l'ampleur du déficit, penses-tu qu'un égaliseur pourrait rattraper le coup en partie ? Je suppose que non.
Tu t'y connais sans doute autant voire mieux que moi question matériel, alors je ne pense pas que je vais t'apprendre grand chose. Mon expérience me fait dire qu'un égaliseur peut certes "rebooster" un peu les aigus d'un enregistrement où ils seraient par trop discrets. Mais là, d'après tes graphiques, ils ont été quasiment éradiqués lors du transfert ! Il n'y a plus rien à faire... sinon imaginer dans sa tête comment l'enregistrement pourrait sonner idéalement... ou attendre qu'un autre éditeur ressorte ces bandes retouchées de manière optimale, ou plutôt non retouchées...

Personnellement, je supporte sans problème le souffle et les bruits de surface les plus monstrueux, car la plupart du temps ça veut dire que l'intégrité de l'enregistrement a été respectée. Une fois habitué, on entend donc le message musical dans toute sa plénitude et sa subtilité.

Alors les enregistrements au contraire filtrés à mort, étouffés, je ne peux pas. Plus d'espace, plus de vie, plus de musique... Dans de telles conditions, même les plus grandes performances me paraissent atones...



Citation :
Je ne citerai aucun nom, mais en réalité l'ingénieur du son actuel de Vista Vera dans les rééditions historiques est une personnalité extrêmement importante à qui l'héritage discographique de Sofronitsky doit beaucoup. Elle était déjà très impliquée dans les volumes de LP que Melodiya a édités dans les années 1980-1987, et le résultat était superbe. Elle s'est aussi beaucoup impliquée dans la restauration des enregistrements effectués au Musée Scriabine. Il y a même un article sur ce sujet, signé par cette personne, dans l'ouvrage Remembering Sofronitsky (en russe) paru en 2008 chez Klassika XXI.

N'est-ce pas Toscanini qui, vieillissant, demandait toujours à de jeunes musiciens de l'orchestre de l'accompagner en salle d'écoute lorsqu'il s'agissait de vérifier les enregistrements réalisés en studio ? La signature est ici tellement proche de celle ressentie par une oreille vieillissante. C'est presque comme un filtre passe-bas.
Si tu es certain que c'est toujours cette même personne qui se charge des transferts depuis le début, alors en effet ton explication pourrait bien être la bonne.



Citation :
La série des sonates de LvB par Grinberg est chez Melodiya, les deux disques que j'ai sont très bons.
J'ai tous les volumes de cette intégrale Melodiya. Wink
A part quelques petits défauts (sans doute dus au vieillissement des bandes), c'est vrai qu'ici le son est tout à fait correct, mais pour des enregistrements studio des années 60, même soviétiques, c'est la moindre des choses.
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mrldupuy
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MessageSujet: Vladimir Sofronitski   Jeu 15 Avr 2010 - 14:10

Je viens de découvrir hier les informations données par MR. Scherzian au sujet de Vladimir Sofronitski. Je connais en partie ce prodigieux pianiste depuis fin des années 1970-début 1980. Ma connaissance est venu d'un autre Vladimir "Horowitz" pour lequel j'ai une immense admiration.
Je ne suis que mélomane et ne connais pas une note de musique.
Depuis une vingtaine d'années, je cherche sans avoir internet, une discographie complète de Sofronitski. Il n'y a pas de livre sur lui, à ma connaissance à part les notules dans les cd ou vinyles. Je me suis rendu compte que personne ne donne les mêmes dates ou lieux d'enregistrements. (actuellement j'ai 30 CD et 15 vinyles de Sofronitski)
Mon souhait serait de trouver une discographie chronologique par dates d'enregistrements concerts ou studio et ensuite alphabétique par compositeurs, avec les différentes dates connues de chaque enregistrement. Bien sûr, l'idéal serait de connaître toutes les différentes éditions, avec petites mentions des meilleures pour le même enregistrement.
Est-il possible de trouver une copie déjà de la discographie complète exhaustive en 98 de Farhan Malik? si possible mise à jour jusqu'à aujourd'hui.
J'ai lu la totalité de ce qui est en ligne sur ce forum par Mr Scherzian (mélomane averti, admirable, mais dont je ne peux en aucun cas soutenir le discours, je le déguste).
C'est la toute première fois que je m'inscrit sur un forum; je ne sais si ce monsieur va me lire. J'ai remarqué à la fin de son chapitre 3.7. Prokofiev, qu'il en est à 63 pages de discographie. Est-il possible d'en acquérir une copie, moyennant dédommagement de frais bien sûr ?
J'aimerais connaitre les plus anciens enregistrements de VS datant des années 37-38. Est-il possible d'en avoir un listing si ceux-ci sont "difficilement accessibles, épuisés et non réédités" ?
Dernière petite question : existe-t-il des documents filmés de VS en concert, y compris home movies, ou autres que concerts ?
Je viens de trouver sur internet les leçons avec son élève Pavel Lobanov. Je suis sensible à ce genre de documents.
Merci à ceux qui peuvent me renseigner

Michel D
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Xavier
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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Jeu 15 Avr 2010 - 14:12

Bienvenue!

Il faut cliquer sur Répondre et non Nouveau pour répondre à la suite d'un sujet.
Je fusionne avec le sujet déjà existant.
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mrldupuy
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MessageSujet: cherche renseignements. Merci   Jeu 15 Avr 2010 - 14:16

Sujet: Vladimir Sofronitski Aujourd'hui à 13:10
Je viens de découvrir hier les informations données par MR. Scherzian au sujet de Vladimir Sofronitski. Je connais en partie ce prodigieux pianiste depuis fin des années 1970-début 1980. Ma connaissance est venu d'un autre Vladimir "Horowitz" pour lequel j'ai une immense admiration.
Je ne suis que mélomane et ne connais pas une note de musique.
Depuis une vingtaine d'années, je cherche sans avoir internet, une discographie complète de Sofronitski. Il n'y a pas de livre sur lui, à ma connaissance à part les notules dans les cd ou vinyles. Je me suis rendu compte que personne ne donne les mêmes dates ou lieux d'enregistrements. (actuellement j'ai 30 CD et 15 vinyles de Sofronitski)
Mon souhait serait de trouver une discographie chronologique par dates d'enregistrements concerts ou studio et ensuite alphabétique par compositeurs, avec les différentes dates connues de chaque enregistrement. Bien sûr, l'idéal serait de connaître toutes les différentes éditions, avec petites mentions des meilleures pour le même enregistrement.
Est-il possible de trouver une copie déjà de la discographie complète exhaustive en 98 de Farhan Malik? si possible mise à jour jusqu'à aujourd'hui.
J'ai lu la totalité de ce qui est en ligne sur ce forum par Mr Scherzian (mélomane averti, admirable, mais dont je ne peux en aucun cas soutenir le discours, je le déguste).
C'est la toute première fois que je m'inscrit sur un forum; je ne sais si ce monsieur va me lire. J'ai remarqué à la fin de son chapitre 3.7. Prokofiev, qu'il en est à 63 pages de discographie. Est-il possible d'en acquérir une copie, moyennant dédommagement de frais bien sûr ?
J'aimerais connaitre les plus anciens enregistrements de VS datant des années 37-38. Est-il possible d'en avoir un listing si ceux-ci sont "difficilement accessibles, épuisés et non réédités" ?
Dernière petite question : existe-t-il des documents filmés de VS en concert, y compris home movies, ou autres que concerts ?
Je viens de trouver sur internet les leçons avec son élève Pavel Lobanov. Je suis sensible à ce genre de documents.
Merci à ceux qui peuvent me renseigner

Michel D
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Mariefran
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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Jeu 15 Avr 2010 - 14:20

Bienvenue Michel ! Rassure-toi, Scherzian te répondra.

Les deux CD "Great artists in Moscow Conservatoire" ont tout de même un son redoutable ! Le mot "téléphone" a ici un sens. Il faut vraiment aimer Sofronitsky pour les écouter, tant le son est pénible… De beaux Schumann avec le Carnaval et la Fantaisie.
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mrldupuy
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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Jeu 15 Avr 2010 - 16:12

Merci à Xavier et Mariefrance de leur souhaits de bienvenue
Michel
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Scherzian
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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Jeu 15 Avr 2010 - 16:20

Bonjour et bienvenue, Michel ! Pour ne pas déroger à la tradition ici, je propose que nous nous tutoyons d'emblée...

mrldupuy a écrit:
Depuis une vingtaine d'années, je cherche sans avoir internet, une discographie complète de Sofronitski. Il n'y a pas de livre sur lui, à ma connaissance à part les notules dans les cd ou vinyles. Je me suis rendu compte que personne ne donne les mêmes dates ou lieux d'enregistrements. (actuellement j'ai 30 CD et 15 vinyles de Sofronitski)

Mon souhait serait de trouver une discographie chronologique par dates d'enregistrements concerts ou studio et ensuite alphabétique par compositeurs, avec les différentes dates connues de chaque enregistrement. Bien sûr, l'idéal serait de connaître toutes les différentes éditions, avec petites mentions des meilleures pour le même enregistrement.

Est-il possible de trouver une copie déjà de la discographie complète exhaustive en 98 de Farhan Malik? si possible mise à jour jusqu'à aujourd'hui.
Pour la période des vinyles, il y a la page internet créée par R. Masuda qui est complète, mais c'est un peu brut de décoffrage :

http://hayes.cside2.jp/vinyl/sofro.html

Il y a un livre de plus de 400 pages sur Sofronitsky, mais il est écrit en russe. On peut toujours rêver d'une traduction (probablement en anglais), mais il vaut mieux ne pas retenir sa respiration. C'est chez Klassika-XXI en 2008 :


http://classica21.ru/books/monograph/vspominaya/365

J'ai pu acheter, à la bibliothèque du conservatoire de Bruxelles, une copie de la discographie de Farhan Malik et de l'article de Pierre-Martin Juban dans IPQ en 1998 (la référence est donnée plus haut dans le fil). (Il y a quelques semaines, un exemplaire de ce numéro de IPQ est parti pour moins de 5 euros aux enchères sur eBay.) Sinon, cette revue devrait figurer dans n'importe quelle bibliothèque sérieuse (pas forcément celle d'un conservatoire, je suppose). C'est une référence en termes de minutie, elle compte neuf pages. Je pense que Farhan Malik la maintient à jour en continu, mais il n'y a pas de version publiée plus récente, pour autant que je sache.

Dans « ma » discographie, il y a à la fin un index chronologique qui recense toutes les dates de présence de Sofronitsky en studio ou en récital enregistré. Chaque entrée de cet index pointe vers la discographie proprement dite. Celle-ci est organisée alphabétiquement par compositeur, puis alphabétiquement par œuvre, enfin chronologiquement par interprétation. Elle est entièrement fondée sur le travail de Farhan Malik et n'existerait pas sans lui. J'ajoute au fur et à mesure (des éditions, mais aussi tout bêtement de mes découvertes de CD parfois assez anciens) ce qui ne figurait pas dans la discographie de Farhan Malik arrêtée en 1998. En revanche, on n'y trouve pas de commentaire sur la qualité purement technique (l'ingénierie) des différentes incarnations sur CD d'une interprétation donnée...

Sinon, c'est vrai qu'il ne faut pas se fier aux attributions de dates et de lieux données par les éditeurs de CD. C'est souvent n'importe quoi (sauf chez Denon et quelques autres, dont Vista Vera). Chez Brilliant Classics et Arlecchino, c'est vraiment n'importe quoi.

Citation :
J'ai remarqué à la fin de son chapitre 3.7. Prokofiev, qu'il en est à 63 pages de discographie. Est-il possible d'en acquérir une copie, moyennant dédommagement de frais bien sûr ?
Soixante-cinq maintenant (du fait de l'index)... Si tu en es d'accord, nous pourrions échanger nos adresses de courriel -- par message privé uniquement, pour ne pas rendre service aux spammeurs -- et je t'enverrai le PDF en question. (C'est gratuit évidemment.) La seule condition, c'est de se rendre compte que c'est du work in progress permanent, et de me contacter si tu vois des erreurs ou si tu en sais plus à propos de certains disques (trente CD et quinze vinyles, c'est prodigieux).

Citation :
J'aimerais connaitre les plus anciens enregistrements de VS datant des années 37-38. Est-il possible d'en avoir un listing si ceux-ci sont "difficilement accessibles, épuisés et non réédités" ?
Ils sont dans la discographie de Farhan Malik (donc dans la « mienne »). Sur CD, il n'y a pratiquement que les deux Denon mentionnés (épuisés et non réédités). Il y a aussi un Urania assez récent en deux disques, mais il pratique la politique de la frustration (tous les anciens enregistrements n'y sont pas et il y a beaucoup de doublons). Je ne le connais pas et je ne connais pas non plus les Denon. Peut-être regarder de temps en temps sur Amazon Japon pour les deux Denon. Sinon, l'Urania, c'est le numéro URN 4258.

Citation :
Dernière petite question : existe-t-il des documents filmés de VS en concert, y compris home movies, ou autres que concerts ?

Je viens de trouver sur internet les leçons avec son élève Pavel Lobanov. Je suis sensible à ce genre de documents.
À ma connaissance, il n'y a pas de documents filmés de ses concerts. Mais, après tout, je n'en sais rien. Il existe cependant un documentaire signé par Andrei Konchalovsky :

http://pc.konchalovsky.ru/projects/film/documentary/geniuses/sofronitski/?lang=en

À propos de ses leçons avec Pavel Lobanov et Nina Feigina, je suppose que tu parles du CD suivant, aux éditions Prometheus en 2002 (EDITION 003) :


http://www.prometheuseditions.com/EDITION003.html#

C'est un disque fascinant. La demi-heure de leçons notamment. Les autres enregistrements sont merveilleux également, mais la fin du Carnaval de Schumann est quasi inécoutable tellement la bande est dégradée. Le Chopin du Carnaval de Schumann est à rendre l'âme, et d'ailleurs c'est tout ce Carnaval que je trouve plus tourné vers Eusebius que vers Florestan, contrairement aux autres interprétations de cette œuvre par VS. Cela vaut la peine de mentionner que ce CD de Prometheus a aussi été tiré à 300 exemplaires dans une édition de luxe en deux CD (dont je n'ai jamais vu la couleur).
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mrldupuy
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MessageSujet: enregistrements 37-53 chez URANIA ?   Lun 19 Avr 2010 - 11:23

Bonjour Marifran et Scherzian,
Je viens de trouver sur Amazon.com un double CD Sofronitsky URANIA comportant des ou les ? enregistrements de 1937-1953. Sais-tu si l'intégralité des enregistrements de 1937-38 sont sur ce double, référence notée : ASIN B000 ov14PK (des zéros ou des o ?). C'est à $25,94 ou après essai achat à 25,24€.
En ayant vu tes 4 petites photos et lu certaines de tes réponses, j'ai eu envie de ressortir un disque de Maria Yudina (2 sonates de Beethoven op.106 et 101) et Edith Farnadi pour les deux concertos de Tchaikovski avec Scherchen qui est un de mes 4 chefs préférés. Je vais réécouter celà, car ça fait longtemps.
Scherzian, je suis en train de te répondre dans mes brouillons.
J'ai demandé des renseignements sur le doc russe existant si on peut commander la vidéo. S'il n'y a pas de parties concert, peut-être y-a-t-il des home movies pour voir VS en mouvement.
Merci
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Scherzian
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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Lun 19 Avr 2010 - 21:30

mrldupuy a écrit:
Je viens de trouver sur Amazon.com un double CD Sofronitsky URANIA comportant des ou les ? enregistrements de 1937-1953. Sais-tu si l'intégralité des enregistrements de 1937-38 sont sur ce double, référence notée : ASIN B000 ov14PK (des zéros ou des o ?). C'est à $25,94 ou après essai achat à 25,24€.
Non, il ne comporte pas l'intégralité des enregistrements de 1937-1938. Voici ceux qui manquent (en supposant que les attributions faites par Urania sont correctes, je vais essayer de vérifier dans les jours qui viennent) :
  • Chopin, Mazurka opus 41 n°2 du 16/06/1937. Uniquement disponible sur le LP Melodiya D5655/6. Attention, Denon s'est trompé sur son CD COCO-80188, il donne la date de cet enregistrement, mais en réalité il a publié deux fois celui du 17/11/1938.
  • Scriabine, Étude opus 8 n°10 du 25/06/1937. Disponible uniquement sur le CD Denon COCO-80188.
  • Scriabine, Poème opus 32 n°1 du 28/03/1938. Disponible uniquement sur le CD Denon COCO-80189.
  • Chopin, Mazurka opus 41 n°2 du 17/11/1938. Disponible uniquement sur les deux CD Denon COCO-80188 et COCO-80189. Voir plus haut : Denon a édité deux fois la même version.
  • Chopin, Mazurka opus 63 n°2 du 17/11/1938. Disponible uniquement sur le CD Denon COCO-80189.

Il existe aussi un enregistrement du Prélude opus 27 n°1 de Scriabine daté 1939 sans plus de précision. Il est uniquement disponible en LP dans le volume n°9 des enregistrements complets chez Melodiya.

Sinon, le double CD Urania en question contient Chopin (Mazurka opus 41 n°2 de 1937-1941, Étude opus 10 n°4 du 16/06/1937), Liszt (Gnomenreigen du 25/06/1937), Scriabine (Préludes opus 27 n°1 et n°2 du 28/03/1938) et Goltz (Prélude n°3 en mi mineur et Scherzo en mi mineur du 17/11/1938), en supposant toujours que leurs attributions de dates d'enregistrement soient correctes.

Citation :
J'ai demandé des renseignements sur le doc russe existant si on peut commander la vidéo. S'il n'y a pas de parties concert, peut-être y-a-t-il des home movies pour voir VS en mouvement.
Je suppose que tu parles du documentaire d'Andrei Konchalovsky. Cela m'intéresserait de connaître la réponse à ta demande de renseignements. Comment comptes-tu procéder pour la commande (si tu décides de commander) ?
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Mariefran
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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Dim 23 Mai 2010 - 20:01

Une petite photo de la dernière parution Vista Vera, dans la collection Vladimir Sofronitsky plays in the Scriabin Museum, voici le volume 3, entièrement consacré à Schumann. Je ne saurais que conseiller à tous les amoureux de ce pianiste l'achat de ce CD. Schumann par Sofro est toujours une expérience hors du commun.



Je me permets de recopier un MP de Scherzian afin qu'il ne se perde pas :

En fait, les quatre œuvres principales (Arabesque + Andantino de Clara Wieck, Kreisleriana, Bunte Blätter, Sonate opus 11) proviennent de récitals distincts (vu les quatre dates différentes). Or, en octobre 2008, parlant d'un récital Schumann donné par Sofronitsky au Musée Scriabine, Allan Evans (le patron d'Arbiter Records) avait posté sur RMCR le témoignage touchant que je recopie ci-dessous :

Citation :
Allan Evans a écrit:
An entire Schumann recital survives. On its discovery, his daughter asked "could it have been on...?" (and she named a date which I affirmed.)
She was there, and it was the first time she realized "that music could be something more..."
These museum performances are quite another matter, for he was relaxed, the audience familiar, friendly, the officials absent, all informally arranged with invitees arriving via word of mouth. The chance for him to play on his father-in-law's piano was significant. They never met but Scriabin was a central spirit in his life since his eighth year.
The Arbiter website will soon post his recent Scriabin disc with a download.
best wishes,
Allan Evans

Quel sens de l'essentiel, dans ces enregistrements au Musée, quelle intimité ! Déjà, je trouve que cette Arabesque passe toutes les mesures communes. Dans les Kreisleriana, comme nous pouvions nous y attendre, c'est sur les passages tourmentés et rapides, les tourbillons quasi immobiles à force de vitesse et qui ne veulent pas lâcher leur proie, que cette version-ci « gagne du temps » sur celle en studio. Je trouve celle du Musée bien moins sèche que celle en studio, et pourtant les contrastes m'y semblent tout aussi abrupts et schismatiques (pour ne pas dire schizoïdes). Par exemple, l'entame de la toute première pièce des Kreisleriana me fait vraiment l'effet d'une tombée à pic, comme si Schumann retrouvait sans transition un état qu'il connaît, qui préexiste à tout ce qu'il connaît, et dont il ne peut s'extraire que pour un temps. C'est quand même Schumann qui a donné la meilleure définition de la douleur (par opposition à la souffrance) : « la douleur même ». Un peu plus loin dans l'œuvre, Sofronitsky donne parfois l'impression de vouloir presser encore un tempo déjà très rapide, comme pour forcer sa chance à travers les rets de la folie. Bien sûr, cela ne marche pas, et tout ce que Schumann et lui parviennent à faire, c'est à donner l'impression d'une immobilité tragique dans le tempo le plus échevelé, dans un temps musical panique. Dans l'épisode central de la huitième et dernière pièce des Kreisleriana, la version de studio était voluptueuse et morbide tout à la fois, comme si l'on accueillait la folie presque avec soulagement. Ici, je trouve qu'il y a encore de la révolte dans cet épisode central, c'est une interprétation plus maître d'elle-même, peut-être plus jeune. La digue ne cède pas encore aux assauts de la folie, ce n'est pas l'heure des renoncements ni des Chants de l'aube. En tout cas, nous voilà avec deux interprétations assez différentes et toutes deux fascinantes, je trouve.
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Zeno
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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Mer 7 Juil 2010 - 1:38

J'ai fini d'écouter le coffret Brilliant consacré à Sofronitsky. Scherzian avait raison : si l'on passe sur les approximations de dates et l'appareil critique d'une maigreur totale, il me reste une impression mitigée. Des merveilles, mais aussi des conceptions hachées, bizarres, brutales, bourrées de pains par endroits. Les Préludes de Chopin sont assez largement dotés, de ce point de vue. Il avait peut-être envie de rivaliser avec Cortot en la matière, qui sait... Mais Cortot est autrement poétique.

Et pourquoi cet écrêtage dans les aigus à ce point ? Pour supprimer tout souffle ? On a l'impression d'être sourd au-delà de 5000 Hz ! L'impression de quelque chose d'artificiel est difficile à gommer.

Je pense que ce pianiste est particulièrement inégal, selon les compositeurs et selon les moments de sa carrière. Vraiment, il y a le meilleur et le pire là-dedans. Je peux tout à fait comprendre qu'on soit fasciné, car rien ne laisse indifférent. Mais il faut être honnête aussi : ce coffret ne rassemble pas forcément les meilleurs enregistrements de l'artiste. Je suis loin d'en connaître autant que certains, mais par exemple, si l'on compare le Premier Scherzo de Chopin interprété ici avec celui proposé par Melodiya, il n'y a pas photo.

