Autour de la musique classique

Le but de ce forum est d'être un espace dédié principalement à la musique classique sous toutes ses périodes, mais aussi ouvert à d'autres genres.
 
AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  GroupesGroupes  Connexion  

Partagez | 
 

 La Compagnie de L'Oiseleur

Aller en bas 
AuteurMessage
DavidLeMarrec
Mélomane inépuisable
avatar

Nombre de messages : 85086
Localisation : tête de chiot
Date d'inscription : 30/12/2005

MessageSujet: La Compagnie de L'Oiseleur   Sam 2 Déc 2017 - 16:16

Un petit fil pour les exhumations et programmes thématiques assez vertigineux de cette compagnie (non subventionnée !) réunie autour du très polyvalent L'Oiseleur des Longchamps.

Des artistes professionnels jeunes ou de carrière discrètes, mais en général très compétents, et quelquefois hors du commun (j'y ai découvert Marion Gomar ou Georges Wanis, notamment), en particulier du côté des pianistes (Benjamin Laurent, Morgane Fauchois-Prado, Nicolas Chevereau, Mary Olivon… Shocked ).

La plupart des programmes sont soit des lieder et mélodies rares (Armande de Polignac) ou réunis de façon thématique (les prénoms, le cheval, l'Orient…), toujours très variés et intéressants… soit tout de bon des résurrections. Ils ont ainsi donné, ces dernières années : Thomas (Le Songe d'une Nuit d'été), Paladilhe (Le Passant, L'Amour africain), Massé (Galathée), Hahn (Prométhée Triomphant, les Études Latines, La Colombe de Bouddha, Nausicaa !), André Bloch (Antigone, Brocéliande), etc.

Vous pouvez en trouver certains sur leur compte en ligne, comme leur plus vertigineuse révélation, Brocéliande de Bloch (dont le rôle du crapaud amoureux fut créé… par Georges Thill !).

https://youtu.be/pC4VtmpHeeA

Comme j'y vais souvent, ainsi que quelques autres membres et lecteurs de ce vénérable forum, j'en glisserai quelquefois un mot ici.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://operacritiques.free.fr/css/
DavidLeMarrec
Mélomane inépuisable
avatar

Nombre de messages : 85086
Localisation : tête de chiot
Date d'inscription : 30/12/2005

MessageSujet: Re: La Compagnie de L'Oiseleur   Sam 2 Déc 2017 - 16:29

Cette fois-ci, c'était donc le Stabat Mater du Marquis de Ligniville, créé à Pise en 1767 pour Pierre-Léopold de Habsbourg, et composé de 21 canons à trois voix a cappella dans un style rigoureux (mais éloquent), complètement hors du temps et des modes.

Dans l'une des plus belles églises de Paris, tout en pudeur classique (les Billettes).


D'une manière générale, une œuvre a cappella indatable où l'auteur s'excuse (feintement) de ne pas inclure trombones et timbales et, malgré son principe, pas du tout aride : brièveté et variété des sections, construction parfois spectaculaire (Fac me plagis, où chaque voix prend,alternativement, la première partie de questions-réponses),et portant des échos inattendus (Tui nati ressemble tellement au « Barraban » de la Passion selon saint Luc de Schütz !).

Interprétation très convaincante (Mathilde Rossignol en premier dessus, l'émission très physique et prégnante de Marion Gomar, le moelleux très idoine de L'Oiseleur), dans des tessitures pourtant difficiles, plutôt conçues pour des voix d'alto masculines (cela s'entend clairement dans l'Amen final, qui sent son seria et met ces chanteurs raffinés moins en valeur).

Je suis moins juge de la seconde partie, des œuvres qui ne me touchent nullement : Concerto pour cordes de Durante, Stabat Mater de Pergolesi, vraiment le répertoire post-1600 sont je me sens le moins proche. Outre les frottements du début, le passage le plus célèbre du Pergolèse est l'Inflammatus et accensus (qui décrit la peur de l'Enfer), petit duo en majeur et bien sautillant, comme si le compositeur n'avait lu que les premiers mots et supposé l'ardeur métaphorique de la Foi.

Avec l'originalité de le proposer chanté à l'octave inférieure par ténor (F. Mañalich) et baryton, de beaux moments où l'on évite l'unission aux cordes (le baryton à l'octave des cordes dans Quis est homo produit une jolie irisation), et le risque de solliciter beaucoup de métal pour libérer les chanteurs de la nasse du médium orchestral.

