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 Opéra de Marseille 2017-2018

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Octavian
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MessageSujet: Opéra de Marseille 2017-2018   Jeu 5 Oct 2017 - 16:20

Le Dernier Jour d'un condamné (2007), de David Alagna

Direction : Jean-Yves Ossonce. Mise en scène : Nadine Tuffaut. Avec : Roberto Alagna, Adina Aaron.


Un aparté pour commencer. Par sa programmation comme par sa politique tarifaire, l'Opéra de Marseille entretient soigneusement depuis des lustres un "cœur de cible" qu'il serait tentant de qualifier d'un peu bourgeois, et en tout cas très majoritairement intéressé par l'écoute de noms connus dans un répertoire traditionnel, de préférence italien. Mais — je ne sais pas s'il faut y voir un signe de prise de conscience qu'à force de ne pas renouveler ce public, celui-ci va en s'affinant avec les ravages de l'âge siffle — depuis peu, il semble bien qu'on puisse observer des velléités de moins en moins timidement marquées de diversifier les programmes au-delà de Rossini, Bellini, Donizetti, Verdi et Puccini qui en occupaient auparavant chaque année les neuf dixièmes (occasionnellement assistés de Leoncavallo, Mascagni ou Ponchielli pour varier un peu). Cette année, je ne sais quel coup de folie, quelle révolution a frappé : les Italiens sont réduits à la moitié de la programmation, et dans ce qui prend place en contrepartie, ce n'est pas même une œuvre contemporaine qui se retrouve à l'affiche (ce qui relève déjà de l'anomalie : quand en 2015 Roland Hayrabedian et Musicatreize avaient créé La Digitale de Juan Pablo Carreño, ils ne l'avaient pas fait à l'Opéra, mais 700 mètres plus loin, au Théâtre de la Criée !), — mais deux, L'Ombre de Venceslao de Matalón étant attendue pour novembre. Shocked

Ceci m'a valu de récolter, en laissant traîner mes oreilles à l'entracte (parce que oui, accessoirement, ils se sont débrouillés pour caser un entracte dans une œuvre d'une heure et demi : il y a des enragés de la coupette de champagne...!), quelques commentaires folkloriques, dont un relativement attendu "Mais on ne peut pas appeler ça de la musique !" suivi d'un rire satisfait (déjà mentionné en fil Playlist), et un plus inattendu "Ça me rappelle un peu trop Poulenc (sic) et moi j'aime pas trop Poulenc...". Remarques qui ont achevé de me convaincre qu'il fallait vraiment que je me prenne des places pour le Matalón, qui devrait a priori défriser autrement plus sévère que la partition d'Alagna, dans le pire des cas rien que pour pouvoir écouter les commentaires, ça va être fun.

Dans un registre moins... "musical" pour ne rien dire de son caractère modérément sympathique, on notera aussi, pendant la représentation, plusieurs de "nos anciens" (dont deux vioques de la rangée devant moi), qui ont tenu à s'inscrire en faux contre des applaudissements pour faire savoir bien haut leur position POUR la peine de mort, ce qui, dans l'état actuel de mes réflexions, me laisse envisager trois raisons possibles à leur présence :
  1. elles étaient venu reluquer écouter Alagna, peu importe ce qu'il chanterait, ç'aurait pu être du Puccini, du Wagner, du tango, la B.O. du Parrain ou la recette des crêpes suzettes, et elles n'avaient même pas regardé le titre de l'œuvre ;
  2. c'étaient des agents provocateurs envoyés par l'extrême-droite ; ou
  3. elles étaient venues dans l'idée de se régaler d'une heure et demi des tourments bien mérités de ce salaud de condamné, en mode torture porn musical. Ce qui soit dit en passant, et après tout ça je vais enfin en venir à parler de l'opéra lui-même, n'est pas la moins perturbante des hypothèses car même si clairement l'optique qui a présidé à sa création est toute autre.... il n'est peut-être pas exclu pour autant qu'elle permette ça, aussi.


S'inspirant du texte bien connu de Hugo, dont il me semble tout de même permis de douter que la finesse soit la qualité première (et je dis ça en tant qu'hugolâtre assumé), l'opéra scinde, en même temps que l'espace scénique, le monologue initialement existant, entre le condamné "original", promis à la guillotine, et une condamnée, noire, d'aujourd'hui, en attente d'injection létale. En résulte une heure et demi de dolorisme sur-surligné, entre ressassement de l'angoisse de la mort et vexations diverses subies, grosso modo, de la part de tous ceux qui passent par là, des gardiens aux bourreaux en passant par les autres prisonniers, huissier, aumôniers, etc. (Encore que les choses se passent, bizarrement, assez nettement mieux pour la prisonnière d'aujourd'hui ; la comparaison entre les deux prêtres est symptomatique de cela ; je ne sais pas s'il faut y voir un message ?...).

Là-dessus, David Alagna a composé une partition orchestrale qui évoque, me semble-t-il, quelque chose qui serait de l'ordre d'un Korngold (mais peut-être pas le meilleur Korngold), tandis que les lignes vocales sont un-peu-plus-typées-"contemporain"-mais-point-trop-n'en-faut.

À ce propos... il est quand même terrible de se dire que dans le rôle-titre d'un opéra dont il a impulsé le projet même, dont il a co-signé le livret, dont la partition a été écrite pour lui par son propre frère... Roberto Alagna se débrouille pour chanter à côté de la plaque. Comparé aux autres interprètes sur scène (et notamment Adina Aaron dont le rôle est tout aussi important, et qui faisait preuve de beaucoup plus de retenue et de justesse), lui rajoutait de façon très audible roucoulements et trémolos comme s'il jouait Rodolfo, ce dont la partition n'avait absolument pas besoin, au contraire. Quant à son jeu d'acteur, la moitié consistait à se jeter contre la porte du cachot dès qu'il avait fini de chanter sa ligne.

Comme si le livret univoque et mélodramatique, la tendance "hollywoodienne" de la partition, et les problèmes d'hyperglycémie vocale de l'interprète principal ne suffisaient pas, il faut encore évoquer la mise en scène (a priori toujours la même depuis la création de l'œuvre) qui en rajoute encore sans guère de retenue dans la dramatisation, option figuralisme naïf.

Parfois, ça en devient involontairement drôle, ce qui... un peu problématique, dans le contexte : Nadine Tuffaut semble ne pas avoir tout compris du concept de "quatrième mur", ce qui nous vaut un Alagna faisant le tour des trois parois figurées de sa cellule, puis, face au public, se déplaçant en crabe les mains devant lui, quand il chante sur l'oppression de "ces quatre murs de pierre" ; ou plus tard, montant sur une chaise et mettant les mains devant son visage comme s'il tenait les barreaux d'une fenêtre, le temps d'un aria.

Et parfois, cela devient vraiment gênant. Le condamné chante qu'il laisse derrière lui une mère, une femme, et une enfant, et les trois figurantes défilent sur l'avant-scène. La fillette, vêtue de blanc, comme il se doit, avec une poupée, s'attarde, rejointe par la fillette identique de la condamnée moderne. Plus tard, à l'intermezzo, on a droit à une projection vidéo où elle gambade dans les herbes en descendant une colline façon générique de La Petite Maison dans la prairie ( Shocked ). Et dans les derniers instants, après qu'à grands renforts d'éclats orchestraux les foules vociférantes ont emmené au supplice les deux condamnés hurlant (les frères Alagna ont dû trouver Hugo bien pusillanime d'avoir arrêté son texte plus tôt), les deux gamines surgissent en courant pour aller s'étaler devant leurs parents morts — la lumière reste sur elles tandis que le reste du plateau s'éteint.  Confused

Dans l'ensemble, l'œuvre n'est pas forcément nulle. Un peu vide musicalement, mais pas nécessairement déplaisante (et je ne suis, faut-il le préciser, pas de ceux qui considèrent qu'être déplaisant est une condition sine qua non de réussite dans le registre contemporain). Sur sa moitié de scène, Adina Aaron en défendait plutôt bien le potentiel intéressant. Bien interprété, sans avoir la nécessité d'en faire trop (et à mon avis, plutôt même en évitant autant que possible...), cet opéra a quelques bons atouts pour rendre en musique le caractère tourmenté du texte de Hugo et faire passer les émotions liées à son sujet, avec quelques passages véritablement poignants. Peut-être pas au point de mériter les trois enregistrements commercialisés distincts + une captation télé dont il a d'ores et déjà joui en dix ans d'existence, quand tant d'autres œuvres, et des plus que valables, sont condamnées à l'obscurité après la fin des représentations, mais tout de même.

