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 Chostakovitch : Symphonies n°2 et n°3

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Mélomaniac
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MessageSujet: Chostakovitch : Symphonies n°2 et n°3   Sam 27 Oct 2012 - 23:49

Un fil qui réunit ces deux symphonies souvent mal aimées, voire méprisées, au sein du corpus chostakovien, après le coup de maître de la n°1 et avant le gigantisme post-mahlérien de la n°4.

Malgré son contexte (elle est dédiée à la Révolution d'Octobre et s'achève sur un choeur de propagande signé d'Alexandre Bezymenski), la critique officielle soviétique dénigra la n°2 (1927) en raison du modernisme inexpressif de sa première partie orchestrale, jugée incapable de parler aux masses.

En écrivant la symphonie suivante (1929), le jeune Chostakovitch se perfectionnait encore au Conservatoire de Leningrad. Moins expérimentale, plus confiante que la n°2, elle célèbre en son Finale la Fête prolétarienne du 1er Mai par un choeur dont l'écriture très conventionnelle tranche avec le zèle oratoire des parties précédentes.

Souvent le point faible des enregistrements d'intégrale à cause de l'authentique hargne chorale qu'elles réclament, ces oeuvres de circonstance méritent-elles le dédain ?

Quels sont vos avis, vos anecdotes, vos analyses à leur sujet ?

Les deux prochains messages sont réservés à une présentation plus détaillée de chacune d'elle.


Dernière édition par Mélomaniac le Dim 28 Oct 2012 - 14:59, édité 5 fois
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MessageSujet: Re: Chostakovitch : Symphonies n°2 et n°3   Sam 27 Oct 2012 - 23:50

Voilà un parcours d'écoute de la Symphonie n°2. N'hésitez pas à dénoncer les erreurs ou inexactitudes que vous rencontrerez dans ces lignes.

Les minutages renvoient à l'enregistrement de Bernard Haitink avec le London Philharmonic Orchestra (Decca), réparti en deux plages.
Les tempos indiqués sont ceux de la partition révisée par Manashir Yakoubov, aux éditions DSCH.

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En 1927, la musique qu'on jouait à Leningrad était à l'affût de l'avant-garde austro-allemande (Alban Berg, Ernst Krenek, Paul Hindemith...) Esthétiquement, l'époque s'influençait de la « Neue Sachlichkeit », du futurisme, d'un certain rejet de la tradition romantique.
Travaillant sur commande pour célébrer le dixième anniversaire d'octobre 1917, Chostakovitch intitula sa Symphonie n°2 comme un hommage à cette Révolution du peuple russe.
Présentée d'un seul bloc ininterrompu, on y décèle pourtant deux grandes parties. La première recèle les pages parmi les plus modernistes d'un compositeur en veine d'expérimentation. Bien plus conventionnelle, la seconde s'affuble d'un choeur de propagande sur un texte d'Alexandre Bezymensky.
*******************************************************************************************************************************

Le LARGO débute par un chaos indistinct, à peine perceptible par l'oreille, mais sciemment organisé.
Sur un roulement de grosse caisse, l'entrée successive des cordes (du grave à l'aigu) superpose des gammes atonales, de plus en plus actives à mesure que la trame intègre une nouvelle tessiture d'archets :
0'08 : contrebasses en noires
0'14 : violoncelles en croches
0'32 : altos en triolets de croches
0'53 : violons 2 en double-croches
1'12 : violons 1 en triolets de double-croches

Cette stratification polyphonique ourdit un magma d'autant confus que les notes sont estompées par les sourdines et liées par le legato.
De ce brouillard émerge en valeurs longues un blafard solo de trompette (2'33), de flûte & piccolo (3'40).
Tandis que l'écheveau se résume à une figuration rythmique (esquissée par un violoncelle & deux contrebasses), trois trompettes insinuent des bribes (4'08), un tuba maugrée (4'30) en sombrant dans les profondeurs d'un la bémol. Soudain surgit un vigoureux...

