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 Wolfgang Rihm (°1952)

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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Sam 31 Jan 2015 - 22:09

J'ai écouté encore une autre version de ces Sieben Passions-Texte que celles que tu cites, celle du chœur EXAUDI chez æon (ils ont décidément de sacrés problèmes de casse, ces gens).

C'est remarquable, une sorte de Lassus déformé au gré d'un étrange vortex. Ça frotte, mais toujours joliment, toujours dans une véritable directation. « Caligaverunt » pourrait presque être pris pour un pastiche de Gesualdo des derniers livres.

J'aime beaucoup, je vais aller voir du côté de l'anthologie de la RIAS que tu mentionnes, même si je crains de moins aimer le grain plus rond. Là, chez EXAUDI, ils ne sont pas nombreux (deux par partie, j'ai l'impression), et ça tranche bien.

Merci beaucoup pour la découverte. cheers
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Sam 31 Jan 2015 - 22:21


Content que ça te plaise (mais pas forcément surpris).

DavidLeMarrec a écrit:
J'aime beaucoup, je vais aller voir du côté de l'anthologie de la RIAS que tu mentionnes, même si je crains de moins aimer le grain plus rond.
Tu veux parler de l'illustration de couverture? hehe
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Sam 31 Jan 2015 - 22:25

Je poursuis avec Mit geschlossenem Mund : même genre de qualités, une harmonie complète, assez homophonique, de véritables couleurs mouvantes et une progression logique. J'aime beaucoup, beaucoup.
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Sam 31 Jan 2015 - 22:36

Sinon, je n'en ai pas encore parlé, mais le grand Quatuor Minguet a enregistré Rihm, j'ai découvert ça récemment… et ça change tout. Very Happy

Après, comme j'ai déjà dû l'écrire, je trouve que ce type de langage expose plus méchamment ses limites (ou s'adapte moins bien, plus probablement) dans la musique chambriste (je ne dis pas le piano). Je m'étais même assez ennuyé avec son trio pour piano plutôt malingre…
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lulu
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Dim 1 Fév 2015 - 1:13

je sais que vous détestez gentiment tous les deux le quatuor Arditti, mais j’avais un peu comparé les deux, et pour moi y a pas photo.
(et je ne trouve pas que blabla musique de chambre etc., mais soit.)

pour Vigilia, c’est justement par Exaudi que j’avais écouté cette œuvre... qui ne m’avait pas convaincu...
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Dim 1 Fév 2015 - 1:17

Sauf erreur, EXAUDI n'a pas enregistré les Vigilia à proprement parler, puisqu'il n'y a pas de pièces instrumentales inserrées. Je n'ai pas encore écouté d'autres versions, je n'ai pas vérifié s'il avait fait des amendements sur les parties vocales dans sa refonte.
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lulu
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Dim 1 Fév 2015 - 1:17

DavidLeMarrec a écrit:
Sauf erreur, EXAUDI n'a pas enregistré les Vigilia à proprement parler,

c’est un enregistrement radio.
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Dim 1 Fév 2015 - 1:19

Qui date de quand ? Il y a des différences vocales avec les Sieben Passions-Texte ?
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lulu
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Dim 1 Fév 2015 - 1:42

DavidLeMarrec a écrit:
Qui date de quand ?

2011, c’est la création anglaise.

DavidLeMarrec a écrit:
Il y a des différences vocales avec les Sieben Passions-Texte ?

franchement j’en sais rien.
d’ailleurs j’ai écouté ça distraitement, pas entièrement, et le rendu de ce que j’ai n’est pas optimal.
donc dans tous les cas je réécouterai la version cd, et ça passera peut-être mieux.

DavidLeMarrec a écrit:
J'aime beaucoup, je vais aller voir du côté de l'anthologie de la RIAS que tu mentionnes, même si je crains de moins aimer le grain plus rond. Là, chez EXAUDI, ils ne sont pas nombreux (deux par partie, j'ai l'impression), et ça tranche bien.

c’est de toute façon écrit pour six voix, non ?
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Dim 1 Fév 2015 - 12:28

lucien a écrit:
2011, c’est la création anglaise.

D'accord.


Citation :
c’est de toute façon écrit pour six voix, non ?

C'est écrit pour six voix, oui, est-ce pour six voix solistes nécessairement ? En tout cas, ça m'a paru plus étoffé que ça à l'écoute (moins de trois par partie, mais ça me paraissait vaste pour un – il y a peut-être des moments de doublures parmi les six, cela dit).
Comme mon attention était davantage portée sur la musique que je découvrais, je n'ai pas fait cet effort, j'essaierai de le déterminer à la réécoute. Sauf si tu as déjà la réponse.
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lulu
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Dim 1 Fév 2015 - 13:29

je pense que c’est en principe vraiment six voix (d’ailleurs je crois qu’ils ne sont que huit, dans l’ensemble Exaudi), mais par contre t’as raison, chez RIAS il doit y avoir tout un chœur (d’où peut-être le « first complete recording » pour Exaudi ?).
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Dim 1 Fév 2015 - 13:43

Oui, ils ne sont pas nombreux, mais chez la RIAS, ils sont à quatre par partie.
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Dim 1 Fév 2015 - 14:02

J'ai fini d'écouter Astralis par la RIAS. L'œuvre est très belle, mais avec ce chœur, la pâte est sacrément brahmsienne, tout de même : on perd sur les tensions et les angles, on dirait vraiment une œuvre postromantique avec quelques petites tensions supplémentaires comme les Nordiques en ont tant écrit au XXe siècle. Harmonie totalement fonctionnelle et lisible.
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lulu
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Dim 29 Mar 2015 - 17:25

Je réécoute et conseille cet album :



Des œuvres très différentes.
D’une part „CONCERTO“, Dithyrambe für Streichquartett und Orchester (2000). Ici on est plutôt du côté du Rihm « méchant », vif et impétueux, hargneux presque. Rihm décrit le quatuor à cordes comme une bête à quatre têtes qui se déchaine dans une cage (l’orchestre). Des lignes directrices, comme toujours, des climax d’une grande puissance expressive, mais aussi quelques moments suspendus, plus calmes. L’œuvre dure 25 minutes et est interprété par le Quatuor Arditti et l’orchestre symphonique de Lucerne dirigé par Jonathan Nott.
De l’autre côté, on a les deux concertos pour piano Sotto voce (1999 et 2007). Le premier est sous-titré « Notturno » et le second « Cappricio ». Par rapport à l’œuvre précédente, c’est beaucoup plus calme, jovial même, une ambiance de salon viennois. L’orchestre est aussi considérablement plus réduit. Les deux concertos sont écrits, parfois jusqu’au pastiche, dans un esprit mozartien (surtout le second, plus sautillant), et aussi je pense en référence à un romantisme tardif, peut-être Straussien. 17 et 11 minutes respectivement, soliste Nicolas Hodges.
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lulu
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Dim 29 Mar 2015 - 17:37

on l’a déjà cité de nombreuses fois, sur ce fil et ailleurs, mais je signale à nouveau :



