Autour de la musique classique

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 Avet Terterian (1929-1994)

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ovni231
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MessageSujet: Avet Terterian (1929-1994)   Sam 17 Juin 2017 - 15:28

C'est tout de même dingue qu'il n'y a aucun fil sur ce maître absolu du son et de la temporalité. Plus troublant encore est sa sourde absence dans la section biographique du second ouvrage de Frans C. Lemaire sur l'histoire de la musique russo-soviétique et autres républiques socialistes ! Je vais essayer de faire de mon mieux pour reconstituer à travers ces quelques lignes le parcours atypique d'Avet, le Grand Sage du Caucase. 



Konstantin Oberlian, Avet Terterian & Algis Zhuraitis (c. 1960)

Alfred Roubenovitch dit "Avet" Terterian naquit le 29 juillet 1929 à Bakou (un immense violoncelliste avait fait de même deux années auparavant). On ne sait malheureusement pas grand'chose sur sa famille (à moins qu'il y ait des informations intéressantes sur le site officiel posthume du compositeur ?). Il fut un collègue de Giya Kancheli, de Konstantin Oberlian ou encore de Tigran Mansurian. Dmitri Chostakovitch, grand parrain des compositeurs méridionaux, déclara un jour dans l'une de ses innombrables lettres que Terterian "est un musicien très talentueux" et "qu'il aura un très grand avenir". Très talentueux, c'est juste voir davantage. Un très grand avenir, notre présent nous prouve hélas du contraire (malgré des témoignages discographiques d'importance universelle). En dehors de quelques concerts à Yérévan et un festival à Yékaterinbourg (où il mourut le 11 décembre 1994), sa musique n'est guère mieux exposée dans le monde. Et c'est fortement injuste de constater qu'il y a une bonne dizaine de disques de Maurice Emmanuel (un compositeur qui me semble pourtant bien dispensable) disponibles sur le marché alors qu'Avet, figure majeure du pré-spectralisme, doit souffrir d'un silence insoutenable : 



Nous connaissons principalement ses huit symphonies qui datent de sa grande période de maturité (1969-1989) - sa neuvième ne demeure aujourd'hui qu'en état d'esquisses prophétiques -, son opéra Le Cercle de Feu composé en 1967 (une oeuvre maîtresse dans l'évolution spirituelle et musicale du compositeur) dont il existe un enregistrement complet disponible sur youtube, ses deux quatuors à cordes fort bien espacés dans le temps et très différents stylistiquement parlant (1963-1991) et sa sonate pour violoncelle et piano écrite en 1956 (déjà). Pour ce qui est du reste, wikipedia nous donne certes de précieuses indications, Alfred Roubenovitch a notamment écrit beaucoup de chansons dès qu'il avait soufflé ses dix-neuf bougies jusqu'au milieu des années 1960, mais... Avait-il écrit des musiques de circonstances réalisto-socialistes ? Que s'est-il passé pour qu'il se tourne si soudainement vers des sources d'inspiration d'ordre quasi mystique ? Aurait-il souffert du même syndrôme que Karamanov et Sylvestrov ? Nul ne le saura jamais.

Comment définir sa musique ? Je pense que Loutsian est mieux placé pour vous apporter un petit éclairage (playlist) : 

"Pour donner une vague idée, on est plutôt entre Scelsi et Zimmermann ['connais pas sa musique, je fais entièrement confiance à Lulu] (ou Schnittke-Korndorf) avec influences traditionnelles/rituelles très profondes." 

Ce dernier m'a signalé au passage que l'oeuvre de Terterian aurait quelque parenté avec certains compositeurs liés à l'école spectrale roumaine des années 1970-80. Après plusieurs écoutes, je peux vous le confirmer ! Idem pour le parallèle avec son homologue nippon Toshiro Mayuzumi.
 
Mais le mieux, à mon humble avis, c'est d'écouter ses symphonies. La musique suffit à elle-même. Les discours musicologiques ne sont que pures garnitures de façade intellectuelle.