ALLEGRO, scandé à 4/4, noire = 152, (4'50-)
Contrastant radicalement avec les errances amorphes de l'introduction, les cordes impulsent une marche autoritaire ornée par les flûtes. Un coup frappé sur la cymbale (5'10) libère une échappée de clarinette & hautbois qui s'émancipe crescendo (5'24) à l'ensemble de l'orchestre.
Les violons piaillent de stridents triolets (5'38), les trompettes braillent une fanfare dissonante, bientôt contrepointée par les cors (5'51) et trombones.
Ces acides vociférations achoppent sur une péroraison (6'04) qui ramène une brève période de calme le temps d'un POCO MENO MOSSO (6'09-).
Les contrebasses exclament quelques invectives relayées par le tuba puis échauffent une escalade (6'22) vers un énergique...

ALLEGRO MOLTO, noire = 192, (6'28-)
...qui s'emporte furtivement. Cette brusque saillie laisse la parole à un curieux trio (6'46, noire = 152) encoquiné par un violon solo qui va exhiber une débauche d'effets virtuoses : trilles, glissandi, double-cordes, couinements harmoniques...
Clarinette et basson se joignent à ce comparse déluré (7'02) et s'adonnent à leurs propres turpitudes.
Cette aguichante chorégraphie enrôle graduellement tous les bois, violons, altos et violoncelles qui concourent à l'excitation collective : les crissants glissandi à 8'20 !
Tambour et cymbale suspendue attisent cette inextricable orgie hétérophonique (treize lignes indépendantes !) que viennent gonfler les cuivres (8'47).
Un roulement de timbale achève cet assourdissant tumulte (9'17) qui se civilise par un climax consonnant.

Le tempo s'alentit progressivement (9'46) : sous la pulsation des cors et contrebasses, les altos déroulent une mélodie gémissante, prolongée par une plainte des hautbois & basson (10'33) qui rappelle le motif déjà entendu à 2'33.
La pulsation bascule aux altos & violoncelles (10'48) pour accompagner un sombre solo de clarinette qui à la fin se polarise sur ut et creuse l'ambitus par degrés conjoints (11'20-11'34).
Des frémissants trémolos d'archets (11'37) traduisent une atmosphère évanescente qui laisse expirer la phrase de clarinette en dialogue avec la flûte.
Sur de larges trilles des violoncelles, un violon amorce une pénible ascension de mi bémol (12'03) à si bémol (12'33).
On n'entend plus que l'exhalaison de la cymbale suspendue et des violoncelles quand soudain retentit...

Ode prolétarienne avec sirène d'usine en fa dièse
Les paroles très convenues s'expliquent par le contexte historico-politique, et la vocation de cette symphonie commémorative.
En tout cas, Chostakovitch intégra bel et bien une sirène dans la nomenclature instrumentale et insistait pour qu'elle sonne en fa#. A défaut, cet accessoire est remplacé par les cuivres de l'orchestre, comme ici dans cet enregistrement du London Philharmonic.

Sur un roulement de timbales, les chanteurs basses introduisent solennellement cette ode (0'07-0'55) : « Nous marchions et mendions du travail et du pain, nos coeurs étreints par l'étau de l'angoisse. Les usines se dressaient dans les nuages tels des mains impuissantes à refermer le poing. »
Engrené par des triolets aux violoncelles & contrebasses (1'05-1'25) s'étage ensuite un canon (ténor > basses > altos > soprano) : « Les noms honnis de nos chaînes étaient... »
« Silence ! » clamé en tutti (1'26) , « Souffrance » à mi-voix.

L'accompagnement rythmique enrôle les violons, la mélodie se déploie aux cor, trompette, flûte (1'37-1'57) pour étoffer crescendo la strophe suivante, encore traitée en fugato : « nos plaintes brisèrent le silence, plus fortes que le rugissement des canons » (1'57-2'24).
L'acclamation « Ô Lenine » explose en tutti (2'24-2'27).