Il reste que je trouve Sofronitsky TOUJOURS à côté de la plaque dans Schubert, quel que soit l'enregistrement. Et toujours merveilleux dans Scriabine.
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Mandryka
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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Mer 7 Juil 2010 - 7:45

Zeno a écrit:
J'ai fini d'écouter le coffret Brilliant consacré à Sofronitsky. Scherzian avait raison : si l'on passe sur les approximations de dates et l'appareil critique d'une maigreur totale, il me reste une impression mitigée. Des merveilles, mais aussi des conceptions hachées, bizarres, brutales, bourrées de pains par endroits. Les Préludes de Chopin sont assez largement dotés, de ce point de vue. Il avait peut-être envie de rivaliser avec Cortot en la matière, qui sait... Mais Cortot est autrement poétique.

Et pourquoi cet écrêtage dans les aigus à ce point ? Pour supprimer tout souffle ? On a l'impression d'être sourd au-delà de 5000 Hz ! L'impression de quelque chose d'artificiel est difficile à gommer.

Je pense que ce pianiste est particulièrement inégal, selon les compositeurs et selon les moments de sa carrière. Vraiment, il y a le meilleur et le pire là-dedans. Je peux tout à fait comprendre qu'on soit fasciné, car rien ne laisse indifférent. Mais il faut être honnête aussi : ce coffret ne rassemble pas forcément les meilleurs enregistrements de l'artiste. Je suis loin d'en connaître autant que certains, mais par exemple, si l'on compare le Premier Scherzo de Chopin interprété ici avec celui proposé par Melodiya, il n'y a pas photo.

Il reste que je trouve Sofronitsky TOUJOURS à côté de la plaque dans Schubert, quel que soit l'enregistrement. Et toujours merveilleux dans Scriabine.


Comme tu as dit, un problème est que, a part Scriabine, les interprétations les plus impressionnantes ne sont pas chez Brillant.


Les sonates de Beethoven, Moments Musicaux de Schubert, les Valses et Nocturnes de Chopin, Chopin Mazurkas de 1960, Études Symphoniques de Schumann . . .
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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Mer 25 Aoû 2010 - 16:35

À propos de la Sonate n°7 de Scriabine

Grâce au blog de Corrado Grandis [4] consacré à Sviatoslav Richter, on en sait un peu plus sur les rapports que Vladimir Sofronitsky entretenait avec la Sonate n°7 de Scriabine (la seule pour laquelle il n'existe aucun enregistrement par ce pianiste). Le blog en question cite l'ouvrage de Y. Borissov [1] consacré à Sviatoslav Richter, l'ouvrage collectif [3] consacré à Vladimir Sofronitsky et publié en Russie par l'éditeur Klassika XXI et un article de V. Voskobojnikov [2] consacré à Vladimir Sofronitsky et à paraître dans la revue italienne Nuova Rivista Musicale Italiana.

[1] Y. Borissov, Du Côté de chez Richter, Actes Sud, pages 67-68.
[2] Un article sur Vladimir Sofronitsky par V. Voskobojnikov sera bientôt publié dans la revue italienne Nuova Rivista Musicale Italiana, RAI-ERI, n°3, 2009 (juillet-septembre).
[3] L'ouvrage collectif est la référence [SOF08] plus haut dans ce fil.
[4] Le blog de Corrado Grandis.

Sofronitsky/Richter
Sonate n°7 de Scriabine
Extrait de « Remembering Sofronitsky » par Igor Nikonovich

« Il [Sviatoslav Richter] a joué pour moi la Sonate n°7 de Scriabine. Vous devez comprendre que [jouée par lui] elle sonne tellement bien que l'on ne peut rien dire, on peut seulement admirer. » [1]

Sofronitsky se retire profondément dans ses pensées et commence à marcher nerveusement à travers la pièce avant de se tourner de manière décidée vers le piano à queue. « Les cloches résonnent merveilleusement par lui, mais -- [à nouveau profondément perdu dans ses pensées] -- il n'y a pas de véritable frayeur en elles. » Son visage change. « Essayez d'imaginer. C'est le dernier carillon de cloches, c'est la catastrophe universelle. Les cloches en sont le pressentiment, en elles est l'Apocalypse. Et les tempos ne devraient pas être aussi rapides. La Sonate est très menaçante. »

Et il commence à jouer à partir du début.

« Oh, que suis-je en train de faire ? Pourquoi jouer cette Sonate ? », et il se lève du piano. Chaque fois qu'on lui demande pourquoi il ne joue pas cette Sonate en public, Sofronitsky répond : « Non, il ne m'est pas permis de la jouer. Si je la joue, il ne restera rien de Scriabine à jouer pour moi. Je mourrai. Mais je veux encore vivre. »

Igor Nikonovich : Remembering Vladimir Sofronitsky [2]
[Vspominaya Sofronitskogo, Klassika XXI, 2008, page 88.]
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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Mer 25 Aoû 2010 - 17:39

Cette histoire est aussi glaçante que cette fabuleuse 7ème sonate.
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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Mer 23 Fév 2011 - 10:07

Est ce qu’il y a quelqu’un qui connaît le disque chez Vista Vera de Prokofiev Sonate No. 7? Est –il meilleur ou pire que le transfert chez Russian Disc?

Aussi son Haydn chez Vista Vera m'intrigue.
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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Mer 23 Fév 2011 - 11:20

Mandryka a écrit:
Est ce qu’il y a quelqu’un qui connaît le disque chez Vista Vera de Prokofiev Sonate No. 7? Est –il meilleur ou pire que le transfert chez Russian Disc?
Il est surtout assez différent, mais on ne gagne malheureusement pas sur tous les plans. Le Russian Disc RD CD 15001 est un tout petit peu plus « éteint », du point de vue de la dynamique, alors que le Vista Vera VVCD-00225 est sensiblement plus vigoureux. Mais le Russian Disc respecte (ou plutôt, préserve) un peu mieux la partie haute du spectre audio, les aigus et donc le timbre du piano et l'acoustique de la salle du Musée Scriabine, alors que le Vista Vera filtre plus les fréquences élevées. J'ai tendance à préférer le Russian Disc pour cette raison-là, quitte à l'écouter avec un volume d'amplification supérieur à la moyenne. Puisque j'aurai un peu de temps aujourd'hui, je vais faire un essai avec Audacity et je posterai les résultats graphiques sur le même extrait de son interprétation de la Sonate n°7.

Quoi qu'il en soit, cette dernière Sonate n°7 est et demeure fascinante : il y a presque autant de sauvagerie et de barbarie sonore que dans d'autres interprétations, mais aussi une douceur (venimeuse ou rêveuse, selon le cas) qu'il donne à certains traits finement choisis, en particulier lorsque la musique semble s'évader dans l'aigu du clavier. Ce ne sont bien sûr que de « fugitives visions », mais elles ont tout leur poids, toute leur pertinence. Les épisodes de désolation contemplative et, dans la section centrale du deuxième mouvement, de déréliction sont quasi insoutenables.

D'un autre côté, le Vista Vera VVCD-00225 est plus complet que le Russian Disc RD CD 15001 pour les enregistrements au Musée : la Pièce opus 3 n°1, la Pièce opus 12 n°6 « Légende » (et non n°5 comme indiqué sur le verso du boîtier, sauf erreur de ma part) et surtout la Sonate n°3 opus 28 ne sont disponibles que sur ce Vista Vera : on n'en connaissait même pas l'existence à l'époque des disques vinyles. Essentiellement, le Vista Vera remplace les extraits de l'opus 12 de Prokofiev enregistrés en studio en 1953 (lesquels sont disponibles un peu partout, pas seulement sur le Russian Disc, par exemple sur le Denon COCQ-83671 et sur le Melodiya MEL CD 10 00747) par les deux Préludes et fugues opus 87 n°3 et n°9 de Chostakovich, constituant d'ailleurs leur seule édition à ce jour sur disque compact.

Citation :
Aussi son Haydn chez Vista Vera m'intrigue.
La Sonate Hob.XVI:37 de Haydn est fabuleuse, un bouquet de joie de vivre. Sur ce disque-là (Vista Vera VVCD-00222), les Beethoven sont également fabuleux. Mais je dois signaler qu'il y a, dans le premier mouvement de l'opus 111 de Beethoven, plusieurs collages en provenance de l'interprétation de février 1952 à Leningrad. Par exemple, dans le Maestoso du premier mouvement, la toux que l'on entend provient manifestement de la grande salle de la philharmonie de Leningrad, et non du Musée dans le quartier d'Arbat à Moscou. Je crois que tous ces enregistrements au Musée sont vraiment dans un état de dentelle très fragile et que le travail d'édition a dû être très ardu et minutieux. Dans l'Arietta au Musée sur le Vista Vera VVCD-00222, le thème et la première variation sont projetés avec une intimité et une intériorité quasi cistercienne qui sont assez absentes à Leningrad, mais les choix fondamentaux de l'interprète demeurent. On peut écouter cette Arietta enregistrée au Musée dans la quatrième émission radiophonique de Valerij Voskobojnikov sur Radio Vatican.
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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Mer 23 Fév 2011 - 13:37

Bon, la différence est assez importante au niveau de la dynamique et de la lisibilité, toutes deux clairement à l'avantage de Vista Vera. Voici la comparaison des formes d'onde : en haut les deux canaux du Russian Disc RD CD 15001 et en bas ceux du Vista Vera VVCD-00225 (à chaque fois, ce sont les cinquante-trois dernières secondes du troisième mouvement de la Sonate n°7, Precipitato). (On peut agrandir en cliquant sur l'image.)



En revanche, si l'on considère les spectres et donc les timbres, l'avantage est clairement à Russian Disc. Voici l'analyse en fréquences pour les 23,6 dernières secondes du troisième mouvement dans le cas du Russian Disc RD CD 15001. (On peut agrandir en cliquant sur l'image.)



Enfin, voici l'analyse en fréquences pour ces mêmes 23,6 dernières secondes du troisième mouvement dans le cas du Vista Vera VVCD-00225. On voit bien qu'il ne reste pratiquement plus aucun signal au-delà de 11kHz à peu près. Le souffle de bande a été supprimé, de même que les harmoniques supérieures, ceci induisant une altération plus profonde du timbre de l'instrument que dans le cas du Russian Disc. (On peut agrandir en cliquant sur l'image.)



Aucune des deux rééditions ne l'emporte clairement, il y a chaque fois quelque chose qui laisse à désirer. Dynamique et largeur de spectre : nous avions tout chez Arbiter ! Il reste à espérer que Arbiter trouvera les moyens de publier les nombreuses bandes du Musée dont cet éditeur a acquis les droits. Le CD Arbiter ARB 157 (Scriabine) est un miracle étant donné les circonstances d'enregistrement.
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Théo B
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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Mer 23 Fév 2011 - 14:52

C'est très intéressant, merci : je serai curieux de voir des comparatifs similaires pour les Grinberg Denon / Vista Vera !
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Mandryka
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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Dim 29 Mai 2011 - 20:21

Scherzian a écrit:


. . . À noter que l'enregistrement du 5/1/1948* [de la sonate en si mineur de Liszt] est disponible sur Vista Vera VVCD-00204.

Tu peux dire un peu plus? -- la qualité sonore, l’interprétation en comparaison avec le 1960 . . .
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Scherzian
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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Lun 30 Mai 2011 - 17:31

Mandryka a écrit:
Scherzian a écrit:
. . . À noter que l'enregistrement du 5/1/1948* [de la sonate en si mineur de Liszt] est disponible sur Vista Vera VVCD-00204.
Tu peux dire un peu plus? -- la qualité sonore, l’interprétation en comparaison avec le 1960 . . .
Pour l'interprétation, je trouve que les différences de conception ne sont pas très grandes par rapport à l'enregistrement du 11/10/1960 (une fois n'est pas coutume, s'agissant d'une œuvre majeure jouée par lui : la Sonate opus 11 de Schumann, par exemple, jouée lors du même récital du 5/1/1948 [programme ci-dessous], me semble au contraire très différente de celle du 13/5/1960, beaucoup plus douloureuse, sévère et sombre en 1948, et je trouve que l'on peut dire la même chose des deux Impromptus de Schubert joués lors de ces deux mêmes récitals distants de douze ans).

Un sotto voce mystérieux et des nuances fabuleuses pour les frottements harmoniques dans le Lento assai introductif. À l'opposé, un dernier Lento assai qui me semble moins angoissé qu'en 1960 ; au contraire de celui de 1960, le dernier si grave de 1948 dure bien plus longtemps que la croche prescrite. La caractérisation thématique est très proche de celle de 1960. Les moyens pianistiques mis en œuvre me semblent à la fois plus amples et plus sûrs, mais aussi, et ce n'est paradoxal qu'en apparence, moins ascétiques, décantés et éloquents, en 1948 qu'en 1960. Le premier Grandioso, que l'on sent inévitable au moins douze mesures plus tôt, à la main gauche en clef de sol, a une réserve de tempo et de nuances qu'il perdra par la suite, comme en 1960. Toutes les pages méditatives de l'œuvre sont toujours aussi belles et ensorcelantes : un chant déployé, des phrasés déliés, l'abolition des barres de mesures, la ductilité du temps. C'est bien souvent si beau que j'en ressens comme une douleur ontologique. L'imbrication des deux récitatifs forte dans les mesures fff pesante et fortissimo sur le thème du Grandioso lacéré de silences est très contrastée, abrupte et rugueuse ; les récitatifs sont joués en dessous de la nuance forte. En revanche, le fugato (Allegro energico) est plus sûr et implacable en 1948 qu'en 1960, sans pour autant renouveler le sens structurel et la pertinence expressive de cette page, comme dans l'enregistrement fulgurant de Levy. Le stringendo du Più mosso atteint presque la commotion, avec un temps qui devient compact et panique. Idem pour l'apex de l'œuvre, de la strette au dernier Grandioso. Le « nocturne » du dernier Andante sostenuto est magnifique aussi, sans doute moins polysémique et recouvert d'un voile de mystère plus ténu qu'en 1960. En tout cas, du point de vue agogique, il est tout aussi travaillé en profondeur que celui de 1960 (par exemple la mesure n°2 de l'Andante sostenuto, trois noires pourtant, ou encore la mesure n°5), ce qui montre bien que le hasard ou l'inspiration du moment n'a pas sa place ici, tout y est médité.

Au total, une interprétation que j'aime beaucoup. En écoutant celle de 1960 juste après elle, peut-être peut-on se dire que Sofronitsky retrouvait, à la fin de sa vie, les accentuations et l'humeur changeante de sa jeunesse (les interprétations que l'on n'a pas, celles des années 1920, des années 1930), mais au travers d'un prisme qui en réalise la décantation tout en les nimbant de mystère et de lumière.

Pour le programme, la Sonate en si mineur de Liszt fait partie d'un récital que Vista Vera a publié en entier, sur VVCD-00203 et VVCD-00204, avec un programme prodigieux : Schubert (Impromptus n°3 et n°4, D899 n°3 et n°4), Schumann (Sonate n°1, opus 11), Chopin (Polonaise n°5, opus 44), Liszt (Sonate en si mineur, S178) et Schubert/Liszt (Der Doppelgänger, Erlkönig, Der Müller und der Bach et Auf dem Wasser zu singen).

La Polonaise opus 44 de Chopin avait été publiée sur le disque vinyle Melodiya D15001/2. Der Doppelgänger avait été publié sur le disque vinyle Melodiya D19187/8 et sur le disque compact Meldac MECC 26016. Der Müller und der Bach avait aussi été publié, mais sur le seul disque vinyle Melodiya D19187/8. Le reste du récital était inédit, donc les deux disques de Vista Vera sont arrivés comme une grande surprise. Mais je rappelle que la série des Enregistrements complets, publiée par Melodiya, n'a jamais comporté que sept des douze volumes prévus au départ. Ceux qui n'ont pas été publiés devaient concerner les enregistrements de récitals donnés au Musée Scriabine (volumes n°3 et n°4), mais aussi des récitals radiodiffusés (volume n°11) et des archives du conservatoire de Moscou (volumes n°1 et n°2). En outre, ce récital complet du 5/1/1948 était connu de (et prévu par) Igor Nikonovich ; je pense qu'il n'existe pas de plus fin et meilleur connaisseur du legs de Sofronitsky que lui et Farhan Malik. Hormis le fragment de récital du 4/3/1947 -- Schumann (Carnaval, opus 9) et Scriabine (Prélude, opus 13 n°6) -- édité par Prometheus Editions en 2002, il s'agit du plus ancien récital en direct de Sofronitsky qui ait été préservé par le disque (pour ce dont on dispose jusqu'à présent).

Pour la qualité de l'enregistrement, elle est assez bonne étant donné l'âge (1948) et les circonstances (en direct), mais je trouve que c'est à nouveau beaucoup trop filtré dans l'aigu, comme souvent dans les Vista Vera récents. L'analyse en fréquences ne détecte presque plus rien au-delà de 9,5kHz, en raison d'une pente d'atténuation beaucoup trop raide quand on va vers le haut du spectre et d'un profond nettoyage général. Sinon, cela reste assez lisible et la dynamique est bonne. Ce sont les timbres et la richesse harmonique du jeu qui pâtissent le plus du traitement éditorial.

-----

J'en profite pour signaler la publication, toujours chez Vista Vera, du huitième volume des enregistrements de récitals au Musée Scriabine (VVCD-00233). Un disque consacré tout entier à la musique de Scriabine, avec des extraits des derniers récitals, dont l'ultime récital au Musée, le 7 janvier 1961. (C'est pour mémoire : je n'ai pas encore vu ce disque compact en vente à ce jour.)


http://www.cd-classica.ru/e/a233.htm
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Percy Bysshe
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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Mar 1 Mai 2012 - 10:44

Scherzian a écrit:
Percy Bysshe a écrit:
Je suis devenu aussi fou de Sofronitsky que toi depuis quelques temps, question sonorité... Même ça, qui n'est pourtant pas hyper précis, ça m'enthousiasme au plus haut point: /watch?v=CDo3UotyFUc Mais le travail sonore de Sofronitsky, sur un vieux Bechstein, avec tant d'idées tirées de la partition, avec une sonorité pareille... je ne désire pas autre chose. Toute la fin, à partir de l'acmé, me plonge dans une sorte de stupeur. drunken
sunny Passée l'acmé, c'est comme si sa sonorité méditait, se ressouvenait, ruminait la courbe de l'œuvre. C'est un des versants de son travail sur la sonorité (ahem... quelle que soit la qualité intrinsèque de l'instrument...), le versant méditatif, intériorisé, contemplatif. Certaines sonorités semblent provenir d'un tout autre instrument qu'un piano, je trouve. (L'autre versant, c'est l'adret éclaboussé de soleil, le jeu sûr de lui, aveuglé et aveuglant, qu'on rencontre aussi parfois.) Ces Reflets dans l'eau sont vraiment très beaux, troubles, étincelants, opaques, translucides. Richter disait de lui que c'était un des meilleurs interprètes de Debussy, quel dommage qu'on ait finalement si peu d'œuvres de Debussy enregistrées par lui.

Percy Bysshe a écrit:
Scherzian a écrit:
sunny Passée l'acmé, c'est comme si sa sonorité méditait, se ressouvenait, ruminait la courbe de l'œuvre. C'est un des versants de son travail sur la sonorité (ahem... quelle que soit la qualité intrinsèque de l'instrument...), le versant méditatif, intériorisé, contemplatif. Certaines sonorités semblent provenir d'un tout autre instrument qu'un piano, je trouve. (L'autre versant, c'est l'adret éclaboussé de soleil, le jeu sûr de lui, aveuglé et aveuglant, qu'on rencontre aussi parfois.) Ces Reflets dans l'eau sont vraiment très beaux, troubles, étincelants, opaques, translucides. Richter disait de lui que c'était un des meilleurs interprètes de Debussy, quel dommage qu'on ait finalement si peu d'œuvres de Debussy enregistrées par lui.

Oui, et tous les témoignages enregistrés que l'on peut en avoir aujourd'hui le démontre clairement.
Ce Canope absolument fabuleux: /watch?v=LMxbeuE7kdc à partir de 0'28" par exemple, d'une luminosité! Et une coloration... combien de timbres différents là-dedans? Tu as bien raison de dire que l'on n'entend pas que du piano!
Feuilles mortes: /watch?v=HdhR-uYsa1c
Je connais aussi deux pièces extraites de Childen's Corner, et le Prélude de Pour le piano...

Pour revenir à ce que tu dis, j'ai essayé moi-même au piano d'essayer de produire ce genre de sonorités ( Embarassed ), de retrouver le geste qui fait cette sérénité absolue, définitive, que l'on retrouve aussi pleinement dans le Sposalizio, au niveau de la sonorité, j'ai obtenu quelques résultats... Il ne s'agit nullement d'un abandon ou d'une métaphysique - j'ai mis un peu de tant à le comprendre, en essayant de penser à autre chose! Le corps tout décontracté, l'impulsion, pure, nette et sans hésitation (c'est ce qui est le plus important...), nécessaire (... et le plus difficile). Toutes les articulations phalangiennes proximales décontractées, ainsi que la décontraction de l'articulation métacarpo-phalangienne au niveau du pouce (décontraction qui change la sonorité pianistique du tout au tout). Le tout avec une voûte au niveau des articulations métacarpo-phalangiennes sûre, et la pureté du geste fait la pureté sonore, la conscience du corps fait la conscience du son. Je crois que c'est Mariefran qui disait que Sofronitsky faisait l'amour a son piano... eh bien c'est tout à fait cela dont il s'agit, quelque chose d'incarné au niveau du corps, qui fait l'incarnation du son! Tu en parles admirablement bien! mains

Scherzian a écrit:
Percy Bysshe a écrit:
Ce Canope absolument fabuleux: /watch?v=LMxbeuE7kdc à partir de 0'28" par exemple, d'une luminosité! Et une coloration... combien de timbres différents là-dedans? Tu as bien raison de dire que l'on n'entend pas que du piano!
Feuilles mortes: /watch?v=HdhR-uYsa1c
Je connais aussi deux pièces extraites de Childen's Corner, et le Prélude de Pour le piano...
Oui, de Children's Corner, on n'a que Doctor Gradus ad Parnassum (1 version) et Serenade of the Doll (4). Dans les Images, on n'a que ces Reflets dans l'eau (1). On a quelques Préludes, surtout du livre II (Minstrels [1], Feuilles mortes [1], General Lavine -- eccentric [2], Canope [2], Feux d'artifice [1]). Et aussi le Prélude de la suite Pour le piano. Et c'est tout... Une des deux versions de General Lavine -- eccentric est incroyablement extrême (celle du 11 juin 1954) : je l'avais mise dans mon BT jadis, pensant que quelqu'un s'offusquerait Twisted Evil, mais non (faut dire aussi qu'il y a un gros trou de mémoire, vers le début, qui amène quelques interpolations...).

