Autour de la musique classique

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 Patrick Hadley (1899–1973)

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greg skywalker
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MessageSujet: Patrick Hadley (1899–1973)   Patrick Hadley (1899–1973) EmptyVen 13 Aoû 2010 - 16:37

Patrick Hadley n'est pas le plus connu des compositeurs anglais du XXeme siècle , loin s'en faut ...
Obscur professeur de musique à l'université de Cambridge ou il est né .
en 1899 et ou il fera toute sa carrière. La première guerre mondiale interrompt ses études , il s'engage alors dans l'armée et se retrouve lieutenant dans le Royal Field Artillery . et héla quelques semaines avant la fin du conflit il est blessé et l'on doit d'amputer d'une partie de la jambe droite.
Il est passé au Royal college of music à londres , en meme temps que constant lambert et gordon jacob , ou il fera connaissance de la pluspart des compositeurs britaniques en vue ( de delius à walton )
L'homme compose peu ( des anthems , quelques poèmes symphoniques , des cantates , de la musique de scène ,quelques songs , au total un vingtaine d'oeuvres publiées) .

Serait ce l'homme d'une seule oeuvre ? "The Trees so High" , ballade symphonique , pour ne pas dire symphonie ( d'ailleurs hadley l'avait nommé symphony avant de se raviser ) . 4 mouvements dont le 4eme Adadio-"the tree so high" ou le baryton et le choeur entre en jeu.
Il finit de composer cette oeuvre en 1931 , la création a lieu l'année suivante par un orchestre et un choeur amateur de cambridge , avant d'etre joué en 1934 par Adrian Boult .
Cette ballade symphonique se base sur un folk song "The trees they grow so high" qui est apparu en 1792 . Il est interressant de noter que benjamin Britten a lui aussi arrangé cette chanson ( Vol. I "British Isles" des Folksong Arrangements ) , mais d'une tout autre façon ( voix et piano , durée 3'30 ...) , la ou hadley developpe durant 34'07 ( dans la version dirigée par Vernon Handley paru chez Lyrita ) . A noter qu'alan stivell et Bob dylan l'ont repris egalement ...

La musique écrite par patrick hadley pour le The Trees so High est poignante , le final en particulier est suffocant d'émotion . Les influences de cette musique bien anglaise sont diverses , et je trouve
que patrick hadley est bien à la croisée des chemins entre le pastoralisme alla vaughan williams ( certains passages du 1er mouvement et le 2eme) , le "moderniste" d'un walton , le romantique echevelé d'un bax , et saluant Elgar dans le final ( le traitement des choeurs en particulier ) . Cette oeuvre si attachante donne bien envie d'approfondir la musique anglaise des années 1930 ... Je ne peux que vous inciter à écouter cette oeuvre merveilleuse .

Je viens de me commander l'autre version qui existe ( la version Chandos par Bamert couplé avec ces oeuvres de Sainton , ce qui me permettra de découvrir d'autres oeuvres de lui : la belle dame sans merci,one morning in spring , lenten meditations ) et le cd de boult chez lyrita ( george butterworth,howells,warlock,et hadley pour one morning in spring )
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Patrick Hadley (1899–1973)   Patrick Hadley (1899–1973) EmptyMer 18 Sep 2019 - 22:46

Patrick Hadley (1899–1973) Hadley10
The Trees so High, Ballade symphonique en la majeur (1931)
Thomas Allen (baryton), Vernon Handley / New Philharmonia Orchestra, Guildford Philharmonic Choir, Carl Pini (violon solo)
Londres, XI.1976
Lyrita


J’avais dit ici (à propos d’Intimations of Immortality de Finzi qui complète le disque) qu’il faudrait que je parle de cette œuvre: c’est que cette «ballade symphonique» en quatre mouvements (le dernier avec baryton soliste et chœur) est vraiment une œuvre très frappante - et qui ne s’épuise pas à la réécoute (je l’ai déjà réécoutée trois fois en une semaine et demie - dont deux fois cet après-midi.)