Jagden und Formen, pour orchestre (traité comme un ensemble), fait partie des nombreux work in progress de Rihm (on trouve d’ailleurs des enregistrements de versions antérieures, si ça vous intéresse). Il l’a d’ailleurs poursuivi depuis cet enregistrement (version 2001). Prodigieux perpetuum mobile, cette œuvre, qui possède une grande force/violence, mais aussi une certaine ascèse et “homogénéité” (ce n’est pas toujours le cas chez Rihm), c’est-à-dire qu’on peut appliquer ce que dit Rihm à propos de Dérive 2 : « ich höre Bach, Bach in einer neuen Verwirklichung ». C’est à mon avis une de ses plus grandes réalisations.


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Golisande
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Dim 29 Mar 2015 - 17:38

Very Happy
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Rav-phaël
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Dim 29 Mar 2015 - 17:39

merci pour ce conseil mains . 
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Dim 29 Mar 2015 - 17:42

Oui, Jagden und Formen est vraiment un des sommets de Rihm, et le disque de Dominique My un des meilleurs disques de musique contemporaine - et susceptible d'en réconcilier beaucoup avec le contemporain même «atonal», je pense.
Pour les versions antérieures de l'œuvre, il y a en particulier Gejagte Form par Zender chez Kairos.
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tod
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Dim 29 Mar 2015 - 20:47

lucien a écrit:
Je réécoute et conseille cet album :



Des œuvres très différentes.
D’une part „CONCERTO“, Dithyrambe für Streichquartett und Orchester (2000). Ici on est plutôt du côté du Rihm « méchant », vif et impétueux, hargneux presque. Rihm décrit le quatuor à cordes comme une bête à quatre têtes qui se déchaine dans une cage (l’orchestre). Des lignes directrices, comme toujours, des climax d’une grande puissance expressive, mais aussi quelques moments suspendus, plus calmes. L’œuvre dure 25 minutes et est interprété par le Quatuor Arditti et l’orchestre symphonique de Lucerne dirigé par Jonathan Nott.
.

Une description bien appétante !

De fait, je l'écoute en ce moment sur Tutube.
Cela me plait beaucoup... Me ferais-je jeter des tomettes si j'avoue penser à Schnittke sans les pastiches ?
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lulu
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Mar 31 Mar 2015 - 21:23

tod a écrit:
Cela me plait beaucoup... Me ferais-je jeter des tomettes si j'avoue penser à Schnittke sans les pastiches ?

je n’y aurais pas pensé de prime abord, mais je pense que je vois très bien ce que tu veux dire. Wink

sinon, j’ai réécouté ceci aujourd’hui :



Étude d’après Séraphin für instrumentale und elektronische Klänge (1997). L’œuvre fait partie d’un cycle Séraphin (Artaud est dans la place), à ne pas confondre donc avec l’Étude pour Séraphin. La partie électronique est crée à partir d’enregistrements instrumentaux et vocaux d’autres œuvres du même cycle, transformés jusqu’à être méconnaissables, et presque toujours dans l’extrême grave, roches magmatiques. Écrire une musique primitive, rituelle, est une préoccupation constante chez Rihm (voir par exemple Tutuguri), mais ici cet aspect atteint une dimension particulière. C’est une musique primordiale, pré-culturelle, instinctuelle, sédimentaire. Elle ne remonte presque jamais des sombres profondeurs souterraines dont la bande préenregistrée annonce dès le début les couleurs. L’effectif instrumental est constitué de trois percussionnistes, deux harpes, deux contrebasses et quatre trombones. Les cuivres sont incantatoires, fréquemment saturés dans les graves. Les percussions (écriture magnifique) sont primitives, mais complexes, chaotiques, très loin du primitivisme de Stravinsky qu’on retrouve dans certains Rihm. Quant aux harpes et contrebasses, il suffit de comparer à Okanagon de Scelsi.
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lulu
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Jeu 2 Avr 2015 - 0:57

Bon, je continue. Mr. Green

Découverte cette fois :



Über die Linie II (1999) / Coll’arco (2007/8 )
Deux concertos récents (et d’une esthétique assez proche), l’un pour clarinette et l’autre pour violon (le quatrième), ici interprétés par les dédicataires et créateurs, les frère et sœur Jörg et Carolin Widmann. Sans entrer dans les détails après une première écoute, c’est ici un Rihm assez serein mais très lyrique, un peu mystérieux aussi... et fort beau. Il m’a fait penser à Dusapin, pour le coup, sans ce côté mélodie orientalisante sur fond vaporeux. Cela reste d’ailleurs une musique très germanique, avec beaucoup de réminiscences romantiques (brahmsiennes ?).

*

Et autre découverte, Sphäre um Sphäre pour 11 instruments (1992–2003), qui appartient encore à un autre cycle.
La musique pour ensemble de chambre de Rihm est fréquemment plus post-webernienne que le reste, et c’est le cas avec cette œuvre qui me rappelle beaucoup Kreuzspiel. Pourtant, ça fourmille d’allusions tonales, et puis je ne sais pas... c’est vraiment magnifique, peut-être une des choses qui me touchent le plus dans ce que j’ai écouté de lui (il en a écrit, des choses !)... cette suspension, ces atmosphères... et ensuite cette énergie dans la deuxième moitié...