Malheureusement, l'ensemble de la mise en scène et la majorité de l'interprétation vocale, Alagna en tête, tiraient ce Dernier Jour d'un condamné vers ce qui me semble être ces plus mauvais penchants : une tendance lourde, mais alors vraiment très lourde, au démonstratif, au risque même (c'est Mlle von Faninal qui a mis le doigt dessus) du kitsch. La Ligne verte de Frant Darabont, à côté, c'est du Rohmer. Personnellement, je ne suis pas convaincu que ce soit la meilleure façon de défendre le message — à supposer qu'il y ait nécessité d'un opéra à délivrer ce genre de message, ce qui est encore un autre débat.


Épilogue. Un peu plus tard, au moment d'aller me coucher, comme sous l'effet d'une soudaine piqûre de l'éclair de génie traversant sans regarder entre mes deux oreilles sous la robe austère de la justice (et ce que mes oreilles pouvaient bien ficher là, ça ne vous regarde pas, bande de galopins), j'ai brusquement pris conscience de ce à quoi cet opéra ne m'avait PAS fait penser pendant toute la représentation. À un autre opéra, de 1985 celui-là, que j'ai pu découvrir l'an dernier lors de mon séjour à Nancy ; également assez court, il présente, lui aussi, les derniers moments et les pensées de deux protagonistes, un homme et une femme, dans leurs cellules, avant leur mise à mort. Par-delà la similarité des dispositifs, la musique en est beaucoup plus moderne et plus travaillée, le livret d'une qualité littéraire assez clairement supérieure, l'approche générale beaucoup plus dans la retenue et la sobriété, et au final il me semble beaucoup plus touchant. Vous aurez peut-être reconnu Die Weiße Rose (La Rose blanche) d'Udo Zimmermann, consacré à l'exécution par les nazis des frère et sœur Hans et Sophie Scholl, jeunes résistants allemands catholiques. Et Le Dernier Jour d'un condamné de David Alagna me paraît soudain, rétrospectivement, en être la complète antithèse.
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Octavian
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MessageSujet: Re: Opéra de Marseille 2017-2018   Jeu 5 Oct 2017 - 16:21


DavidLeMarrec a écrit:
Polyeucte a écrit:
(et bon courage pour le Dernier jour Mr.Red)

C'est pas si horrible que ça quand même. Un peu de verbiage, un peu sirupeux aussi, mais il y a vraiment de jolies influences début XXe à l'orchestre, ce n'est pas non plus du sous-Puccini passé à la lessiveuse de Francis Lopez.

Assez d'accord dans l'ensemble, en fait. Mais "pas si horrible" reste assez loin de génial, évidemment — et les créateurs (rôle-titre et mise en scène) ont vraiment l'art de tirer le moins bon de cette partition, à mon goût.


DavidLeMarrec a écrit:
Pour le Condamné, dans le genre du néo-opéra français, Fanny et Marius (de V. Cosma) était vraiment réussi.


Je me permets de ne pas partager cet avis. Franchement... non. Juste non. Laughing

Et le pire, c'est que je ne sais pas d'où ça vient, mais avant de revérifier un peu à quoi ce Condamné ressemblait histoire de voir si je prenais tout de même des places ou pas, j'étais resté sur le sentiment d'une musique qui n'allait vraiment pas DU TOUT avec le roman de Hugo, et je me suis rendu compte que, je ne sais trop comment, dans ma tête j'avais fait un amalgame entre ça et Fanny et Marius. Shocked hehe


DavidLeMarrec a écrit:
Le Condamné, je suis plus mitigé, mais c'est bien de tenter d'écrire et de produire de nouveaux opéras qui ne soient pas des histoires de pédophiles carinthiens joués par des hologrammes cernés par de la musique acousmatique ouverte.

Laughing Je vois que tu n'as rien perdu de ton sens de la formule... ni de ton sens particulier de la mesure.

Enfin bon... on est quand même sur une heure et demi de rumination de la mort à venir, de cris et de récriminations. On doit assez facilement pouvoir trouver moins glauque dans la production actuelle d'opéra.
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Polyeucte
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MessageSujet: Re: Opéra de Marseille 2017-2018   Jeu 5 Oct 2017 - 17:19

Merci pour ce retour! Very Happy ça me donnerait presque envi de voir la production ça! hehe
Bon, presque et plus par curiosité perverse! Pour voir Alagna faire le mime et se suspendre à sa grille fantôme! Mr. Green

(oui, je suis mauvais... Twisted Evil )

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Benedictus
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MessageSujet: Re: Opéra de Marseille 2017-2018   Jeu 5 Oct 2017 - 17:24

Octavian a écrit:
DavidLeMarrec a écrit:
Le Condamné, je suis plus mitigé, mais c'est bien de tenter d'écrire et de produire de nouveaux  opéras qui ne soient pas des histoires de pédophiles carinthiens joués par des hologrammes cernés par de la musique acousmatique ouverte.
Laughing Je vois que tu n'as rien perdu de ton sens de la formule... ni de ton sens particulier de la mesure.
Au sujet de David en général, c'est vrai, mais sur ce coup-là, pas tant que ça, en fait: je crois que, pour ce qui est du livret, c'était plus ou moins ainsi que se présentait le dernier projet d'opéra d'Olga Neuwirth.

Au demeurant, pour ce qui est du sens de la formule, tu viens de prouver que tu n'es pas en reste non plus...

Octavian a écrit:
Enfin bon... on est quand même sur une heure et demi de rumination de la mort à venir, de cris et de récriminations. On doit assez facilement pouvoir trouver moins glauque dans la production actuelle d'opéra.
Heu... vraiment? Tu as des titres, là?
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Octavian
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MessageSujet: Re: Opéra de Marseille 2017-2018   Jeu 5 Oct 2017 - 19:20

Polyeucte a écrit:
Merci pour ce retour! Very Happy ça me donnerait presque envi de voir la production ça! hehe
Bon, presque et plus par curiosité perverse! Pour voir Alagna faire le mime et se suspendre à sa grille fantôme! Mr. Green

(oui, je suis mauvais...  Twisted Evil )

Il y a un DVD sorti il y a quelques années, j'imagine que ça s'y retrouve. Mr. Green

Benedictus a écrit:
Octavian a écrit:
DavidLeMarrec a écrit:
Le Condamné, je suis plus mitigé, mais c'est bien de tenter d'écrire et de produire de nouveaux  opéras qui ne soient pas des histoires de pédophiles carinthiens joués par des hologrammes cernés par de la musique acousmatique ouverte.
Laughing Je vois que tu n'as rien perdu de ton sens de la formule... ni de ton sens particulier de la mesure.
Au sujet de David en général, c'est vrai, mais sur ce coup-là, pas tant que ça, en fait: je crois que, pour ce qui est du livret, c'était plus ou moins ainsi que se présentait le dernier projet d'opéra d'Olga Neuwirth.

Ouch ! Ah-oui-quand-même.... Je savais bien que je faisais bien de garder mes distances avec Neuwirth, j'ai bien trop peur pour mes oreilles.

(J'ai tenté à plusieurs reprises d'écouter sa version de Lost Highway et..... disons que je vais rester fidèle au film.)


Benedictus a écrit:
Au demeurant, pour ce qui est du sens de la formule, tu viens de prouver que tu n'es pas en reste non plus...

Merci. Smile


Benedictus a écrit:
Octavian a écrit:
Enfin bon... on est quand même sur une heure et demi de rumination de la mort à venir, de cris et de récriminations. On doit assez facilement pouvoir trouver moins glauque dans la production actuelle d'opéra.
Heu... vraiment? Tu as des titres, là?

Ben, tout de même...

Je ne suis pas extrêmement fan de l'esthétique (quoique j'imagine assez bien que ça doit être beaucoup plus jouissif en scène qu'au disque), mais déjà : The Importance of Being Earnest de Gerald Barry (2013), d'après la comédie d'Oscar Wilde. Probablement ce que tu trouveras de plus dynamique et déjanté dans le registre.

Ensuite, je pense spontanément à Song From the Uproar de Missy Mazzoli (2012), sur la vie aventureuse d'Isabelle Eberhardt. Assez exaltant.

Written on Skin de Benjamin (2012), c'est quand même centré sur un personnage féminin qui s'initie à la fois à la lecture et au plaisir... même si ça finit très mal.

Les opéras de Saariaho : L'Amour de loin, Émilie, La Passion de Simone... d'accord on ne confond pas ça avec du Offenbach, mais ça n'a rien de glauque.

Parmi ceux de Péter Eötvös, Lady Sarashina et son adaptation de De l'amour et autres démons de García Márquez (tous les deux en 2008) ; dans le deuxième cas là encore l'intrigue n'est pas forcément la plus gaie qui soit (et dans les deux cas je ne dirai rien de l'intérêt musical, c'est pas le sujet siffle ), mais pareil.

