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 Charles Wuorinen (1938)

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Cello
Chtchello
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MessageSujet: Charles Wuorinen (1938)   Mar 22 Jan 2013 - 14:23

Dans notre série "Ce forum finira bien par avoir un fil sur tous les compositeurs" en voici un sur Wuorinen.

Compositeur américain très célèbre outre-atlantique à la fois pour son oeuvre et son activité de pédagogue, il est, me semble-t-il, quasiment inconnu en Europe. Il a beaucoup écrit (plus de 250 entrées dans son catalogue) et dans de nombreux genres: plusieurs concertos (dont 4 pour piano), de la musique de chambre, des opéras, des cantates ou encore des pièces pour piano solo. Il évolue dans un langage sériel assez intransigeant ce qui sur le papier ne me tente guère. La seule pièce que j'ai écoutée de lui, New York Notes pour ensemble et électronique, m'a d'ailleurs paru plutôt rébarbative après un début intéressant. En dépit de cela, je me dis régulièrement qu'il faudrait que j'écoute l'une ou l'autre chose pour me faire une idée plus précise.

Si quelqu'un connait, y aurait-il des oeuvres à écouter en priorité?
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lucien
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MessageSujet: Re: Charles Wuorinen (1938)   Mar 28 Juil 2015 - 14:57

mini-présentation :
Charles Wuorinen est né en 1938 et est l’un des compositeurs américains les plus importants, basé à New York. Parmi ses influences, on peut citer Stravinsky, Schönberg voire Varèse, mais de façon plus caractéristique Wolpe, Carter et Babbitt. Le point de départ de son esthétique est le sérialisme, et en particulier l’héritage de Milton Babbitt. Ses œuvres des années 60 sont le plus souvent complexes et écrites dans un style sec et heurté. L’une de ses principales recherches porte sur les questions de la direction et du délevoppement dans un environnement atonal et sériel (les principes sériels, en tout cas au départ, portent sur le détail et ne règlent pas la question de la grande forme). Au fil du temps, sa musique évolue progressivement, en plusieurs phases. Son écriture devient plus intuitive, moins technique (to describe the methods that a composer used to create a piece may have absolutely nothing to do with the meaning of the piece as a musical experience), et son style plus fluide, cursif, et plus pulsé. On sent des influences externes, en particulier celle du jazz. Tout en gardant sa sècheresse caractéristique, sa musique devient également plus polarisée et plus accessible. Il dira que sérialisme ne signifie presque rien (je le rejoins), même si le fond de sa musique reste très lié à la pensée post-sérielle. Plus généralement, ses œuvres se caractérisent par une sorte de classicisme moderne à la Carter, une beauté subtile et recherchée, froide mais colorée, traversée par des transcendances réservées.
Comme l’a dit Cello, c’est un compositeur prolifique ; si je trouve de l’inspiration, quelques présentations d’œuvres suivront.
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eric7591
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MessageSujet: Re: Charles Wuorinen (1938)   Sam 1 Aoû 2015 - 12:24

le peu que je connaisse de se compositeur sont les pièces pour petit ensemble voir musique de chambre que naxos a enregistré j'en ai que deux Cd accessible d'écoute de se que je me souvienne effectivement souvent des mouvements assez courts vifs , le quartet avec percussion ma pas mal plus de là en dire plus je sais qu'il a écrit des pièces symphoniques mais trouvé un enregistrement relève du prodige pas trouvé de trace non plus sur youtube non plus pour avoir une idée plus précise
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Charles Wuorinen (1938)   Sam 1 Aoû 2015 - 17:13

eric7591 a écrit:
je sais qu'il  a écrit des pièces symphoniques mais trouvé un enregistrement relève du prodige pas trouvé de trace

La frontière entre orchestre et ensemble n'est pas toujours claire, mais on trouve des choses au disque : il y a Hyperion et Archeopteryx sur le même disque Albany (avec ses transcriptions pour deux piano de Schönberg, opus 16 et Variations symphoniques), et surtout, chez le même éditeur, d'authentiques pièces pour grand orchestre (Five avec St Luke's, The Golden Dance avec San Francisco, le Concerto pour violon amplifié avec la Radio de Francfort).
Mais il est vrai qu'on ne trouve pas énormément de choses par rapport à sa musique de chambre, abondamment représentée.
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lucien
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MessageSujet: Re: Charles Wuorinen (1938)   Sam 1 Aoû 2015 - 17:24