27 minutes, par l’ensemble recherche, ici :

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lulu
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Ven 3 Avr 2015 - 12:41

une nouveauté chez ECM :



ET LUX pour quatuor vocal et quatuor à cordes (2009)
Huelgas Ensemble
Minguet Quartett
Paul Van Nevel

C’est encore plus néo et/ou archaïsant que les Sieben Passions-Texte dont on a parlé plus haut. Tradition des polyphonies renaissantes et médiévales, un peu moins du madrigal que dans l’œuvre précitée, avec un côté planant assumé. Le texte est constitué de fragments du Requiem, mais altérés et désordonnés, davantage envisagés comme des réminiscences. Le quatuor à cordes, à côté de quelques passages plus expressionnistes qui rappellent les quatuors du compositeur, se mêle en général formidablement aux voix... et quelles voix ! L’ensemble Huelgas, qui a déjà chanté dans la même configuration l’œuvre il y a quelques années, est constitué ici de huit voix, puisque chaque partie (contreténor/soprano, ténor, ténor, basse, soit cantus, altus, tenor, bassus) est doublée. Elles sont accompagnées par le quatuor Minguet, qui a enregistré au disque les douze premiers quatuors numérotés de Rihm. Cela dure juste une heure.
J’ai un peu laissé de côté les questions de prosodie, de texte/musique, etc., parce que c’est très loin d’être ma spécialité, mais si quelqu’un veut ajouter quelque chose...
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Mar 14 Avr 2015 - 19:28

Musik für drei Streicher (1977)

Rihm a composé Musik fur drei Streicher en 1977, à une époque où sa musique (ses revendications d’expression, de l’allusion, d’une conception de l’art sans concept où l’œuvre étonne son propre créateur, etc.) était encore très mal reçue. 1977, c’est un an après le (magnifique) troisième quatuor à cordes, avec lequel ce trio partage une même esthétique, jusque dans ses allusions bartókiennes et surtout beethoveniennes (le Beethoven des derniers quatuors), avec même dans ce cas de discrètes citations. Tantôt furieux, motorik, tantôt émouvant, toujours très expressif, à fleur de peau, sans aller peut-être jusqu’au lyrisme du solo de violon dans le dernier mouvement du troisième quatuor. Il y a peut-être quelques longueurs (en tout cas à la première écoute, il faut dire que cela dure quasi une heure), mais j’aime beaucoup. Very Happy



Dernière édition par lucien le Dim 27 Sep 2015 - 15:50, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Ven 22 Mai 2015 - 13:10

J’ai encore écouté pour comparer Arditti (Montaigne) et Minguet (Col Legno) dans le troisième quatuor, et je confirme, pour moi y a pas photo...

Déjà, je trouve l’interprétation des Minguet timorée et malingre, je n’entends pas la force et le lyrisme de la version Arditti. Mais ce n’est pas tout... Dans certains mouvements, on dirait que ce qu’ils jouent n’a aucun sens, je n’entends pas beaucoup de direction, alors que tout semble évident avec le quatuor Arditti... et désolé mais par moments c’est juste mal articulé, à d’autres les instruments sont vacillants, voire pas loin d’être faux. Alors moi je veux bien qu’on fasse l’éloge de la fragilité, mais le problème c’est que pour une œuvre comme celle-ci, si on n’a pas suffisamment de robustesse et d’assurance, on ne peut pas faire entendre la subtilité et, précisément, la sensibilité de l’œuvre (ni son évidence, encore une fois).
En fait, je ne trouve pas beaucoup de personnalité ou de particularités à cet enregistrement... c’est juste (beaucoup) moins bien — toujours à mon avis, bien sûr.

Ça m’embête, parce que cela ne me motive pas tellement à écouter tous les quatuors de Rihm que je ne connais pas...
(et je comprends un peu mieux le jugement de David « ce type de langage s’adapte moins bien à la musique de chambre » après son écoute des quatuors [lesquels ?] par le quatuor Minguet, jugement que je trouve légèrement à côté de la plaque, désolé de le dire — encore dire ça pour Murail voire Mantovani, pourquoi pas, mais pour Rihm, pardon, mais...)
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lulu
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Lun 8 Juin 2015 - 21:10

ces deux cd sont formidablement passionnants  :

Citation :
Wolfgang Rihm (1952–),

  Streichquartett Nr. 11 (1998/2010)
  Interscriptum, Duo für Streichquartett und Klavier (2000/2)
  Grave für Streichquartett (2005)

        Minguet Quartett
        Markus Bellheim, piano



Citation :
Wolfgang Rihm (1952–),

  Streichquartett Nr. 12 (2000/1)
  Fetzen 1–8 für Akkordeon und Streichquartett (1999–2004)
  Interscriptum, Duo für Streichquartett und Klavier (2000/2)

        Arditti String Quartet
        Teodoro Anzellotti, accordéon
        Nicolas Hodges, piano


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shushu
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Mer 10 Juin 2015 - 0:36


C'est l'Or du Rihm ?
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lulu
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Jeu 9 Juil 2015 - 14:34

J’ai réécouté le cycle Verwandlung. Il s’agit de six pièces pour orchestre durant autour de 15 minutes chacune (9 à 18 dans les enregistrements que j’ai), composées entre 2002 et 2014. Verwandlung c’est-à-dire métamorphose : on a souvent des transformations de matériaux, de thèmes assez clairs au départ. Les timbres sont aussi très changeants, et la richesse orchestrale caractérise d’ailleurs ces œuvres. Autre caractéristique, c’est leur style très « romantisme tardif », avec beaucoup d’allusions. Même s’il y en a quelques réminiscences dans les autres pièces, le thème du début du douzième quatuor à cordes est surtout présent dans la première et la dernière pièce du cycle. Ces deux œuvres sont beaucoup plus calmes (mais intenses) que les autres, et ont des allures de mouvements lents de symphonie. J’aime beaucoup... et en fait je n’aime pas trop les quatre autres, un peu trop « gros orchestre tonitruant » pour moi.

Les quatre premières pièces existent en cd chez Hänssler ; pour les autres il faut pour l’instant au moins se tourner vers des enregistrements radio.
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Golisande
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Jeu 9 Juil 2015 - 19:01

... Va falloir que j'écoute du p..... de Rihm, moi ...
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B&mol
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Jeu 9 Juil 2015 - 19:45

N'y a-t-il pas quelqu'un ici prêt à guider les ignorants dont je suis à travers la musique de chambre de Rihm et ses quatuors en particulier ?