Ceux de Boesmans : Reigen, Wintermärchen, Julie, Yvonne princesse de Bourgogne, Au monde, Pinocchio... pour certains aspects de certains d'entre eux on peut discuter... mais on reste quand même a priori au-dessus des eaux des "pédophiles carinthiens" ou de l'heure et demi de "je compte les heures avant mon exécution" ! (Yvonne est le plus burlesque, même si c'est aussi le moins réussi musicalement, dommage.)

The Tempest de Thomas Adès (2002), dans la veine fantastico-shakespearienne.

J'en oublie et en ignore plus que probablement.
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Opéra de Marseille 2017-2018   Jeu 5 Oct 2017 - 19:58

Octavian a écrit:
Benedictus a écrit:
Octavian a écrit:
On doit assez facilement pouvoir trouver moins glauque dans la production actuelle d'opéra.
Heu... vraiment? Tu as des titres, là?
Ben, tout de même...
Je ne suis pas extrêmement fan de l'esthétique (quoique j'imagine assez bien que ça doit être beaucoup plus jouissif en scène qu'au disque), mais déjà : The Importance of Being Earnest de Gerald Barry (2013), d'après la comédie d'Oscar Wilde. Probablement ce que tu trouveras de plus dynamique et déjanté dans le registre.
Ensuite, je pense spontanément à Song From the Uproar de Missy Mazzoli (2012), sur la vie aventureuse d'Isabelle Eberhardt. Assez exaltant.
Connais pas. Ça ressemble à quoi, côté esthétique et langage?

Octavian a écrit:
Written on Skin de Benjamin (2012), c'est quand même centré sur un personnage féminin qui s'initie à la fois à la lecture et au plaisir... même si ça finit très mal.
Les opéras de Saariaho : L'Amour de loin, Émilie, La Passion de Simone... d'accord on ne confond pas ça avec du Offenbach, mais ça n'a rien de glauque.
Possible. J’avais surtout été frappé par l’exceptionnelle efficacité dormitive de Written on the Skin et L’Amour de loin.

Octavian a écrit:
Parmi ceux de Péter Eötvös, Lady Sarashina et son adaptation de De l'amour et autres démons de García Márquez (tous les deux en 2008) ; dans le deuxième cas là encore l'intrigue n'est pas forcément la plus gaie qui soit (et dans les deux cas je ne dirai rien de l'intérêt musical, c'est pas le sujet siffle ), mais pareil.
Traumatisé par les Trois Chapons, je m’étais prudemment abstenu de ce côté-là. (Et puis le nom de García Márquez risque de n’avoir sur moi qu’un effet incitatif assez limité...)

Octavian a écrit:
Ceux de Boesmans : Reigen, Wintermärchen, Julie, Yvonne princesse de Bourgogne, Au monde, Pinocchio... pour certains aspects de certains d'entre eux on peut discuter... mais on reste quand même a priori au-dessus des eaux des "pédophiles carinthiens" ou de l'heure et demi de "je compte les heures avant mon exécution" ! (Yvonne est le plus burlesque, même si c'est aussi le moins réussi musicalement, dommage.)
Je ne connais que Reigen et Julie: certes, c’est d’une glauquitude moins emphatique que des histoires de pédophiles carinthiens; il n’empêche que je ne recommanderais pas non plus forcément Strindberg ou Schnitzler pour un spectacle de patronage.

Octavian a écrit:
The Tempest de Thomas Adès (2002), dans la veine fantastico-shakespearienne.
En effet, pas le Shakespeare le plus méchant, et Adès est en général assez gentil. (Mais je n’ai pas écouté.)
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Parsifal
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MessageSujet: Re: Opéra de Marseille 2017-2018   Jeu 5 Oct 2017 - 20:49

Octavian a écrit:

S'inspirant du texte bien connu de Hugo, dont il me semble tout de même permis de douter que la finesse soit la qualité première

non  Mr. Green
L’intérêt du texte de Hugo c'est que malgré l'usage "civique" qu'on en fait a l'école (dans mon cas ce ne fut vraiment qu'un prétexte a un débat pénible, je pèse mes mots, sur la peine de mort pour ou contre), si on veut bien oublier le combat abolitionniste de Hugo et lire le texte pour lui même on se rend bien compte que c'est tout sauf un tract militant (en tout cas pas directement et pas franchement, au contraire de l’insupportable Claude Gueux) mais surtout une plongée dans une conscience a l'approche de la mort. Ce qui me frappe dans ce texte c'est quand même une certaine sécheresse, un style simple, presque blanc, ou s'exprime les sensations et émotions contradictoires du condamné entre indifférence, angoisse et espoir. Le texte est émotionnel mais finalement fait assez peu appel (voir pas du tout) au mélodrame rien n'est expliqué, rien de spectaculaire n'arrive, il s'agit juste d'une conscience mise à nue à la veille de son anéantissement totale.
Évidemment Hugo en présentant ce récit a la première personne entendait mettre a nu le scandale de la peine de mort, mais même si c'est son objectif, ça ne me parait pas être le cœur d'un texte plus existentiel que politique (les textes militants ce sont les préfaces).

Du coup même si tu semble trouver ça pas trop désagréable cet opéra me fait quand même assez peur parce que vue ce que tu en dit ça me parait aux antipodes de tout ce qui fait l’intérêt et ne t'en déplaise la finesse du récit de Hugo.
Tapageur, démonstratif, mélodramatique, spectaculaire, rien de tout  cela ne correspond a mon expérience de lecture du Dernier jour d'un condamné, j'espérais naïvement que le livret reprennent au moins partiellement le texte original mais il semble qu'il n'en soit rien vue ce que tu en dit...



Sinon c'est quoi un pédophile carinthien?
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Opéra de Marseille 2017-2018   Jeu 5 Oct 2017 - 21:01

Parsifal a écrit:
Sinon c'est quoi un pédophile carinthien?
La Carinthie (Kärnten en allemand, capitale: Klagenfurt) est un Land autrichien, situé à la frontière slovène, essentiellement rural et conservateur (je veux dire: encore plus rural et conservateur que les autres), et qui fut le bastion électoral de Jörg Haider. Beaux paysages, au demeurant.
Sinon, la Carinthie a aussi donné le jour à quelques écrivains (Robert Musil, Ingeborg Bachmann, Peter Handke).
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lulu
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MessageSujet: Re: Opéra de Marseille 2017-2018   Jeu 5 Oct 2017 - 21:15

c’est pas du tout le dernier, au fait, c’est juste que David aime bien entretenir ses obsessions et répéter les même anecdotes.

et si Lost Highway n’a pas beaucoup de musique [normal pour un opéra, cela dit], Bählamms Fest est très bien, na !
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Octavian
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MessageSujet: Re: Opéra de Marseille 2017-2018   Jeu 5 Oct 2017 - 22:00

Benedictus a écrit:
Octavian a écrit:
Benedictus a écrit:
Octavian a écrit:
On doit assez facilement pouvoir trouver moins glauque dans la production actuelle d'opéra.
Heu... vraiment? Tu as des titres, là?
Ben, tout de même...
Je ne suis pas extrêmement fan de l'esthétique (quoique j'imagine assez bien que ça doit être beaucoup plus jouissif en scène qu'au disque), mais déjà : The Importance of Being Earnest de Gerald Barry (2013), d'après la comédie d'Oscar Wilde. Probablement ce que tu trouveras de plus dynamique et déjanté dans le registre.
Ensuite, je pense spontanément à Song From the Uproar de Missy Mazzoli (2012), sur la vie aventureuse d'Isabelle Eberhardt. Assez exaltant.
Connais pas. Ça ressemble à quoi, côté esthétique et langage?

The Importance of Being Earnest : euhh.... primesautier  Mr. Green ... dans le sens où les notes et les voix sautent un peu partout tout le temps. hehe
Ici la bande-annonce de la tournée anglaise (après création scénique à Nancy puis nouvelle production au ROH.)

Song from the Uproar : plutôt une veine minimaliste pour le fond, assez chantant, avec contamination occasionnelle par d'autres styles.
Ici la bande-annonce de la création new-yorkaise.

Les deux se trouvent au disque (le Barry avec Barbara Hannigan au casting et Thomas Adès à la baguette).


Benedictus a écrit:
J’avais surtout été frappé par l’exceptionnelle efficacité dormitive de Written on the Skin et L’Amour de loin.

J'aime bien Written on Skin, personnellement. Par curiosité, tu l'as expérimenté avec l'image ou en son seul ?

L'Amour de loin, je pense que ça mériterait vraiment un ré-enregistrement parce qu'effectivement la version qui existe n'est pas forcément idéale (et pourtant Dawn Upshaw au sommet de sa carrière, quelle voix de rêve... mais là on est vraiment sur le déclin). On trouve en ligne des vidéos avec des extraits de la production de l'an dernier Susanna Mälkki / Robert Lepage au MET avec Susanna Phillips et Eric Owens, je pense que j'aimerais bien pouvoir y prêter l'oreille (et p'têt même y jeter un œil) en intégralité.


