Autour de la musique classique

Le but de ce forum est d'être un espace dédié principalement à la musique classique sous toutes ses périodes, mais aussi ouvert à d'autres genres.
 
AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  GroupesGroupes  Connexion  

Partagez | 
 

 Othmar Schoeck (1886-1957)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Benedictus
Mélomane chevronné
avatar

Nombre de messages : 3730
Age : 42
Localisation : De retour entre deux ou trois poudrières...
Date d'inscription : 02/03/2014

MessageSujet: Othmar Schoeck (1886-1957)   Dim 9 Juil 2017 - 13:49


Il n’avait été jusqu’ici question de lui que dans le fil un peu fourre-tout consacré aux «décadents»; toutefois, compte tenu de l’importance de son corpus de compositions comme de son positionnement esthétique plus complexe qu’il n’y paraît, il me semble pertinent de lui dédier un fil. C’est, en outre, un des compositeurs dont l’œuvre me touche peut-être le plus personnellement.

Plutôt que de me lancer d’emblée dans une notice encyclopédique, je poserai ici brièvement quelques jalons que je compléterai le cas échéant par la suite (en particulier pour les jalons biographiques, que je n’ai pas eu le temps de mettre en forme). Je vais d’abord tenter de brosser à grands traits son esthétique et de dresser ensuite un panorama synthétique de son œuvre.

Une ressource en ligne intéressante pour les germanophones: le site de la Othmar-Schoeck-Gesellschaft

Vos contributions sont évidemment les bienvenues, même si vous ne faites pas partie des forumeurs auxquels j’ai fait nommément appel. Pour ma part, je vais tâcher dans les semaines qui viennent de proposer quelque chose sur Das stille Leuchten et Unter Sternen, avec un peu de discographie.


Dernière édition par Benedictus le Dim 9 Juil 2017 - 14:04, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Benedictus
Mélomane chevronné
avatar

Nombre de messages : 3730
Age : 42
Localisation : De retour entre deux ou trois poudrières...
Date d'inscription : 02/03/2014

MessageSujet: Re: Othmar Schoeck (1886-1957)   Dim 9 Juil 2017 - 13:51

L’esthétique: un postromantisme complexe

● Suisse allémanique (né à Brunnen en 1886), fils d’un peintre paysagiste et lui-même peintre amateur (ses aquarelles illustrent les pochettes des CD Jecklin), Othmar Schoeck est fondamentalement imprégné de romantisme germanique (Naturgefühl, Sehnsucht...) et même du romantisme le plus «traditionnel»: outre des poètes romantiques suisses (en particulier Gottfried Keller), les poètes qu’il met en musique sont les mêmes que ceux de Schubert, Schumann ou Wolf (Goethe, Eichendorff, Mörike, Lenau...); quoique devenu l’ami de Hermann Hesse, il se refusera à mettre en musique des poèmes «modernes» comme ceux de Rilke.

● Ce romantisme passéiste pourrait, esthétiquement, l’apparenter à d’autres compositeurs comme Franz Schmidt voire Hans Pfitzner, mais son langage musical, formé à Leipzig auprès de Max Reger, est en réalité beaucoup complexe, explorant beaucoup plus loin que ceux-ci les limites du système tonal (sans toutefois jamais en sortir), effectuant sur la déclamation une recherche susceptible parfois de l’apparenter à l’expressionnisme le plus «avancé», et restant attaché à des démarches formelles (cellules harmoniques fonctionnant parfois comme pivot ou comme cadre de cycles entiers...) qui l’éloignent d’un postromantisme essentiellement mélodique et effusif. Par ailleurs, cet attachement au romantisme littéraire le plus traditionnel est aussi paradoxal dans la mesure où le traitement même de ces textes semble finalement marquer comme un écart vis-à-vis de leur propos: soit par une forme d’ironie (sensible dans le décalage entre la ligne pianistique et la ligne vocale), soit au contraire par une forme d’intensification expressionniste (très nette dans les cycles avec accompagnement d’orchestre).

