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 Toshio Hosokawa (1955)

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Cello
Chtchello
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MessageSujet: Toshio Hosokawa (1955)   Ven 19 Avr 2013 - 8:13

En reparcourant le sujet sur les compositeurs japonais, je me suis rendu compte qu'il y avait une certaine demande pour un fil consacré à celui qui est peut-être le plus important de l'après-Takemtisu. Je ne suis pas spécialiste de son oeuvre mais comme je viens de réécouter un peu sa musique, je peux bien le lancer.

D'abord, quelques impressions extraites du fil sus-mentionné:

jerome a écrit:
Musique de chambre

In Memory Isang Yun, pour trio avec piano : celle qui m'a le plus marqué. Ecrit en mémoire de son vieux professeur. C'est très limpide et assez continu, une sorte de musique des sphères. Le piano très retenu lance quelques notes sur un tapis de doubles cordes, douces et douloureuses. Il y a beaucoup d'échos : le piano répète souvent une note énoncée par les cordes, la met en valeur sans la développer pour autant. Ces émergences furtives donnent une impression de nudité, de simplicité émue. Beaucoup de souffle, un souffle tranquille et réparateur.

Fragmente II, pour flûte alto et quatuor. Plus acéré, plus difficile. Mais la chaleur de la flûte alto crée des mixtures savoureuses, souvent associée à des effets spéciaux de cordes.

Landscape 1, pour quatuor à cordes. Un pas de plus dans l'hermétisme. Le début, très dépouillé, m'a fait penser à des gouttes d'encre qu'on jetterait sur une toile vierge, et qui traceraient tranquillement des lignes en coulant : plusieurs fois, un pizz claquant prolongé par des tenues murmurées, qui évoluent subtilement (modes de jeux spéciaux). D'après ce que j'ai entendu à la radio, les paysages qu'évoque le titre sont à considérer sous l'angle de la peinture japonaise, dans laquelle l'évocation de la nature est investie, entre autres, d'une réflexion sur le paradoxe solide-liquide (montagne, air, eau se mélangent, s'affrontent tout en s'unissant). Je ne maîtrise pas du tout ces idées-là, mais à l'écoute c'est plutôt parlant : pour peu qu'on s'immerge, on assiste à un jeu de matières et d'espaces énigmatique et envoûtant.

Musiques pour shô et accordéon (disque Deep silence) : le shô est un orgue à bouche utilisé dans le théâtre traditionnel Gagaku, un univers visiblement très important pour les japonais. Hosokawa en tire un travail sur la respiration, les flux et les reflux ; idée qui imprègne d'ailleurs manifestement une grande partie de sa production. Je n'ai pas vraiment accroché, il doit falloir se mettre dans un état de transe pas possible pour parvenir à habiter ces longues nappes de sons très uniformes. Les scintillements harmoniques ont l'air volontairement retenus, ça reste assez "sage" de ce point de vue.

Orchestre

Voiceless voices in Hiroshima pour orchestre, cheur, solistes et récitants (enregistrés ?). C'est un gros morceau en cinq parties, composé à l'occasion d'une cérémonie commémorative des bombardements, etc. Des extraits de témoignages de survivants se posent sur le tapis orchestral ; d'abord une voix d'enfant en allemand, puis d'autres personnages et d'autres langues se greffent, se mélangent. J'imagine l'ambiance intense que ce procédé a pu créer en salle lors de la création. La première partie, longtemps conçue comme une pièce indépendante avant d'être finalement étendue pour les besoins de la commande, m'a semblé la plus dense du point de vue orchestral. La plus moderne aussi ; on n'a pas l'explosion de la bombe, mais un lent accroissement du sentiment de danger, une panique qui agite peu à peu l'orchestre, de très belle façon. C'est cette première section que j'ai réécoutée plusieurs fois. Les suivantes sont plus coulées, plus planantes. Hosokawa illustre les "voix de l'hiver", les forces du renouveau qui très lentement réinvestissent l'endroit pour cicatriser la plaie et reconstruire une ville sur les ruines. C'est très doux, très lounge, il faut parvenir à se laisser porter par ces interminables coulées éthérées, pour ma part je n'ai pas complètement adhéré. Mais encore une fois, vu la finesse du travail orchestral dans les textures ouatées, ça doit être génial en concert.

Circulating ocean, pour orchestre. Cette pièce a l'air réputée, et elle est en effet très saisissante. Au départ, il voulait la nommer Das Meer ; c'est un prolongement direct du poème symphonique de Debussy, éminemment descriptif, 100% musique à programme (j'ai parfois pensé aussi aux cataclysmes de l'Acte Préalable). Les titres des parties évoquent très clairement les différentes humeurs de l'océan au fil de la journée : calme plat, vagues, tempête etc... L'orchestration est d'une grande efficacité, et en même temps fine et fouillée ; ce n'est qu'un spectacle visuel, en fin de compte, mais en ne cherchant pas plus loin on en a vraiment plein les yeux. A grande échelle, je crois me souvenir qu'on assiste à deux gigantesques crescendos et à leur dilution lente. Belle utilisation des flûtes graves. La toute fin est splendide : un interminable scintillement statique (triangles) qui met plusieurs minutes à s'éteindre ; on contemple un immense ciel étoilé, qui nous endort presque. Les notions de respiration, de flux et reflux, sont mises en avant au premier degré, sans trace de spéculation intellectuelle. Je ne sais pas si, passé cet émerveillement sensuel, la pièce est dotée d'une richesse inépuisable (il m'est arrivé de m'ennuyer un peu à la réécoute) - en tous cas, au moins pour se faire un gros shoot de sensualité orchestrale, ça vaut carrément le coup. bounce
Ça existe en Naxos Japon (en complément de La Mer de Debussy), mais je n'ai pas réussi à le commander. Je me suis procuré deux archives de concerts, dont l'une est compressée mais très audible. A écouter. Smile

Xavier a écrit:
Hosokawa: Ferne-Landschaft II pour orchestre

Pièce ultra-statique, presque entièrement construite autour d'un seul grand accord de mode 2, avec des variations d'intensité, de timbres, des glissandi... mais c'est très beau et ça tient tout de même la durée! (plus de 14 minutes)

Très bon premier contact avec ce compositeur. Smile

Xavier a écrit:
Voyage I pour violon et ensemble

Très chouette aussi.
Je pense à un mélange de Saariaho, Fedele et Scelsi.

Cello a écrit:


Landscape I, II et V pour quatuor à cordes et harpe, quatuor à cordes et quatuor à cordes et shô, respectivement.

Il m'a semblé être dans un esthétique plus proche de Takemitsu. Leurs oeuvres partagent cette impression de temps suspendu très poétique mais avec un côté plus incisif chez Hosokawa. Pas exactement agressif mais plus tranchant.

Circulating Ocean

Pour ma part, j'ai identifié trois parties: un début lent mais pourvu d'une gigantesque énergie potentielle qui évoque très bien la puissance de l'océan. L'orchestre m'a paru massif et peu différencié on est vraiment en plein coeur d'un maelstrom sonore. C'est très impressionnant mais ça devient presque trop. Heureusement, cette première partie colossale cède la place juste au bon moment à un deuxième épisode au cours duquel des motifs descendants isolés commencent à émerger avec peine: deux notes puis progressivement trois, quatre. La puissance, certes apaisée, reste considérable. Cela nous mène logiquement à la troisième partie dans laquelle apparaissent des mélodies d'abord introduites par des instruments graves (basson, violoncelle, etc.) puis poursuivies par les autres membres de l'orchestre maintenant pleinement libérés. L'oeuvre s'achève sur de très beaux scintillements fluctuants, jeux de vaguelettes sur les rochers.

Je note qu'il a été l'élève d'Isang Yun, Klaus Huber et Brian Ferneyhough.

Son catalogue est conséquent: plusieurs opéras (dont Matsukaze créé il y a 3 ans), de la musique de chambre (la série des Landscape par exemple), des oeuvres orchestrales (le fameux Circulating Ocean mentionné plus haut) et une nette prédilection pour la forme concertante (une trentaine de pièces pour pratiquement tous les instruments de l'orchestre, du violoncelle à la flûte, du violon au basson, de la guitare au tuba, de la harpe à la trompette et plus encore ainsi que pour des instruments japonais comme le shô ou le shakuhachi).

Sa musique, pour ce que j'en connais, appelle la comparaison avec celle de Takemitsu (peu de développement, statisme contemplatif, intérêt pour les effets de timbre et de texture, importance de la respiration et du silence) mais elle a quelque chose de légèrement plus âpre sans pour autant être inaccessible à quelqu'un qui a un minimum de fréquentation du contemporain.
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Gaial
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MessageSujet: Re: Toshio Hosokawa (1955)   Ven 19 Avr 2013 - 15:03

J'ai découvert ce compositeur il y a peu de temps, et j'ai totalement accroché! Certains éléments de langage me font immédiatement penser à Scelsi également, avec ce travail du temps, des textures, le caractère contemplatif etc... Notamment dans les pièces pour Shô et orchestre. L'aspect japonais quant à lui me semble plus "intact" que chez Takemitsu . Il y a moins de "concessions" contrairement au second, profondément marqué par Messiaen et d'autres français. Il est aussi plus proche de nous.

Peut-être que les harmonies sont aussi plus "arides" effectivement, bien que dans Memory et d'autres pièces, je n'ai pas du tout cette impression.
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Xavier
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MessageSujet: Re: Toshio Hosokawa (1955)   Mer 17 Sep 2014 - 17:55

Il faut signaler que Märkl a sorti 2 disques chez Naxos et que le 2è volume comporte le fameux Circulating ocean évoqué plus haut. Smile
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Xavier
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MessageSujet: Re: Toshio Hosokawa (1955)   Lun 23 Jan 2017 - 8:08

En mars:



Malheureusement, de plus en plus de DVD d'opéra font l'impasse sur les sous-titres français, et il se trouve que c'est le cas de celui-ci...
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Xavier
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MessageSujet: Re: Toshio Hosokawa (1955)   Sam 9 Sep 2017 - 12:21

DVD de Stilles Meer: image légèrement saccadée, sous-titres anglais, allemands et japonais (opéra en allemand), pas de français, mais le texte est assez facile à comprendre et pas très long.
Belle oeuvre qui traite de la tragédie de Fukushima, musique typique d'Hosokawa, belle, lente et statique, orchestration fine.
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Toshio Hosokawa (1955)   Sam 9 Sep 2017 - 12:37

Pour une fois, c'est un sujet d'opéra d'aujourd'hui qui se prête très bien à la scène (il y a la possibilité de toutes formes de drame, spectaculaire ou intérieur, avec ça).

Et puis la mise en scène d'Oriza Hirata (il a contribué au livret, j'espère ?), la qualité des chanteurs… Et Hosokawa est l'un des rares à qui je fais plutôt confiance pour écrire de l'opéra.

Ça me tente beaucoup, je n'avais pas vu que c'était sorti, merci. bounce
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Xavier
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MessageSujet: Re: Toshio Hosokawa (1955)   Sam 9 Sep 2017 - 12:40

Livret d'Hannah Dübgen d'après Oriza Hirata, en effet.
Grands interprètes, oui.
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Toshio Hosokawa (1955)   Sam 9 Sep 2017 - 12:45

Elle a traduit le livret, ou il y a une pièce de Hirata sur Fukushima que j'ai manquée ? bounce
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Xavier
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MessageSujet: Re: Toshio Hosokawa (1955)   Sam 9 Sep 2017 - 12:49

C'est écrit: d'après "Umi, shizuka na umi" d'Oriza Hirata.
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Toshio Hosokawa (1955)   Sam 9 Sep 2017 - 12:55

Merci. Alors en effet, c'est bien une pièce autonome ! J'espère que ça se trouve dans une traduction de langue européenne, je ne lis absolument pas le japonais. Sad
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Octavian
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MessageSujet: Re: Toshio Hosokawa (1955)   Mar 3 Oct 2017 - 11:42

J'avoue un intérêt très modérément éveillé par la "bande-annonce" de cette sortie sur le compte Youtube d'EuroArts. Je ne connais pas Hosokawa, mais dans sa production opératique, de ce que je peux en voir en ligne, c'est plutôt par Matsukaze que j'aurais été attiré, et pas qu'un peu, pour le coup (a fortiori avec Barbara Hannigan dans le rôle-titre et une mise en scène apparemment très belle de Sasha Waltz). Quelqu'un sait si ç'a été capté ? Sad
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Rafsan
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MessageSujet: Re: Toshio Hosokawa (1955)   Mar 3 Oct 2017 - 15:30

Matsukaze, c'est très bien en effet. Sans doute capté à la Monnaie.
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Xavier
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MessageSujet: Re: Toshio Hosokawa (1955)   Mar 3 Oct 2017 - 16:08

Oui, ça a été diffusé sur Arte concert ou Culturebox, je ne sais plus.

Très beau spectacle, très belle oeuvre. (mais pas de sous-titres)
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MessageSujet: Re: Toshio Hosokawa (1955)   

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