Citation :
Pour revenir à ce que tu dis, j'ai essayé moi-même au piano d'essayer de produire ce genre de sonorités (Embarassed), de retrouver le geste qui fait cette sérénité absolue, définitive, que l'on retrouve aussi pleinement dans le Sposalizio, au niveau de la sonorité, j'ai obtenu quelques résultats... Il ne s'agit nullement d'un abandon ou d'une métaphysique - j'ai mis un peu de tant à le comprendre, en essayant de penser à autre chose! Le corps tout décontracté, l'impulsion, pure, nette et sans hésitation (c'est ce qui est le plus important...), nécessaire (... et le plus difficile). Toutes les articulations phalangiennes proximales décontractées, ainsi que la décontraction de l'articulation métacarpo-phalangienne au niveau du pouce (décontraction qui change la sonorité pianistique du tout au tout). Le tout avec une voûte au niveau des articulations métacarpo-phalangiennes sûre, et la pureté du geste fait la pureté sonore, la conscience du corps fait la conscience du son. Je crois que c'est Mariefran qui disait que Sofronitsky faisait l'amour a son piano... eh bien c'est tout à fait cela dont il s'agit, quelque chose d'incarné au niveau du corps, qui fait l'incarnation du son! Tu en parles admirablement bien! mains
C'est très intéressant, ce que tu dis au point de vue technique. Bien sûr, l'abandon n'existe que ressenti quand on écoute, ce qui donne cette impression d'acquiescement sans faille ; du côté du pianiste, en revanche, ça ne peut être qu'un alliage de décontraction des muscles et du squelette (comme disait Claudio Arrau : autant de décontraction physique que de concentration mentale).

Dans son cas, c'est vraiment dommage qu'on n'ait aucune bande vidéo. En tout cas, selon sa fille aînée, Roksana Kogan-Sofronitskaya, il n'existait pas de telle bande au sein de la famille ; si quelque chose doit exister, c'est peut-être à chercher du côté de la tournée à Potsdam en 1945 (on sait que certaines choses y ont été filmées), mais elle a cherché et n'a rien trouvé. Dans un article en italien dans Piano Time en novembre 1990 (vol. 92, p. 29-30), Luigi Schiavon a essayé un paragraphe technique, mais il ne l'a jamais vu jouer, pour autant que je sache, et ça vaut donc ce que ça vaut. Voici une traduction en anglais par Emily White :

Luigi Schiavon (trad. Emily White) a écrit:
From these recordings [Scriabin's Sonatas 3-5,8-10; Schubert's Sonata D960 and Schubert/Liszt Lieder] emerges a vision of the artist equally distant from the usual cliché of the Russian performer of sweeping impetus and sonorous strength (à la Gilels) as from its opposite, of the coloristic virtuosity and vertiginous velocities of a Lhévinne. At the same time, it seems that Sofronitsky's style of playing rejected the principle of clean articulation and decisive release of the fingers from a motionless hand, one of the ideas upon which Nikolayev [Sofronitsky's and Yudina's teacher at the Leningrad Conservatory] based his teaching. Such a method can be traced to Leschetizky, and indeed, if applied to the letter, produces a notable clarity in musical articulation as well as a penetrating sound which is at times slightly cutting, as one can well hear in the performances of Yudina. Instead, to obtain his characteristic vivid, velvety tone so rich with harmonics, Sofronitsky was obliged to minimize his articulation by using slightly elongated fingers, instinctively preferring the weight of the hand to that of the arm when he wanted to color the melody in a particular way (which is to say, nearly always).
C'est vrai que dans le Sposalizio, l'œuvre exige des sonorités inouïes, en particulier dans l'incomparable section centrale en sol majeur. Il y trouve des sonorités mouillées -- « frémissantes et transparentes comme la rosée du matin », selon Igor Nikonovitch -- et un incroyable dialogue des deux mains, où les apartés dans l'aigu, presque absents pourtant, relancent la mélodie au médium comme s'ils en faisaient partie... Un autre exemple de page méditative, qui semble ruminer sur elle-même et suspendre le temps, ce sont les longues phrases poco a poco doppio movimento vers le début de la Fantaisie opus 49 de Chopin (M40-M67). Je les avais mises aussi dans le BT, mais personne n'a crié Evil or Very Mad. Pourtant, dans tous ces triolets de croches, il n'y en a pas beaucoup qui soient joués en tempo strict ; du point de vue métrique, c'est vraiment très loin de la partition, mais, en tout cas pour moi, ça a un sens persuasif et convaincant (/watch?v=lwJ1OHQ7W_4, mais l'édition Denon n'a pas tout ce hachis sonore aux plus mauvais moments...).

P.-S. Joué par Rachmaninoff, tu as écouté le Carnaval de Schumann ? Fabuleux, n'est-ce pas ?
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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Mar 1 Mai 2012 - 11:16

Scherzian a écrit:
Oui, de Children's Corner, on n'a que Doctor Gradus ad Parnassum (1 version) et Serenade of the Doll (4). Dans les Images, on n'a que ces Reflets dans l'eau (1). On a quelques Préludes, surtout du livre II (Minstrels [1], Feuilles mortes [1], General Lavine -- eccentric [2], Canope [2], Feux d'artifice [1]). Et aussi le Prélude de la suite Pour le piano. Et c'est tout... Une des deux versions de General Lavine -- eccentric est incroyablement extrême (celle du 11 juin 1954) : je l'avais mise dans mon BT jadis, pensant que quelqu'un s'offusquerait Twisted Evil, mais non (faut dire aussi qu'il y a un gros trou de mémoire, vers le début, qui amène quelques interpolations...).

Il m'en reste encore quelques uns à découvrir, ouf! Very Happy

Luigi Schiavon (trad. Emily White) a écrit:
From these recordings [Scriabin's Sonatas 3-5,8-10; Schubert's Sonata D960 and Schubert/Liszt Lieder] emerges a vision of the artist equally distant from the usual cliché of the Russian performer of sweeping impetus and sonorous strength (à la Gilels) as from its opposite, of the coloristic virtuosity and vertiginous velocities of a Lhévinne. At the same time, it seems that Sofronitsky's style of playing rejected the principle of clean articulation and decisive release of the fingers from a motionless hand, one of the ideas upon which Nikolayev [Sofronitsky's and Yudina's teacher at the Leningrad Conservatory] based his teaching. Such a method can be traced to Leschetizky, and indeed, if applied to the letter, produces a notable clarity in musical articulation as well as a penetrating sound which is at times slightly cutting, as one can well hear in the performances of Yudina. Instead, to obtain his characteristic vivid, velvety tone so rich with harmonics, Sofronitsky was obliged to minimize his articulation by using slightly elongated fingers, instinctively preferring the weight of the hand to that of the arm when he wanted to color the melody in a particular way (which is to say, nearly always).

Oui, il apparaît clairement, dans certains traits, que Sofronistky ne joue pas dans la pure digitalité, par exemple dans Reflets dans l'eau, à 2'19", ces gerbes d'eau qui jaillissent sont clairement envoyées dans un seul et même mouvement global qui ne peut être uniquement digital. Pareillement, les courts traits à 1'00" et à 1'05" n'ont pas, au niveau de l'articulation, l'allure d'un jeu digital. Pourtant juste après, à 1'07", dans la montée crescendo, on entend au contraire quelque chose une clarté dans l'articulation qui semble bien être digitale. La chose est me paraît être très nuancée sur la question de la technique, et il me semble bien que Sofronitsky use de toutes ces possibilités suivant des objectifs expressifs, et ce passage où il emploie deux techniques différentes en un très court laps de temps pour mettre en valeur le mouvement me paraît être très intéressant.

Un exemple encore plus frappant pourrait être de prendre le Prélude Op.11 No.1 de Scriabine, où l'alternance des deux techniques est absolument intuitive, et d'une grappe de notes à l'autre, on entend des choses clairement articulées, puis au contraire quelque chose de moins digital (avec un petit élément de systématisme, les éléments mélodiques en hauteur plutôt articulés, et au contraire les mouvements descendants qui terminent les "grappes" qui ne sont clairement pas purement digitaux); et le résultat est fabuleux, on est ici à un sacré niveau de transcendance, et ça met formidablement en valeur toute la beauté et le charme de ce Prélude.

L'importance du poids du bras est aussi effectivement ce qui lui permet d'obtenir un certain nombre de sonorité; jouer avec le poids, c'est jouer avec une impulsion qui se fait par la détermination purement physique, et donc purement nécessaire (c'est très intéressant jusqu'au niveau philosophique)! On entends le poids du bras lorsque l'on ne semble plus entendre du piano, parce que ça ne "claque" absolument pas, comme si l'interaction entre le marteau et la corde, par la cause qui les amène l'un à l'autre, devenait d'une autre nature. Le marteau ne frappe plus, il vient faire chanter.

Citation :
C'est vrai que dans le Sposalizio, l'œuvre exige des sonorités inouïes, en particulier dans l'incomparable section centrale en sol majeur. Il y trouve des sonorités mouillées -- « frémissantes et transparentes comme la rosée du matin », selon Igor Nikonovitch -- et un incroyable dialogue des deux mains, où les apartés dans l'aigu, presque absents pourtant, relancent la mélodie au médium comme s'ils en faisaient partie...

Oui, c'est exactement ce qu'il fait! (j'aurais pour ma part préféré une différenciation des plans sonores... mais à un niveau d'exigence! Ce passage est joué miraculeusement)

Citation :
Un autre exemple de page méditative, qui semble ruminer sur elle-même et suspendre le temps, ce sont les longues phrases poco a poco doppio movimento vers le début de la Fantaisie opus 49 de Chopin (M40-M67). Je les avais mises aussi dans le BT, mais personne n'a crié Evil or Very Mad. Pourtant, dans tous ces triolets de croches, il n'y en a pas beaucoup qui soient joués en tempo strict ; du point de vue métrique, c'est vraiment très loin de la partition, mais, en tout cas pour moi, ça a un sens persuasif et convaincant (/watch?v=lwJ1OHQ7W_4, mais l'édition Denon n'a pas tout ce hachis sonore aux plus mauvais moments...).

Ah oui je viens d'écouter, c'est n'importe quoi, ça m'a même fait rire. hehe C'est fait avec une telle évidence, tout passe.

Citation :
P.-S. Joué par Rachmaninoff, tu as écouté le Carnaval de Schumann ? Fabuleux, n'est-ce pas ?

Ah oui, c'est magnifique. mains
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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Dim 27 Mai 2012 - 16:05

Merci beaucoup d'avoir recopié cette discussion ici, Percy ! :sunny:J'espère avoir assez de temps, de mon côté, pour réécouter avec tes commentaires en même temps, en particulier les deux versions du Sposalizio de Liszt.

D'ici là, je signale juste que l'enregistrement en direct de la Barcarolle de Chopin, opus 60, le 20 octobre 1949 au conservatoire de Moscou, est maintenant disponible dans le tuyau, comme celui en studio qui y a été posté il y a bien longtemps :
  • /watch?v=G6dKMCofOrE (en studio),
  • /watch?v=-z4KuzfRDFg (en direct).


Dernière édition par Scherzian le Jeu 29 Aoû 2013 - 21:46, édité 1 fois (Raison : Modification du second pointeur.)
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Percy Bysshe
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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Lun 28 Mai 2012 - 19:18

bounce
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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Lun 25 Juin 2012 - 11:54

On vient de poster dans le tuyau une grande partie du récital que Vladimir Sofronitsky a donné à la petite salle du conservatoire de Moscou le 13 mai 1960 (seules manquent les œuvres de Rachmaninov et de Scriabine qu'il a données en fin de récital). Pour une raison que je ne sais pas, l'ordre chronologique du récital n'a pas été repris et la liste qui figure dans les notes n'est donc pas correcte. La voici avec les timings :
  • Mozart : Fantaisie en do mineur, K475 (à 27:57),
  • Schubert : Impromptu n°3 en sol bémol majeur (joué en sol majeur), D899 n°3 (à 46:11),
  • Schubert : Impromptu n°4 en la bémol majeur, D899 n°4 (à 39:07),
  • Schumann : Sonate n°1 en fa dièse mineur, opus 11 (I à 00:00, II à 10:02, III à 12:58, IV à 17:17),
  • Chopin : Nocturne n°5 en fa dièse majeur, opus 15 n°2 (à 56:26),
  • Chopin : Nocturne n°4 en fa majeur, opus 15 n°1 (à 52:07),
  • Chopin : Scherzo n°1 en si mineur, opus 20 (à 59:46),
  • Chopin : Scherzo n°2 en si bémol mineur, opus 31 (à 69:30).

(/watch?v=95iG6hzsC1E)
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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Mar 26 Juin 2012 - 21:57

La même personne a aussi posté un long récital Scriabine dont le programme est identique à celui du disque Scriabine du boîtier Philips 456 970-2 (publié en 1999 dans la collection Great Pianists of the 20th Century). Toutes les œuvres jouées, sauf la Quatrième Sonate tout à la fin, proviennent de sessions en studio assez tardives, après que Sofronitsky ait commencé à se réconcilier avec l'enregistrement en studio. Ce sont à chaque fois des interprétations essentielles :
  • Sonate n°3 en fa dièse mineur, opus 23 [1958-09-12] (I à 00:00, II à 06:00, III à 08:20, IV à 12:53),
  • Sonate n°9, opus 68 [1958-09-12] (à 18:31),
  • Sonate-fantaisie n°2 en sol dièse mineur, opus 19, Andante seul [1960-12-11] (à 27:01),
  • Poème Vers la flamme, opus 72 [1959-01-06] (à 35:21),
  • Danse, opus 73 n°1, « Guirlandes » [1959-01-06] (à 40:44),
  • Danse, opus 73 n°2, « Flammes sombres » [1959-01-06] (à 43:35),
  • Prélude en si bémol mineur, opus 11 n°16 [1958-10-31] (à 45:42),
  • Prélude en si bémol majeur, opus 35 n°2 [1958-10-31] (à 47:26),
  • Prélude en si bémol mineur, opus 37 n°1 [1958-10-31] (à 49:52),
  • Poème en fa dièse majeur, opus 32 n°1 [1958-10-31] (à 51:45),
  • Poème en majeur, opus 32 n°2 [1958-10-31] (à 55:07),
  • Étude en fa dièse majeur, opus 42 n°3 [1959-09-12] (à 56:51),
  • Sonate n°4 en fa dièse majeur, opus 30 [1960-05-13, en public] (I à 57:51, II à 60:40).

(/watch?v=cBtDmA9HDG0)

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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Sam 21 Juil 2012 - 10:26

On a posté, il y a quelques jours, l'enregistrement intégral, reconstitué à partir de diverses sessions en studio et de quelques enregistrements en public, des Douze Études, opus 8, de Scriabine, jouées par Vladimir Sofronitsky. C'est un enregistrement assez difficile à trouver, édité sur disque vinyle par Melodiya, dans le volume n°10 des « Enregistrements complets » (numéro de catalogue : M10 45937/48 009), et sur disque compact par Le Chant du monde (numéro de catalogue : LDC 278765 ; un disque épuisé depuis belle lurette, mais dont on trouve encore, de façon sporadique, des exemplaires de seconde main) et par l'incunable Meldac (numéro de catalogue : MECC 26012). L'édition par Le Chant du monde propose tout le spectre, sans aucun filtrage, et donc une représentation honnête du timbre de Vladimir Sofronitsky. S'il n'y avait la décision éditoriale discutable de supprimer les applaudissements (décision criminelle dans le cas de l'opus 8 n°12, où les applaudissements et les manifestations d'admiration commencent en réalité dès les deux accords finaux : j'y reviendrai), ce serait parfait. À mon avis, cet enregistrement constitue un pinacle absolu de l'interprétation du Scriabine précoce dans les formes brèves. Les Études, opus 8 n°3 et n°6, sont en particulier très difficiles à trouver ailleurs qu'ici jouées par ce musicien. Voici donc le minutage plus détaillé.

Dans le tuyau (/watch?v=K8u5ukciU1s) :
  • Étude en do dièse majeur, opus 8 n°1, Allegro. Enregistrement en studio, probablement en 1950. [0:00-1:39].
  • Étude en fa dièse mineur, opus 8 n°2, A capriccio, con forza. Enregistrement en studio, probablement en 1950. [1:40-3:26].
  • Étude en si mineur, opus 8 n°3, Tempestoso. Enregistrement en studio, entre 1950 et 1959. [3:27-5:17].
  • Étude en si majeur, opus 8 n°4, Piacevole. Enregistrement en studio, en 1946 ou en 1950. [5:18-6:52].
  • Étude en mi majeur, opus 8 n°5, Brioso. Enregistrement en studio, probablement en 1950. [6:53-9:03]. Sans doute le timbre pianistique le plus ensoleillé que j'aie jamais entendu ; des textures à rapprocher peut-être de celles des Préludes, opus 11 n°1, n°3 et n°8. Des phrasés lyriques, enveloppants, abandonnés et émerveillés. On y respire en permanence l'air pur et vivifiant des cimes, sans intermédiaire ni médiation.
  • Étude en la majeur, opus 8 n°6, Con grazia. Enregistrement en studio, entre 1950 et 1959. [9:04-10:31].
  • Étude en si bémol mineur, opus 8 n°7, Presto tenebroso, agitato. Enregistrement en studio, le 6 juillet 1948. [10:32-12:21].
  • Étude en la bémol majeur, opus 8 n°8, Lento (Tempo rubato). Enregistrement en studio, probablement en 1946. [12:22-15:57].
  • Étude en sol dièse mineur, opus 8 n°9, Alla ballata. Enregistrement en studio, probablement en 1946. [15:58-21:03]. Si la Brioso était le soleil à son zénith, l'Alla ballata en serait le nadir. Des timbres blafards et livides, un temps musical panique ; des textures à rapprocher peut-être de celles des Préludes, opus 11 n°6, n°14, n°16 et n°18.
  • Étude en ré bémol majeur, opus 8 n°10, Allegro. Enregistrement en public à Leningrad, le 30 janvier 1952. [21:04-22:57].
  • Étude en si bémol mineur, opus 8 n°11, Andante cantabile. Enregistrement en public à Moscou, le 13 mai 1960. [22:58-26:41]. Un art accompli des plans sonores, des rapports de nuances et des phrasés déliés et pleins quelle que soit la nuance, pour une interprétation saturée de nostalgie et de polysémie. Les deux derniers accords, en particulier, main gauche dans le grave, sont polysémiques comme jamais.
  • Étude en ré dièse mineur, opus 8 n°12, Patetico. Enregistrement en public à Moscou, le 2 février 1960. [26:42-28:56]. Une sensibilité agogique et une expressivité qui confinent au divinatoire. Le point solsticial de l'engagement et de l'incarnation. Malheureusement, l'éditeur décide de supprimer les applaudissements des deux dernières mesures : on entend très bien que les deux dernières mesures s'écoulent dans une sonorité totalement artificielle. Si on préfère écouter la même interprétation de cette Étude dans une édition non émasculée, on peut se reporter à /watch?v=1RwdHs756l4 dans le tuyau.
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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Sam 21 Juil 2012 - 20:52

Scherzian a écrit:
À mon avis, cet enregistrement constitue un pinacle absolu de l'interprétation du Scriabine précoce dans les formes brèves. Les Études, opus 8 n°3 et n°6, sont en particulier très difficiles à trouver ailleurs qu'ici jouées par ce musicien. Voici donc le minutage plus détaillé.
Oui, c'est fabuleux. Et pour une fois avec un vieux pianiste russe on a un cahier complet hehe
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Scherzian
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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Sam 21 Juil 2012 - 22:12

alexandre. a écrit:
Et pour une fois avec un vieux pianiste russe on a un cahier complet hehe
Oh, de ce point de vue, il n'y est pas pour grand-chose. cat Les enregistrements pour l'opus 8 de Scriabine couvrent la période de 1946 à 1960, et dans deux cas (n°3 et n°6) ce sont les seules interprétations publiées (il y en a chaque fois une supplémentaire enregistrée au Musée Scriabine, le 31 janvier 1957, mais je crains que leur première publication ne soit pas pour demain ni après-demain...). Les éditeurs de la grande série de vinyles chez Melodiya, en particulier Igor Nikonovich, ont proposé un enregistrement du cahier complet à partir de bandes d'origines variées. Je crois que Vladimir Sofronitsky était encore plus réfractaire que les autres à l'idée d'enregistrements intégraux, sauf pour les œuvres qui l'exigent. Même pour les Moments musicaux D780 de Schubert, il a laissé de côté le n°5 lors de son enregistrement en studio le 27 février 1959 (on a quand même le n°5 au Musée). Si le tuyau « publie » le cahier complet des Préludes, opus 11, constitué de la même façon que pour les Études, opus 8, j'en parlerai ici, parce qu'il est aussi fabuleux.

Ceci dit, au Musée il a joué les cahiers des opus 8 et 11 complets, et ça a été enregistré (le 31 janvier 1957 pour les Études et à une date que j'ignore pour les Préludes). Mais cela sera-t-il jamais publié ?
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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Mar 27 Nov 2012 - 19:22

Scherzian a écrit:
1a.4. Les années 1930 et la Deuxième Guerre mondiale


Mais cet artiste était aussi le pire ambassadeur de la culture soviétique
que l'on pouvait imaginer (mauvais état de santé, opinions radicalement
anti-soviétiques
, aversion pour les affaires officielles, etc.).

Pourquoi t’as dit ça, Scherzian ?
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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Mer 28 Nov 2012 - 20:29

Mandryka a écrit:
Scherzian a écrit:
1a.4. Les années 1930 et la Deuxième Guerre mondiale

Mais cet artiste était aussi le pire ambassadeur de la culture soviétique que l'on pouvait imaginer (mauvais état de santé, opinions radicalement anti-soviétiques, aversion pour les affaires officielles, etc.).
Pourquoi t’as dit ça, Scherzian ?
C'est ce qui transparaît de toutes les références que j'ai consultées. Dans son article paru en 1998 dans l'International Piano Quarterly (IPQ), Pierre-Martin Juban résume la question comme suit.

