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 Le grand topic de l'art du ballet et de la chorégraphie

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Votre rapport au ballet?
Vous êtes féru de chorégraphie, peu importe la musique. (balletophilie)
6%
 6% [ 3 ]
Vous aimez certaines musiques de ballet, mais la chorégraphie, très peu pour vous!
29%
 29% [ 15 ]
Vous accordez de l'importance à la musique autant qu'à la danse (position de l'esthète)
51%
 51% [ 26 ]
Vous aimez Degas
14%
 14% [ 7 ]
Total des votes : 51
 

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Alifie
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MessageSujet: Re: Le grand topic de l'art du ballet et de la chorégraphie   Mar 26 Jan 2016 - 12:42

ScareDe2 a écrit:
Le ballet ca manque de surprise. On sait à quoi s'attendre. C'est toujours gracieux. Et c'est difficile de s'attacher à des personnages chorégraphiques; il n'y aucun lien entre eux et le quotidien de la vie; personne vit en dansant et personne se comporte comme dans une boule à secouer. Ca rejoint difficilement la culture populaire. Je suppose que c'est difficile de développer un ballet sur des thèmes d'actualité comme l'argent, l'avortement ou les problème de sexualité. Bref, ca appartient à une époque révolue, cadrée et répressive.

Superbe troll premium ! Il n'y manque rien, pas même la petite touche pseudo-idéologique finale !
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Xavier
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MessageSujet: Re: Le grand topic de l'art du ballet et de la chorégraphie   Mar 26 Jan 2016 - 13:14

Et ça fait 10 ans qu'il fait ça à chaque message! Very Happy
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ScareDe2
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MessageSujet: Re: Le grand topic de l'art du ballet et de la chorégraphie   Mar 26 Jan 2016 - 13:20

Alifie a écrit:
ScareDe2 a écrit:
Le ballet ca manque de surprise. On sait à quoi s'attendre. C'est toujours gracieux. Et c'est difficile de s'attacher à des personnages chorégraphiques; il n'y aucun lien entre eux et le quotidien de la vie; personne vit en dansant et personne se comporte comme dans une boule à secouer. Ca rejoint difficilement la culture populaire. Je suppose que c'est difficile de développer un ballet sur des thèmes d'actualité comme l'argent, l'avortement ou les problème de sexualité. Bref, ca appartient à une époque révolue, cadrée et répressive.

Superbe troll premium ! Il n'y manque rien, pas même la petite touche pseudo-idéologique finale !


Je ne nie pas que ca a une utilité technique pour la danse. J'explique seulement que ce n'est pas ce que les gens désire voir. Les danseurs qui pratiquent un nombre d'heure fou le font pour performer devant un publique. C'est la raison de leurs effort. Si le publique trouve que le ballet c'est ennuyant, c'est que ca l'est. Ce n'est pas un troll c'est un constat. Sinon je trouve ca intéressant le ballet, ca peut inspirer d'une certaine manière. Je ne dis pas qu'il faut ignorer completement ce type de danse.
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Cololi
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MessageSujet: Re: Le grand topic de l'art du ballet et de la chorégraphie   Mar 26 Jan 2016 - 13:44

Ah oui ... là c'est du lourd quand même ... farao

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Polyeucte
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MessageSujet: Re: Le grand topic de l'art du ballet et de la chorégraphie   Mar 26 Jan 2016 - 14:21

Superbe en effet! hehe

1 - on ne sait pas vraiment d'où vient ce message? (il résulte d'une lecture?)
2 - si on considère que le ballet n'est pas en phase avec le monde d'aujourd'hui et que donc il ne sert à rien... on peut jeter bon nombre de livres, peintures ou toute autre forme d'art
3 - le ballet peut très bien traiter de sujet en lien avec notre époque!
4 - on peut être totalement marqué par des émotions au ballet ("Le Jeune Homme et la Mort", j'ai été saisi alors que je l'ai vu à la télévision).
5 - ...

coucou
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ScareDe2
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MessageSujet: Re: Le grand topic de l'art du ballet et de la chorégraphie   Mar 26 Jan 2016 - 15:06

Attention je parle spécifiquement du ballet, la danse gracieuse. Pas le ballet au sens large. Toi tu as vu un numéro découpé, édité, poussé par une musique dramatique avec travail d'acteurs et plans soigneusements choisis pour accentuer l'effet. On monte à un autre niveau là. Les moments faible de ce "ballet" surviennent justement quand les personnages dansent. T'as deja vu un type suicidaire danser? Moi pas. L'effet dramatique est saboté, ca ne convient pas du tout. Pour le reste, oui, l'audience comprend l'histoire et c'est touchant, mais certainement pas parce que les personnages font d'amples pirouettes.
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Xavier
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MessageSujet: Re: Le grand topic de l'art du ballet et de la chorégraphie   Mar 26 Jan 2016 - 15:09

"Danse gracieuse", ça veut dire quoi?
Tu as déjà vu de la danse contemporaine?

