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 Chostakovitch – Symphonies

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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Chostakovitch – Symphonies   Mar 12 Sep 2017 - 19:22

Je laisse à plus convaincu que moi le soin de proposer une présentation générale.

Quinze symphonies, qui font partie des grands corpus-étalons souvent enregistrés du XXe siècle, avec Nielsen, Sibelius, Prokofiev…

Je n'ai jamais été très touché moi-même : très sombre, mais sans avoir toujours de contrepartie formelle (ni même en densité), une impression nébuleuse et jamais très roborative.

Donc, si quelqu'un veut proposer un parcours, on peut l'inclure dans le message de tête…

--

Présentation des symphonies de Chostakovitch par Roupoil plus bas sur cette même page, cliquez ici.


Dernière édition par DavidLeMarrec le Mer 13 Sep 2017 - 19:23, édité 1 fois
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Chostakovitch – Symphonies   Mar 12 Sep 2017 - 19:27

C'est parti de là :

Chostakovitch – Symphonie n°9 – Atlanta SO, Levi (Telarc)
Bon, bon, ça s'écoute très bien, de la très jolie musique, mais je ne perçois décidément pas ce qu'il y a d'essentiel là-dedans. Et quand on se demande « à quoi ça sert », c'est en général mauvais signe. (Personne ne s'est jamais posé la question devant un LULLY, par exemple.)

Chostakovitch – Symphonie n°13 – Vinogradov, Liverpool RPO, V. Petrenko
Même problème, articulé un peu différemment : une belle cantate, mais tout m'y paraît identique… J'aime beaucoup, mais j'ai le sentiment d'attendre que ça commence pendant toute l'œuvre…

Xavier a écrit:
Pour la 9è, je suis bien d'accord: rien d'essentiel...

DavidLeMarrec a écrit:
Ah tiens, je croyais que ça faisait partie de celles que tu aimais, je l'ai justement mise pour te flatter vérifier…

J'espérais qu'avec l'habitude des langages plus complexes, je me convertirais lentement, mais c'est tout l'inverse, plus le temps passe et plus les symphonies de Chostakovitch (et même ses quatuors Shocked ) me révèlent certes plus clairement leurs articulations, mais sans que ça augmente du tout mon plaisir, au contraire (grosses coutures moches).
Très frustrant, vu l'abondante discographie avec laquelle il y a de quoi s'amuser.

Prokofiev, c'est différent, passé les trois premières, je le trouve agréable mais il ne m'impressionne pas beaucoup. La 5 en concert doit tout de même être très sympa.

Xavier a écrit:
Non, c'est clairement une des moins bonnes pour moi, avec la 3 et la 12, et éventuellement la 15.
Là c'est 95% de Chosta léger un peu ironique un peu grotesque, que je n'aime pas forcément, et pas tellement ici. (de la même manière que je n'aime souvent pas les ländler/scherzi de Mahler)

DavidLeMarrec a écrit:
Oui, j'ai été surpris (j'ai peu écouté les 8-13, et en tout cas pas depuis longtemps) d'entendre ce Chosta-là (qui va quand même au delà du seul grotesque léger, c'est pas la 6 non plus) dans une symphonie que je croyais te plaire. Tu conseillerais laquelle, alors ?

Roupoil a écrit:
Tiens, moi j'aime beaucoup la 9ème qui est effectivement ionique, mordante, légère (comparée à celles qui l'entourent !), très inspirée à mon sens dans chacun de ses mouvements même s'il y a plus consistant dans le cycle. Les meilleurs selon moi : 4 (expérimentale, c'est pas toujours réussi mais y a tellement de choses !), la 8 (symphonie de guerre vraiment sombre), la 10, la 11 (plus descriptive, peut-être ma préférée) et la 15 (mais là c'est nettement plus discutable, rien que pour la coda). Vu mes préférences personnelles, pas de 13 ou de 14 (chantées, et au moins pour la 14 vraiment éloignées du modèle symphonique classique) que certains mettraient sûrement aussi dans les incontournables.

Ravélavélo a écrit:
Pour ma part je reste profondément attaché à la Cinquième, la plus populaire sans doute, qui m'a fait connaître la musique de Chostakovitch. Mais ma préférence s'arrête aux deux premiers mouvements.
La Dixième est très représentative de l'oeuvre de Chostakovitch et possède une unité remarquable.

arnaud bellemontagne a écrit:
La 4 est l'aboutissement du corpus symphonique de Chosta AMHA.