Benedictus a écrit:
Octavian a écrit:
Parmi ceux de Péter Eötvös, Lady Sarashina et son adaptation de De l'amour et autres démons de García Márquez (tous les deux en 2008) ; dans le deuxième cas là encore l'intrigue n'est pas forcément la plus gaie qui soit (et dans les deux cas je ne dirai rien de l'intérêt musical, c'est pas le sujet siffle ), mais pareil.
Traumatisé par les Trois Chapons, je m’étais prudemment abstenu de ce côté-là.

Je te comprends bien ! J'ai bien précisé que je ne jugeais pas de l'intérêt musical ici. hehe


Benedictus a écrit:
Octavian a écrit:
Ceux de Boesmans : Reigen, Wintermärchen, Julie, Yvonne princesse de Bourgogne, Au monde, Pinocchio... pour certains aspects de certains d'entre eux on peut discuter... mais on reste quand même a priori au-dessus des eaux des "pédophiles carinthiens" ou de l'heure et demi de "je compte les heures avant mon exécution" ! (Yvonne est le plus burlesque, même si c'est aussi le moins réussi musicalement, dommage.)
Je ne connais que Reigen et Julie: certes, c’est d’une glauquitude moins emphatique que des histoires de pédophiles carinthiens; il n’empêche que je ne recommanderais pas non plus forcément Strindberg ou Schnitzler pour un spectacle de patronage.

Pour ça, je ne recommanderais pas forcément Au monde non plus Mr. Green (quoique dans l'absolu ce soit mon préféré avec Julie). Wintermärchen c'est d'après Le Conte d'hiver de Shakespeare et Yvonne d'après une farce de Gombrowicz. Après, encore une fois, moi je propose des titres en fonction des paramètres de la question, mais si en plus il faut le sceau d'approbation du patronage, même avec les productions des siècles précédents on va au devant de quelques difficultés. hehe

Disons que si tu as le choix entre Julie, Lost Highway de Neuwirth, et Anna Nicole de Turnage (sur la vie merveilleuse d'Anna Nicole Smith), Boesmans/Strindberg reste le choix le plus sûr. Mr.Red
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Opéra de Marseille 2017-2018   Jeu 5 Oct 2017 - 22:24

Octavian a écrit:
Benedictus a écrit:
J’avais surtout été frappé par l’exceptionnelle efficacité dormitive de Written on the Skin et L’Amour de loin.
J'aime bien Written on Skin, personnellement. Par curiosité, tu l'as expérimenté avec l'image ou en son seul ?
Les deux, mais je crois qu'en effet, j'ai dû décrocher à un point plus avancé de l'œuvre dans la version vidéo.

Octavian a écrit:
L'Amour de loin, je pense que ça mériterait vraiment un ré-enregistrement parce qu'effectivement la version qui existe n'est pas forcément idéale (et pourtant Dawn Upshaw au sommet de sa carrière, quelle voix de rêve... mais là on est vraiment sur le déclin). On trouve en ligne des vidéos avec des extraits de la production de l'an dernier Susanna Mälkki / Robert Lepage au MET avec Susanna Phillips et Eric Owens, je pense que j'aimerais bien pouvoir y prêter l'oreille (et p'têt même y jeter un œil) en intégralité.
Je ne l'ai jamais écouté au disque. Mais j'ai tenté deux fois en live - la création parisienne au Châtelet fin 2001 et la première libanaise en 2005 à al-Bustan. Au moins, à Paris, il y avait la mise en espace de Sellars qui titillait de temps en temps; mais en version de concert I don't want that
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Opéra de Marseille 2017-2018   Jeu 5 Oct 2017 - 22:28

Saison marseillaise

Octavian a écrit:
les Italiens sont réduits à la moitié de la programmation, et dans ce qui prend place en contrepartie, ce n'est pas même une œuvre contemporaine qui se retrouve à l'affiche (ce qui relève déjà de l'anomalie : quand en 2015 Roland Hayrabedian et Musicatreize avaient créé La Digitale de Juan Pablo Carreño, ils ne l'avaient pas fait à l'Opéra, mais 700 mètres plus loin, au Théâtre de la Criée !), — mais deux, L'Ombre de Venceslao de Matalón étant attendue pour novembre. Shocked

Il y a une très grosse saison de musique légère cette année, surtout : 1 J. Strauß II, 2 Offenbach, 1 Messager, 1 O. Straus, 1 Yvain, 1 F. Loewe, 2 Lopez ! Et puis ce qui est en langue française est souvent dû à des compositeurs italiens (La Favorite) ou d'un format à airs compatible (Hérodiade), tout de même.

Pour ce qui est de la logique : la maison promeut chaque année, depuis Renée Auphan et encore sous Xiberras (avec peut-être moins d'audace et de renouvellement), un opéra français rare ou inédit du XXe siècle. On a eu Ibert-Honegger (L'Aiglon), Damase (Colombe d'après Anouilh, L'Héritière d'après James), Sauguet (La Chartreuse de Parme – les Caprices de Marianne étaient une production en tournée dans toute la France, c'est un peu différent) et quelques nouveautés comme Cosma (Fanny & Marius) ou D. Alagna.

L'opéra de Matalón est en revanche du vrai contemporain bien méchant (et pas forcément très beau, pour le symphonique que j'ai écouté), enfin, du moins dissonant dans la mesure attendue (ça ne me paraît pas follement neuf pour autant).



Udo Zimmermann

Citation :
Die Weiße Rose (La Rose blanche) d'Udo Zimmermann, consacré à l'exécution par les nazis des frère et sœur Hans et Sophie Scholl, jeunes résistants allemands catholiques. Et Le Dernier Jour d'un condamné de David Alagna me paraît soudain, rétrospectivement, en être la complète antithèse.

Ah oui, forcément. U. Zimmermann écrit un oratorio d'une pudeur extraordinaire, quasiment aux confins du silence, mais un silence sobre qui ne cherche pas à « faire musique  » – à côté, Webern et Kurtág sont des histrions… De la bien jolie musique (modale au minimum), d'un lyrisme doux et pas du tout démonstratif, rien à voir avec un opéra à thèse conçu pour faire briller la glotte d'un ténor en vue.


Vladimir Cosma

Citation :
DavidLeMarrec a écrit:
Pour le Condamné, dans le genre du néo-opéra français, Fanny et Marius (de V. Cosma) était vraiment réussi.

Je me permets de ne pas partager cet avis. Franchement... non. Juste non. Laughing

Pourquoi ? Ce n'est pas une réussite de la forme opéra (on sent, à l'écriture en séquences, à quel point Cosma est habité par le cinéma et pas par les formes à développement), mais le résultat est d'une fraîcheur et d'une persuasion assez extraordinaires.
En tout cas, une œuvre que, passé la première impression dubitative, j'ai beaucoup réécoutée, et avec un plaisir qui ne s'est jamais démenti. La mise en scène (que j'ai découverte après) faisait sans doute un peu perdre du charme (littéral vilain), mais enfin, dans l'opéra contemporain, on n'a pas tant de demi-réussites pour bouder lorsqu'on a un bel objet comme celui-là qui voit le jour. Very Happy


Violeurs carinthiens

Benedictus a écrit:
Octavian a écrit:
DavidLeMarrec a écrit:
Le Condamné, je suis plus mitigé, mais c'est bien de tenter d'écrire et de produire de nouveaux opéras qui ne soient pas des histoires de pédophiles carinthiens joués par des hologrammes cernés par de la musique acousmatique ouverte.
Laughing Je vois que tu n'as rien perdu de ton sens de la formule... ni de ton sens particulier de la mesure.
Au sujet de David en général, c'est vrai, mais sur ce coup-là, pas tant que ça, en fait: je crois que, pour ce qui est du livret, c'était plus ou moins ainsi que se présentait le dernier projet d'opéra d'Olga Neuwirth.

Enfin, juste le sujet (le reste, c'est juste la superposition d'autres gadgets diversement à la mode au cours des dernières décennies). Il avait été question d'un opéra de Neuwirth avec livret de Jelinek, sur le sujet d'un psychiatre violeur carinthien. Ça avait même effrayé Gérard Mortier, pourtant pas en reste sur les sujets militants (Brokeback Mountain de Wuorinen lui avait valu des ennuis avec les mécènes au New York City Opera) ni sur la provocation de bas étage pour défriser le bourgeois. Mais l'association des deux, de fait, c'est tellement emblématique de ce qu'on a toujours peur de voir un jour à l'Opéra… hehe


Citation :
Ouch ! Ah-oui-quand-même.... Je savais bien que je faisais bien de garder mes distances avec Neuwirth, j'ai bien trop peur pour mes oreilles.

Honnêtement, ce n'est pas si terrible que ça : rien que des choses qu'on a déjà entendues mille fois. Simplement, chez elle, le moche semble vraiment son horizon (alors que chez les autres, on a l'impression que c'est plus un corollaire pas toujours délibéré).