ScareDe2 a écrit:
T'as deja vu un type suicidaire danser? Moi pas. L'effet dramatique est saboté, ca ne convient pas du tout.

Tu as déjà vu un type suicidaire chanter?
Non? Alors l'opéra c'est tout pourri aussi, hein.

On peut aussi jeter le théâtre je pense.
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Polyeucte
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MessageSujet: Re: Le grand topic de l'art du ballet et de la chorégraphie   Mar 26 Jan 2016 - 15:14

ScareDe2 a écrit:
Attention je parle spécifiquement du ballet, la danse gracieuse. Pas le ballet au sens large. Toi tu as vu un numéro découpé, édité, poussé par une musique dramatique avec travail d'acteurs et plans soigneusements choisis pour accentuer l'effet. On monte à un autre niveau là. Les moments faible de ce "ballet" surviennent justement quand les personnages dansent. T'as deja vu un type suicidaire danser? Moi pas. L'effet dramatique est saboté, ca ne convient pas du tout. Pour le reste, oui, l'audience comprend l'histoire et c'est touchant, mais certainement pas parce que les personnages font d'amples pirouettes.

Euh... c'est un ballet dans son ensemble et justement, par la danse il décrit sa dérive vers la mort... c'est justement un moyen d'expression magistral.
Et les personnages dansent presque tout le temps...
Et pour être dans ce que tu dois appeler la "Danse gracieuse", Roméo et Juliette de Prokofiev est un grand moment d'émotion quand Roméo apprend la mort de Juliette. Le Onegin de Cranko est particulièrement fort dans le final... Et que dire d'Ivan le Terrible?

Non, le ballet ce n'est pas que des alignements en tutu...
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Cololi
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MessageSujet: Re: Le grand topic de l'art du ballet et de la chorégraphie   Mar 26 Jan 2016 - 15:24

Polyeucte a écrit:

Non, le ballet ce n'est pas que des alignements en tutu...

Ca c'est uniquement quand c'est Mélo qui écoute du ballet. cat

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Polyeucte
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MessageSujet: Re: Le grand topic de l'art du ballet et de la chorégraphie   Mar 26 Jan 2016 - 15:40

Cololi a écrit:
Polyeucte a écrit:

Non, le ballet ce n'est pas que des alignements en tutu...

Ca c'est uniquement quand c'est Mélo qui écoute du ballet. cat

Et encore... même dans Le Lac des Cygnes (que je trouve pourtant assez nunuche par moments Embarassed), il y a des scènes vraiment fortes! Very Happy
Et Raymonda avec cette scènes magistrale dans le camp du méchant...

En fait, faut que je retourne voir des ballets moi! Very Happy
Casse-Noisette au mois de mars (avec Iolanta) et là je pense qu'on aura pas vraiment de tutus (mise en scène de Tcherniakov! hehe)
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MessageSujet: Re: Le grand topic de l'art du ballet et de la chorégraphie   Mer 27 Jan 2016 - 13:01

Citation :
Attention je parle spécifiquement du ballet, la danse gracieuse. Pas le ballet au sens large.

Mais il existe des ballets de danse contemporaine. Smile

Et les ballets classiques ont parfois été remaniés en profondeur au XXe siècle pour que leur sens fasse écho à l'actualité. C'est le cas des versions de Noureev, par exemple.

L'univers du ballet classique est surtout rigide pour les danseurs professionnels, qui doivent se plier à des contraintes énormes depuis leur petite enfance afin de briller sur scène. Personnellement, je regarde rarement les documentaires sur la vie des danseurs à cause de ça ... Les pauvres petits bouts qui se font martyriser dans les écoles de danse, ça me tue.  hehe

D'un autre côté, la danse est une discipline qui permet de brouiller les codes. On ne l'observe pas forcément sur la scène, et surtout pas dans le ballet classique, où les rôles sont très normés. Mais pour une danseuse, être le sujet d'un corps qu'on connait parfaitement, et acquérir force musculaire et endurance, ça a une incidence dans la vie en société qui n'est pas négligeable. Quand j'étais petite, quoique fluette, je battais tous mes camarades en course d'endurance ... Même les garçons. J'étais plus athlétique qu'eux. Réciproquement, on demande aux danseurs des qualités qu'on exige rarement des garçons dans d'autres disciplines physiques : la grâce, l'élégance, la souplesse. Edit : Enfin si, la souplesse est requise ailleurs, mais pas pour faire des petits bonds et des arabesques.

Bref, lorsqu'elle est pratiquée, je ne crois pas que la danse apparaisse simplement comme l'émanation d'un système passéiste. Je crois qu'en révélant les possibilités du corps de chacun, elle est assez à même de remettre en cause certaines distinctions sociales.


