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 Les Huguenots - Meyerbeer

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Guillaume
lapineau huguenot
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MessageSujet: Les Huguenots - Meyerbeer   Lun 15 Aoû 2011 - 14:25

1. Quelques avis tirés du fil général 2. Outils pour la découverte : livret, passages supplémentaires, liens, discographie sommaire
3. Commentaires généraux par moi-même sur l'oeuvre


1. Substantifique moëlle des discussions du fil général

Présentation très claire et remarquablement bien faite de David :

Citation :

Les Huguenots

Composés de 1832 à 1836, les Huguenots sont le chef-d'oeuvre de Meyerbeer. On n'y trouve que des pages inspirées.

Ce qui était déjà vrai dans Robert s'accentue très nettement : chaque acte bénéficie d'une couleur propre.
I : Tableau de fête dans un château de bons vivants catholiques.
II : Tableau bucolique et raffiné dans les jardins tourangeaux de la reine Marguerite.
III : Tableau religieux et militaire, scène de foule et de duel.
IV : Acte du duo d'amour, mais au milieu de la conspiration, acte sombre.
V : L'apocalypse de la Saint-Barthélémy.

Le sujet est ambitieux et audacieux, à savoir retracer une guerre civile française (en donnant le tort aux catholiques), en lui fournissant une origine dans les personnages créés pour les besoins du drame (le refus outrageant d'un gentilhomme protestant, sur un quiproquo, d'épouser la jeune fille catholique qu'il aime).

Scribe (le librettiste, donc) n'évite ni les sujets polémiques, ni l'allègement par l'humour, sans jamais départir l'oeuvre de sa grandeur tragique.

Sur le plan strictement musical, il faudrait le décrire un peu précisément, mais Meyerbeer lie les 'numéros' traditionnels (les airs et ensembles) par des récitatifs passionnants et très expressifs, et ponctue toujours ses 'numéros' d'interventions extérieures (récitatifs, soli...). Si bien que l'on se dirige vers une forme de drame continu, où la distinction entre récitatifs et 'numéros' est de plus en plus gommée, et où les ensembles sont extrêmement nombreux.

C'est aussi une perpétuelle suite de modulations (de changement de tonalité et de couleur), au point où parmi ses contemporains, seuls Chopin, Berlioz et Schumann peuvent lui être comparés.

Toujours en cinq actes et un ballet, bien entendu, selon la norme française établie au début du siècle (contrairement à ce qu'on lit parfois, Meyerbeer ne l'invente pas du tout, il s'y adapte simplement avec un grand esprit).

Cette oeuvre est tout simplement un jalon majeur de l'histoire de l'opéra, français ou non, aussi bien pour son importance dans l'imaginaire esthétique que pour ses qualités propres, considérables.


Cololi, un avis très détaillé et argumenté :

Cololi a écrit:
J'ai écouté à moitié les Huguenots, 1 fois, ça m'a suffit. C'est plus pompier et caricatural que le pire des opéra italien que je connaisse.


Et la réponse de David rambo :


DavidLeMarrec a écrit:
Cololi, excuse-moi de te le dire, mais avec toute la tendresse dont je dispose, je ne saurais te dire que ceci : tu délires complètement. Laughing

Meyerbeer, partitions en main quand tu veux, est infiniment plus subtil que Verdi, par exemple. Il faut attendre Don Carlos pour trouver des choses de la même trempe. Don Carlos qui est écrit... sur le patron meyerbeerien. Laughing

Ensuite, oui, il y a de la pompe, mais elle est toujours assortie de beaucoup de second degré, ce ne sont pas les choeurs exotiques des Pêcheurs de Perles (livret très réussi au demeurant).

Après, ça ne supporte pas la médiocrité, ça peut dépendre aussi des versions que tu as écoutées, mais les plus facilement disponibles sur le marché sont assez bonnes.

Pour le livret, ça se trouve facilement en ligne :
http://www.operatoday.com/documents/Huguenots_French.pdf .

Discussion entre Wolfgang (=Percy Bysshe) et DLM sur les qualités de l'oeuvre :

DavidLeMarrec a écrit:
Wolfgang a écrit:
DavidLeMarrec a écrit:
Ouvre la partition des Huguenots. Smile Il y a une version italienne sur Indiana Variation Scores et ça doit se trouver en français sur IMSLP.

Je veux bien, mais à l'écoute, ce n'était vraiment pas exaltant. Bon, voyons cela. Surprised
Il me semblait que tu écoutais de l'opéra italien... C'est quand même dans le même goût des affects paroxystique, à ceci près qu'il y a dedans du second degré et de la musique...

Percy Bysshe a écrit:
DavidLeMarrec a écrit:
Il me semblait que tu écoutais de l'opéra italien... C'est quand même dans le même goût des affects paroxystique, à ceci près qu'il y a dedans du second degré et de la musique...

Du souvenir que j'en ai, ça faisait vraiment pas dans la dentelle: des grands effets, un volume sonore bien élevé, quasi una fanfare. Et c'est plus grandiose qu'autre chose. Chez les italiens, il y a cette sentimentalité, cet esprit différent.

DavidLeMarrec a écrit:
Wolfgang a écrit:
DavidLeMarrec a écrit:
Il me semblait que tu écoutais de l'opéra italien... C'est quand même dans le même goût des affects paroxystique, à ceci près qu'il y a dedans du second degré et de la musique...

Du souvenir que j'en ai, ça faisait vraiment pas dans la dentelle: des grands effets, un volume sonore bien élevé, quasi una fanfare. Et c'est plus grandiose qu'autre chose. Chez les italiens, il y a cette sentimentalité, cet esprit différent.
C'est que tu n'as dû écouter que le début de l'acte I. Ecoute plutôt l'acte II et l'acte IV, sans même parler de l'acte V, et tu verras si ce n'est pas sentimental.

Chaque acte a sa couleur dans les Huguenots, c'est ça qui est extraordinaire. Le banquet du I n'est pas représentatif du reste.

Percy Bysshe a écrit:
Pour illustrer: les gros accords pesante ff au début de l'ouverture.

Percy Bysshe a écrit:
DavidLeMarrec a écrit:
Wolfgang a écrit:
DavidLeMarrec a écrit:
Il me semblait que tu écoutais de l'opéra italien... C'est quand même dans le même goût des affects paroxystique, à ceci près qu'il y a dedans du second degré et de la musique...

Du souvenir que j'en ai, ça faisait vraiment pas dans la dentelle: des grands effets, un volume sonore bien élevé, quasi una fanfare. Et c'est plus grandiose qu'autre chose. Chez les italiens, il y a cette sentimentalité, cet esprit différent.
C'est que tu n'as dû écouter que le début de l'acte I. Ecoute plutôt l'acte II et l'acte IV, sans même parler de l'acte V, et tu verras si ce n'est pas sentimental.

Chaque acte a sa couleur dans les Huguenots, c'est ça qui est extraordinaire. Le banquet du I n'est pas représentatif du reste.

Effectivement, je n'ai écouté que le premier acte.
Si tu as repéré que mon commentaire le révélait, alors c'est que tu dois avoir raison, je vais faire l'effort. Smile

DavidLeMarrec a écrit:
Ben oui... une Ouverture a une structure... et tu as reconnu le thème... c'est normal s'il est solennel.

Par ailleurs, Meyerbeer n'étant pas joué et chanté par les meilleurs interprètes, ça peut être maladroit dans les équilibres, mais c'est l'orchestration le plus original de son époque, de très loin (avec Berlioz qui casse tout bien sûr).


Emerveillement lemarrecien sur l'acte I et Vérite absolue à la fin du message sunny

DavidLeMarrec a écrit:
J'ai joué l'acte I des Huguenots aujourd'hui et je remarque que c'est vraiment génial, à chaque lecture je trouve ça plus profond, un peu comme du Wagner : quand il n'y en a plus il y en a encore.

Je passe sur tout l'aspect dramaturgique, sur sa manière de traiter la forme du numéro, bien que ce soit essentiel.

Mais rien qu'à la lecture distraite, on peut remarquer que ça module énormément, vraiment surprenant pour l'époque (et le genre).
Avec ça, une invention rythmique remarquable, ça danse fabuleusement, il y a même des accents sur des contretemps pour donner du rebond. Et beaucoup de silences.
Le chant n'est pas seulement accompagné ou doublé, l'orchestre ménage de nombreux contrechants.
Enfin, il y a des motifs récurrents (et pas seulement le choral de luther) qui ont vraiment la figure de leitmotivs, sauf qu'ils apparaissent à moins de distance. Ca crée des effets dramatiques ou comiques assez impressionnants.

Ca fait un certain nombre de raisons de penser que ça vaut nettement mieux que les tâcherons de l'époque : Weber, Berlioz, Verdi, Wagner...

Ah, ça fait du bien, de dire les choses. Very Happy


Avis de nugava et WoO puis réponse de David, avec une remarque intéressante sur Mérimée, sur lequel je reviendrais briévement :

nugava a écrit:


J'ai découvert les Huguenots (Die Hugenotten Laughing ) avec le DVD de l'opéra de Berlin...
Je ne m'étenderai pas sur la mise en scène qui me semble présenter une transposition très correcte dans un Berlin en guerre...

J'ai vraiment été enthousiasmé par la musique... Il y a plusieurs grands moments dans cette œuvre qui valent l'écoute... Je pense en premier lieu au chœur final des catholiques, c'est furieux, tournoyant, entêtant... Ca m'a curieusement fait penser à Sibelius par moment... Je trouve ce chœur assez en avance sur ce qui se faisait à la même époque...
J'ai vraiment adoré le grand duo d'amour juste après la préparation du massacre...
J'ai bien aimé le grand air de Raoul au premier acte, admirablement servi par Richard Leech... (qui sait à la fois être tendre et pousser quand il le faut, sans trop forcer)...
J'ai même réussi à aimer la scène de Marguerite (moi qui d'habitude ne suis pas trop friand de ce genre de couicouinerie de rossignol)...

Edit: une chose qui m'étonne aussi parfois, c'est l'accompagnement d'un seul violon, là ou Verdi préfère souvent une grosse guitare, si vous voyez ce que je veux dire... Ca donne une couleur vraiment particulère...

Il ne me reste plus qu'à découvrir une version intégrale en français...


J'ai une petite question, le Rataplan de la Forza del Destino, c'est un plagiat ou un hommage ?

WoO a écrit:
J'ai écouté les Huguenots version Bonynge. C'est très amusant, on est toujours ébahi devant ses trouvailles : après le ballet des moutons de Dinorah voici un opéra sur le massacre de la Saint-Barthélémy qui se paye le luxe d'avoir un premier acte de 50 minutes exclusivement composé d'airs à boire et de répliques amusantes et un deuxième acte fort dénudé avec un Choeur... Non, je ne peux pas décemment en dire plus Et malgré tous ces éléments, ce qui est extraordinaire, c'est qu'il y a une réelle progression dramatique. Le livret est piquant, plein d'esprit et sacrifie à toutes les conventions possibles et imaginables : répliques ronflantes, formules stéréotypées qui nous paraissent aujourd'hui grotesques, grosses ficelles librettistiques (Nevers meurt pile poil quand il le faut), touches de couleurs locales, etc.
J'ai adoré toutes les interventions de Marguerite au second Acte (je découvre que j'aime bien Sutherland Shocked ) et d'une manière générale tous les passages à vocalises, comme celles d'Urbain au premier Acte, qui sont complètement gratuites Du divertissement avec un grand D. Je regrette que le ballet ait été coupé (il n'y a que 6 minutes de danse en tout Sad )

En l'écoutant on se dit qu'il y a vraiment beaucoup de matière pour une mise en scène ! C'est très riche. Ce qui est frappant aussi c'est la continuité des numéros, on passe quasiment sans s'en apercevoir du récitatif à l'air, en celà on pense effectivement à Lully.

DavidLeMarrec a écrit:
WoO a écrit:
C'est très amusant, on est toujours ébahi devant ses trouvailles : après le ballet des moutons de Dinorah voici un opéra sur le massacre de la Saint-Barthélémy qui se paye le luxe d'avoir un premier acte de 50 minutes exclusivement composé d'airs à boire et de répliques amusantes et un deuxième acte fort dénudé avec un Choeur...
Very Happy

Citation :
Le livret est piquant, plein d'esprit et sacrifie à toutes les conventions possibles et imaginables : répliques ronflantes, formules stéréotypées qui nous paraissent aujourd'hui grotesques, grosses ficelles librettistiques (Nevers meurt pile poil quand il le faut), touches de couleurs locales, etc.
Ca dépasse tout de même largement le stéréotype, parce qu'il y a beaucoup de distanciation. Ce n'est pas du romantisme larmoyant et prétentieux, du divertissement peut-être, mais au sens le plus spirituel du terme.