En tout cas, le plaisir d'entendre en vrai (en plastique, on peut déjà apprécier la matière musicale : https://m.youtube.com/watch?v=vCoA9kPlZCc ) cette rareté totalement déroutante et admirable.

Et celui de retrouver Francisco Mañalich (violiste de l'ensemble Le Festino, également ténor très talentueux), L'Oiseleur et Marion Gomar – un véritable soprano dramatique pas du tout hurlant, d'une éloquence incroyable, à couper le souffle. Je m'attends à sa montée rapide en grade, mais dans l'intervalle, elle chante des raretés absolues presque rien que pour moi, je ne suis pas trop pressé qu'elle réussisse. (Mais elle a clairement l'étoffe des grandes Sieglinde, au minimum.)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://operacritiques.free.fr/css/
DavidLeMarrec
Mélomane inépuisable
avatar

Nombre de messages : 85086
Localisation : tête de chiot
Date d'inscription : 30/12/2005

MessageSujet: Re: La Compagnie de L'Oiseleur   Sam 2 Déc 2017 - 16:35

Et le programme des prochains concerts : https://pbs.twimg.com/media/DQDaMSDWAAAMOuG.jpg .
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://operacritiques.free.fr/css/
DavidLeMarrec
Mélomane inépuisable
avatar

Nombre de messages : 85086
Localisation : tête de chiot
Date d'inscription : 30/12/2005

MessageSujet: Re: La Compagnie de L'Oiseleur   Sam 9 Déc 2017 - 18:39

L'Inde, « Ode Symphonie » (1872) de Wekerlin/Weckerlin, ressuscité par la Compagnie de L'Oiseleur.

Musique peu complexe, mais de jolies atmosphères dans le goût des cartes postales coloniales de la musique française d'alors :



les appels de cor de la fin du mélodrame introductif (L'Oiseleur déclame extraordinairement), la Prière du Brahme (Ratianarinaivo capiteux !) soutenue et ponctuée par le chœur, les scènes opératiques récitatives surtout, très réussies sur leurs fonds couleur locale.

L'ensemble repose sur un assemblage de poèmes disparates : Hugo (La Captive), Lisle, Méry (le co-librettiste de Don Carlos, étonnamment les plus jolis poèmes de la sélection), Dovalle, Lottin de Laval, avec des scènes d'action ajoutées, créant une vague trame dramatique :



c'est un peu La Fuite de Gautier (inversée, la demoiselle a plus traditionnellement peur ici), traversant tous les passages obligés de la couleur locale. Mélodrames avec musique surtout alternée, mais les poèmes de Méry sont beaux (et bien dits) !

La Glorification de Brahma en guise de dénouement est très étrange, tout à coup Weckerlin se souvient de ce qu'il est l'immortel auteur de La Laitière de Trianon… et ponctue ses Brahma-Brahma, martelés comme l'unique mot d'un bréviaire de saint Ketèlbey, de gammes diatoniques très peu orientales, ressemblant plutôt aux Saint-Saëns ou Hahn qui imitent la Renaissance ! Quelle mouche l'a piqué ?

(En tout cas, jolie fresque à découvrir !)

En première partie, une poignée de mélodies rarissimes. Le Pierné est un ostinato rythmique *et* harmonique, une seul accord pour soutenir le plus mauvais Silvestre que j'aie entendu. À l'inverse, le Chant Hindou de Bemberg est une merveille, toujours élusif et modulant !



Il y aura d'autres Bemberg ce dimanche dans le bouquet alsacien de la Compagnie au musée Henner ! (Je serai hélas en train de répondre à l'appel souverain de LULLY – car tout doit céder dans l'Univers à l'auguſte Heros que j'ayme.)

Et comme toujours, quel entrain chez les artistes (plusieurs issus de récentes fournées du CNSM), quel engagement pour servir des pièces qui ne serviront pas leur carrière (ni leur bourse), juste la Musique ! cheers

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://operacritiques.free.fr/css/
DavidLeMarrec
Mélomane inépuisable
avatar

Nombre de messages : 85086
Localisation : tête de chiot
Date d'inscription : 30/12/2005

MessageSujet: Re: La Compagnie de L'Oiseleur   Mer 27 Déc 2017 - 0:27

Mercredi 20 décembre, au Temple du Luxembourg pour La Belle au bois dormant de Guy de Lioncourt, figure de proue de la Schola Cantorum (et de sa scission après la violation du testament de d'Indy). Après le succès de Brocéliande d'André Bloch (issu du Conservatoire, lui) sur le même thème, très curieux de poursuivre l'aventure !