Comme l’a dit greg skywalker, The Trees so High semble synthétiser les différentes tendances esthétiques de la musique britannique de son temps - mais, au-delà, c’est d’abord une œuvre qui frappe par sa prégnance: l’impact mélodique et rythmique très puissant de son thème de base (comme souvent les composition basées sur une folk song), la façon très extensive de le traiter (par sa distribution dans l’orchestre, par l’utilisation de procédés cycliques à différentes échelles, par la façon d’en faire dériver les thèmes secondaires), de l’amplifier par de fréquents arrière-plans en boucles à l’harmonie tendue ou par des ostinatos... Tout concourt à intensifier le caractère lancinant, presque obsédant, de son matériau thématique. D’ailleurs, autant que les symphonistes anglais du XXᵉ, la musique évoque plus d’une fois Bernard Herrmann - ne serait-ce que par la façon de conjoindre un lyrisme très expansif et une forme d’inquiétude fondée sur des procédés itératifs.

Le début du premier mouvement, Adagio, est particulièrement remarquable, avec son thème qui semble émerger des basses (percussions en sourdine, cordes graves, bassons) puis se propager dans l’orchestre et se ramifier avec une belle ampleur sur fond de boucles des violons - et le mouvement tout entier semble porté par un flux ample mais agité de contre-courants sinueux et de modulations harmoniques qui en relancent sans cesse la tensions. On pense en effet ici souvent à Walton - mais avec un sentiment mélodique plus immédiat.

L’Andante tranquillo qui suit attacca s’inscrit quant à lui de manière très évidente dans la lignée du «pastoralisme» anglais - les solos en écho de hautbois et de clarinette, les harmonies modales folklorisantes, l’écriture ductile en cordes divisées évoquent assez irrésistiblement le Vaughan Williams de la 5ᵉ Symphonie.

Le Vivace rappelle par son écriture rythmique les scherzos en round dance des symphonies de Rubbra, mais encadrant un trio aux couleurs elles aussi très britanniques (avec un solo de violon assez typique); pour autant, des influences continentales s’y manifestent aussi: les tutti éruptifs et déhanchés font plus d’une fois penser à Ravel, tandis que la façon de faire s’effilocher le scherzo par des soli aux harmonies grinçantes évoque parfois Mahler.

Le vaste dernier mouvement semble en effet payer sa dette au Dream of Gerontius d’Elgar - mais avec une écriture orchestrale d’un postromantisme beaucoup plus foisonnant: il faut non seulement citer le prélude instrumental, avec son lent crescendo frémissant aux harmonies houleuses, mais aussi la façon dont l’accompagnement orchestral déploie, autour de la ligne très déclamatoire du baryton solo, ses modulations sinueuses et sa prolifération de textures instrumentales. Si la section chorale qui suit (insérée par de beaux effets de tuilages et discrètement rehaussée  par les cordes) semblent de fait d’une écriture plus conventionnelle, elle s’inscrit bientôt dans une progression lancinante qui va s’amplifiant et se ramifiant (soulignée par des effets assez bombastic mais efficaces - cloche, grands éclats cuivrés, solo de violon) jusqu’à une péroraison au pathos assez poignant, où le baryton solo et les boucles de cordes retrouvent leur place, mais qui se termine dans une magnifique conclusion «suspendue.»

Vraiment un chef-d’œuvre (incroyablement méconnu) du postromantisme britannique, tant par la richesse synthétique de son langage que par son impact direct.

Sinon, grande interprétation: Handley comme toujours idéal pour clarifier le discours et imprimer élan et rebond dans une œuvre qui pourrait facilement verser dans le nébuleux, le pompeux ou le dégoulinant; Thomas Allen, comme à son habitude d’une éloquence impeccable, très «droite» (et son timbre peu distinctif comme sa posture vocale toujours un peu cravatée sont ici plutôt une qualité); des chœurs superbement captés, d’une netteté et d’un détail incroyable (les basses à faible dynamique dans les dernières mesures!) Pour l’orchestre, c’est le New Philharmonia capté par Lyrita: donc assez terne pour ce qui est des couleurs (les solos d’anches sont un peu frustrants en termes de timbres) et avec un spectre très plein - mais avec un détail et des textures qu’on lui connaît rarement dans d’autres captations de la même époque. (Et de toute manière, la seule autre version disponible laisse imaginer quelque chose de beaucoup plus cotonneux: Bamert / Philharmonia capté par Chandos au début des années 90...)
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MessageSujet: Re: Patrick Hadley (1899–1973)   Patrick Hadley (1899–1973) EmptyMar 22 Oct 2019 - 22:49

