Autour de la musique classique

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 Bohuslav Martinů (1890-1959)

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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Bohuslav Martinů (1890-1959)   Ven 29 Aoû 2014 - 15:47

On entend très bien l'orchestre. Après, je ne trouve pas la prosodie très jolie, et les voix sont clairement moins séduisantes que chez Bruck ou Albrecht. Mais pour la beauté de l'atmosphère, ça vaut la peine.
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darkmagus
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MessageSujet: Re: Bohuslav Martinů (1890-1959)   Mar 26 Avr 2016 - 6:53

Deux belles découvertes personnelles récentes:

le concerto n° 1, absolument superbe:



et l'intégrale des trios avec piano que j'apprivoise peu à peu:

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Benedictus
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MessageSujet: Re: Bohuslav Martinů (1890-1959)   Dim 18 Déc 2016 - 20:32

Écouté aujourd’hui:


Symphonies nº1, H 289 et nº5, H 310.
Bryden Thomson / Royal Scottish National Orchestra
Dundee, IV.1990
Chandos


La 1 est vraiment une surprise pour moi - elle n’a pas grand rapport avec l’idée que je me faisais de Martinů. L’œuvre a quelque chose de très composite, mais bizarrement, ça reste très personnel: il y a quelque chose de «décadent germanique» dans l’espèce de foisonnement polyonal des arrières-plans, mais avec quelque chose qui ferait aussi penser à Janáček dans le lyrisme des thèmes aux vents, et plus ponctuellement à quelque chose de plus post-debussyste pour certaines couleurs. J’ai surtout été sensible à la grande poussée du I, et au III, d’un lyrisme sombre, harmoniquement très tendu et presque méchant (le scherzo m’a paru sensiblement plus faible; en revanche, il faudra que je réécoute le IV, qui m’a d’abord semblé aussi formel que le scherzo mais qui m’a ensuite fait l’impression d’être beaucoup plus ambigu). Vraiment une œuvre remarquable.

La 5 m’a en revanche beaucoup moins plu - disons qu’après l’étonnement de la 1, ça replaçait nettement Martinů là où j’avais tendance à le situer, à savoir du côté du Milhaud des symphonies, de Prokofiev, d’Honegger ou du moins bon de Roussel: quelque chose d’assez néo, avec une espèce de tonalité un peu grinçante (au lieu de la polytonalité luxuriante de la 1), une coupe assez formaliste, des moments plutôt tapageurs d’un «modernisme» un peu facile et une veine mélodique plus convenue, d’un lyrisme moins généreux.

Je vais tout de même écouter les quatre autres, des fois qu’il y ait d’aussi belles surprises que dans la 1.

(Je pense que la version Thomson est assez idéale: très animée, avec les belles couleurs franches et la netteté du Royal Scottish, et la prise de son assez réverbérée qui colle bien avec l’esthétique de la 1, je trouve.)
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Bohuslav Martinů (1890-1959)   Dim 18 Déc 2016 - 21:37

Martinů est vraiment multiple… Essaie absolument Juliette, une rêverie post-ravélienne assez incroyable, sur un très beau livret (la pièce de Neveux abrégée).

Les trois premières symphonies sont dans le même genre un peu schrekerien, avec ces superpositions arachnoïdes que tu décris très bien, ce postromantisme sombre mais transparent… Tu peux poursuivre de ce côté sans crainte.

La Quatrième, très étrange, mérite vraiment le détour – comme le Cinquième Concerto de Tveitt, c'est une pensée assez fondamentalement nouvelle de l'équilibre d'une symphonie, avec des côtés blancs qui font entendre où les minimalistes ont puisé leur inspiration (c'est encore plus vrai dans la Messe des Champs), mais qui reste très troublante, comme un mélange entre Schreker, Reich et Messiaen.

Les deux dernières versent beaucoup plus dans une veine néo que je trouve un peu plate, je ne chercherai pas à les défendre. Smile
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Bohuslav Martinů (1890-1959)   Dim 18 Déc 2016 - 22:06

DavidLeMarrec a écrit:
Martinů est vraiment multiple…
En effet, sur la base de deux ou trois trucs entendus il y a longtemps (le Mémorial de Lidice, les «Fantaisies symphoniques» et de la musique de chambre néoclassique guillerette), je m'étais fait l'image d'une espèce de sous-Milhaud. Alors que là, manifestement...

DavidLeMarrec a écrit:
Essaie absolument Juliette, une rêverie post-ravélienne assez incroyable, sur un très beau livret (la pièce de Neveux abrégée).
C'est noté (mais pas pour tout de suite). Et La Passion grecque? Ça vaut quoi, musicalement (parce que pour le coup, le livret est assez mon genre).

DavidLeMarrec a écrit:
Les trois premières symphonies sont dans le même genre un peu schrekerien, avec ces superpositions arachnoïdes que tu décris très bien, ce postromantisme sombre mais transparent… Tu peux poursuivre de ce côté sans crainte.
La Quatrième, très étrange, mérite vraiment le détour – comme le Cinquième Concerto de Tveitt, c'est une pensée assez fondamentalement nouvelle de l'équilibre d'une symphonie, avec des côtés blancs qui font entendre où les minimalistes ont puisé leur inspiration (c'est encore plus vrai dans la Messe des Champs), mais qui reste très troublante, comme un mélange entre Schreker, Reich et Messiaen.
C'est prévu! (Ta description de la 4 fait à la fois envie et un peu peur...)
Quand tu dis «Messe des Champs», c'est celle qu'on trouve aussi appelée en français «Messe au champ d’honneur» (Polní mše en VO), ou c'en est encore une autre?

DavidLeMarrec a écrit:
Les deux dernières versent beaucoup plus dans une veine néo que je trouve un peu plate, je ne chercherai pas à les défendre. Smile
Je vais tout même retenter les «Fantaisies symphoniques». Je suppose que les Fresques de Piero della Francesca relèvent un peu de la même esthétique?
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Bohuslav Martinů (1890-1959)   Dim 18 Déc 2016 - 22:23

La Passion Grecque

Je ne l'ai écoutée qu'une fois, et j'ai l'impression d'avoir emporté un peu d'eau au fond d'un sac de mousseline. Ce n'était pas néo, je crois. C'est peut-être très bien, mais je n'en conserve pas d'impressions précises.


Symphonie n°4


Honnêtement, c'est très très bien ; je ne peux pas prédire si tu aimeras, mais ce n'est vraiment pas de la mauvaise musique, et c'est assurément la plus personnelle des six (ma chouchoute étant la 1, mais la 4 gagne d'année en année).


Messe…

Citation :
Quand tu dis «Messe des Champs», c'est celle qu'on trouve aussi appelée en français «Messe au champ d’honneur» (Polní mše en VO), ou c'en est encore une autre?

Oui, c'est la première traduction que j'ai rencontrée et j'y suis resté fidèle, mais ce serait plutôt Messe au Champ, pour être plus précis. C'est en tout cas bien celle-là. Je n'aime pas beaucoup (ça fait vraiment pré-minimaliste cette fois), mais c'est très neuf et troublant.


Fresques de Piero della Francesca

Pas fanatique des Fresques : on est entre le postromantisme doux façon Hindemith et une veine plus Milhaud. Entre les Böcklin de Reger et les symphonies de Milhaud, ce n'est pas trop mon univers (ni le tien, a priori).
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Xavier
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MessageSujet: Re: Bohuslav Martinů (1890-1959)   Dim 18 Déc 2016 - 22:59

Je confirme pour Juliette: je ne suis vraiment pas fan de Martinu, mais Juliette, c'est plus que chouette.
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starluc
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MessageSujet: Re: Bohuslav Martinů (1890-1959)   Lun 19 Déc 2016 - 10:14


Je me souviens de mon enthousiasme le jour où j'ai entendu pour la première fois "les Fresques". Je me suis dit, ce jour-là, "voilà le genre de musique que j'aurais écrit si j'avais été compositeur". Un orchestre foisonnant avec bcp de percussions. Un premier mouvement rayonnant, un second enigmatique, un troisième comme une fuite en avant assez angoissée...Tout pour me plaire! fleurs fleurs fleurs

Dans les symphonies de Martinu, j'aime la 2ème (fluide et douce), la 5ème (du métier!) et la 6ème (quelle belle illustration du monde d'après guerre!)
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Bohuslav Martinů (1890-1959)   Mer 28 Déc 2016 - 23:39


Symphonies nº3, H 299 et nº4, H 305
Bryden Thomson / Royal Scottish National Orchestra
Glasgow, IX.1989
Symphonies nº2, H 295 et nº6 «Fantaisies symphoniques», H 343
Bryden Thomson / Royal Scottish National Orchestra
Glasgow, VIII.1990
Chandos


Les 2 et 3 sont bien, mais disons que, pour des raisons assez différentes, elles correspondent un peu moins étroitement à mes goûts. L’atmosphère de la 2 est un peu trop enjouée pour moi et l’œuvre joue un peu trop sur l’élément mélodique, ce qui certes lui confère davantage de fluidité et de simplicité qu’à la 1 (dont il reste néanmoins de très belles superpositions de couleurs et de textures dans les percussions et la petite harmonie, cela dit).

L’atmosphère plus sombre de la 3 pourrait davantage me plaire, mais là c’est plutôt l’écriture qui me convainc moins: orchestration plus opaque, avec moins de superpositions et plus de poids aux cordes; composition essentiellement mélodique mais dans un genre déclamatoire et qui tourne un peu en rond; harmonie très chromatique mais sans le tissus polytonal qui la sous-tendait dans les 1 et 2. Au fond, c’est déjà l’univers et le langage de la 5 (que je n’avais pas trop aimée).

La 4 est effectivement très surprenante, avec son côté patchwork, mais qui me laisse du coup assez partagé: par moments, je suis enthousiasmé par la sinuosité tendue et les couleurs fauves; mais parfois, je trouve ça un peu décousu et bruyant. Ça n’en reste pas moins une œuvre réussie (là où la Symphonie concertante de Schmitt, qui s’en rapproche par bien des aspects, m’avait paru ratée). À réécouter, en tous cas (je vais peut-être tenter la version Weller / Orchestre National de Belgique).

La 6, c’est un peu comme la 5, je trouve: orchestration plus compacte, langage harmonique plus sommaire, coupe assez formelle, expressivité essentiellement mélodique oscillant entre un lyrisme assez facile et une «violence moderne» assez conventionnelle.


Messe au champ d’honneur [Polní mše], H 279¹. Les Fresques de Piero della Francesca, H 352
Sir Charles Mackerras / Orchestre Symphonique de la Radio de Prague; Václav Zítek (baryton), Chœur de la Philharmonie Tchèque / Lubomír Mátl¹.
Prague, II.1982 & I.1984¹
Supraphon


En effet, la Messe est assez surprenante par moments, dans ce qu’elle préfigure un certain minimalisme (les ostinati, les formules harmoniques qui se répètent), mais ça ne me semble pas non plus être la couleur dominante de cette œuvre - la partie de baryton, l’écriture pour harmonie, assez frustes, m’ont fait surtout penser à une Messe glagolitique en plus sommaire. Globalement, j’ai trouvé ça franchement abrasif et pas très passionnant.

Si elles ne m’ont pas paru aussi pénibles, les Fresques ne m’ont pas non plus passionné outre mesure. Intrinsèquement, j’ai trouvé ça plutôt grandiloquent, avec une orchestration un peu épaisse et démonstrative; cela dit, j’imagine que si l’on accepte ce genre de langage, ça doit effectivement avoir un certain impact immédiat. Quant à l’évocation... je ne vois pas trop le rapport avec les fresques d’Arezzo (ça me ferait plutôt penser au De Chirico des années 60).
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Oriane
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MessageSujet: Re: Bohuslav Martinů (1890-1959)   Jeu 29 Déc 2016 - 0:18

Benedictus, si je ne trompe pas :

"Polní" est un adjectif dérivé de "pole", qui signifie aussi bien "le champ agricole" que "le champ de batailles". J'imagine qu'en traduisant "Polní mše" par "Messe des champs", ils ont voulu conserver cette ambiguïté! Littéralement, il s'agit à la fois de la "messe champêtre" et de la "messe du champ d'honneur".
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Bohuslav Martinů (1890-1959)   Jeu 29 Déc 2016 - 10:49


Mais d'après le contexte, la connotation martiale semble tout de même s'imposer: composée en 1939, l'œuvre est dédiée aux volontaires tchèques engagés dans l'armée française (des gens pas rancuniers, parce que, bon, après Munich...)
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Oriane
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MessageSujet: Re: Bohuslav Martinů (1890-1959)   Jeu 29 Déc 2016 - 11:20

Ah ben justement, en contexte militaire, "polní" est un peu un synonyme de "martial", me semble-t-il. Ça qualifie ce qui est relatif au soldat, au combat ...

Voilà, je voulais juste expliquer pourquoi il n'était pas étrange de trouver plusieurs traductions du titre.
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Bohuslav Martinů (1890-1959)   Jeu 29 Déc 2016 - 12:34

Merci pour toutes ces précisions.
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MessageSujet: Re: Bohuslav Martinů (1890-1959)   Ven 30 Déc 2016 - 1:17

DavidLeMarrec a écrit:
Je réécoute les symphonies de Martinů aujourd'hui. Je ne voudrais pas insister, n'est-ce pas, mais c'est tout de même franchement majeur, et susceptible de plaire à beaucoup de monde.

C'est une musique très riche et complexe, mais aussi très mélodique et colorée. Avec des ingrédients très divers. On entend un peu de Schreker, un peu de soviétique, un peu de Brahms parfois, le piano vient animer le discours, beaucoup de motifs tournoyants...

C'est à entendre absolument, une voix singulière. Au niveau des textures et de l'invention, j'aurais envie de penser au Sacre intégré dans une symphonie postromantique, quelque chose de proprement impossible.

N'est-ce pas Ansermet qui a dit un jour que Martinu est le plus symphoniste de tous les compositeurs de sa génération ? Smile
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Marchoukrev
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MessageSujet: Re: Bohuslav Martinů (1890-1959)   Mar 30 Mai 2017 - 13:12

Je laisse cette courte analyse de la Première Symphonie à l'appréciation des augustes utilisateurs de ce forum.

La Première Symphonie de Martinů fut commencée en mai 1942 et créée le 13 novembre suivant par l’Orchestre Symphonique de Boston, que dirigeait Serge Koussevitzky. Celui-ci avait aidé le musicien tchèque à s’installer aux États-Unis et porta son œuvre au triomphe. Un succès éclatant et mérité puisqu’il s’agit de l’une des plus belles créations du compositeur. En effet, cette Première Symphonie se caractérise par sa grandeur épique et la qualité de son inspiration. Comme les suivantes, elle renonce à l’unité tonale et emploie la « tonalité évolutive ». Par ailleurs, elle comporte les quatre mouvements traditionnels et adjoint un piano à l’orchestre.

I) Moderato
La symphonie commence par un Moderato, que précède une mystérieuse introduction. Celle-ci amène le thème principal aux cordes. On peut remarquer que ce premier motif mélodique est dérivé du Dies irae, une façon de rappeler que l’œuvre est dédiée à feu Madame Koussevitzky. Ce thème se déploie librement et donne l’impression d’ondoyer à l’infini. De fait, nulle forme sonate ici mais un développement libre, presque « bio-logique » car constitué de multiples cellules rythmiques. Les cordes divisées ajoutent à cette impression d’enchevêtrement sonore. De leurs côtés, les bois font entendre des mélodies pastorales évoquant la somptueuse campagne de Bohême. À la fin de cette fresque épique et parfaitement ciselée, ces thèmes rayonnants éclipsent le motif macabre du début en un superbe si majeur. C’est alors que les mystérieux accords de l’introduction reparaissent et concluent le mouvement dans le calme.

II) Scherzo
Le passage qui suit est un vigoureux scherzo à 3/4, dans lequel le piano joue un rôle rythmique important. En son centre, il comporte un solo de hautbois aux allures de danse populaire. Ce passage plus détendu introduit la coda, particulièrement enivrante avec ses rythmes décalés. Martinů enchaîne avec le Trio. Il s’agit d’un Poco moderato pastoral, dans lequel les bois et le piano ont la part belle. De fait, ce court passage ne fait pas intervenir les cordes. Mais cette atmosphère rieuse et paisible ne dure pas longtemps puisque le scherzo « beethovénien » est intégralement repris.

III) Largo
Ce mouvement lent à 3/2 constitue le sommet expressif de la symphonie. Il s’agit d’un véritable thrène : les cordes énoncent un douloureux chant funèbre, tandis que le piano rythme les lamentations. Nul doute que ce passage crépusculaire constitue la première réaction de Martinů au massacre de Lidice, un village tchèque anéanti par les Nazis le 10 juin 1942. Il se peut aussi que le souvenir de Vitězslava Kaprálová (3) hante ces pages. Quoi qu’il en soit, le mouvement poursuit sa marche inexorable et atteint un passage plus onirique, sorte de triste réminiscence du temps jadis. C’est alors que le thème de déploration refait surface aux cordes et que le chant funèbre reprend de plus belle, marqué par des coups de timbale péremptoires. Le Largo s’achève en mi mineur, dans une atmosphère proche de l’introduction du premier mouvement (on retrouve les mêmes figures cadentielles du piano).

IV) Finale. Allegro non troppo
Des rythmes pointés introduisent le finale, de forme libre bien que globalement inspirée du rondo. Le « refrain » est exposé par les bois et le piano, que suivent les cordes. Arrive un thème extraordinaire, d’allure presque jazzy. D’ailleurs, ce mouve-ment tout entier fait preuve d’une invention mélodique exceptionnelle, le « refrain » séparant des couplets d’un naturel et d’une fantaisie remarquables. Ainsi, on peut entendre de multiples allusions à la Bohême, parmi lesquelles des danses ou des chants populaires. Au centre du mouvement, une quarantaine de mesures retrouvent l’atmosphère du premier mouvement (mais sans le citer textuellement). Toutefois, cette accalmie ne dure pas et la débauche orchestrale reprend de plus belle. La coda est triomphante et fait éclater si bémol majeur dans un véritable tourbillon sonore.

Cette analyse maison est probablement perfectible et très incomplète mais je pensais que cela pouvait intéresser (et créer des vocations concernant Martinů, un compositeur que j'apprécie de plus en plus).  coucou
La version originale est disponible sur mon blog : http://musiquecritiques.blogspot.fr/2017/05/martinu-premiere-symphonie.html
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Bohuslav Martinů (1890-1959)   Mar 30 Mai 2017 - 13:32

Merci, je tenterai la prochaine réécoute avec ton guide (ce qui ne saurait arriver tard, j'aime beaucoup revenir à celle-là).
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TragicSymph
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MessageSujet: Re: Bohuslav Martinů (1890-1959)   Mer 31 Mai 2017 - 8:42

Oui, je vous rejoins tout à fait, très belle symphonie. Rien que l'introduction... I love you

J'aime aussi énormément la Quatrième, vers laquelle dois-je me tourner en priorité parmi les autres ?
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Marchoukrev
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MessageSujet: Re: Bohuslav Martinů (1890-1959)   Mer 31 Mai 2017 - 9:10

Spontanément je dirais la deux ou la trois. Les cinq et six sont un peu moins originales je trouve... En tout cas j'ai moins accroché. Mes préférées restent la Première et la Quatrième.
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sergio
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MessageSujet: Re: Bohuslav Martinů (1890-1959)   Ven 11 Aoû 2017 - 15:03

Essayé à plusieurs reprises d'apprécier les quatuors à cordes mais j'ai vraiment du mal à maintenir l'intérêt avec cette musique.... Ca court en permanence à perdre haleine mais je trouve ça assez creux avec la désagréable impression que cela ne va nulle part... J'ai plusieurs fois pensé à un poulet sans tête qui continue néanmoins à courir !
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greg skywalker
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MessageSujet: Re: Bohuslav Martinů (1890-1959)   Sam 12 Aoû 2017 - 10:51

sergio a écrit:
Essayé à plusieurs reprises d'apprécier les quatuors à cordes mais j'ai vraiment du mal à maintenir l'intérêt avec cette musique.... Ca court en permanence à perdre haleine mais je trouve ça assez creux avec la désagréable impression que  cela ne va nulle part... J'ai plusieurs fois pensé à un poulet sans tête qui continue néanmoins à courir !

Je comprends , pas mal d'oeuvres de Martinu ont une impulsion rythmique "obstinée" .  pêut-etre  essayer un versant plus lyrique : les 2 concertos pour violoncelle , et dans la musique de chambre essaie le nonette h 374  ou le deuxième quintette avec piano  et  Madrigals for Violin & Viola, H. 313 (surtout les mvts lents ! ) ,  et coté scène  la passion greque et Juliette
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MessageSujet: Re: Bohuslav Martinů (1890-1959)   

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