Pierre-Martin Juban (IPQ, volume 2, n°5, automne 1998, page 59) a écrit:
Bien qu'il ait été envoyé à Potsdam en avril 1945 afin de jouer pour les participants de la conférence, Sofronitsky haïssait le régime passionnément et cherchait à conserver une distance aussi grande que possible avec le système. La même attitude distante prévalait aussi dans sa relation avec le conservatoire ; il éprouvait de l'aversion pour l'institution, il n'était pas enthousiaste à l'idée d'enseigner [là-bas], et il donnait la plupart de ses leçons à son domicile. Contrairement à [Heinrich] Neuhaus et à Goldenweiser, qui se battaient chacun pour obtenir les meilleurs élèves, Sofronitsky acceptait volontiers ceux qui restaient. [C'est confirmé par Emily White dans sa thèse de doctorat, page 117.] Il respectait Feinberg, Oborine et Goldenweiser comme artistes, mais il n'a jamais recherché le contact avec eux et, hormis pour [Heinrich] Neuhaus, il n'a développé aucune amitié soutenue avec d'autres musiciens. Sofronitsky suivait la carrière de ses collègues plus jeunes principalement grâce aux radiodiffusions ; ainsi, il connaissait déjà le jeu de Lazar Berman lorsque le pianiste vint le trouver pour des conseils. Il appréciait aussi Bashkirov et faisait l'éloge des interprétations de Van Cliburn lors du concours Tchaïkovsky.
Bien sûr, au contraire de Maria Yudina par exemple, beaucoup plus expansive que lui, son tempérament socialement timide et surtout sa très grande réserve patricienne ne le portaient pas du tout à l'affrontement direct avec le régime, mais les témoignages de ses proches -- son épouse, sa fille aînée, Roxana Kogan-Sofronitskaya, les amis de la famille, comme le pianiste Igor Nikonovich -- vont tous dans ce sens. Sofronitsky a en outre vécu les dernières années de sa vie, en particulier après la Deuxième Guerre mondiale, comme un reclus, ne sortant pratiquement plus de chez lui durant les cinq ou six dernières années, sauf pour les concerts (ou alors à condition d'être accompagné d'un ami intime ou d'un membre de sa famille), terrorisé par la persécution politique du régime en place. On peut par exemple déjà considérer son cycle de douze « concerts historiques », donné à Leningrad durant la saison 1937-1938, au plus fort de la terreur, comme un acte désespéré de résistance intérieure, afin de faire exister autre chose. C'est en tout cas l'opinion de Valerij Voskobojnikov dans son grand article en deux parties sur Vladimir Sofronitsky dans la Nuova Rivista Musicale Italiana (NRMI).

Valerij Voskobojnikov (NRMI, volume 4, octobre/décembre 2009, page 540) a écrit:
Pour terminer, nous devons rappeler que durant les années terribles 1937-1938, à l'apex de la terreur stalinienne, Vladimir Sofronitsky effectua un cycle célèbre de douze programmes de récitals, presque au mépris de l'horreur qui régnait autour de lui.
Roxana Kogan-Sofronitskaya a publié, dans le livre de souvenirs à propos de son père paru chez Klassika-XXI, plus d'une centaine de lettres souvent assez brèves de son père à sa mère. Parmi celles-ci, il y en a cinq (17/12/1937, 11/2/1938, 16/4/1938, 6/6/1938 et 22/6/1938, pages 21-24) qui coïncident avec le cycle en question et qui en parlent : on y sent la tension énorme et à quel point ce cycle était essentiel à ses yeux. Il s'y est engouffré sans réserve, comme s'il était tout ce qui importait, un acte de résistance ou de retraite introspective.

Dans ces conditions, les témoignages des proches, de la famille et des intimes, sont tout ce dont on dispose. D'ailleurs, l'article de Pierre-Martin Juban, la thèse rédigée par Emily White et les articles et les émissions radiophoniques de Valerij Voskobojnikov ont été préparés en partie grâce au concours de Roxana Kogan-Sofronitskaya et aux entretiens avec Igor Nikonovich. Dans la thèse de doctor of musical arts (DMA) rédigée par Emily White en 1995, on trouve des éléments assez révélateurs.

Emily White (thèse de DMA, mars 1995, page 117) a écrit:
[À propos du voyage sur commande à Potsdam avec la délégation soviétique et Staline.] Sofronitsky détestait la politique de la même manière qu'il évitait les intrigues entre les professeurs au conservatoire de Moscou. Il a digéré sinistrement sa position d'être le pianiste favori de Staline, et il parlait rarement du voyage à Potsdam. À son domicile, il faisait des imitations humoristiques de Truman essayant de jouer le Menuet en sol majeur de Paderewsky.
Emily White (thèse de DMA, mars 1995, pages 117-119) a écrit:
Le régime communiste était une autre source du désespoir chronique de Sofronitsky. Comme tous les autres, il était trop effrayé pour parler de politique, mais chacun comprenait la situation. Les voisins de Sofronitsky étaient des agents du gouvernement et, lorsqu'il ne pouvait pas contenir plus longtemps l'oppression, il se tenait près du mur mitoyen et répétait à tue-tête des slogans du parti. [Témoignage rapporté par Valerij Voskobojnikov et confirmé par Roxana Kogan-Sofronitskaya.] Le 1er mars 1953, Sofronitsky dit à son fils, Alexander, que quelque chose devait être fait : les gens ne pouvaient pas continuer à vivre dans ce climat de terreur. Le même soir, Sofronitsky donna un concert. Lorsqu'on annonça, le matin suivant, que Staline était à l'hôpital, Sofronitsky dit à son fils : « Tu vois ? J'ai fait quelque chose. » [Témoignage rapporté par Roxana Kogan-Sofronitskaya à Emily White.] Trois jours plus tard, Staline était mort, et Prokofiev aussi.

Il est très probable que la Deuxième Guerre mondiale et les événements politiques soviétiques ont été au moins en partie responsables de l'état de mélancolie de Sofronitsky et de son contact toujours plus ténu avec les gens. Il y avait peut-être un élément de sa peur politique dans les phobies spécifiques qu'il a développées dans son jeu : plusieurs sources mentionnent sa nervosité au début des concerts, et on sait qu'il a arrêté de se produire dans les grandes salles après 1954. Sa condition d'agoraphobie s'est intensifiée durant les cinq dernières années de sa vie. [Igor] Nikonovich l'a vu fréquemment entre 1956 et 1961, mais il se souvient de seulement deux occasions lors desquelles Sofronitsky a quitté son domicile pour répondre à une invitation. Les amis de Sofronitsky dans le monde de la musique étaient rares et précieux, et ils incluaient Heinrich Neuhaus (bien qu'ils se soient parfois battus), Konstantin Adzhemov, Yakov Milshteyn, Victor Delson et David Rabinovich. Parmi les non-musiciens, il appréciait la compagnie des intellectuels, en particulier des scientifiques(*).
(*) Étant donné la manière dont il jouait les œuvres de musique qui figuraient à son répertoire, en mettant en exergue avant tout leurs aspects formels et organiques, et étant donné le soin minutieux avec lequel il concevait le programme de ses récitals, et même celui de ses groupes ou cycles de récitals sur une période de temps plus ou moins longue, avec des rappels et des correspondances incessantes, de même que le sens aigu de la symétrie que son jeu et ses programmes trahissent, cet intérêt pour la pensée des scientifiques et pour leur compagnie ne me surprend pas du tout, en particulier quand on voit l'importance de la symétrie et notamment de la théorie des groupes dans toutes les théories de la physique contemporaine.

On trouve aussi quelques éléments dans l'article en deux parties rédigé par Valerij Voskobojnikov et dont les références sont NRMI, volume 3, juillet/septembre 2009, pages 368-410, et NRMI, volume 4, octobre/décembre 2009, pages 532-574.

Valerij Voskobojnikov, rapportant des propos tenus par Igor Nikonovich (NRMI, volume 4, octobre/décembre 2009, pages 537-540), a écrit:
Son attitude envers le pouvoir : Sofronitsky haïssait profondément ce que nous appelons maintenant « le totalitarisme », même si, bien entendu, il le cachait scrupuleusement. Staline suscitait en lui une haine particulière, et il l'appelait « cet Antéchrist ». [Sofronitsky] se souvenait comment, une fois, avant des énièmes « élections », ils étaient venus à son domicile avec des portraits des chefs : l'un d'entre eux devait être fixé sur le balcon. « Qui pensez-vous accrocher, Lenine ou Staline ? », lui ont-ils demandé. -- « Pouvez-vous imaginer cet Antéchrist suspendu au balcon ?! », m'a-t-il demandé, horrifié. Sa réponse : « Staline sera mieux placé sur le balcon d'en face, du côté élevé de la rue. » « Et pourquoi ? », ont-ils demandé, soupçonneux. « Parce que je veux pouvoir le voir en permanence, mais s'il se trouve sur mon balcon je ne pourrai pas le voir. » Il riait, mais un masque de mépris ne disparaissait pas de son visage. [...]

Sofronitsky entra, en dépit de ceci, dans la liste des artistes « proches ». [...] Le « Grand » [Staline] leur a montré personnellement sa bienveillance, il les a récompensés, il les a choisis pour les concerts gouvernementaux, pour le voyage à Potsdam, etc. [...] En dépit de cette bienveillance, [Sofronitsky] avait très peur de ces contacts [avec Staline]...

Pour une des réceptions en 1943, après l'attribution à Sofronitsky du Prix d'État, le pianiste et son épouse (la fille de Scriabine) furent abordés par Molotov, qui était alors ministre des Affaires étrangères, et dont le nom de famille d'origine était précisément « Scriabine », lequel a déclaré : « Vladimir Vladimirovich [Sofronitsky], je suis heureux de vous voir, je suis un de vos admirateurs, je viens toujours à vos concerts, vous jouez de manière merveilleuse. » Après une courte pause, Molotov continua : « Vous jouez beaucoup les œuvres du compositeur Scriabine, mais savez-vous que les parents de ce Scriabine à Paris ont récemment publié, dans un journal des émigrés, un article dans lequel ils ont écrit que ni le compositeur ni eux-mêmes n'ont rien à voir avec cette crapule et scélérat bolchevik de Molotov. » Les époux [Sofronitsky et sa femme] montrèrent leur désapprobation pour le fait qui leur avait été rapporté, mais à cet instant s'est approché l'acteur Vassily Ivanovich Kachalov, en disant : « Viatcheslav Mikhaïlovitch [Molotov] ! Que c'est magnifique, vous connaissez certainement notre splendide pianiste Vladimir Vladimirovich Sofronitsky, et voici son épouse, Elena Alexandrovna Scriabina. » Les époux saluèrent rapidement et s'enfuirent littéralement du Kremlin, convaincus qu'une fois arrivés à la maison, ils seraient arrêtés. Curieusement, ils ont été épargnés.

Une autre fois, de façon encore plus dramatique, à Potsdam, quand, après un concert d'artistes russes et d'autres pays, un banquet s'est tenu. Tous les artistes étaient assis en face des principaux protagonistes de la conférence. Plusieurs toasts furent portés et l'un d'entre eux fut « à la santé de notre merveilleux pianiste Vladimir Vladimirovich Sofronitsky ». Tout à coup, de la bouche du « Grand » [Staline], on entendit : « Oui, le pianiste est merveilleux... Mais qui sait où il regarde ! » Bien sûr, Sofronitsky était curieux de voir Churchill et Truman, qu'il n'avait jamais vus auparavant. Il était bien certain que, cette fois, il arriverait quelque chose. Mais la « bienveillance » continua.
Peut-être plus que son opposition silencieuse au pouvoir soviétique, c'est son indépendance artistique totale qui était remarquable. Beaucoup soulignent, comme par exemple Vera Gornostaïeva, qu'il était un pianiste hors du régime, qu'il était un « extérieur », qu'il était ingouvernable. [Vera Gornostaïeva est citée par Valerij Voskobojnikov, NRMI, volume 4, octobre/décembre 2009, page 548.] Il faut dire aussi qu'après le siège de Leningrad et son arrivée à Moscou le 8 avril 1942, il était devenu quasi intouchable en raison de son action à cette époque. Sofronitsky a signé des lettres pour la défense de personnes arrêtées. L'exemple le plus célèbre est celui de sa lettre du 31 août 1955 afin d'obtenir la réhabilitation du metteur en scène Vsevolod Meyerhold, fusillé en février 1940 par la police politique de Staline. Sofronitsky a envoyé cette lettre au procureur général en charge du dossier.

Vladimir Sofronitsky (lettre du 31/8/1955, citée par Valerij Voskobojnikov, NRMI, volume 4, octobre/décembre 2009, pages 573-574) a écrit:
Vers la fin des années 1920, je ne me souviens pas exactement, à un de mes concerts dans la petite salle du conservatoire de Moscou, V.E. [Vsevolod] Meyerhold était présent. Après le concert, il est venu me voir dans ma loge, où pour la première fois nous avons ainsi été présentés.

V.E. Meyerhold était à l'époque au faîte de sa gloire -- il était désormais Artiste méritant de la Russie fédérale, et son appréciation de mes interprétations, alors que j'étais un jeune pianiste à ses débuts, m'a beaucoup enthousiasmé. C'est alors que notre relation a commencé. V.E. Meyerhold venait souvent à mes concerts. En lui, m'attiraient toujours l'extraordinaire feu créatif et l'amour profond de la musique. Mais mon intérêt particulier pour la personnalité de Meyerhold consistait dans son admiration pour la musique de Scriabine, et dans le fait qu'il n'avait jamais manqué aucun de ses concerts. Scriabine était un de mes compositeurs préférés et, étant donné que je ne l'ai jamais entendu jouer, je demandais toujours à V.E. Meyerhold de me parler de lui. Dans le théâtre de Meyerhold, je me présentais rarement, car, parmi tous les arts, le théâtre précisément a toujours été, pour moi, le plus éloigné.

Tout au long de ma relation avec V.E. Meyerhold, je n'ai jamais rien ressenti de sa part qui aurait pu susciter en moi le moindre doute à son sujet en tant que véritable homme soviétique, et aurait pu affaiblir ma confiance en lui.
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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Mer 16 Jan 2013 - 22:54

Scherzian a écrit:
[...] Si le tuyau « publie » le cahier complet des Préludes, opus 11, constitué de la même façon que pour les Études, opus 8, j'en parlerai ici, parce qu'il est aussi fabuleux.
C'est fait (depuis mai 2012, en réalité...) : les Vingt-quatre Préludes de l'opus 11 de Scriabine, dans l'interprétation de Vladimir Sofronitsky, sont disponibles dans le tuyau, à l'adresse suivante :

/watch?v=ZT9Fs3QbwUs

Comme pour les Études, opus 8, les dates et les lieux d'enregistrement sont assez hétérogènes (n°1 à n°13 : en studio à Moscou probablement en 1951 ; n°14 : en public à la salle Maly du conservatoire de Moscou le 11 juin 1954 [un récital prodigieux, assez difficile à trouver en dehors du disque compact Vista Vera VVCD-00218] ; n°15 à n°17 : en studio à Moscou probablement en 1951 ; n°18 : en public au Musée Scriabine à Moscou entre 1950 et 1959 [impossible à trouver en dehors de cette version] ; n°19 à n°21 : en studio à Moscou probablement en 1951 ; n°22 : en studio à Moscou entre 1950 et 1960 ; n°23 et n°24 : en public à la salle Maly du conservatoire de Moscou le 2 février 1960). Le cahier complet de l'opus 11, ainsi constitué, avait été publié sur disques vinyles par Melodiya dans la série des « Enregistrements complets » (volume 10, numéro de catalogue M10 45937/48 009). Sur disques compacts, je pense que la seule réédition complète reste à ce jour celle réalisée par Le Chant du monde, numéro de catalogue LDC 278765, une publication admirable à tous les points de vue, où ce cahier de Préludes est couplé à l'édition intégrale des Études, opus 8, dont on a parlé plus haut dans le fil. Ce disque compact est épuisé depuis longtemps, mais il est possible d'en trouver sporadiquement des exemplaires d'occasion ; c'est un des plus beaux disques consacrés au pianiste.

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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Dim 3 Fév 2013 - 2:58

Effectivement je suis l'heureux possesseur de ce disque des 12 études et 24 préludes et je dois dire que je n'ai jamais autant écouté un cd de ma vie. Si les 12 études à la suite sont un plaisir à écouter que dire des 24 préludes... C'est incroyable. Je crois que chez Denon, il y en a un avec beaucoup de préludes op.11 il doit en manquer peut être 2 sur les 24, je n'ai pas en tête la référence. Pour tout amateur de Scriabin, il faut à tout prix posséder ce cd, et non posséder ce cd à tout prix.
Car pour ma part j'ai constitué une grande partie de la collection, maintenant importante à partir de la bibliothèque, je ne saurai que trop vous conseiller de vous connecter au réseau des bibliothèques et de consulter les cd disponibles, vous seriez surpris.
J'y ai trouvé ce magnifique cd ainsi que des Arlecchino avec notamment les études symphoniques (difficile à obtenir) qui sont magnifiques, d'ailleurs je recherche le Denon avec ces études, qui selon Scherzian est de meilleure facture je crois, merci de me prévenir, si quelqu'un le possède.
Pour les habitants de Paris, il y a les 24 préludes et 12 études à la bibliothèque. Il n'y a pas grand chose de plus beau que ces 24 préludes à la suite.
C'est presque un cd sacré, il permet également pour les non initiés d'accéder à quelque chose d'encore plus fort qui est les sonates et notamment la 9ème.
J'ai mis beaucoup de temps a l'apprécier, c'est une musique difficile, je m'entraînais presque quotidiennement à l'écouter une fois et au bout de quelques mois j'ai trouvé cela magnifique, et j'ai commencé à comprendre.
Il faut dire que Sofronitsky aide vraiment à cela.
Je pense que suivre l'ordre des opus dans Scriabin est intéressant pour arriver progressivement à véritablement apprécier les dernières œuvres atonales. Par exemple op.11, op.13, poèmes, etc... De même avec les sonates, même si il y'a un vrai fossé à partir de la 3ème.
Et malheureusement peu de plaisir après si vous allez à un concert avec de la musique de Scriabin, le son ne sera jamais le même. Et je dois dire que cela revient au fait que ce n'est pas Sofronitsky qui joue mais aussi beaucoup des pianos actuels sont bourrés d'harmoniques, c'est très difficile à réduire en jouant, la pédale à devenir comme une bouteille de coca secouée... Ça explose très vite des qu'on lève le pied, ce n'est plus possible avec les pianos actuels d'avoir de tels sons, ce piano sec sur lequel Sofronitsky joue, ça n'existe quasiment plus. C'est à prendre en compte.
Je conseille également un autre pianiste de la même veine en tout cas dans les études op.8 Ginzburg, il a également le sens, il est également pas reconnu à la hauteur de son talent. Vraiment à écouter dans Scriabin, il est excellent dans à peu près tout mais dans Scriabin j'ai été très surpris, c'est très beau. J'aime beaucoup Rosa Tamarkina, j'ai lu son nom dans la page, j'aime beaucoup cette pianiste et son enregistrement du 2ème concerto de Rachmaninov est un des plus beaux que j'ai entendu, le premier mouvement est extraordinaire en étant capable de réussir ce qu'il y a de plus difficile avec une dextérité incroyable avant d'écorcher sauvagement quelques secondes après dans un lento. À écouter.
Je rejoins souvent Scherzian, notamment pour les nocturnes et celui en do mineur, ou il est très intéressant de comparer sa version a celle des autres, je crois que ça résume en musique toute ce qui caractérise Sofronitsky, par contre les ballades, je ne suis pas d'accord, elles sont magnifiques, la première est miraculeuse, le sens, le rubato, le toucher, sa main gauche, et une coda inimitable, quasiment sans pédale... Hallucinante, la plus belle coda et ballade que j'ai entendue... Incroyable.
La 4ème est aussi très belle mais les 2 premières mesures sont ratées, il avait peut être un train à prendre, mais elles sont expédiées à la volée sans but, ni volonté, c'est incroyable de faire cela aussi mal...(cela me fait penser à un ami qui avait lu quelque chose et disait que Gould faisait n'importe quoi dans Beethoven pour montrer à quel point il n'aimait pas cette musique.. Je n'ai jamais compris, je lui répondais, pourquoi la jouait t'il?)
À part ces 2 premières mesures, la suite est comme toujours magnifique.
Dans la 4ème ballade il est difficile de faire ce que Richter a accompli (enregistrement live à Prague)
J'ai également le cd d'Arbiter, je confirme il est vraiment bien travaillé, bien pensé, il faut dire que chez Arbiter ils n'en n'ont sorti qu'un.. Ils ont pris leur temps contrairement à Vista Vera.
Sur cet album on remarque que ce n'est pas que le piano est désaccordé mais bien pire, c'est que les 3 cordes qui forment 1 touche ne sont pas à l'unisson, et c'est bien bien pire. Un piano désaccordé, ça ne s'entend que très peu en général, il se désaccorde de façon homogène 442Hz,440Hz... sauf cas extrême, négligeance, mais quand c'est choquant comme ça, c'est différent.
D'ailleurs cela provoque l'impression d'être sur un bateau qui tangue, c'est tout à fait étonnant comme sentiment. Cela m'étonnera toujours qu'au conservatoire il n'ai pas eu d'accordeurs qui règlent les instruments avant une représentation.
Toujours est il que le travail de restauration des bandes sonores est admirable sur cet album Arbiter, disponible également sur iTunes.
Pour ma part j'ai l'intégrale de Vista Vera mais il me manque sur le dernier volume au musée Scriabin le 8, quelqu'un le possède t'il? Comment est il? Il me manque des Denon, quelques éditions russes, et des Arlecchino que je recherche, je dois avoir à ce jour à peu près 40 cd, je vais essayer d'acheter un disque dur en cas de coup dur, je ne voudrai pas tout perdre. À ce propos, quel est le meilleur encodage? Je transfère en Apple lossless.. Je songe stocker les albums en waw/aiff ou ape et en Apple pour les écouter sur iTunes?
Comme les bandes sont souvent en mauvais état, je voudrai ne pas les abîmer davantage.
Je possède la 2 ème sonate par Sofronitsky tirée du vinyle ainsi que la 6ème, c'est le même album, la 2ème sonate est magnifique, elle dure 11:27, le son est moyen, saturé mais ça reste magnifique, je l'écoute en ce moment. C'est vraiment du son brut. Je pense que Vista Vera les éditera d'ici peu en espérant qu'ils feront un travail de restauration digne de chez Arbiter.
J'ai également la marche funèbre de la première, quel dommage de n'avoir que le premier mouvement, est il certain qu'il n'ait jamais enregistré la totalité, étant donné que la plupart des enregistrements proviennent d'amateurs?
J'ai lu que quelqu'un trouvait Sofronitsky pas très bien quand il jouait Schubert, je trouve cela faux en tout cas pour ce qui est des impromptus et moments musicaux, c'est magnifique, pour moi, cela fait partie de ce que je préfère, c'est raffiné, équilibré, réfléchi avec des nuances comme d'habitude uniques, je ne parlerai pas des sonates, je n'aime pas beaucoup les sonates de Schubert, trop de reprises.
Dans Debussy, cela pourrait être vraiment bien mais comment écouter de la musique impressionniste sur un piano sec et désaccordé, je regrette qu'il n'ait jamais enregistré les jeux d'eau à la villa d'Este qui est une des plus belles et difficiles œuvres de Liszt, comme je regrette ne jamais l'avoir entendu joué Bach, avec son sens de la main gauche, des contre chants cela aurait pu être vraiment intéressant, dommage.
Félicitations pour tout ce qui été écrit, ça été passionnant de tout lire et relire.
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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Lun 11 Fév 2013 - 1:36

Swinging Pool a écrit:
[...] Je crois que chez Denon, il y en a un avec beaucoup de préludes op.11 il doit en manquer peut être 2 sur les 24, je n'ai pas en tête la référence.
Oui, c'est un des deux derniers disques de la série originelle publiée par Denon : volume n°14, numéro de catalogue COCQ-83286, réédité par la suite sous le numéro de catalogue COCQ-83971. Dans l'opus 11, il manque le n°14 (dont il existe pourtant un enregistrement en studio le 28/8/1945, disponible sur Denon COCO-80189 ; Le Chant du monde utilise l'enregistrement en public du 11/6/1954 et il existe trois autres enregistrements en public, tous au Musée Scriabine, mais dont aucun n'est publié), le n°18 (qui existe uniquement en public au Musée Scriabine et dont le seul enregistrement publié, daté de 1950-1959 sans plus de précision, est utilisé par Le Chant du monde), le n°23 (qui existe uniquement en public, au Musée ou au Conservatoire ; Le Chant du monde utilise l'enregistrement du 2/2/1960 à la petite salle du Conservatoire) et le n°24 (idem). Les deux derniers volumes de la série Denon sont consacrés à des enregistrements en studio : c'est pour ça que le cahier n'est pas complet sur ce disque (le n°14 avait été publié initialement sur 78 tours, d'où sa présence sur Denon COCO-80189).