Polyeucte a écrit:

Et encore... même dans Le Lac des Cygnes (que je trouve pourtant assez nunuche par moments Embarassed)

Oui, c'est vrai qu'il est un peu nunuche ... Mais comme toujours, ça dépend comment il est dansé. Le prince, par exemple, est un personnage assez fade si le danseur ne le rend pas attachant. Le passage où il se fait arnaquer peut être poignant, à condition que l'interprète soit touchant. En revanche, Odette est un peu condamnée à la nunucherie ... Dans l'histoire, rien ne lui donne du relief. C'est un être un peu fantasmatique. Noureev a eu le nez fin quand il l'a purement et simplement transformée en rêve. A part agiter les bras, elle ne fait pas grand chose dans le ballet. silent Ce qui est assez immoral, c'est qu'on s'intéresse bien plus au Cygne noir qui se fait passer pour elle ... Le double est plus fascinant que l'original, parce qu'on peut s'interroger sur la mauvaiseté de ses intentions : est-ce qu'elle est vraiment méchante, ou manipulée par son père ? Jusqu'où pousse-t-elle la séduction et le cynisme ? C'est bête, mais ces questions d'interprétation ne se posent que pour ce personnage-là. (Mais ça ne m'empêche pas de préférer Siegfried Smile)

Edit : En parlant de prince choupi, je recommande la version du Kirov avec Léonide Sarafanov et Alina Somova. La danseuse était très jeune à l'époque, et ça se sent à tous les égards dans l'interprétation. Elle n'a pas trop mûri le rôle, même si elle est très gracieuse. Par contre, Sarafanov est un prince très attachant - précieux atout pour ce ballet.
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Oriane
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MessageSujet: Re: Le grand topic de l'art du ballet et de la chorégraphie   Dim 7 Fév 2016 - 13:07

Un très bref retour sur ce que j'ai vu ces derniers temps :

_ Un Lac de cygnes avec Vera Sabantseva et Sergei Polunin (Ballet de Novosibirsk, décembre 2015). Très belle distribution. Polunin est un prince exceptionnel : prééminence de l'élégance, jeu d'acteur abouti, et beaucoup de présence.

_ Des extraits de Rhapsody d'Ashton avec Ksenia Ryzhkova et Sergei Polunin. Dommage qu'on n'ait pas toute la choré ... Elle est très chouette. Les danseurs sont superbes.

_ La Bayadère de Noureev, deuxième distribution de 1992 avec Monique Loudières, Manuel Legris et Elisabeth Maurin. Moins connue que la première distribution (Platel, Hilaire, Guérin) plus facilement trouvable en dvd. Tous les danseurs sont magnifiques. J'étais tout de suite touchée par la grâce de Loudières. La danse parle d'elle-même : pas besoin de mimiques, ni de gestes appuyés. Comme toujours j'ai des réserves par rapport à certains passages noureeviens, mais les interprètes incarnent si parfaitement leur rôle qu'on en oublie le côté un peu virtuose. La différence technique entre Loudières et Guérin me frappe, surtout dans l'acte blanc. Mais les deux danseuses sont magnifiques sur scène.

_ La Bayadère de Noureev donnée en 2001 avec Marie- Agnès Gillot, Nicolai Tsiskaridze et Stéphanie Romberg. J'ai particulièrement aimé Tsiskaridze, dont la présence illumine la scène. Ses mouvements sont fluides, élégants. MA Gillot finit par me séduire dans l'acte blanc, où le bien que l'on m'a dit d'elle se confirme vraiment.



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Oriane
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MessageSujet: Re: Le grand topic de l'art du ballet et de la chorégraphie   Lun 8 Fév 2016 - 0:53

Retours sur Bel / Millepied / Robbins à l'opéra de Paris.

Je ne sais pas quoi penser de "Tombe" de Jérôme Bel. Le titre faisait référence au décor de Giselle, et peut-être aussi à une chute (l'impératif du verbe "tomber" : "ô toi, spectateur de l'opéra habitué aux mêmes conventions, tombe!"). Comme l'ont fait remarquer mes voisins, il était plutôt mal venu sachant que le spectacle s'achève sur l'image d'une vieille dame dansant Giselle. Humour noir ? J'allais dire qu'on ne savait pas sur quel pied danser, mais justement, comme une partie du spectacle était assuré par une Giselle unijambiste ... silent Humour noir, donc. Mais aussi beaucoup d'émotion. J'aurais aimé dire que la mise en abyme était bateau, et que le propos un peu pathétique sur les bords était indécent (notez que je le dis quand même  Mr. Green ). Mais cet hommage à l'amour de la danse était en réalité assez poignant. Je me suis surprise à pleurer pendant la séquence où Benjamin Pech danse avec la vieille dame. Après tout, qu'est-ce que danser en couple ? Le fait de marcher lentement l'un vers l'autre, de se regarder, de se prendre par la main ? Même question pour Albrecht et la danseuse handicapée, dont la grâce faisait oublier qu'il lui manquait quoi que ce soit. Un peu l'idée que la danse exalte le corps comme une totalité, répare et rassemble. C'est toutefois dommage que bien des questions n'aient été qu'effleurées. Un peu l'impression d'avoir vu défiler une succession de vignettes - toutes pertinentes, mais trop courtes pour convaincre, et trop maladroitement agencées.