J'ai des envies de grisaille sublime et de rudesse tendre. A-t-on quelque idée, un mouvement lent pour quatre cordes peut-être, sinon tout un quatuor ?
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lulu
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Jeu 9 Juil 2015 - 20:08

j’adore les quatuors de Rihm, mais je ne les connais pas encore très bien, et ne les ai d’ailleurs pas tous écoutés.
si j’ai bien vu tu as déjà écouté le troisième et le onzième ; dans le onzième, le court deuxième mouvement est un grand moment de beauté simple, je trouve (et c’est vraiment très consonant).
sur les cd que j’ai cités juste au-dessus, Grave (plutôt sinistre) et le douzième (plutôt frénétique) sont très très bien ; Interscriptum est un remake du douzième avec juste un piano en plus.

(sinon, je prépare quelque chose sur les concertos pour violon.)
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B&mol
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Jeu 9 Juil 2015 - 20:42

Merci lucien pour ces indications. J'ai en effet écouté le troisième quatuor en tranches, ma fâcheuse connexion n'aimant pas beaucoup Spotitruc, et n'ai eu droit qu'au dernier mouvement du onzième, comme j'avais mal choisi ma source. Cela aura tout de même suffit à me séduire, aussi en désiré-je plus.

Je m'en vais écouter le n°11 dans son intégralité.

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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Sam 12 Sep 2015 - 11:16

Mélomaniac a écrit:
Je sens bien des variations d'ambiance, des segments, des récurrences, mais dans cette coulée globale (l'oeuvre s'annonce monopartite) j'ai un peu de mal à poser des repères structurels après cette première écoute.
Habitué à la musique tonale et architecturée selon les canons classiques, je me pose toujours la même question à la fin de ce type de musique contemporaine, ainsi construite : pourquoi s'arrêter ainsi (et ici), pourquoi ça ne continue pas (alors que je n'ai rien perçu qui annonce une conclusion). Bref la question de la nécessité expressive, de la communication d'une forme intelligible.

En tout cas, j'aime bien cette énergie conquérante et viscérale qui innerve toute l'oeuvre, et vectorise sa progression.
Instrumentalement c'est fascinant, surtout que l'interprétation est virtuose à souhait.

La première (et la dernière siffle ) fois que j'ai écouté du Rihm, je devais avoir une quinzaine d'années.

Là ça me donne envie d'en écouter davantage de lui.


Mélomaniac, in playlist, a écrit:

Wolfgang Rihm (1952-) :

Jagden und Formen

= Dominique My, Ensemble Modern

(DG, août 2001)


DavidLeMarrec a écrit:
Rassure-toi, tu n'es pas seul dans ce cas. J'aime assez Jagden und Formen, mais je n'entends que les flux moi aussi. C'est valable pour les Quatuors aussi (où, chatoyance orchestrale en moins, surtout vu son bel usage des vents, je trouve qu'on s'amuse moins), ce n'est pas le cas d'un assez grand nombre d'œuvres de son catalogue, où il n'hésite pas à convoquer nombre de références furtives, de la Renaissance au romantisme… Des bouts de contrepoint archaïsant, de chorals, de soudains épanchements, une écriture vocale réminiscente de Verdi ou Brahms, etc.  

Si ça ne t'a pas rebuté, tu devrais pouvoir t'amuser avec quelques œuvres mentionnées dans ce fil !  

lucien a écrit:
pour les quatuors au moins tu devrais faire un effort...
EDIT. ah mais oui, je me rappelle que tu t’obstines à éviter Arditti... alors je comprends.

DavidLeMarrec a écrit:
Mais non, j'ai écouté les Rihm par les Arditti… et par les Minguet récemment. Mais c'est très différent des œuvres que j'aime chez lui, qui ont un lien avec le passé ou une direction intelligible. Là, c'est on est vraiment dans du contemporain-pour-quatuor, et ça exalte souvent plus les faiblesses que les qualités de ce type de musique. (À tout prendre, j'ai pris plus de plaisir avec ceux de Ferneyhough, qui au moins sont rigolos, et ont une direction générale pas trop difficile à suivre, même si j'ai au bout du compte le même genre de réserve sur la lisibilité et la nécessité – exactement ce que décrit Mélo, je n'arrive pas à voir pourquoi telle durée, pourquoi tel enchaînement…)  

lucien a écrit:
DavidLeMarrec a écrit:
Mais non, j'ai écouté les Rihm par les Arditti… et par les Minguet récemment.

Eh bien réécoute : les 3 et 12 par les Arditti. C’est tout à fait ce que j’ai ressenti quand j’ai comparé le 3 par Arditti et Minguet : même en le connaissant très bien, chez Minguet la logique de progression ne m’apparaissait pas, ou pas souvent.

DavidLeMarrec a écrit:
Mais c'est très différent des œuvres que j'aime chez lui, qui ont un lien avec le passé ou une direction intelligible. Là, c'est on est vraiment dans du contemporain-pour-quatuor, et ça exalte souvent plus les faiblesses que les qualités de ce type de musique.

Mais pas du tout, David, pas du tout. Il y a plein de références, plein de contrepoints archaïsants, de chorals, de soudains épanchements, etc. Et la direction, évidemment qu’il y a une direction intelligible. Tiens, par exemple, le deuxième mouvement du 11, si ça c’est “vraiment du contemporain-pour-quatuor”... n’importe quoi. Tu es vraiment borné, ça devient ridicule. Ces quatuors (la plupart de ceux que j’ai écoutés) sont de très grande qualité, et je t’assure que je dis rarement ça pour du quatuor contemporain (je pourrais le dire également pour Halffter).
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Sam 12 Sep 2015 - 15:44

Pour revenir à Jagden und Formen, que je viens de réécouter, je trouve qu’on sent tout de même bien la fin. Si on prend la dernière piste du cd, on a au début, après un gros accord cuivré, le retour du motif fondamental de Gejagte Form, puis dans la forme particulière qu’il prend aux cordes au début de Jagden und Formen (forme qu’on retrouve plusieurs fois dans l’œuvre, plus ou moins régulièrement *). Mais à partir de 1’15 environ, on commence à avoir de gros accords épiques et triomphants aux cuivres, avec des allusions tonales très marquées. Le paroxysme est atteint vers 2’00, ça pourrait se trouver dans un film d’aventures, ce truc. Les percussions sont aussi très importantes. Puis les accords se dispersent. Des choses essaient de renaitre de ces accords de plus en plus espacés (en particulier à 3’10), et on a de nouvelles allusions plus discrètes à la figure du début de l’œuvre, un peu de percussions, mais tout ça s’évanouit progressivement jusqu’à la fin.