Puis les 10-8-11-5 et 6

Le reste m'apparaît plus dispensable (1-2-3-7-9-12-15) ou moins typiquement symphonique (13 et 14).
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Chostakovitch – Symphonies   Mar 12 Sep 2017 - 19:35

Roupoil a écrit:
Tiens, moi j'aime beaucoup la 9ème qui est effectivement ionique, mordante, légère (comparée à celles qui l'entourent !), très inspirée à mon sens dans chacun de ses mouvements même s'il y a plus consistant dans le cycle. Les meilleurs selon moi : 4 (expérimentale, c'est pas toujours réussi mais y a tellement de choses !), la 8 (symphonie de guerre vraiment sombre), la 10, la 11 (plus descriptive, peut-être ma préférée) et la 15 (mais là c'est nettement plus discutable, rien que pour la coda). Vu mes préférences personnelles, pas de 13 ou de 14 (chantées, et au moins pour la 14 vraiment éloignées du modèle symphonique classique) que certains mettraient sûrement aussi dans les incontournables.

Moi aussi, j'aime beaucoup la 9, peut-être même celle que j'aime le plus avec la 5… mais ce n'est pas une musique que je ressens le besoin de réécouter, ni qui me remplit totalement lorsque je l'écoute. Difficile de faire plus stérilement subjectif que ça, je sais.

La 4 est extraordinaire, celle-là d'une densité est extraordinaire. Un peu trop sombre et intense pour écouter pendant mes loisirs, mais oui, ça c'est grand.

Je n'aime pas beaucoup la 15 (enfin, si, les parties de Rossini et Wagner, ça j'aime bien). Je réessaierai les autres.


Ravélavélo a écrit:
Pour ma part je reste profondément attaché à la Cinquième, la plus populaire sans doute, qui m'a fait connaître la musique de Chostakovitch. Mais ma préférence s'arrête aux deux premiers mouvements.
La Dixième est très représentative de l'oeuvre de Chostakovitch et possède une unité remarquable.

Oui, moi aussi je suis resté attaché à la 5, l'une des plus accessibles. Mais après l'avoir vu en concert et m'être vraiment cassé les pieds (certes, ce n'était pas bien dirigé), j'ai plus de mal à y retourner, comme si j'avais vu l'envers du décor (alors que ce n'est pas le cas, il y a plein de choses à entendre dans cette symphonie), c'est un peu dommage. Neutral
Et comme je suis un garçon superficiel, j'aime beaucoup le dernier mouvement.


arnaud bellemontagne a écrit:
Puis les 10-8-11-5 et 6

J'ai écouté le bon endroit du corpus mais juste à côté de celles que vous recommandez, donc. Laughing Zut.

Dans un genre comparable, je trouve la 9 plus substantielle que la 6 qui ne fait vraiment que babiller.


Citation :
Le reste m'apparaît plus dispensable (1-2-3-7-9-12-15) ou moins typiquement symphonique (13 et 14).

D'accord, la 7 est pénible, mais les premières sont assez impressionnantes, je trouve. Pas au point de me séduire, certes, mais remarquablement abouties, j'entends quelque chose de cohérent qui va de la 1 à la 4, disons.
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Chostakovitch – Symphonies   Mar 12 Sep 2017 - 19:52