Citation :
et d'une manière générale tous les passages à vocalises, comme celles d'Urbain au premier Acte, qui sont complètement gratuites
Pas vraiment en fait : le petit page refuse de dire ce qui l'amène, se donne de l'importance, et la vocalisation entre très bien en phase avec les circonvolutions excessives de ses déclarations. Si bien que Nevers croit que le pli est pour lui.


Citation :
En l'écoutant on se dit qu'il y a vraiment beaucoup de matière pour une mise en scène ! C'est très riche. Ce qui est frappant aussi c'est la continuité des numéros, on passe quasiment sans s'en apercevoir du récitatif à l'air, en celà on pense effectivement à Lully.
Oui, les airs sont presque anecdotiques et les récitatifs très soignés, mais ici le sommet musical se trouve dans les ensembles.


Je ne suis donc pas vraiment d'accord avec toi : oui, il y a le charme des conventions, mais elles sont vraiment dépassées par un langage musical raffiné jusque dans le tapage. Ce n'est pas du Verdi, il y a quelque chose de très français dedans. Toujours du second degré, et un livret quand même plus profond qu'à l'accoutumée (quant à Nevers, ça a beaucoup plus de portée que cela : la question du Juste et la possibilité de mettre en scène un dilemme qui ne se termine pas par un lieto fine de toute façon).
Pour ma part, lorsque j'écoute Meyerbeer, j'ai à la fois le charme immédiat des conventions et des thématiques faciles, et la qualité distanciée du livret, raffinée de la musique.

Je me désole toujours de voir l'image superficielle vraiment très injustifiée qu'on lui attache.

DavidLeMarrec a écrit:
Concernant le ballet, je puis témoigner puisque j'ai mainte fois joué la partition : il n'est pas coupé chez Bonynge. Dans l'esprit, la couleur locale se trouve à l'acte III, et le ballet, c'est le petit menuet à la Tour de Nesle, souvent coupé en effet, mais minuscule, oui.

Deux hypothèses donc :
- soit le corps de ballet participait lors des choeurs au II et au III,
- soit il existe une version originale au ballet plus développée, qui a disparu depuis longtemps et qui a peut-être même été détruite.

WoO a écrit:
DavidLeMarrec a écrit:
Toujours du second degré, et un livret quand même plus profond qu'à l'accoutumée

C'est peut-être là une de ses limites pour moi, il y a un peu trop de second degré et de distanciation pour que je puisse être profondément touché par les personnages, sans parler des grosses ficelles sur quoi tout repose : le refus de Raoul de Nangis à la suite d'un quiproquo digne d'un vaudeville provoque le massacre de la Saint-Barthélémy...

DavidLeMarrec a écrit:
WoO a écrit:
C'est peut-être là une de ses limites pour moi, il y a un peu trop de second degré et de distanciation pour que je puisse être profondément touché par les personnages,
Pour moi, justement, on est plus dans l'ironie de Mérimée que dans cette de Flaubert : on se moque des défauts des personnages, même principaux, mais on ne les abîme jamais. Surtout, ça leur donne plus d'épaisseur que les archétypes habituels.


Citation :
sans parler des grosses ficelles sur quoi tout repose : le refus de Raoul de Nangis à la suite d'un quiproquo digne d'un vaudeville provoque le massacre de la Saint-Barthélémy...
On pourrait dire ça de tous les opéras... C'est la loi du genre historique de tout de façon : un personnage anonyme intervient dans les événements, en est un rouage caché. Ce n'est pas lui qui crée le schisme non plus, mais je trouve au contraire cette narration par l'anecdote admirablement réussie.


C'est la même chose pour les autres Meyerbeer de grand format, à part Robert qui est plus légendaire : Le Prophète raconte que la prise de Münster par les Anabaptistes est due au dépit amoureux d'un tavernier, privé d'une petite serve appétissante, L'Africaine montre la vie de Gama sous un jour plus galant.

Le thème de Marcel :

DavidLeMarrec a écrit:
Guillaume a écrit:
Et j'oubliais que je trouve d'une trés étonnante modernité le "thème" dissonnant aux violoncelles qui accompagne chaque apparition de Marcel.
En fait, ce n'est pas dissonant du tout (quartes, quintes et sixtes), mais comme c'est joué au violoncelle solo, ça gratte (non vibré). Très chouette en effet. Very Happy

Les meilleurs moments des Huguenots :

DavidLeMarrec a écrit:
Guillaume a écrit:
Ah, c'est bien ce que je pensais, je trouvais ça totalement dingue, sans pouvoir dire si c'était le rythme dansant (funeste ?), les harmonies assez audacieuses ou la façon dont les choeurs et les voix se répondent.
Le duo suivant (j'ai laissé avancer en fond sonore) a l'air pas mal aussi.


C'est quoi les meilleurs moments des Huguenots pour toi ?
Tout est merveilleux dans les Huguenots ! Very Happy
J'y ai déjà réfléchi, à cause des coupures.

Tous les récitatifs sont extraordinaires. Les ensembles du I aussi (peut-être un peu moins le final). L'air de Marguerite, l'entrée de Raoul au II. Le duo Valentine / Marcelline et tout ce qui l'entoure (conspiration) au III. Le grand ensemble du duel n'est pas vilain non plus, dans un genre plus franchement lyrique. Le duo du IV est extraordinairement suspendu, mais ce n'est pas forcément ce qui m'émeut le plus. L'ensemble du refus de Nevers et sa reprise après les poignards, puis les préparatifs, sont vraiment stupéfiants, techniquement parmi ce qu'il y a de plus impressionnant.
Mais l'enchaînement des trios avec choeurs à l'acte V (à partir du trio avec clarinette basse seule, je ne te dis pas pour l'instant ce qui s'y passe), c'est sans doute dramatiquement une des plus grandes trouvailles de l'histoire de l'Opéra. Et les choeurs de massacreurs au rythme endiablé...

Bref, il y a quelques ensembles un peu moins inspirés, et surtout la majorité des airs, plus dispensables. Mais désigner quelques moments privilégiés, c'est quasiment impossible tant j'y trouve tout génial.
Ce serait beaucoup plus facile à faire dans Robert (tout l'acte III sauf le duo ALice / Bertram, c'est le sommet).

Des préjugés sur Meyerbeer, avec réponse de David à la clé :

Guillaume a écrit:
Les préjugés sur Meyerbeer sont tenaces - et peu de monde ici en a réellement écouté en fait - et ce même chez les critiques les plus distingués, comme par exemple Jacques Bourgeois (qui a été directeur des Chorégies pendant dix ans), dans son bouquin "L'Opéra des origines à demain". Florilège :

Si Robert le Diable nous paraît avec le recul, un exemple de stupidité, tant musicale que théâtrale, en est-il de même des Huguenots crée en 1836 ?

On trouve d'ailleurs quelques beautés parmi tout le fatras des Huguenots [...] d'autres passages sont contestables mais les buts poursuivis par le librettiste et le compositeur sont atteints pour le meilleur et le pire.

On festoie en chantant de façon particulièrement banale les plaisirs de la jeunesse. Ce choeur assez affligeant [...]

Ce morceau " Piff, Paff, Pouff" qui connut quelque succès, figure parmi les airs franchement ridicules composés par Meyerbeer, sur un texte qui ne vaut pas mieux que la musique.

Il est permis seulement de regretter que la musique de Meyerbeer émerge si rarement de la banalité où elle semble se complaire. [à propos de l'acte III]



DavidLeMarrec a écrit:
Guillaume a écrit:
Si Robert le Diable nous paraît avec le recul, un exemple de stupidité, tant musicale que théâtrale, en est-il de même des Huguenots crée en 1836 ?
Ca mérite d'être argumenté, mais je présume qu'il le fait. La notice du Vignal est beaucoup plus profonde, avec des références esthétiques intéressantes.


Citation :
On festoie en chantant de façon particulièrement banale les plaisirs de la jeunesse. Ce choeur assez affligeant [...]
C'est quand même une contrevérité criante. Je défie quiconque de me trouver, à cette date (à l'exception de quelques Chopin et Schumann), des schémas harmoniques aussi libres.
Sans parler du rebond rythmique, de l'enchaînement assez stupéfiant, etc.


Citation :
Ce morceau " Piff, Paff, Pouff" qui connut quelque succès, figure parmi les airs franchement ridicules composés par Meyerbeer, sur un texte qui ne vaut pas mieux que la musique.
C'est un air de caractère que je trouve personnellement assez réussi. Après, oui, hors contexte, c'est pas possible.


Citation :
Il est permis seulement de regretter que la musique de Meyerbeer émerge si rarement de la banalité où elle semble se complaire. [à propos de l'acte III]
Il faut vraiment ne jamais avoir ouvert deux partitions de cette époque pour dire ça, c'est tout simplement factuellement faux. On peut faire beaucoup de remarques pour soutenir qu'on n'aime pas (il me semble que WoO l'a fait précédemment), mais essayer d'en faire une oeuvre banale ou ringarde, c'est tout simplement faux, et c'est démontrable objectivement.

Le procès serait beaucoup plus cruel pour Halévy, bien qu'on puisse bien sûr le défendre. Mais la Reine de Chypre, c'est du Rossini-Adam en grand format, en effet.

--

Défense et illustration des Huguenots par Guillaume puis David :

DavidLeMarrec a écrit:
Guillaume a écrit:
J'ai un peu l'impression de précher dans le désert, mais ceux qui mésestiment ou ne connaissent pas les Huguenots ne savent pas ce qu'ils ratent !
Plus j'écoute cette oeuvre, plus je l'adore. Là, je viens de réecouter la fin du V, c'est vraiment magnifique, et puis je réecoute souvent des bouts isolés, ce qui fait que ces derniers temps, ces Huguenots font partie des oeuvres qui reviennent le plus souvent sur ma platine.

Et c'est clairement indiqué pour tous les verdiens et belcantistes, Elvira par exemple devrait adorer (ou même Aurèle, qui aime Sutherland et Arroyo en plus), parce que c'est finalement assez proche de Don Carlos (les dimensions, le sujet...), mais avec une toute autre manière musicale. Et 30 ans avant. Ce qui nous amène au côté précurseur de Meyerbeer : les vents dominent dans l'orchestre, les soli sont nombreux, et certains moments rappellent clairement Berlioz.

Quelques moments forts pour aiguiller ceux qui auraient tenté sans succés :
- l'air de Marguerite "Ô beau pays de la Touraine" (pour belcantistes)
- duo Valentine / Marcel (acte III)
- "Oui l'ordre de la reine" et "Gloire, gloire au grand dieu vengeur" (pour ceux qui doutent de la qualité musicale de la partition et pour les fans de théâtre)

[sur MusicMe, les versions Bonynge (Sutherland, Arroyo, Tourangeau, Vrenios, Bacquier) et Diederich (Raphanel, Pollet, Borst, Leech, Martinovic)]

Mais TOUT est à écouter, il n'y a pour ainsi dire aucune longueur (je défie quiconque d'en trouver une seule).

Bref, tout ça pour dire que les Huguenots c'est génial et que je ne cesse de déplorer la mésestime voire les préjugés méprisants sur cette oeuvre. Et il y a un public pour cette oeuvre...(catégories 2 et 5, voire 3)
Je suis d'accord avec tout ça. C'est assez étrange, une vraie énigme pour moi. Généralement, quand je recommande des choses à un profil particulier, ça fonctionne bien, ils ont des raisons d'aimer telle ou telle rareté, et ils adhèrent.
Pour les Huguenots, étonnamment, les amateurs de voix, les amateurs d'opéra français, les amateurs de tragédie lyrique, ou de musique dansante, etc., généralement n'aiment pas spécialement les Huguenots, même en les écoutant sincèrement.

Pourtant, musicalement, c'est assez hallucinant pour l'époque. A moins de n'écouter que Chopin et Schumann, on écoute forcément de la musique moins travaillée.

Vraiment je m'étonne, et les arguments de vulgarité ne tiennent pas, en réalité, si on l'écoute en entier et en suivant le livret.

Discussion avec WoO sur les longueurs (ou pas !) de l'oeuvre, avec intervention de Zeno au milieu sur les audaces supposées de la partition :

WoO a écrit:
Guillaume a écrit:
il n'y a pour ainsi dire aucune longueur (je défie quiconque d'en trouver une seule)

Franchement tout le premier acte avec ses airs à boire aurait pu être expédié en 15 minutes, la scène du bain des suivantes au II était-elle vraiment indispensable ? On pourrait multiplier les scènes susceptibles d'être écourtées sans que ça nuise à l'action au final (je sais que David ne sera pas d'accord avec ça). De mon côté je ne trouve pas ça long, mais pour quelqu'un qui n'adhère déjà que très moyennement à ce réalisme de pacotille j'ai peur que ça puisse apparaître comme de réelles longueurs.

Guillaume a écrit:
De la même façon, WoO, les divertissements sont-ils indispensables à l'action dans les tragédies lyriques ?



Citation :
Mais ce boa interminable,
...qui dure autant que Siegfried.

Citation :
cette prosodie ultra-datée,

Pas plus que chez LULLY, et les Troyens, par exemple, ne sont pas vraiment plus "modernes".

Citation :
cette emphase

...pas plus que chez Verdi.

Citation :
ces tonnes de platitudes mélodiques...

Tout dépend ce que tu appelles "platitudes", parce qu'il y a indéniablement des magnificences mélodiques, même si on est pas chez Mozart, évidemment.

WoO a écrit:
Zeno a écrit:
J'ai beau réécouter, je trouve ça affligeant de pompiérisme. Je préfère nettement Verdi, c'est quand même autre chose !

Musicalement je ne tiens pas dix minutes avec Verdi - j'ai essayé Nabucco sans livret il y a quelques jours - alors que je trouve vraiment de très belles choses dans Les Huguenots : les récitatifs ne sont pas plats, les transitions avec les airs se font naturellement, c'est une des premières choses qui m'a surpris : je m'attendais à une musique ultra-convenue et prévisible à dix kilomètres alla Donizetti alors que que ce n'est pas le cas, c'est beaucoup plus subtil, il n'abuse pas de procédés et se répète rarement.

DavidLeMarrec a écrit:
WoO a écrit:
Guillaume a écrit:
il n'y a pour ainsi dire aucune longueur (je défie quiconque d'en trouver une seule)

Franchement tout le premier acte avec ses airs à boire aurait pu être expédié en 15 minutes, la scène du bain des suivantes au II était-elle vraiment indispensable ? On pourrait multiplier les scènes susceptibles d'être écourtées sans que ça nuise à l'action au final (je sais que David ne sera pas d'accord avec ça). De mon côté je ne trouve pas ça long, mais pour quelqu'un qui n'adhère déjà que très moyennement à ce réalisme de pacotille j'ai peur que ça puisse apparaître comme de réelles longueurs.
Je ne pourrais faire meilleure réponse que Guillaume : tout n'est pas indispensable d'un point de vue fonctionnel, mais c'est une esthétique qui arrive en droite ligne de la tragédie lyrique. On peut aussi couper tous les prologues et toutes les danses chez LULLY, effectivement, comme ça il y a moins de gras. Cette Passacaille d'Armide, quelle perte de temps !

Par ailleurs, on parlait seulement de la qualité de la musique, pour les longueurs, je crois. Smile


Zeno a écrit:
D'abord, il n'y a pas tant de choses hallucinantes que ça (il y a des audaces, c'est vrai),
Dans le cadre d'un opéra censé flatter le bourgeois, c'est quand même à peine concevable ce qui se passe en termes de livret comme de musique. Sinon, oui, on est d'accord, ce n'est pas du génie musical en barre, c'est juste tout le temps travaillé, audacieux et intéressant, à un haut degré. Un peu comme Mozart, quoi : il y a peu de choses d'intrinsèquement géniales, mais c'est tellement constant dans l'intensité qu'on ne peut qu'y succomber. Enfin, sur ce dernier point, il semblerait que Meyerbeer ait un peu manqué son affaire. hehe

Citation :
cette prosodie ultra-datée,
Là, il me faudrait une démonstration, parce que c'est au contraire ultra-fidèle, avec juste un petit côté un peu plus chantant, comme un français du Sud ou légèrement italianisé.

Pour le reste, si tu n'aimes pas l'opéra romantique, oui, ça en est (mais reprocher l'emphase et les platitudes mélodiques quand on s'extasie devant le Ring, c'est drôle !).

Je suis assez gêné d'une manière générale par l'argument du pompiérisme alors qu'il est le plus grand orchestrateur de la première moitié du XIXe siècle (Berlioz n'arrive qu'assez tard dans cette moitié) et qu'il pratique toujours distanciation et ironie, contrairement à la plupart de ses contemporains, ce qui le sauve justement de ces accusations.


Citation :
Dans ton système de référence, l'affaire est cohérente, c'est certain.
Il est clair que si tu veux quelque chose qui t'emporte ailleurs ou t'ouvre les voies d'une transcendance, tu en seras pour tes frais. C'est une musique profondément terrienne et concrète. J'ai beaucoup de tendresse pour elle aussi pour cela.

WoO a écrit:
Musicalement je ne tiens pas dix minutes avec Verdi - j'ai essayé Nabucco sans livret il y a quelques jours - alors que je trouve vraiment de très belles choses dans Les Huguenots : les récitatifs ne sont pas plats, les transitions avec les airs se font naturellement, c'est une des premières choses qui m'a surpris : je m'attendais à une musique ultra-convenue et prévisible à dix kilomètres alla Donizetti alors que que ce n'est pas le cas, c'est beaucoup plus subtil, il n'abuse pas de procédés et se répète rarement.
Merci. Very Happy

Bande annonce par Polyeucte :

Polyeucte a écrit:
Guillaume a écrit:
Je propose que ce soit l'oeuvre du mois, pour que tout le monde y jette une oreille.

[voix spéciale bande annonce de gros film américain]

Après "Il faut sauver le Soldat Rayan", la Twentieth Century Rabit présente... "Il faut sauver le Soldat Meyerbeer"...

De l'action (on nous montre des explosions lors de l'affrontement, du sang lors du massacre)... des pleurs (gros plan sur Saint-Bris lors de la découverte du corps de sa fille)... du suspens (plan sur Raoul lorsqu'il découvre où il est)... du courage (Marcel lors de la chanson huguenote)... mais aussi de l'émotion (mariage de Raoul et Valentine)... des amours malheureuses (mariage de Raoul et Valentine)... et des passages à vous couper le souffle (Grand air de Marguerite), le tout dans des costumes d'époques splendides de réalismes!
Une musique de Giacomo Meyerbeer (déjà à l'affiche de Robert le Diable), un scénario de Eugène Scribe (La Dame Blanche, La Juive...).

Venez vibrez pour la plus grande fresque historique jamais produite !!

[fin voix spéciale bande annonce]


Avis d'aurele et discussion :

aurele a écrit:
J'ai écouté Les Huguenots en entier et même si c'est pas désagréable comme opéra, je ne le trouve pas particulièrement transcendant malgré de beaux passages. C'est un opéra qui a suscité plus mon ennui qu'autre chose. L'acte IV est le plus réussi selon moi avec l'air de Valentine et le duo Raoul-Valentine en particulier. Ce n'est pas un opéra que j'aimerais écouter très souvent.

DavidLeMarrec a écrit:
C'est un peu vague comme description. Surprised "Pas désagréable", "beaux passages", "ennui".

Sinon pas étonné de ton choix de la seconde moitié de l'acte, c'est la partie la plus vocale et la plus italienne de l'oeuvre. Longtemps celle que j'ai le moins aimé, mais avec le temps (et la lecture de la partition), elle m'est devenue très précieuse, même si clairement ce n'est pas là qu'on trouvera les plus grandes originalités.

aurele a écrit:
Guillaume a écrit:
Et l'air de Marguerite ? Et la bénédiction des poignards ? Et le duo Valentine-Marcel ?

Qu'est ce que tu n'as pas aimé, au juste ? Qu'est ce qui t-a suscité l'ennui ? Par rapport à un Donizetti, pourquoi as tu moins apprécié ?

C'est dommage, je croyais que cela te correspondrait parfaitement, en plus, avec Sutherland et Arroyo...
Et moi j'écoute quand même principalement l'acte IV pour la conjuration. J'ai honte de le dire, mais je n'écoute pas souvent l'air de Valentine et seulement de temps en temps le duo, qui est magnifique on est d'accord.

L'air de Marguerite est un des passages qui est plutôt bien. Disons que je ne suis pas rentré dans l'histoire de cet opéra, je n'ai pas réussi à m'attacher aux personnages.


--


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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Lun 15 Aoû 2011 - 14:41

2. Outils pour la découverte

Bon, après ce long message fait de citations, rentrons dans le vif du sujet :

Comment découvrir les Huguenots dans les meilleures dispositions ?

a) Si vous le pouvez, allez les voir en scène à Strasbourg et Mulhouse en mars - avril 2012, dans la mise en scène magnifique d'Olivier Py et sous la direction de Daniele Callegari. Je ne garantis cependant pas l'état de la partition, mais dans tous les cas ce sera un spectacle bouleversant.

b) Les références discographiques et radiodiffusées :

- Bonynge - DECCA - 30€ - trouvable - livret fourni - 3h37 - complet à 90%
8/10. Version recommandable pour les amateurs de bel canto et d'orchestre amples : les atmosphères sont peut-être les mieux rendues de la discographie.

- Diederich - ERATO - comptez plus de 50 € - trouvable en médiathèque uniquement - livret fourni - 3h49 - complet à 90%
8,5/10. Très bien, l'orchestre manque de fini, mais il y a là le meilleur Raoul de la discographie

- Minkowski - bande radio - trouvable - 3h57 - complet à 100%
10/10. La version idéale, reflet des représentations d'ores et déja historiques à Bruxelles (15 juin 2011). Edition Ricordi : 15 minutes inédites.

Que choisir ? Minkowski assurément, car l'état de la partition y change beaucoup, et j'aurais personnellement du mal à me passer des "nouveaux" passages. C'est par ailleurs la version où brûle continuellement le feu du théâtre tout en étant suffisamment détaillé orchestralement, et de surcroît remarquablement chantée.

c) Le livret :

Livret incomplet et largement faux mais qui fera l'affaire : http://www.bobsdigitaloperashop.com/Libretti/Comp-M/Meyerbeer-Huguenots-1836.pdf

Et pour l'écoute de Minkowski, coupler avec ce relevé des "nouveaux passages" de l'édition Ricordi, le seul jamais effectué hors programme de salle, par votre serviteur chez David : http://operacritiques.free.fr/css/index.php?2011/07/11/1779-giacomo-meyerbeer-les-huguenots-un-nouvel-etat-de-la-partition-fragments-jamais-joues-edition-ricordi-minkowski-bruxelles-2011

d) Si ça vous n'accrochez pas à l'acte I :

passez aux actes suivants, en particulier le II si vous aimez le belcanto, ou le III si vous voulez rentrer dans le drame.
L'acte I et son banquet est une source de blocage pour la moitié des gens qui découvrent l'oeuvre. Or, comme David l'expliquait plus haut, chaque acte possède une couleur totalement différente.

Bonne écoute ! Very Happy

Dernier conseil pour la route : pour le livret, les nouveaux passages chez Minkowski ne sont significatifs que dans l'acte III. Vous pouvez parfaitement suivre les autres actes avec les anciennes éditions du livret, il n'y a que pour l'acte III que ça pourrait coincer. La diction des protagonistes de Minkowski est par ailleurs excellente au point qu'ils puissent être compris sans livret.


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Guillaume
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Lun 15 Aoû 2011 - 16:23

3. Commentaires généraux sur l'oeuvre


A. Sources


A venir : Quel rapport entre le livret de Scribe et la Chronique du règne de Charles IX de Mérimée parue quelques années avant ?

B. Structure

Cinq actes.

L'action se déroule en août 1572, j'estime précisément l'action entre le 16 août et le 24 août, on peut supposer que Marguerite "remonte" à Paris pour son mariage le 18 août à la fin de l'acte II. De même, je situe la tentative d'assassinat de Coligny le 22 août par Maurevert entre l'acte III et l'acte IV, même s'il n'est fait aucune mention de ce fait.

Les deux premiers actes se passent en Touraine, les deux derniers à Paris : près du Pré-aux-Clercs (en face du Louvre, de l'autre côté de la Seine) au III, dans un palais au IV et au Louvre puis dans un cimetière protestant au V, alors que la Saint-Barthélémy fait rage.


- acte I => environ 55 minutes avec l'ouverture [entre le 15 et le 17 août 1572]
Acte d'exposition, festin chez le comte de Nevers (catholique), romance amoureuse, entrée de son serviteur Marcel et surprise du protestant Raoul de Nangis lorsque, par curiosité, il voit celui-ci - quasiment - dans les bras d'une fille catholique qu'il a sauvé et dont il est amoureux, Valentine de Saint-Bris, venue en réalité rompre son mariage avec Nevers pour épouser Raoul - mais Raoul ne le saura qu'à la fin de l'acte III ! Raoul reçoit une mystérieuse invitation par Urbain, un page.

- acte II => environ 55 minutes dont 12 minutes dévolues à l'air de Marguerite de Valois [entre le 16 et le 17 août 1572]
Acte bucolique, on est à Chenonceau chez Marguerite de Navarre, soeur du roi Charles IX et femme du futur Henri IV. Après un air étourdissant, celle-ci accueille dans une atmosphère féminine et babillarde Raoul, qui, confus, entreprend immédiatement de séduire la Valois (A vous et ma vie et mon âme et tout mon sang !). Mais Raoul est en réalité promis à Valentine, qu'il rejette au moment de l'épouser au prétexte de son infidélité supposée. Scandale, protestants et catholiques sont au bord d'un affrontement empêché uniquement par Marguerite de Valois.

