Autour de la musique classique

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 Igor Markevitch

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Rav-phaël
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MessageSujet: Igor Markevitch   Jeu 27 Juil 2017 - 17:52

Parce que je suis dans une de ces périodes "Mythologie grecque" en ce moment, au gré de promenades musicales ;

J'en suis venu aujourd'hui à (ce qui me paraît être une obsession, j'apprends même qu'il en a écrit un essais philosophique ... ) l'évocation du mythe d'Icare dans l'oeuvre d'Igor Markevitch  Smile .

Et ça m'a plu ! Beaucoup !

Alors, je viens d'écouter son ballet  Icare
Il trouve son origine dans une composition de 1932 – 33,  L'envol d'Icare, un projet de ballet retravaillé et terminé en 1943.

paru chez Naxos !



C'est une musique à l'esthétique dépouillée, nue, ascétique, où il ne reste que des effets de musique "pure", mais elle porte toutefois son costume figuraliste : il s'agit bien d'un ballet (avec un argument, donc). Elle me fait exactement le même effet qu'une oeuvre comme Popol vuh chez Ginastera, par exemple.

C'est une musique mécanique, dans son fonctionnement, l'influence de toute cette école, de toute cette modernité me paraît dominante, qui s’articule autour de figures, elles–mêmes mises en forme dans un travail prononcé et complexe du rythme, et du pupitre des percussions.

De plus, elle possède ses originalités musicales, dans le travail d'orchestration, jusque dans son emploi fait du quart–de–ton.

L'ensemble donne une oeuvre qui possède une belle énergie, charismatique (dans certains mouvements comme L'Envol d'Icare, qui d'ailleurs est magnifique je trouve !).

C'est une grande musique ! vraiment ! Du moins pour moi  Very Happy . à écouter ! J'y entends quelque chose de très beau — j'ai employé l'adjectif "charismatique" (le terme me semble juste). C'est une musique bâtie d'intelligence, qui possède beaucoup de noblesse aussi et je ne suis pas étonné d'apprendre que Darius Milhaud avait considéré sa création comme une date probablement influente dans l'évolution de la musique.

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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Igor Markevitch   Jeu 27 Juil 2017 - 18:10

Naxos avait publié, il n'y a pas si longtemps, une grosse portion de ses œuvres orchestrales. Je n'avais pas été complètement ébloui, je crois bien (en tout cas je n'avais pas éclusé le fonds), et notamment par Icare. Je retenterai, alors (j'avais classé ça dans la catégorie on-le-joue-pour-satisfaire-la-légitime-curiosité-des-fans-du-chef, plutôt du côté de Furtwängler que de Fried ou Doráti).
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Rav-phaël
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MessageSujet: Re: Igor Markevitch   Jeu 27 Juil 2017 - 18:19

Je ne sais pas si c'est une musique, à proprement parler, "géniale" (^^), du moins qui retient l'attention comme quelque chose de miraculeux ! Il faut bien évidemment être sensible à ce genre de démonstration esthétique. Mais, pour me répéter Smile , j'y entends (j'y crois beaucoup !) une véritable grandeur et une remarquable intelligence, qui possède beaucoup de noblesse aussi, etc ... 

Bref. Je juge comme toujours sous le coup de mes émotions toutes chaudes (elle tourne encore dans ma chambre), mais je pense avoir raison d'y entendre de la valeur ! Si je peux me permettre de donner un peu de crédit à mon expérience acquise de mélomane  dwarf  .

Non, non (contrairement à des cas comme Fürtwangler ou Walter, effectivement [  silent  ] ), j'ai bien envi de considérer, à la seule lumière de cette petite expérience d'aujourd'hui, certes, que Igor Markevitch a quelque chose, vraiment, quelque chose !

Dans sa famille esthétique ; j'ai parlé de Popol vuh d'une certaine manière, j'aurais pu citer Phèdre de Georges Auric et je crois que la comparaison est plus sensible, y compris en terme de valeur : on doit être au même niveau. Messiaen n'est pas loin aussi.

