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 Ring Castorf / Petrenko / Bayreuth 2015

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julot
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MessageSujet: Ring Castorf / Petrenko / Bayreuth 2015   Dim 9 Aoû 2015 - 23:11

Je viens de sortir de l'Or du Rhin en état d'apesanteur, malgré la chaleur étouffante dans le Festspielhaus (et je suspecte que Castorf n'avait aucune objection à ce que les acteurs nous narguent en s'aspergeant d'eau fraîche en en buvant des coups tout le temps.

C'était génial  -- un Or du Rhin plein de vies détruites, d'ordures partout, qui relève à la fois de Tarentino et des frères Coen, et du théâtre intellectuel et social d'Allemagne de l'Est, et de la communion citoyenne comme à Nanterre. Sûr, il y a peu de magie, mais justement ça démontre qu'on n'en a pas forcément besoin. Pêle-mêle: un Alberich profondément maltraité par des filles du Rhin à la fois odieuses et adorables, pure joies, joies de filles ; un Wotan partouseur et jouisseur, en particulier avec une belle-soeur dont on voit bien qu'elle est la joie, non seulement du patron, mais de toute la famille (et on ne se demande plus pourquoi ils sont tout abattus quand on leur la prend) ; toute une classe de morts-vivants qui sont les victimes collatérales (l'or, la drogue, la simple exploitation) de tous ces truand ; une troisième scène mise en abime, qui commence par Alberich et Mime capturés et forcés de rejouer un récit possiblement imaginaire de la capture ; il y en a trop, et puis ça ne se raconte pas, il faut venir. Comme Herheim, et à mon niveau au même niveau.

Il n'y a qu'à Bayreuth qu'on peut voir des spectacles comme ça, franchement. Il y a d'abord cette salle qui crée une proximité incroyable tavec l'action et les chanteurs ; mais il y a aussi l'état de passion et de concentration du public comme des artistes. Et puis il y a l'expérience "campagne franconienne" qui va avec. Au moment où il est à la mode de dénigrer le festival, de se moquer de la déréliction de sa direction (sa dérériction, donc), j'observe qu'on y vit des expériences d'une intensité unique et qu'on influence la mise en scène d'opéra profondément.

Vocalement, aucun faux pas majeur -- Erda et Loge ressortent, mais est-ce que ça tient plus à la mise à la scène ou à la performance vocale, je ne saurais le dire, et j'en suis d'ailleurs ravi: après tout, la Gesamtkunstwerk, c'est bien ça. Sans doute l'acoustique de la salle permet-elle à des gens comme Koch de chanter ce qu'ils ne pourraient pas chanter (Wotan) dans une grande salle type Bastille ou Met. Les personnages sont absolument crédibles, tous bouleversants. L'action est d'une virtuosité dramaturgique extrême, avec presque toujours au moins deux actions sur la scène, plus la vidéo, et le plus souvent plusieurs niveaux de lecture.

Petrenko fait un triomphe, assez justifié sans doute. Ce qui est le plus frappant, c'est sa capacité à faire entendre les pupitres individuellement, malgré l'acoustique caractéristique "où on n'entend pas l'orchestre" comme disait David. A part ça, c'est le bon goût et la maîtrise qui frappent, la maîtrise dynamique, la caractérisation simple des épisodes. Ah, et l'accompagnement des chanteurs, sans doute une autre raison pour laquelle il n'y a aucun faux pas malgre de nombreuses "petites" voix. Il les accompagne, il les suit, il les laisse même souvent diriger.

Et dire que ce n'était le prologue...


Dernière édition par julot le Lun 10 Aoû 2015 - 10:46, édité 1 fois
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Gesualdo
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MessageSujet: Re: Ring Castorf / Petrenko / Bayreuth 2015   Dim 9 Aoû 2015 - 23:56

Merci pour ce commentaire,cela me me remet en mémoire des soirées à Bayreuth légendaires,et j'ai l'impression que c'est la même chose aujourd'hui.Je n'ai pu me contenter que des retransmission radio,et Kiril Petrenko est vraiment génial.Pour sur,la meilleure direction du Ring à Bayreuth depuis Böhm et Boulez.Tempi aussi vifs,pour moi le bon tempo pour une adéquation avec la dramaturgie,et quel sens du détail!
Bonne suite dans ce cycle! Cool
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bAlexb
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MessageSujet: Re: Ring Castorf / Petrenko / Bayreuth 2015   Lun 10 Aoû 2015 - 8:25

Gesualdo a écrit:
Merci pour ce commentaire,cela me me remet en mémoire des soirées à Bayreuth légendaires,et j'ai l'impression que c'est la même chose aujourd'hui.Je n'ai pu me contenter que des retransmission radio,et Kiril Petrenko est vraiment génial.Pour sur,la meilleure direction du Ring à Bayreuth depuis Böhm et Boulez.Tempi aussi vifs,pour moi le bon tempo pour une adéquation avec la dramaturgie,et quel sens du détail!
Bonne suite dans ce cycle! Cool

Pour moi, entre ces deux-là et Petrenko, il y a au moins eu Barenboim, Sinopoli & Fischer ; mais c'est un autre sujet, j'imagine silent .
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julot
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MessageSujet: Re: Ring Castorf / Petrenko / Bayreuth 2015   Lun 10 Aoû 2015 - 23:25

Et pour moi Levine, mais comme tu dis.., etc.

La Walkyrie était moins suprenante, et moins irrésistible, que l'Or du Rhin. En fait, après l'explosion multi-sensorielle de la veille, cette Walkyrie se signalait par un classicisme de bon aloi -- un Hunding très méchant, des jumeaux très beaux (vocalement) et très amoureux, un Wotan crapule intégrale comme chez Kupfer, sans même le côté sympathique du jouisseur de la veille (mais après tout, vu ce que ça lui en a couté, on comprend qu'il soit revenu de ses illusions).

Du coup le travail de mise en scène se signale par une direction intelligente et classique,  à commencer par l'exploit de rendre Botha vaguement crédible scéniquement. Le clin d'oeil de Castorf ici consiste, je soupçonne, à jouer avec cette quasi infirmité de Botha, en le faisant d'emblé asseoir dans la paille, et en faisant bouger les brins de paille à Sieglinde, et par la suite (au II aussi) à imaginer un jeu de scène où il n'a presque pas à bouger. Au III, ce qui frappe, c'est l'injustice de Wotan, la révolte justifiée des Walkyries théorisées (alors leur père peut être un salaud injuste même avec elles?!), et la combativité de Brünnhilde. Les Adieux ne sont pas franchement un geste d'amour, ou alors d'amour très mal assumé -- c'est plutôt Brünnhilde qui a acculé son truand de père à une solution "qu'il ne peut pas refuser". Au II, j'ai trouvé la fin très forte dans la dramaturgie: on ne voit pas Wotan intervenir, puis il apparaît du fond de la scène (de la grange en l'occurence), accordant un regard à un Siegmund qui agonise jusqu'à la toute fin de l'acte, mais pas plus, et la colère monte en lui au fur et à mesure qu'il se rapproche du front de scène, Hunding en étant la première victime collatérale. Eclairages superbes aussi, comme c'est généralement le cas ici.

Le décor et les animations sont des variations sur le thème de l'histoire du pétrole du Caucase, depuis les premiers puits rudimentaires des années 1870 (la maison de Hunding) jusqu'aux champs de Bakou (le rocher) qu'on manque de mettre à feu en 1942 pour empêcher les allemands de les prendre. J'avoue que pour l'instant la logique de ce parallèle entre l'histoire de la Walkyrie et celle du pétrôle caucasien m'échappe un peu (chez Herheim, l'histoire de l'Allemagne, celle du héros, celle de la croissance personnelle, celle des arts et celles du monde se faisaient écho, miroir, convergaient au moments clé) mais attendons de voir le tout. Ca reste en tous cas du registre de la toile du fond, si ce n'est pour caractériser les personnages: Wotan paysan enrichi au II, maître d'un Empire eurasien au III, dont les Walkyries sont comme ses princesses de pacotille, etc.