Bon, ma contribution au débat (tirée d'un fil concert):
andika a écrit:
Le Scherzo de la deuxième me fascine [...]. J'ai l'impression que le vrai Mahler est dedans, tous ses sarcasmes, toute sa violence, tous ces timbres tordus, tout ce malaise, tout ce côté grotesque que j'adore. Il annonce vraiment les Chostakovich, Prokofiev et Stravinsky, c'est un vrai pont qui permet d'entrer dans ces compositeurs du 20ème siècle.
Benedictus a écrit:
À la décharge de Mahler, il faut tout de même dire que ça, il ne pouvait pas le deviner.
andika a écrit:
Certes mais dans mon parcours musical personnel, j'ai commencé à aimer les russes après en être passé par Mahler. C'est criant avec Chostokovich. J'avais assisté à un concert du LSO il me semble dirigé par Paavo Jarvi en juin 2014, je m'étais endormis pendant la 5ème de Chosta. Je l'ai réécouté après m'être vraiment intéressé à Mahler et je me demande encore aujourd'hui comment j'ai pu décrocher le jour du concert. Je ne me le pardonne pas d'ailleurs. Enfin, j'étais surtout parti écouter le Rach 3 ce jour là.
Benedictus a écrit:
C'est curieux, parce que, pour moi c'est l'inverse: je suis fan de Mahler depuis ma pré-adolescence, et j'ai l'impression que c'est ça qui m'a toujours empêché d'adhérer à Chostakovitch, malgré d'innombrables tentatives - justement parce que j'y entends, comme disait Pierrot, du «Mahler troisième pression à froid» (des trucs pompés chez Mahler, mais gris et aplatis, sans le génie mahlérien de la relance du discours ou des couleurs orchestrales).
Montfort a écrit:
C'est particulièrement injuste de parler de Chostakovitch - qui avait en effet une connaissance approfondie de l’œuvre de Mahler -  dans ces termes : c'est un symphoniste génial, notamment la V, la VII, la IX, la X...
Ces œuvres sont régulièrement jouées avec succès, et il y a pléthore d'enregistrements pour témoigner de leur beauté.
Benedictus a écrit:
J'ai essayé en concert (Bychkov, Inbal), je réessaye régulièrement au disque (Mravinsky, Kondrachine, Rojdestvenski, Mitropoulos, Haitink, Bernstein, Bychkov...) - mais non: je n'ai jamais réussi à me convaincre que Chostakovitch était un symphoniste génial (sauf dans la 13 et la 14, mais ce sont moins des symphonies qu'une cantate et un liederzyklus, non?) - alors que je le considère comme un compositeur génial de mélodies et de musique de chambre - ni à surmonter ce que j'en écris juste au-dessus.
Et je pense que j'aurai sans doute encore plus de mal à me convaincre de la beauté de ces symphonies (impressionnantes, poignantes, j'arrive à me représenter pourquoi - mais belles?) que du génie de symphoniste de Chostakovitch.
Montfort a écrit:
Chosta : dommage pour toi...
Je ne me suis pas intéressé à ce compositeur pendant longtemps - pas uniquement à cause du diktat de Boulez - la révélation est venu lors de concerts : la X par Haitink avec les Viennois, la IX par Jansons avec la Radio Bavaroise.
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Ravélavélo
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MessageSujet: Re: Chostakovitch – Symphonies   Mar 12 Sep 2017 - 19:54

C'est chouette aussi de ta part d'avoir transposé nos messages.
Merci David!
fleurs
Beaucoup de symphonies de Chostakovitch me restent inécoutées à ce jour.
Celles que je connais et apprécie:
Donc la Cinquième pour ses deux premiers mouvements, la Sixième pour sa forme inhabituelle, la Neuvième qui est vraiment tordante pour son humour, son côté burlesque et guignol, la Dixième pour son unité remarquable, surtout le troisième mouvement composé sur DSCH et le premier pour la beauté de son lent développement, la Onzième pour sa violence endiablée et la Treizième pour le côté lugubre et historique du premier mouvement et les ricanements du second. Dans une moindre mesure, je termine avec la Quatorzième pour son aspect innovateur et poétique puisqu'elle est composée sur des poèmes.


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Cello
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MessageSujet: Re: Chostakovitch – Symphonies   Mar 12 Sep 2017 - 20:15

DavidLeMarrec a écrit:
...

Quinze symphonies, qui font partie des grands corpus-étalons souvent enregistrés du XXe siècle, avec Nielsen, Sibelius, Prokofiev…

Je n'ai jamais été très touché moi-même : très sombre, mais sans avoir toujours de contrepartie formelle (ni même  ene densité), une impression nébuleuse et jamais très roborative.
...


ldem.  

Je n'ai essayé qu'une petite moitié du cycle et aucune ne m'a plu. Je les trouve univoques et superficielles, recyclant sans cesse les mêmes grosses ficelles.

Celles de Prokofiev, bien que non exemptes de défauts, sont nettement plus profondes, mémorables et variées.
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Xavier
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MessageSujet: Re: Chostakovitch – Symphonies   Mar 12 Sep 2017 - 20:18

DavidLeMarrec a écrit:
Oui, j'ai été surpris (j'ai peu écouté les 8-13, et en tout cas pas depuis longtemps) d'entendre ce Chosta-là (qui va quand même au delà du seul grotesque léger, c'est pas la 6 non plus) dans une symphonie que je croyais te plaire. Tu conseillerais laquelle, alors ?