Une enthousiaste scansion dactylique aux trompettes, reprise par les cors, entraîne la louange des sopranos puis altos : « De notre malheur, tu forgeas la liberté ; avec nos mains calleuses, tu forgeas la liberté ».
Le dactyle se transfère aux violons puis aux flûtes tandis que sopranos & ténors acquiescent : « nous savions, Lénine, que notre destin n'avait qu'un nom » (2'55-3'10) « Lutte ! Lutte ! » (3'11-3'14)
La tonalité passe à mi majeur pour un radieux interlude (3'20-4'26) où un hymne bienheureux va circuler successivement aux cors, trompettes puis trombones.
Cet épisode est continument surpiqué de pizzicati : les musiciens de la Philharmonie de Leningrad, qui préparaient la première exécution de l'oeuvre le 5 novembre 1927 sous la direction de Nicolas Malko, se plaignirent de cette difficulté mais le compositeur ne modifia pas sa partition.

Un clash de cymbales, voilà le choeur qui exulte sur une pédale harmonique tenue par violoncelles & contrebasses (4'27-) : « Lutte, tu nous conduis à notre ultime liberté. Lutte tu rends notre travail victorieux ».
Le cristallin glockenspiel vient illuminer « Personne ne nous privera jamais de la victoire sur l'oppression et l'obscurité » (4'47-).
Un nouvel appel de la sirène (5'12) exhorte « que chacun soit jeune et hardi au combat » (ténors & altos).
Tous les choristes enflent un crescendo (5'26) : « que la victoire ait pour nom Octobre ! ».

Emané des contrebasses (5'50), un nouvel interlude nous plonge dans un chaos dissonant semblable à celui qui introduisait l'oeuvre.
La tonalité fluctue pour deux apothéoses d'intensité croissante :
« Octobre annonce l'aube attendue, Octobre est la libération des siècles révoltés » (6'14).
« Octobre est travail, bonheur et chanson. Octobre est joie au champ et à l'établi » (6'44).

Un sentencieux roulement de tambour (7'19) amène une déclamation a cappella :
« Ecoutez notre devise : Octobre et Lénine, l'Âge nouveau et Lénine, la Commune et Lénine »
Monté des cordes graves (7'32), un vent frondeur soulève une brève mais carillonnante conclusion (8'10) , inspiratrice de lendemains qui chantent.

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Dernière édition par Mélomaniac le Dim 28 Oct 2012 - 20:44, édité 5 fois
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MessageSujet: Re: Chostakovitch : Symphonies n°2 et n°3   Sam 27 Oct 2012 - 23:51

Emplacement réservé : présentation de la Symphonie n°3
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vinclec
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MessageSujet: Re: Chostakovitch : Symphonies n°2 et n°3   Dim 28 Oct 2012 - 14:43

Waouh !! Ca c'est du post !!! Merci pour cette analyse détaillée de la deuxième, on attend avec impatience celle de la troisième. Pour répondre à ta question, j'ai toujours trouvé que la 2ème était un objet fascinant : quel singulier contraste avec la "classique" première, quelle audace formelle et quel début mystérieux et "modernisant"... Une "petite" symphonie à conseiller absolument à tout amateur de DSCH. Je suis un peu plus froid concernant la 3ème. Pour l'anecdote, il y a une citation du Chant de la Terre quelque part au début de la 3ème (déformée). Une oeuvre que Chosta adorait et qu'il a cité dans d'autres symphonies.

V
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MessageSujet: Re: Chostakovitch : Symphonies n°2 et n°3   Dim 28 Oct 2012 - 15:02

vinclec a écrit:

Pour l'anecdote, il y a une citation du Chant de la Terre quelque part au début de la 3ème (déformée). Une oeuvre que Chosta adorait et qu'il a cité dans d'autres symphonies.
Twisted Evil KEGUE, SORS DE CE CORPS ! ! Twisted Evil

hehe

Ah bon ? Honnêtement je n'ai jamais perçu cette citation. Tu pourrais retrouver à quel endroit ça se situe et quel est le passage du Chant de la Terre qui y est évoqué ?
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Zeno
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MessageSujet: Re: Chostakovitch : Symphonies n°2 et n°3   Dim 28 Oct 2012 - 16:03