Changement d'atmosphère avec La nuit s'achève de Millepied. Au début, la chorégraphie très graphique m'a fait penser à un bel exercice de style, sans plus. Mais les remous de l'"Appassionata" de Beethoven, bien servis par Alain Planès, ont apporté un peu d'orage et de passion à cette œuvre qui semblait singulièrement en manquer. L'alchimie était parfaite entre Hervé Moreau (très beau danseur que j'étais heureuse de voir sur scène) et Amandine Albisson. Sae Eun Park s'est révélée impressionnante : peut-être l'artiste la plus touchante de la soirée. Une vraie découverte pour moi. J'espère qu'on lui confiera plein de rôles à l'avenir.  Very Happy Ida Viikinkoski était piquante et dotée d'une belle énergie. Marc Moreau était un bon partenaire; encore un danseur que j'aimerais voir dans d'autres distributions. Dans l'ensemble, j'ai beaucoup aimé les gestes tendres, enveloppants, que Millepied mettait en scène. Malgré tout, ça restait trop "efficace" à mon goût! Cette pièce lyrique aurait gagné à être ponctuée par davantage de respirations, en particulier dans le premier mouvement. La danse, comme la poésie, c'est aussi le repos, le silence, l'attente ... Oui, j'ai tendance à le répéter beaucoup, mais c'est frustrant de voir les danseurs gesticuler alors qu'ils pourraient juste se regarder. Le fait est que les moments de pause dans les deuxième et troisième mouvements ont apporté une profondeur à cette chorégraphie qu'elle n'avait pas jusqu'alors - l'occasion de penser et de sentir. Mais enfin. C'était quand même un bon moment.

Les variations Goldberg de Robbins ont constitué la troisième partie de ce spectacle. Bon choix que Simone Dinnerstein au piano, même si son jeu m'a semblé un peu linéaire. Côté chorégraphie ... Que dire ? Un pur exercice de style. Le début m'a fait une très belle impression, au point que j'ai caressé l'espoir que le reste du spectacle serait passionnant. Cela ne fut hélas point le cas. C'était intéressant, le principe du thème et des variations. Sympa le côté baroque / hommage aux danses du XVIIe (que j'ai pratiquées et beaucoup aimées dans ma jeunesse). Mais c'est très vite devenu assez plat par excès de formalisme. On aurait dit le spectacle de fin d'année de l'école de danse. Cela dit, ça m'a donné l'occasion de voir de beaux danseurs. Valentine Colasante (qui remplaçait Héloïse Bourdon, m'a-t-on dit) a beaucoup de charisme. Son rôle était peut-être sans intérêt, mais elle le dansait à fond. Myriam Ould-Braham était magnifique, comme d'habitude. Joueuse, gracieuse, solaire. Marie-Agnès Gillot n'a eu droit qu'à un pas de deux. Pourtant, elle reste une très belle artiste, profonde et intelligente. Belle Ludmila Pagliero également ! Elle a su souligner avec humour l'aspect ludique de ces variations. La fin de la chorégraphie était assez émouvante. Retour des danseurs du thème, en simples justaucorps. Clin d'oeil aux bases de la danse. Eh oui, un ballet classique, ça n'est qu'une variation sur tous ces mouvements que l'on répète constamment dans les cours. Subtil aussi d'avoir suggéré que la danse moderne était une variation à partir d'une longue tradition. Entre le début (XVIIe) et la fin (XXe), pas de panorama historique, mais l'idée d'une continuité toujours perceptible entre aujourd'hui et autrefois.

En bref, une belle soirée. Je n'ai peut-être pas vu des chefs-d’œuvre, mais c'était une programmation intéressante, avec de beaux artistes. Les réactions du publics ont été contradictoires :  toussotements de mécontentement sur Bel, et nuée de "houhou" pendant les applaudissements; ovation déchaînée pour Millepied. Réunion pas-solennelle des pro et des anti, qui n'étaient parfois qu'une seule personne ? Tous réconciliés dans l'orgie balletomane (tant d'étoiles au programme!) de la troisième partie. Ce public me sidère ...
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Oriane
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MessageSujet: Re: Le grand topic de l'art du ballet et de la chorégraphie   Jeu 18 Fév 2016 - 15:52

En bref :