Triomphe de Botha, chanteur sublime et acteur littéralement nul (et surtout pas avenu), et de Petrenko, dont l'orchestre est plus beau à chaque acte, certes, avec les mêmes remarques qu'hier. Je n'ai personellement pas été transporté. Foster en belle forme ce soir, engagée et engageante, juste et pleine de ressources. Anja Kempa sans grand chose à signaler au I, mais qui met la gomme au II, et plus encore au III. Koch qui chante très intelligemment son Wotan, se concentrant sur le texte et la musicalité avec l'aide de Petrenko. Youn super impeccable en Hunding, méchant et classieux.

Soirée un peu gâchée pour moi par une chaleur encore plus étouffante qu'hier, probablement 30° ou plus dans la salle, je vous fais pas un dessin... Quand l'autre allume un vrai feu à la fin, on se dit qu'on préférait encore quand il nous narguait la veille au bord de la piscine.
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Charlym
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MessageSujet: Re: Ring Castorf / Petrenko / Bayreuth 2015   Mar 11 Aoû 2015 - 0:21

julot a écrit:
Et pour moi Levine, mais comme tu dis.., etc.

La Walkyrie était moins suprenante, et moins irrésistible, que l'Or du Rhin. En fait, après l'explosion multi-sensorielle de la veille, cette Walkyrie se signalait par un classicisme de bon aloi -- un Hunding très méchant, des jumeaux très beaux (vocalement) et très amoureux, un Wotan crapule intégrale comme chez Kupfer, sans même le côté sympathique du jouisseur de la veille (mais après tout, vu ce que ça lui en a couté, on comprend qu'il soit revenu de ses illusions).

Du coup le travail de mise en scène se signale par une direction intelligente et classique,  à commencer par l'exploit de rendre Botha vaguement crédible scéniquement. Le clin d'oeil de Castorf ici consiste, je soupçonne, à jouer avec cette quasi infirmité de Botha, en le faisant d'emblé asseoir dans la paille, et en faisant bouger les brins de paille à Sieglinde, et par la suite (au II aussi) à imaginer un jeu de scène où il n'a presque pas à bouger. Au III, ce qui frappe, c'est l'injustice de Wotan, la révolte justifiée des Walkyries théorisées (alors leur père peut être un salaud injuste même avec elles?!), et la combativité de Brünnhilde. Les Adieux ne sont pas franchement un geste d'amour, ou alors d'amour très mal assumé -- c'est plutôt Brünnhilde qui a acculé son truand de père à une solution "qu'il ne peut pas refuser". Au II, j'ai trouvé la fin très forte dans la dramaturgie: on ne voit pas Wotan intervenir, puis il apparaît du fond de la scène (de la grange en l'occurence), accordant un regard à un Siegmund qui agonise jusqu'à la toute fin de l'acte, mais pas plus, et la colère monte en lui au fur et à mesure qu'il se rapproche du front de scène, Hunding en étant la première victime collatérale. Eclairages superbes aussi, comme c'est généralement le cas ici.

Le décor et les animations sont des variations sur le thème de l'histoire du pétrole du Caucase, depuis les premiers puits rudimentaires des années 1870 (la maison de Hunding) jusqu'aux champs de Bakou (le rocher) qu'on manque de mettre à feu en 1942 pour empêcher les allemands de les prendre. J'avoue que pour l'instant la logique de ce parallèle entre l'histoire de la Walkyrie et celle du pétrôle caucasien m'échappe un peu (chez Herheim, l'histoire de l'Allemagne, celle du héros, celle de la croissance personnelle, celle des arts et celles du monde se faisaient écho, miroir, convergaient au moments clé) mais attendons de voir le tout. Ca reste en tous cas du registre de la toile du fond, si ce n'est pour caractériser les personnages: Wotan paysan enrichi au II, maître d'un Empire eurasien au III, dont les Walkyries sont comme ses princesses de pacotille, etc.