En tout cas, de mon côté, c'est totalement ma came, dans l'art et la manière ! la manière dont il a traité musicalement "L'Envol d'Icare" ! (proche de Pacific 231), ou bien le fantastique tableau à la Messiaen intitulé "Icare et les Oiseaux" !, je vais aller prendre le temps de m'intéresser à toute sa musique !

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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Igor Markevitch   Ven 28 Juil 2017 - 10:14

Rav-phaël a écrit:
Dans sa famille esthétique ; j'ai parlé de Popol vuh d'une certaine manière, j'aurais pu citer Phèdre de Georges Auric et je crois que la comparaison est plus sensible, y compris en terme de valeur : on doit être au même niveau. Messiaen n'est pas loin aussi.

J'ai entendu le dépouillement dont tu parles, mais quand même, par rapport à Auric et Ginastera, c'est une musique ouvertement atonale, non ?
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Rav-phaël
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MessageSujet: Re: Igor Markevitch   Ven 28 Juil 2017 - 12:16

Oh, je n'ai pas l'oreille absolue, je n'ai pas une paire d'oreilles aussi expertes que celles de Xavier (ou les tiennes Wink ), et d'ailleurs tu vois, ça ne m'a même pas marqué, je n'y ai même pas prêté attention. Je suis un auditeur plutôt superficiel, quand je découvre une oeuvre, tout absorbé par le plaisir que j'y prends, et l'histoire racontée et la manière (formelle) dont elle l'est.

Dans le détail, je ne me suis même pas posé la question, m'enfin oui c'est clairement une musique dont la modernité du langage ne doit pas être très loin d'une atonalité ; totale ? quand même, ça ne m'étonnerait pas qu'il reste tout de même par ci par là quelques pôles structurants. Je ne m'en souviens pas.

Effectivement, de mémoire, c'est une musique qui semble véritablement fonctionner d'une autre manière. J'ai fait le rapprochement avec la peinture (bon, c'est toujours un peu comme ça chez moi, je ne peux pas percevoir la musique autrement). Il y a une forme d'abstraction dans cette musique qui m'a fasciné. Elle me paraît effectivement justifier ta question, l'emploi d'un langage dominant autre que celui du système tonal dû à l'organisation formelle particulière de l'oeuvre. 

Ceci dit, lorsque j'évoque Ginastera, c'est surtout pour l'effet sensible que les deux oeuvres produisent sur moi, qui est sensiblement le même, avec une certaine parenté esthétique dans ces paysages sonore ascétiques, rythmiques, assez picturale. J'avais l'impression d'observer le même type de paysages. Phèdre aussi, à ceci près qu'il me semblait y trouver une parenté stylistique encore plus juste (d'autant que Markevitch vit dans le bain de ces compositeurs, avec qui il devait certainement être ami).

Ce n'est que mon impression ; pour vous faire une description la plus efficace possible de ce à quoi ressemble cette musique, j'étais assez fier du mélange de tout ce que j'ai évoqué Very Happy : Pacific 231, Phèdre, Popol vuh, un peu de Messiaen, ... 

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Rav-phaël
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MessageSujet: Re: Igor Markevitch   Ven 28 Juil 2017 - 12:52

À la réécoute, attentive maintenant à cette question, ... et bien je ne sais pas ^^ .

C'est très étrange comme manière, lorsqu'on s'interroge là–dessus ! On perçoit quand même nettement, dans les mouvements mélodiques c'est évident, quelques choses de totalement tonal, normal lorsqu'on regarde du côté de n'importe quel compositeur tonal du début du XXe siècle (la parenté avec l'écriture de Roussel vient de me sauter à la figure !). Isolées, j'ai l'impression que la plupart des éléments sont parfaitement identifiables par rapport à un contexte tonal.