Citation :
J'y ai trouvé ce magnifique cd ainsi que des Arlecchino avec notamment les études symphoniques (difficile à obtenir) qui sont magnifiques, d'ailleurs je recherche le Denon avec ces études, qui selon Scherzian est de meilleure facture je crois, merci de me prévenir, si quelqu'un le possède.
Je l'ai... Embarassed Le disque Denon qui contient les Études symphoniques, et d'ailleurs tout le récital Schumann du 18/11/1959 à la petite salle du Conservatoire de Moscou, est le volume COCQ-83673/4 (numéro de catalogue dans la série originelle : COCO-80074/5). J'ai le volume Arlecchino qui contient les Études (Arlecchino ARL 39) ; je trouve que ce disque Arlecchino n'est pas mauvais du tout (par la suite, dans leur série, ils se mettront à filtrer beaucoup plus les fréquences élevées), mais il est assez coloré, en particulier vers 7kHz, et au total je préfère nettement la réédition par Denon. D'ailleurs, tout le récital est bien capté, je trouve, à part de petites blessures comme les premières secondes du premier mouvement de la Fantaisie et un bref passage dans le thème des Études.

S'il s'agit surtout des Études symphoniques, il existe aussi, en dehors des disques Arlecchino (ARL 39) et Denon (COCO-80074/5 = COCQ-83673/4), une très bonne réédition par Classound (CLAS 2003-008) qui est à mon avis du niveau de Denon. En ce qui concerne Denon, on peut encore trouver certains volumes chez les vendeurs japonais qui expédient à l'étranger, comme par exemple CD Japan ou HMV Japan, mais c'est vrai qu'il vaut mieux se dépêcher, parce que même la réédition des années 2003-2006 commence à s'épuiser. Comme solution de repli, je connais l'adresse HTTP d'un site russe fiable qui, si ma mémoire est bonne, doit avoir pour le moment un ou deux exemplaires d'occasion du boîtier Denon COCO-80074/5 « originel ». En ce qui concerne le disque Classound (CLAS 2003-008), je crois qu'on le trouve facilement via des vendeurs russes renommés sur eBay.

Citation :
Je rejoins souvent Scherzian, notamment pour les nocturnes et celui en do mineur, ou il est très intéressant de comparer sa version a celle des autres, je crois que ça résume en musique toute ce qui caractérise Sofronitsky, par contre les ballades, je ne suis pas d'accord, elles sont magnifiques, la première est miraculeuse, le sens, le rubato, le toucher, sa main gauche, et une coda inimitable, quasiment sans pédale... Hallucinante, la plus belle coda et ballade que j'ai entendue... Incroyable.
La 4ème est aussi très belle mais les 2 premières mesures sont ratées, il avait peut être un train à prendre, mais elles sont expédiées à la volée sans but, ni volonté, c'est incroyable de faire cela aussi mal... (cela me fait penser à un ami qui avait lu quelque chose et disait que Gould faisait n'importe quoi dans Beethoven pour montrer à quel point il n'aimait pas cette musique... Je n'ai jamais compris, je lui répondais, pourquoi la jouait t'il?)
À part ces 2 premières mesures, la suite est comme toujours magnifique.
Dans la 4ème ballade il est difficile de faire ce que Richter a accompli (enregistrement live à Prague)
À propos des Ballades, on en a parlé avec quelques autres membres du forum, dans un fil discographique consacré à Chopin, et j'ai mis pas mal de vin dans mon eau, si j'ose dire, surtout pour la Première et la Troisième (l'opus 47 a été enregistré trois fois, en studio le 3/8/1951 et en public le 28/1/1952 et le 22 ou 28/10/1960 ; j'ai l'impression que chaque interprétation est meilleure que la précédente). J'ai encore du mal avec la Quatrième, pour des raisons agogiques.

Citation :
J'ai également le cd d'Arbiter, je confirme il est vraiment bien travaillé, bien pensé, il faut dire que chez Arbiter ils n'en n'ont sorti qu'un... Ils ont pris leur temps contrairement à Vista Vera.
Vista Vera a édité en très peu de temps ses huit volumes au Musée, c'est vrai, mais le travail de restauration des bandes au Musée a commencé au moins en l'an 2000, et je ne suis pas certain qu'il soit achevé aujourd'hui. Il y a un article de Tamara Badeyan sur le travail de restauration des bandes du Musée, publié dans l'ouvrage collectif de souvenirs relatifs au pianiste, aux éditions Klassika-XXI. L'article a été traduit presque intégralement par Valerij Voskobojnikov, en italien, dans la revue Nuova Rivista Musicale Italiana (n°4 octobre/décembre 2009, pages 568-571). Cette série par Vista Vera est au point mort depuis plus d'un an, avec le risque qu'il n'y ait pas de publication supplémentaire des enregistrements qui ont été effectués au Musée, malheureusement...

De son côté, Arbiter a acquis, je crois, des droits de publication pour de nombreux autres enregistrements effectués au Musée. Je me souviens avoir lu quelque part (soit dans un groupe de discussions sur Usenet, soit dans un groupe d'amateurs de piano hébergé par Yahoo) que Allan Evans, le fondateur d'Arbiter, a parlé d'un récital Schumann complet au Musée, et de nombreuses autres bandes. C'est clair que le rythme de publication est beaucoup plus lent chez Arbiter, mais la qualité technique de leurs éditions est exceptionnelle, avec tout le spectre et aucun filtrage. L'idéal, ce serait d'avoir, grâce à Arbiter, ce qui n'a pas encore été publié par Vista Vera : pour le moment, leurs publications respectives ne se chevauchent en effet pas du tout, sauf pour la Sonate opus 66 enregistrée le 24/12/1960 au Musée. Ce serait l'idéal, mais je reconnais que mon hypothèse relève de la spéculation ou du vœu pieux... J'ai compté près de 220 enregistrements jamais publiés sous aucune forme, des œuvres de Blumenfeld, Chopin, Glazounov, Liadov, Liszt, Medtner, Rachmaninov et Scriabine, dont plusieurs œuvres qui constitueraient des inédits dans sa discographie.

Citation :
Sur cet album on remarque que ce n'est pas que le piano est désaccordé mais bien pire, c'est que les 3 cordes qui forment 1 touche ne sont pas à l'unisson, et c'est bien bien pire. Un piano désaccordé, ça ne s'entend que très peu en général, il se désaccorde de façon homogène 442Hz,440Hz... sauf cas extrême, négligence, mais quand c'est choquant comme ça, c'est différent.
D'ailleurs cela provoque l'impression d'être sur un bateau qui tangue, c'est tout à fait étonnant comme sentiment. Cela m'étonnera toujours qu'au conservatoire il n'ai pas eu d'accordeurs qui règlent les instruments avant une représentation.
Les accordeurs du Conservatoire ne venaient pas forcément accorder le Bechstein du Musée avant les concerts là-bas. Mais l'instrument du Musée était bel et bien accordé avant chaque récital. Le problème, comme le rapporte Igor Nikonovitch qui y était chaque fois ou presque, c'est que les réglages ne « tenaient » pas toute la durée du récital. Le pianiste disait de cet instrument qu'il avait dû être exceptionnel du temps de Scriabine, mais qu'il avait déjà eu deux infarctus. Durant un récital complet comme celui du 7/3/1956 (Vista Vera VVCD-00224), on se rend bien compte que les réglages de l'instrument « dérapent » de plus en plus tandis que le récital progresse ; le premier mouvement de la Sonate D960 de Schubert qui ouvrait le récital, par exemple, est tout à fait acceptable sur le plan du piano, et à mon avis miraculeux pour ce qui est du jeu du pianiste.

Citation :
Pour ma part j'ai l'intégrale de Vista Vera mais il me manque sur le dernier volume au musée Scriabine le 8, quelqu'un le possède t'il? Comment est il?
J'ai ce volume n°8 (Vista Vera VVCD-00233). Comme les autres volumes de la série, il est sévèrement filtré dans les fréquences élevées, un peu comme si on avait appliqué un filtre passe-bas. Les timbres s'en ressentent bien sûr beaucoup, de même que l'acoustique de la salle, qui devient assez artificielle. Je pense bien sûr qu'il est constitué d'enregistrements tous indispensables.

Citation :
Il me manque des Denon, quelques éditions russes, et des Arlecchino que je recherche, je dois avoir à ce jour à peu près 40 cd, je vais essayer d'acheter un disque dur en cas de coup dur, je ne voudrai pas tout perdre. À ce propos, quel est le meilleur encodage? Je transfère en Apple lossless... Je songe stocker les albums en waw/aiff ou ape et en Apple pour les écouter sur iTunes?
Comme les bandes sont souvent en mauvais état, je voudrai ne pas les abîmer davantage.
Je ne connais pas du tout l'environnement Apple, mais si tu transfères tout en lossless il n'y a pas de problème : aucune perte supplémentaire par rapport à l'état actuel des bandes ni par rapport au travail éditorial effectué sur elles. Si c'est du lossless, les algorithmes de compression se valent, à mon avis, sauf sans doute sur le plan du facteur de compression sans perte. De mon côté, je préfère un algorithme et un codec libres comme FLAC : pas pour la gratuité, mais pour la disponibilité du code source ouvert. Pour des questions où la pérennité est un facteur important, je préfère un système libre à un logiciel propriétaire. S'il s'agit de se prémunir contre une perte totale des données, il n'y a pas de meilleure solution que celle de la redondance, à mon avis, éventuellement avec un dispositif RAID ou alors grâce à des copies simultanées sur des technologies différentes.

Citation :
Je possède la 2ème sonate par Sofronitsky tirée du vinyle ainsi que la 6ème, c'est le même album, la 2ème sonate est magnifique, elle dure 11:27, le son est moyen, saturé mais ça reste magnifique, je l'écoute en ce moment. C'est vraiment du son brut. Je pense que Vista Vera les éditera d'ici peu en espérant qu'ils feront un travail de restauration digne de chez Arbiter.
La Deuxième Sonate (enregistrement complet au Musée) est encore inédite sur disque compact. Le disque vinyle Melodiya D19639/40 ne donne pas de date d'enregistrement, je crois, donc 1954-1961 a priori, mais on sait qu'il existe un enregistrement au Musée daté du 12/7/1960 et c'est probablement de celui-là dont il s'agit. Il existe aussi un enregistrement en studio du seul premier mouvement (11/12/1960, dernière session en studio). Pour la Sixième Sonate (disponible uniquement au Musée), c'est encore plus étrange : il existe une édition sur ce même disque vinyle Melodiya D19639/40 (durée 11'25'') et il existe aussi une édition sur le disque compact Vista Vera VVCD-00233 de l'enregistrement du 7/1/1961 (dernier concert au Musée). Je suis à peu près certain que les deux interprétations sont distinctes (d'ailleurs, le minutage me semble difficilement compatible : 12'15'').

Citation :
J'ai également la marche funèbre de la première, quel dommage de n'avoir que le premier mouvement, est il certain qu'il n'ait jamais enregistré la totalité, étant donné que la plupart des enregistrements proviennent d'amateurs?
Ce n'est jamais certain, mais en tout cas je n'ai jamais vu de mention d'un enregistrement complet de la Première Sonate. Détail croustillant : ce mouvement est disponible dans son intégralité sur le disque vinyle Melodiya D19639/40, mais sa seule réédition sur disque compact, à ce jour, chez Classound (CLAS 001-025), omet inexplicablement les trois accords forte de la dernière mesure de ce mouvement, comme si l'éditeur Classound s'était fait piéger par les décisions agogiques du pianiste. Nous sommes maudits... (En fait, c'est le quatrième mouvement.)

Citation :
Dans Debussy, cela pourrait être vraiment bien mais comment écouter de la musique impressionniste sur un piano sec et désaccordé, je regrette qu'il n'ait jamais enregistré les jeux d'eau à la villa d'Este qui est une des plus belles et difficiles œuvres de Liszt, comme je regrette ne jamais l'avoir entendu joué Bach, avec son sens de la main gauche, des contre chants cela aurait pu être vraiment intéressant, dommage.
Il a beaucoup joué la musique de Bach et des œuvres tardives de Liszt vers la fin de sa vie, mais il y a très peu de témoignages enregistrés, voire aucun. En tout cas, j'ai été surpris mais les Jeux d'eau à la villa d'Este ne semblent pas figurer à son répertoire (enregistré ou non). En fait, je ne vois rien dans la Troisième Année, il y a peut-être des informations qui manquent.
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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Ven 15 Fév 2013 - 15:05

Connais tu ce vinyl, je l'ai, il est exceptionnel, j'ai l'image mais je n'arrive pas a la poster, c'est From Archiv (1946 - 1953), il y a toutes les études op.8 et l'opus 11 aussi et quelques autres morceaux, c'est un vinyl russe. si tu ne l'as pas, il faut que tu l'écoutes.
je ne connaissais pas bien l'impromptu Op.12, c'est tres beau.
comment fait on pour poster une image de son ordinateur facilement?
quand j'étais en Russie, on m'a fait visiter le conservatoire Tchaîkovsky, j'y ai pris quelques photos, notamment la grande salle, je voulais la poster, c'est impressionnant, je suis passé devant celle dédiée a Scriabin aussi.
la personne qui était a l'administration etait diplomée du conservatoire, quel gachis de faire de l'administratif quand on peut sans doute jouait si bien.
je n'utilise que tres peu le cd, j'enregistre directement sur iTunes, et j'ai un compte iTunes match, c'est tres pratique, cela coute une 20aine d'euros par an et toute la musique que tu possèdes est stockée sur internet, et tu as acces sur tous les PC, iPhone,iPad... ce qui permet d'y avoir acces ou que tu sois sans les avoir enregistré au préalable, car 40 cd de Sofronitsky + la bible préludes et fugues par Richter + ++ ca fait beaucoup a stocker quand on n'a pas un pc a coté de soi ou que l'on est loin. j'ecoute essentiellement sur iPad avec écouteur ou sur enceintes. Je n'utilise que très peu le support cd, maintenant qu'il existe le systeme du stockage internet je trouve cela pratique, plus que chercher le cd avec le morceau qui m'interesse, j'ai le nom sur les fichiers et pochettes en photos directement sans chercher, et si je voyage, plus besoin de transporter des tas de cd, je fais egalement la meme chose avec les partitions, avant je me cassais le dos a tout prendre, maintenant je stocke en pdf et c'est bien plus pratique.
si ça interesse je peux mettre la sonate 2 copiée du vinyl qui n'est plus édité en telechargement.
oui le Arlecchinno est vraiment bien, pas de saturation mais un souffle constant qui a mon avis est facile a supprimer pour un ingenieur, c'est la meme prise pour Denon?
ces études symphoniques sont magnifiques, tu ne trouves pas? la main gauche, le chant, c'est parfait.... L'étude 3 qu'en penses tu?
c'est d'ailleurs a ce propos que je parlais des regrets de ne pouvoir l'entendre dans Bach...
pour moi Scriabin c'est l'émotion de Chopin avec l'intelligence de Bach, c'est frustrant de n'avoir rien a entendre.
Comme il est frustrant de ne pas l'entendre dans les oeuvres tardives de Liszt qui sont pour moi les plus belles, celle ou Liszt s'est dit que la technique pouvait etre utilisée de facon plus interessante comme dans les jeux d'eaux. Dans les jeux d'eaux de Debussy il est difficile de passer outre Cortot
D'ailleurs quelqu'un parlait de la technique de Sofronitsky dans Debussy, je pense qu'en jouant les jeux d'eaux de Liszt on comprend une grande partie de la technique au piano et de la musique française qui en découle, il ya dans ce morceau les octaves, arpèges, doubles notes, notes répétées, tierces et trémolos.. de quoi se débrouiller dans Ravel et Debussy.
ca reste d'une difficulté énorme car on ne passe pas en force comme dans la sonate de Liszt par exemple, juste regarder Arrau sur Youtube, la perfection. Earl Wild, trop sous estimé a mon goût, a pourtant un son incroyable, malheureusement il arrange la version sans trémolos.. il avait peut être du mal avec le poignet.
Pour terminer sur ce sujet et la technique et celle de Sofronitsky, avant Liszt la technique était tres digitale et horizontale, a partir de Chopin, Liszt et les jeux d'eaux notamment, il y a plus de poignet, bras, de grattage avec les doigts, immobilité des doigts, mouvement de la main, poids du corps... c'est en fait des mouvements naturels pour une musique qui évoque la nature (impressionnisme). pas mal de pianistes professionnels ne les possèdent pas, ca se travaille très lentement de facon décomposée et pendant des heures. Sofronitsky excelle dans cela, on l'entend dans Debussy, les études symphoniques, Méphisto Valse.
N'y a t'il pas un documentaire russe a son sujet avec des vidéos de lui? Quelqu'un l'a t'il vu?
Scherzian, tu connais les dates par coeur ou tu les recherches avant? Je suis impressionné, tu devrais écrire une thèse ou un mémoire sur cela, c'est incroyable, je ne retiens jamais les références des cd ni meme les numeros de préludes.
tu parles d'une version de général Lavine ce n'est pas celle de Vista Vera? j'aime beaucoup ce morceau qui est en plus très agréable a jouer, ou l'as tu trouvé?
Je n'ai pas le Denon que tu cites Denon COCO-80189, ce sont des inédits? juste des pièces courtes de Scriabin?
Au niveau qualité d'écoute le volume consacré a Sofronitsky dans greatest pianists est je pense le meilleur, la sonate 3 apparait limpide.
les Vista Vera ne sont pas très bons mais il garde la spontanéité et un son je pense moins travaillé, plus brut authentique avec la saturation et les soufflements inhérents a l'époque quand même. Quand on écoute les cd d'aujourd'hui, ils passent tous a la machine a laver, j'avais acheter Korobeinikov qui joue Scriabin, il parait que c'est un des meilleurs de ces derniers temps sur Scriabin, c'est fade meme s'il joue bien.
et que dire de Ashkenazy.. L'as tu entendu? c'est d'un ennui, je ne comprends pas, c'est un grand pianiste pourquoi cela diffère autant de Sofronitsky, c'est plat, ennuyeux, sans énergie, sans fausses notes et ennuyeux, pas très spontané , je ne comprends pas.
Tu m'as parlé de classhound mais en terme de réédition sur les sonates ce n'est pas terrible, non? je dis ça parce que leurs sonates sont vraiment mauvaises de qualité, par exemple tu prends la 3 de chez eux et celle de Sony c'est le jour et la nuit, tout le cd est comme ca..
par contre le Denon m'interesse si tu me dis que la qualité est vraiment meilleure. Classhound c'est un live?
Chez Sofronitsky les live sont parfois meilleurs que les versions studios, c'est assez surprenant.

tu ne sais pas s'il est possible d'avoir le dernier mvt de la sonate 3 de Chopin qui est manquante dans Vista Vera au musée?
Pour moi la ballade 3 c'est un peu comme pour toi la 4.
Qu'est ce qui te dérange dans la 4, le morceau ou comme il le joue?
et la coda de la première tu ne trouves pas cela incroyable?
Aujourd'hui tout le monde fait du réchauffé en moins bien de Cortot qui la jouait formidablement en 1950 ou meme Richter mais aujourd'hui stylistiquement ca a plus de sens la façon dont l'interpréte Sofronitsky je trouve, il réinvente bien les morceaux, il a un côté nouvelle vagueque j'aime beaucoup.