Oui, merci pour ce travail... On en redemande !
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kegue
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MessageSujet: Re: Chostakovitch : Symphonies n°2 et n°3   Dim 25 Nov 2012 - 14:56

Super cher Melo mains

J'aime beaucoup l'interprétation d'Haitink qui prend ici beaucoup plus son temps que la version d'Ashkenazy (que j'aime aussi par ailleurs, et qui utilise la fameuse sirène en fa#).
C'est intéressant de voir comment la lumière s'installe peu à peu dans le chaos de l'introduction orchestral. C'est tout aussi intéressant de remarquer que l'ambiance muisicale n'est pas aussi tromphale que le texte semble le suggérer et qu'il reste malgré tout des phases obscures jusqu'à la fin. On peut voir par là les doutes que Chostakovitch devait déjà émettre sur les idées staliniennes.

Tu dois sans doute avoir la partition : n'y a t'il pas des thèmes à répertorier dans cette oeuvre, ou est-ce vraiment une écriture libre et programmatique ?
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MessageSujet: Re: Chostakovitch : Symphonies n°2 et n°3   Dim 25 Nov 2012 - 15:37

kegue a écrit:
Super cher Melo mains

J'aime beaucoup l'interprétation d'Haitink qui prend ici beaucoup plus son temps que la version d'Ashkenazy (que j'aime aussi par ailleurs, et qui utilise la fameuse sirène en fa#).

Bon, j'ai cru comprendre en Playlist que tu allais écouter l'interprétation d'Ashkenazy.
Voici donc la même analyse que j'avais fournie pour l'interprétation d'Haitink, mais avec les minutages correspondant au disque d'Ashkenazy :
(Désolé, la mise en page ne sera pas aussi soignée, je ne travaille pas moins le dimanche)

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Le Largo débute par un chaos indistinct, à peine perceptible par l'oreille, mais sciemment organisé.
Sur un roulement de grosse caisse, sept entrées successives des cordes (du grave à l'aigu) superposent des gammes chromatiques, de plus en plus actives à mesure que la trame intègre une nouvelle tessiture d'archets :
contrebasses en noires,
violoncelles en croches,
altos en triolets de croches,
violons en double-croches,
violons en triolets de double-croches.

Cette stratification polyphonique ourdit un magma quasiment atonal, d'autant confus que les notes sont estompées par les sourdines et liées par le legato.
De ce brouillard émerge en valeurs longues un blafard solo de trompette (1'15), de flûte & piccolo (1'50).
Tandis que l'écheveau se résume à une figuration rythmique (esquissée par un violoncelle & deux contrebasses), trois trompettes insinuent des bribes (2'04), un tuba maugrée (2'17) en sombrant dans les profondeurs d'un la bémol. Soudain surgit un vigoureux...

ALLEGRO, scandé à 4/4, noire = 152, (2'29-)
Contrastant radicalement avec les errances amorphes de l'introduction, les cordes impulsent une marche autoritaire ornée par les flûtes. Un coup frappé sur la cymbale (2'48) libère une échappée de clarinette & hautbois qui s'émancipe crescendo à l'ensemble de l'orchestre.
Les violons piaillent de stridents triolets (3'17), les trompettes braillent une fanfare dissonante, bientôt contrepointée par les cors (3'30) et trombones.
Ces acides vociférations achoppent sur une déflagration de grosse caisse (3'43). Cette péroraison ramène une brève période de calme le temps d'un POCO MENO MOSSO (3'48-)
Les contrebasses exclament quelques invectives relayées par le tuba puis échauffent une escalade (4'05) vers un énergique...

ALLEGRO MOLTO, noire = 192, (4'12-)
...qui s'emporte furtivement. Cette brusque saillie laisse la parole à un curieux trio (4'33, noire = 152) encoquiné par un violon solo qui va exhiber une débauche d'effets virtuoses : trilles, glissandi, double-cordes, couinements harmoniques...
Clarinette et basson se joignent à ce comparse déluré (4'53) et s'adonnent à leurs propres turpitudes.
Cette aguichante chorégraphie enrôle graduellement tous les bois, violons, altos et violoncelles qui concourent à l'excitation collective : les crissants glissandi à 6'28 !
Tambour et cymbale suspendue attisent cette inextricable orgie hétérophonique (treize lignes indépendantes !) que viennent gonfler les cuivres (7'02).
Un roulement de timbale achève cet assourdissant tumulte (7'39) qui se civilise par un climax consonnant.