- acte III => 58 minutes dont 7 minutes de ballet des bohémiennes [entre le 18 et le 22 août 1572]
Dans les rues de Paris, près du Pré-aux-Clercs. Atmosphère de rue, protestants et catholiques cohabitent non sans mal. Le père de Valentine, le comte de Saint-Bris a reçu un cartel (demande de duel) de la part de Raoul de Nangis qui s'estime déshonoré et le fait porter par son serviteur Marcel. Saint-Bris demande à Maurevert de tendre une embuscade à Raoul à cette occasion. Mais Valentine a tout entendu et, encore amoureuse de Raoul malgré l'affront de la fin du II, révèle à Marcel le piège dans lequel Raoul va être pris. Septuor du duel, puis dispute entre les deux camps, interrompue encore une fois par Marguerite qui surgit et tire les choses au clair entre Raoul et Saint-Bris, hélas trop tard. Valentine voit son père lui reprocher de l'avoir trahi. Saint-Bris refuse toute réconciliation et maintient le mariage avec Nevers.
"Plus de paix, plus de trève" chantent les huguenots en même temps que le cortège nuptial. Toute réconciliation est désormais impossible.

- acte IV => 42 minutes, divisées en trois séquences [le 23 août du soir jusqu'à minuit]
Chez Nevers, à Paris.
1. Valentine pleure d'avoir perdu Raoul. Celui-ci surgit et annonce qu'avant que de mourir de désespoir, il veut la revoir une dernière fois. On entend les seigneurs catholiques arriver, Raoul se cache derrière une tapisserie.

2. Conjuration : Saint-Bris transmet les ordres de Charles IX et de sa mère Catherine de Médicis - on avait déja entendu parler des ordres dans l'acte II ("Un vaste projet que j'ignore" dit Marguerite) - qui sont de massacrer tout les huguenots à partir de minuit. Mais Nevers refuse à se rendre coupable d'un tel forfait qui salirait son honneur. Coup de théâtre : il est mis aux arrêts par Saint-Bris. Plus rien ne peut arrêter la machine : les protestants seront exterminés.

3. Duo d'amour : Raoul veut sortir avertir les huguenots du massacre, mais l'amour est le plus fort. "Je t'aime ! - Tu l'as dit !". Atmosphère quasi-tristanienne, le temps se suspend... jusqu'à ce que sonne minuit. Raoul quitte sa bien-aimée et s'élance dans les rues à feu et à sang.

- acte V => 29 minutes, un entracte puis trois scènes [le 24 août, de la nuit jusqu'au jour]
1. A l'hôtel de Nesle : bal en l'honneur du mariage d'Henri de Navarre. Raoul entre ensanglanté du sang de Coligny. Il incite les huguenots à une résistance, mais il est trop tard, celle-ci ne peut-être que désespérée.

2. Dans un cimetière attenant à un temple protestant : les survivants se sont réfugiés et prient. Marcel blessé retrouve Raoul blessé lui-aussi. Valentine entre avec deux écharpes blanches (signe de ralliement des catholiques) : elle offre une sortie à Raoul en échange de son apostasie (de son abjuration du protestantisme). Raoul refuse du fait de son honneur et de Marcel qu'il ne veut abandonner : Valentine se convertit alors au protestantisme. Mariage de Raoul et Valentine célébré par Marcel. Arrivée des assassins : ils se rapprochent du trio, qui est uni dans la mort et dans le Choral de Luther (voir plus-bas pour des précisions sur ce Choral).

3. Sur les quais : Raoul est blessé mortellement, Valentine et Marcel le soutiennent. Soudain paraît une compagnie de soldats conduite par Saint-Bris, qui ordonne de tirer. Les huguenots tombent. Saint-Bris reconnaît Valentine qui meurt. Marguerite arrive dans sa litière, impuissante face à la suite du massacre.

C. Historicité

D. Personnages

E. Musique

G. Le choral de Luther

H. Etats de la partition


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Guillaume
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Lun 15 Aoû 2011 - 16:36

Je réserve cet emplacement pour d'éventuelles considérations futures, vous pouvez dès maintenant commencer à réagir, discuter, émettre un avis, des critiques sur ce que je dis... etc ! Very Happy
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Alain92
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Dim 21 Aoû 2011 - 9:29

J'ai la version live d'une version de Gazzaveni de 1962 avec Corelli et Sutherland et apprécie certains airs. J'aime assez ce style de grand opéra français que je connais peu toutefois mais seulement des extraits.
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Horatio
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Dim 21 Aoû 2011 - 10:18

Magnifique travail Guillaume ! On reconnaît le passionné thumleft .
Mais cela ne va pas me convaincre d'écouter Meyerbeer siffle ...
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Ptitof
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Dim 21 Aoû 2011 - 13:26

Vraiment intéressant, tout ça : super boulot thumleft

En fait, c'est vraiment grâce à vous, (pendant toute la période ou je ne faisais que vous lire) que j'ai réussi à vaincre les préjugés (stupides avec le recul, après va savoir où j'avais attrapé ça... Une contagion, sans doute!) que j'avais sur Meyerbeer. Et là le choc, avec les Huguenots... J'ai pour le moment écouté que la version Diederich et un peu de Bonynge et un peu survolé en plus Le Prophète et l'Africaine...

Quand j'entends ça, je me dis qu'on est vraiment pas bon en France, sur la préservation de notre patrimoine musical (et si c'était que pour Meyerbeer...). M'enfin, bref, merci pour cette incitation à entrer là dedans! (Et puis Besançon, c'est à moins de 3 heures de route de Strasbourg, faudra vraiment que j'y pense Smile )
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Mer 24 Aoû 2011 - 19:20

Je connais encore mal cet opéra dans son ensemble mais j'admire beaucoup la scène de la conjuration au 4ème acte et le duo d'amour qui suit; plus encore que le choeur de la bénédiction des poignards, c'est l'ensemble des récits, airs et dialogues qui le précède qui retient mon attention, j'y trouve de grandes qualités dramatiques et une richesse musicale que les détracteurs de Meyerbeer refusent souvent d'admettre. Quant au duo d'amour, c'est sans doute mon côté fleur bleue, mais je ne peut m'empêcher de le trouver très émouvant! hehe
Sans doute pas de la musique de tout premier plan, mais à mon sens ça vaut largement un grand nombre d'opéras italiens franchement médiocres qu'on entend pourtant beaucoup plus souvent...

Lucia di Lamermoor et Nabucco sauront de quoi je parle, les faquins!!! :rambo:
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Donovan
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Jeu 25 Aoû 2011 - 3:48

Ptitof a écrit:
Quand j'entends ça, je me dis qu'on est vraiment pas bon en France, sur la préservation de notre patrimoine musical (et si c'était que pour Meyerbeer...). M'enfin, bref, merci pour cette incitation à entrer là dedans! (Et puis Besançon, c'est à moins de 3 heures de route de Strasbourg, faudra vraiment que j'y pense Smile )

Oh ! Il ne faut pas qu'y penser. Ne manque surtout pas ça. En ce qui me concerne je vais faire les milliers de kilomètres qu'il faut pour y assister.
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Jeu 25 Aoû 2011 - 8:12

Reste à signaler que la bande audio des Huguenots Madrilènes est facilement trouvable grâce à une bloggeuse espagnole, en faisant une recherche sur les "Hugonotes madrileños"... Wink Avec A.Massis et K.Deshayes pour la french touch!
Mon souci, c'est que ça m'ennuie très vite un opéra intégral en audio seul, alors je n'écoute que quelques passages... Strasbourg might be la solution.
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Ino
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Ven 26 Aoû 2011 - 3:41

Je viens de m'envoyer tout le I + II après avoir parcouru vos écrits, et je dois dire que ce n'a pas été sans souffrance. Une fois de plus, sans image, l'opéra (hors baroque) n'a pas le même impact. Cependant, j'ai écouté tout ça avec la plus grand attention, et les impressions sont multiples :

- multiplicité des inspirations et des atmosphères
- entassement des émotions, souvent excessif (chaque scène qui va de l'insouciance à l'imminence dramatique, ça fait un peu beaucoup)
- musique très variée, avec de grandes réussites et de lourds échecs (dans le II, certains motifs et certains morceaux m'ont même fait... rire)
- les récitatifs sont très forts, même plus que les airs, mais j'avoue que l'art de Massis (que j'apprécie peu en général) dans les coloratures de Marguerite m'a soufflé!
- l'intrigue ne me séduit pas outre mesure ("je la refuse, même si je l'aime - pourquoi? - je refuse de le dire, plutôt mourir!" Ah bein oui forcément ça va pas bien finir là)
- le second degré est rare mais quand il arrive, soulage du poids de l'histoire, notamment par le personnage d'Urbain

Je garde les 3.4.5 pour demain, faut pas pousser Wink
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Guillaume
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Sam 27 Aoû 2011 - 18:02

Plutôt que la version de Madrid, c'est vraiment Bruxelles qu'il faut écouter. Et ça se trouve facilement.

Citation :
- musique très variée, avec de grandes réussites et de lourds échecs (dans le II, certains motifs et certains morceaux m'ont même fait... rire)

Le rondo d'Urbain ("Non, non, non, non"), je suppose ?

Et merci pour vos messages, comme quoi, le prosélytisme forcené finit par payer. Mr. Green
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Lun 29 Aoû 2011 - 8:07

Non non, certains passages se voulant dramatiques, justement.
Le rondeau d'Urbain me plait beaucoup, mais il a été coupé à Madrid (pffffffffff)

Après écoute de la fin, le dernier acte était très plaisant, avec le I probablement celui que j'ai le plus apprécié... A suivre : écoute de Bruxelles Wink
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benvenuto
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Dim 4 Sep 2011 - 1:14

Après une écoute intégrale des Huguenots (version Bonynge), voici quelques impressions toutes provisoires, que je développerai bien sûr après quelques expériences supplémentaires.
Le 4ème acte est foudroyant pour ainsi dire de bout en bout, c'est de loin ce qui m'a le plus plu dans toute la partition. Les 3ème et 5ème actes contiennent de réelles beautés et des choses plus dispensables. J'ai en revanche beaucoup de mal avec les 2 premiers actes.
Meyerbeer me semble se distinguer par deux éminentes qualités:
-le sens dramatique, particulièrement tangible dans la grande qualité des récits et dialogues, servi par un grand sens de la prosodie (dans la plus pure tradition tragique française) et par une grande maîtrise du rythme dramatique et de la structure des scènes (très souple et décloisonnée comme l'ont fait remarquer David et Guillaume).
-un vrai génie des atmosphères, grâce à un sens audacieux de l'orchestration et à un langage harmonique étonnamment riche.
Toutefois, il me semble réellement manquer d'une véritable imagination musicale sur les plans mélodiques et rythmiques, ce qui se traduit par des airs et des choeurs souvent compassés, pompiers et ennuyeux , non pas tant dans leur instrumentation (souvent très économe) que dans leur conception: carrures immuablement régulières, phrases faites de petites formules rythmiques très banales, très marquées, sans nuances, souvent proches de rythmes de marche, et de motifs mélodiques sans ampleur, faits souvent d'arpèges ou de notes répétées. Et mon Dieu, pourquoi diable tant de vocalises???? Mad
Il y a bien sûr des exceptions (le duo de l'acte 4!), mais dans l'ensemble je préfère franchement les grandes scènes d'action dramatique aux fresques plus lyriques ou contemplatives...
Cela étant, entre la mort de Weber et le silence de Rossini d'une part, et les débuts de Wagner et de Verdi
de l'autre (et à l'exception notable du Berlioz de Cellini), quel autre compositeur a su faire preuve d'une telle personnalité sur scène...?
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Guillaume
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Dim 4 Sep 2011 - 9:36

J'aime beaucoup tes analyses en profondeur, on sent vraiment que tu comprends les musiques que tu écoutes. Very Happy Je ne suis pas tout à fait d'accord sur les points négatifs que tu soulèves (la veine mélodique est quand même bien belle : entre "Pour cette cause sainte", le duo Valentine / Marcel - que tu ne cites pas mais qui est à mon sens un des moments les plus touchants de l'oeuvre -), peut-être parce que je suis un fan inconditionnel. Smile Tout le monde a du mal au début avec le I, mais quand on s'y replonge, c'est le bonheur total. Je crois, comme le dit ma signature, que cette musique demande des réecoutes.