Je rejoins ton avis sur Arbiter, mais je pense que que Vista Vera ne lachera pas la collection car mine de rien c'est quand même une mine d'or pour eux, pas énormément de travail de restauration et ils entretiennent soigneusement la rareté pour en développer la richesse, on verra.
ca me fait penser aux chanteurs morts pour lesquels on sort des inédits a chaque commémoration, mais des inédits plus de 50 ans après c'est assez rare.
Dans ta bio, j'ai été assez surpris d'apprendre que quelques mois avant son décès il continuait tout de même a jouer en concert..
Dans les 220 enregistrements inédits, qu'est ce qu'il y a de très interessant? pour Chopin et Liszt? Méphisto Valse 1? sonates de Chopin en entier?
Tu parlais d'enregistrements a radio Vatican, peut on se les procurer?
Quand je te parlais de la 2ème sonate de Scriabin, elle vient du vinyl melodya qui est copié en fichier, j'ai les fichiers du vinyl en quelques sorte, ainsi que la marche funèbre, oui effectivement c'est le dernier mouvement, je me suis trompé. D'ailleurs existe t'il des sonates avec des marches funèbres au premier mvt, je ne pense pas.
si tu es interessé, je pourrais te passer la 2ème sonate si tu ne l'as possèdes pas, le volume sonore n'est pas tres important, mais le dernier mvt est a ecouter.
J'avais découvert Sofronitsky en cherchant différentes versions de la sonate de Dante, et quand j'ai écouté sa version, c'était pour moi la plus belle, j'étais vraiment etonné d'entendre quelque chose d'aussi beau, aussi fort.. joué par un pianiste moins connu que d'autres et pourtant beaucoup plus intéressant.

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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Ven 22 Fév 2013 - 20:03

Swinging Pool a écrit:
Connais tu ce vinyl, je l'ai, il est exceptionnel, j'ai l'image mais je n'arrive pas a la poster, c'est From Archiv (1946 - 1953), il y a toutes les études op.8 et l'opus 11 aussi et quelques autres morceaux, c'est un vinyl russe. si tu ne l'as pas, il faut que tu l'écoutes.
je ne connaissais pas bien l'impromptu op.12, c'est tres beau.
comment fait on pour poster une image de son ordinateur facilement?
Ce titre, From Archiv (1946-1953), me dit quelque chose, mais je n'ai pas réussi à retrouver son numéro de catalogue. De toute manière, pour les cahiers complets de l'opus 8 et de l'opus 11, ça doit être identique au disque compact Le Chant du monde LDC 278765, n'est-ce pas ? J'ai aussi le repiquage du volume 10 des « Enregistrements complets », Melodiya M10 45937/48 009. Melodiya a aussi édité l'opus 11 complet, avec d'autres Préludes (extraits des opus 17, 27, 33, 39 et 48) et quatre Études (extraites de l'opus 42), sur le disque vinyle isolé D016907/8, que je ne connais pas. Je n'ai pas retrouvé d'informations équivalentes au sujet des Études de l'opus 8.

Sofronitsky n'a pas beaucoup enregistré les Impromptus de Scriabine (ni joué, si on en croit son répertoire), mais ceux dont on dispose sont exceptionnels, l'opus 12 n°2 et l'opus 14 n°2. On les trouve par exemple sur le disque compact Denon COCQ-83286 = COCQ-83971.

Pour poster des images, je ne pense pas que ce soit possible directement à partir de l'ordinateur vers un forum : il faut d'abord les héberger via un intermédiaire. Il suffit d'ouvrir un compte gratuit sur un système de partage d'images (j'en ai un sur ImageShack, par exemple), puis d'envoyer l'image en question de l'ordinateur vers ce système. Quand l'opération est terminée, le système indique le lien vers l'image, qu'on peut alors utiliser ensuite sur un forum. En pratique, il suffit de placer le lien en question entre les balises {img} et {/img}, en remplaçant les accolades par des crochets.

Citation :
quand j'étais en Russie, on m'a fait visiter le conservatoire Tchaîkovsky, j'y ai pris quelques photos, notamment la grande salle, je voulais la poster, c'est impressionnant, je suis passé devant celle dédiée a Scriabin aussi.
Quand tu étais en Russie, as-tu eu l'occasion de visiter aussi (voire d'en prendre une photographie) la petite salle du conservatoire de Moscou ? Celle qu'ils appellent ou appelaient salle Maly ? À partir de 1955 à peu près, c'est surtout dans cette salle Maly qu'ont eu lieu les récitals de Sofronitsky ; avant cette date, il jouait plus volontiers dans la grande salle.

Citation :
si ça interesse je peux mettre la sonate 2 copiée du vinyl qui n'est plus édité en telechargement.
Attention avec les enregistrements du Musée, comme par exemple la Deuxième Sonate complète de Scriabine. Je ne suis pas sûr de sa date d'enregistrement exacte, même si c'est probablement le 12 juillet 1960, mais ce qui importe c'est la date de la première publication de l'enregistrement en question. Dans le cas de la Deuxième Sonate de Scriabine, le disque vinyle Melodiya D19639/40 a été publié, je crois, en 1967 pour la première fois. Ça veut dire que l'enregistrement n'est pas encore libre de droits voisins, bien que cette œuvre soit libre de droits elle-même. On ne peut pas le poster comme ça librement, pas avant cinq ans dans le meilleur des cas.

La Deuxième Sonate a été postée dans Youtube, mais en pièces détachées (un fichier par mouvement) ; la technique de repiquage n'était pas mauvaise.

Citation :
oui le Arlecchino est vraiment bien, pas de saturation mais un souffle constant qui a mon avis est facile a supprimer pour un ingenieur, c'est la meme prise pour Denon?
ces études symphoniques sont magnifiques, tu ne trouves pas? la main gauche, le chant, c'est parfait.... L'étude 3 qu'en penses tu?
Pour les Études symphoniques de Schumann, oui c'est la même prise qu'on trouve sur Arlecchino (ARL 39), sur Denon (COCO-80074/5 = COCQ-83673/4) et sur Classound (CLAS 2003-008). Arlecchino à partir du repiquage d'un vinyle, Denon et Classound à partir des bandes (Denon sous licence de la Radio Ostankino).

La Troisième Étude... Ah ! Le chant très profond dans le médium à la main gauche, avec des phrases à perte de vue et gorgées d'une couleur rembrunie, le soutien harmonique plus rugueux dans l'extrême grave, et la main droite qui ne fait qu'effleurer, telle un archet, les triples croches en pizzicato dans l'aigu, qu'il semble considérer, avant la reprise, comme une texture en dessous de laquelle le chant médium ou grave vient se poser. En revanche, la main droite expose une texture toute différente pendant les quatre premières mesures après la reprise, une texture beaucoup plus acérée, avec un crescendo très tendu et un sforzando mordant à chaque mesure. Cette manière de rééquilibrer les voix dans la Troisième Étude, au profit du bas médium, et de considérer le jeu de la main droite (sauf les quatre mesures en question, juste après la reprise) comme une texture en soi et non comme une suite de notes, c'est assez rare, mais je pense que c'est ici un bon exemple de l'influence que Cortot a pu exercer sur Sofronitsky dans la musique de Schumann, en particulier à l'image de l'enregistrement le plus tardif des Études symphoniques par Cortot en 1953.

Dans les Études symphoniques, j'aime beaucoup également l'enchaînement prodigieux des Études VI (Agitato) et VII (Allegro molto), et le rapport établi entre elles deux et les Études (ou Variations) posthumes II et V. La Variation posthume II contient, en son centre (aux mesures M9-M12, à peu près), un autre exemple de ces longues phrases magiquement suspendues dans le registre médium ou grave, avec une incursion très brève, même pas une mesure entière, dans la lumière ciselée de l'aigu. Du point de vue agogique aussi, c'est renversant, et il ne cesse de doser en outre l'intensité relative afin de colorer les phrases. La Variation posthume V, ce n'est plus du piano, c'est de la magie. De toute manière, tout est bouleversant dans ces Études symphoniques, à commencer par la gestion agogique et la variété et le raffinement des textures.

Citation :
[...] Pour terminer sur ce sujet et la technique et celle de Sofronitsky, avant Liszt la technique était tres digitale et horizontale, a partir de Chopin, Liszt et les jeux d'eaux notamment, il y a plus de poignet, bras, de grattage avec les doigts, immobilité des doigts, mouvement de la main, poids du corps... c'est en fait des mouvements naturels pour une musique qui évoque la nature (impressionnisme). pas mal de pianistes professionnels ne les possèdent pas, ca se travaille très lentement de facon décomposée et pendant des heures. Sofronitsky excelle dans cela, on l'entend dans Debussy, les études symphoniques, Méphisto Valse.
N'y a t'il pas un documentaire russe a son sujet avec des vidéos de lui? Quelqu'un l'a t'il vu?
Au sujet de la technique pianistique de Sofronitsky, c'est dommage que même les plus grands pédagogues et pianistes russes de l'époque n'en aient finalement pas beaucoup parlé dans leurs articles (Heinrich Neuhaus, Stanislav Neuhaus, Victor Merzhanov, Lev Naumov, Vera Gornostaïeva, Oleg Boshniakovich, Maria Yudina, Lev Oborine, Yakov Zak, Dmitry Bashkirov, Lazar Berman, Sviatoslav Richter, Igor Nikonovich). C'est sans doute dû au fait qu'ils considéraient les aspects techniques comme un préalable ; même eux s'attachaient beaucoup plus à la puissance émotionnelle de ses récitals qu'à la description de sa technique pianistique. (Dans le cas des articles signés par Heinrich Neuhaus et par Stanislav Neuhaus, c'est frappant.) Peut-être que quelques notes à propos de son professeur à Leningrad, Leonid Nikolaïev, sont un bon point de départ :

Valerian Bogdanov-Berezovsky (trad. Emily White, p. 110) a écrit:
[Leonid Nikolaïev] was a musician-performer, a composer-thinker, an intellectual with a cultured range of interests. [...] He did not originate a school in the specific sense of some unique, narrow professional direction. He formed and educated a broad aesthetic trend in the sphere of the pianistic art. And this was corroborated by the differing and even opposing creative individualities of his pupils.
Arnold Alshvang (trad. Emily White, p. 111) a écrit:
The best pedagogical achievements of Leonid Nikolaïev depended intrinsically on the theory of "weight" playing, which he had deeply internalized and uniquely reformed. [...] His school, devoid of any eclecticism or dilettantism, made for the successs of artists of a powerful, monumental type. Nikolaïev carried out his fine, intelligent analysis of the text in order to bring about fresh interpretations of classics and contemporary works. Always true to his principles, Nikolaïev may be called a rationalist of piano pedagogy. But rationalism, that is, conscious subordination of the pianistic activity to one's sense of judgment, the rejection of any unjustified subjectivity from the performer's sphere, never drove Nikolaïev to anti-artistic results. He preserved a wise balance between the demands of science and an artistic sense of proportion.
Luigi Schiavon (trad. Emily White, p. 24-25) a écrit:
In order to set a portrait of Sofronitsky within its appropriate framework, it must be remembered that in the Russia of the 1940s there were two important schools of teaching in competition with each other: the Muscovite group, represented, apart from the mythical [Alexander] Goldenweiser and [Heinrich] Neuhaus, by [Konstantin] Igumnov and [Samuil] Feinberg, and that of St. Petersburg, represented principally by [Leonid] Nikolaïev and his student [Pavel] Serebryakov. Years ago, during an interview, [Emil] Gilels commented on the St. Petersburg school: "The school employed a very special technique... In any case, both Sofronitsky and Yudina were pianists of such stature that they cannot strictly be considered members of that school... We Muscovites always regarded the pupils of Nikolaïev with a certain degree of amusement.
À partir de là, pour voir ce que Sofronitsky a fait de ses années d'études auprès de ses professeurs principaux (Anna Lebedeva-Getsevich, Alexander Michalowsky, Leonid Nikolaïev), je n'ai lu que très peu de témoignages. Le même Luigi Schiavon a rédigé un paragraphe quelque peu technique suite à l'écoute de divers enregistrements (des sonates de Scriabine éditées par Le Chant du monde et des œuvres de Schubert et de Schubert/Liszt éditées par Harmonia Mundi) :

Luigi Schiavon (trad. Emily White, p. 25-26) a écrit:
From these recordings and others (of Chopin, for example, or of Scriabin's Preludes and Studies) emerges a vision of the artist equally distant from the usual cliché of the Russian performer of sweeping impetus and sonorous strength (à la Gilels) as from its opposite, of the coloristic virtuosity and vertiginous velocities of a Lhévinne. At the same time, it seems that Sofronitsky's style of playing rejected the principle of clean articulation and decisive release of the fingers from a motionless hand, one of the ideas upon which Nikolaïev based his teaching. Such a method can be traced to Leschetizky, and indeed, if applied to the letter, produces a notable clarity in musical articulation as well as a penetrating sound which is at times slightly cutting, as one can well hear in the performances of Yudina. Instead, to obtain his characteristic vivid, velvety tone so rich with harmonics, Sofronitsky was obliged to minimize his articulation by using slightly elongated fingers, instinctively preferring the weight of the hand to that of the arm when he wanted to color the melody in a particular way (which is to say, nearly always).
Il y a en effet un documentaire russe à son sujet, réalisé par Andreï Konchalovsky en 2007 dans sa série « Génies ». Je ne l'ai jamais vu. Je doute fort qu'il y ait des vidéos avec Sofronitsky, mais ce serait très utile sur ce plan, c'est vrai. Dans sa famille, je crois qu'aucun film de ce genre n'a été tourné ; sa fille aînée doute, semble-t-il, que des vidéos de ce genre puissent exister. En revanche, il n'est pas totalement exclu qu'il reste des traces vidéos de la « tournée sur commande » à Potsdam en 1945 avec Staline, puisque quelques bandes qui y ont été tournées sont déjà connues. Du côté de la documentation audio, il nous reste surtout les trois leçons qu'il a données à deux de ses anciens élèves, Nina Feigina-Kalinenko et Pavel Lobanov, autour du Poème opus 32 n°1 (avec Pavel Lobanov) et des Préludes opus 11 n°4 et n°5 (avec Nina Feigina-Kalinenko) de Scriabine. C'est grâce à Pavel Lobanov que ces bandes ont été enregistrées et ensuite préservées ; leur édition, chez Prometheus en 2002, propose la transcription détaillée en anglais des propos échangés avec ses élèves.

Swinging Pool a écrit:
Scherzian, tu connais les dates par coeur ou tu les recherches avant? Je suis impressionné, tu devrais écrire une thèse ou un mémoire sur cela, c'est incroyable, je ne retiens jamais les références des cd ni meme les numeros de préludes.
Il y a quelques dates que je retiens par cœur, à force, mais sinon, la plupart du temps, je les recherche dans la discographie.

Citation :
tu parles d'une version de général Lavine ce n'est pas celle de Vista Vera? j'aime beaucoup ce morceau qui est en plus très agréable a jouer, ou l'as tu trouvé?
Si, c'est bien de la version publiée par Vista Vera (VVCD-00218) que je parlais. C'est un enregistrement du 11 juin 1954 à la petite salle du conservatoire de Moscou : sûrement un de ses plus magnifiques récitals. Sinon, il existe aussi un enregistrement au Musée Scriabine le 31 mai 1956 (Vista Vera VVCD-00210).

Citation :
Je n'ai pas le Denon que tu cites Denon COCO-80189, ce sont des inédits? juste des pièces courtes de Scriabin?
Les deux disques Denon COCO-80188 et COCO-80189 étaient consacrés à la réédition de presque tous ses disques publiés initialement à l'époque des 78 tours. Ce ne sont pas des inédits, mais ce qu'ils contiennent est en général introuvable ailleurs. On y trouve des œuvres de Chopin, Goltz, Liadov, Liszt, Medtner, Prokofiev, Rachmaninov, Schumann et Scriabine. Les enregistrements ont été faits entre juin 1937 et juillet 1950 ; ils sont assez bruités, mais c'est la certitude d'avoir le spectre complet et le respect maximal des timbres. Ces deux disques sont épuisés, non réédités et plutôt difficiles à trouver, surtout le COCO-80189.

Citation :
Tu m'as parlé de Classound mais en terme de réédition sur les sonates ce n'est pas terrible, non? je dis ça parce que leurs sonates sont vraiment mauvaises de qualité, par exemple tu prends la 3 de chez eux et celle de Sony c'est le jour et la nuit, tout le cd est comme ca..
Le Classound avec des sonates de Scriabine, c'est le Classound rouge (CLAS 001-025). C'est le moins bon volume de leur série de six disques compacts, mais je trouve que c'est parfois eux qui ont le mieux réédité les bandes qu'ils ont choisies pour leur disque de sonates. Par exemple, la Troisième Sonate qu'on trouve sur le Classound rouge est celle de Leningrad le 30 janvier 1952 ; cette réédition est bien meilleure que celles par Arlecchino (ARL 31) et par Vista Vera (VVCD-00198), je trouve. Idem pour la Quatrième Sonate. Pour la Cinquième Sonate (8 juin 1958), je préfère bien sûr Denon, mais c'est tout ce récital qui a été assez mal enregistré dès le départ. Idem pour la Huitième Sonate et pour la Neuvième. Leur réédition de la Dixième Sonate (8 janvier 1960) ne démérite pas vraiment par rapport à celle effectuée par Denon, à mon avis.

La comparaison avec la Troisième Sonate rééditée par Philips (je ne connais pas d'édition de Sofronitsky par Sony ?) n'est pas vraiment un argument contre Classound, je trouve. Classound a réédité un live qui était déjà, à l'origine, assez précaire (30/1/1952), et s'en est assez bien sorti, si on compare avec les rééditions concurrentes chez Arlecchino et Vista Vera, tandis que Philips a choisi le plus récent des deux studios et le meilleur sur le plan de la technique d'enregistrement (12/9/1958). Mais je suis d'accord que le travail de Philips sur l'enregistrement en studio tardif est fabuleux, limpide et capiteux à la fois.

Citation :
par contre le Denon m'interesse si tu me dis que la qualité est vraiment meilleure. Classound c'est un live?
Si tu parles des Denon et Classound avec les Études symphoniques de Schumann, oui, pour moi c'est supérieur à la réédition par Arlecchino. Le Denon reprend tout le récital Schumann en direct du 18 novembre 1959, plus quelques enregistrements en studio de Chopin qui datent de janvier et février 1960. Le Classound propose la version en studio de la Petite Suite de Borodine (12/7/1950), un studio de la Polonaise opus 26 n°1 de Chopin (13/1/1948), le studio du Prélude opus 49 n°1 et celui du Prélude et fugue opus 101 n°1 de Glazounov (1/7/1952 et 1952), le studio du Conte opus 20 n°2 de Medtner (2/7/1947) et l'enregistrement en public des Études symphoniques opus 13 de Schumann (seul enregistrement connu de Sofronitsky pour cette œuvre, 18/11/1959). Dans le Classound, tout est donc en studio sauf les Études symphoniques.

Citation :
tu ne sais pas s'il est possible d'avoir le dernier mvt de la sonate 3 de Chopin qui est manquante dans Vista Vera au musée?
C'est un enregistrement dont on ignorait l'existence avant le disque compact de Vista Vera. En tout cas, le finale n'a pas pu être enregistré ce soir-là. Au rayon des regrets d'Igor Nikonovich : ne pas avoir eu l'occasion d'enregistrer la Deuxième Sonate de Chopin. Et pas d'enregistrement non plus, semble-t-il, de l'Humoreske de Schumann, alors que selon sa fille aînée c'est dans l'Humoreske qu'il a donné sa plus belle interprétation d'une œuvre de Schumann.

Citation :
Pour moi la ballade 3 c'est un peu comme pour toi la 4.
Qu'est ce qui te dérange dans la 4, le morceau ou comme il le joue?
et la coda de la première tu ne trouves pas cela incroyable?
La manière dont il joue la Quatrième Ballade, en particulier son agogique, que je ne parviens souvent pas à comprendre, en particulier à relier aux phrases, et qui reste assez restreinte. Et puis, il y a aussi plusieurs moments où je me perds dans la manière quand même étrange dont les différentes lignes (chant, harmonie, accompagnement) sont tenues les unes face aux autres au fil du temps : il n'est pas rare qu'il y ait une ligne qui disparaisse d'une note à la suivante, ce qui fait que je m'y perds. Pourtant, j'aime très souvent profondément la manière dont il joue les œuvres de Chopin de forme intermédiaire ou grande (la Fantaisie opus 49, la Barcarolle, les deux premiers Scherzos, le Troisième Impromptu, les trois Polonaises pour lesquelles on a des enregistrements, le Nocturne opus 48 n°1, la Troisième Sonate même oblitérée, d'autres Ballades).

Pour la Première Ballade, si, c'est vrai que la coda est assez incroyable, très abrupte et sévère, presque cinglante. Dans la Première Ballade, il y a aussi, dans les rapports de tempos à grande échelle, certains aspects qui la rapprochent, à mon avis, de ce qu'il fait dans la merveilleuse Barcarolle en public d'octobre 1949. Son agogique y est aussi bien plus épanouie que dans la Quatrième Ballade, je trouve.

Citation :
Dans ta bio, j'ai été assez surpris d'apprendre que quelques mois avant son décès il continuait tout de même a jouer en concert..
Oui, ses deux derniers concerts ont eu lieu le 7 janvier 1961 au Musée et le 9 janvier à la petite salle du conservatoire de Moscou (le 9 janvier, c'était un concert particulier avec d'autres musiciens, chacun jouant quelques œuvres). Après le début du mois de janvier, sa santé s'est rapidement dégradée beaucoup et il n'a plus été en mesure de remonter sur scène. Il luttait contre un cancer depuis sans doute 1959 et il souffrait de graves problèmes cardiaques depuis 1942. À partir de 1954-1957, ses retours sur scène tenaient assez du Phénix.

Citation :
Dans les 220 enregistrements inédits, qu'est ce qu'il y a de très interessant? pour Chopin et Liszt? Méphisto Valse 1? sonates de Chopin en entier?
Rien de tout ça, non, mais je peux essayer d'en dresser une liste. Ça demandera un peu de temps, je vais essayer de faire ça.

Citation :
Tu parlais d'enregistrements a radio Vatican, peut on se les procurer?
Radio Vatican a rendu les neuf émissions de Valerij Voskobojnikov accessibles pour une utilisation privée et personnelle, oui. Toutefois, afin de ne faire prendre aucun risque à Xavier et aux modérateurs du forum, il me semble qu'il vaut mieux passer par une recherche via Google. Avec Google, si tu recherches en même temps les deux noms Voskobojnikov et Sofronitzkij (attention à la translittération italienne !), tu arrives directement sur la page en question via le premier lien trouvé. Il y a neuf fichiers MP3 (taux de compression très sévère...) et chaque émission dure 29 minutes.