Je ne me suis pas encore beaucoup mis à sa musique orchestrale, mais ça va venir. J’ai écouté Grand Bamboula, une œuvre très rythmée de six minutes, qu’on trouve (entre autres) sur un cd par Levine, et le troisième concerto pour piano chez Tzadik. Pour l’orchestre, en plus des cd cités par David (que je ne connais pas), il y a des trucs chez Koch, chez Music&Arts, et surtout plusieurs cd dans la collection CRI chez New World Records, mais de là à les trouver...
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hommepiano
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MessageSujet: Re: Charles Wuorinen (1938)   Mar 24 Nov 2015 - 19:31

bonsoir je suis entrain d'écouter cette oeuvre :
Charles Wuorinen: Time's Encomium (1969)

watch?v=CKq8DkBk_GA
c'est entièrement electronique, ça pourrait aussi être du stockhausen ou du Henry/Schaeffer
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lucien
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MessageSujet: Re: Charles Wuorinen (1938)   Mar 24 Nov 2015 - 19:52

Je peux me tromper, mais j’imagine très mal Stockhausen faire un truc comme ça (et pas non plus Schaeffer ou Henry, mais je les connais très mal).
Ce qui est étonnant avec cette œuvre, je trouve, c’est que ça ressemble juste à du Wuorinen (première période) mais avec des sons électroniques, en fait je crois qu’il n’essaie pas du tout de tirer quelque chose de particulier du medium. Et comme ça a nécessairement vieilli du strict point de vue sonore, ce n’est pas vraiment indispensable, à mon avis.
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Bateleur131
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MessageSujet: Re: Charles Wuorinen (1938)   Mar 24 Nov 2015 - 20:18

J'ai joué il y a deux ans son Spinoff pour violon, contrebasse, et 4 congas, de 1983. Alors oui, c'est un peu sec, mais j'ai l'impression que ça convient très bien a cette musique, une bribe de néo-classicisme et de clarté d'attaque, l’équilibre entre la débauche rythmique et la retenue dramatique et rhétorique. 6 minutes de musique, assez haletant - et satisfaisant a jouer - toute la musique, tout le coté musique de chambre est ENTRE les notes - sinon c'est chacun pour sa peau - entre les voix, comme un combat à trois, une recherche de simultanéité d'unisson d'intention dans le temps (les sommets d’intensité n'arrivent pas au même moment pour chacun, sauf la toute fin). Vraiment excitant, une belle structure - comme une fugue de Bach - entre suivi mélodique haché entre voix qui alterne avec des divertissements d'un solo.
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hommepiano
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MessageSujet: Re: Charles Wuorinen (1938)   Mer 25 Nov 2015 - 20:41

lucien a écrit:
Je peux me tromper, mais j’imagine très mal Stockhausen faire un truc comme ça (et pas non plus Schaeffer ou Henry, mais je les connais très mal).
Ce qui est étonnant avec cette œuvre, je trouve, c’est que ça ressemble juste à du Wuorinen (première période) mais avec des sons électroniques, en fait je crois qu’il n’essaie pas du tout de tirer quelque chose de particulier du medium. Et comme ça a nécessairement vieilli du strict point de vue sonore, ce n’est pas vraiment indispensable, à mon avis.
oui lucien je voulais parler des sons electroniques que Henry aurait également pu faire...
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Charles Wuorinen (1938)   Sam 13 Aoû 2016 - 2:59

Suite à quelques écoutes (Josquiniana pour quatuor, Scherzo pour piano, Quatuor n°1, Variations pour alto, Quintette avec piano, Sextuor à cordes), j'aurais des questions. Jusqu'ici, j'avais surtout écouté du piano (et des pièces pour effectifs plus larges). Je n'ai pas encore lu les notices, mais autant aller directement à la source de toute sapience.