Je te conseille pour la réécoute la version Minkowski de juin dernier, avec un quart d'heure de passages inédits. Smile
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Dim 4 Sep 2011 - 18:27

benvenuto a écrit:
Après une écoute intégrale des Huguenots (version Bonynge), voici quelques impressions toutes provisoires, que je développerai bien sûr après quelques expériences supplémentaires.
Le 4ème acte est foudroyant pour ainsi dire de bout en bout, c'est de loin ce qui m'a le plus plu dans toute la partition. Les 3ème et 5ème actes contiennent de réelles beautés et des choses plus dispensables. J'ai en revanche beaucoup de mal avec les 2 premiers actes.
Meyerbeer me semble se distinguer par deux éminentes qualités:
-le sens dramatique, particulièrement tangible dans la grande qualité des récits et dialogues, servi par un grand sens de la prosodie (dans la plus pure tradition tragique française) et par une grande maîtrise du rythme dramatique et de la structure des scènes (très souple et décloisonnée comme l'ont fait remarquer David et Guillaume).
-un vrai génie des atmosphères, grâce à un sens audacieux de l'orchestration et à un langage harmonique étonnamment riche.
Toutefois, il me semble réellement manquer d'une véritable imagination musicale sur les plans mélodiques et rythmiques, ce qui se traduit par des airs et des choeurs souvent compassés, pompiers et ennuyeux , non pas tant dans leur instrumentation (souvent très économe) que dans leur conception: carrures immuablement régulières, phrases faites de petites formules rythmiques très banales, très marquées, sans nuances, souvent proches de rythmes de marche, et de motifs mélodiques sans ampleur, faits souvent d'arpèges ou de notes répétées. Et mon Dieu, pourquoi diable tant de vocalises???? Mad
Il y a bien sûr des exceptions (le duo de l'acte 4!), mais dans l'ensemble je préfère franchement les grandes scènes d'action dramatique aux fresques plus lyriques ou contemplatives...
Cela étant, entre la mort de Weber et le silence de Rossini d'une part, et les débuts de Wagner et de Verdi
de l'autre (et à l'exception notable du Berlioz de Cellini), quel autre compositeur a su faire preuve d'une telle personnalité sur scène...?
Oh, ça m'émeut de lire ça. Sad

Exactement mon avis, sauf pour les réserves : je ne suis pas du tout gêné par les carrures des mélodies, et au contrairetrès séduit par la puissance de leur naturel, en particulier dans les récitatifs. Par ailleurs, dans Les Huguenots, les vocalises sont assez bien intégrées et assez inspirées (voire jouissives comme au début du II Very Happy ), contrairement à Robert où Isabelle m'ennuie assez.

Ca fait plaisir de te voir entrer dans la confrérie, après ton panégyrique de Destouches ! Very Happy

Mais bien d'accord, en termes d'orchestration et d'harmonie, c'est quand même le maillon essentiel de la période entre Weber et Wagner - sans parler du fait qu'en France, avant Berlioz... et je ne mentionne même pas l'Italie où il faudra attendre le Verdi d'Aida, voire d'Otello et de Falstaff, pour aller aussi loin.
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Lun 5 Sep 2011 - 0:21

Houlà, attends, ne t'emballe pas trop, je voudrais pas prendre le risque de te décevoir, je trouve des qualités indéniables aux Huguenots mais je suis encore loin d'être fan pour autant...rien à voir avec mon coup de foudre pour la belle Princesse de Calydon...
Je continue à préférer de loin Weber et jusqu'à Rossini , sans même prendre la peine d'évoquer Berlioz ou Wagner...
Cela dit, je n'en suis qu'à ma première écoute intégrale et il est fort possible que mes impressions évoluent, il y a assurément de belles trouvailles et de très grands moments! Et quand je parlais de la raideur des carrures, ça ne concernait que les airs, les choeurs et les ballets, pas les récits, dialogues et ensembles pour lesquels j'ai déjà dit mon admiration (la scène du Pré-au-Clerc à la fin du 3ème acte est une grande réussite).
J'appréhende seulement de ne pouvoir qu'avec peine adhérer aux roucoulades salonnardes du 2ème acte et aux couplets gaillards du 1er...
On en reparlera plus en détail quand j'aurai réécouté! Very Happy

Pour autant je ne renie rien de mon précédent message et si on me donne le choix entre une représentation de Norma et une des Huguenots, je n'hésite pas une seconde!!! Mr. Green
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Lun 5 Sep 2011 - 2:05

Mais tout à fait, je l'ai bien lu pour ce que tu as écrit, pas plus. Mais je trouve chouette que tu trouves justement ces qualités à cette oeuvre - après, chacun ses affinités particulières bien sûr. Souvent les auditeurs en restent superficiellement à la vulgarité de l'acte I ou au côté très mélodique façon Verdi, sans regarder de plus près la construction, sans être sensible non plus au second degré...

Cela dit, ce n'est pas non plus une surprise, tu avais déjà démontré que tu écoutais de façon précise. Very Happy
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Lun 5 Sep 2011 - 11:14

Je t'avoue être passé à côté de l'aspect "second degré", pourtant j'étais averti, ayant lu le topic avant d'écouter, mais ça ne m'a pas marqué Confused ...à quels endroits c'est le plus frappant?
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Lun 5 Sep 2011 - 19:16

Le rôle d'Urbain est par exemple marqué par le second degré (rien que dans le 1er air, on voit que toutes les vocalises et les répétitions de "salut" sont un jeu pour se mettre en valeur), et puis un autre détail intéressant, les relations entre les nobles et Raoul au I (chez Minkowski, il y a de jolies répliques supplémentaires "Oui, l'air gauche et géné d'un noble de province !" ou encore Raoul lorsqu'il reçoit la lettre "c'est une erreur !").
Je ne parle même pas de Marcel, qui multiplie les allusions bibliques un peu sophistiquées (de l'impie évite le festin, madianites, Judas, Benjamin, Dalila, le glaive d'Israël, la terreur de vos Babel...etc) et dont le texte du deuxième air est quand même... pittoresque disons.

Ni du côté un peu fat de Nevers (Fût-ce le roi, le roi lui-même, je n'y suis pas !), ni évidemment du côté bênet absolu de Raoul... non vraiment, tous ces personnages sont caractérisés d'une manière vraiment intéressante, surtout Marcel et Raoul. Je pense que la version Minkowski où le niveau global de la diction et les qualités d'ironie des chanteurs sont supérieures te fera sentir cet aspect de l'oeuvre. Very Happy
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benvenuto
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Lun 5 Sep 2011 - 21:14

Ouais...c'est plus dans le livret que dans la musique, donc?...Je t'avoue que le personnage d'Urbain m'a franchement agaçé, ce qui n'est peut-être pas pour rien dans mon peu de goût pour les 2 premiers actes!
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Mar 6 Sep 2011 - 13:15

benvenuto a écrit:
Je t'avoue être passé à côté de l'aspect "second degré", pourtant j'étais averti, ayant lu le topic avant d'écouter, mais ça ne m'a pas marqué Confused ...à quels endroits c'est le plus frappant?
Je grandement redire ce que dit Guillaume, mais on la trouve dans la plupart des personnages (à part Valentine et Saint-Bris, véritables figures tragiques) :
=> Marguerite en reine légère qui caricature le propre stéréotype de son modèle historique dans ses parties de campagne ;
=> La fatuité d'Urbain (et ses vocalises en guise de teasing) ont effectivement quelque chose de parodique ;
=> Raoul qui arrive un peu niais au banquet (il n'est pas franchement pris au sérieux, ni par les courtisans, ni par la musique, lorsqu'il dit que c'est son élue qui vient de rendre une visite secrète à Nevers), et surtout qui se couvre de ridicule face à la reine, se jetant dans les bras de la "première venue" alors qu'elle est son entremetteuse (la musique exaltée est assez amusante ici aussi, face au comique de situation) ;
=> Nevers qui a, en plus de nombreuses saillies drolatiques, une situation paradoxale à assumer, fêté de tous ("Quelquefois trop de mérite aussi importune"), alors qu'il perd sur tous les tableaux ;
=> Marcel, dont Guillaume signalait les nombreuses références archaïques, toujours doté d'une raideur d'un autre temps - et on ne peut vraiment pas prendre "pif, paf" au sérieux, alors que les détracteurs de Meyerbeer citent souvent cet exemple. Ce serait exactement comme reprocher au Petit Chaperon Rouge de ne pas être vraisemblable parce que les loups ne parlent pas...

D'une façon générale, Scribe ménage un certain recul, légèrement critique, sur ses personnages, sans jamais manquer de tendresse au demeurant. Ce ne sont pas tout à fait des héros complets, ils ont leurs propres ridicules en même temps que leurs moments de sublime. Et Meyerbeer n'esquive pas du tout le potentiel de cet aspect-là.

Evidemment, ce n'est pas du grotesque tapageur, à part "Pif, paf", mais je le trouve assez perceptible tout de même. Tu diras, à la réécoute.
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benvenuto
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Mar 6 Sep 2011 - 14:20

OK, je vois l'idée... réécoute prévue très bientôt!
A première écoute, j'ai trouvé que les seuls personnages pourvus d'une certaine épaisseur étaient justement Nevers (pour son attitude ambigue et la singularité de sa position) et Marcel (pour sa loyauté à son maître et à sa religion, sincère mais pas obtuse au point d'empêcher sa sympathie pour la mécréante Valentine)...le couple de protagonistes m'a en revanche semblé totalement transparent...comme quoi les ressentis peuvent vraiment varier d'une personne à l'autre!!! (et ça peut toujours changer en ce qui me concerne)
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Mar 6 Sep 2011 - 16:08

benvenuto a écrit:
OK, je vois l'idée... réécoute prévue très bientôt!
A première écoute, j'ai trouvé que les seuls personnages pourvus d'une certaine épaisseur étaient justement Nevers (pour son attitude ambigue et la singularité de sa position) et Marcel (pour sa loyauté à son maître et à sa religion, sincère mais pas obtuse au point d'empêcher sa sympathie pour la mécréante Valentine)...le couple de protagonistes m'a en revanche semblé totalement transparent...comme quoi les ressentis peuvent vraiment varier d'une personne à l'autre!!! (et ça peut toujours changer en ce qui me concerne)
Raoul falot, oui, mais pas sans épaisseur justement. Pour Valentine, c'est de façon plus classique 1) le combat entre le devoir et l'amour [actes III et IV] 2) le sacrifice pour l'amour [acte V], le personnage n'est pas spécialement développé même s'il est sympathique.
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Mar 6 Sep 2011 - 19:06

Réécoute du 1er acte....
Ca passe déjà mieux même si ce n'est pas encore l'extase...
Je trouve les qualités musicales plutôt concentrées dans le premier tiers de l'acte, à la faveur de l'exposition de l'action, par la suite Meyerbeer me semble un peu s'empêtrer dans un tunnel galant moins propice à l'invention musicale (du moins pour lui...)...
L'ouverture me semble très réussie, le thème de choral lui confère la grandeur voulue et est travaillé de façon raffinée et intéressante (pédales recherchées, strettes, variations de tempo). La coda est magistrale et introduit la première scène par une très belle modulation.
La qualité du permier choeur dépend de l'accompagnement qui lui est adjoint: plus celui-ci est dynamique (deuxième occurence surtout), plus la raideur de la mélodie en est heureusement compensée.
Toute la première scène est vraiment bien, l'écriture orchestrale est très belle (cordes en guirlandes à l'entrée de Raoul, belles touches de bois....) et la cohérence en est assurée par la présence du thème de la réplique de Tavannes, plus efficace par sa récurrence que par son caractère propre.
L'air de Raoul contient de belles choses (jolies harmonies sur "Quel honneur d'être admis!" ), malgré un caractère affecté, à prendre sans doute avec ironie et au second degré. En revanche, le thème du choeur de l'orgie, du moins pris au sérieux, est une véritable horreur digne des plus abjectes vulgarités de Verdi. Après, pris au second degré, c'est assez divertissant et efficace, il y a même quelques développements et transitions intéressants (incroyables emprunts par quartes ascendantes dans la coda!!!).
Le récit de Raoul est magistral, l'ambiance orchestrale est superbe, la prosodie est parfaite, dans la lignée de Glück. Pour la romance, je suis plus partagé: l'originalité de l'accompagnement d'alto solo ne saurait compenser la matière musicale un peu mince, le style mélodique est un peu salonnard et pas très marquant, mais dans l'ensemble ça tient grâce aux couleurs contrastées (tutti avec belles touches de flûte, entrée fracassante du choeur), même si ça n'est pas très prenant ni dramatiquement ni musicalement.
La phrase annonçant l'entrée de Marcel est à l'image de beaucoup de choses dans cet acte: efficace mais pas folichon musicalement (une mélodie sans accompagnement doit être superlative pour s'imposer, Berlioz et Wagner l'ont assez montré). En revanche j'aime bien le choral dont les variations harmoniques sont somptueuses et qui permet par son lent débit d'heureux effets de superposition de voix. La chanson huguenote...hum...en rire est la seule façon de la rendre tolérable! C'est au mieux pittoresque et ça exige un grand metteur en scène pour ne pas tomber à plat!
J'aime en revanche beaucoup la phrase de Nevers "Fût-ce le roi lui-même" et la belle modulation qui soutient la réplique suivante de Marcel...contrairement à David, je ne perçois pas à ce moment de fatuité chez Nevers, seulement une préfiguration de son indépendance et de sa noblesse d'âme, et la musique traduit cela à merveille. Toute la scène des jaloux est agréable et fraîche mais sans plus, c'est gracieux et sympathique mais pas inoubliable.
L'intro orchestrale du final, sur pédale de dominante, est grandiose, dommage que le choeur suivant soit si plat...l'entrée d'Urbain et sa cavatine sont mignons, d'un charme enjôleur et presque lénifiant.
J'adore inconditionellement la lecture du billet par Raoul, là on est dans le drame! Trémolos de violons, superbes dessins angoissants de basses (à mi-chemin entre Glück et Berlioz), enchaînements enharmoniques...voilà du très grand caractère, dommage que tout ne soit pas dans cette veine!!!
J'aime assez aussi l'étagement des voix dans le concert d'allégeances à Raoul, ainsi que la belle cadence qui clôt cette progression. Le dernier choeur est en revanche dispensable, les gazouillements d'Urbain m'énervent...
Voilà, dans l'ensemble je trouve que la veine un peu étroite, au souffle un peu court de Meyerbeer, s'accommode moins bien des échanges de galanterie que des situations puissamment dramatiques, je ne ressens absolument pas ici la puissance qu'il déploit au 4ème acte...cela dit, à la réécoute, je perçois mieux la lente évolution de l'opéra depuis un pittoresque badin et léger jusqu'au tragique le plus sombre: c'est dans cette optique que je pense pouvoir le mieux apprécier cet acte, en l'écoutant presque comme une comédie musicale, avec des airs sans prétention, efficaces et habiles mais sans aspirations à la transcendance, dans un climat de spirituelle légèreté.
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Mar 6 Sep 2011 - 20:59