Giselle, OdP 2004 avec Nicolas Le Riche, Aurélie Dupont, Delphine Moussin, Karl Paquette. Très beau spectacle - du couple principal aux seconds rôles, sans oublier le corps de ballet. Le contraste entre l'Albrecht désinvolte et irresponsable de Le Riche, et la Giselle raffinée et intelligente d'Aurélie Dupont est très beau (et ça a tendance à créer un renversement des rôles intéressant entre le noble et celle qui ne l'est pas de naissance). Le pardon accordé à Albrecht n'en est que plus fort. La Giselle d'Aurélie Dupont est toute en finesse : elle reste digne sans manquer de fraîcheur et de naïveté au premier acte. C'est une jeune femme qui fait l'apprentissage de la vie (ok elle est morte Mr. Green ). On assiste à sa transformation sur scène jusqu'au pardon final. Je me dis que peu d'acteurs savent aussi bien faire sentir l'évolution de leurs personnages que Le Riche et Dupont ... Et ce sont en plus des danseurs assez parfaits techniquement. Impressionnant !
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MessageSujet: Re: Le grand topic de l'art du ballet et de la chorégraphie   Jeu 18 Fév 2016 - 16:30

Le palais de cristal ou Symphony in C de Balanchine sur la Symphonie en ut de Berlioz. Dansé par le New York City Ballet au début des années 70 (avec Karin von Aroldingen, Jean Pierre Bonnefoux, Allegra Kent, Conrad Ludlow, Sara Leland, John Clifford). J'apprends que le ballet de l'Opéra de Paris danse encore la première version de cette chorégraphie (1947). La mise en scène du NYCB est différente : la première chose qui me frappe, c'est que l'alternance des couleurs a été abandonnée au profit de costumes blancs, donnant à l'ensemble une allure plus épurée. J'ai aussi noté quelques changements dans les parties dansées par les hommes. Quoique pas très fan de Balanchine, j'ai bien aimé cette interprétation très dynamique et musicale. En voyant les danseurs, je me suis dit que Balanchine avait vraiment créé une esthétique à part, qui est visible jusque dans le style imprimé à chaque mouvement. C'est sûrement ce qui a distingué le NYCB d'autres compagnies de façon définitive. Mais à l'origine, à quelle formation européenne Balanchine devait-il son art ...? C'est une sorte de syncrétisme qui a fini par prendre une forme reconnaissable (ce qui est assez représentatif de New York, au fond).
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Polyeucte
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MessageSujet: Re: Le grand topic de l'art du ballet et de la chorégraphie   Jeu 18 Fév 2016 - 16:54

Oriane a écrit:
En bref :

Giselle, OdP 2004 avec Nicolas Le Riche, Aurélie Dupont, Delphine Moussin, Karl Paquette. Très beau spectacle - du couple principal aux seconds rôles, sans oublier le corps de ballet. Le contraste entre l'Albrecht désinvolte et irresponsable de Le Riche, et la Giselle raffinée et intelligente d'Aurélie Dupont est très beau (et ça a tendance à créer un renversement des rôles intéressant entre le noble et celle qui ne l'est pas de naissance). Le pardon accordé à Albrecht n'en est que plus fort. La Giselle d'Aurélie Dupont est toute en finesse : elle reste digne sans manquer de fraîcheur et de naïveté au premier acte. C'est une jeune femme qui fait l'apprentissage de la vie (ok elle est morte Mr. Green ). On assiste à sa transformation sur scène jusqu'au pardon final. Je me dis que peu d'acteurs savent aussi bien faire sentir l'évolution de leurs personnages que Le Riche et Dupont ... Et ce sont en plus des danseurs assez parfaits techniquement. Impressionnant !

Ah ça, Nicolas Le Riche est peut-être le seul danseur qui me faisait me déplacer... je garde de tels souvenirs des prestations que j'ai vu : force et finesse, explosivité et sensibilité...
J'imagine que tu as vu le gala pour son départ... mais Le Jeune Homme et la Mort est totalement grandiose! Very Happy
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MessageSujet: Re: Le grand topic de l'art du ballet et de la chorégraphie   Sam 20 Fév 2016 - 12:59

Polyeucte a écrit:
Ah ça, Nicolas Le Riche est peut-être le seul danseur qui me faisait me déplacer... je garde de tels souvenirs des prestations que j'ai vu : force et finesse, explosivité et sensibilité...

Je suis bien d'accord. Very Happy Il est aussi génial dans le classique que dans le contemporain. On peut d'ailleurs en dire autant de son épouse Clairemarie Osta, qui est une danseuse très spirituelle.

Je n'ai malheureusement pas vu le gala pour son départ, mais je l'ai croisé récemment à une conférence avec Clairemarie Osta. J'étais impressionnée par leur simplicité, leur modestie en parlant de leurs expériences de danseurs. Ils étaient aussi très respectueux à l'égard des personnes présentes. La classe !