Triomphe de Botha, chanteur sublime et acteur littéralement nul (et surtout pas avenu), et de Petrenko, dont l'orchestre est plus beau à chaque acte, certes, avec les mêmes remarques qu'hier. Je n'ai personellement pas été transporté. Foster en belle forme ce soir, engagée et engageante, juste et pleine de ressources. Anja Kempa sans grand chose à signaler au I, mais qui met la gomme au II, et plus encore au III. Koch qui chante très intelligemment son Wotan, se concentrant sur le texte et la musicalité avec l'aide de Petrenko. Youn super impeccable en Hunding, méchant et classieux.

Soirée un peu gâchée pour moi par une chaleur encore plus étouffante qu'hier, probablement 30° ou plus dans la salle, je vous fais pas un dessin... Quand l'autre allume un vrai feu à la fin, on se dit qu'on préférait encore quand il nous narguait la veille au bord de la piscine.

Et oui...
Mêmes impressions pour moi l'an dernier, un Rheingold génial, une Walkyrie très décevante, et je n'ose vous en dire plus pour la suite...
Mais on se voit jeudi !
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julot
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MessageSujet: Re: Ring Castorf / Petrenko / Bayreuth 2015   Jeu 13 Aoû 2015 - 0:09

J'ai trouvé Siegfried absolument formidable. Le meilleur que j'ai vu, et entendu aussi.

Triomphe énorme pour Petrenko. Je trouve sa patte sobre et subtile bien plus efficace dans Siegfried que dans les deux premiers. Foster sublime ce soir, énorme et fine, magique. Vinke est un ténor qui chante fort et juste, c'est déjà beaucoup. On pourrait lui souhaiter des nuances et des mots, mais ça viendra peut-être. En espérant que la voie reste. Koch reste un ton en dessous des autres mais il compense par une intelligence du texte formidable (et l'aide de l'orchestre). Conrad magistral en Mime aussi, fascinant.

Castorf est pour moi de retour au plus haut niveau dans ce volet, qu'il lit à plusieurs niveaux à la fois, la distanciation brechtienne n'empêchant pas de prendre le drame au sérieux en même temps. Les boueurs des loges s'en donnent à coeur joie: Siegfried saute l'oiseau de la forêt à l'ombre d'un réverbère (c'est le final du II et ça s'accorde merveilleusement à la musique ), Erda suce Wotan (Hinab!) et Ewig war ich est accompagné par une famille de crocodiles. Mais tout cela est à mon sens sublime, revisitant le texte comme on ne l'a pas fait depuis longtemps. C'est plein d'idées qui s'imposent d'emblée, dont on se dit "ah oui je n'y avais jamais pensé mais ça ne peut pas être autrement". C'est la première fois que je vois la fin du III réussie en scène: il y a le moment sur le rocher (jusqu'au "Ewig") et puis ensuite ils repassent dans le paysage urbain inspiré de l'Alexander Platz de Berlin-Est (Unter den Linden...) et qui semble aussi, donc, l'habitat naturel des crocodiles (Lachend der Tod...). C'est qu'il va quand même lui payer à dîner d'abord, c'est comme ça qu'on fait. Il y a dans cette mise en scène une violence insountenable, sordide et documentée, et une ironie (le programme y insiste lourdement) contante. C'est très fort et ça s'accorde ttrès bien avec tous les artistes.

Rétrospectivement, je me dis qu'on devrait faire avec Botha comme on a fait avec Kollo quand il s'est cassé la jambe: le mettre sur une chaise en bord de scène pendant qu'un vrai acteur prend sa place (pour Kollo, ce fut Chéreau). C'est pas seulement qu'il ne peut pas jouer: il paralyse aussi la mobilité des autres.
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Ring Castorf / Petrenko / Bayreuth 2015   Jeu 13 Aoû 2015 - 13:09

julot a écrit:
Vinke est un ténor qui chante fort et juste, c'est déjà beaucoup. On pourrait lui souhaiter des nuances et des mots, mais ça viendra peut-être.

En mixant, il perd un peu de la fermeté des mots, mais je l'ai trouvé (radiodiffusion et un autre soir) largement aussi détaillé que la moyenne, de ce côté-là.

Je me posais justement la question sur son ampleur, on dirait qu'il y a beaucoup d'espace dans la voix, ça semble limpide et glorieux à la fois…

Il était un peu éprouvé à la fin – les sons sortaient un peu par où ils pouvaient – mais à l'acte I, c'était vraiment sublime, on rarement chanté Siegfried avec une telle beauté. En tout cas depuis la fin de l'ère des P. Franz, Khanaïev et Aldenhoff.
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julot
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MessageSujet: Re: Ring Castorf / Petrenko / Bayreuth 2015   Sam 15 Aoû 2015 - 15:00

DavidLeMarrec a écrit:
julot a écrit:
Vinke est un ténor qui chante fort et juste, c'est déjà beaucoup. On pourrait lui souhaiter des nuances et des mots, mais ça viendra peut-être.

En mixant, il perd un peu de la fermeté des mots, mais je l'ai trouvé (radiodiffusion et un autre soir) largement aussi détaillé que la moyenne, de ce côté-là.

Je me posais justement la question sur son ampleur, on dirait qu'il y a beaucoup d'espace dans la voix, ça semble limpide et glorieux à la fois…

Il était un peu éprouvé à la fin – les sons sortaient un peu par où ils pouvaient – mais à l'acte I, c'était vraiment sublime, on rarement chanté Siegfried avec une telle beauté. En tout cas depuis la fin de l'ère des P. Franz, Khanaïev et Aldenhoff.  

Oui, il y a beaucoup d'espace et de naturel, et dans ce Siegfried-ci, c'était jusqu'à la fin. Le Crépuscule le lendemain l'a trouvé moins brillant, moins à l'aise - rien d'odieux, mais pas d'aisance ni de grace. Foster était la star. Après Petrenko et Castorf, ceci dit. Orchestre indéniablement exceptionnel avec les mêmes qualités que les autres soirs: lisible, soutenant les chanteurs, coulant de soi. J'admets n'avoir pas été emporté, mais c'est certainement admirable. J'ai trouvé que le Crépuscule était la soirée de Castorf (qu'on n'a pas vu, néanmoins...), d'une virtuosité de mise en scène simple et directe (les Gibichung! La scène de Waltraute! La conspiration du II!!). On peut certes se concentrer sur les provocations, les idées en rupture, la distanciation, ou le refus de donner dans le spectaculaire/divin/magique/etc., mais on raterait à mon avis l'essentiel, qui est un théâtre superbe, transparent, intelligent, qui donne à penser sans renoncer un moment au spectacle et tout en écoutant la musique de plus près qu'on ne le croit.

De plus, dans ce Crépuscule, toute la mise en scène de l'ensemble du Ring se met en place retrospectivement. On a vu l'histoire d'une civilisation du pétrôle, dans laquelle deux clans s'affrontent et une femme essaye de vivre quelque chose d'authentique et de naturel ; le culte du pétrôle fait place à celui de la finance, avec garés devant Wall Street, la Mercedes de Wotan volée par les Filles du Rhin, et la roulotte d'Alberich volée par Mime, transmise à Brünnhilde par alliance, ce qui nous met un peu de Roméo et Juliette dans l'histoire. Un peu de Lohengrin aussi, avec un Siegfried qui n'a jamais été vraiment amoureux (et pour Brünnhilde, je m'interroge, perplexe) jusqu'à ce qu'il soit trop tard (superbe mort de Siegfried qui n'est donc pas une rétrospective, mais une prise de conscience, suivie d'ailleurs d'une marche funèbre qui est littéralement une marche d'un Hagen hagard dans les bois, homme perdu qui a réalisé son fantasme de toujours). Et ouis Patric Seibert mime, d'un bout à l'autre, le nobody souvent présent: servant, prolétaire, choeur antique, souris de Gottlieb... Mais de rédemption par l'amour, certes point.

Bref, je suis près pour revenir l'année prochaine et je pense que j'apprécierai encore mieux l'ensemble.
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Ring Castorf / Petrenko / Bayreuth 2015   Dim 16 Aoû 2015 - 1:19

julot a écrit:
Le Crépuscule le lendemain

Ahein ? Shocked Et pourquoi pas le cycle deux fois par jour, aussi ?


Citation :
On a vu l'histoire d'une civilisation du pétrôle, dans laquelle deux clans s'affrontent et une femme essaye de vivre quelque chose d'authentique et de naturel ; le culte du pétrôle fait place à celui de la finance, avec garés devant Wall Street, la Mercedes de Wotan volée par les Filles du Rhin, et la roulotte d'Alberich volée par Mime, transmise à Brünnhilde par alliance, ce qui nous met un peu de Roméo et Juliette dans l'histoire.

Dit comme ça, ça fait vraiment, vraiment pas envie. Mais une mise en scène ne se juge pas à ses concepts… je serais curieux de voir à quoi ça ressemble, quand même.
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julot
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MessageSujet: Re: Ring Castorf / Petrenko / Bayreuth 2015   Dim 16 Aoû 2015 - 11:23

Oui, c'est pour ça que je passe peu de temps à discuter les concepts, ou les bornes kilométriques (genre immolation de Brünnhilde). Les idées importent peu, c'est ce qu'il en fait. En l'occurence, c'est très, très bien fait en termes d'expression théâtrale. C'est aussi très, très résolument intellectuel est-allemand, et il faut potasser pour en profiter si on n'est pas versé dans l'histoire des puits de pétrôle d'Azerbaïdjan ou de l'industrie du caoutchouc en Allemagne.

Mais dans ce cas: 1/ j'essayais d'évoquer le fait que tout "vient ensemble" à la fin et 2/ il y a quand même des choix narratifs dans ce Ring, qui sont parfaitement valables, mais pas traditionnels: le parti pris d'en faire une peinture d'un monde de dépendances (alcool, argent, drogue, sexe, etc.) dans lequel se démènent un poignée d'amoureux entourés de cyniques ; faire de Wotan non un personnage tragique mais une ordure toxique qui sacrifie ses enfants et tant d'autres à sa soif de pouvoir, sa "soif d'amour" relevant pour parti de la comédie, pour partie des appétits ; le refus de toute noblesse à quelque étape que ce soit.

Les places pour le Ring étaient très faciles à trouver cette année. Pour Siegfried, il en restait plus d'une dizaine avant la représentation, certaines sont parties à moitié prix. Et c'est pas pour me vanter, mais je suis hébergé à 36€ la nuit dans d'excellentes conditions...
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Ring Castorf / Petrenko / Bayreuth 2015   Dim 16 Aoû 2015 - 11:31

julot a écrit:
Les idées importent peu, c'est ce qu'il en fait.

Complètement. Mais ceci

Citation :
C'est aussi très, très résolument intellectuel est-allemand,

me fait plutôt peur.


Citation :
Les places pour le Ring étaient très faciles à trouver cette année. Pour Siegfried, il en restait plus d'une dizaine avant la représentation, certaines sont parties à moitié prix. Et c'est pas pour me vanter, mais je suis hébergé à 36€ la nuit dans d'excellentes conditions...

Je suis curieux de voir si, dans ces conditions, le prestige et le monopole du lieu demeureront – depuis que j'ai commencé de m'intéresser à la musique, les Wagnériens naturels me disent qu'il faut que je remplisse le fameux coupon (ce qui n'aurait servi à rien, puisque dans l'intervalle des dix ans ils ont libéralisé l'attribution des sésames).

Je suppose que l'an prochain, si c'est encore Petrenko, ça attirera plus de curieux.
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philippes
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MessageSujet: Re: Ring Castorf / Petrenko / Bayreuth 2015   Dim 16 Aoû 2015 - 13:09

DavidLeMarrec a écrit:
Je suppose que l'an prochain, si c'est encore Petrenko, ça attirera plus de curieux.
L'année prochaine, c'est Janowski qui dirigera le Ring
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julot
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MessageSujet: Re: Ring Castorf / Petrenko / Bayreuth 2015   Dim 16 Aoû 2015 - 23:28

DavidLeMarrec a écrit:


Je suis curieux de voir si, dans ces conditions, le prestige et le monopole du lieu demeureront – depuis que j'ai commencé de m'intéresser à la musique, les Wagnériens naturels me disent qu'il faut que je remplisse le fameux coupon (ce qui n'aurait servi à rien, puisque dans l'intervalle des dix ans ils ont libéralisé l'attribution des sésames).