Le contemporain joyeux

Citation :
Written on Skin de Benjamin (2012), c'est quand même centré sur un personnage féminin qui s'initie à la fois à la lecture et au plaisir... même si ça finit très mal.

Les opéras de Saariaho : L'Amour de loin, Émilie, La Passion de Simone... d'accord on ne confond pas ça avec du Offenbach, mais ça n'a rien de glauque.

Parmi ceux de Péter Eötvös, Lady Sarashina et son adaptation de De l'amour et autres démons de García Márquez (tous les deux en 2008) ; dans le deuxième cas là encore l'intrigue n'est pas forcément la plus gaie qui soit (et dans les deux cas je ne dirai rien de l'intérêt musical, c'est pas le sujet siffle ), mais pareil.

Ceux de Boesmans : Reigen, Wintermärchen, Julie, Yvonne princesse de Bourgogne, Au monde, Pinocchio... pour certains aspects de certains d'entre eux on peut discuter... mais on reste quand même a priori au-dessus des eaux des "pédophiles carinthiens" ou de l'heure et demi de "je compte les heures avant mon exécution" ! (Yvonne est le plus burlesque, même si c'est aussi le moins réussi musicalement, dommage.)

The Tempest de Thomas Adès (2002), dans la veine fantastico-shakespearienne.

Je veux bien te passer The Tempest, soit, mais tout de même, tu dis qu'on trouve facilement mieux que la condamnation à mort (avec torture psychologique, accordé) dans l'opéra contemporain, mais chez ceux que tu cites, justement… :
♦ le viol de guerre en Yougoslavie chez Saariaho (Adriana Mater) ;
♦ la prostitution de luxe dans Powder Her Face chez Adès ;
♦ la folie violente de Leontes dans Wintermärchen, le désespoir et le suicide dans Julie, l'humanité dépourvue de compassion dans Yvonne, et surtout la vie du tueur en série dans Au Monde… je ne sais pas ce qu'il te faut ! Même le sujet plaisant de Reigen est traité avec une noirceur assez pesante… (pareil pour Eötvös qui est toujours assez peu guilleret)

Certes, il reste Akhnaten.

(Non, il y a des opéras plus légers, bien sûr. Pas toujours réellement gais – encore que, Aboulker ! –, mais quand même moins désespérants que 1984 de Maazel et moins chargés que la Sophie de Maw…)
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Opéra de Marseille 2017-2018   Jeu 5 Oct 2017 - 22:34

Moi j'aime beaucoup Anna Nicole de Turnage… (certes, écouté sans livret ni mise en scène, donc je me suis possiblement épargné l'essentiel du déplaisir Mr. Green )

Benedictus a écrit:
Octavian a écrit:
Benedictus a écrit:
J’avais surtout été frappé par l’exceptionnelle efficacité dormitive de Written on the Skin et L’Amour de loin.
J'aime bien Written on Skin, personnellement. Par curiosité, tu l'as expérimenté avec l'image ou en son seul ?
Les deux, mais je crois qu'en effet, j'ai dû décrocher à un point plus avancé de l'œuvre dans la version vidéo.

Grosse déception pour moi aussi : la presse disait que c'était « la solution à la crise du contemporain », et moi j'y ai entendu les mêmes scies, assez bien faites au demeurant – mais ce ne seraient pas des scies si ça marchait ! Le contre-ténor, le drame intérieur, le propos un peu didactique… Autant ça peut passer avec un débit théâtral, autant à l'opéra, on s'ennuie ferme – et musicalement, Benjamin n'a jamais rien écrit qui m'ait vraiment exalté – rien de déplaisant, rien de saillant non plus.


Octavian a écrit:
L'Amour de loin, je pense que ça mériterait vraiment un ré-enregistrement parce qu'effectivement la version qui existe n'est pas forcément idéale (et pourtant Dawn Upshaw au sommet de sa carrière, quelle voix de rêve... mais là on est vraiment sur le déclin).

Ce n'est vraiment pas une question de distribution, simplement que l'intrigue est déjà bouclée dans le premier quart d'heure, et que les aplats infinis se reproduisent à l'identique encore et encore… c'est beau, mais on a l'impression que le temps s'allonge au fil des minutes, que chacune fait le double de la précédente.

Je n'y suis pas parvenu à bout de façon attentive, j'ai vraiment dû m'occuper très activement pour y parvenir – et à chaque réécoute, je n'ai jamais pu le finir. Pourtant, c'est beau, et les mélodies qu'elle en a tirées pour les concerts de Mattila sont magnifiques ; mais c'est beau pendant vingt minutes. Au fil des heures, ça finit par devenir douloureux. Very Happy
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lulu
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MessageSujet: Re: Opéra de Marseille 2017-2018   Jeu 5 Oct 2017 - 23:43

à mon avis, il y a un ou deux véritables/graves problèmes dans la façon dont tu parles de ce cas des « pédophiles corinthiens » (je veux dire : du projet d’opéra, et possiblement de Neuwirth en général) — dont tu n’as peut-être pas conscience —, mais je suppose que c’est pas le moment d’en parler, et puis je suis un peu trop lâche pour supporter de passer pour le chieur de service.
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Octavian
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MessageSujet: Re: Opéra de Marseille 2017-2018   Ven 6 Oct 2017 - 1:03

DavidLeMarrec a écrit:
Octavian a écrit:
DavidLeMarrec a écrit:
Pour le Condamné, dans le genre du néo-opéra français, Fanny et Marius (de V. Cosma) était vraiment réussi.

Je me permets de ne pas partager cet avis. Franchement... non. Juste non.  Laughing

Pourquoi ?  Ce n'est pas une réussite de la forme opéra (on sent, à l'écriture en séquences, à quel point Cosma est habité par le cinéma et pas par les formes à développement), mais le résultat est d'une fraîcheur et d'une persuasion assez extraordinaires.
En tout cas, une œuvre que, passé la première impression dubitative, j'ai beaucoup réécoutée, et avec un plaisir qui ne s'est jamais démenti. La mise en scène (que j'ai découverte après) faisait sans doute un peu perdre du charme (littéral vilain), mais enfin, dans l'opéra contemporain, on n'a pas tant de demi-réussites pour bouder lorsqu'on a un bel objet comme celui-là qui voit le jour. Very Happy

Je n'ai pas vu la mise en scène. Le disquaire de la Chaumière à Musique (rien que ça c'est dire que ça ne nous rajeunit pas...) avait mis le disque en fond sonore un après-midi que j'y étais, et vu le temps que je passais ordinairement à fouiller dans ses bacs, j'ai bien dû avoir droit à 90% de la chose. Disons que je n'ai pas été très sensible à la "persuasion" de cette galéjade.


DavidLeMarrec a écrit:
Je veux bien te passer The Tempest, soit, mais tout de même, tu dis qu'on trouve facilement mieux que la condamnation à mort (avec torture psychologique, accordé) dans l'opéra contemporain, mais chez ceux que tu cites, justement… :
♦ le viol de guerre en Yougoslavie chez Saariaho (Adriana Mater) ;
♦ la prostitution de luxe dans Powder Her Face chez Adès ;
Ignoble ruse, vieille branche. J'avais justement fait exprès de ne pas citer ceux-là dans ma liste, l'argument ne tient donc pas.  siffle

Avant que tu me reproches d'autres choses que je n'ai pas dites, si tu veux on peut ajouter que Mazzoli a aussi fait une adaptation de Breaking the Waves ; quant à Eötvös, le pitch de son dernier, Senza sangue, créé à Avignon l'an dernier, avait l'air aussi croquignolet :
Citation :
The opera is set in the time of a civil war in an unnamed country. A little girl called Nina experiences her family being killed in their home by fighters. Nina herself only survived because she was hiding. One of the murderers had traced her, but she was spared. The following years she spent in a kind of schizophrenic condition. During this time she gradually took revenge on all murderers except for her saviour. The opera itself is set many years later. Nina and Tito (her saviour) recall the terrible events of their childhood and reflect on the incomprehensibility of life.
(Synopsis trouvé sur Wikipedia.)


DavidLeMarrec a écrit:
♦ la folie violente de Leontes dans Wintermärchen, le désespoir et le suicide dans Julie, l'humanité dépourvue de compassion dans Yvonne, et surtout la vie du tueur en série dans Au Monde… je ne sais pas ce qu'il te faut !  Même le sujet plaisant de Reigen est traité avec une noirceur assez pesante… (pareil pour Eötvös qui est toujours assez peu guilleret)

J'avais bien dit que pour Boesmans c'était un peu plus tangent.  Laughing Mais bon, tu ne vas pas quand même pas me dire que l'intrigue du Conte d'hiver c'est noir et dérangeant d'une façon inouïe par rapport à Lulu ? à Salomé ? à Tosca ? ou même au Trouvère ?  hehe (Sans oublier : "Wotan, mon canard, qu'est-ce que c'est que c'est que cette histoire d'inceste, là, hein ? mais c'est que c'est du jamais vu !...")