Je m'interrogeais : le Premier Quatuor, on dirait vraiment que c'est sériel, les intervalles paraissent très contraints, et pourtant il y a ce long trémolo sur les mêmes notes à la fin, donc pas du sérialisme trop rigoureux des origines… c'est plus ou moins quel langage ?

J'aime beaucoup tout ça, même si je ne vois pas vraiment où vont le Premier Quatuor et le Sextuor (qui restent très plaisants à écouter).

Le Second Quintette en revanche, c'est une sorte de Zemlinsky atonal, un petit délice où la filiation est très nette, aucun effort requis.

Jusqu'ici, je le prenais pour un aimable relativement-néo, mais ça fonctionne vraiment bien. Il y a des périodes ou des œuvres en particulier à découvrir ? Je n'ai pas encore fait Brokeback, trop ambitieux, mais maintenant que j'ai vu grâce à Alifie qu'on trouvait le livret…
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MessageSujet: Re: Charles Wuorinen (1938)   Sam 13 Aoû 2016 - 3:03

typiquement le genre de musique d'outre atlantique qui me rentre par une oreille pour sortir par l'autre.... en plus il écrit au kilomètre Laughing Laughing Laughing

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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Charles Wuorinen (1938)   Sam 13 Aoû 2016 - 3:04

C'est pas toi qui viens de chanter les louanges de Lindberg ? scratch
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MessageSujet: Re: Charles Wuorinen (1938)   Sam 13 Aoû 2016 - 3:06

DavidLeMarrec a écrit:
C'est pas toi qui viens de chanter les louanges de Lindberg ? scratch  



Si ô David, mais je ne vois pas vraiment le rapport entre un faiseur comme CW et un vrai artiste, comme Magnus. Rien que du point de vue harmonique, la subtilité de Magnus dit tout. Cet homme sait composer harmoniquement. Ses accords s'enchainent "comme il faut" et de façon neuve. Tout cela!
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Charles Wuorinen (1938)   Sam 13 Aoû 2016 - 3:10

Ben, tu dis que Wuorinen pond au kilomètre, ça vaut bien Lindberg qui refait la même (très belle) œuvre depuis vingt ans.
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MessageSujet: Re: Charles Wuorinen (1938)   Sam 13 Aoû 2016 - 3:11

DavidLeMarrec a écrit:
Ben, tu dis que Wuorinen pond au kilomètre, ça vaut bien Lindberg qui refait la même (très belle) œuvre depuis vingt ans.  


je suis en train d'écouter Microsymphony de CW et c'est pas mal du tout putain pig
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lucien
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MessageSujet: Re: Charles Wuorinen (1938)   Sam 13 Aoû 2016 - 9:21

DavidLeMarrec a écrit:
Suite à quelques écoutes (Josquiniana pour quatuor, Scherzo pour piano, Quatuor n°1, Variations pour alto, Quintette avec piano, Sextuor à cordes), j'aurais des questions. Jusqu'ici, j'avais surtout écouté du piano (et des pièces pour effectifs plus larges). Je n'ai pas encore lu les notices, mais autant aller directement à la source de toute sapience.

Je m'interrogeais : le Premier Quatuor, on dirait vraiment que c'est sériel, les intervalles paraissent très contraints, et pourtant il y a ce long trémolo sur les mêmes notes à la fin, donc pas du sérialisme trop rigoureux des origines… c'est plus ou moins quel langage ?

J'aime beaucoup tout ça, même si je ne vois pas vraiment où vont le Premier Quatuor et le Sextuor (qui restent très plaisants à écouter).

Le Second Quintette en revanche, c'est une sorte de Zemlinsky atonal, un petit délice où la filiation est très nette, aucun effort requis.

Jusqu'ici, je le prenais pour un aimable relativement-néo, mais ça fonctionne vraiment bien. Il y a des périodes ou des œuvres en particulier à découvrir ?  Je n'ai pas encore fait Brokeback, trop ambitieux, mais maintenant que j'ai vu grâce à Alifie qu'on trouvait le livret.

(Je n’ai jamais creusé plus que ça son langage, donc je donne juste une piste pas forcément exacte.)

Wuorinen est sériel.
Mais c’est un sérialisme à l’américaine, nourri à la fois de Babbitt (plus schönbergien tout en étant intégraliste) et de Carter (tout à la fois sériel et antisériel), et qui si l’on veut est un jeu d’intervalles en permutation les uns avec les autres. Avec en plus l’aspect rythmique, traité sériellement également, time point et compagnie, très important chez Wuorinen. Tiens, par exemple, le début de la (superbe) première sonate (1969) :

Du point de vue strictement dodécaphonique, c’est une hérésie, mais si on parle en termes d’intervalles, ça fait sens, et faire des trémolos à volonté sur un tétracorde ne pose pas de problèmes. Et on peut imaginer (je ne sais pas si c’est exactement le cas) des répercussions dans les techniques de développement (on part sur un groupe réduit d’intervalles, puis ça se complexifie, mais le groupe réduit revient à des endroits stratégiques, etc.).

Il n’y a pas je pense de périodes très claires (et son œuvre a d’ailleurs une grande unité), mais il est certain que son œuvre évolue par vagues successives, mais sans brisures, vers plus de fluidité et de romantisme. Avec en particulier les années soixante où on a un style plus heurté et aride, plus proche de Babbitt, que par la suite.
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lucien
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MessageSujet: Re: Charles Wuorinen (1938)   Sam 13 Aoû 2016 - 10:42

je me rappelle que chez lui, David comparait Wuorinen à Poulenc... eh bien, je trouve... que cette comparaison est curieusement très parlante quand on connait sa musique... mais qu’elle n’en peut donner qu’une fausse idée quand on ne la connait pas. Mr.Red
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Charles Wuorinen (1938)   Mar 23 Aoû 2016 - 14:37

lucien a écrit:
Du point de vue strictement dodécaphonique, c’est une hérésie, mais si on parle en termes d’intervalles, ça fait sens, et faire des trémolos à volonté sur un tétracorde ne pose pas de problèmes. Et on peut imaginer (je ne sais pas si c’est exactement le cas) des répercussions dans les techniques de développement (on part sur un groupe réduit d’intervalles, puis ça se complexifie, mais le groupe réduit revient à des endroits stratégiques, etc.).

Oui, parce que ce début de sonate, ce sont des volutes en ré mineur, certainement pas dodécaphonique, et pas très caractéristiquement sériel (je présume que ça se sent plus après). C'est une série fondée sur d'autres choses, je suppose. Dans ses œuvres, j'entends plus un flux comme tu dis, développé à partir d'une logique constante (ou éventuellement de motifs), mais pas vraiment une structure contraignante très visible. J'entends plus l'héritage germanique des post-wagnériens (dans ses œuvres romantisantes) que la rigidité ou le tranchant des sériels célèbres.

Merci encore pour toutes ces précisions circonstanciées.
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lucien
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MessageSujet: Re: Charles Wuorinen (1938)   Mar 23 Aoû 2016 - 16:24