● Globalement, Schoeck se rattache donc sans ambiguïté au postromantisme. Pour autant, ce postromantisme s’inscrit dans un spectre esthétique assez large, où me semblent se dessiner trois pôles:

- un postromantisme traditionnel mais généreux (disons quelque part entre la mélancolie schmidtienne et le lyrisme «positif» d’un Weingartner): on le trouve surtout dans son œuvre instrumentale et ses lieder de jeunesse;

- un expressionnisme parfois très poussé, mais davantage dans la tension harmonique et une certaine forme de violence déclamatoire: on le trouve surtout dans l’opéra Penthesilea, et certains cycles, en particulier Lebendig begraben;

- une esthétique plus radicalement personnelle - avec des climats plus raréfiés, une atmosphère énigmatique et proche du silence, une écriture musicale et des préoccupations poétiques plus spéculatives, comme d’un Webern qui serait demeuré dans le système tonal: c’est essentiellement ce que l’on entend dans les derniers grands cycles comme Unter Sternen ou Das stille Leuchten.

Il me semble que le Notturno op. 47, son œuvre la plus connue et la plus enregistrée, est peut-être celle qui parvient à articuler entre eux ces trois pôles.


Dernière édition par Benedictus le Mer 30 Aoû 2017 - 16:45, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Benedictus
Mélomane chevronné
avatar

Nombre de messages : 3730
Age : 42
Localisation : De retour entre deux ou trois poudrières...
Date d'inscription : 02/03/2014

MessageSujet: Re: Othmar Schoeck (1886-1957)   Dim 9 Juil 2017 - 13:55

Panorama de l’œuvre: un corpus riche dominé par le lied

● L’œuvre de Schoeck est dominée par le lied. On pourrait envisager plusieurs découpages pour ce corpus; sur la base de ce que j’en perçois, je serais tenté de proposer celui-ci:

- les recueils des années d’avant-guerre, constitués d’assez brèves pièces autonomes pour piano et voix, mais avec aussi quelques cycles (comme les Hafis-Lieder, op. 33) et quelques lieder nettement plus longs, en particulier Wanderung im Gebirge, op. 45: on est ici clairement dans un postromantisme un peu tendu, quelque part du côté de Wolf ou de Reger - mais avec peut-être une plus grande générosité. C’est la partie de l’œuvre de Schoeck qu’auront le plus servi les Liedersänger «historiques» documentés par le disque (Ernst Haefliger, Elisabeth Grümmer, Dietrich Fischer-Dieskau dans ses deux récitals parus chez DG) - probablement dans la mesure où ces lieder étaient plus aisément programmables en tant que compléments de programmes.

- des cycles avec un accompagnement instrumental plus étoffé qui jalonnent l’œuvre: quatuor à cordes (Notturno, op. 47 de 1931-33), orchestre de chambre (Elegie, op. 36 de 1922) ou orchestre (Lebendig begraben, op. 40 de 1926; Nachhall, op. 70 de 1954-55 - qu’Anaëlle aime beaucoup, je crois: peut-être pourrait-elle nous en toucher un mot). Il s’agit là d’œuvres qui, comme je l’ai dit, se distinguent par leur densité.

- les cycles pour voix et piano des années de guerre et d’après-guerre - en particulier Unter Sternen, op. 55 de 1941-43, Das stille Leuchten, op. 60 de 1946 et Das holde Bescheiden, op. 62 de 1947-49. C’est ici que s’intensifient les recherches formelles, harmoniques et prosodiques, dans l’atmosphère que j’ai essayé de décrire un peu plus haut (appréciation peut-être à nuancer, car sans doute en partie dépendante de interprétations tardives de Fischer-Dieskau, comme j’ai pu le constater en écoutant des versions de Trekel ou d’Hedwig Fassbaender).

● On ne saurait toutefois négliger les autres pans du corpus, où brillent aussi quelques pépites:

- de la musique de chambre, où me semblent se détacher deux admirables quatuors à cordes (dont David a dit à plusieurs reprises tout le bien qu’il pensait);

- des œuvres scéniques - et tout spécialement ce chef d’œuvre qu’est l’hyper-expressionniste Penthesilea de 1923-25 (déjà commenté dans le fil sur les postromantiques et décadents) et Vénus (merci à Greg Skywalker pour sa contribution!);

- des œuvres pour chœur (que je connais trop mal, mais dont Mélo avait dit beaucoup de bien en playlist, je crois: s’il veut nous en parler au lieu de se perdre dans les sables mouvants de l’audiophilie...);

- des œuvres avec orchestre, en particulier les trois concertos pour violon, pour violoncelle et pour cor (qui m’ont longtemps semblé moins frappants - mais sur les conseils de David j’ai réécouté avec beaucoup de plaisir celui pour violon; peut-être devrais-je aussi réévaluer les deux autres) et l’intermezzo pastoral Sommernacht, op. 58 de 1945 (assez réussi, mais d’un impressionnisme effusif qui n’est pas ce que je préfère).