La plupart des éléments, pris séparément, me paraissent s'y inscrire. C'est leur rencontre, leur organisation qui révèle un langage peut–être ouvertement atonale tel que tu l'as remarqué. C'est leur agencement, sur la toile, qui, maintenant je m'en rends compte, révèle cette modernité tout à fait intéressante, certainement à l'origine du commentaire de Milhaud. Il y a beaucoup de jeu de mouvement par demi–ton, où l'on passe d'un évènement à l'autre par là. C'est frappant dans "L'Envol d'Icare", qui avance doucement, de transposition en transposition par effet chromatique. Et puis il y a un travail de la répétition qui semble préfigurer les John Adams & co., qui rappel aussi les manières de Janáček qui aime exploiter par la répétition toute la substance contenue dans ses motifs. C'est perturbant, parce qu'on aurait vite fait de conclure à un langage décousu, fait de collage, et qui ne va nul part. Pourtant, il me semble que Markevitch à su conserver justement peut–être de ces évocations tonales (peut–être plus que véritable présence), à moins que ce ne soit justement de la force du chromatisme, leur capacité à créer un discours qui avance, qui raconte son histoire et va, sans se perdre, suivant son propre chemin tout à fait perceptible.

Ici, la capacité de mon oreille s'arrête, j'aurais besoin de la partition mais, franchement, je suis fasciné par son intelligence ! C'est une musique extrêmement picturale. Mais à ta question, sincèrement, j'aurais presque envi de répondre non. J'ai cette impression forte que c'est une musique tonale, si si, mais qui ne s'affirme pas, comme une tonalité qu'on entendrait taper à la porte sans jamais la lui ouvrir. Elle est là, mais Markevitch ne la laisse pas s'exprimer. Quelqu'un dirait "Ceci n'est pas la tonalitéWink .

À la réécoute, j'aime encore plus qu'hier !!



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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Igor Markevitch   Ven 28 Juil 2017 - 13:36

J'ai donc réécouté. C'est plus évident dans Icare que dans l'Envol d'Icare : on a vraiment des bouts de discours tout à fait familier, comme tu disais, effectivement de la tonalité dégingandée (quitte à superposer un peu vers de la polytonalité), mi-populaire mi-touffue, pas sans rapport avec Milihaud et Auric, c'est vrai. Pas vraiment mon genre, cette hésitation (comme Prokofiev, qui me gêne assez pour ça), mais oui.

Dans l'Envol, c'est une tonalité beaucoup plus lâche et discutable, plus proche des logiques du Sacre que du Groupe des Six.

Ça ne me renverse pas (et j'avais mis ça sur le compte de la composition au delà de mes goûts), mais je vois mieux ce que tu veux dire.

Ce n'est effectivement pas anodin dans le sens où ça reproduirait des choses familières en moins bien (comme Furtwängler), mais je ne suis pas sûr que ce sont fabuleusement bon pour autant.

D'autres titres qui t'ont attiré ? Je n'avais écouté que le disque avec l'Envol, je crois. Peut-être un autre aussi, mais il faudrait que je cherche lequel, si j'en ai trace dans mes notes.
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Xavier
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MessageSujet: Re: Igor Markevitch   Ven 28 Juil 2017 - 15:22

DavidLeMarrec a écrit:
Rav-phaël a écrit:
Dans sa famille esthétique ; j'ai parlé de Popol vuh d'une certaine manière, j'aurais pu citer Phèdre de Georges Auric et je crois que la comparaison est plus sensible, y compris en terme de valeur : on doit être au même niveau. Messiaen n'est pas loin aussi.

J'ai entendu le dépouillement dont tu parles, mais quand même, par rapport à Auric et Ginastera, c'est une musique ouvertement atonale, non ?

Tu entends beaucoup de tonalité dans Popol Vuh?
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Igor Markevitch   Ven 28 Juil 2017 - 15:36

Je parlais de Ginastera en général. Effectivement, j'ai jeté une oreille au début, on est bel et bien chez Markevitch, comme le disait Rav-phaël, entre ça et Auric, il y a des traits des deux !

Pas du tout d'aspect tonal, en effet (Markevitch a quand même des réminiscences beaucoup plus nettes, même dans l'Envol).
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Rav-phaël
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MessageSujet: Re: Igor Markevitch   Ven 28 Juil 2017 - 23:52

DavidLeMarrec a écrit:

Ça ne me renverse pas (et j'avais mis ça sur le compte de la composition au delà de mes goûts), mais je vois mieux ce que tu veux dire.