Tu veux dire dans les 8-13?
Bah un peu toutes sauf la 9 et la 12.
La 8 est à peu près aussi sombre que la 4, mais moins bizarre peut-être, moins radicale. En tout cas une de mes favorites.
La 10 aussi pour les deux premiers mouvements, la suite est quand même moins géniale.
La 11 est particulière au sens où il ne se passe rien du tout pendant le premier mouvement (15 minutes), mais personnellement j'aime beaucoup cette attente.
Après il y a bien sûr le 2è mouvement très spectaculaire.
Ce n'est pas du tout une des plus modernes au niveau langage.
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Roupoil
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MessageSujet: Re: Chostakovitch – Symphonies   Mer 13 Sep 2017 - 10:40

Bon allez, je me lance :

Présentation générale des symphonies de Chostakovitch

Dmitri Chostakovitch (1906-1975) est l'une des figures majeures de la musique russe du vingtième siècle. Contrairement à plusieurs autres grands musiciens russes de la même période (Prokofiev, Stravinski), il passera l'intégralité de sa vie en Russie/URSS, entretenant des relations ambiguës et complexes avec le pouvoir en place qui se reflètent de façon plus ou moins évidente dans ses compositions. Au sein de son oeuvre imposante et très variée se distingue notamment son cycle de 15 symphonies, composées tout au long de sa vie et qui constituent l'un des derniers grands corpus de la symphonie "classique". En effet, si Chostakovitch a expérimenté au niveau de la forme dans certaines de ses dernières symphonies, leur langage reste résolument tonal et même passablement rétrograde pour l'époque à laquelle elles ont été composées (le compositeur s'essaiera à un langage musical nettement plus moderne dans certaines de ses oeuvres de musique de chambre de la même époque notamment). Assez curieusement, les symphonies les plus modernes ou expérimentales de Chostakovitch sont plutôt à rechercher parmi les premières oeuvres du corpus. Suit une présentation succincte de chacune de ces quinze symphonies. Un fil spécifique est dédié aux symphonies 2 et 3, et un autre à la symphonie n°4.

Symphonie n°1 en fa mineur (1925) : composée par un très jeune Chostakovitch qui cherche encore son style, cette première symphonie n'en est pas moins une oeuvre très maitrisée et déjà annonciatrice de certaines caractéristiques du style du compositeur (utilisation ironique des vents ou des cuivres notamment). D'une structure tout à fait classique en quatre mouvements et d'une durée d'environ une demi-heure, elle constitue une parfaite introduction au cycle et même plus généralement à l'oeuvre de Chostakovitch.

Symphonie n°2 'Octobre' en si majeur (1927) : dédiée au 10ème anniversaire de la révolution d'Octobre, cette oeuvre en un seul mouvement (un gros quart d'heure) faisant intervenir un choeur est nettement plus expérimentale que la Première, et constitue même une des expérimentations les plus curieuses de Chostakovitch. Toute la première partie (avant l'intervention du choeur) est dominée par un tapis de cordes qui évolue de façon essentiellement atonale et sans mélodie identifiable. C'est l'une des symphonies les moins jouées du cycle.

Symphonie n°3 '1er mai' en mi bémol majeur (1929) : dans la lignée de la précédente, une nouvelle symphonie patriotique avec choeur, mais dont le langage est tout de même nettement moins moderne, oscillant entre des passages expérimentaux rappelant la Deuxième et d'autres où on frise l'académisme. Elle est structurée en quatre mouvements, mais enchainés de façon à ne former qu'un tout légèrement plus long que pour la symphonie précédent (une petite demi-heure). Comme la Deuxième, elle reste l'une des symphonies les moins appréciées du compositeur.

Symphonie n°4 en ut mineur (1936) : on quitte la série des oeuvres de jeunesse ou expérimentales avec cette Quatrième symphonie unique et essentielle dans le cycle chostakovien (ça existe ce mot ?). L'histoire de cette symphonie est peu banale puisqu'elle a été écrite à une période où les tensions entre le compositeur et le régime deviennent de plus en plus manifestes, ce qui rend la composition de musique "moderne" difficle pour Chostakovitch. De fait, cette symphonie monumentale (près d'une heure, avec deux mouvements extrêmes très étirés, un effectif orchestral énorme) écrite "pour le tiroir" ne sera créée que 25 ans après son écriture, au début des années 60. Peut-être la plus post-mahlérienne des symphonies de Chostakovitch, c'est une oeuvre réellement impressionnante, avec des accès de violence et de désespoir saisissants. Une des oeuvres incontournables du cycle.