Citation :
si tu es interessé, je pourrais te passer la 2ème sonate si tu ne l'as possèdes pas, le volume sonore n'est pas tres important, mais le dernier mvt est a ecouter.
Je te remercie ; j'ai déjà cette Deuxième Sonate de Scriabine dans la version complète du Musée. Je suis logé un peu à la même enseigne : j'ai les vinyles consacrés, à l'époque, aux enregistrements effectués au Musée (Melodiya D019637/8, D019639/40, D019641/2), en espérant que les éditeurs de disques compacts (Russian Disc, Arbiter, Vista Vera) en proposeront une édition complète.

Citation :
J'avais découvert Sofronitsky en cherchant différentes versions de la sonate de Dante, et quand j'ai écouté sa version, c'était pour moi la plus belle, j'étais vraiment etonné d'entendre quelque chose d'aussi beau, aussi fort.. joué par un pianiste moins connu que d'autres et pourtant beaucoup plus intéressant.
À propos de la Dante, connais-tu la version du 26 novembre 1951, qu'on trouve sur un disque compact édité par les archives du conservatoire de Moscou (SMC CD 0019) et dans un boîtier tout récent édité par Venezia (CDVE 00014) mais qu'on ne trouve qu'au Japon ? Pour ma part, je préfère cet enregistrement à celui de Leningrad le 28 janvier 1952 (Arlecchino ARL 28 et Vista Vera VVCD-00164).

--

Je profite de ce message pour mentionner la publication, en 2011 (mais la première mention du disque pour l'achat est toute récente...), chez Vista Vera, d'un disque avec des Préludes de Scriabine extraits des opus 11, 16, 17, 22, 27, 31, 33, 49 et 74. Le programme détaillé n'est pas encore connu, mais les dates d'enregistrement en 1957 et en 1959 montrent qu'il ne peut en général pas s'agir d'enregistrements déjà connus. Vista Vera (volume 19, VVCD-00241).

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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Mar 26 Fév 2013 - 17:46

Comme tu me l'as conseillé, j'ai crée un compte pour poster des images.
tout d'abord, ce vinyl, je pense que c'est le Melodyia:


Il y a 2 volumes, un premier avec 3 études Op.42 puis les Op.8, les 2 impromptus et differents préludes des opus 27 a 48
sur le 2ème volume 2 préludes opus 13 puis l'opus 11 et des pièces comme valse désir poème, etc..
J'ai l'année des enregistrements, par exemple, opus 11 en 51 sauf le 14 en 54, etc..
Vraiment a posséder et a ecouter pour l'effort d'avoir une vrai édition complète a l'image de chant du monde.
De plus comme je te l'ai dit les impromptus sont vraiment beaux.
Je pense que tu dois le posseder, tiens moi au courant, si tu veux les informations avec la liste des morceaux et l'année, je peux te la fournir.
Encore une fois, une édition de très grande qualité a l'image des chants du monde, et le son est pas mal du tout. Je crois que c'est un Melediya.
Oui, le Denon 83871, je le possède, c'est le studio recordings 1, c'est ca? le 14?
plus loin tu me cites le Denon 80188 et 89, c'est en fait les early recordings selon ta description avec Goltz, ça m'a fait tilter car je ne connaissais pas
ce compositeur et je l'ai découvert dans ce cd. J'ai ces 2 cd ce sont les volumes 4 et 5? j'aime Lyadov, il m'amuse bien ce morceau.
Mais de manière générale, je ne les écoute pas car le son est trop mauvais, on sent le crin crin du vinyl a pleine puissance et les morceaux sont disponibles
dans d'autres versions en meilleures conditions. écoute le prélude de Scriabin Op.11 no.14, c'est inaudible. C'est bien pour écouter une autre version par curiosité
mais je trouve que sa façon d'interpréter ne change pas fondamentalement d'une version à l'autre.

Pour général Lavine j'ai écouté le Vista Vera de 1954 et le musée Scriabin, pour moi, sans hésitation je préfère la version au musée même si le son est moins bon, c'est beaucoup plus rythmé et cohérent, dans la version de 54, des fois il ralentit trop puis il repart a toute vitesse, du coup il n'entretient pas le rythme inné et amusant du morceau et sur les 2 minutes j'arrive a décrocher alors qu'au musée j'accroche du début a la fin et c'est vraiment eccentric, et je trouve la variation sonore a la fin vraiment fort a propos. la version de 54 est bonne mais je trouve qu'au musée c'est plus surprenant et rythmé avec une utilisation de la pédale très bonne. Canope vaut son pesant d'or, il fait vivre le silence, résonner les sons.
Par ailleurs tous les Debussy au musée sont excellents, juste le piano et le son qui sont mauvais.

A propos du musée, il y a quelque chose de tout a fait incroyable, ce sont les préludes et fugues de Chostakavitch, les as tu écouté?
le no.3? Je le trouve fabuleux, le piano sonne comme un xylophone!!!!! on dirait qu'il joue avec quelqu'un.
écoute le c'est incroyable, as tu une explication? c'est ce que je disais sur l'étude 3 de Schumann, le sens du contre chant, du contre point, la différence de toucher entre les deux mains, qui me fait regretter l'absence de Bach dans sa discographie. Ce prélude et fugue mérite plusieurs écoutes mais je crois qu'il y a quelque chose de très fort.
D'ailleurs je ne connais ces préludes et fugues que par Richter et lui, donc très peu, mais j'ai toujours été fasciné par ces préludes et fugues qu'a composé Chostakovitch qui mériterait plus d'attention a mon goût, c'est prodigieux.

une photo du conservatoire de Moscou, il y avait quelqu'un qui passait un examen, c'était d'ailleurs une raphsodie hongroise de Liszt, le jury était au fond:




J'ai du mal a les mettre a l'endroit, il me les télécharge a l'envers a chaque fois, sur les murs il y a des peintures des compositeurs.
oui je suis passé devant la salle maly, je ne pouvais pas rentrer il y avait des concours et c'est une salle plus petite, donc ca dérangeait davantage que la grande salle, quand je suis entré il y avait une personne qui passait son examen avec un morceau de Liszt, la salle est tellement gigantesque qu'il ne pouvait s'en rendre compte, ce n'est pas le cas dans l'autre salle malheureusement, je crois qu'elle s'appelle la salle Scriabin maintenant mais je me trompe peut être, je ne me souviens plus très bien mais on m'a fait visiter le conservatoire, j'ai d'autres photos que je mettrai par la suite du conservatoire, en espérant avoir réussi la manoeuvre.

une dernière photo, car elle est splendide, c'est la résidence d'été des Tsars, ce qui est hallucinant, c'est que c'est une photo d'iPhone de l'époque, il y a 4 ans donc vraiment une mauvaise qualité, pourtant elle aurait mérité beaucoup beaucoup mieux et l'exposition est incroyable:




Pour en revenir a la sonate 2, oui je comprends ton point de vue, en fait je voulais la mettre sur mon dropbox mais si tu l'as c'est bon.
Je comprends bien la question des droits mais j'ai du mal a accepter que des cd soient vendus 150 euros sous prétexte que c'est rare, plus édités... Je ne trouve pas cela normal, pour moi quiconque même avec peu de moyens devraient pouvoir avoir accès a des grandes oeuvres artistiques même si ses moyens sont limités surtout quand l'interprète est disparu depuis plus de 50 ans, mais c'est un autre débat. Je dis cela car au conservatoire, école normale, etc.. les pianistes, les professeurs n'ont souvent jamais entendus ces oeuvres, je trouve cela pas normal, et quand il les écoutent, la plupart sont "fans".
Si je veux jouer vers la flamme de Scriabin est que ma seule référence est Ashkénazy ou mon professeur, le résultat sera different que si j'entends Sofronitsky ou si mon professeur s'appelle Neuhaüs. D'ailleurs je n'aime pas du tout Horowitz dedans.
Plusieurs fois des personnes jouant au piano ont écouté la première ballade de Chopin ou l'étude no.5 Op.42, et ils ont été étonné de voir que l'on pouvait faire cela dans ces morceaux et ont orienté leurs façons de jouer différemment après. Jouer la coda comme cela, c'est vraiment novateur, et cette étude de Scriabin est l'une des plus dure, ça me semble important de l'entendre jouer comme cela.
J'ai envie de dire que s'il ne veulent pas de partage, les éditeurs n'ont qu'a rééditer. C'est stupide en 2013 de dépenser 150 euros pour un vieux cd/vinyl plus édité et qu'il faut transférer...
Le partage c'est la garantie de la pérennité de l'oeuvre dans le temps.
J'ai peut être tort, mais c'est mon avis, mais on n'imagine pas ne plus éditer Camus, Hugo, alors pourquoi perdre des interprétations artistiques importantes?
D'ailleurs j'ai bien aimé les quelques enregistrements de Scriabin lui même sur Youtube (piano roll), heureusement que ceux ci n'ont pas été perdus.

Pour la sonate no.2, j'aurais aimé te la faire écouter et savoir si ta qualité est meilleure ou pas? car pour moi, c'est vraiment mauvais je trouve et je ne sais pas si ca vient du repiquage ou si toi, tu as un meilleur résultat car pour certains morceaux avant et après c'est parfois meilleur.
Les vinyls, tu ne les transfères pas en fichier audio? tu les écoutes avec le tourne disque?
Tiens moi au courant a ce sujet, car en fait j'essaye de me faire un album des sonates de Scriabin par Sofronitsky avec les meilleurs enregistrements au niveau qualité sonore et interprétation, un espèce de Classhound a ma sauce en quelque sorte.

Pour les études de Schumann, le Classhound est il en vente? les cd Classhound sont ils toujours édités?
oui, je partage ton avis sur cette étude 3, rien a ajouter, sauf que pour moi c'est difficile a mettre en mots..
De toute façon, c'est pour moi en dehors de Scriabin dans le top 3 de ses plus belles interprétations en général et en ce qui me concerne Sofronitsky signe la plus belle des interprétations des études symphoniques.
Notamment la posthume no.4 et l'étude qui suit.. la posthume no.4 comme le 5, oui c'est de la magie, le son est incroyable, dans les mouvements lents, il arrive a sortir une sonorité tellement douce et en même temps qui résonne tout en arrivant a faire vivre la musique en modulant son expression constamment. Il rend la musique vivante.
Cette transition entre la posthume 4 et l'étude qui suit est incroyable, c'est tellement différent.
Beaucoup de gens pensent qu'un piano signifie une baisse du volume alors qu'en fait c'est uniquement une intention, car alors un pp, en concert on entendrai plus rien, il a une façon de jouer les pianos qui me fait penser Gilels, ce côté affirmé ou on entend la douceur du son par la souplesse de l'articulation et non le volume sonore.
C'est vrai que la posthume 5 est magnifique, j'aime beaucoup chez Sofronitsky comme chez Richter d'ailleurs (préludes et fugues) l'entrée des voix ou le début est toujours un peu fort pour atteindre son niveau idéal par la suite, il a un côté "prévenant", attention contre chant. C'est une vieille technique que j'aime.
Pour moi la 3 ème étude me fait penser aux jeux d'eaux a la villa d'este, c'est le principe de ce morceau, différenciation des textures, du son, chant à gauche, notes répétées.. et me fait regretter qu'il ne l'ai pas enregistré.
c'est vrai que l'on pourrait citer la plupart des études. la posthume 1 est aussi très belle, il a un chant main gauche dont je ne connais aucun équivalent, c'est vraiment très chantant, et une palette sonore infinie. Les études posthumes sont assez incroyables.
Je m'emmêle les pinceaux au niveau des noms, entre études, variations, posthumes, etc.. Tu me parles de la transitions entre l'étude 6 et 7 mais moi, entre les 2 j'ai les les posthumes 2 et 5.

Au sujet de la technique de Sofronitsky, je pense qu'il y a une grande part de fantasme, du genre une "botte secrète", etc...
de toute façon la technique pianistique après Liszt, je crois qu'il n'y a pas grand chose a dire.
Ceci étant, il reste ce que j'appellerai des "marques", par exemple, sur l'entrée des voix, avec l'accentuation lors de l'arrivée d'un chant, c'est très caractéristique de Richter et Sofronitsky pour ne citer qu'eux, c'est moins le cas de Gould.
Dans l'histoire de la musique, on sait très bien l'influence de Liszt sur la musique russe ainsi que l'impressionnisme français, le groupe des 5, etc...
donc a partir de Liszt il y a eu effectivement un enseignement qui évolue mais ça reste anecdotique comparé à l'influence de Liszt, car en jouant sa musique, on acquiert forcément ces mouvements. Pour moi, c'est plutôt une école de pensée. J'aurai tendance à évoquer davantage l'histoire, la culture dans la façon de jouer. Il ne faut pas oublier les périodes pendant lesquelles Sofronitsky a vécu, révolution russe, guerre, ainsi que l'impact que cela a eu sur eux. Il n' y a qu'a citer Rachmaninov qui arrêta de composer lors de son exil qui fut pourtant long... Je pense que l'on retrouve un caractère très expressif du a cette période. Je pense que cela peut expliquer beaucoup de choses. Par exemple, dans Debussy, il faut avouer que de nombreux très bons interprètes sont asiatiques, japonais, etc.. Tout simplement parce que culturellement, ils ont acquis cette capacité/culture à la contemplation, au calme, a la nature ce qui est moins le cas en France. Dans les faits cela se vérifie aisément, et j'ai été surpris moi même.
Imagine t'on un jour férié en France pour l'apparition des fleurs de cerisier? Il y a au Japon un culte de la nature, qui est la base de l'impressionisme, et qui explique la compréhension de ces gens pour la musique de Debussy.
Je pense que la façon de jouer tient beaucoup de cela, et des exemples comme cela j'en ai beaucoup d'autres, c'est un sujet très intéressant.
J'ai eu la chance il y a quelques années d'avoir des cours avec Moguilevsky qui a remporté reine Elisabeth dans les années 70, il a étudié a Tchaïkovsky, j'ai été surpris par l'approche, je déchiffrais les jeux d'eaux, et donc découvrais les trémolos, il me faisait balancer la main en angle droit de gauche à droite très lentement pendant 10 minutes chaque jours et je devais le faire pendant des heures après, très lentement, complètement en angle droit.
Je trouvais cela stupide, comment faire un frémissement avec des mouvements si larges.. 1 mois après je "trémolais" pas mal, j'hallucinais, c'était incroyable, il pensait même que je n'y arriverais pas. En Russie, il décompose les mouvements très lentement, assez fort de façon très large, pour la vitesse, ça vient en les raccourcissant, en allégeant tout simplement.
Autre exemple, dans les basses, par exemple dans Scriabin il y en a beaucoup, on doit chercher les basses tout en bas et après revenir au centre, pour ma part avant je pensais et je faisais des mouvements horizontaux et droits (le chemin le plus court), la aussi en Russie, ils dessinent des cercles de façon horizontale ou on ramène la main vers soi comme si on dessinait un cercle sur du papier en quelque sorte, la aussi j'ai passé du temps sur ça, c'était moins probant que les trémolos mais intéressant.
Il y a également ce que tu as posté en anglais sur le poids de la main, qui est aussi important et pas propre a l'enseignement russe. Et Sofronitsky avait déja une très bonne technique digitale à la base, je pense surtout qu'il a une main très équilibrée ni trop petite ni trop grande, pas trop potelée et ni trop mince, avec une grande souplesse de la main, ce qui lui permet d'avoir de la légèreté dans reflets dans l'eau et un son terrible et puissant dans Dante et être très incisif dans la coda de la première ballade.
Quand quelqu'un a toutes ces qualités et possède cette palette sonore immense si en plus elles sont motivées par une réflexion poussée sur les oeuvres, une originalité et rempli de quelque chose lors de leurs interprétations, ça peut donner ce genre de résultat.
Horowitz a les doigts souvent très plats, Richter est toujours assis très haut, il y a peu de vérités absolues.
le dernier lien que tu as posté est très intéressant, en fait il y a une question assez floue est: est ce la musique qui décide de la technique ou la technique qui permet de faire la musique?
Je pense justement que Sofronitsky est capable de moduler totalement sa technique en fonction de ce qu'il joue, des passages et que la musique décide en quelque sorte de comment il va s'y prendre, comme un peintre, dès lors c'est surtout une question de vision de l'oeuvre.
un exemple de sonorité avec poids de la main, au début son nocturne de Chopin Op.27 no.1, le son, la ligne mélodique est un modèle du genre.
Ce type de sonorité ne se fait pas digitalement mais avec le poids de la main, le mouvement du poignet, etc... Et des lignes mélodiques de cette qualité chez lui, il y en a très souvent.
Je n'aime pas spécialement ce nocturne mais un équilibre sonore comme celui ci est tout simplement incroyable, et il l'embelli en contrastant avec force, rapidité et panache ensuite.
Je n'aime pas spécialement les valses de Chopin mais joué par lui, c'est magique, et je les écoute souvent, la aussi pour moi c'est une référence, le son, l'équilibre, la finesse, les intentions, tout y est.
J'aime bien Cortot mais dans la musique française surtout, comme Ravel, Debussy, ou je le trouve excellent, dans Chopin je préfère Sofronitsky car c'est a mon goût plus contrasté et il échappe assez bien au côté fleur bleu mielleux de certaines oeuvres de Chopin, il y en a peu qui s'en sorte de cette façon, pour moi Cortot dans Chopin, il y a parfois un peu trop de bons sentiments. Par contre j'aime aussi beaucoup Sokolov, notamment dans la sonate de Chopin, je crois que c'est la 2.

J'ai vu ce cd a la vente, Great Musicians of Palmira du Nord. Art of Vladimir Sofronitsky, le connais tu? C'est le site russe, ça à l'air interessant, il y a les études symphoniques.

Pour revenir sur le Dante et le cd Moscow conservatoire, je comprends ton point de vue, je pense qu'il n'y eu aucun travail sur les bandes sonores et de ce fait, on entend très la résonance de la salle, et on imagine très bien ce qu'était le concert, c'est assurément l'un des plus grands, je pense que dans la salle ça a du être un choc et c'est peu de le dire, je crois également que Sofronitsky était ce jour ci clairement au sommet, malgré tout le son est vraiment difficile, très difficile.
Pour Dante, pour moi, j'accorde beaucoup d'importance a plusieurs passages clefs qui sont juste après l'intro, cad 1:30 - 3:00 qui pose l'atmoshère pesante du morceau, et je crois que la version de Vista Vera me plait davantage car il y a moins de rubato, de respiration dans les accords répétés, et c'est pour moi ce que j'ai entendu de mieux, bien que sur Moscow conservatoire cela reste excellent, et le 2ème passage très important est la partie lente et la fin, qui est très belle, le reste du morceau est de la virtuosité, plus vite, plus fort... Donc, pour moi, difficile de choisir entre ces 2 versions. Tu parles d'un boitier Venezia, la qualité est elle meilleure? Tu l'as écouté?
J'aime beucoup la fantaisie de Schumann, et la sonate no.4 de Scriabin, c'est sur que autant de si belles interprétations a la suite en concert c'est du caviar pour les oreilles. Et on ressens bien ce que ça devait être dans la salle, le fait que la bande sonore ait été si peu retravaillée fait que l'on entend tout.
vers la 11 ème minute de Dante, au début on pense à une fausse note, en fait, non l'enregistrement a vrillé..
Je pense que ce cd s'écoute à la suite, le programme est vraiment bien fait, je parle surtout du cd1.
Pour en avoir discuté avec plusieurs pianistes, quand on parle de Sofronitsky, on ne pense pas seulement a Scriabin, c'est presque la même entité, mais on pense beaucoup a Schumann; où ses interprétations sont mythiques, fantaisie, carnaval, études...

Pour les études symphoniques il n'y a pas d'enregistrements studio?
Merci pour le lien des enregistrements de la radio, il y a les études symphoniques, est ce le même enregistrement que sur Arlecchinno? Je trouve la qualité assez bonne d'ailleurs, je les ai écoutées assez brièvement. Est ce que ce sont des enregistrements inédits pour la radio? Assez surpris de la bonne qualité sonore..
cependant, quand j'aurai le temps et le courage, je couperai le blabla du début. ça a l'air très intéressant ces enregistrements, merci.

Je peut être essayer de me procurer un des 4 un Denon sur Schumann car tu as l'air de penser qu'ils sont excellents, c'est vrai que les studio recordings et les legendary recital sont vraiment bien. L'autre jour il y avait le chant du monde avec les sonates de Scriabin, je regrette de ne pas l'avoir pris, vu qu'il doit être au même niveau que celui sur les études et préludes, cela relève de la pièce de collection.

Tu aimes toutes oeuvres car tu as l'air de tout apprécier? Il y en a certaines que je n'apprécie pas musicalement même bien jouées.

Les ballades de Chopin 1 et 4 ne sont disponibles que sur "au musée Scriabin"?
Je comprends ton point de vue sur la ballade 4 même si ça ne m'a pas sauté aux oreilles, on peut avoir tendance à décrocher ce qui n'est pas le cas dans la première. je pense qu'il était moins concerné que dans la 1ère, peut t'on s'attendre dans les inédits à avoir droits à d'autres enregistrements des ballades 1&4 et soyons optimistes la no.2?
Quel est ton point de vue sur celles de Richter à Prague? La quatrième est monumentale, quand en plus tu sais qu'il a joué les 3 autres avant, et il utilise la fameuse et souvent inutile pédale du milieu avant la coda, c'est ma version préférée, il prend beaucoup de temps, le son est magnifique sans être trop mielleux, en plus il est toujours surprenant, spontané. Les parties lentes sont toujours très belles et il les contraste toujours très bien avec les parties plus rapides et plus fortes.

Ca me paraît bizarre ce mouvement 4 de la sonate 3 de Chopin joué par Sofronitsky, il a bien du la jouer a la suite, ils ont du avoir un problème d'enregistrement.
c'est clair qu'il est dommage de ne pas y avoir accès comme pour la 2ème sonate.

Tu as comparé la 1ère ballade et la Barcarolle, j'aime beaucoup cette barcarolle, je l'ai chez Arlecchinno, est ce la version dont tu parles? Je n'ai pas la date..
Il y en a une sur Vista Vera de 1949, une sur Phillips de je ne sais quand et une sur Arlecchinno où j'ai noté 1960 et la qualité du cd est vraiment bonne par ailleurs, c'est le volume 9 je crois, vraiment un bon cd.

Quand tu parles d'inédits, tu parles de captations non éditées? Je voulais savoir plutôt les morceaux qui n'avaient jamais été enregistrés auparavant?

Tu as terminé ton message en mettant l'eau à la bouche en parlant d'un volume 19 chez Vista Vera Vera, je n'ai rien vu sur le site de l'éditeur, as tu des informations à ce sujet? Quand et où sera t'il disponible?
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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Jeu 20 Juin 2013 - 23:42

On vient de poster dans le tuyau un petit documentaire vidéo en russe d'une douzaine de minutes, consacré à Vladimir Sofronitsky. Le documentaire comporte deux très brefs extraits, quelques poignées de secondes (2'34''-2'40'' et 6'38''-6'50''), qui constituent les seules images filmées de Vladimir Sofronitsky que j'aie jamais vues. Dans le cas du premier extrait, mon cœur s'est soulevé quand je me suis aperçu qu'il ne s'agissait pas d'une photographie figée... Plusieurs photographies aussi qui étaient sans doute inédites (en tout cas, je ne les connaissais pas encore).

/watch?v=9PdSd2M9i1I

J'en profite pour signaler qu'on a posté dans le tuyau un fichier audio de deux heures dont le programme est identique au contenu du boîtier de deux disques compacts COCO-80385/6 = COCQ-83669/70 édité par Denon. La première partie est constituée d'enregistrements en studio en 1959 d'œuvres de Scriabine : Études opus 8 n°2, n°4, n°5, n°8, n°9 et n°11, Étude opus 42 n°3 et Fantaisie opus 28. La seconde partie regroupe quarante-huit œuvres de Scriabine jouées lors des récitals du 8 janvier et du 2 février 1960 à la petite salle du conservatoire de Moscou. (La table des matières du fichier présente plusieurs erreurs.)

/watch?v=t-ehSS3bhB0
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Nestor
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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Ven 21 Juin 2013 - 9:10

Merci du partage.
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lucien
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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Ven 21 Juin 2013 - 11:29

;


Dernière édition par Lucien le Sam 7 Sep 2013 - 3:31, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Mer 24 Juil 2013 - 14:02

Scherzian a écrit:
On vient de poster dans le tuyau un petit documentaire vidéo en russe d'une douzaine de minutes, consacré à Vladimir Sofronitsky. Le documentaire comporte deux très brefs extraits, quelques poignées de secondes (2'34''-2'40'' et 6'38''-6'50''), qui constituent les seules images filmées de Vladimir Sofronitsky que j'aie jamais vues. Dans le cas du premier extrait, mon cœur s'est soulevé quand je me suis aperçu qu'il ne s'agissait pas d'une photographie figée... Plusieurs photographies aussi qui étaient sans doute inédites (en tout cas, je ne les connaissais pas encore).

/watch?v=9PdSd2M9i1I
Le même documentaire, mais sous-titré en anglais : /watch?v=xuF7tX3gsNc
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Percy Bysshe
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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Jeu 29 Aoû 2013 - 11:28

Cher Scherzian, si tu passes par là, il me semble t'avoir reconnu sur YT, en reconnaissant des interprètes et des vidéos qui ne me laissaient guère de doute; comme quoi la Toile est petite.
Entre autre, une interprétation de la Fantaisie Op.17 de Schumann de Sofronitsky, datant du 26 novembre 1951 qui fut pour moi une véritable illumination! Quelle luminosité, quelle ampleur expressive, quelle chaleur! Un modèle d'organicité musicale, où tous les éléments sonores se trouvent imbriqués les uns dans les autres d'une manière presque logique, et je veux parler par exemple de ces accords doublés dans l'aigus qui viennent à la fin de tournures tourmentés (on entend ça à partir de 3'29" environ), que la plupart des pianistes jouent parce qu'il le faut bien et sans trop savoir quoi en faire, ce qui fait que ces accords sont souvent joués en totale rupture avec le discours en cours, martelés, inexpressifs et surtout paradoxalement mis en avant, surchargés d'intention (c'est une tendance de compensation assez commune). Ici ils sont magnifiés dans un processus global d'intégration assez stupéfiant, et l'on se trouve certainement au plus près de l'intention de Schumann. Et juste après toujours dans ce premier mouvement, le long crescendo qui commence à 3'44 me laisse sans voix. Quelle générosité expressive, quelle vie, il fait de cette partie un véritable hymne solaire.
Je pourrais dire encore bien des choses sur cet enregistrement. Merci Scherzian!  
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Scherzian
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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Jeu 29 Aoû 2013 - 21:58

Bonjour Percy, c'est bon que tu sois là ! sunny

J'ai vu aussi qu'il y avait quelques nouvelles vidéos de Sofronitsky dans le tuyau. Il n'y a presque pas de « doublons » avec ce qu'on pouvait déjà y trouver (dans les autres cas, la bande sonore utilisée me semble parfois un peu meilleure qu'avant). Pour faire un peu le tour :

  • la Barcarolle de Chopin, opus 60 (en public en octobre 1949 : la version en studio était déjà disponible depuis longtemps). C'est la version dont on avait discuté un peu dans un fil Chopin discographique ;
  • Litanei de Schubert/Liszt, D343/S562 n°1 (en studio en décembre 1960 : c'est sa dernière session en studio, qui montre l'aboutissement d'une forme de réconciliation avec ce processus de mise en boîte de cadavres) ;
  • Sposalizio de Liszt, S161 n°1 (en studio en décembre 1960 aussi). Nous en avions déjà parlé et il me semble que cette source est bien meilleure que celle dont nous avions discuté. Avec le premier mouvement de la Deuxième Sonate de Scriabine (déjà dans le tuyau) et Litanei de Schubert/Liszt ci-dessus, je crois que cette dernière session en studio est complète. Le Sposalizio de mars 1949, aussi en studio, était déjà disponible ;
  • la Septième Sonate de Prokofiev, opus 83, en public au musée Scriabine (juin 1955). La prise de son et l'état de l'instrument sont très précaires, mais je pense que c'est une version unique (dans le sens de la singularité) ;
  • Après une lecture du Dante de Liszt, S161 n°7 (en public en novembre 1951 : c'est issu du même concert que la Fantaisie de Schumann dont tu parles, mais la prise de son y est, par malheur, encore un peu plus précaire) ;
  • l'Andante favori de Beethoven, WoO 57 (en studio en novembre 1952 : à mon avis, au niveau de la Sonate opus 28 bien connue) ;
  • la Valse de Chopin, opus 69 n°1 (en studio en mai 1945). Un repiquage de 78 tours, je suppose. La ductilité métrique me fait fondre. Un peu partout dans la valse, mais en particulier dans la section centrale, après la reprise qui n'est pas observée (à partir de 1'35'', jusqu'à 2'35'', à peu près) : chaque fin de phrase qui s'attarde un peu sur la noire détachée du deuxième temps, comme si le temps stupéfait suspendait son cours et demandait à la musique l'autorisation de s'écouler à nouveau, parce qu'on sent bien que la suspension n'est pas totale et que la pulsation reste aussi ferme qu'elle devient implicite. Sofronitsky maître du temps musical ;
  • la Huitième Sonate de Scriabine, opus 66 (un incunable du musée Scriabine, en public en mai 1958, quasi introuvable) ;
  • la Sonate Appassionata de Beethoven, opus 57 (en public en octobre 1952 : malgré la précarité de la prise de son et surtout la maigreur de la partie basse du spectre qui ajoute beaucoup d'agressivité, c'est à mon avis la meilleure de ses versions de la Sonate Appassionata) ;
  • trois Nocturnes de Chopin : les opus 15 n°1 (en studio en octobre 1948), 37 n°2 et 48 n°1 (tous deux en public en novembre 1949). À mon avis, difficile de trouver une meilleure prise. Le do mineur est un miracle ;
  • la Sonate n°32 de Beethoven, opus 111 (la version en studio en septembre 1951). Je l'aime de plus en plus. De façon curieuse, on entend, dans la dernière variation du second mouvement, à peu près au moment de la transformation chromatique du thème, le même « collage » en provenance de la version en public à Leningrad que celui qu'on trouve dans la réédition chez Vista Vera : je suppose que la matrice originale est abîmée à cet endroit ;
  • la Sonate D960 de Schubert (la version en studio en janvier 1956) ;
  • quelques extraits des Visions fugitives de Prokofiev, opus 22 (en public au musée Scriabine en avril 1955). Mêmes conditions d'enregistrement que l'opus 83, mais c'est la plus vaste sélection de Visions fugitives, devant celle du récital hallucinant du 11 juin 1954 ;
  • la Cinquième Sonate de Scriabine, opus 53 (à mon avis sa meilleure version, en public en janvier 1955 : elle bénéficie d'une prise de son surprenante) ;
  • la Fantaisie en do majeur de Schumann, opus 17 (en public en novembre 1951 : la version dont tu parles).

Percy Bysshe a écrit:
Entre autre, une interprétation de la Fantaisie Op.17 de Schumann de Sofronitsky, datant du 26 novembre 1951 qui fut pour moi une véritable illumination! Quelle luminosité, quelle ampleur expressive, quelle chaleur! Un modèle d'organicité musicale, où tous les éléments sonores se trouvent imbriqués les uns dans les autres d'une manière presque logique, et je veux parler par exemple de ces accords doublés dans l'aigus qui viennent à la fin de tournures tourmentés (on entend ça à partir de 3'29" environ), que la plupart des pianistes jouent parce qu'il le faut bien et sans trop savoir quoi en faire, ce qui fait que ces accords sont souvent joués en totale rupture avec le discours en cours, martelés, inexpressifs et surtout paradoxalement mis en avant, surchargés d'intention (c'est une tendance de compensation assez commune). Ici ils sont magnifiés dans un processus global d'intégration assez stupéfiant, et l'on se trouve certainement au plus près de l'intention de Schumann. Et juste après toujours dans ce premier mouvement, le long crescendo qui commence à 3'44 me laisse sans voix. Quelle générosité expressive, quelle vie, il fait de cette partie un véritable hymne solaire.
C'est la première des trois versions de la Fantaisie en do majeur par lui, à Moscou, juste avant celle à Leningrad en janvier 1952, puis la seconde à Moscou en novembre 1959 qui est sans doute la plus connue.

La « charnière » dont tu parles m'avait frappé aussi, d'une part en raison de sa position, juste après cinq mesures adagio et pianissimo (avec une nuance à l'intérieur) et à l'orée de l'Im lebhaften Tempo induit par le long passage crescendo dont tu parles et où Sofronitsky prend des risques terrifiants. D'autre part parce que toute cette structure -- cinq mesures adagio au bord du silence, puis une série de cinq ou quatre ébranlements ascendants joués fortissimo sur une ligne torturée et couronnés des deux accords fortissimo dans l'aigu, ceux dont tu parles (une double croche staccato et une croche staccato aussi), et enfin une autre section qui s'ouvre après cette charnière (Im lebhaften Tempo médian ou Adagio final) -- se trouve à deux endroits distincts dans le premier mouvement. Le premier endroit, dont tu parles, c'est donc juste avant l'Im lebhaften Tempo, en pleine courbe ascendante. Schumann y a noté cinq de ces tournures tourmentées : deux mesures (sans les deux accords aigus mais avec un point d'orgue), puis, à deux reprises, trois mesures plus une croche, et enfin, à deux reprises, deux mesures plus une croche. La transition conduit à l'Im lebhaften Tempo criblé d'accents à la main gauche (puis au cœur archaïque du mouvement, Im Legendenton). Le second endroit homologue, c'est juste avant la fin du premier mouvement, la section qui s'ouvre étant alors le dernier Adagio, les quatorze ou quinze dernières mesures, où plane, dit-on, l'ombre d'une Ferne Geliebte, en pleine courbe déclinante. Schumann n'a noté ici que quatre tournures tourmentées au lieu de cinq, après les cinq mesures adagio : deux mesures (sans les deux accords aigus mais avec un point d'orgue), puis, mais à une seule reprise cette fois, trois mesures plus une croche, et enfin, à deux reprises, deux mesures plus une croche. Du point de vue formel, la dissymétrie me semble claire : un quintuple assaut de l'Im lebhaften Tempo, une quadruple transition vers la fin Adagio du mouvement. Reste à voir ce qu'on va en faire.

Je suis tout à fait d'accord avec ce que tu dis du caractère organique de la manière dont c'est joué ici. C'est la tension exercée par la torture des lignes ascendantes qui induit ou justifie de façon presque téléologique les grands accords doublés dans l'aigu et arrachés staccato ; ils ne font pas partie de l'indication de phrasé, et il y a aussi les quarts de soupirs qui les précèdent, mais ici la césure ne fait qu'accroître la tension et, peut-être de manière paradoxale, assure une liaison plus puissante que ne le ferait le phrasé absent. Les accords doublés dans l'aigu sont intégrés comme clef de voûte des tournures qui y mènent. C'est le caractère organique au niveau local. Mais, à mon avis, il y a autant d'organicité dans la manière dont les deux passages homologues sont joués. Je trouve que c'est un des aspects fascinants dans le jeu de Sofronitsky : que la densité parfois extrême de l'instant ne s'exprime pas au détriment de la grande arche, satisfaire en même temps le sens qui jouit et l'esprit qui étudie. Si je prends les cinq mesures adagio et toute la transition dont tu parles jusqu'à son terme, ça donne les minutages suivants :

  • première séquence, en amont de l'Im lebhaften Tempo : de 2'54'' à 3'43''. Le dernier fa aigu, à découvert à la dernière des cinq mesures adagio, reste audible, de même que son attaque, mais c'est limite. Sofronitsky avait noté dans le jeu de Rachmaninov que ce n'était pas son fortissimo qui était remarquable en lui-même, mais plutôt la manière dont Rachmaninov préparait cette nuance par la qualité de son jeu pianissimo et de son timbre. Tout était question de rapport. Ici, je trouve que la qualité de chant, de timbre et de lumière est assez incroyable durant la seconde moitié des cinq mesures adagio. (Il n'y a guère que l'extrême fin du mouvement, disons les sept dernières mesures de l'Adagio final, qui conduit encore plus loin, avec ses sonorités suspendues comme par magie [les triolets de noires !] et une qualité de réflexion, d'intériorité qui me bouleverse.) Par la suite, je trouve que le fortissimo dans le grave du clavier sonne ici de façon bien plus entière, sans réserve, par rapport à son homologue dans la seconde séquence. De même, les fameux accords doublés dans l'aigu sont isolés de la phrase et fouettés en un staccato assez mordant ;
  • seconde séquence, en amont du dernier Adagio qui conclut le mouvement : de 9'59'' à 10'41''. Ici, le dernier mi bémol aigu, à découvert à la dernière des cinq mesures adagio, est presque inaudible dans mon cas, même au casque, et son attaque est inexistante. Surtout, je trouve que le fortissimo dans le grave sonne comme « éteint », « épuisé », si on le compare au souvenir de la première séquence. (C'est peut-être surtout vrai pour le deuxième fortissimo, deux mesures après la marque Im Tempo.) En plus, les groupes d'accords staccato doublés dans l'aigu sont intégrés au tissu, sans guère d'emphase particulière. Ajouté à cela qu'il y en a un de moins (quatre figures ascendantes au lieu de cinq), il commence à y avoir beaucoup d'indices dans le même sens. Tout se passe comme si chaque nuance, chaque accent n'avait guère de valeur absolue en soi, mais prenait la teneur du milieu dans lequel il est plongé, l'ampleur qui lui est donnée en fonction de sa place dans la courbe formelle ascendante ou déclinante du mouvement. Je crois que c'est un exemple assez parlant d'organicité au niveau global dont on a beaucoup parlé.

Il y aurait d'autres exemples, mais c'est moins facile d'en parler. Par exemple, je trouve que l'œil du cyclone, dans le deuxième mouvement de cette Fantaisie en do majeur de Schumann (bien sûr la page centrale marquée Etwas bewegter, avec son tempo, ses nuances et ses textures tout autres, mais aussi les épisodes plus brefs notés pianissimo, avec leur lyrisme souterrain aux voix médianes et graves, en dessous des mêmes motifs pointés imperturbables), est joué ici comme le miroir inversé des deux grandes surrections qui sont le relief du dernier mouvement de la Fantaisie.

Un autre exemple, ce serait celui des liens harmoniques et thématiques (je ferais mieux de parler de motifs plutôt que de thèmes, car il ne s'agit que d'une très brève cellule) entre les deux mouvements de la Sonate de Beethoven, opus 111. Du côté harmonique, c'est la coda du premier mouvement, ses neuf dernières mesures où on passe en majeur (et où on entend d'ailleurs, au soprano, une prémonition de la cellule thématique du second mouvement). Sofronitsky ne se contente pas de « faire les notes » et donc l'harmonie : il modifie ses textures, qui deviennent beaucoup plus soyeuses et légères, et ses couleurs, puisque c'est toute la scène sonore qui s'illumine, avec un coup d'aile assez intrépide sur la dernière évocation du motif (deux et trois mesures avant la fin). Mais la plupart des pianistes font quelque chose comme ça à cet endroit de la coda. Du côté thématique, en revanche, j'avais quand même repéré autre chose : c'est aux mesures M12-M13 puis M14-M15 de l'introduction Maestoso du premier mouvement, juste après le très long diminuendo avec son rythme surpointé. À cheval sur les mesures de ces deux couples, on trouve chaque fois une cellule (croche pointée deux fois, triple croche et noire pointée ou blanche) qui, par son rythme et son motif, évoque la seconde partie du thème de l'Arietta (après la première reprise). Dans chacun des deux cas, Sofronitsky étend la métrique, afin de donner un minimum d'épaisseur à la triple croche (comme la double croche de cette partie du thème de l'Arietta), et baigne l'harmonie dans un jeu de pédale assez diabolique, qu'on retrouvera lors de la transformation chromatique du thème de l'Arietta (sept et huit mesures avant la fin du second mouvement). Il est le seul qui fasse cela ici, parmi ceux que je connais, et c'est un invariant de son jeu : on le retrouve en studio à Moscou en 1951 et en public à Leningrad en 1952 et au musée Scriabine en 1956.
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Percy Bysshe
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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Dim 1 Sep 2013 - 0:01

Scherzian a écrit:
Je suis tout à fait d'accord avec ce que tu dis du caractère organique de la manière dont c'est joué ici. C'est la tension exercée par la torture des lignes ascendantes qui induit ou justifie de façon presque téléologique les grands accords doublés dans l'aigu et arrachés staccato ; ils ne font pas partie de l'indication de phrasé, et il y a aussi les quarts de soupirs qui les précèdent, mais ici la césure ne fait qu'accroître la tension et, peut-être de manière paradoxale, assure une liaison plus puissante que ne le ferait le phrasé absent. Les accords doublés dans l'aigu sont intégrés comme clef de voûte des tournures qui y mènent. C'est le caractère organique au niveau local. Mais, à mon avis, il y a autant d'organicité dans la manière dont les deux passages homologues sont joués. Je trouve que c'est un des aspects fascinants dans le jeu de Sofronitsky : que la densité parfois extrême de l'instant ne s'exprime pas au détriment de la grande arche, satisfaire en même temps le sens qui jouit et l'esprit qui étudie. Si je prends les cinq mesures adagio et toute la transition dont tu parles jusqu'à son terme, ça donne les minutages suivants :

  • première séquence, en amont de l'Im lebhaften Tempo : de 2'54'' à 3'43''. Le dernier fa aigu, à découvert à la dernière des cinq mesures adagio, reste audible, de même que son attaque, mais c'est limite. Sofronitsky avait noté dans le jeu de Rachmaninov que ce n'était pas son fortissimo qui était remarquable en lui-même, mais plutôt la manière dont Rachmaninov préparait cette nuance par la qualité de son jeu pianissimo et de son timbre. Tout était question de rapport. Ici, je trouve que la qualité de chant, de timbre et de lumière est assez incroyable durant la seconde moitié des cinq mesures adagio. (Il n'y a guère que l'extrême fin du mouvement, disons les sept dernières mesures de l'Adagio final, qui conduit encore plus loin, avec ses sonorités suspendues comme par magie [les triolets de noires !] et une qualité de réflexion, d'intériorité qui me bouleverse.) Par la suite, je trouve que le fortissimo dans le grave du clavier sonne ici de façon bien plus entière, sans réserve, par rapport à son homologue dans la seconde séquence. De même, les fameux accords doublés dans l'aigu sont isolés de la phrase et fouettés en un staccato assez mordant ;
  • seconde séquence, en amont du dernier Adagio qui conclut le mouvement : de 9'59'' à 10'41''. Ici, le dernier mi bémol aigu, à découvert à la dernière des cinq mesures adagio, est presque inaudible dans mon cas, même au casque, et son attaque est inexistante. Surtout, je trouve que le fortissimo dans le grave sonne comme « éteint », « épuisé », si on le compare au souvenir de la première séquence. (C'est peut-être surtout vrai pour le deuxième fortissimo, deux mesures après la marque Im Tempo.) En plus, les groupes d'accords staccato doublés dans l'aigu sont intégrés au tissu, sans guère d'emphase particulière. Ajouté à cela qu'il y en a un de moins (quatre figures ascendantes au lieu de cinq), il commence à y avoir beaucoup d'indices dans le même sens. Tout se passe comme si chaque nuance, chaque accent n'avait guère de valeur absolue en soi, mais prenait la teneur du milieu dans lequel il est plongé, l'ampleur qui lui est donnée en fonction de sa place dans la courbe formelle ascendante ou déclinante du mouvement. Je crois que c'est un exemple assez parlant d'organicité au niveau global dont on a beaucoup parlé.

thumleft C'est finement remarqué; la deuxième énonciation, par son caractère crépusculaire, contraste nettement avec l'esprit de conquête de la première.
Je m'interroge justement sur ce point, et il me semble que ce n'est pas nécessairement (peut-être me trompé-je) là le fruit d'un processus discursif. Il me semble y avoir un naturel que je pense pouvoir associer à une évolution de l'état psychologique pris dans la réalité de l'interprétation plutôt qu'à une prise de décision consciente qui rendrait la chose nécessairement plus affectée dans son expressivité. Et qu'une fois proche de la fin du mouvement, il y ait de fait une autre approche, un autre enjeu, lourd de ce qui précède, et sentant déjà ce qui succède. Je ne sais pas si je m'exprime bien clairement, mais je sens un tel relâchement dans cet interprétation, et à la fois une cohérence proprement téléologique, j'essaye de saisir.
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MessageSujet: Re: Vladimir Sofronitsky   Mer 25 Sep 2013 - 12:02

La vidéo de Sofronitsky dont le lien est donné sur ce forum est-elle libre de droits?


Dernière édition par .. le Mer 25 Sep 2013 - 18:09, édité 5 fois
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