DavidLeMarrec a écrit:
Certes, il reste Akhnaten.
Ahh, attaque basse, mais tellement prévisible.  carton rouge

D'abord, si j'avais voulu citer du Glass (mais je me suis restreint aux années 2000, et ça fait un moment que je ne suis plus de trop près la production de Philip, du coup le dernier opéra en date que je connais de lui c'est Waiting for the Barbarians et c'est pas la grosse poilade), si j'avais voulu citer du Glass, disais-je, j'aurais cité The Witches of Venice (opéra pour enfants de 95, très chouette Mr.Red ).


DavidLeMarrec a écrit:
Moi j'aime beaucoup Anna Nicole de Turnage… (certes, écouté sans livret ni mise en scène, donc je me suis possiblement épargné l'essentiel du déplaisir Mr. Green )

Ah mais j'aime bien également. Simplement dans le registre du livret glauque, ça se pose bien là, aussi (avec cette particularité que ce n'est pas forcément cet aspect que la musique, elle, reflète le plus directement, en tout cas pas tout le temps).


DavidLeMarrec a écrit:
Benedictus a écrit:
Octavian a écrit:
Benedictus a écrit:
J’avais surtout été frappé par l’exceptionnelle efficacité dormitive de Written on the Skin et L’Amour de loin.
J'aime bien Written on Skin, personnellement. Par curiosité, tu l'as expérimenté avec l'image ou en son seul ?
Les deux, mais je crois qu'en effet, j'ai dû décrocher à un point plus avancé de l'œuvre dans la version vidéo.

Grosse déception pour moi aussi : la presse disait que c'était « la solution à la crise du contemporain », et moi j'y ai entendu les mêmes scies, assez bien faites au demeurant – mais ce ne seraient pas des scies si ça marchait !  Le contre-ténor, le drame intérieur, le propos un peu didactique…  Autant ça peut passer avec un débit théâtral, autant à l'opéra, on s'ennuie ferme – et musicalement, Benjamin n'a jamais rien écrit qui m'ait vraiment exalté – rien de déplaisant, rien de saillant non plus.

Ça n'expliquera pas toute la différence de perception (mais les goûts et les couleurs, etc., etc.), mais personnellement je n'avais rien lu de tel ; je l'ai découvert avec un peu de retard (ça avait eu le temps de sortir en DVD), j'avais lu différents sons de cloche pas tous uniment enthousiastes ; mes attentes étaient donc peut-être moins extravagantes, et je l'ai apprécié, non certes sans noter quelques éléments qui m'ont un peu plus gênés, mais sans arrières-pensées. Mais on aura peut-être prochainement l'occasion d'en reparler plus en détails dans un fil où ce sera moins HS.
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Octavian
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MessageSujet: Re: Opéra de Marseille 2017-2018   Ven 6 Oct 2017 - 1:05

Pour revenir au Dernier jour d'un condamné à mort


Parsifal a écrit:
L’intérêt du texte de Hugo c'est que malgré l'usage "civique" qu'on en fait a l'école (dans mon cas ce ne fut vraiment qu'un prétexte a un débat pénible, je pèse mes mots, sur la peine de mort pour ou contre), si on veut bien oublier le combat abolitionniste de Hugo et lire le texte pour lui même on se rend bien compte que c'est tout sauf un tract militant (en tout cas pas directement et pas franchement, au contraire de l’insupportable Claude Gueux) [...]

Je n'en disconviens pas. Il me semble d'ailleurs que j'avais lu que le but premier de Hugo quand il a commencé à travailler à ce texte n'était pas du tout de faire une dénonciation politique de la peine de mort, et que cet aspect est venu plus tard.

Parsifal a écrit:
Du coup même si tu semble trouver ça pas trop désagréable cet opéra me fait quand même assez peur parce que vue ce que tu en dit ça me parait aux antipodes de tout ce qui fait l’intérêt et ne t'en déplaise la finesse du récit de Hugo.
Tapageur, démonstratif, mélodramatique, spectaculaire, rien de tout cela ne correspond a mon expérience de lecture du Dernier jour d'un condamné, j'espérais naïvement que le livret reprennent au moins partiellement le texte original mais il semble qu'il n'en soit rien vue ce que tu en dit...

Il me semble bien (mais ma dernière relecture du Dernier Jour... commence à dater, tu auras compris que ce n'est pas mon Hugo préféré, même si je ne lui voue pas non plus toutes les noires pensées que tu me prêtes) que le livret reprend bien quelques éléments, quelques phrases. Mais effectivement, peut-être pas ce qui en fait le plus l'intérêt...
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MessageSujet: Re: Opéra de Marseille 2017-2018   Ven 6 Oct 2017 - 1:07

Octavian a écrit:
quant à Eötvös, le pitch de son dernier, Senza sangue, créé à Avignon l'an dernier, avait l'air aussi croquignolet :
Citation :
The opera is set in the time of a civil war in an unnamed country. A little girl called Nina experiences her family being killed in their home by fighters. Nina herself only survived because she was hiding. One of the murderers had traced her, but she was spared. The following years she spent in a kind of schizophrenic condition. During this time she gradually took revenge on all murderers except for her saviour. The opera itself is set many years later. Nina and Tito (her saviour) recall the terrible events of their childhood and reflect on the incomprehensibility of life.
(Synopsis trouvé sur Wikipedia.)

Je l'ai écouté et vu en vidéo (c'était donné avec le Château de Barbe-Bleue), ce n'était pas si sombre que ça à l'arrivée, et musicalement j'avais trouvé ça pas mal alors que j'ai en général du mal avec Eötvös.
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Opéra de Marseille 2017-2018   Sam 7 Oct 2017 - 14:33

Cosma

Octavian a écrit:
DavidLeMarrec a écrit:
Octavian a écrit:
DavidLeMarrec a écrit:
Pour le Condamné, dans le genre du néo-opéra français, Fanny et Marius (de V. Cosma) était vraiment réussi.

Je me permets de ne pas partager cet avis. Franchement... non. Juste non.  Laughing

Pourquoi ?  Ce n'est pas une réussite de la forme opéra (on sent, à l'écriture en séquences, à quel point Cosma est habité par le cinéma et pas par les formes à développement), mais le résultat est d'une fraîcheur et d'une persuasion assez extraordinaires.
En tout cas, une œuvre que, passé la première impression dubitative, j'ai beaucoup réécoutée, et avec un plaisir qui ne s'est jamais démenti. La mise en scène (que j'ai découverte après) faisait sans doute un peu perdre du charme (littéral vilain), mais enfin, dans l'opéra contemporain, on n'a pas tant de demi-réussites pour bouder lorsqu'on a un bel objet comme celui-là qui voit le jour. Very Happy

Je n'ai pas vu la mise en scène. Le disquaire de la Chaumière à Musique (rien que ça c'est dire que ça ne nous rajeunit pas...) avait mis le disque en fond sonore un après-midi que j'y étais, et vu le temps que je passais ordinairement à fouiller dans ses bacs, j'ai bien dû avoir droit à 90% de la chose. Disons que je n'ai pas été très sensible à la "persuasion" de cette galéjade.

Le disque, ce sont des extraits ! Donc évidemment, (encore plus) décousu, pas aussi habité, pas aussi bien dirigé, et pas forcément les meilleurs moments. Si on jugeait du Trouvère ou de l'Or du Rhin sur un disque d'extraits d'une heure, on passerait immanquablement à côté de l'essentiel.

Donc, désolé, argument refusé. J'ai raison.


Glauque 19

Citation :
DavidLeMarrec a écrit:
Je veux bien te passer The Tempest, soit, mais tout de même, tu dis qu'on trouve facilement mieux que la condamnation à mort (avec torture psychologique, accordé) dans l'opéra contemporain, mais chez ceux que tu cites, justement… :
♦ le viol de guerre en Yougoslavie chez Saariaho (Adriana Mater) ;
♦ la prostitution de luxe dans Powder Her Face chez Adès ;
Ignoble ruse, vieille branche. J'avais justement fait exprès de ne pas citer ceux-là dans ma liste, l'argument ne tient donc pas.  siffle

Ça ne réfute pas ce que tu dis sur la possibilité de faire moins sombre que le Condamné, mais atteste du fait qu'il est très commun de faire pire, même chez ceux qui ont fait plus léger. Mr. Green

Autre exemple, le massacre de la Colomba de Petit… il ne reste plus rien de la légèreté ni de l'humour – peut-être un peu dans le livret, mais comme tout est étouffé dans cette musique indifférenciée (et moche). Ce devrait pourtant être plus léger, mais finalement le Condamné, avec son côté un peu épique, me paraît susciter des sentiments plus « positifs ».