Je suis en train d'écouter ça, et j'aime beaucoup d'emblée (contrairement à Rubbra et Walton, dont je suis loin d'avoir fait le tour). J'ai une inclination pour la musique anglaise qui ne craint pas l'autocaricature kitschoïde -- à condition que ça n'en devienne pas écœurant comme du Delius...
Cela dit, je n'en suis qu'à ma première écoute, j'ignore donc encore si ça passera le cap de la quatrième... Wink

(J'aurais beaucoup à dire sur plein de choses, hélas je n'ai presque pas de connexion (et j'écris ceci sur mon téléphone)...)
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MessageSujet: Re: Patrick Hadley (1899–1973)   Patrick Hadley (1899–1973) EmptyMar 22 Oct 2019 - 23:00

Very Happy Golisande!
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MessageSujet: Re: Patrick Hadley (1899–1973)   Patrick Hadley (1899–1973) EmptyMar 22 Oct 2019 - 23:06

Very Happy
J'en suis déjà à la deuxième écoute (IV), et j'aime toujours beaucoup. mains
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MessageSujet: Re: Patrick Hadley (1899–1973)   Patrick Hadley (1899–1973) EmptyMar 22 Oct 2019 - 23:09

Je pense en effet que c'est une œuvre assez calibrée pour te plaire.
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MessageSujet: Re: Patrick Hadley (1899–1973)   Patrick Hadley (1899–1973) EmptyMar 22 Oct 2019 - 23:22

Bonne pioche Smile (c'est d'ailleurs ta description qui m'a mis l'eau à la bouche...)
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MessageSujet: Re: Patrick Hadley (1899–1973)   Patrick Hadley (1899–1973) EmptyMar 22 Oct 2019 - 23:25

Heureux d'avoir pu te faire découvrir une œuvre qui t'aura plu - et donné envie de poster (ça faisait un bail)!
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MessageSujet: Re: Patrick Hadley (1899–1973)   Patrick Hadley (1899–1973) EmptyMar 22 Oct 2019 - 23:42

Eh bien, ça aura fonctionné ! Very Happy
(Je vais essayer de poster...)
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MessageSujet: Re: Patrick Hadley (1899–1973)   Patrick Hadley (1899–1973) EmptyMer 23 Oct 2019 - 20:58

Je réécoute cette œuvre - alors que j'ai des centaines d'autres trucs à écouter - tout simplement parce que j'en avais envie... Je cède probablement à une certaine facilité, à une prédilection pour le confort et l'aventure en pantoufles (assez anglais tout ça, soit dit en passant), mais le fait est que je ne suis pas du tout déçu -- sans doute parce qu'il y a une vraie inspiration : cette musique est pour moi d'une évidence absolue, et pourtant je ne m'en lasse pas, comme si je découvrais avec délice de splendides recoins jamais explorés d'un domaine déjà familier...
Cela dit, il va falloir passer à autre chose...
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MessageSujet: Re: Patrick Hadley (1899–1973)   Patrick Hadley (1899–1973) EmptyMer 23 Oct 2019 - 23:17

Golisande a écrit:
cette musique est pour moi d'une évidence absolue, et pourtant je ne m'en lasse pas, comme si je découvrais avec délice de splendides recoins jamais explorés d'un domaine déjà familier...
Oui, c'est à la fois très immédiatement prégnant, d'une complexité qui exalte des paysages harmoniques et des atmosphères timbrales au lieu de les métamorphoser.
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MessageSujet: Re: Patrick Hadley (1899–1973)   Patrick Hadley (1899–1973) EmptyJeu 31 Oct 2019 - 23:48

J'étais en train de m'endormir en écoutant d'autres trucs anglais, et le début de "The Trees so High" m'a réveillé (alors que ce n'est pas vraiment de la techno)...
Du coup, je ne vois pas trop le rapport avec Walton, qui en dépit d'un déploiement de moyens et d'énergie bien plus important, aurait sans aucun doute mieux respecté mon sommeil (tout en le gâchant tout de même un peu).
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MessageSujet: Re: Patrick Hadley (1899–1973)   Patrick Hadley (1899–1973) EmptySam 23 Nov 2019 - 2:29

Je réécoute the Trees so High dans un état moins somnolent que la dernière fois...