Symphonie n°5 en ré mineur (1937) : changement complet de cap avec cette Cinquième qui revient à une structure extrêmement classique (quatre mouvements, 40 minutes environ), mais aussi à un langage nettement simplifié par rapport à la précédente. Cette oeuvre est de fait caractéristique d'une certain "académisme volontaire" employé par Chostakovitch dans la plupart des oeuvres de cette période pour complaire au pouvoir, mais il n'en reste pas moins qu'il s'agit d'une oeuvre tout à fait personnelle comprenant de la très belle musique. Elle demeure d'ailleurs la symphonie la plus populaire du compositeur.

Symphonie n°6 en si mineur (1939) : plus courte que la précédent (environ une demi-heure, en trois mouvements dominés par le Largo initial qui couvre la moitié de la durée de l'oeuvre), et très contrastée avec son finale exhubérant, elle s'inscrit dans la continuité de la Cinquième mais n'en possède pas l'équilibre et la force malgré un très beau premier mouvement.

Symphonie n°7 'Leningrad' en ut majeur (1942) : première symphonie de guerre de Chostakovitch, la Septième est indissociable de son contexte historique, puisqu'elle a en partie du son succès immédiat à son utilisation comme symbole de la résistance russe et notamment de la ville de Leningrad (d'où le sous-titre associé). Musicalement, il s'agit d'une oeuvre assez clivante dans le corpus, dominée par un premier mouvement de 25 minutes (la symphonie elle-même est la plus longue du cycle, d'une durée totale d'environ 75 minutes) faisant intervenir une mélodie répétée en ostinato obsédant pendant une bonne dizaine de minutes. Il s'agit d'une sorte d'exacerbation du style de Chostakovitch : raillée par les détracteurs du musicien, elle sera aimée malgré ses défauts par ses défenseurs, même s'il ne s'agit objectivement pas d'un des sommets du cycle.

Symphonie n°8 en ut mineur (1943) : plus encore que la précédente, cette symphonie majeure est marquée par la guerre. D'une durée d'une heure environ (cinq mouvements dont un imposant premier), elle est extrêmement sombre et pessimiste, marquée entre autres par le dramatisme terrible du mouvement initial, et le caractère à la fois grotesque et brutal du troisième mouvement. Une expérience musicale forte et absolument incontournable.

Symphonie n°9 en mi bémol majeur (1945) : à la surprise générale (tout le monde attendait de Chostakovitch une nouvelle oeuvre gigantesque à la sortie de la guerre), cette Neuvième revient à un format beaucoup plus réduit (cinq mouvements mais une durée de 25 minutes), et surtout à un langage dominé par l'humour, très éloigné de celui des deux symphonies précédentes (et accessoirement des suivantes !). Une oeuvre réellement à part dans le cycle, qui alterne entre légèreté et ironie, il s'agit pour moi de l'une des plus intéressantes des 15 symphonies du compositeur (mais je sais que tout le monde ne sera pas d'accord Rolling Eyes ).

Symphonie n°10 en mi mineur (1953) : peut-être la plus équilibrée des symphonies du cycle (50 minutes environ pour une structure classique en quatre mouvements), cette Dixième est surtout la plus imposante et parfaite des symphonies de Chostakovitch d'un point de vue formel, dominée par le superbe Moderato initial, une arche d'une vingtaine de minutes totalement maitrisée de bout en bout. Le court allegro qui suit est d'une violence réjouissante, et l'intérêt ne faiblit pas dans les deux derniers mouvements de cette fresque qui constitue sans aucun doute l'un des monuments les plus représentatifs de l'ensemble du cycle.

Symphonie n°11 '1905' en sol mineur (1957) : nouveau changement de cap avec cette onzième symphonie qui, si elle conserve le même type de structure, s'essaye à la musique à programme (chaque mouvement porte un titre explicite) en évoquant (de façon purement instrumentale) le massacre d'une foule de manifestants à St-Petersbourg en 1905. En usant pourtant de moyens extrêmement simples (il ne se passe pratiquement rien dans tout le premier mouvement dominé par une belle mélodie représentant la foule des manifestants), Chostakovitch réussit une oeuvre absolument sublime, d'une émotion constante, que ce soit dans la violence du deuxième mouvement ou dans le désespoir de la déploration du troisième. Il s'agit là aussi d'une oeuvre absolument incontournable, et qui plus est extrêmement accessible même pour les plus réfractaires au style habituel du compositeur.

Symphonie n°12 '1917' en ré mineur (1961) : la petite soeur de la précédente, avec le même mélange de structure classique et de programme explicite. Mais tout ce qui fonctionnait à merveille dans la Onzième semble curieusement tourner à vide dans celle-ci, qui est très loin de produire le même effet sur l'auditeur. L'une des rares oeuvres du cycle à mon sens à réellement manquer d'inspiration.

Symphonie n°13 'Babi Yar' en si bémol mineur (1962) : Chostakovitch s'éloigne très nettement du modèle symphonique classique avec cette Treizième faisant intervenir un choeur et surtout un chanteur soliste, sur des poèmes d'Evgueni Evtouchenko évoquant l'antisémitime. La création de l'oeuvre fut d'ailleurs compliquée à mettre en place, mais elle s'imposa rapidement comme une oeuvre majeure de son auteur. À part dans son corpus symphonique par l'utilisation de la voix, elle partage tout de même beaucoup de caractéristiques des grandes oeuvres qui la précèdent, notamment l'aternance de passages désolés (le premier mouvement) et d'autres beaucoup plus mordants et ironiques (le deuxième mouvement par exemple).

Symphonie n°14 en sol mineur (1969) : on s'éloigne encore plus résolument de la symphonie classique avec cette oeuvre qui consitue en fait un cycle de lieder (sur des poèmes de Lorca, Appolinaire, Küchelbecker et Rilke) pour voix, orchestre à cordes et percussion. Cette oeuvre très pessimiste fait partie des plus belles écrites par Chostakovitch, mais peut difficilement être considérée comme une réelle symphonie et joue, encore plus que la précédente, un rôle très isolé au sein du cycle.

Symphonie n°15 en la majeur (1971) : pour la conclusion du cycle, Chostakovitch revient à une forme très classique (quatre mouvements, 40 minutes) pour une oeuvre extrêmement mystérieuse. Utilisation parcimonieuse de l'orchestre (on est très loin des masses sonores des symphonies de milieu de cycle), nombreuses citations (de Rossini et Wagner entre autres), on est partagés entre l'impression que cette musique ne sait pas trop ce qu'elle a envie de nous dire et qu'elle est en même temps consciente de constituer l'aboutissement d'un cycle, et peut-être même d'un style de musique, notamment dans l'extraordinaire coda du dernier mouvement. Pour moi, il s'agit d'une musique sublimement incompréhensible, mais ce n'est clairement pas la porte d'entrée la plus facile dans le monde des symphonies de Chostakovitch !

En résumé, un cycle absolument majeur de symphonies du 20ème siècle, à compléter (si on aime) par son pendant, le cycle des quinze quatuors à cordes, où on trouve un Chostakovitch parfois plus personnel ou plus expérimental (dans la fin de sa vie du moins) que dans celui des symphonies.
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arnaud bellemontagne
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MessageSujet: Re: Chostakovitch – Symphonies   Mer 13 Sep 2017 - 16:38

Cello a écrit:
DavidLeMarrec a écrit:
...

Quinze symphonies, qui font partie des grands corpus-étalons souvent enregistrés du XXe siècle, avec Nielsen, Sibelius, Prokofiev…

Je n'ai jamais été très touché moi-même : très sombre, mais sans avoir toujours de contrepartie formelle (ni même  ene densité), une impression nébuleuse et jamais très roborative.
...


ldem.  

Je n'ai essayé qu'une petite moitié du cycle et aucune ne m'a plu. Je les trouve univoques et superficielles, recyclant sans cesse les mêmes grosses ficelles.

Celles de Prokofiev, bien que non exemptes de défauts, sont nettement plus profondes, mémorables et variées.