C’est que, à mon avis, le sérialisme est d’avantage une façon de penser, ou plutôt un ensemble de façons de penser (qui partagent une sorte de logique ou de penchant commun) ; pas un dictat idéologique qui dit à quoi doit ressembler une œuvre dans sa conception et son résultat. Et à partir de là, il n’est pas absurde de lire/analyser des œuvres qui n’ont a priori aucun rapport avec les écoles sérielles à partir de cette “pensée” (cela s’est fait, et même fait souvent pour certains répertoires). J’ai dit une fois que si on voulait définir le sérialisme de façon descriptive, on serait embêté car des œuvres de Brahms pourraient tomber sous la définition, et ce n’était pas pour plaisanter.
Dans la littérature anglophone, il y a un adjectif qu’on rencontre souvent, post-tonal. J’aime bien cette notion (ou la façon dont je la comprends intuitivement). C’est-à-dire qu’il y a un ensemble de nouveaux modes d’organisation qui sont étrangers aux logiques tonales, mais pas pour autant incompatibles. Par exemple, les mouvements symétriques de Bartók, les accords de Scriabine-Roslavets, les trucs bizarres de Ives, les contrepoints de Crawford et sa bande, ça n’a rien de tonal dans l’idée, mais ce n’est pas pour autant que ça doit être atonaliste, abscons, anti-romantique et surtout le plus contraignant possible. D’ailleurs, le minimalisme américain à ses débuts, par exemple le Glass de Two Pages et Music in Fifths, c’est aussi post-tonal, quand bien même ça n’utiliserait que des quintes et des gammes majeures, parce que les modes d’organisation n’ont rien de commun avec la musique tonale.
Ce que je veux dire par là, c’est que le sérialisme ne se réduit pas à ses avatars les plus “chirurgicaux” (qui sont souvent fantasmés, de toute façon) qui nous rendent suspicieux quand un truc “sériel” n’est pas ceci et ceci, ne s’interdit pas ceci ou cela. C’est plutôt une façon d’envisager la composition et l’organisation d’une œuvre, et ça ne présage pas vraiment de l’aspect extérieur qui est quant à lui est davantage le résultat de la subjectivité du compositeur.
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MessageSujet: Re: Charles Wuorinen (1938)   Mar 23 Aoû 2016 - 16:45

DavidLeMarrec a écrit:
C'est une série fondée sur d'autres choses, je suppose.

Oui, pour ce qui est des hauteurs, le versant américain a développé un sérialisme basé davantage sur des groupes d’intervalles que sur des séries au sens où on l’entend par ici, à savoir une suite de notes. Bon, dans les faits, vu comment les deux sont utilisés, je ne suis pas sûr que ça fasse une différence si fondamentale que ça, c’est plus une question de formalisation (ou de réduction) du matériau de base.
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MessageSujet: Re: Charles Wuorinen (1938)   Mer 24 Aoû 2016 - 14:58

DavidLeMarrec a écrit:


...

Je m'interrogeais : le Premier Quatuor, on dirait vraiment que c'est sériel, les intervalles paraissent très contraints, et pourtant il y a ce long trémolo sur les mêmes notes à la fin, donc pas du sérialisme trop rigoureux des origines… c'est plus ou moins quel langage ?

…  

lucien a écrit:


...

Wuorinen est sériel.
Mais c’est un sérialisme à l’américaine, nourri à la fois de Babbitt (plus schönbergien tout en étant intégraliste) et de Carter (tout à la fois sériel et antisériel), et qui si l’on veut est un jeu d’intervalles en permutation les uns avec les autres. Avec en plus l’aspect rythmique, traité sériellement également, time point et compagnie, très important chez Wuorinen. Tiens, par exemple, le début de la (superbe) première sonate (1969) :

Du point de vue strictement dodécaphonique, c’est une hérésie, mais si on parle en termes d’intervalles, ça fait sens, et faire des trémolos à volonté sur un tétracorde ne pose pas de problèmes. Et on peut imaginer (je ne sais pas si c’est exactement le cas) des répercussions dans les techniques de développement (on part sur un groupe réduit d’intervalles, puis ça se complexifie, mais le groupe réduit revient à des endroits stratégiques, etc.).

...


C'est que vous m'avez intrigué avec ces commentaires, alors je me suis passé les deux sonates pour piano.

Premières constatations:

1 - C'est vraiment fort plaisant à écouter. Je ne sais pas si j'irais jusqu'à dire "superbe" mais ça me plaît.
2 - A l'oreille, si c'est sériel, ce n'est pas du genre "on ne doit surtout rien répéter".

Ceci s'applique déjà à la première sonate pour piano, mais c'est encore plus vrai pour la deuxième: ce bel accord qui revient 5 ou 6 fois de suite dès le tout début, c'est de l'hérésie. Mais comme accroche, c'est réussi.

Il y a de très beaux passages dans les moments lents et même les passages rapides sont séduisants, donnant plus l'impression d'écouter des toccatas avec des notes bizarres que le foutoir ultra-disjoint que l'on trouve parfois dans ce répertoire.