(J'avoue que c'est ce qui m'a dissuadée de demander un autographe ... hehe J'avais peur que ce soit déplacé!)
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MessageSujet: Re: Le grand topic de l'art du ballet et de la chorégraphie   Sam 9 Avr 2016 - 17:11

En attendant d'aller voir la représentation du 12 avril à Garnier :

Roméo et Juliette de Noureev par Laëtitia Pujol et Mathieu Ganio. Un couple en osmose. Ganio (dont la mère était une grande ballerine) est très princier, pas le genre loubard du tout. Pujol est très touchante. Je commence à m'habituer à la chorégraphie de Noureev, et même à lui trouver des qualités très particulières. Je sais que c'est en contradiction avec ce que j'ai pu en dire encore récemment. Mais force est d'avouer que, pour acrobatique qu'elle soit, elle est méchamment intelligente (et elle tire des larmes). Comme toujours, les supers interprètes, ça aide aussi.

Et diverses autres interprétations du même ballet.
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MessageSujet: Re: Le grand topic de l'art du ballet et de la chorégraphie   Dim 17 Avr 2016 - 22:18

Bon ben la représentation de Roméo et Juliette avec Hugo Marchand et Dorothée Gilbert était fort chouette mardi soir. Hugo Marchand jouait un Roméo un poil moins lisse que celui de Ganio à mon sens. Un peu le même genre rêveur et gentil (ce qui affadit certes le personnage), mais en moins éthéré. J'ai vraiment bien aimé. En plus, c'était un excellent partenaire pour Gilbert, laquelle incarnait une Juliette gracieuse et juvénile. Les seuls défauts venaient de moi : la myopie et la fatigue m'ont empêchée de saisir tous les détails de la représentation.

Sinon, ce spectacle a confirmé mon penchant nouveau pour la chorégraphie de Noureev. Je ne comprends toujours pas pourquoi Juliette bouge les bras comme un moulin à vent à la mort de Tybalt, et j'ai toujours l'impression que Roméo va lui arracher les membres pendant la scène du balcon, mais dans l'ensemble, je trouve l'articulation des différents moments très réussie. Tout est si parfaitement huilé qu'on ne remarque même plus le destin à l’œuvre; et quand il frappe, on en est presque surpris. C'est assez intéressant comme tout s'accélère à partir du deuxième acte : la danse nous fait bien sentir, non seulement que le temps manque aux amants, mais aussi qu'il devient le principal ressort de la tragédie. Noureev a su intégrer toutes les nuances de registres présentes dans la pièce sans que cela nuise à l'harmonie de sa propre création, ce qui est admirable. Après, on reconnait son côté un peu cynique à la toute fin du spectacle, ce qui m'embête toujours.
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Oriane
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MessageSujet: Re: Le grand topic de l'art du ballet et de la chorégraphie   Jeu 30 Mar 2017 - 11:38

Le Songe d'une nuit d'été de Balanchine dansé par l'Opéra de Paris est en ligne sur culturebox.
http://culturebox.francetvinfo.fr/opera-classique/opera/l-opera-de-paris/le-songe-d-une-nuit-d-ete-par-le-ballet-de-l-opera-de-paris-253861

Cette production met en valeur la féérie du ballet de Balanchine. Les costumes étincèlent, et toutes les créatures sautillent avec entrain. Les acteurs principaux ont beaucoup de présence en scène, comme des êtres fantomatiques qui se réjouiraient de reprendre chair l'espace d'une nuit, traversant chaque péripétie avec un sérieux amusé (mention spéciale à Fanny Gorse et à Laëtitia Pujol, toutes deux drôles et touchantes dans leurs rôles d'amoureuses éplorées). Balanchine nous fait cadeau de personnages attachants, comme ce Puck sans âge (Emmanuel Thibault, délicieux) qui ressemble à un adulte coincé dans l'enfance.

Quelques éléments font un peu "pièces rapportées" au second acte (très largement décoratif), sans parler de la musique où se mêlent plusieurs oeuvres de Mendelssohn. Mais ce n'est pas comme si ces recompositions bizarres étaient rares dans les ballets classiques, hein. Cf. Le Lac des cygnes.

Bon, ça nous donne l'occasion de voir danser la ravissante Sae Eun Park dans un divertissement dont, par ailleurs, on perçoit assez mal l'intérêt d'un point de vue narratif.

Dans l'ensemble, donc, j'ai beaucoup aimé. L'humour, la joie et la magie qui caractérisent le ballet ont été joliment rendus par les danseurs de l'Opéra de Paris, dont ce ne sont pas forcément les spécialités d'habitude. Certes, on pourrait déplorer un jeu encore trop timide chez certains, mais ça marche quand même.
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MessageSujet: Re: Le grand topic de l'art du ballet et de la chorégraphie   Dim 2 Avr 2017 - 21:46

Oriane a écrit:
Le Songe d'une nuit d'été de Balanchine dansé par l'Opéra de Paris est en ligne sur culturebox.
http://culturebox.francetvinfo.fr/opera-classique/opera/l-opera-de-paris/le-songe-d-une-nuit-d-ete-par-le-ballet-de-l-opera-de-paris-253861

Cette production met en valeur la féérie du ballet de Balanchine. Les costumes étincèlent, et toutes les créatures sautillent avec entrain. Les acteurs principaux ont beaucoup de présence en scène, comme des êtres fantomatiques qui se réjouiraient de reprendre chair l'espace d'une nuit, traversant chaque péripétie avec un sérieux amusé (mention spéciale à Fanny Gorse et à Laëtitia Pujol, toutes deux drôles et touchantes dans leurs rôles d'amoureuses éplorées). Balanchine nous fait cadeau de personnages attachants, comme ce Puck sans âge (Emmanuel Thibault, délicieux) qui ressemble à un adulte coincé dans l'enfance.