Ce n'est effectivement pas anodin dans le sens où ça reproduirait des choses familières en moins bien (comme Furtwängler), mais je ne suis pas sûr que ce sont fabuleusement bon pour autant.


Non non, clairement  Smile  ; sans vouloir me donner une autorité en la matière, je suis de plus en plus persuadé des qualités de Markevitch, aussi bien technique que sensible !

Après, c'est encore mon goût tout à fait subjectif qui parle bien sûr. Moi j'adore ce genre de musique ! C'est une poétique, autant qu'un imaginaire poétique, qui me parle beaucoup ! Mais je peux concevoir que pour d'autres ce ne soit qu'une sympathique curiosité (même si, quand même, roh, c'est franchement une musique ..., roh !!).

Je suis content qu'on en parle un peu depuis hier. Peut–être qu'il est temps qu'on commence à le considérer en tant que véritable compositeur.



DavidLeMarrec a écrit:

D'autres titres qui t'ont attiré ?  Je n'avais écouté que le disque avec l'Envol, je crois. Peut-être un autre aussi, mais il faudrait que je cherche lequel, si j'en ai trace dans mes notes.


Je suis trop pris par le boulot ... snif   Mad  ! Quand j'aurais le temps je continuerais mon voyage. Après, j'ai déjà jeté un oreille sur quelques pièces comme la Partita , la Cantate ou surtout La Taille de l'Homme et c'est cette dernière qui a le plus retenu mon attention. Mais, encore une fois, étant donné que je suis particulièrement réceptif à ce genre de personnalité ... je ne sais pas si ça peut t'intéresser. Icare reste ma référence !

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Rav-phaël
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MessageSujet: Re: Igor Markevitch   Ven 3 Nov 2017 - 23:05


Juste un petit mot pour dire que je découvre ce soir le Psaume. Oeuvre de jeunesse, composée à 21 ans !
créée le 3 décembre 1933, pour soprano solo et grand orchestre, avec un petit choeur de six sopranos (ad libitum).

Le texte ? Si j'ai bien compris, il a été choisi par Markevitch à l'intérieur de différents psaumes, et présente surtout
l'originale volonté du compositeur d'avoir fait en sorte que l'oeuvre puisse être chantée dans la langue du pays où
elle est jouée, faisant fi du latin liturgique. Il y a aussi cette phrase que Markevitch a ajouté à l'ensemble :
"Soldats et travailleurs, Louez–le !"

Oeuvre de jeunesse, comme L'Envol d'Icare qui donnera naissance à Icare plus tard ; finalement, je dois l'aimer ainsi.
Oeuvre de jeunesse, certes, mais qui n'en est pas moins impressionnante ; une fois n'est pas coutume, je vais laisser
Francis Poulenc s'emporter à ma place :

Le Psaume d'Igor Markevitch est digne des plus grands musiciens. Une fois de plus ce jeune homme, à l'âge où d'autres promettent, nous donne une oeuvre parfaite.



Un petit mot parce que je n'aurais pas grand chose à rajouter en plus de ce que j'ai déjà dit à propos de Icare.
J'y retrouve tout ce qui m'a plu. On est très proche stylistiquement entre les deux oeuvres, mêmes manières
harmoniques, mélodiques, rythmiques, ascétiques. Le lien à faire est indéniable !

Je suis conquis ! Du coup  Very Happy .

Et puis toujours ce pied dans la modernité, ce besoin de construire un discours musical qui ne s'interdit rien ;
avantage de l'utilisation de la voix par rapport à Icare : on a le plaisir de goûter à un curieux moment de
sprechgesang, sauce décadent à la Kurt Weill, dans le Lentamente !

Le Con fuoco qui suit, où l'on retrouve la dynamique répétitive et pulsée de L'Envol d'Icare, extrait d'Icare, avec
cette fois un choeur percussif qui ne manque pas de rajouter au jouissif du moment. C'est franchement admirable
comme travail rythmique et formel !