Je retrouve Florent Zigliani (entendu pendant ses études au CNSM de Paris), et puis Sébastien Obrecht (qui avait remarquablement sauvé au pied levé la Création de Haydn en version française), l'immortelle Guillemette Laurens (déjà dans Nausicaa de Hahn : http://operacritiques.free.fr/css/index.php?2015/03/15/2649-reynaldo-hahn-nausicaa-1919-une-synthese-francaise ), et Martin Robidoux à la préparation du chœur (largement issu des élèves de Laurens) !


Le Temple est très rempli, ça bruisse de conversations des héritiers des différentes branches Lioncourt, qui se reconnaissent en comparant leur généalogie !  Très amusant (et bon enfant, tout le monde semble ému de cette résurrection – il n'existe vraiment rien de disponible de Lioncourt).

Ambiance chaleureuse d'une réunion de famille, donc, et expérience très étonnante d'une musique qui sembe presque nue, et dans laquelle passent pourtant, presque sans se montrer, les sophistications de Franck, Fauré, Debussy (Pelléas de façon évidente, j'y reviendrai).

--

La Messe en si mineur a cappella qui ouvre le concert est même très séduisante, du contrepoint rigoureux qui ose soudain les emprunts harmoniques les plus osés ; à la fois très archaïsant et méchamment chromatique. I love you


--

La Belle au bois dormant est aussi un objet étrange. Tout paraît simple et « sans façon », dans une veine limpide. Les récitatifs sont d'ailleurs peu mélodiques (étranges intervalles, peu naturels, sans être pour autant expressifs), un peu secs, les accompagnements un brin rectilignes.

Pourtant, en y regardant de plus près, c'est le syndrome Dubois : une véritable sophistication qui ne se montre pas, qui n'est utilisée que pour soutenir des besoins ponctuels, jamais pour se montrer elle-même.

On y rencontre ainsi : de jolies consonances qui se fauréisent, des aplats diaphanes comme les Koechlin de la veine lumineuse, des tournures archaïsantes charmantes à l'entrée du Roi (comme on en trouve dans Henry VIII de Saint-Saëns, la Suite dans le goût ancien de d'Indy, les Danses de cour de Pierné, Le Bal de Béatrice d'Este de Hahn, ou les « Noces de Joyeuse » dans la partie versaillaise du Rossignol éperdu de Hahn), mais aussi les liquidités harmoniquement hardies de la Villa d'Este, des fonds palpitants hésitants alla Cras (Fontaines, chœurs de Polyphème), de grands accords très modulants au début du II… et beaucoup de Debussy.

Quels Debussy ?
∆ l'éveil de la Belle sur des enchaînements en quintes parallèles ;
∆ couleurs de la Flûte de Pan des Bilitis pour la rencontre Aurore-Carabosse ;
∆ leitmotiv de Carabosse ou de la mort : les appels de cor de Golaud qu'on entend dès le début de Pelléas (et sa basse isolée qui traîne beaucoup dans les interludes) ;
∆ lorsque le Prince paraît, il jette « Holà ! Ho ! », sensiblement sur les mêmes notes que Pelléas arrivant au balcon (III,1). Puis « Je suis perdu dans cette forêt », qui à ce stade ne peut plus être une coïncidence !

La grande réserve, c'est le livret, qui affadit Perrault (langue et traits) sans rien apporter de nouveau : André Bloch en faisait tout autre chose ! (grenouilles grecques, Georges Thill en crapaud amoureux, abattage de Carabosse très humanisée…)

Néanmoins, de très beaux moments dans les chœurs, copmme le celui de malédiction, puis la déploration a cappella, discrètement chargée harmoniquement, la fin en cluster pour le chœur du vent dans la forêt, et jusqu'à la fin, un accord parfait dont la disposition est plutôt inhabituelle.

Et l'ivresse sans prix de redécouvrir ce qui se produisait chez les héritiers de d'Indy, au début du XXe siècle, chez des figures totalement oubliées de la postérité. La Compagnie de L'Oiseleur fournit cela à chaque fois.

--

Il est savoureux de voir Tosca Rousseau venir jouer la Princesse avec sa tiare. Belle révélation, une voix équilibrée et manifestement déjà épanouie (à vingt-deux ans), élève de Guillemette Laurens, comme par ailleurs la plupart des membres du petit chœur ad hoc.