* et également dans le douzième quatuor à cordes, et donc aussi dans Interscriptum.
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Dim 27 Sep 2015 - 15:52

la (grande) découverte du jour :

Séraphin-Symphonie, pour ensemble et orchestre (2011)

À ce jour la dernière couche du cycle Séraphin d’après Artaud, cette Séraphin-Symphonie dérive du Concerto Séraphin, lui même dérivant de Séraphin III, etc. En fait, la symphonie ajoute aux 16 musiciens du concerto un grand orchestre (bois et cuivres par quatre, percussions, cordes) qui enveloppe l’ensemble. C’est une formidable coulée en un mouvement de 50 minutes. Avec de telles dimensions, l’œuvre est bien sûr monumentale, mais tout en évitant à mon avis la manière bruyante-assomante à la Kontur. Comme dans l’Étude d’après Séraphin dont j’avais un peu parlé, on retrouve cet aspect archaïque omniprésent, c’est-à-dire non pas rappelant quelque œuvre du passé, mais véritablement archaïque, primitif, figurant un chaos primordial. Il y a de longues et belles mélodies dans la dernière section, mais globalement les timbres et les lignes sont très disjoints. En fait, beaucoup d’instruments de l’ensemble sont utilisés (en partie) comme des percussions : coups de pression dans les flute et clarinette basses, coups sourds sur les cordes, les deux pianos, la harpe, etc. Je trouve l’écriture géniale, parce qu’à la fois complexe, chaotique et pourtant très fluide et organique, à la fois continue et discontinue.

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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Ven 2 Oct 2015 - 13:25

Konzert in einem Satz pour violoncelle et orchestre (2005/6)

Encore un très beau concerto (il en a tant écrit !). C’est le troisième concerto pour violoncelle de Rihm après Monodram (1982/83) et Styx und Lethe (1997/98), dont plusieurs personnes ont parlé dans ce sujet si j’ai bonne mémoire. C’est tout à fait dans le langage de la plupart de ses concertos récents (ou un peu moins récents), très romantique, lyrique, avec de larges lignes accompagnées par l’orchestre, et beaucoup de tonalité. Je n’ai pas grand-chose de particulier à dire (c’est une musique qui parle d’elle-même), donc je laisse la parole à la violoncelliste, ou plutôt à sa traductrice. « J’ai été frappée tout d’abord par sa difficulté, par son profond romantisme aussi, si idiomatique pour le violoncelle, avec ses lignes amples et souples, et sa riche palette expressive. Et avec ceci, Rihm fait jouer son violoncelliste si souvent dans le registre le plus aigu possible (et en plus il faut que ce soit beau !) que tout peut paraître exagéré et presque hystérique parfois. Sur le plan de la forme, on y trouve aussi beaucoup d’éléments conventionnels, dans la tradition du concerto : des cadences exubérantes, une partie de scherzo drôle, une partie lente pensive, une partie finale hautement virtuose suivie d’une fin vraiment merveilleuse, réconciliée, transfigurée – celle qui m’a le plus touchée, lors de la première répétition – Ce n’est que plus tard que j’y ai découvert bien d’autres choses ! Quand on joue ces dernières mesures, on croit faire ses adieux, en sorte que j’ai toujours l’impression que cette œuvre, avec toute son exagération, représente un dernier sursaut du genre du concerto qui retomberait ensuite dans le néant. »



**

À propos de concertos, j’avais commencé il y a quelques semainesmois à écrire quelque chose sur ceux pour violon, mais mes descriptions étaient inutiles ; je fais rapidement le point. Rihm a écrit cinq concertos pour violon, et on les trouve tous les cinq en cd ! Il s’agit de Lichtzwang (1975/76), Gesungene Zeit (1991/92), Dritte Musik (1993), Coll’arco (2007/8 ) et Lichtes Spiel (2009).

Le premier, Lichtzwang, est sans le plus singulier. 1975, c’est l’époque de Dis-Kontur. On pourrait donc s’attendre à une grosse machine orchestrale très bruyante, et en fait... oui et non. Du côté de l’orchestre, on a tantôt des gros aplats très riches, puissants, très chargés harmoniquement, une lumière sombre et aveuglante, ailleurs des passages assez cacophoniques, avec pas mal de percussions, des moments où l’orchestre semble quasi absent, etc. À côté de ces forces obscures, le violon est souvent comme bloqué dans les extrêmes aigus, assez lyrique mais très tendu. À deux reprises l’orchestre s’embarque dans une sorte de polyphonie consonante, à laquelle le violon solo se joint. Il y a sans doute de la citation ou au moins de l’allusion dans l’histoire, mais je ne sais pas de quoi. En bref, c’est loin d’être ce que je préfère chez Rihm, mais vu comment j’ai apprécié Dis-Kontur, je pouvais m’attendre à bien pire.

Même si déjà plus proche des trois autres, le troisième est aussi assez particulier, mais je ne l’ai plus en tête. Je dirais qu’il est plus “gris”, et aussi que les percussions ont une place très importante. Plutôt sombre et violent.

Quant au trois autres, on est dans une veine assez proche du concerto pour violoncelle que je viens d’évoquer, c’est-à-dire davantage dans la lignée de Mendelssohn-Brahms. L’orchestre est habituellement au second plan, et le violon chante véritablement, fréquemment serré dans les aigus. C’est très beau, lyrique, souvent apaisé, avec parfois quelques agitations du côté de l’orchestre et/ou du soliste. Il me semble que ça peut être une porte d’entrée à la musique de Rihm, en particulier les deux créés et enregistrés par Anne-Sophie Mutter (2 et 5).

   

   

(le 3 se trouve chez Wergo et chez Hänssler ; il s’agit du même enregistrement.)
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Mer 21 Oct 2015 - 17:42

(je continue mon monologue.)

Fremde Szenen (1982–84)
Trois trios pour piano composés entre 1982 et 1984, 45 minutes environ au total ; c’est presque qu’un classique de Rihm, ç’a été enregistré plusieurs fois et joué régulièrement depuis sa création. Et je trouve ça très bien. Very Happy Le langage est particulièrement tourné vers la tradition, genre de romantisme survolté. Et c’est rempli (davantage que la moyenne de Rihm, disons) de réminiscences et pseudo-citations, de Schumann en particulier, mais pourquoi pas aussi d’autres compositeurs (Beethoven, Brahms, Mahler ?). En fait je dirais que c’est surtout le deuxième, de loin le plus long, qui correspond à cette description, très animé et explicitement tourné vers Schumann (donc presque néo). Dans le premier, tantôt violemment obstiné tantôt méditatif, le rapport au passé semble plus distancié est le langage ailleurs. Le troisième commence plus calmement et va s’intensifiant mais plutôt vers des climats sombres voire angoissés, et lorgne davantage Brahms et Beethoven, un peu à la Ives. Maintenant que j’y pense ça ne peut être qu’ivesien, ces trucs-là, le deuxième l’est beaucoup aussi.
(J’ai écouté, deux fois déjà, le Beethoven Trio Ravensburg chez CPO.)
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Mer 21 Oct 2015 - 19:03

lucien a écrit:
(je continue mon monologue.)