Citation :
J'avais bien dit que pour Boesmans c'était un peu plus tangent.  Laughing Mais bon, tu ne vas pas quand même pas me dire que l'intrigue du Conte d'hiver c'est noir et dérangeant d'une façon inouïe par rapport à Lulu ? à Salomé ? à Tosca ? ou même au Trouvère ?  hehe (Sans oublier : "Wotan, mon canard, qu'est-ce que c'est que c'est que cette histoire d'inceste, là, hein ? mais c'est que c'est du jamais vu !...")

Ça ne tient pas qu'au pitch, il y a aussi le ton général et surtout l'habillage musical. Même les œuvres comiques ou grotesques sont souvent étouffantes (Le Balcon, Le Grand Macabre, même Colomba donc… les sujets ou leur traitement devraient faire sourire par endroit, mais non, vraiment pas).

Lulu et Salome ont un côté jubilatoire musicalement (même littéralement dans Lulu, où rien ne semble pris au tragique), et ne parlons pas du Trouvère… Very Happy

Donc ça change tout.

La façon dont Wintermärchen dévisse dans le jazz atonal décadent a quelque chose d'assez terrifiant. On a l'impression qu'on ne retrouvera jamais de la vraie musique.

Mais oui, ce n'est pas Die Soldaten ou Mtstensk, clairement.


L'alternative Glass

Citation :
DavidLeMarrec a écrit:
Certes, il reste Akhnaten.
Ahh, attaque basse, mais tellement prévisible.  carton rouge

Non, c'est très judicieux au contraire : s'il y a bien un courant qui se tient à rebours du désespoir (ou de la grisaille) généralisé, c'est celui des minimalistes. Et ça explique sans doute une bonne partie du succès de Glass, indépendamment de sa facilité d'accès : sa musique, quoique froide, dispense une lumière immédiate, très franche… C'est plus facile ou agréable (enfin, agréable, ça reste écrit avec les pieds…) de se tourner vers ça que vers de la musique conçue pour expliquer les recoins de l'âme de l'enfant réfugié juif contraint par un collaborateur pédophile d'éviscérer des chatons pour étrangler lui-même sa petite sœur.

Ou, plus simplement, plus agréable que les musiques dissonantes ou tourmentées – même quelque chose d'aussi sobre que du Rihm ou du Henze, pas évident sans être déjà réceptif à ces esthétiques et ouvert à des émotions assez intenses et « noires ».

Moi, je dis, la solution à tous ces problèmes, c'est Isabelle Aboulker. I love you


Written On Skin

Citation :
j'avais lu différents sons de cloche pas tous uniment enthousiastes ; mes attentes étaient donc peut-être moins extravagantes, et je l'ai apprécié, non certes sans noter quelques éléments qui m'ont un peu plus gênés, mais sans arrières-pensées.

Oui, si on n'en attend pas beaucoup, ça s'écoute assez bien (malgré le rythme dramatique lentissime et le propos pas très captivant, surtout distillé à aussi faible débit), mais j'avais fini par me rendre compte que j'aurais finalement pris plus de plaisir à écouter n'importe quoi d'autre, voire à ne rien écouter, qu'à suivre ça, pas désagréable, mais qui ne suscitait pas grand'chose non plus.
Un peu l'impression de faire mes devoirs et de me demander « mais à quoi ça sert ? », ce qui n'est jamais un bon signe.
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MessageSujet: Re: Opéra de Marseille 2017-2018   Sam 7 Oct 2017 - 18:53

Octavian a écrit:
mais ma dernière relecture du Dernier Jour... commence à dater, tu auras compris que ce n'est pas mon Hugo préféré, même si je ne lui voue pas non plus toutes les noires pensées que tu me prêtes

je te prête pas de noire pensées, je tenais simplement a ce que ta remarque sur la finesse du texte ne reste pas sans réponse, il me semble que justement si on le lit uniquement comme un œuvre littéraire c'est peut être l'un des romans (c'est considéré comme tel non?) de Hugo qui encoure le moins ce reproche a mon avis. D'ailleurs ce n'est pas mon Hugo préféré non plus, justement parce que je n'y retrouve ce caractère, proliférant, épique, excessif et mélodramatique (même si les choses sont plus complexes) qui fait par ailleurs la forces des Misérables ou de L'homme qui rit. C'est presque trop "moderne" pour moi en fait Mr.Red
En tout cas pour revenir a la musique Le dernier jours d'un condamné me semble appeler quelque chose de plus austère que le spectaculaire tapageur que tu décrit a propos de cette opéra (et encore une fois le tirer vers l’œuvre a thèse avec démonstration a la clef me semble un contresens)

D'ailleurs a propos d'adaptation opératique, la bande annonce de l'importance d'être constant me fait très peur c'est le choc violent de deux mondes complétement hétérogène affraid
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MessageSujet: Re: Opéra de Marseille 2017-2018   Lun 13 Nov 2017 - 21:20

L’Ombre de Venceslao (2016), de Martin Matalón

Direction : Ernest Martínez Izquierdo. Livret et mise en scène : Jorge Lavelli.
Avec : Thibaut Desplantes, Estelle Poscio, Sarah Laulan, Matthieu Gardon...


Paye ton militantisme pour la création contemporaine, acte II.

La semaine dernière, profitant de ce que Mlle von Faninal était occupée sous d’autres cieux (avec, de son côté, plutôt un concert de polyphonies Renaissance également à la clé), j’ai pu, sans trop de remords, aller assister en solitaire à ce second opéra contemporain de la saison phocéenne. L’œuvre ne faisait à Marseille qu’une brève halte de deux représentations, dans la tournée des neuf scènes françaises ayant coproduit cette création. La salle était à moitié vide, pour ne pas dire aux deux tiers. Toutefois, si le public était peu nombreux, il semblait du moins présent plus « en connaissance de cause » que pour Le Dernier Jour d’un condamné, pour lequel le nom d’Alagna pouvait avoir un effet de tromperie sur la marchandise. L’accueil réservé au final fut d’ailleurs plutôt chaleureux (à défaut d’être vraiment triomphal) et, en quittant les lieux, je n’ai saisi dans la petite foule que des commentaires élogieux.

L’Ombre de Venceslao est une adaptation d’une pièce de 1977 signée Copi (1939-87), artiste et activiste d’origine argentine. Dans la pampa des années 40, le « péon » Venceslao vit avec sa femme, Hortensia, sa maîtresse, Mechita, et ses enfants des différents lits… lesquels enfants entretiennent eux-mêmes une relation incestueuse. C’est lorsque ceux-ci décident de se marier que les ennuis commencent.

Réfractaire d’abord, Venceslao, à la mort de son épouse (empoisonnée on ne sait trop comment : accident ? meurtre ? suicide ?), bénit finalement l’union de ses enfants, leur abandonne la propriété, et part en charrette vers les chutes d'Iguazú pour y finir sa vie en compagnie de Mechita et de son perroquet. Largui, « vieux beau », petit commerçant plus ou moins ruiné, et prétendant malheureux de Mechita, se lance à leur poursuite en bicyclette, tandis que China et Rogelio, les jeunes mariés, quittent le ranch à leur tour et se font happer par la grande ville de Buenos Aires. China empoisonne accidentellement son bébé, puis plus tard, moins accidentellement, son mari, juste avant de tomber sous les balles perdues du coup d’État militaire de 1955. De son côté, Venceslao finit par se pendre, son fantôme s’attardant pour veiller sur Mechita et Largui qui dépérissent et pourrissent au pied des chutes d’eau.


Entre accumulation de situations « crues » sur scène (copulations, défécation…) et texte recourant quasi-systématique à un langage au mieux prosaïque, et souvent carrément ordurier (certaines répliques paraîtraient outrancières dans un porno), L’Ombre de Venceslao se situe du côté de la grosse farce qui tâche – sans doute pas dénuée non plus d’un côté provocateur, une bonne vieille volonté de « choquer le bourgeois » qui tombe tout de même un peu à plat aujourd’hui, même à l’opéra. L’ambiance est perpétuellement moite, les personnages des traîne-misère grotesques dont on ne sait trop s’il faut les voir comme des « primitifs » ou des dégénérés ; pourtant, petit miracle, on finit quand même par être touché par les tribulations de cette humanité brinquebalante, qui ne prétend jamais s’élever plus haut que ses pulsions, et s’affronte en vain, jusqu’à la mort, à une existence qui semble relever d’une absurdité sans issue.