Chostakovitch pratique une sorte d'art brut au matériau parfois mal dégrossi. Souvent criarde, abrasive, obsessionnelle, neurasthénique et volontiers persifleuse, son esthétique fait montre à mon sens d'une urgence, d'un souffle et d'une vraie portée émotionnelle. Autrement dit, Chostakovitch c'est fait de bric et de broc et à la va comme je te pousse, mais ça (me) parle intensément. Ce qui explique pourquoi j'ai un peu envie d'inverser les termes de ton assertion: je trouve Prokofiev plus raffiné, plus varié et plus travaillé que Chostakovitch, mais plus gratuit, moins profond et plus superficiel. Le problème, c'est que c'est très malaisé à démontrer ce (mon) sentiment que Chostakovitch dit des choses bien plus essentielles que Prokofiev... bounce
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andika
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MessageSujet: Re: Chostakovitch – Symphonies   Mer 13 Sep 2017 - 17:06

J'avais lu ce papier sur Res Musica qui m'a donné très envie d'écouter toutes ses symphonies. Personnellement, je ne connais que la 5 que j'ai écoutée d'une oreille en concert puis que j'ai écouté de nouveau à de nombreuses reprises. Le final avec ces innombrables La, La, La me fait fondre à chaque fois. C'est d'une puissance émotionnelle mais en sous texte une telle critique du régime soviétique. J'aimerais bien retourner 3 ans en arrière et revivre ce concert avec une pleine et entière attention !
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Chostakovitch – Symphonies   Mer 13 Sep 2017 - 22:49

Merci pour ce panorama limpide Roupoil !  J'ai mis le lien direct en tête de fil.

Suite à vos recommandations unanimes, j'ai mis la 10 ce soir (Cleveland-Dohnányi, pour régler le soupçon de la version insatisfaisante), et en effet, c'est terriblement dense. Pas si sombre que ça d'ailleurs (peut-être aussi l'effet des couleurs de Cleveland ?), une grande variété de climats, mais très cohérente, n'abusant pas des tournures alla Sciosta, et même de très beaux moments de poésie (la clarinette solo dans le dernier mouvement !).

Vraiment un petit bijou que j'ai aimé sans réserve, alors que même la 4 et la 5 me paraissent un peu trop chostakovitchisées pour me séduire en permanence.

Étonnant qu'on la joue aussi peu en concert (mais il est vrai qu'on joue surtout la 5 de toute façon… même les célèbres 4-7-14 ne sont pas très souvent programmées, j'ai l'impression – peut-être en Russie, où je ne suis pas bien la programmation et où j'ai régulièrement des surprises ?), même si elle est objectivement longue.
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MessageSujet: Re: Chostakovitch – Symphonies   Sam 16 Sep 2017 - 17:19

Je n'avais pas écouté la Quatrième depuis des années. Très déçu : en réalité, j'entends surtout de la veine mélodique, peu d'informations simultanées même si c'est harmoniquement aventureux. Pas du tout aussi radical et furieux que l'impression qui m'était restée (une sorte de Mtsensk en plus résolument méchant, et sans le – relatif – lyrisme).

J'aime bien le dernier mouvement, mais je trouve que ça prend vraiment son temps, une idée à la fois.
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MessageSujet: Re: Chostakovitch – Symphonies   Sam 16 Sep 2017 - 17:48

Tu l'as écouté par Kondrachine ?
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Chostakovitch – Symphonies   Sam 16 Sep 2017 - 17:52

Oui, manière de mettre tous les atouts de mon côté. Interprétation remarquable, lisible, vivante, colorée, ce n'est pas la question.

Au demeurant, j'ai trouvé ça plus écoutable, moins intense que la dernière fois, assez agréable même… mais par rapport à tous les symphonistes mineurs que j'écoute, j'ai trouvé ça moins urgent que la plupart d'entre eux (plus que Glazounov quand même, hein, faut pas pousser non plus).

Je suis curieux de réécouter la Première à aune, que j'avais aussi trouvée très sombre et intense.
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MessageSujet: Re: Chostakovitch – Symphonies   Sam 16 Sep 2017 - 18:09

Bravo pour ce panorama concis et évocateur, Roupoil!
Pour un peu, tu me donnerais presque envie de les réécouter. (Enfin, pas tout de suite, j'ai encore d'autres cycles de symphonies moches à écluser avant ça - d'abord celles de Maxwell Davies et celles de Nørgård.)
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Bruno Luong
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MessageSujet: Re: Chostakovitch – Symphonies   Sam 16 Sep 2017 - 18:39

DavidLeMarrec a écrit:

Je suis curieux de réécouter la Première à aune, que j'avais aussi trouvée très sombre et intense.

J'adore la 1ere. L'orchestration est originale sans chargée mais qui fait son effet.
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