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 E.T.A. Hoffmann compositeur

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Octavian
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MessageSujet: E.T.A. Hoffmann compositeur   Sam 14 Oct 2017 - 16:25

D'Ersnt Theodore "Amadeus" Hoffmann, on connaît surtout (et encore : souvent pas si bien que ça, en France) le versant littéraire de son œuvre, en particulier ses contes. Une œuvre dans laquelle la musique joue un rôle significatif — qu'on songe à des nouvelles comme "Le chevalier Gluck", son premier texte publié, ou "Don Juan", ou au personnage du fantasque maître de chapelle Johannes Kreisler, véritable alter ego d'Hoffmann, présenté comme l'auteur d'une partie des Fantaisies à la manière de Callot, et, en tant que personnage, maître du chat Murr dans le roman sternien éponyme —, et une œuvre, bien sûr, qui en retour inspirera largement la musique : les Kreisleriana (justement) de Schumann, Les Contes d'Hoffmann d'Offenbach, Coppelia de Delibes, Casse-Noisette de Tchaïkovski, Cardillac d'Hindemith, pour ne citer qu'eux. Il est aussi considéré comme l'un des pères de la critique musicale.

Mais Hoffmann fut également lui-même un compositeur, pas le moins doué de son temps, et relativement prolifique : on lui doit notamment, liste non exhaustive, une douzaine d'opéras, une symphonie, trois messes, cinq sonates pour piano, un trio, un quintette, une musique de ballet, et une demi-douzaine d'œuvres vocales diverses. Je connaissais ce fait, "en théorie", depuis longtemps ; ironiquement, grâce à un autre ouvrage littéraire, lu à l'adolescence, la Trilogie de Cornish du Canadien Robertson Davies, dont le dernier tome, La Lyre d'Orphée, tourne autour de la tentative, par un groupe d'universitaires de province, de recréer et monter un opéra inachevé d'Hoffmann. Mais "en pratique", il m'aura fallu attendre ces dernières heures pour avoir la curiosité / l'opportunité d'entendre pour la première fois une de ces œuvres. Et pour découvrir qu'effectivement, c'est pas mal du tout bounce — à défaut d'être génial.




E.T.A. Hoffmann - Dirna (1809)
Angelika Krautzberger, Martin Herrmann, Werner Klockow
Kammerchor "Cantemus", Deutsche Kammerakademie Neuss, dir. Johannes Goritzki

Il s'agit là d'un mélodrame (donc un texte joué mais non chanté, entrecoupé ou soutenu par la musique), en trois actes, dont l'action se situe en Inde. Point de couleur locale à rechercher dans la musique toutefois. D'ailleurs, de façon plus générale, autant le dire tout de suite, ce qui m'apparaît comme le principal défaut de l'ouvrage est la déconnexion entre le fond et la forme.

Fanatique bien connu de Mozart, qu'il considérait comme le compositeur "romantique" par excellence à égalité avec Beethoven, il est manifeste à la découverte de Dirna qu'Hoffmann se situe musicalement dans la filiation directe de son idole. L'œuvre pourrait apporter une contribution intéressante sur la question des livrets glauques d'hier et d'aujourd'hui : Dirna ne nous raconte en effet rien moins que l'histoire d'une femme violée, viol dont sont nés deux enfants, dont un brahmane insiste qu'elle doit en tuer un en expiation de sa "faute" ; malgré cela, passé une ouverture qui envoie du bois, l'œuvre traduit musicalement assez peu le caractère tourmenté de la chose, la veine mozartienne n'étant peut-être pas la plus adaptée à un tel sujet. Et ce n'est certes pas la déclamation peu engagée des trois acteurs de cet enregistrement CPO (le seul enregistrement existant de l'œuvre intégrale, il va sans dire), qui va arranger cette impression. Confused

Cette réserve émise, considéré du pur point de vue musical, Dirna contient de fort jolies pages, tout à fait intéressantes (à commencer par l'ouverture, donc, mais pas seulement), et, me semble-t-il, dignes de l'intérêt des curieux du répertoire méconnu du tournant des XVIIIe et XIXe siècles. L'interprétation chambriste et énergique de Johannes Goritzki sert bien la partition. Pour ma part, je ne compte pas laisser passer à nouveau une quinzaine d'années avant de poursuivre mon exploration de l'œuvre musicale d'ETAH.
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Octavian
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MessageSujet: Re: E.T.A. Hoffmann compositeur   Jeu 26 Oct 2017 - 18:25



Petit à petit, l'oiseau fait son nid, et je continue de prêter l'oreille aux œuvres musicales d'Hoffmann.

Au programme cette fin d'après-midi, une œuvre chambriste à la formation curieuse : le quintette pour harpe et cordes AV 24. Cette œuvre bénéficie de divers enregistrements commercialisés ; celui que j'ai écouté est le fait d'Isabelle Moretti à la harpe et du Parisii-Quartett, capté en 1995 et paru en 2003, chez CPO encore, sur un disque consacré à la musique de chambre du compositeur, — sur lequel figure également le Grand Trio dont je ne doute pas que j'aurais l'occasion de reparler. Mais n'abusons pas des bonnes choses. Mr.Red

Ce qui éveille l'intérêt avec ce quintette, donc, c'est bien d'abord son instrumentation alliant une harpe à un quatuor à cordes, une formation qui à ma connaissance ne compte pas beaucoup d'autres exemples. Le plus célèbre quintette de ce genre (tout est relatif) fut commis par Arnold Bax en 1919, et après écoute, je préfère Hoffmann Smile . Signalons, ou rappelons, aussi, à toutes fins utiles, qu'au début du XIXe la harpe sous sa forme moderne relève pour ainsi dire de la nouveauté, ou en tout cas s'ouvre à de toutes nouvelles possibilités, Érard révolutionnant l'instrument au tournant du siècle en lui permettant de devenir un instrument chromatique (brevet du système des "fourchettes" en 1794, et du double mouvement en 1811). C'est donc d'un instrument qui en est encore à faire ses preuves, et dont toute la palette expressive n'est pas encore pleinement explorée par les compositeurs, que s'empare ETAH et, de fait, les jeux de sonorités et de dialogue qu'il tire de l'instrumentation de ce quintette sont tout à fait plaisants.

On est là dans une musique typiquement romantique, pas la plus déchaînée et tonitruante du genre certes, mais pas dénuée d'une capacité à créer des climats évocateurs. Deux allégros en la majeur encadrent ainsi un adagio en do mineur, une tonalité que, dans les Kreisleriana déjà mentionnées des Fantaisies à la manière de Callot, Hoffmann associe à l'image d'un "blême fantôme aux yeux rouges et flamboyants", "allongeant vers toi ses poings osseux et griffus hors de son manteau loqueteux", une personnification de la folie elle-même (traduction Henri de Curzon). Si la musique d'Hoffmann n'a pas toute la puissance expressive et tourmentée de sa prose, ce mouvement central et (discrètement) inquiet, notamment, ne manque pas d'intérêt.
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