Disons que la dernière fois que j'ai voulu en parler, tu m'as envoyé sur les roses, alors forcément, ça refroidit. Mr. Green


Citation :
c’est presque qu’un classique de Rihm, ç’a été enregistré plusieurs fois et joué régulièrement depuis sa création.

Et même par des trios qui ont par ailleurs une véritable renommée (je veux dire par là qui ne sont pas obligés d'enregistrer du contemporain pour se trouver une place), comme le trio Jean Paul.

Effectivement, dans le deuxième mouvement, il y a des citations littérales du Premier Trio de Schumann, avec un collage assez sympa, un passage d'un langage à l'autre en permanence.

Je n'avais pas du tout aimé à mes premières écoutes (par le Trio Beethoven, très abrupt et strident – j'avais acheté ça quand c'était sorti), mais joué avec plus de générosité (par les Jean Paul, justement), ça fonctionne assez bien – surtout quand c'est du Schumann, certes. Mr. Green

Sur la durée, ça reste un peu défragmenté, avec des obsessions pas toujours plaisantes… ça sonne quand même un peu comme de l'aimable bricolage pour moi – qui pimente le Schumann original, mais qui n'a pas forcément de valeur propre très élevée, à mes yeux.
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Mer 21 Oct 2015 - 19:18

DavidLeMarrec a écrit:
Disons que la dernière fois que j'ai voulu en parler, tu m'as envoyé sur les roses, alors forcément, ça refroidit. Mr. Green

pas vraiment, c’est plutôt quand tu te lances dans des généralisations douteuses et répétées sur la musique de chambre écrite depuis la mort de Strauss.
(remarque que plus haut dans ce fil je m’étais contenté d’un mais soit, c’est vraiment la répétition qui m’a excédé — à tort, sans doute.)

ah, bien, tu parlais sans cesse d’un trio pour piano, je me suis toujours demandé de quoi il s’agissait.
et je me suis demandé si c’était ça ton exemple récurrent pour cette histoire de la musique de chambre, parce que... scratch
(et malingre, je ne comprends pas non plus.)

DavidLeMarrec a écrit:
Je n'avais pas du tout aimé à mes premières écoutes (par le Trio Beethoven, très abrupt et strident – j'avais acheté ça quand c'était sorti), mais joué avec plus de générosité (par les Jean Paul, justement), ça fonctionne assez bien – surtout quand c'est du Schumann, certes. Mr. Green

ah, c’est amusant, j’ai imaginé le contraire. Mr. Green
au début de ce fil tu dis aimer les “trios et quatuors”, et c’est dans des posts plus récents que tu es très critique (bien plus critique que ça fonctionne assez bien...).

DavidLeMarrec a écrit:
Sur la durée, ça reste un peu défragmenté, avec des obsessions pas toujours plaisantes… ça sonne quand même un peu comme de l'aimable bricolage pour moi – qui pimente le Schumann original, mais qui n'a pas forcément de valeur propre très élevée, à mes yeux.

pas d’accord (certainement pas défragmenté pour le 2 et le 3), mais c’est pas grave.
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Mer 21 Oct 2015 - 19:28

lucien a écrit:
et je me suis demandé si c’était ça ton exemple récurrent pour cette histoire de la musique de chambre, parce que... scratch
(et malingre, je ne comprends pas non plus.)

C'était un exemple marquant, oui, parce que même quelqu'un d'aussi plastique et accessible que Rihm semble ne pas avoir trouvé le mode d'emploi. J'ai l'impression que ça ne va réelle dans une aucune direction.

« Malingre », c'est parce que la matière musicale est assez chiche : il y a peu de notes, beaucoup d'emprunts, et les ajouts sont pour large part des ostinatos pas très subtils…


Citation :
au début de ce fil tu dis aimer les “trios et quatuors”, et c’est dans des posts plus récents que tu es très critique (bien plus critique que ça fonctionne assez bien...).

Je n'ai jamais aimé celui-là, donc je suppose que ce devait être un trio à cordes (ou que je me suis cru dans un fil Kurtág Mr. Green ), je ne vois pas quoi d'ailleurs. Mais ça remonte à dix ans, ledit message, donc qu'est-ce que j'avais précisément écouté à cette époque-là…

C'est vrai, je suis globalement devenu plus critique – parce que j'ai consacré beaucoup plus d'efforts à la musique contemporaine qu'à la plupart des autres périodes, et que j'ai finalement l'impression de n'être pas plus avancé et d'arriver certes à apprécier, mais toujours de l'extérieur, spectateur de logiques totalement imperméables. Et je trouve que demander plus d'efforts pour moins de plaisir et même pas un peu de familiarité, c'est cher payé.


Citation :
pas d’accord (certainement pas défragmenté pour le 2 et le 3), mais c’est pas grave.

Le I l'est particulièrement, mais même le II, qui suit des schémas harmoniques traditionnels, reste parcouru de soubresauts appliqués à des fragments, ce n'est quand même pas de la forme sonate, quoi.
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Mer 21 Oct 2015 - 19:41

DavidLeMarrec a écrit:
C'était un exemple marquant, oui, parce que même quelqu'un d'aussi plastique et accessible que Rihm semble ne pas avoir trouvé le mode d'emploi. J'ai l'impression que ça ne va réelle dans une aucune direction.
(...)
C'est vrai, je suis globalement devenu plus critique – parce que j'ai consacré beaucoup plus d'efforts à la musique contemporaine qu'à la plupart des autres périodes, et que j'ai finalement l'impression de n'être pas plus avancé et d'arriver certes à apprécier, mais toujours de l'extérieur, spectateur de logiques totalement imperméables. Et je trouve que demander plus d'efforts pour moins de plaisir et même pas un peu de familiarité, c'est cher payé.

je trouve ça vraiment bizarre que tu ressentes ça vis à vis de cette musique.
je suis désolé, je ne comprends vraiment pas.
encore, que la matière musicale ne soit pas très abondante, c’est possible, mais sans direction ou sans familiarité ? ce n’est pourtant pas comme si tu n’étais pas habitué à la musique récente ni à Rihm en particulier... ni à la musique de chambre en général...
je suis sûr que tu trouves ça normal et facilement explicable, mais pour moi ça reste vraiment un grand mystère.
j’ai tort de m’échauffer quelquefois sans doute, mais je trouve ça triste que tu restes insensible à l’évidence et la direction justement des quatuors notamment (ou de certains des quatuors).