Avet Terterian, Moscou 1988


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Alifie
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MessageSujet: Re: Avet Terterian (1929-1994)   Sam 17 Juin 2017 - 17:24

On peut, à part pour la 5ème, le faire sur le site qui lui est consacré et dont tu parles dans ta présentation : www.terterian.org/en/works/audio/audiofiles

et sinon sur youtube ou les sites de streaming (spotify est plus complet, https://open.spotify.com/search/albums/avet%20terterian )
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ovni231
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MessageSujet: Re: Avet Terterian (1929-1994)   Sam 17 Juin 2017 - 18:30

Bien. J'ai retrouvé mes bonnes sources ! Attention, ça va être plus précis ! La garniture musicologique arrive !

Hum, hum...!

Notre cher Avet a d'abord suivi des études musicales à Bakou, sa ville natale, bien que de famille armémienne (il est intéressant de noter que Khachaturian a eu à peu près le même sort, né à Tiflis en Géorgie mais de parents arméniens également). Terterian partira ensuite étudier à Yérévan, il entre au Conservatoire de la capitale en 1952 et termine son cycle de perfectionnement assez tardivement en 1967 (!). Il rejoint Sofia Goubaïdoulina pour la longueur de son cursus académique. Il commence à enseigner lui-même dès 1970 mais il ne sera nommé professeur de composition au Conservatoire que treize ans plus tard.

Terterian est un compositeur très "économe de ses moyens", pour reprendre l'expression de F. C. Lemaire dans son premier ouvrage. C'est-à-dire que jusqu'à pratiquement l'âge de quarante ans, il ne publiera grosso modo qu'une dizaine de minutes de musique par année, principalement des cycles vocaux avec orchestre (d'où ma candide mais judicieuse observation qu'il avait écrit beaucoup de chansons à cette époque). Brusquement, il compose deux grandes oeuvres. D'abord son opéra Le Cercle de Feu (et non L'Anneau du Feu comme je l'ai explicité tout à l'heure, me basant sur la traduction anglaise du titre original) d'après un récit sur la Guerre Civile russe écrit par Boris Lavreniov en 1926. Dans cet opéra, Avet Terterian rompt avec les usages traditionnels du genre. Il y mêle la parole, le chant et la danse aux anciennes monodies ainsi qu'aux mélismes de la musique arménienne religieuse et profane. Ces innovations ne furent malheureusement pas bien digérées par le comité local et ce ne sera qu'à la fin des années 1970 que l'opéra fut monté, non pas en URSS mais en... Allemagne de l'Est. Puis, sa Première Symphonie (1969) pour un effectif assez déroutant : cuivres, percussions, orgue, guitare basse électrique...

À partir de 1972, le compositeur se consacre presque exclusivement à la symphonie. Pour rappel, il est l'auteur de huit symphonies complètes dans lesquelles il développe un langage nettement distinct de celui de ses prédécesseurs compatriotes. Généralement constituées d'un seul mouvement monolithique, ces chefs-d'oeuvre introduisent des sonorités issues de la voix humaine, des instruments traditionnels populaires arméniens comme le zourna, le doudouk (Troisième Symphonie, 1975) et surtout le kamânche, sorte de viole à une ou deux cordes (Cinquième Symphonie dédiée à Gennady Rozhdestvensky, 1978) ou encore des éléments archaïques tirés du folklore oriental. Cependant, Terterian se défend de toute utilisation naïve et pittoresque de matériaux mélodiques folkloriques, il s'agit plutôt ici d'une symbiose culturelle, sa musique restant profondément arménienne mais dans une recréation originale (on est très loin des danses éléphantesques de Khachaturian !). Un compositeur en marge donc des systèmes et des doctrines.