Le crescendo sur basse obstinée qui ouvre l'Adagio installe un climat assez sombre (un peu chostakovien), sans jamais tomber dans la lourdeur ni le pathos; à partir de 2:34 on pénètre dans un univers modal on ne peut plus britannique, presque printanier malgré l'omniprésence du la mineur...
De belles touches debussystes (même pelléassiennes) à partir de +-4:50 ; la suite me frappe moins, mais j'apprécie particulièrement l'économie des moyens déployés – l'orchestre n'est presque jamais au complet, il est toujours possible de se concentrer sur une ligne ou un événement à la fois (j'ai trouvé la même qualité à la Natursinfonie de Hausegger : quelque chose d'assez sec et anguleux au sein même de la profusion orchestrale, qui semble avoir sa source chez Mahler – sinon même chez Beethoven, par-delà Wagner et tout le romantisme, et si l'on peut déjà parler de "profusion"...).
Par ailleurs j'y trouve beaucoup de ressemblance avec Bax (celui des symphonies, mais aussi celui des poèmes symphoniques sans la couenne...).

Le très bref (4:38) Andante tranquillo, pastoral mais toujours assez minimaliste (de longues séquences aux bois seuls, ou soutenus par une seule ligne de violoncelles, puis aux cordes seules...), prolonge la mélancolie soft du premier mouvement – notamment dans un long passage statique en fa mineur : il ne fait pas très beau, mais c'est normal... Mr. Green
Je ne saurais pas vraiment expliquer pourquoi je suis aussi sensible à cette musique (qui, contrairement aux symphonies de Rubbra et même à celles de Bax, est d'une grande simplicité tant harmonique que mélodique)...

Le Vivace qui suit (autant l'appeler Scherzo) est, comme souvent, moins captivant que le reste... Demeure une couleur générale, un univers qui me séduit au-delà de sa simplicité et de ce qu'il peut contenir d'un peu kitsch (le violon solo du trio)...
À l'image (toutes proportions gardées) de la 10e Symphonie de Mahler, la jonction avec le mouvement final s'effectue par un coup de grosse caisse (mais pp). Le début de cet Adagio est beaucoup plus flottant et erratique (notamment harmoniquement, avec des bribes de mode 2), avant que l'harmonie ne se stabilise à 1:47 sur un vaste accord de mi mineur, suivis d'autres accords parfaits dans une ambiance modale retrouvée. L'Allegr(ett?)o intervient à 2:57, escorté du baryton solo dont je me serais volontiers passé; cela dit, comme dans la Troisième Symphonie de Van Gilse, les plus beaux moments sont consacrés aux voix...
Le chœur (voix de femmes) intervient dès 4:17, et se lance d'emblée dans une polyphonie néo-Renaissance en la dorien (avec fa dièse), avant la réintroduction de l'orchestre qui introduit une séquence beaucoup plus mouvante (entrée des voix d'hommes, mib mineur puis sol dorien).
Retour des voix de femmes en Sol majeur à 6:50, suivi d'un assez longue séquence a cappella, puis du retour de l'orchestre (à 7:53) en un sombre mi dorien avec glas; longue séquence tragique, désolée (toujours le glas), avant bifurcation en la m à 9:30, et retour du baryton (j'ai pensé à la merveilleuse musique de la Nuit du chasseur, apparemment due à un certain Walter Schumann).
Toute la fin est envoûtante, le point culminant étant atteint (à 12:13) sur un accord inattendu de la b majeur qui nous propulse dans les plus lointaines sphères, mais immédiatement suivi de la conclusion (douce, ni sereine ni tragique, très british en somme I love you ) en la mineur.

Je ne mettrais pas cela au même niveau que les symphonies 6 à 9 de Rubbra, mais ça mérite incontestablement une place de choix dans la musique anglaise de la première moitié du XXe siècle.
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