(plutôt 5 ans, et c’est peu relativement si tu connais cette œuvre depuis... euh, 1993 ?)
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Mer 21 Oct 2015 - 21:43

lucien a écrit:
ou sans familiarité ?

Le dernier paragraphe répondait à tes remarques générales et ne concernait pas vraiment Rihm (justement l'un de ceux que je continue à suivre et chez lequel je trouve souvent mon compte).

Par familiarité, je voulais dire que je ne percevais toujours pas, après tout ce temps, la logique interne de la plupart des langages (mêmes tonals d'ailleurs) utilisés. Et que c'est un peu frustrant.


Citation :
mais je trouve ça triste que tu restes insensible à l’évidence et la direction justement des quatuors notamment

Mais moi aussi ! Je me sens beaucoup plus à l'aise dans le rôle du prophète hirsute un peu seul dans son amour éperdu pour tel ou tel sous-maître que dans le sévère réprobateur de la décadence du sérieux des compositeurs.

Par ailleurs, vu que j'aime beaucoup d'autres Rihm, j'aurais bien voulu profiter de celui-là.


Citation :
(plutôt 5 ans, et c’est peu relativement si tu connais cette œuvre depuis... euh, 1993 ?)

Ah non, je croyais que le disque était plus récent (les disponibilités de CPO sont courtes en général sur JPC). J'ai dû l'acheter vers 2003.
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Ven 1 Juil 2016 - 1:12




Symphonie «Nähe Fern»
Hans Christoph Begemann (baryton), James Gaffigan / Luzerner Sinfonieorchester
Lucerne, VI.2012
Harmonia Mundi


Incontestablement l'œuvre la plus «néo-postromantique» de Rihm que j'ai entendue à ce jour. Cette symphonie se compose de quatre mouvements orchestraux, originellement conçus séparément, chacun devant constituer une sorte d'apostille pour chacune des quatre symphonies de Brahms - un lied avec orchestre, Dämmerung senkte sich von oben, étant intercalé entre les deux premiers. On a à faire ici à une œuvre dont le langage est totalement postromantique - tantôt tirant plutôt sur des espèces de moirures sombres à la Schmidt, tantôt (et en fait le plus souvent) rappelant les harmonies plus vénéneuses des Symphonies de chambre de Schoenberg. C'est vraiment très étonnant - à part quelques ostinati de woodblock et quelques traits insistants des bois dans le registre aigu, typiquement rihmiens, je suis certain que la plupart ici répondraient plutôt «Schreker» que «Rihm» en écoutant l'œuvre dans un BT.

Ce qui est le plus étonnant, c'est que l'œuvre soit l'exacte contemporaine de la Seraphin-Symphonie dont Lucien parlait un peu plus haut (et je pense que Lucien ne doit pas trop aimer Nähe Fern, non par a priori anti-néo mais parce que l'œuvre joue à fond sur le gros orchestre postromantique germanique un peu opaque, qui est un peu tout ce que notre camarade n'aime pas dans le répertoire romantique, si j'ai bien compris). On a l'impression que Rihm va toujours plus loin dans son espèce de double postulation entre l'expérimental et la tradition. (Ça me fait d'ailleurs un peu penser à la démarche d'un Gerhard Richter en peinture.)

Personnellement, j'ai beaucoup aimé, mais non sans une certaine gêne: disons que si Rihm maintient cette double postulation dans son œuvre, j'aimerai sans réserve; mais si Nähe Fern doit être la première étape d'une nouvelle manière tout uniment néo-décadente épaisse, je ne pourrai m'empêcher de penser que c'est un peu dommage.
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Jeu 7 Juil 2016 - 0:53

Je réécoute le Deuxième Quatuor à cordes "Im Innersten", conseillé par le grand lucien, et je suis encore une fois émerveillée par la beauté et surtout l’accessibilité de cette pièce, extrêmement riche en atmosphères, et dont il se dégage un lyrisme déchirant, absolument irrésistible.

Tout en explorant un certain nombre de textures différentes (ex : le petit bourdonnement - crachotement à la fin, les pizz qui s’énervent, les envolées des violons …), on [du moins, je] ressent clairement un sentiment d’unité à travers les 6 mouvements.

C’est très loin de l’ascétisme auquel on peux s’attendre (quatuor + contemporain …) :
dans le 1è mouvement, vers 2’, le discours plutôt abrupt est interrompu par un passage très dansant, dans le 2è mouvement, vers 2’10, il y a un passage très mélancolique, très lyrique (j’imagine que c’est celui dont parle Cello en page 1).

Le 6è mouvement, qui succède à un 5è plus violent et ardu, est plus long, 10 min environ, et voit se succéder un certain nombre de climats différents.
Le début captive tout de suite l'attention, avec ces petits éclats très succincts qui surgissent de la masse.
C'est assez dense, certains passages sont plus difficiles (notes super aigues, grands glissandi), tempérés par d'autre moments plus consonants (grands élans vers 7'10 à peu près). La fin est très réussie!

Infiniment plus facile d’accès que les quatuors d’un Bartók ou d’un Lutoslawski, amha, très expressif et très beau plastiquement.

Je vais essayer la Symphonie "Nähe Fern", ça devrait me plaire, au vu de la description de Benedictus (le Schoenberg des Symphonies de chambre, Schreker, Schmidt!).
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Jeu 7 Juil 2016 - 0:55

Smile Je précise que les minutages -approximatifs- sont tirés de l'enregistrement du Quatuor Arditti (CD dispo en médiathèque).
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Jeu 7 Juil 2016 - 2:34

Bon, j'écoute en ce moment même le quatrième quatuor à cordes de Wolfgang Rihm et je ne peux dire qu'une seule chose : J'ADORE ! C'est assez unique que j'apprécie autant une oeuvre du compositeur allemand (j'ai tenté le troisième quatuor, j'ai pas du tout aimé...), peut-être est-ce principalement dû aux allusions à la musique de Janacek ?