Dernière édition par Benedictus le Lun 10 Juil 2017 - 17:23, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
greg skywalker
Mélomane averti
avatar

Nombre de messages : 304
Date d'inscription : 06/08/2010

MessageSujet: Re: Othmar Schoeck (1886-1957)   Lun 10 Juil 2017 - 7:28

Othmar Schoeck Venus Op. 32  (1922)   , opéra,  premier succès scénique d'Othmar , un hommage à la beauté .

Livret d'un ami d'enfance d'Othmar , Armin Rueger , un pharmacien ...  d'ailleurs , Busoni écrivit ironiquement "Schoeck manque quelques ingrédients que l'on trouvera vain à la pharmacie"...
l'origine du livret est une nouvelle de Prosper Mérimée, "La Vénus d'Ille" et un récit d'Eichendorff, "l'image de marbre".
L'intrigue ? Horace est un jeune bourgeois qui doit épouser Simone . Dans la  propriété de l'oncle d'Horace le Baron de Zarandelle, on retrouve une statue du Vénus . l'aura de la statue est tellement forte , le jeune homme perd tout controle ,il abandonne Simone et met l'alliance au doigt de la statue . Celle ci matérialise dans la fete du mariage . Horace  se jette dans les bras de Vénus et meurt.
Fantastique et érostime , et un coté Démoniaque . Tout pour plaire !  Very Happy

Coté Musique , Post-romantique assumé , une pointe de modernité , beaucoup de lyrique .
Schoeck écrit de sa Vénus : "La musique se consume langoureusement,tel un hommage à la beauté".


Acte I :

le début du premier acte est prometteur . Après une ouverture bien sage confié aux cordes ,magnifique duo entre Horace et Simone , très romantique et raffiné ,Schoeck soigne l'accompagnement de cordes  (on pense peu à verklärte nacht de Schonberg).
, des dialogues parlés-chantés  de Baron de Zarandelle le découvreur de la statue sont bien menés (on pense au prologue de Ariadne auf Naxos de Strauss, ou Busoni ) .
Par contre ,la  premier Acte s'achève un brin conventionnel , traitement des choeurs traditionnels , je suis un peu déçu .

Acte II : la fête
c'est mieux ! même raffinement, même parlés-chantés , l'orchestre s'anime , c'est la fête , plus de rythmes, les choeurs s'emballent.
Quand Horace met l'anneau à la statue , un changement s'opère vers une Atmosphère décadente ,fantastique . fin de l'acte par un interlude orageux

Acte III une rencontre fatale
même Atmosphère décadente jusqu'à la fin tragique .

Un regret important , les rôles  féminins , équilibrés au premier acte , inexistants au Troisième ( pas de rôle pour Venus !! et Simone tombe dans les pommes à la fin de II .... Mr.Red  )
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Benedictus
Mélomane chevronné
avatar

Nombre de messages : 3730
Age : 42
Localisation : De retour entre deux ou trois poudrières...
Date d'inscription : 02/03/2014

MessageSujet: Re: Othmar Schoeck (1886-1957)   Mer 30 Aoû 2017 - 16:44

Dans le fil Playlist, greg skywalker a écrit:
Schoeck Quatuor n°2   Amar quartett      
très classique , peu de traces de XXeme . j'aime le coté lancinant du premier mouvement . Merci à Benedictus d'avoir lister ce quatuor dans les oeuvres  intéressantes de Schoeck ( cf fil géneral Schoeck). thumright


greg skywalker a écrit:
Schoeck Besuch in Urach   Shirai/Holl    (dans :  Das Holde Bescheiden)
J'adore la version pour orchestre  (Harnisch/Berne/Venzago) I love you  , mais la version piano est extra ,la voix de shirai est  drunken  ( et d'autres lieder dans Das Holde Bescheiden valent le coup).
seul problème , doux euphémisme  : pas  de textes des lieder !! un comble Evil or Very Mad
L'original allemand se trouve chez Emily, mais les lieder n'y sont malheureusement pas tous traduits en français (et aucun dans les éditions «matérielles», que ce soit chez Claves ou chez Jecklin)... Neutral
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Othmar Schoeck (1886-1957)   

Revenir en haut Aller en bas
 
Othmar Schoeck (1886-1957)
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Othmar Schoeck
» Eric Coates (1886-1957)
» Philippe SCHOELLER (1957-)
» Vds Gibson LG1 sunburst 1957 : VENDUE
» Ray Charles (1957)

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Autour de la musique classique :: Musique classique :: Général-
Sauter vers: