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 La Bohème de Puccini - 23 juin 2012 - Londres

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romaingenoyer
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romaingenoyer

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La Bohème de Puccini - 23 juin 2012 - Londres Empty
MessageSujet: La Bohème de Puccini - 23 juin 2012 - Londres   La Bohème de Puccini - 23 juin 2012 - Londres EmptyMer 27 Juin 2012 - 20:59

La Bohème de Puccini – Représentation du Samedi 23 juin 2012

Royal Opera House - Covent Garden - Londres

Opéra en 4 actes sur un livret de Guiseppe Giacosa et Luigi Illica.

Production de John Copley

Direction d’orchestre : Jacques Lacombe
Chœur du Royal Opera sous la direction de Renato Balsadonna

Cast Principal :

Mimi : Angela Gheorghiu
Musetta : Nuccia Focile
Rodolfo: Roberto Alagna
Marcello: George Petean
Colline: Yuri Vorobiev
Shaunard: Thomas Oliemans


Est-ce qu’une représentation de la Bohème de Puccini peut encore créer l’évènement, déchainer les passions et se démarquer des enregistrements ou représentations passés ?

C’est assurément le cas pour cette soirée exceptionnelle du Samedi 23 Juin 2012.
D’abord parce qu’on fête ici au Royal Opera House de Londres, les 20 ans de rencontre sur scène du couple mythique de l’opéra. Nous parlons bien du Ténor Roberto Alagna et de la Soprano Angela Gheorghiu. C’est en ce sens déjà une soirée extraordinaire où le public, toujours connaisseur à Londres, est venu fêter un couple, deux chanteurs, qui ont déjà marqué l’histoire de l’art lyrique et qui continuent de se maintenir au sommet de cet art si exigeant.

Les rôles de Rodolfo et Mimi sont particuliers pour le couple, on l’aura bien compris :

- Victoire de Roberto Alagna au concours Pavarotti à Philadelphie en 1988 sur « Que gelida manina »
- Rencontre avec Angela Gheorghiu en 1992 à Londres pendant les répétitions de cet opéra
- Triste souvenir mais décès de la première épouse du ténor pendant les représentations de La Bohème à La Scala en Septembre 1994 (le ténor sera porté à bout de bras au devant de la scène en pleure par Mirella Freni)
- Début au Metropolitan Opéra de New York en 1996 pour le ténor dans le rôle du poète
- Mariage de Roberto Alagna et Angela Gheorghiu pendant un entracte de la Bohème toujours au Metropolitan en 1996
- L couple était en train de répéter la Bohème à New York pendant les attentas du 11 Septembre 2001 à New York
- La dernière représentation du couple à Orange en 2005 se fait sur la Bohème. On sait la signification particulière que représente ce lieu pour le ténor où il y a chanté 10 grands rôles différents et 1 récital en 18 ans !
- Le couple chante cet opéra pour l’année Olympique à Turin en 2004
- La Bohème est le premier opéra où le couple lyrique se reforme depuis une séparation mouvementée ayant fait grand bruit en 2008.

La mise en scène proposée ici est très classique, depuis longtemps au répertoire du Covent Garden, et a vu tous les plus grands Rodolfo ou Mimi se succéder : Carreras, Pavarotti, Freni, etc…

Le couple a déjà chanté cette bohème en 1992, Roberto Alagna a enregistré le rôle en 1995 pour Emi Classic, et il a rejoint Angela Gheorghiu, dans ce qui est la bohème de référence chez DECCA (avec la version précédente de Karajan) en 1998 sous la direction de Riccardo Chailly et les forces, très efficaces, de la Scala de Milan.

Par delà la fête, le petit monde du lyrique s’est rejoint à cette soirée, pour voir et entendre comment le couple se mesure finalement à son passé….Et nous le verrons, personne n’a été déçu.