Autrement, j'ai eu la chance de voir le compositeur en chair et en os lors d'une journée exceptionnelle organisée par la Haute Ecole de Musique de Lausanne, en novembre 2015, autour de son oeuvre (il y a d'ailleurs eu une analyse sur le présent quatuor). C'était très émouvant, le compositeur s'exprimait en allemand. Cependant, depuis ce jour-là, j'ai compris une chose très importante : la composition est un processus de toute une existence (dixit W. Rihm), elle commence et ne s'arrête jamais, du moins jusqu'à la dernière bouffée d'oxygène.

J'ai hésité à poster un message sur lui pendant longtemps parce que j'ai été très surpris de sa réaction vociférante lors d'une répétition publique de l'un de ses concertos pour violon (1991-92), sûrement un sérieux coup de fatigue, mais ça m'a beaucoup refroidi je dois bien l'avouer (en tout cas, j'ai été déçu, arriver à injurier le public en allemand soit disant parce qu'il y avait trop de bruit alors que ce n'était pas forcément le cas. Il faut dire qu'il restait peu de monde à la fin de la répétition, j'y ai tenu jusqu'au bout...). Un vrai compositeur ne perd jamais son sang froid !
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Sam 24 Sep 2016 - 23:56

Je me rends compte que Lucien en avait déjà parlé (moi-même, j'avais dû me fendre d’un lapidaire commentaire laudatif en playlist la première fois que je l’avais écouté); ma note d’écoute fera peut-être un peu double emploi, du coup (en fait, non, je vois que Lucien trouvait ça très néo, alors que moi non - bien moins que les Passionstexte - et nous n’avons pas forcément eu la même perception du fonctionnement de l’œuvre.)



ET LUX (2009) pour ensemble vocal et quatuor à cordes
Paul Van Nevel / Huelgas Ensemble, Quatuor Minguet
Anvers, II.2014
ECM


Une méditation sur des fragments du texte liturgique du Requiem mais disséminé, déconstruit, et comme recousu autour de quelques phrases-pivots, et relevant d’une «mystique négative» - l’œuvre d’un agnostique inquiet.

L’œuvre consiste en une sorte de mouvement spiralé, procédant à la fois d’une circularité dans le retour des textes jouant sur la remémoration et d’une stratification des textures vocales et instrumentales, des dynamiques et des rythmes. Cette spirale paraît évoluer entre deux pôles: d’un côté, celui, lumineux, d’une polyphonie étale et consonnante sur le modèle renaissant; de l’autre celui, obscur, d’un chant dissonant utilisant toutes les ressources de l’écriture «anti-vocale» contemporaine (d’une espèce de sprechgesang rauque aux sauts d’octave les plus inconfortables) - le quatuor à cordes semblant ici aiguillonner les voix par une sorte de discours non-verbal tourmenté et véhément (et qui assure peut-être la construction dynamique de l’ensemble).

C’est dense, austère, souvent angoissant, très abrupt et mais aussi parfois d’une sorte de beauté suspendue.

Prestation admirablement engagée du plus beau chœur de musique ancienne, et d’un excellent quatuor.
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André
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Lun 24 Oct 2016 - 0:49

J'ai écouté cette semaine Vers une symphonie fleuve IV (1998) et j'ai bien aimé. Je vais explorer Jagden und formen.
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Sam 26 Nov 2016 - 12:29

Réécouté cette semaine:



„CONCERTO“ Dithyrambe (2000) pour quatuor à cordes et orchestre
Quatuor Arditti, Jonathan Nott / Luzerner Sinfonieorchester
Lucerne, III.2007
Kairos


Peu de choses à ajouter à ce que
lucien a écrit:
Ici on est plutôt du côté du Rihm « méchant », vif et impétueux, hargneux presque. Rihm décrit le quatuor à cordes comme une bête à quatre têtes qui se déchaine dans une cage (l’orchestre). Des lignes directrices, comme toujours, des climax d’une grande puissance expressive, mais aussi quelques moments suspendus, plus calmes.
... si ce n’est pour préciser un peu:

- Ce côté «‟méchant”, vif et impétueux, hargneux presque» relève ici de l’extrême tension des lignes - en particulier du quatuor - d’une espèce d’expressionnisme déclamatoire, plus que du coloris fauve ou de la violence éruptive ou «pulsée» qu’on trouve ailleurs chez Rihm (Tutuguri ou Jagden und Formen pour citer deux œuvres par ailleurs assez différentes...)

- Il me semble tout de même que les «moments suspendus» ne sont pas si ponctuels que ça mais constituent un des deux pôles de l’œuvre - et qu’on trouve entre les deux des moments très intenses, mais plus sur le versant d’un lyrisme plus consonant que sur celui de la violence expressionniste.

Et puis je suis encore une fois de plus frappé de la spécificité de l’écriture percussive de Rihm (que j’aime justement beaucoup pour cela): contrairement à beaucoup d’autres contemporains chez qui la percussion est en grande partie métallique et possède essentiellement une fonction de pulsation, chez Rihm elle me semble beaucoup plus boisée et paraît davantage intégrée à des objectifs de textures ou de couleurs instrumentales.
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lulu
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Lun 9 Oct 2017 - 19:09

Benedictus (ou d’autres, hein), tu avais fait queque commentaire sur la pochette Neos, mais sinon tu en penses quoi du piano de Rihm ?
Parce que autant la musique de chambre ou pour petit ensemble est ce que j’aime le plus chez lui — d’où mes désaccords avec David, car je trouve tout au contraire de lui que ce type de langage non seulement s’adapte très bien mais est fait pour la musique de chambre, y est comme dans son milieu naturel... c’est à ce Rihm chambriste que je pense d’emblée quand je pense à ce compositeur, plus qu’à l’orchestre... —, mais le piano seul, j’accroche de peu à pas du tout... Confused
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Wolfgang Rihm (°1952)   Lun 9 Oct 2017 - 20:45

Disons que je trouve ça pas mal mais peu marquant, en tout cas pas au niveau du Rihm orchestral, choral ou chambriste. En plus, les pièces que j'ai préférées étaient celles qui figuraient déjà sur l'anthologie par Siegfried Mauser chez Kairos.
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