Quelques éléments font un peu "pièces rapportées" au second acte (très largement décoratif), sans parler de la musique où se mêlent plusieurs oeuvres de Mendelssohn. Mais ce n'est pas comme si ces recompositions bizarres étaient rares dans les ballets classiques, hein. Cf. Le Lac des cygnes.

Bon, ça nous donne l'occasion de voir danser la ravissante Sae Eun Park dans un divertissement dont, par ailleurs, on perçoit assez mal l'intérêt d'un point de vue narratif.

Dans l'ensemble, donc, j'ai beaucoup aimé. L'humour, la joie et la magie qui caractérisent le ballet ont été joliment rendus par les danseurs de l'Opéra de Paris, dont ce ne sont pas forcément les spécialités d'habitude. Certes, on pourrait déplorer un jeu encore trop timide chez certains, mais ça marche quand même.


Dommage que les décors de soient pas plus visibles et perceptibles: des décors peints?

Effectivement, Puck -Emmanuel Thibault- est très expressif, et contribue à l'intérêt du spectacle.

sans parler de la musique où se mêlent plusieurs oeuvres de Mendelssohn
Outre la musique de scène du songe d'une nuit d'été
et du site du NYCB
"listed in the order of being played:
Overture to Athalie, Opus 74;
Overture to The Fair Melusine, Opus 32;
excerpts from The First Walpurgis Night, Opus 60;
Symphony No. 9 for Strings
Overture to Son and Stranger, Opus 89."

Athalie & the son and stranger: je découvre.

Cette capacité à chorégraphier une musique pré-écrite est étonnante. La musique est rythme, mais ce dernier est-il mouvement?

Même impression -comment passer de la musique pré-écrite à un mouvement extrêmement codifié?- hier soir -1er avril 2017- lors du spectacle de l'école de danse
- W.A.Mozart: divertimento N°15-G.Balanchine
- F.Schubert: symphonie N°9 allegro vivace-W.Forsythe
- Raymonda Acte III (extraits): A.Glazounov-M.Petitpa & R.Noureev

Belle prestation de Mlle B.Batistonni
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Oriane
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MessageSujet: Re: Le grand topic de l'art du ballet et de la chorégraphie   Sam 13 Mai 2017 - 14:15

Un retour sur la soirée d'hier réunissant des chorégraphies de Jérémie Bélingard, Merce Cunningham et William Forsythe.


Dans Scary Beauty, Jérémie Bélingard se faisait danseur et chorégraphe de ses adieux. Le thème majeur développé tout au long de cet exercice improvisé était aquatique. Vagues géantes, bulles en 3D, requin en plastique : pas de doute, nous étions en immersion dans les fonds marins. Fluide et gracieux, le corps de Bélingard semblait se confondre avec l’élément dans lequel il évoluait imaginairement, ou bien se métamorphoser en algue, en poisson. Par un curieux mélange des genres, il se rappelait au monde des humains le temps de pointer du doigt un objet invisible, avant d’échapper à nouveau à toute catégorie reconnaissable, comme si les limites entre les êtres et les styles ne pouvaient que vaciller. Le rêveur au pyjama rouge ne redevenait pleinement homme qu’une fois vêtu d’un manteau et d’une écharpe d’hiver, entouré d’un firmament artificiel. Suite à cette sympathique traversée des chimères, on ne pouvait en effet s’empêcher de penser que le véritable voyage était à venir … La courte pièce, en confirmant le charisme du danseur étoile sur le départ, constituait toutefois par son onirisme une agréable entrée en matière au spectacle du soir – ainsi qu’à la poursuite d’un travail de chorégraphe ?


Autre ambiance après la pause, pour une première rencontre avec Merce Cunningham. Je me suis facilement prise au jeu de son Walkaround Time, fasciné par la géométrie aléatoire que dessinaient les mouvements sur la scène, collectivement ou individuellement. Chaque danseur semblait soumettre son corps à des essais, tout en cherchant une place que rien n’aurait laissé présager, une direction imprévisible. Dans une certaine mesure, éprouver son corps, c’était simultanément expérimenter l’espace, le configurer, et l’habiter, malgré la présence d’éléments absurdes créant un décalage comique avec le sérieux des protagonistes (ou alors c’est moi qui ai rigolé sans raison, percevant bêtement une intention de blaguer de la part du chorégraphe) … On s’habitue à tout, même à l’absurde, me suis-je dit. Quoiqu’il en soit, dans cet espace silencieux (sauf durant un bref moment de relâchement et de connivence entre les « personnages », sur fond de musique latino), les danseurs suscitaient un rythme par leur seul mouvement, sans l’appui d’aucune partition, contredisant la simple idée que la musique porte la danse.

Bien évidemment, Cunningham a inspiré des artistes qui se sont approprié ses idées. Et parce qu’il s’agit d’idées, comment ne pas penser qu’elles se sont épuisées d’elles-mêmes avec l’évolution de l’art chorégraphique, qui rend obsolète ce qui a un jour été révolutionnaire ? C’est vrai que Walkaround Time a un côté « contemporain de jadis ». Mais pas seulement. L’oeuvre recèle une beauté particulière qui a tapé dans mon oeil d’ancien étudiante en géo. Les amoureux des mathématiques l’auraient peut-être perçue aussi, mais différemment. Je ne sais pas. En tout cas, c’était pour moi le chef-d’œuvre de la soirée. Les danseurs ont fait preuve d’une concentration remarquable en prêtant la plus grande attention à la texture des gestes esquissés.


Et comme je ne me lasse pas du caractère suranné des choses, j’ai aussi apprécié les deux pièces de Forsythe qui concluaient la soirée. Parce qu’il faut bien avouer qu’elles possédaient également un charme désuet (impression accentuée par la musique techno stridente moche dans la seconde).

Le Trio m’a fait penser aux expérimentations de Cunningham, en ce sens que la scène était dépourvue de lieux, les personnages évoluant de-ci de-là sur un plan apparemment homogène. On peut dire que les conceptions des deux chorégraphes se rejoignaient, à ceci près que Forsythe ajoutait une dimension comique qui était lisible dans l’interprétation même des danseurs. Le corps, l’espace et la musique s’éprouvaient une nouvelle fois ensemble, mais par le biais d’une farce. Les protagonistes désignaient des bouts de leur physionomie comme des Saints leurs reliques, sauf que leur expression mi-inquiétante mi-ahurie était davantage celle de malfrats que de Saints. Le corps devait faire foi, mais on ne sait de quoi. C’était d’ailleurs l’un des points qui distinguait les deux chorégraphes, puisqu’en prenant les spectateurs à témoin, les danseurs de Forsythe réinstauraient au moins un élément de hiérarchie scénique fondé sur un repère traditionnel (l’orientation scène vs. public). Le trio se décomposait et se recomposait au gré des chamailleries de ses membres, qui semblaient vouloir se livrer à un étrange trafic en se refilant les uns les autres un bras, une jambe, un pied, comme les articles d’un marché clandestin. Une pièce drôle et stimulante.

Enfin, Herman Scherman était l’œuvre virtuose qu’une partie du public devait attendre, si j’en crois les hourras de soulagement, et non seulement d’enthousiasme, qui l’ont ponctué. La personnalité des danseurs pouvait y briller sans retenue : Legasa, O’Neill, Albisson, Stojanov (pour ne citer qu’eux) ont tous apporté leur touche aux festivités. Encore une fois, l’oeuvre oscillait entre le sérieux et la farce, la sensualité et la scène de carnaval. La musicalité n’était ni extérieure à la danse, ni tout entière ramassée en elle, mais plutôt entre les gestes. Dans les interstices, les jeux (au double sens du terme), la musique était ce que chacun pouvait improviser.


Car c’est bien à l’improvisation que ce programme faisait la part belle, et non aux rigides mécaniques de l’esprit. Mais au détriment peut-être d’une certaine familiarité qui nous aurait permis de glisser plus aisément notre imagination dans ces itinéraires. L’association a néanmoins eu la vertu de poser cette question sous plusieurs angles : un mouvement peut-il être poétique par lui-même sans qu’on ait besoin de le charger d’une intention ? J’aurais spontanément tendance à répondre « oui » après cette soirée. Mais reste à définir le sentiment poétique.


Voilà voilà.


Dernière édition par Oriane le Ven 19 Mai 2017 - 9:11, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le grand topic de l'art du ballet et de la chorégraphie   Jeu 18 Mai 2017 - 16:20

À propos de la soirée Forsythe-Cunningham, voici un compte-rendu intéressant de Delphine Baffour sur le site Danses avec la plume : www.dansesaveclaplume.com/en-scene/414959-soiree-cunningham-forsythe-ballet-de-l-opera-de-paris-un-eloge-de-la-deconstruction

Ses précisions sur la création de Walkaround Time sont éclairantes. Par ailleurs, mes sentiments à l'égard des œuvres et des interprètes sont presque à l'unisson des siens.
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