Le tempo s'alentit progressivement (8'18, Meno mosso, noire = 100) : sous la pulsation des cors et contrebasses, les altos déroulent une mélodie gémissante, prolongée par une plainte des hautbois & basson (9'00) qui rappelle le motif déjà entendu à 1'15.
La pulsation bascule aux altos & violoncelles (9'13) pour accompagner un sombre solo de clarinette qui à la fin se polarise sur ut et creuse l'ambitus par degrés conjoints (9'41-9'57).
Des frémissants trémolos d'archets (10'00) traduisent une atmosphère évanescente qui laisse expirer la phrase de clarinette en dialogue avec la flûte.
Sur de larges trilles des violoncelles, un violon amorce une pénible ascension de mi bémol (10'20) à si bémol (10'44).
On n'entend plus que l'exhalaison de la cymbale suspendue et des violoncelles quand soudain retentit...

ODE PROLETARIENNE
La nomenclature instrumentale prévoit ici une sirène (Chostakovitch insistait pour qu'elle résonne à la hauteur déterminée de fa# ) qui peut être suppléée par les cuivres (NB : dans cet enregistrement du Royal Philharmonic, on entend les deux).
Sur un roulement de timbales, les chanteurs basses introduisent solennellement cette ode (10'54-11'32) : « Nous marchions et mendions du travail et du pain, nos coeurs étreints par l'étau de l'angoisse. Les usines se dressaient dans les nuages tels des mains impuissantes à refermer le poing. »
Engrené par des triolets aux violoncelles & contrebasses (11'40-11'56) s'étage ensuite un canon (ténor, basses, altos, soprano dans cet ordre) : « Les noms honnis de nos chaînes étaient... »
« Silence ! » clamé en tutti (11'57), « Souffrance » à mi-voix.

L'accompagnement rythmique enrôle les violons, la mélodie se déploie aux cor, trompette, flûte (12'07) pour étoffer crescendo la strophe suivante, encore traitée en fugato (sopranos > ténors > altos > basses) : « nos plaintes brisèrent le silence, plus fortes que le rugissement des canons » (12'19-).
L'acclamation « Ô Lenine » explose en tutti (12'38).

Une enthousiaste scansion dactylique aux trompettes, reprise par les cors, entraîne la louange des sopranos (12'49) puis altos : « De notre malheur, tu forgeas la liberté ; avec nos mains calleuses, tu forgeas la liberté ».
Le dactyle se transfère aux violons puis aux flûtes tandis que sopranos & ténors acquiescent (13'03) : « nous savions, Lénine, que notre destin n'avait qu'un nom »
« Lutte ! Lutte ! » (13'16)
La tonalité passe à mi majeur pour un radieux interlude (13'20) où un hymne bienheureux va circuler successivement aux cors, trompettes puis trombones.
Cet épisode est continument surpiqué de pizzicati : les musiciens de la Philharmonie de Leningrad, qui préparaient la première exécution de l'oeuvre le 5 novembre 1927 sous la direction de Nicolas Malko, se plaignirent de cette difficulté mais le compositeur ne modifia pas sa partition.

Un clash de cymbales, voilà le choeur qui exulte sur une pédale harmonique tenue par violoncelles & contrebasses (14'15-) : « Lutte, tu nous conduis à notre ultime liberté. Lutte tu rends notre travail victorieux ».
Le cristallin glockenspiel vient illuminer « Personne ne nous privera jamais de la victoire sur l'oppression et l'obscurité » (14'32-)
Un nouvel appel de la sirène (14'51) exhorte « que chacun soit jeune et hardi au combat » (ténors & altos).
Tous les choristes enflent un crescendo (15'02) : « que la victoire ait pour nom Octobre ! ».