Le Final Sostenuto e molto tranquillo est beaucoup plus chantant, chatoyant, lumineux (on en oublierait presque
l'ascétisme dominant de cette musique) ; est particulièrement beau et émouvant ! Très court, quatre petites minutes,
comme un véritable joyau !

Je suis complètement amoureux de cette musique, de ce langage, de ces couleurs ! Icare restait un peu mon seul jouet.
Je suis content d'avoir maintenant Psaume, pour plus de plaisir
— et c'est même pas encore Noël !

Aller, pour la forme, je laisse Francis Poulenc reprendre la parole :

Sa musique rend un son nouveau, c'est comme une couleur qu'on n'a jamais vue, et le plus surprenant c'est que cette alchimie nouvelle soit obtenue avec des moyens instrumentaux tout à fait rationnels. Depuis des années "bizarrerie" était synonyme d'invention. En avons–nous entendu de ces symphonies pour petite flûte, contrebasse, cinq clarinettes et dix trombones ! C'était la leçon du grand Stravinsky mal comprise. Markevitch, au contraire, tire d'un orchestre normal un univers spécifiquement à lui.

Je continue mon chemin à la recherche d'autres coups de coeur ...



Dernière édition par Rav-phaël le Sam 4 Nov 2017 - 1:05, édité 1 fois
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Rav-phaël
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MessageSujet: Re: Igor Markevitch   Sam 4 Nov 2017 - 0:31


En faisant quelques recherches, j'en apprends un peu plus sur Igor Markevitch compositeur. Très intéressant !
Jeune prodige, on a crié au génie, on a été jaloux de cette précocité (bonjour Igor Stravinsky !).

Je découvre qu'il a suscité l'interêt voir l'admiration de nombreux compositeurs, de l'ensemble du Groupe des Six
à Karol Szymanowski : je vois rapidement qu'il n'aimait pas, justement, la musique de ces derniers, comme celle
d'Igor Stravinsky : "he was deeply bored by Oedipus Rex" dit–on, alors que : "he found Igor Markevitch Psaume
rather interesting".

Et j'ajoute ce témoignage significatif :

Cher Monsieur, permettez à un collègue qui n’a pas l’honneur de vous être connu, de vous remercier pour votre merveilleux "Icare". J’ai nécessité du temps pour comprendre et apprécier toute la beauté de votre partition et je pense qu’il faudra beaucoup d’années pour qu’on l’apprécie. Je veux vous dire ma conviction qu’un jour on rendra justice avec sérieux à tout ce que vous apportez. Vous êtes la personnalité la plus frappante de la musique contemporaine et je me réjouis, Monsieur, de profiter de votre influence. Avec ma respectueuse admiration. Bela Bartok.

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claudeyaacov
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MessageSujet: Re: Igor Markevitch   Sam 4 Nov 2017 - 8:40

Rav-phaël a écrit:


En faisant quelques recherches, j'en apprends un peu plus sur Igor Markevitch compositeur. Très intéressant !
Jeune prodige, on a crié au génie, on a été jaloux de cette précocité (bonjour Igor Stravinsky !).

Je découvre qu'il a suscité l'interêt voir l'admiration de nombreux compositeurs, de l'ensemble du Groupe des Six
à Karol Szymanowski : je vois rapidement qu'il n'aimait pas, justement, la musique de ces derniers, comme celle
d'Igor Stravinsky : "he was deeply bored by Oedipus Rex" dit–on, alors que : "he found Igor Markevitch Psaume
rather interesting".

Et j'ajoute ce témoignage significatif :

Cher Monsieur, permettez à un collègue qui n’a pas l’honneur de vous être connu, de vous remercier pour votre merveilleux "Icare". J’ai nécessité du temps pour comprendre et apprécier toute la beauté de votre partition et je pense qu’il faudra beaucoup d’années pour qu’on l’apprécie. Je veux vous dire ma conviction qu’un jour on rendra justice avec sérieux à tout ce que vous apportez. Vous êtes la personnalité la plus frappante de la musique contemporaine et je me réjouis, Monsieur, de profiter de votre influence. Avec ma respectueuse admiration. Bela Bartok.