Deuxième acte:
Le prélude est beau, bien instrumenté, d'une harmonie raffinée (avec une minorisation du ton principal, assez touchante, dont le début de l'acte présente plusieurs exemples), dommage qu'une longue et vaine cadence de flûte en vienne atténuer l'effet....
L'air de Marguerite est charmant malgré un côté un peu précieux et salonnard (il y a décidément trop de vocalises), bien instrumenté (accompagnement de harpe avec contrechants de violoncelle dont j'entends un écho dans les strophes "Premiers transports" dans Roméo et Juliette de Berlioz...), avec là aussi une phrase minorisée faisant le lien avec le prélude. La partie centrale en est vraiment belle (là aussi minorisée), servie par l'accompagnement mouvementé des violoncelles et par de superbes modulations vraiment audacieuses (par tierces majeures descendantes: si bémol Majeur-sol bémol Majeur-ré Majeur: division de l'octave en 3 parties égales en rapport de quinte augmentée que n'eût pas désavouée Liszt!!!).
Le choeur suivant est d'une finesse galante mais assez raffinée (avec une surprenante utilisation du IIème degré napolitain à l'état fondamental), les effets d'écho sont mignons, à nouveau soutenus par de belles modulations et d'agréables pédales (décidément un des points forts de l'ami Giacomo), tout ça mérite une écoute attentive même si il n'y a rien de transcendant. Dommage que l'air "A ce mot seul s'anime" soit un peu pompier dans sa thématique, tranchant avec l'atmosphère générale de ce début d'acte, et il y vraiment TROP DE VOCALISES!!!
Le dialogue qui suit me semble plongé dans une ambiance spirituelle et raffinée, très XVIIIème siècle (en terme de finesse,non de préciosité), avec de nombreux échos de Mozart (la réplique d'Urbain "Page discret" et la réponse de Marguerite, formant un couple antécédent-conséquent varié dans l'harmonie par la cadence rompue de la réplique d'Urbain, est riche de sens par le parallélisme mélodique soutenant des sentiments contrastés: naïve affliction du page, tendre moquerie de la reine: on est proche des Noces) et de Glück (l'accompagnement éploré de "Oui je l'ai vue gémir")
Le choeur des baigneuses, agréable et efficace sans plus, se distingue toutefois par une incroyable utilisation des bassons en bourdonnements souterrains, aisi que par une très belle coda (comme souvent chez Meyerbeer) emportée par de fines fusées de violons.
Je le redis, les badinages d'Urbain m'agacent, je crois qu'avec Cherubino 50 ans avant, on avait fait le tour du dossier du "jeune page pré-pubère ardent et pleurnicheur"...la musique reste pour autant très tolérable...
En revanche l'air de Marguerite "Non non non" est insupportable de coquette préciosité, comment peut-on avoir autant de sens du grand caractère dramatique et se complaire dans de telles fadaises? Même au second degré, pour ma part, ça a du mal à passer...
Le choeur "Le voici" est comme souvent plus efficace dans le contexte que réellement intéressant musicalement, malgré une belle modulation par la sixte napolitaine dans son développement.
La réplique d'Urbain "Grâce à lui on m'oublie" est une des rares vraiment belles mélodies de l'acte; cela dit tout cela est assez raffiné, à défaut d'être d'un grand caractère.
La première réplique de Raoul est superbe, tout comme le début du duo, avec une invraisemblable modulation, à nouveau à la tierce majeure descendante (do Majeur-la bémol Majeur) sur les mots "dans les cieux": par ce genre d'harmonie, Meyerbeer se place à la pointe de son époque, il faut le clamer haut et fort!
La fatuité de Raoul s'exprime par le fait qu'il adresse à Marguerite le même genre de sirupeuses métaphores qu'il utilisait en évoquant Valentine... hehe Encore une superbe pédale dans la coda, malheureusement gâchée par une inopportune vocalise...
La suite de la scène est d'une moins belle eau malgré la noble ardeur de Raoul ("Ah je le jure à vos genoux"), l'air de Marguerite est une nouvelle sucraillerie désuète, ça traîne en longueur en s'enlisant dans une coquetterie un peu pralinée...
D'autant plus salutaires sont les récits de Marguerite, d'une belle ampleur, qui relancent le drame au début de la scène suivante, même si l'entrée des seigneurs est franchement pompière; j'aime particulièrement l'effet des arpèges descendants en pizzicato de violoncelles qui illustrent "abjurant toute haine".
Le serment est un exemple typique de la relative faiblesse de l'invention musicale de Meyerbeer: c'est efficace, l'ambiance est là, mais sans réelle substance musicale: enlevez le texte et la situation, il n'en reste rien (hormis une belle progression du choeur sur pédale, suivie par un superbe choral de cuivre également sur pédale de do: l'ami Giacomo est toujours plus à l'aise pour conclure que pour commencer...)
Même chose pour le final: le sombre mélodie heurtée et précipitée, ponctuée par les timbales et entrecoupée de silences convient assez à la situation, mais musicalement c'est quand même pas l'extase ultime...par contre le choral luthérien est intégré très adroitement et à propos, et la fin est très intense, assez étourdissante.
J'ai rarement rencontré un compositeur chez lequel je trouve à la fois autant de choses enthousiasmantes et autant de médiocrités...
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Guillaume
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Mar 6 Sep 2011 - 21:45

Peut-être que l'ensemble est inégal, mais au vu du nombre de lignes que tu y consacres et en dépit des faiblesses que tu relèves, c'est quand même une oeuvre que tu dois beaucoup apprécier, non ? Smile

Petite erreur : l'air "Non, non, non, non, non" est chanté par Urbain.

Toujours Bonynge ? Peut-être que Minkowski éclairera différemment les choses à tes yeux...
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Mar 6 Sep 2011 - 22:26

oups...cet air n'était pas inclus dans le livret que je consulte en ligne, et j'ai cru que c'était Marguerite...du coup ça le rend un peu moins ridicule!!! Very Happy
Je n'ai pas réussi à trouver l'enregistrement Minkowski sur le site...
Je ne dirais pas que je suis fan absolu (du moins les 2 premiers actes), mais c'est une découverte qui retient mon attention et qui vaut la peine qu'on s'y penche...de plus il me semble que ce genre d'opinions peut-être un peu moins enflammées que les tiennes ou celles de David peut contribuer à amener d'autres mélomanes vers ce répertoire; parfois trop d'enthousiasme peut paraître excessif et devenir contre-productif...
Et puis je dois bien ça à David à qui je dois la découverte de Callirhoé et qui m'a indiqué où consulter le livret!!! mains
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Mar 6 Sep 2011 - 22:32

Toi, au moins, quand tu t'intéresses à un sujet, tu ne plaisantes pas !

benvenuto a écrit:
L'air de Raoul contient de belles choses (jolies harmonies sur "Quel honneur d'être admis!" ), malgré un caractère affecté, à prendre sans doute avec ironie et au second degré.
Bien sûr que c'est un peu de second degré, disons au un et demi. Smile

Citation :
En revanche, le thème du choeur de l'orgie, du moins pris au sérieux, est une véritable horreur digne des plus abjectes vulgarités de Verdi. Après, pris au second degré, c'est assez divertissant et efficace, il y a même quelques développements et transitions intéressants (incroyables emprunts par quartes ascendantes dans la coda!!!).
Franchement, tu prends ça au sérieux ?? "Bonheur de la table / Bonheur véritable" !!
Surtout la coda en ternaire, c'est extrêmement amusant...

Citation :
Pour la romance, je suis plus partagé: l'originalité de l'accompagnement d'alto solo ne saurait compenser la matière musicale un peu mince, le style mélodique est un peu salonnard et pas très marquant, mais dans l'ensemble ça tient grâce aux couleurs contrastées (tutti avec belles touches de flûte, entrée fracassante du choeur), même si ça n'est pas très prenant ni dramatiquement ni musicalement.
Je suis d'accord, l'air n'est pas très intéressant, contrairement au récitatif qui l'introduit.

Citation :
La phrase annonçant l'entrée de Marcel est à l'image de beaucoup de choses dans cet acte: efficace mais pas folichon musicalement (une mélodie sans accompagnement doit être superlative pour s'imposer, Berlioz et Wagner l'ont assez montré).
Je le trouve super ce motif, moi, très suggestif, avec sa bondissante lourdeur. Very Happy

Citation :
J'aime en revanche beaucoup la phrase de Nevers "Fût-ce le roi lui-même" et la belle modulation qui soutient la réplique suivante de Marcel...contrairement à David, je ne perçois pas à ce moment de fatuité chez Nevers, seulement une préfiguration de son indépendance et de sa noblesse d'âme, et la musique traduit cela à merveille.
Ce n'était pas cet extrait mais de "il faut rompre l'hymen". Cela dit, dans toute la suite de "Fût-ce le roi" ("Vraiment on ne peut croire" !), on la voit très explicitement. Mais il joue aussi de cette fatuité, il l'assume comme telle ("au moins par curiosité").

Citation :
Toute la scène des jaloux est agréable et fraîche mais sans plus, c'est gracieux et sympathique mais pas inoubliable.
Le thème est très beau, le reste, soit.

Citation :
J'adore inconditionellement la lecture du billet par Raoul, là on est dans le drame! Trémolos de violons, superbes dessins angoissants de basses (à mi-chemin entre Glück et Berlioz), enchaînements enharmoniques...
Heu, mais ici aussi, c'est ironique ! Ca reprend le thème de "honneur au gentilhomme", la musique nous dit déjà que ce billet n'est qu'une plaisanterie sans gravité... Usage de motif qui se compare vraiment au meilleur Wagner, même s'il n'est pas réutilisé ensuite.

Citation :
cela dit, à la réécoute, je perçois mieux la lente évolution de l'opéra depuis un pittoresque badin et léger jusqu'au tragique le plus sombre:
Oh oui, l'économie générale est assez magistrale, je trouve. Mais pour moi, les Huguenots sont l'un des opéras, structurellement, les mieux bâtis du répertoire. Il y a beaucoup d'autres que j'aime plus, mais peu qui soient autant maîtrisés, je trouve. Il faut dire qu'il y passait un temps incomparablement plus long que ses contemporains !

Citation :
dans un climat de spirituelle légèreté.
C'est l'évidence, on n'est pas dans l'épopée ! hehe Mais c'est déjà merveilleux, de réussir ça !
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Mar 6 Sep 2011 - 22:39

DavidLeMarrec a écrit:
Citation :
J'adore inconditionellement la lecture du billet par Raoul, là on est dans le drame! Trémolos de violons, superbes dessins angoissants de basses (à mi-chemin entre Glück et Berlioz), enchaînements enharmoniques...
Heu, mais ici aussi, c'est ironique ! Ca reprend le thème de "honneur au gentilhomme", la musique nous dit déjà que ce billet n'est qu'une plaisanterie sans gravité... Usage de motif qui se compare vraiment au meilleur Wagner, même s'il n'est pas réutilisé ensuite.

Mea culpa, ça m'avait échappé (deux écoutes seulement... Embarassed ): ça ne fait que rendre le passage plus fascinant, puisque les deux degrés d'interprétations sont aussi efficacement illustrés l'un que l'autre: tension dramatique au premier, distanciation ironique au deuxième!!! Very Happy
L'ami Giacomo gagne décidément à être découvert en profondeur...

EDIT: je réécoute à l'instant le passage en question, c'est d'autant plus habile (et impardonnable de ma part d'être passé à côté) que le motif encadre le récit, joué par les flûtes sous son abord le plus espiègle...rien que ce genre de finesse suffit à faire naître en moi une certaine fascination...serais-je en train de basculer du côté obscur??? affraid
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Mar 6 Sep 2011 - 22:58

benvenuto a écrit:
Mea culpa, ça m'avait échappé (deux écoutes seulement... Embarassed ): ça ne fait que rendre le passage plus fascinant, puisque les deux degrés d'interprétations sont aussi efficacement illustrés l'un que l'autre: tension dramatique au premier, distanciation ironique au deuxième!!! Very Happy
Voilà, c'est exactement ça qui fait que Meyerbeer est GRAND. Very Happy

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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Mar 6 Sep 2011 - 23:05

C'est ce qui fait qu'il a un GRAND TALENT: au point où j'en suis (très susceptible d'évoluer), c'est pour moi l'un des compositeurs dramatiques les plus EFFICACES que je connaisse, avec tout ce que cela implique: mon admiration inconditionnelle pour son harmonie, son orchestration, son sens de la prosodie et de la construction des scènes, mes réserves quant à son invention musicale (surtout mélodique et rythmique) que je trouve un peu mince et qui m'empêchent pour l'instant de le considérer comme un génie.
Mais ça reste un maître très recommandable et injustement délaissé!!!
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Mar 6 Sep 2011 - 23:18

Génie, génie... ça dépend où on place les barres. Ce n'est ni Beethoven ni Wagner, ni même Berlioz, c'est sûr. Après, si on abaisse le seuil du génie (musical), on pourrait l'y retrouver, en tout cas pour les Huguenots, les autres oeuvres étant plus inégales.
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Mar 6 Sep 2011 - 23:27

Alors on est d'accord! mains
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Mar 6 Sep 2011 - 23:33

benvenuto a écrit:
dommage qu'une longue et vaine cadence de flûte en vienne atténuer l'effet....
[...]
(il y a décidément trop de vocalises),
[...]
et il y vraiment TROP DE VOCALISES!!!
[...]
Et là ce n'est pas du second degré, Meyerbeer fait ça très sérieusement. Les vers de Scribe le sont un peu moins ("Sombres chimères / Humeur sévère / N'approchez guère" hehe ).

En réalité, Meyerbeer a beaucoup exercé en Italie, écrivant des opéras seria belcantistes, à la façon de Rossini. Et ses habitudes ont été importées dans l'opéra français, je ne l'ai jamais rencontré avant lui (ce qui ne veut pas dire que ce soit lui qui ait inventé la chose). Il a tout de bon une "première soprane" dont le rôle dramatique n'est à peu près que de faire des vocalises (Isabelle dans Robert, Marguerite dans Les Huguenots, Berthe dans Le Prophète... c'est moins vrai d'Inès dans L'Africaine).

Ca fait partie du cahier des charges. Personnellement je n'aime pas beaucoup la vocalisation gratuite, mais dans le cas des Huguenots, je trouve ça réellement jouissif, ça irradie, campe réellement quelque chose de cette Touraine brillante. Alors que les coloratures amoureuses et éplorées d'Isabelle dans Robert m'indiffèrent complètement.


Citation :
Le choeur des baigneuses, agréable et efficace sans plus, se distingue toutefois par une incroyable utilisation des bassons en bourdonnements souterrains, aisi que par une très belle coda (comme souvent chez Meyerbeer) emportée par de fines fusées de violons.
[...]
En revanche l'air de Marguerite "Non non non" est insupportable de coquette préciosité, comment peut-on avoir autant de sens du grand caractère dramatique et se complaire dans de telles fadaises? Même au second degré, pour ma part, ça a du mal à passer...
Effectivement, avec l'attribution à Urbain, ça redonne le caractère. Mais cet air ajouté et le choeur des baigneuses sont peut-être les deux seuls moments dont je me séparais sans douleur dans l'oeuvre ("Non, non non non non non" m'agace même assez... une telle vacuité musicale, même si le texte est amusant...).


Citation :
Le serment est un exemple typique de la relative faiblesse de l'invention musicale de Meyerbeer: c'est efficace, l'ambiance est là, mais sans réelle substance musicale:
Oui, c'est un moment sans contenu musical. Ce qui est intéressant néanmoins, c'est de faire le pont avec le serment de l'acte V. Le matériau musical est proche dans le prêche de Marcel.

Citation :
J'ai rarement rencontré un compositeur chez lequel je trouve à la fois autant de choses enthousiasmantes et autant de médiocrités...
C'est encore plus frappant dans Robert et Le Prophète, où on rencontre réellement des pages faibles, à côté de fulgurances presque du niveau des Huguenots.
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Mar 6 Sep 2011 - 23:37

benvenuto a écrit:
Alors on est d'accord! mains
Oui, je ne considère pas Meyerbeer comme le plus grand compositeur de tous les temps (même si je taquine volontiers les wagnériens à ce sujet).

Mais il y a d'abord son caractère étonnamment, peut-être pas novateur, mais riche pour son époque - on était quand même dans le cadre d'opéras de commande bien officiels, avec cinq actes et ballet obligé... Tous les détails que tu soulignes, les codas délirantes au beau contrepoint, les modulations nombreuses et pas usuelles... C'est quand même un jalon épatant de la "pointe" du progrès, même si contrairement à Chopin ou Berlioz il ne fait pas de rupture, n'annonce pas l'avenir...

Et par ailleurs, il touche assez directement ma sensibilité, ce qui fait que je suis plus volontiers enclin à le vanter que Wagner, par exemple - que j'aime énormément parce qu'il est génial, et pas du tout parce que nos sensibilités sont proches au départ.
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Mar 6 Sep 2011 - 23:51

Moi, ce serait plutôt grâce aux passerelles qu'il est possible de jeter entre lui d'une part, et Glück et Berlioz de l'autre, que j'éprouve pour lui un intérêt non dépourvu d'une obscure et presque coupable fascination... hehe
Pour les vocalises, c'est tellement loin de ma sensibilité que j'aurai sans doute du mal à adhérer, mais c'est vrai qu'elles peuvent se jusitifier de façon assez satisfaisante par le contexte.
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Mer 7 Sep 2011 - 0:06

C'est assez difficile à justifier si on n'aime pas ça... disons que dans le genre (et moi qui suis plutôt dans une option "dramatique" ou "verbale", les vocalises, hein...), elles sont particulièrement prenantes. Bien moins banales que ce qu'on trouve habituellement chez les italiens, à commencer par les opéras italiens de Meyerbeer (qui sont peut-être les pires dans le genre "agilità di forza"). hehe
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Mer 7 Sep 2011 - 0:09

Houlà...juste pour rire faudra que j'écoute ça!!! pété de rire
Dinorah est recommandable de ce prestigieux point de vue? hehe
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Mer 7 Sep 2011 - 0:14

benvenuto a écrit:
Houlà...juste pour rire faudra que j'écoute ça!!! pété de rire
Essaie Il Corsaro in Egitto. Grandiose, des gammes sur deux octaves, à côté de ça, Lucio Silla ressemble à du grégorien.

Citation :
Dinorah est recommandable de ce prestigieux point de vue? hehe
Non, Dinorah est un de ses meilleurs, je trouve ça aussi bon que Le Prophète.
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Mer 7 Sep 2011 - 0:19

Cool!!!!!!!!! Cool Je vais traiter le mal par le mal, après ça les roucoulades de la Margot ce sera du petit lait à mes oreilles!!! Mr. Green
Sérieusement, merci de répondre à mes élucubrations, c'est très enrichissant...et très divertissant!!! kiss
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Mer 7 Sep 2011 - 0:38

/watch?v=1bfS90t1HKo

Mais là, le ténor chante avec beaucoup de legato et l'orchestre est tenu avec goût (Parry).

Avec un ténor qui articule bien ses vocalises et un orchestre bien prosaïque, c'est encore plus délirant :

/watch?v=JQiMH_HW3Zo

hehe
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Mer 7 Sep 2011 - 1:21

Ah ouais quand même... pété de rire
A côté de ça, les romances des Huguenots sont la musique la plus sobre, la plus riche et la plus distinguée qui soit!!!!!!! hehe sunny
On a peine à croire qu'il s'agit du même compositeur!
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Mer 7 Sep 2011 - 1:26

benvenuto a écrit:
On a peine à croire qu'il s'agit du même compositeur!
C'est un peu comme si Raphaël avait fait peintre en bâtiment ses quinze premières années d'exercice, oui. Mr. Green
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Mer 7 Sep 2011 - 15:57

C'est parti pour le 3ème acte!!! rambo
Bon là on aborde les choses sérieuses, c'est l'acte pivot, celui où on quitte le résolument le climat de badinage galant pour rentrer vraiment dans le drame, suite au rejet de Valentine par Raoul à la fin de l'acte précédent. Musicalement ça se ressent beaucoup je trouve, la qualité est plus constante, l'intérêt musical moins sporadique, on aborde le versant ascendant de la grande arche dont le 4ème acte est à mon sens le sommet.
Le premier choeur est introduit par une belle pédale de dominante qui en présente le motif principal; il se distingue par une belle écriture orchestrale (fusées vives et agiles des violons et des flûtes, chromatisme des basses), et déploie une fine et énergique prestance, campant le décor de façon vivante.
Le choix d'un choeur a capella pour le Ra-ta-plan des Huguenots est une excellente idée, d'autant plus que l'écriture chorale en est assez fine, d'une verve sans prétention, avec un bel effet de contraste sur "je vous mène au paradis" (belle modulation, à nouveau à la tierce, phrasé legato). Les Litanies offrent un saisissant contraste par leur belle couleur archaïsante (modale), leurs touches de bois en "soupirs" chromatiques et leur ambivalence Majeur/mineur (on pense aux choeur des Troyennes à la fin de la Prise de Troie): très belle ambiance de recueillement servie par une salutaire économie de moyens. La superposition de ces deux choeurs est réalisée de main de maître, dans un magnifique contrepoint choral soutenu par de superbes lignes de basses et des harmonies grandioses!
La Ronde Bohémienne et le Ballet qui suit offrent une détente provisoire et pittoresque, un peu longuette à mon goût, d'autant que rien de tout cela n'accroche vraiment l'oreille, hormis une écriture orchestrale assez inventive dans les accompagnements.
La scène suivante est introduite par un beau motif syncopé aux cordes qui fait un peu penser à Mozart et illustre assez bien la noblesse sensible et un peu irrésolue de Nevers. J'ai ensuite particulièrement apprécié l'heureux effet de contraste dans l'accompagnement des répliques de St Bris (tutti des cordes) et de Marcel (violoncelle solo), ce dernier prenant ainsi tout son sens. Très belle scène dans l'ensemble, l'évocation du Pré-aux-Clercs par St Bris est puissante, Maurevert est sinistre et la tension monte de façon palpable.
Le Couvre-feu introduit adroitement les cloches dont la récurrence se chargera peu à peu d'une connotation tragique; le chant de l'Archer repris par la foule n'est pas très marquant mais dégage une certaine tristesse qui fait office de pressentiment inquiétant: l'adieu de Maurevert et de St Bris en est d'autant plus sinistre!
Le duo Valentine-Marcel est un autre beau moment, la caractérisation de Valentine par la clarinette solo est assez poétique et très efficace; son récit est superbe et d'un grand caractère. L'entrée de Marcel est marquée par une belle mélodie, bien orchestrée avec des basses très mobiles. Le dialogue qui suit est construit autour de la confrontation de deux motifs contrastés: celui comiquement martial du vieux soldat, et celui noblement tendre de la jeune fille, marqué dans ses développements par de nombreux chromatismes mélodiques. Au point culminant, l'avertissement de Valentine est soutenu par une pédale qui fusionne le motif de Marcel et les chromatismes issus de celui de Valentine: on voit là un bel exemple de la façon dont Meyerbeer ménage savamment la progression de ses scènes, de façon à la fois souple et puissante, par la récurrence de motifs caractérisés qui structurent le discours par-delà la libre alternance des récits, dialogues,airs et ensembles...c'est assez habile et franchement efficace, même si cela requiert une écoute plus attentive que celle dont on daigne d'ordinaire l'honorer!!!
L'air de Valentine "L'ingrat d'une offense mortelle" est remarquable par le soin porté à la caractérisation de l'accompagnement instrumental: 2 cors et les violoncelles en contrechant! La belle courbe mélodique, d'une noblesse un peu archaïsante, songeuse et mélancolique, sert efficacement le texte. L'effet de tuilage avec le monologue de Marcel, et le judicieux changement de tempo qui traduit son inquiétude, précèdent avantageusement la reprise de l'air en duo, hélas gâchée par une énième vocalise, pour le coup franchement hors de propos. Cela étant, toute cette partie se tient très bien, sans être absolument géniale.
La belle mélodie inquiète et fébrile de l'air "Tu ne peux éprouver", soutenue par un très bel orchestre et par de saisissantes alternances Majeur/mineur, vient encore réhausser le niveau, et le contraste avec l'air viril et altier de Marcel (en soi pas extraordinaire) n'en est que plus prenant: cette grande scène en duo s'achève sur une belle coda enlevée et alerte; tout ça est vraiment très bien.
Je suis en revanche moins convaincu par le début de la scène du duel: l'avertissement de Marcel est musicalement inexistant (pourtant le propos me semblait favorable à une inspiration plus riche...), le thème du septuor, d'une belle prestance mais quand même un peu quelconque, est assez approprié au contexte de par son caractère bravache, mais ne suggère guère de tension ou d'inquiétude sous-jacente, il laisse une impression de rodomontades un peu vaines, et la tension dramatique retombe hélas un peu même si ça commence doucement à chauffer vers la fin.
On est à nouveau plongé dans le drame à partir de l'arrivée des soldats huguenots: la réplique de Maurevert est animée d'une véritable urgence, servie par un discours orchestral bouillonnant et de belles progressions harmoniques. L'appel de Marcel sert de prétexte à une nouvelle et habile réinsertion du choral luthérien, assez grandiose (mais avec un tel matériau, on peut difficilement faire chou blanc de toute manière!). Le choeur de la dispute, malgré sa substance musicale assez maigre, est néanmoins très efficace, et ses développements offrent de spectaculaires exemples d'un contrepoint choral parfaitement maîtrisé et d'un effet dramatique saisissant; Berlioz admirait particulièrement cette peinture magistrale d'une foule déchaînée.
L'entrée de Marguerite est superbement soulignée par de belles nappes de cordes en trémolos, très tendues, et la confrontation de Valentine avec son père est terrible! C'est dans un climat invraisemblable d'absurde que se clôt l'acte, avec ce Nevers qui décidément pavoise dès qu'il le peut, et l'irruption de ce choeur nuptial délibérément trivial au beau milieu de cette ambiance de meurtre crée une effet dramatique très fort, bien grinçant...on le sent, le point de non-retour est atteint, le déchaînement des passions réprimées in extremis ne sera que plus terrible d'avoir été encore repoussé...fresque magistrale dont la portée excède largement les stéréotypes dont souffre par aillleurs cette oeuvre!!!
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Jeu 8 Sep 2011 - 0:51