Emané des contrebasses (15'20), un nouvel interlude nous plonge dans un chaos dissonant semblable à celui qui introduisait l'oeuvre.
La tonalité fluctue pour deux apothéoses d'intensité croissante :
15'36 : « Octobre annonce l'aube attendue, Octobre est la libération des siècles révoltés »
15'59 : « Octobre est travail, bonheur et chanson. Octobre est joie au champ et à l'établi ».

Un sentencieux roulement de tambour (16'26) amène une déclamation a cappella :
« Ecoutez notre devise : Octobre et Lénine, l'Âge nouveau et Lénine, la Commune et Lénine. »
Monté des cordes graves (16'39), un vent frondeur soulève une brève et péremptoire conclusion inspiratrice de lendemains qui chantent.
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kegue
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MessageSujet: Re: Chostakovitch : Symphonies n°2 et n°3   Dim 25 Nov 2012 - 16:14

Merci, mais je l'ai déjà lue en écoutant Haitink (j'ai donc pu aussi me repérer avec Ashkenazy) hehe
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MessageSujet: Re: Chostakovitch : Symphonies n°2 et n°3   Dim 25 Nov 2012 - 16:59

kegue a écrit:
Merci, mais je l'ai déjà lue en écoutant Haitink (j'ai donc pu aussi me repérer avec Ashkenazy)
A quoi ça sert que Mélo se décarcasse ? Mad

kegue a écrit:

Tu dois sans doute avoir la partition
Non non, c'est trop cher !
J'écoute l'oeuvre et je la transcris sur du papier à musique vierge. Heureusement, j'ai l'oreille absolue.
Ensuite j'en livre une analyse.
Spoiler:
 

kegue a écrit:

n'y a t'il pas des thèmes à répertorier dans cette oeuvre, ou est-ce vraiment une écriture libre et programmatique ?
Honnêtement, je ne me suis pas trop attaché à l'identification des thèmes, par fainéantise.
Mais comme tu dis ça penche plutôt pour la seconde hypothèse. Le premier mvt est en écriture libre, sans véritable structure. On a l'impression d'une musique qui jaillit par bloc, après l'amorphe chaos introductif.
Pour l'Ode, y a peut-être effectivement des formules mélodiques récurrentes. Je vais réécouter ça.
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MessageSujet: Re: Chostakovitch : Symphonies n°2 et n°3   Lun 26 Nov 2012 - 13:54

WOUAHOO ! Shocked
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WoO
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MessageSujet: Re: Chostakovitch : Symphonies n°2 et n°3   Lun 26 Nov 2012 - 21:56

Je vais pourrir un peu ce fil en causant discographie. Embarassed
Jusqu'à présent j'écoutais Kondrashin et Barchaï mais j'ai découvert récemment la version Petrenko sortie chez Naxos. J'ai été bluffé.
La prise de son est aussi excellente que l'interprétation. Je recommande vivement ce disque !
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MessageSujet: Re: Chostakovitch : Symphonies n°2 et n°3   Lun 26 Nov 2012 - 23:58

WoO a écrit:
Je vais pourrir un peu ce fil en causant discographie. Embarassed
What the fuck ?!? Tu me copieras cent fois l'ode d'Alexandre Bezymenski...


Spoiler:
 
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WoO
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MessageSujet: Re: Chostakovitch : Symphonies n°2 et n°3   Mar 27 Nov 2012 - 0:18

Oui c'est curieux cette différence de perception. Je l'ai écouté au casque, pas un modèle ultra-sophistiqué, plutôt un bas de gamme et j'ai trouvé le son très bon... Cette accentuation des contrastes des tempos et de dynamique est très efficace. La lecture est froide, efficace, implacable, on avance en ligne droite. J'ai réécouté Kondrachine ce matin et j'ai trouvé ça moins bien. La "russéité" du choeur on s'en fiche un peu, c'est mieux chez Kondrachine mais ça ne me semble pas un point essentiel...
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Xavier
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MessageSujet: Re: Chostakovitch : Symphonies n°2 et n°3   Mar 27 Nov 2012 - 0:22