L’équipe qui entoure les stars mérite toutes les louanges :

- Nuccia Focile est une belle Musetta, même si son timbre est un brin acide… Son dernier acte , avec ses larmes anticipant la mort de Mimi montrent une grande artiste sensible.
- Yuri Vorobiev n’est pas Ghiaurov et l’air « Vecchia zimarra, senti » manque un peu de sobriété et de profondeur. L’artiste s’intègre cependant remarquablement à la bande d’amis, et on croit à toute cette histoire de jeunes artistes, philosophes, poètes, peintres, du début à la fin.
- Thomas Oliemans est un excellent Schaunard, même si le rôle ne permet pas de mettre en valeur réellement l’artiste.
- La palme des 4 amis revient assurément au Marcello de George Petean, pétillant, très bien chantant, très juste sur scène. Lui qui est a été si impressionnant dans Belcore à Bastille pour la saison 2010-2011, malgré ses grandes qualités, ne domine pas le plateau du fait de la présence du couple star…

On en vient donc aux amoureux.

Première remarque…indéniablement, ces voix ont muri, et la technique faisant, ils arrivent à masquer des défauts ou défaillances qui, pour de plus jeunes chanteurs, auraient pu mettre en péril la soirée.
Roberto Alagna et Angela Gheorghiu chantent cette soirée…mais sont pourtant malades. Quel choc de parler avec ces artistes à la sortie du théâtre…ou ceux-ci se présentent avec une voix élimée, quasiment roque…un rhume pour la soprano, une très grosse allergie pour le ténor. Et pourtant, la magie opère, le placement des voix est haut, les timbres sont solaires…et à deux ou trois sonorités prêts, rien ne transparaît.
Pour ma part je n’avais entendu Angela Gheorghiu sur scène que dans La Bohème à Orange en 2005…et nous savons tous que le lieu magique ne met malheureusement pas vraiment les voix en valeur. Rien ne vaut l’intérieur d’un théâtre lyrique non soumis aux phénomènes naturels extérieurs pour mettre en valeur l’écrin de cette voix exceptionnelle.
Car oui, j’ai été bluffé, subjugué, par la technique de l’artiste, ce timbre somptueux, cette souplesse immaculée. A ce titre, les deux grands airs « Si, Mi chiamano Mimi » et « Donde lieta usci al tuo grido d’amore » sont magnifiquement interprétés.
J’ai eu peur avant la représentation que la soprano ait tendance à minauder un peu. Pourtant le jeu est parfait et l’intention toujours juste. La voir chercher Rodolfo tout en titubant en sortant de son lit de souffrance dans le quatrième acte pendant l’introduction musicale de « Sono andati ? Fingevo di dormie » arrache les larmes…Les yeux sont rougis autour de moi à l’amphithéâtre, et l’interprétation de notre Mimi y a été pour beaucoup ! Bravo et merci pour cet art !