4ème acte!!! drunken sunny cheers
Alors là c'est du lourd, vraiment il n'y a pour ainsi dire rien à jeter là-dedans, et certains passages sont vraiment prodigieux!!! Parfois on a du mal à croire qu'on est dans la même oeuvre qu'au deuxième acte par exemple...
Dès le prélude on rentre dans l'ambiance: dynamique, sombre, inquiétant, on est déjà en plein drame; l'orchestration est parfaite (la pulsation d'alto), la rythmique inhabituellement inventive. L'alternance de ce matériau avec les récits de Valentine est très efficace dramatiquement, de belles harmonies chromatiques soutiennent une prosodie de grand caractère.
La romance est très belle, l'accompagnement instrumental (solos de bois puis cor et basson solos) et la superbe mélodie ample et touchante sont admirablement caractérisés et traduisent bien le sentiment de solitude mélancolique de Valentine; la partie centrale, frémissante, s'illustre par une harmonie assez mobile et expressive (sombre minorisation), puis la reprise de la première partie est variée par une superbe progression vers la cadence finale (sixte augmentée! I love you ), avant une péroraison à la fois élégante et prenante, aussi bien musicalement que dramatiquement.
La scène avec Raoul est très intense, baignée dans un vrai climat tragique, j'aime beaucoup le motif qui ponctue "Entendez-vous ces pas" (lourde scansion de cuivres), certes laid plastiquement, mais parfaitement motivé dramatiquement!
La grande scène de la conjuration est peut-être le sommet de l'ouvrage, c'est d'un niveau supérieur! Elle s'ouvre par un beau thème très énergique, harmonisé sur pédale de tonique, très bien orchestré, puis enchaîne de superbes récitatifs unifiés par un motif conducteur d'une véhémence sobre et austère, auquel les réponses du choeur s'intègrent avec bonheur. La réplique de St Bris (le rôle le plus important de cette scène) "Eh bien! du dieu qui nous protège" est particulièrement magnifique, portée par une mer houleuse (vagues impétueuses des basses, grandioses harmonies à nouveau en rapport de tierce majeure).
Le thème de l'ensemble "Pour cette cause sainte", assez banal au fond malgré de belles et ingénieuses modulations, est surtout puissant par sa récurrence fréquente jusqu'à la fin de la scène; en revanche la deuxième phrase "Comptez sur mon courage" est très belle, et donne lieu à une superbe superposition vocale avec les répliques de Nevers et de Valentine, chacune exprimant des sentiments différents de la façon la plus naturelle et la plus harmonieuse, c'est du grand art! Le retour du motif conducteur introduit de très belles répliques de Nevers où il manifeste son indépendance vis-à-vis de son camp, surtout la phrase "Il me commande en vain", magnifique de détachement noble et serein, soutenue par une sublime modulation digne de Wagner!!! Son courage est salué par Valentine dans une superbe phrase sur pédale de tonique, pleine de tendre sollicitude et de généreux empressement. Tout ça est d'un très grand caractère.
Soudain les portes s'ouvrent: l'effet ici est carrément visuel et très efficace, de même que la reprise à son compte par Nevers du thème de l'ensemble, entrecoupé par les murmures hostiles du choeur.
Les instructions de St Bris touchent carrément au sublime, dans une magnifique ambiance de complot, sombre et agitée... la matière musicale est vraiment très belle, chaque fin de phrase de St Bris est reprise dans des tons différents, d'abord par les ténors, hystériques, puis par les basses, menacantes...l'effet d'émulation fanatique et sanguinaire est magnifique et effrayant ("Nous, à l'Hôtel de Nesle"!!! drink )!!! Une nouvelle modulation à la tierce Majeure inférieure lance ce qui est à coup sûr un des plus beaux récitatifs que je connaisse (St Bris, "Lorsque de St Germain"), entrecoupé par des répliques orchestrales imitant le glas de façon sinistre (syncopes stridantes de bois sur trémolos de cordes en harmonie de triton, chaque fois dans un ton différent), c'est GENIAL!!! La phrase conclusive de St Bris, véhémente et épurée, est assez belle, je déplore seulement que Valentine la détourne aussitôt pour exprimer un sentiment tout différent (l'angoisse), qui n'a rien à voir avec son expression propre: ce dernier détail m'avait déjà frappé lors de ma première approche (lointaine...) des Huguenots il y a plus d'un an, et j'ai été agréablement surpris de retrouver la même critique dans l'article consacré par Berlioz à l'oeuvre en 1836!!! (non je ne fais pas du tout de complexe d'identification!!! tutut hehe )
Le choeur des moines est d'une grandiose laideur, j'y trouve une atmosphère électrique, une sublime ampleur à défaut de vraie beauté...c'est l'équivalent catholique, apocalyptique et dévastateur, du noble choral de Luther...l'invocation des épées est à nouveau soutenue par des harmonies à distance de tierce Majeure, vraie marque de l'expression meyerbeerienne, et toujours aussi efficaces! La rage fanatique monte peu à peu, dans d'inquiétantes rafales de piccolo, jusqu'au choeur dévastateur "Dieu le veut" (je sais que c'est pas beau, mais j'y peux rien, ça me fait de l'effet... Wink ), avec le superbe contraste de la phrase lyrique "Et la palme immortelle"...j'admire ici la variété dans le débit des différentes parties du choeur (basses sur pédale qui marmottent d'obscures menaces, hurlements hystériques des sopranes...). L'effet le plus foudroyant est causé par la reprise paroxysmique de "Pour cette cause sainte", accompagnée en triolets, et ponctuée à chaque fin de vers par un coup de boutoir hallucinant de l'orchestre. Pourtant même ici, Meyerbeer ménage un second degré ironique: à chaque fois que les protagonistes recommandent le silence ("Retirons-nous sans bruit"), le cataclysme sonore reprend de plus belle: rien de moins discret que ce choeur de comploteurs!!! pété de rire La très belle coda orchestrale intègre des souvenirs du thème de l'ensemble sur une pédale de tonique très poétique, vraiment réussie!!
L'air "Secourir mes frères" est ensuite d'une noblesse un peu factice et compassée, qui offre un nécessaire apaisement après ce déferlement, mais qui suggère surtout de façon efficace la pudeur et la retenue des héros face à leurs propres sentiments: cette scène va parcourir toute la gamme des sentiments depuis la réserve altière jusqu'à l'abandon le plus fervent! Le premier duo, un peu verdien, est assez beau, comme souvent richement instrumenté et harmonisé (grondements de basse sur "Le danger presse"), la deuxième partie surtout en est vraiment magnifique, dans une belle progression de la tendresse ("Oh mon seul bien") vers la terreur ("Ah te perdre serait mourir"), on ressent de façon très intense l'imbrication des enjeux individuels (amour contrarié) et collectifs (imminence du danger): l'aveu ultime de Valentine ne sera arraché qu'au prix d'un véritable déchirement (progression chromatique et scansion de cuivres qui traduisent la perte de contrôle, les dernières défenses vaincues...), et l'air de Raoul "Oh bonheur suprême" est plus fébrile que bienheureux...
Et nous voici au grand duo d'amour, moment d'éternité, vraiment magique, imprégné d'une superbe atmosphère de frémissements nocturnes, de ferveur et de sensualité...le temps semble suspendu...de belles plages harmoniques, que traverse parfois une ombre fugitive, soutiennent une ligne mélodique étirée à l'infini autour de laquelle s'éploient des contrechant de violoncelle, puis progressent par chromatismes haletants vers le climax amené de façon magistrale, orgasmique...c'est vraiment très beau!!! Sad Sad Sad puis, lente redescente vers l'apaisement, des bribes du thèmes passent au basson puis disparaissent...

... zen ...

LE GLAS!!! Terribles, ce retour à la réalité, cette impression d'être violemment arraché à un rêve merveilleux pour être précipité dans l'horreur!!! les amants contemplent avec incrédulité le bonheur qui leur échappe aussitôt entrevu (retour pathétique du thème du duo d'amour, coupé par le glas...)...
L'air héroïque de Raoul qui suit n'est pas inoubliable mais il est efficace dans le contexte, et Valentine lui répond sur un superbe motif issu du duo d'amour, accompagné par un orchestre superlatif aux profondes sonorités de cor, pré-wagnérien, avant d'être happée par le thème héroïque de Raoul, dans un tourbillon de plus en plus tumultueux, scandé par la cloche, et qu'interrompt subitement une vision d'horreur effroyable ("Tiens, vois sur ce rivage"): trémolos de cordes sur une septième diminuée, rafales de trombone, entrecoupés, dans un silence vertigineux, par le glas obsessionnel...c'est presque expressionniste!!! affraid
C'en est trop pour Valentine qui s'effondre: Raoul, avant de plonger définitivement dans la tourmente, s'apitoie sur elle dans un écho désolé du thème d'amour (hautbois solitaire et sans défense...): ultime parenthèse attendrie, sur laquelle l'inéluctable dénouement projette déjà son ombre funèbre, et qui me rappelle beaucoup les derniers moments de Siegmund auprès de Sieglinde endormie à la fin du 2ème acte de la Walkyrie...
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Guillaume
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Jeu 8 Sep 2011 - 22:14

Je n'ai jamais lu quelque chose d'aussi bien écrit, d'aussi juste et communicatif sur les Huguenots, franchement bravo, ton message quotidien est le premier que je vais voir chaque jour, tout ceux qui écoutent l'oeuvre se doivent de lire ça. Very Happy

(et je me rends compte que je dois connaître quasiment par coeur l'opéra, parce que j'arrive à retrouver dans ma tête tout ce à quoi tu fais référence Smile )
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Jeu 8 Sep 2011 - 22:43

Oui, le commentaire de l'acte IV est un cri d'amour comme j'en ai rarement lu... et jamais sur Meyerbeer ! Laughing
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benvenuto
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Jeu 8 Sep 2011 - 23:47

Merci à vous deux, heureusement que vous êtes là, sinon personne ne serait assez cinglé pour lire ça!!! hehe
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atomlegend
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MessageSujet: Re: Les Huguenots - Meyerbeer   Ven 9 Sep 2011 - 0:10

Ca me donnerai presque envie d'arrêter ma lecture des Troyens et de m'y plonger.
Chouette commentaire. Je m'y remettrai c'est sur. Ca pourra peut être m'aider à capter des trucs qui auraient pu m'échapper.
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