Voici pour illustrer mon petit exposé un témoignage du compositeur lui-même adressé à ses collègues soviétiques : "Nous vivons d'une façon totalement différente de la vôtre. Nous vivons en permanence dans les montagnes. Vous regardez devant vous mais pas en hauteur. Votre perspective est horizontale, la nôtre est verticale et c'est là, sans doute, notre particularité nationale." (c'est le Grand Sage du Caucase qui vous parle !) Son langage est tout aussi direct vis-à-vis des dogmatismes idéologiques dans le domaine de l'art : "Un problème comme problème en soi ne m'intéresse pas. Le problème, c'est la vérité et la sincérité de l'art." (là il rejoint Andreï Eshpaï, décidément...).

Avec de tels propos sous nos yeux, on ne peut être étonné que sa musique n'ait été que peu enregistrée par la firme d'Etat (Melodiya) et qu'il n'ait accédé à un poste dirigeant de l'Union des compositeurs à Moscou qu'après la perestroïka.


Dernière édition par ovni231 le Lun 11 Déc 2017 - 15:08, édité 15 fois
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MessageSujet: Re: Avet Terterian (1929-1994)   Sam 17 Juin 2017 - 18:59

Sinon, je viens de réécouter sa Sixième Symphonie en écrivant mon petit pavé. C'est une oeuvre étonnante, statique et méditative mais rien à voir avec Kancheli ou le Sylvestrov nunuche ! C'est comme l'image d'un autre monde, reflet d'un certain mysticisme oriental profond qui peut rappeler le climat sonore de la Nirvana-Symphonie écrite à quelque dix-mille kilomètres de l'Arménie par le japonais Toshiro Mayuzumi. C'est dire si la distance qui sépare les moines bouddhistes des prêtres arméniens paraît bien plus courte que celle qui sépare Yérévan de Moscou !
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Avet Terterian (1929-1994)   Lun 19 Juin 2017 - 18:11

Je viens d'écouter:


Symphonie nº7 (1987)
Dmitri Liss / Orchestre Philharmonique de l’Oural
Iekaterinbourg, VIII-IX.1999
Megadisc


Symphonie vraiment très étonnante, et totalement hypnotique, mais qui m'a semblé plus consonante que les références évoquées par lucien (Scelsi, Zimmermann): pour l'écriture harmonique modalisante, les couleurs et textures instrumentales (bois, cuivres, percussions), cela  m'a fait davantage penser à Et exspecto resurrectionem mortuorum (de sa compatriote Olive Yemessian); et, pour l'écriture rythmique en ostinati dans des dynamiques extrêmement basses (avec quand même quelques éclats) à Morton Feldman. Et ce fond archaïsant incantatoire et ces sonorités d'instruments traditionnels m'a aussi pas mal fait penser à Goubaïdoulina. Mais par rapport à toutes ces références, ça conserve malgré tout une singularité très forte - on sent assez nettement cette «verticalité» dont parle Terterian dans la citation rapportée par Vino.

En tous cas, j'ai vraiment été scotché, et je suis très curieux de poursuivre l'exploration!
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MessageSujet: Re: Avet Terterian (1929-1994)   Lun 19 Juin 2017 - 19:12

Very Happy

Olive Yemessian ? Ce n'était pas la fameuse bayaniste qui a coécrit des chansons avec Babadjanian ? Mr. Green


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Benedictus
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MessageSujet: Re: Avet Terterian (1929-1994)   Lun 19 Juin 2017 - 21:27

Pas à ma connaissance, mais c'est à Olive Yemessian qu'on doit Poèmes pour Mi, immortalisé par cet autre célèbre chanteur arménien, Charles Aznavour, tu sais: «You are the one for Mi, for Mi, for Mi, formidââââble!»
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MessageSujet: Re: Avet Terterian (1929-1994)   Lun 19 Juin 2017 - 21:33

Benedictus a écrit:
Pas à ma connaissance, mais c'est à Olive Yemessian qu'on doit Poèmes pour Mi, immortalisé par cet autre célèbre chanteur arménien, Charles Aznavour, tu sais: «You are the one for Mi, for Mi, for Mi, formidââââble!»

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