Je ne sais pas ce qu'est un wagnérien naturel ni ce que sont les monopoles dont tu parles (je sais cependant ce qu'est un monopole naturel). Ce que je peux te dire, c'est que le prestige est déjà parti (t'as vu le gros en polo rouge sur mon avatar? Razz ), que l'expérience reste aussi unique qu'elle l'a été (les conditions artistiques, la concentration, le noir, l'acoustique, l'approche expérimentale...), et qu'il n'a jamais été plus facile d'y aller. Cependant, pour voir les plus belles robes et les plus belles voitures, et même les plus grands noms, il vaut mieux Salzbourg ou Glyndebourne.

Je confirme pour le coupon: mon copain Olivier l'a rempli scrupuleusement depuis 2000, a eu des places en 2012, et plus depuis à cause de cette démocratisation qui réduit encore le nombre des privilégiés. Il l'a mauvaise.
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julot
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MessageSujet: Re: Ring Castorf / Petrenko / Bayreuth 2015   Mer 19 Aoû 2015 - 8:59

Charlym a écrit:
Bon, j’y vais à mon tour un peu de mon grain de sel après mon retour de Bayreuth.
Je n’ai pas posté ici mon compte rendu du Ring de l’an dernier, j’en profite pour faire une sorte de copié/collé…

Globalement un Ring de qualité en effet, même si j’ai souvent regretté la radicalité de Petrenko. Pour dire la vérité, je ne suis pas retourné voir ce Ring cette année à cause de lui.
Depuis la Walkyrie la dynamique de la partition ne semble pas vraiment respectée, et on comprend bien qu’il s’agira d’une figure de style systématiquement employée par la suite. Les passages épiques ou lyriques sont joués sans entrain, d’ailleurs souvent un peu en retraits, validant et appuyant ainsi la vision nihiliste de Castorf. Mais au contraire je pense que le cynisme de cette mise en scène aurait été décuplé avec une direction qui ne se fait pas uniquement l’écho de ce qui nous est présenté sur scène. On parlait de distanciation…

Quant à Castorf, son Rheingold est extraordinaire. Ce que révèle l’imaginaire de la culture américaine avec ces caricatures de série B donne à l’ensemble une parfaite cohérence pour introduire un message politique évident tout au long de ce Ring. Beaucoup d’ironie, c’est parfois drôle mais jamais facile ni vulgaire. L’or du Golden Motel volé par Alberich, puis à la fin cette pompe à essence libérant un pétrole que n’allume pas tout de suite Loge (ouf !) pour enchainer sur la première journée vue comme l’histoire de cet Or Noir exploité par Wotan et ses Walkyries pour contrer la puissance de l’Albe Noir. De cette exploitation naitront la soumission et les premières ambitions révolutionnaires. Siegfried peut apparaître dans un monde prêt à exploser par trop de volontés de puissances.

Le travail sur la vidéo dans le Rheingold interpelle avec intelligence l’intuition du spectateur (à la manière d’un David Lynch) sur les drames à venir, mais dès le premier acte de la Walkyrie on sent la page blanche. Mise en scène très statique, rythme incohérent, puis retour de la vidéo, tout s’active, jusqu’aux adieux de Wotan d’un ennui pénible (musicalement aussi d’ailleurs). De nouveau la page blanche pour le premier acte de Siegfried, peu d’idées nouvelles, un Patric Seibert un peu trop envahissant, une mitraillette, Notung ? Non l’épée est là, finalement. Puis vient la fellation d’Erda, puis les crocodiles… Bon ?
Il veut aller encore plus loin que dans d’autres mises en scène, notamment sur la vision d’un Siegfried déjà corrompu, dès le départ, prisonnier de ses pulsions sexuelles, il est bien le petit-fils de son grand-père, famille d’obsédés, de son arrogance, de sa volonté de puissance. Je l’avais vu donc l’an dernier avec Lance Ryan, injustement hué (oui, la voix accrochait mais…), quel acteur, superbe confrontation avec les Filles du Rhin, ce monde à son image est dégueulasse, il en devient odieux lorsqu’il tabasse ce clochard. Wotan veille (tout autant qu’Alberich), son œil dont le maquillage ressemble étrangement à celui de Malcolm McDowell dans Orange Mécanique de Stanley Kubrick, illustre bien dans quel état de ruine morale et de violence il a fait basculer le monde.