Et puis la structure globale de cette deuxième sonate pour piano m'a paru assez lisible, ça aide.

Je reviendrai à ces deux pièces. Non seulement c'est clairement ce que j'ai entendu de mieux chez Wuorinen, mais elles pourraient bien trouver une place de choix parmi mes oeuvres pour piano solo post-1960 préférées, avec les Night Fantasies de Carter.
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MessageSujet: Re: Charles Wuorinen (1938)   Mer 24 Aoû 2016 - 15:08

J’aime bien les trois premières sonates (je n’ai pas encore trouvé un enregistrement la récente quatrième), mais il n’y a qu’à la première que je suis vraiment très attaché. C’est amusant que tu dises que la structure globale de la deuxième est la plus lisible, car personnellement des trois c’est dans le développement de la deuxième que je me perds le plus.
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MessageSujet: Re: Charles Wuorinen (1938)   Mer 24 Aoû 2016 - 15:57

Ah, mais j'étais bien loin de parler du développement proprement dit, c'est au-delà de ce que je peux faire et encore plus à l'oreille. Je parlais de la structure en des termes extrêmement globaux. En gros, on a:

- Ces accords introductifs répétés.
- Ce que je suppose être une série d'épisode contrastants basées sur ces accords.
- Le retour de ces accords (légèrement modifiés ?) presque pile au milieu de la sonate.
- Une nouvelle série d'épisodes contrastés.
- Un court geste conclusif.

Tu vois, c'est très général.
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MessageSujet: Re: Charles Wuorinen (1938)   Mer 24 Aoû 2016 - 16:53

Voici ce qu’on peut lire sur la forme de la deuxième sonate dans le livret du cd (Music&Arts 4763) :

La première page contient une description brève de l’œuvre : “Deuxième sonate pour piano, laquelle est un discours triple, contenant un prélude, trois mouvements entremêlés, une pause, la même chose repris, et le tout complété avec un postlude.” Chacun des trois mouvements ainsi que le prélude possèdent un matériau mélodique et motivique facilement reconnaissable, ainsi qu’un tempo constant. La nature des trois mouvement suit exactement le schéma traditionnel classique : le premier est bien chargé rythmiquement et dynamiquement, le deuxième est lent et lyrique, le troisième brillant et scherzando. Ce qui est unique, c’est la façon dont les trois mouvements s’interrompent, créant une forme kaléidoscopique qui produit des moments de grande émotion par le retour de motifs connus dans un contexte nouveau. Ceci est particulièrement réussi dans la dernière apparition du troisième mouvement, où du matériel du prélude réapparait dans un tempo très différent. De même l’animation de l’épilogue dérive en grande partie du retour de matières d’autres parties dans un tempo plus rapide.
La construction exacte est la suivante : Prélude, Mouvement I, Mouvement III, Mouvement I, Mouvement II, Prélude, Mouvement II, Mouvement I, Mouvement III, Mouvement I, Mouvement II, Mouvement I, Mouvement III, Épilogue. Le prélude contient les motifs principaux de l’œuvre entière. Le retour au prélude au centre exact de la pièce marque le premier climax, suivi d’une longue pause. Les mouvement s’interrompent dès le début, mais ils ne commencent à mêler leurs motifs que dans la deuxième moitié de la pièce. Ce déroulement par fusion graduelle est un des élément les plus passionant de l’œuvre.


(la traduction est très boiteuse, je l’ai modifiée à certains endroits, mais n’ai pas osé trop m’en éloigner car je n’ai pas conservé le texte anglais d’origine.)
(et si tu veux je peux t’envoyer la partition.)
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arnaud bellemontagne
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MessageSujet: Re: Charles Wuorinen (1938)   Mer 1 Fév 2017 - 22:04

Je viens de découvrir ce compositeur par le biais de son 3ème concerto pour piano.

watch?v=_liiGxY1dPw


Une musique archisophistiquée qui possède en même temps un caractère très organique (la percussion très présente n'y est pas pour rien). J'ai été fasciné de bout en bout. drunken
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MessageSujet: Re: Charles Wuorinen (1938)   

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