Martin Matalón, autant le préciser, est un compositeur que j’apprécie ordinairement plutôt à petites doses (je pense à des pièces courtes comme Traces IX pour violoncelle, Trame VIII ou IV, ou le concerto pour piano et percussions Del Color a la Materia). Sur des choses plus ambitieuses – pour ne pas dire tout simplement plus longues –, je suis moins chaud : le seul travail sur les textures, qui semble tout de même son gros point fort, ne suffit pas, tel qu’il le pratique, à maintenir mon intérêt indéfiniment, et je trouve souvent difficile d’y trouver grand-chose d’autre à quoi se raccrocher : à quelques occasionnelles petites touches « folkloriques » près, il y a quand même un côté très « musique contemporaine institutionnelle des années 90 » dans le style de Matalón. Par ailleurs, La Rosa…, son précédent opéra, sur des textes de Borges, ne m’a guère convaincu : pour le coup je ne peux pas dire que ce n’est pas joli, mais c’est aussi bien creux et très vite ennuyeux. Avec ceci en tête, l’aspect proprement musical de L’Ombre de Venceslao, sans être un complet coup de cœur, s’est révélé plutôt une bonne surprise.

Pas de bol pour un opéra, c’est finalement l’écriture des voix qui m’a paru l’aspect le moins réussi de la partition. Assez curieusement, le compositeur a semblé vouloir varier les styles et les approches pour individualiser chaque rôle. Certains personnages se tirent plutôt bien de leur traitement, en particulier Largui, qui bénéficie d’une écriture vocale relativement « classique » en plus d’avoir pour lui, malgré ses ridicules, d’être probablement le personnage le moins méprisable de la bande (amoureux respectueux, ami fidèle…). Malheureusement, ce n’est pas le cas de tous, et il est fort dommage que les tentatives les moins réussies de Matalón (à mon avis) soient justement dévolues aux deux rôles principaux de l’ouvrage : Venceslao avec un parlé-chanté pas très intéressant, et la China, cantonnée dans un registre suraigu qui condamne 80% de son texte à rester incompréhensible si l’on ne recourt pas au surtitrage.

Mais s’il ne fallait reconnaître qu’une qualité à L’Ombre de Venceslao, ce serait peut-être que le compositeur ne laisse absolument pas au public le temps de s’y ennuyer – et donc de s’appesantir sur les aspects les moins réussis et/ou plaisants selon le point de vue, qu’il s’agisse du fond ou de la forme. L’ouvrage, en effet, est bâti sur une succession rapide de plus d’une trentaine de saynètes en moins d’une heure et demi. La mise en scène de Jorge Lavelli (qui semble s’appuyer en majeure partie sur celle qu’il avait donnée de la pièce originale au théâtre, pour sa création française à la fin des années 90) accentue cet aspect par son côté très enlevé, un ballet de techniciens posant puis enlevant prestement au fur et à mesure les quelques rares éléments de décor strictement nécessaires (là une table et une armoire, ici une ligne de linge étendu, ailleurs une bassine pour le bain) quand la scène n’est pas tout simplement laissée nue.

Avec son orchestre aux proportions réduites – mais enrichi d’un quatuor de bandonéons et (évidemment, serais-je tenté de dire) d’une bande électronique –, et son talent déjà mentionné pour l’aspect « texturé » de l’écriture orchestrale (lardée pour l’occasion de quelques incursions de tango), Matalón cisèle son atmosphère sans se laisser aller à ses tendances à prolonger les choses au risque de tourner à vide : juste ce qu’il faut pour que les climat créés servent d’écrin, sans l’alourdir, à cette dynamique d’ensemble.


Pour les curieux, une captation vidéo de l’œuvre est (a priori légalement ?) disponible sur la chaîne Youtube Culturebox : < /watch?v=G6j0QMhGp7k >, captée lors de son passage à l’Opéra de Toulouse.
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Opéra de Marseille 2017-2018   Lun 13 Nov 2017 - 23:00

Octavian a écrit:
Paye ton militantisme pour la création contemporaine, acte II.

J'avoue que j'ai fini par me lasser et n'écoute plus, à l'opéra, que les compositeurs contemporains que j'aime personnellement, ou alors ceux qui font l'effort de respecter le genre. Tous ceux qui plaquent un langage incompatible avec la prosodie, ou des formes insensibles au théâtre, qui font leur musique incompréhensible dans leur coin, je ne leur donne plus vraiment la possibilité de me convaincre au delà de quelques minutes.

Donc je respecte grandement ton application à aller voir Matalón (déjà pas exactement le compositeur le plus original ni séduisant, comme le laisse) et en plus à essayer d'en partager non seulement l'expérience, mais aussi les bons côtés. mains

Bon, il y a quand même de bons moments quand on te lit.

Citation :
texte recourant quasi-systématique à un langage au mieux prosaïque, et souvent carrément ordurier (certaines répliques paraîtraient outrancières dans un porno)

hehe
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Octavian
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MessageSujet: Re: Opéra de Marseille 2017-2018   Dim 26 Nov 2017 - 0:10

Soirée de ballet :

La Jeune Fille et la Mort (1824), de Franz Schubert / Le Sacre du Printemps (1913), d'Igor Stravinsky*

Direction : *Victorien Vanoosten. Chorégraphies : Julien Lestel.

Résidente à l'ordinaire de l'Opéra de Massy, la Compagnie Julien Lestel fait halte à Marseille ce week-end pour deux représentations (celle de ce soir et une autre demain après-midi) à l'occasion de leur nouvelle création, La Jeune Fille et la Mort, sur la musique du quatuor à cordes n°14 de Schubert. Lors de la création de la pièce à Massy au printemps dernier, celle-ci était accompagnée d'une autre sur des quatuors à cordes de Philip Glass, mais c'est une association plus thématique qui a été privilégiée pour la tournée, avec une chorégraphie de 2013 sur Le Sacre du Printemps, autre histoire de jeune fille et de (mise à) mort, évidemment. Ce dont... je ne me plaindrai pas, en fait (ahahah, je vous avais vu venir !).

Petite précision préliminaire : je confesse n'être pas un habitué des représentations de danse (ce que je regrette, d'ailleurs). C'était ma deuxième de l'année, après une Coppelia fort conventionnelle et, à mon goût, fort peu convaincante (qui m'a donné envie de prendre le parti du vieux Coppelius) par le Ballet Nice-Méditerranée au TGP d'Aix en janvier. Ce qui, pour situer, fait que j'ai doublé cette année mon expérience en la matière, mes deux précédentes confrontations "live" avec le genre (une Giselle et, déjà, un Sacre) remontant de surcroît à mes années de lycée, aux temps lointains où Marie-Claude Pietragalla dirigeait le Ballet national de Marseille. C'est donc un art dont je reconnais ne guère "avoir les codes" et je vous prie de tenir compte de ce statut de quasi-néophyte pour les limitations de ce petit billet nocturne.


Accompagnés sur scène par quatre instrumentistes issus de l'orchestre, les danseurs de la première pièce (dont on trouvera ici des extraits en vidéo) sont au nombre de dix : la "jeune fille" du titre (Aurora Licitra, très bien) est en rouge ; ses neuf partenaires, majoritairement masculins, en noir, et figurent la Mort. C'est du moins ce que l'on apprenait en allant lire la présentation du spectacle sur le site Internet de l'Opéra (pas de programme en salle), je ne suis pas sûr que j'aurais compris l'idée par moi-même. Tentant d'abord de se rebeller contre l'inéluctable, la jeune fille se laisse néanmoins rapidement emporter dans le mouvement commun. J'avoue que pour cette partie de la soirée je suis très vite passé à une attitude complètement superficielle ("ça bouge devant mes yeux, c'est joli") sans trop chercher à analyser plus avant. La chorégraphie s'inspire largement des mouvements et pas typiques de la danse classique mais dans une version modernisée, plus "brute" par certains aspects, mais néanmoins très fluide.

Si cette première pièce schubertienne, à défaut de me plonger dans l'extase, ne m'a pas du tout déplu, il revient néanmoins au Sacre d'avoir marqué la meilleure partie de la soirée, la troupe, le chef et le chorégraphe s'attirant d'ailleurs à l'issue de celle-ci une ovation absolument enthousiaste de la part de la salle. Commandée en 2012 à la compagnie, pour le centenaire de l'œuvre, par le centre Tjibaou de Noumea, la chorégraphie délaisse le folklore russe. Sur une scène brumeuse, une humanité primitive, encore presque animale, commence à apparaître en rampant, avant de s'organiser par le rite. Il s'avère que Julien Lestel a passé du temps à s'initier, dans les formes, aux danses traditionnelles Kanak au sein d'une tribu de Nouvelle-Calédonie, avant d'intégrer celles-ci à sa chorégraphie du chef d'œuvre de Stravinsky, mêlées à des éléments de danse classique et contemporaine. Il en résulte un spectacle magnétique et tellurique, tour à tour primal, hiératique, lascif et effrayant, et d'autant plus violemment fascinant tout du long que mené côté orchestre par la baguette pleine d'énergie du jeune Victorien Vanoosten.

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