Pourquoi faire sciemment du HS discographique alors que vous savez qu'il y a un sujet dans la bonne rubrique?
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WoO
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MessageSujet: Re: Chostakovitch : Symphonies n°2 et n°3   Mar 27 Nov 2012 - 0:28

Je n'avais pas vu qu'il y avait un sujet en fait (je viens de le voir pale) et je n'avais pas envie d'en créer un.
On peut y déplacer les derniers messages de ce fil ? Désolé pour le HS
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MessageSujet: Re: Chostakovitch : Symphonies n°2 et n°3   Mar 27 Nov 2012 - 1:48

Xavier a écrit:

Pourquoi faire sciemment du HS discographique alors que vous savez qu'il y a un sujet dans la bonne rubrique?

C'est du HS qui n'en est pas totalement car cette question de prise de son soulève le problème de la dynamique extrême de cette oeuvre qui commence dans un néant quasi inaudible : ppp aux cordes pendant une quarantaine de mesures, ce soumet les ingénieurs à la tentation de truquer avec les potentiomètres de la table de mixage.
Je n'ai jamais entendu cette oeuvre au concert, je me demande si ce délicat écheveau s'avère mieux perceptible en salle. Très certainement.
Au disque, pendant la première minute, on peut ressentir la désagréable impression que l'oeuvre n'a pas commencé, un peu comme au début de l'opus 6 de Berg. Mais cet effet magmatique, vaguement grouillant, proliférant, répond certainement aux intentions de Chosta qui entreprend de nous faire assister à l'émergence d'une forme émanée des limbes. Une espèce de de natura sonoris.
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Mélomaniac
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MessageSujet: Re: Chostakovitch : Symphonies n°2 et n°3   Dim 22 Déc 2013 - 15:44

Lucien, in playlist, a écrit:

en fait, après réflexion, le début (disons la moitié) est chouette, mais le reste... What the fuck ?!? ... j’ai envie de dire qu’il tombe dans les mêmes « travers » que pour les autres... drapeau

Oh, on n'est pas obligé d'aimer la seconde partie chorale, pompière et propagandiste.

Vu ce qu'on sait de tes goûts, ça ne m'étonne pas que tu préfères la première : confuse, atonale, minimaliste, enchevêtrée, moderniste... (je dis ça sans être péjoratif bien sûr  Wink )
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lucien
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MessageSujet: Re: Chostakovitch : Symphonies n°2 et n°3   Dim 22 Déc 2013 - 15:46

Mélomaniac a écrit:
Oh, on n'est pas obligé d'aimer la seconde partie chorale, pompière et propagandiste.
mais c’est déjà avant l’entrée du chœur que cela m’insupporte... mais je ne pourrais pas te dire exactement à partir de quand...
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MessageSujet: Re: Chostakovitch : Symphonies n°2 et n°3   Dim 22 Déc 2013 - 19:22

Lucien a écrit:
Mélomaniac a écrit:
Oh, on n'est pas obligé d'aimer la seconde partie chorale, pompière et propagandiste.
mais c’est déjà avant l’entrée du chœur que cela m’insupporte... mais je ne pourrais pas te dire exactement à partir de quand...

À partir du début ?  Mr. Green

Non sérieusement, ça me sidère que tu n'apprécies pas tant que ça cette symphonie hyper avant-gardiste.  Confused

Toi qui écoutes à longueur de journée des ukrainiens aliénophiles...
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voodoo
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MessageSujet: Re: Chostakovitch : Symphonies n°2 et n°3   Dim 3 Sep 2017 - 11:15

WoO a écrit:
Je vais pourrir un peu ce fil en causant discographie.  Embarassed
Jusqu'à présent j'écoutais Kondrashin et Barchaï mais j'ai découvert récemment la version Petrenko sortie chez Naxos. J'ai été bluffé.
La prise de son est aussi excellente que l'interprétation. Je recommande vivement ce disque !

Merci, je vais me prendre la 1 et 3 chez naxos en 1 cd, j'ai adoré la 4 par Petrenko cheers
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MessageSujet: Re: Chostakovitch : Symphonies n°2 et n°3   

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