Pour plus d'information, il faut lire ses mémoires


Igor Markevitch
Être et avoir été
Gallimard
14 octobre 1980
21,5 x 15 x 2,9 cm, 516 pages
ISBN : 2-07022-523-2

Il y relate que pendant la Seconde Guerre mondiale,  lors de l'invasion de l'Italie par les troupes nazies en 1943,
il entre dans la résistance, dans la région des Apennins au nord de Florence.

Claude Torres
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Rav-phaël
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MessageSujet: Re: Igor Markevitch   Sam 4 Nov 2017 - 10:25



Ce qui m'intéresse surtout de lire sur Markevitch, c'est son rapport au mythe d'Icare, qui lui serait intimement
associé autant dans sa vie que dans son oeuvre ; d'après une conférence donnée par Jean–Claude Marcadé qui
a co–écrit avec Markevitch, à la fin de sa vie, son Testament d’Icare.

Je me permets de vous donner à lire quelques bouts trouvés sur internet de cette conférence, sur ce sujet :

Il s’est non seulement identifié au mythe d’Icare tel que la Grèce nous l’a transmis, mais il en a fait son propre mythe au point de vouloir appeler le dernier livre qu’il ait livré à la postérité et que nous avons fabriqué ensemble Le Testament d’Icare.

Markevitch–Icare, c’est à la fois l’envol, l’enthousiasme, l’arrachement à la terre, la plongée dans le mystère du monde, c’est aussi l’audace de celui qui vainc toutes les pesanteurs terrestres, donc un transgresseur de l’humanité moyenne. Mais corollairement au « couronnement de l’expérience » que représente l’aventure d’Icare, il y a la mort, mais, dans la volonté consciente de Markevitch, cette mort n’est pas un moment négatif, une défaite ; chez lui il n’y a pas chute comme dans la tradition grecque. L’exemple le plus frappant de cette tradition dans la pensée européenne est « La Chute d’Icare » de Breughel où Icare est même ridiculisé.

Markevitch écrit : « Dans ‘Icare’ on retrouve quelque part ses ailes, comme les restes d’un serpent qui a fait peau neuve. Ce sont les signes de renouveau. ».

Icare est comme « le papillon amoureux de la lumière » qui « vient se consumer sans la flamme de la chandelle ». Markevitch cite encore le Goethe de « La Nostalgie bienheureuse » : « Tant que tu n’auras pas compris ce ‘Meurs et Deviens’, tu ne seras qu’un hôte obscur sur la terre ténébreuse ».

« Icare », c’est donc, d’une certaine façon, selon la volonté créatrice de son auteur, une autre façon de dire « Mort et Transfiguration ». Mais comme dans toute grande œuvre, il y a ce qui échappe à la conscience même de son auteur, ce qui apparaît comme y étant celé et scellé, ne se découvrant que peu à peu et jamais de toute façon entièrement. Dans ce sens « Icare » dissimule peut–être la clef d’un secret markevitchien. Le Maître a–t–il cessé de composer parce qu’il avait brûlé trop vite ?


Il poursuit (pour conclure mon exposé  Smile ) :

Dès 1936, le sentiment de la critique, à la fois étonnée et agacée, est qu’Igor Markevitch a déjà écrit ses chefs–d’œuvre et a découvert dès les premières œuvres un nouveau monde sonore. Il serait vain, à mon avis, de spéculer sur l’arrêt de la création chez Markevitch : qu’il s’agisse d’un tarissement parce que l’essentiel à dire avait été dit, qu’il s’agisse d’un refus de subir jusqu’au bout la condition d’artiste, à la merci d’un mécénat en voie de disparition ou d’une nouvelle orientation de la musique non acceptée, peu importe. Nous devons prendre tel quel le fait que le compositeur Markevitch ait voulu dire à un moment donné, autrement que par l’écriture musicale, la musique.

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