Reste Rodolfo…le ténor…
On sait que ce rôle a été un cheval de bataille de Roberto Alagna pendant quasiment 15 ans entre 1989 et 2004, et il l’a interprété dans les plus grandes scènes (Monte Carlo, Londres, Milan, Florence, Paris, Toulouse, Orange, New York, Vienne, etc…). Cela a été également le cas pour ses rivaux les plus récents qu’étaient Luciano Pavarotti et José Carreras, qui ont régné sans partage sur cette partition dans les années 60, 70 et début 80. Pourtant ce rôle est idéalement fait pour des voix de jeunes premiers…des voix solaires, à l’aigu éclatant. Pour qui la chante dans le ton, la partition est meurtrière, avec la grand air ultra célèbre qui culmine sur un ut de poitrine très exposé en point d’orgue et sur un ut ad libitum dans le duo conclusif du 1er acte « O soave Fanciulla ». Ces deux ténorissimos l’avait bien compris…et comme aujourd’hui Marcelo Alvarez, ont descendu cet air d’un demi ton, pour le rendre plus confortable, avec des notes culminant au si naturel…et tout ceci dès la fin des années 1970 pour Pavarotti (après à peine 15 ans de carrière).
Roberto Alagna a 25 ans de carrière, 49 ans…et à toujours chanté l’air et le duo dans le ton. Ce soir, il ne modifie pas ses habitudes et sort deux magnifiques contre ut en point d’orgue. Indéniablement les aigus sont plus ronds depuis 2 ans maintenant que depuis 2005. Roberto Alagna a retrouvé la pleine capacité de son instrument. Ceci lui permet de varier les effets avec des couleurs adaptées à chaque instant voir des piani comme dans le troisième acte « Dunque e proprio finito ». Alors bien entendu on peut se poser la question de savoir si le rôle est complètement adapté à ses moyens actuels, si d’autres ténors font aujourd’hui mieux. Le premier acte ne le montre évidemment pas très à l’aise. Est-ce à mettre du côté de l’allergie, mais le souffle est parfois un peu court dans « que gelida manina », avec des reprises de souffle pas très heureuses ou inverses à la tradition sur « talor dal mio forziere » ou « due ladri : gli occhi belli ». Sur cet acte, un Calleja rend peut être mieux justice à l’œuvre…de même le Roberto souffre un peu de la comparaison avec celui des années 1990…et c’est bien normal, l’éclat, l’insouciance de la jeunesse s’étant envolé. Et c’est aussi pourtant en cela le miracle. L’acte 2 est bien assumé avec l’aigu rajouté à l’unisson dans la reprise générale de « quando me n’vo ». On arrive aux actes 3 et 4 où Roberto Alagna transmet une émotion considérable…on sent le poids des années, du vécu qui fait obligatoirement défaut aux jeunes ténors. Le drame se noue devant nos yeux, la tension est palpable, l’amour bien évidemment sur scène, des regards qui ne trompent pas et une musicalité, une implication assez extraordinaire. Tout culmine avec la mort déchirante de Mimi et les cris dans les larmes finales « Mimi… ! ». Roberto, ce soir là, a vécu le rôle…les saluts le montrent ému au plus haut point…le public est en liesse, en pleure…une page d’histoire s’est écrite sous nos yeux…une Bohème réellement ressentie, non plus jouée mais vécue dans ses tripes.

Le résultat aurait peut être été encore plus probant si la direction d’orchestre de Jacques Lacombe s’était montrée plus attentive, plus passionnée et plus colorée. On attendait beaucoup du Maestro Benini après le miracle des « Adrienne Lecouvreur » à Barcelone le mois dernier. La lecture est ici un peu brouillonne et sans signature particulière. Même le ténorissimo est mis à mal pendant le début de l’acte 2 avec un décalage flagrant, une reprise dans le mauvais ton avec un agacement du ténor montrant qu’il n’entend pas l’orchestre sur « Questa e Mimi… » Dommage !

Au final, une soirée remplie d’émotion pour un couple unique qui aura marqué les mémoires de l’opéra. Le spectacle aurait pu être encore plus complet et exceptionnel si les deux protagonistes principaux avaient été à 100% de leur capacité vocale et si la direction d’orchestre s’était montrée plus inspirée !

Une requête pour finir si Roberto Alagna ou Angela Gheorghiu nous lit : La carrière des deux chanteurs a explosé grâce au même opéra : La Traviata de Verdi. Le rôle d’Alfredo a été le rôle le plus chanté par Alagna…et c’est avec cette interprétation qu’il s’est installé à la Scala sous la direction de Muti. Le rôle de Violetta a été très important pour Angela Gheorghiu dès 1994 à Londres sous la direction de Solti. A ma connaissance, le couple star n’a interprété la Traviata en commun que pour quelques représentations dans une série à Londres en 1996 ! Pourquoi ne pas fêter à Londres de nouveau dans la production originale, en 2016, pour les 20 ans d’anniversaire, cet opéra ! A coup sur, la planète du lyrique s’arrêterait de nouveau de tourner pendant quelques nuits pour consacrer définitivement les deux artistes…La proposition est faite !!!

Romain Genoyer
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https://www.facebook.com/romain.genoyer
 
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