Cependant j’ai du mal à rejoindre certains avis, notamment sur l’évocation récurrente de la distanciation Brechtienne…Biensûr que l’on peut en parler chez Kupfer par exemple. Mais chez Castorf, pas vraiment de Verfremdungseffekt à mon sens. La distanciation aboutit à une réflexion et donc à une traduction de la fiction par le spectateur. Mais on se demande souvent ici ce qu’est devenue la fiction wagnérienne. Comment Siegfried peut-il raconter ses exploits, sa rencontre avec Brünnhilde et chanter son amour alors qu’on nous montre bien qu’il ne l’a jamais vraiment aimé ? Castorf malheureusement retombe donc dans quelques impasses scéniques, à force de trop s’éloigner du livret il finit par rendre parfois le propos de Wagner incohérent. Il faut se souvenir d’ailleurs que Castorf voulait tronquer l’opéra ! Il se retrouve donc avec des passages qu’il semble trainer comme des boulets à ne pas savoir vraiment quoi en faire, la distanciation a parfois bon dos !

Je suis pourtant un adepte du Regietheater, mais un dosage juste de distanciation est vital pour extraire toute la substantifique moelle d’un Ring. Je pensais à partir du Rheingold que l’on assistait à une nouvelle façon de mettre en scène, une sorte de fusion entre l’intuitif apporté par la matière filmique (vidéo) et le signifié propre aux mises en scène de ces dernières décennies. Finalement la magie de cette fusion cesse d’opérer dès la Walkyrie où ces deux paramètres prennent leur indépendance.
Je garderai cependant de très bons souvenirs de ce foisonnement d’idées, mais surtout je garderai en tête comme synthèse de ce Ring politisé les fabuleux décors d’Aleksandar Denić, le vrai génie de ce Ring audacieux : l’ex-RDA vu comme le symbole de la fusion paroxystique entre capitalisme et idéologie marxiste.


Je suis d'avis que la mise en scène de Castorf est plus cohérente et efficace que tu ne le décris (mais je l'ai vue avec un an d'écart) et suis impatient de la revoir, d'autant plus que je suis un peu de ton avis sur Petrenko, qui redouble Castorf dans le refus d'emphase, peut-être à l'excès. C'est plus lui qui est dans la distanciation, et je ne crois pas que ça nous menace avec Janowski.

Par exemple cette mort de Siegfried dont tu parles m'a semblée sublime parce que c'est le moment où il tombe amoureux de Brünnhilde -- quand c'est trop tard, il comprend qu'il n'y en a qu'une pour lui. Comme souvent dans ces cas-là, l'alcool "aide". Et puis franchement, les crocodiles, j'ai trouvé que c'était le meilleur traitement de ce III que j'ai vu, parce que la vision traditionnelle dans laquelle ils tombent dans les bras l'un de l'autre ne marche jamais en scène. Ici ils font autre chose, qui est d'accepter sur un registre pas amoureux mais exalté quand même, leur prédestination l'un à l'autre.

Sur Walkyrie, il y a d'un côté le parti pris de raconter l'histoire sans grande rupture ; mais je crois aussi que Botha est un problème au I et au II, et qu'il paralyse toute l'action. Dans l'ensemble le parti pris d'individualiser fortement non seulement l'ambiance, mais toute l'esthétique et la dramaturgie des quatre opéras me semble un pari déjà réussi.

Le programme insiste lourdement sur l'ironie (avec des citations de Jankelevitch) comme un équilibre entre le sérieux excessif et la désinvolture, une façon de reformuler cette histoire de distanciation, qui ne consiste pas à se moquer du texte, mais à nous déstabiliser dans sa lecture sans pour autant détruire son effet nominal.
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