Autre gros, très gros coup de cœur, Claire-Élie Tenet (ancienne élève de Jean-Philippe Courtis), glorieuse : rondeur, souplesse, projection, égalité, dicton, impact, d'une justesse rare pour un instrument aussi généreux et jeune, elle maîtrise tout, avec un certain charisme vocal de surcroît.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://operacritiques.free.fr/css/
DavidLeMarrec
Mélomane inépuisable
avatar

Nombre de messages : 85086
Localisation : tête de chiot
Date d'inscription : 30/12/2005

MessageSujet: Re: La Compagnie de L'Oiseleur   Ven 2 Mar 2018 - 14:53

Cette fois, Émile Paladilhe, L'Amour africain. Very Happy

Du méta-opéra façon Ariane à Naxos, et beaucoup de subtilité (tout le pittoresque y passe, mais avec la juste dose d'effet, jamais d'ostentation kitschouillisante), vraiment écrit au cordeau comme du Théodore Dubois. bounce

Et encore une fois de très belles voix à entendre : Chloé Chaume, Aurélie Ligerot

http://operacritiques.free.fr/css/index.php?2018/03/01/3007-emile-paladilhe-l-amour-africain-meta-opera-et-parodie-de-prix-de-rome

--

Pour le reste, la Compagnie de L'Oiseleur annonce parmi ses projets des opéras de Boïeldieu, Chaminade, Massé, Varney, Pessard, Polignac, des oratorios de Dubois et Deslandres, et même un Mazeppa de Clémence de Grandval (1892), un Guillaume le Conquérant d'Émile Bernard (1890) et la suite du grand cycle Hahn (après les inédits Prométhée délivré avec L'Oiseleur, Nausicaa avec Viorica Cortez et Guillemette Laurens, qu'ils ont également publié sur YouTube, La Colombe de Bouddha avec Jérôme Varnier !) avec La Reine de Sheba (1924).

Ils font plus de résurrections patrimoniales en un an que Bru Zane (cette année, on aura juste un Faust original de Gounod… Confused – et je suppose Tarare I love you en décembren, conjointement avec le CMBV), pas forcément moins intéressantes d'ailleurs, et ils ne touchent aucune subvention. Sérieusement ?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://operacritiques.free.fr/css/
Polyeucte
Mélomane chevronné
avatar

Nombre de messages : 19409
Age : 35
Date d'inscription : 03/07/2009

MessageSujet: Re: La Compagnie de L'Oiseleur   Ven 2 Mar 2018 - 15:07

DavidLeMarrec a écrit:
Ils font plus de résurrections patrimoniales en un an que Bru Zane (cette année, on aura juste un Faust original de GounodConfused – et je suppose Tarare I love you en décembren, conjointement avec le CMBV), pas forcément moins intéressantes d'ailleurs, et ils ne touchent aucune subvention. Sérieusement ?

Hum.... on a déjà eu {Le Tribut de Zamora}, on aura {La Nonne Sanglante} (bon, qui est revenue auparavant à Osnabrück je te l'accorde)...
Donc au moins 4 productions dont une scénique! Very Happy

_________________
Les Carnets d'Erik, le retour!
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://erikcarnets.fr/ En ligne
DavidLeMarrec
Mélomane inépuisable
avatar

Nombre de messages : 85086
Localisation : tête de chiot
Date d'inscription : 30/12/2005

MessageSujet: Re: La Compagnie de L'Oiseleur   Ven 2 Mar 2018 - 15:44

Non, on n'a pas eu Zamora, justement. carton rouge

La Nonne Sanglante, je croyais que c'était seulement l'OC, dont acte. Very Happy

Mais mon propos était de dire que sans subventions ils arrivent à exhumer plus de choses (certes avec des coûts fixes beaucoup moins importants qu'avec grande salle, grand orchestre, fondation à demeure…), alors si on leur donnait simplement quelques sous, on pourrait avoir des versions avec orchestre et / ou mise en scène de tous les Hahn, un peu sur le modèle des Frivolités Parisiennes.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://operacritiques.free.fr/css/
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: La Compagnie de L'Oiseleur   

Revenir en haut Aller en bas
 
La Compagnie de L'Oiseleur
Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Compagnie Jolie Môme
» MIKA ET COMPAGNIE
» compagnie canadienne..
» Compagnie québécoise
» Dunlop: une compagnie de parole!

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Autour de la musique classique :: Musique classique :: Concerts-
Sauter vers: