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 Verdi - Don Carlos - Rustioni/Honoré - Lyon - 03-04/2018

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Adalbéron
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MessageSujet: Verdi - Don Carlos - Rustioni/Honoré - Lyon - 03-04/2018   Dim 1 Avr 2018 - 14:58

Verdi, Don Carlos (version parisienne en 5 actes, 1867)

Mise en scène Christophe Honoré
Direction Daniele Rustioni
Philippe II Michele Pertusi
Élisabeth Sally Matthews
Don Carlos Sergey Romanovsky
Rodrigue Stéphane Degout
La Princesse Eboli Eve-Maud Hubeaux
Le Grand Inquisiteur Roberto Scandiuzzi
Le Moine Patrick Bolleire
Le page Jeanne Mendoche


J'y étais le 30 mars :

Un spectacle (une représentation) bifrons. Une première partie « pétard mouillé », une seconde incendiaire.

La mise en scène de Christophe Honoré est loin de m’avoir toujours convaincu : les costumes en similicuir et chiffons m’ont peu plu (mais c’est une affaire de goût) et la direction d’acteur est parfois franchement indigente (ces chaises jetées mécaniquement pour signifier la colère...) ; néanmoins, la seconde partie du spectacle, avec les tableaux de autodafé (un tantinet statique, peut-être), des appartements de Philippe, de la prison et du retour au couvent de Saint-Just, était plutôt réussie : les espaces deviennent mieux définis, plus resserrés, la direction d’acteur plus tenue et fouillée. C. Honoré a choisi de faire de la princesse Eboli une accidentée qui ne se déplace qu’en fauteuil roulant ou à l’aide d’une béquille (en référence au film Crash de Cronenberg) : cela peut sembler incongru, voire accessoire, surtout dans la mesure où cela met en difficulté la chanteuse, mais il faut avouer que cela acquiert en deuxième partie une certaine efficacité dramatique. Le ballet mettant en scène les hérétiques qui seront brûlés dans la scène de l’autodafé ne m’a pas déplu (j’ai aimé le contraste entre la ligne très lyrique et architecturée des solos de cordes et les mouvements déstructurés des danseurs). Le tout dernier tableau, à Saint-Just, accorde à Carlos une dimension christique : le prince, vêtu d’un long manteau de pourpre, s’approche d’Élisabeth en passant devant une immense reproduction d’une crucifixion de Velázquez : on entend alors, en ce Vendredi saint, plus précisément certaines paroles de la reine auxquelles on ne prêtait pas la même attention : « Monte au calvaire et sauve un peuple qui t’attend ». Était-il alors nécessaire de faire tomber un rideau au moment où Philippe entre en scène pour découvrir une reproduction d’une Vierge affligée ? Ce qui n’était qu’allusion devient alors discours, et faire nettement d’Élisabeth une stabat mater devient plus problématique (on peut certes fantasmer un mariage mystique ultérieur, mais que faire de Philippe ?). À la fin du drame, le Moine chante depuis la coulisse et c’est un jeune garçon au cœur rayonnant qui sort de dessous la scène pour sauter dans les bras de Carlos et y expirer : tableau poétique qui densifie le mystère de la fin de l’œuvre.

La soirée est menée d’une main furieuse par le tigre Daniele Rustioni, râlant, rugissant, frappant, griffant le bord de la fosse, taillant dans l’air des coups qui s’abattent sur les cordes, soufflant la tempête qui gonflent les vents et les cuivres. Le chef italien parvient à mettre en valeur les raffinements colorés et le lyrisme désabusé de cette riche partition en ne perdant jamais de vue la dynamique du drame, en mettant en saillie les accrocs d’un orchestre qui, comme souvent chez Verdi, transcrit avec violence les passions des personnages (qu’on pense au début du « Ô don fatal », même dans la version parisienne). Tout ceci est surtout vrai dans la seconde partie, car on l’a trouvé étonnamment routinier dans la première partie, voire mou… L’Orchestre de l’Opéra de Lyon doit être salué pour son endurance et sa maîtrise technique, mais il n’est pas interdit de penser que Rustioni aurait pu aller plus loin avec un autre orchestre (on se souvient à l’Opéra de Paris d’un Rigoletto étourdissant, digne du meilleur Muti).

La distribution vocale est dominée par le Rodrigue de Stéphane Degout, d’une grande noblesse, à la diction exemplaire, dont l’autorité de la projection n’a d’égale que la subtile musicalité. Le tranchant de la diction et la rigueur de la caractérisation donne à entendre et voir un Posa aussi humain que sévère.
L’Eboli de Eve-Maud Hubeaux m’a un peu déçu dans la première partie tant j’avais lu et entendu d’éloges à son égard : la voix sonne étonnamment verte, la diction par endroit approximative et l’incarnation semble parfois confuse. Mais elle se révèle métamorphosée en seconde partie et délivre à l’acte IV un duo et un air d’une force dramatique et musicale stupéfiante, avec des aigus et des graves impérieux, ainsi qu’une très bonne diction. Un des moments les plus émouvants de la soirée. J’ai hâte de l’entendre à nouveau dans des premiers rôles comme celui-ci, elle ne peut que progresser !
Le Philippe II de Michele Pertusi est d’une étonnante transparence dans la première partie. Dès son « Elle ne m’aime pas », déchirant, la voix trouve une stabilité, une tenue et un éclat superbes qui s’épanouiront encore plus fermement dans toute la suite de l’opéra. Le timbre est d’une grande beauté et l’interprète se démarque d’emblée par une éloquence vraiment remarquable pour un non-francophone. Un Philippe à mon avis digne de Van Dam sur ce point, avec en sus toutes les notes graves. Quelque chose proche de la perfection, en fait.
Sergey Romanovsky laisse assez égaré : son Carlos manque d’ampleur, mais touche par sa fragilité. Ce qui peut apparaître dans la première partie comme un manque d’engagement apparaît dans la seconde comme une caractérisation du personnage en somnambulique détaché du réel. On demeure tout de même un peu sur sa faim, car il manque un je-ne-sais-quoi qui donnerait au personnage toute son épaisseur de jeune homme sur le fil, délirant et dévasté, dépassé par ses émotions et la charge qui lui revient. Le timbre est quoi qu’il en soit vraiment très séduisant (l’homme aussi) et c’est avec plaisir que je l’entendrais à nouveau, dans un rôle moins écrasant pour le jeune ténor qu’il est, plutôt rompu au répertoire rossinien.
L’Élisabeth de Sally Matthews délivre un premier acte inquiétant : la voix sonne un peu en arrière et le vibrato envahit la ligne et le texte. Mais, comme tout le reste du plateau (sauf Degout, d’une égale grandeur), elle apparaît métamorphosée dans la seconde partie : le legato est maîtrisé et c’est la plus engagée dramatiquement. La diction reste tout de même assez problématique, mais son « Toi qui sus le néant » est porté par une émotion qui m’a fait rendre les armes.
Roberto Scandiuzzi est un Grand Inquisiteur torrentiel, un peu débraillé (c’est surtout qu’il attaque des aigus un peu n’importe comment, avant le temps ou en glissant depuis la note où il était juste avant) mais d’une efficacité indubitable. La scène entre lui et le roi a sans doute été pour moi le plus grand moment de la soirée, tant les deux chanteurs étaient déchaînés et l’orchestre enfiévré. Sidérant.
Jeanne Mendoche incarne un page de beaucoup de caractère et Patrick Bolleire un Moine exemplaire.
Beaux Chœurs de l’Opéra de Lyon, très engagés et musiciens.

La production parisienne de Don Carlos reste pour moi sur des cimes inaccessibles, mais l’acte IV de Lyon (ce que Verdi a pour moi composé de plus absolument et continument inspiré sur près d’une heure) était d’une force incomparable, notamment grâce à une direction d’une toute autre mesure et un art du dire que n’avaient pas tous les chanteurs à Paris.


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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Verdi - Don Carlos - Rustioni/Honoré - Lyon - 03-04/2018   Dim 1 Avr 2018 - 23:01

Merci pour ce compte-rendu détaillé. Very Happy

Pas sûr qu'on fasse tellement mieux que l'Orchestre de l'Opéra de Lyon : il y a plus virtuose, bien sûr, si on va chercher Londres ou Berlin, mais ils répondent vraiment très bien aux chefs, et dans les styles les plus divers. Je n'ai jamais de frustration particulière lorsque je l'écoute, bien au contraire. Qu'est-ce qui t'a paru perfectible (tout à fait possible sur une partition aussi longue, bien sûr) ?

Adalbéron a écrit:
La production parisienne de Don Carlos reste pour moi sur des cimes inaccessibles,

Ah tiens, j'adore l'œuvre, mais je m'étais (presque) ennuyé. Il faut dire que sortir la version française pour la faire chanter en volapük septentrional, mouais.

Finalement une des soirées les moins sympas de ma saison, même si c'était tout sauf mauvais (diction exceptée, oui).
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Adalbéron
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MessageSujet: Re: Verdi - Don Carlos - Rustioni/Honoré - Lyon - 03-04/2018   Lun 2 Avr 2018 - 3:32

DavidLeMarrec a écrit:
Pas sûr qu'on fasse tellement mieux que l'Orchestre de l'Opéra de Lyon : il y a plus virtuose, bien sûr, si on va chercher Londres ou Berlin, mais ils répondent vraiment très bien aux chefs, et dans les styles les plus divers. Je n'ai jamais de frustration particulière lorsque je l'écoute, bien au contraire. Qu'est-ce qui t'a paru perfectible (tout à fait possible sur une partition aussi longue, bien sûr) ?

Difficile, finalement, de différencier ce qui relève des choix du chef et ce qui pourrait relever des légères faiblesses de l'orchestre. J'ai trouvé à plusieurs reprises (j'avais déjà eu cette impression dans Attila au TCE) que les attaques manquaient de mordant et, surtout, que les timbres des instruments manquaient de couleurs et de relief (quelques couacs aussi, mais ça arrive même aux meilleurs). Dans Macbeth, le lendemain, c'était beaucoup mieux, tranchant et pigmenté, sans atteindre pour autant les impressions que je garde du Rigoletto parisien. Tout ça aurait pu être beaucoup plus chamarré et franc. J'ai mis cette frustration sur le compte de l'orchestre, mais elle peut être le fait de Rustioni, de l'acoustique, d'une fatigue, etc.

DavidLeMarrec a écrit:

Adalbéron a écrit:
La production parisienne de Don Carlos reste pour moi sur des cimes inaccessibles,

Ah tiens, j'adore l'œuvre, mais je m'étais (presque) ennuyé. Il faut dire que sortir la version française pour la faire chanter en volapük septentrional, mouais.

Finalement une des soirées les moins sympas de ma saison, même si c'était tout sauf mauvais (diction exceptée, oui).

Je ne m'étais pas ennuyé une seule seconde, surtout grâce à la mise en scène de Warlikowski que j'avais trouvée d'une grande subtilité et d'une efficacité dramatique et figurative redoutable. Le français était certes parfois très (très) approximatif (« Je te mãudi, ô ma bõnté ») chez quelques uns (surtout Garanca), mais tous étaient si engagés et musicalement justes que je ne m'en suis pas formalisé sur le moment (plus à la réécoute).

Une des soirées les plus intenses de ma vie colors
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Verdi - Don Carlos - Rustioni/Honoré - Lyon - 03-04/2018   Lun 2 Avr 2018 - 12:36

Adalbéron a écrit:
J'ai trouvé à plusieurs reprises (j'avais déjà eu cette impression dans Attila au TCE) que les attaques manquaient de mordant et, surtout, que les timbres des instruments manquaient de couleurs et de relief

Ah oui, véniel. Ce peut être la différence de niveau avec les orchestres qu'on a l'habitude d'entendre à Paris aussi (les plus virtuoses du monde, donc même avec d'excellents comme l'Opéra de Lyon, il peut y avoir un écart de niveau).


Citation :
sans atteindre pour autant les impressions que je garde du Rigoletto parisien.

Je ne peux pas dire, je n'ai pas pu aller entendre Attila, et j'ai eu Luisotti pour Rigoletto (et c'était pas bon, en grande partie à cause de l'orchestre qui se moquait assez ostensiblement d'être au bon endroit au bon moment).


Citation :
Je ne m'étais pas ennuyé une seule seconde, surtout grâce à la mise en scène de Warlikowski que j'avais trouvée d'une grande subtilité et d'une efficacité dramatique et figurative redoutable. Le français était certes parfois très (très) approximatif (« Je te mãudi, ô ma bõnté ») chez quelques uns (surtout Garanca), mais tous étaient si engagés et musicalement justes que je ne m'en suis pas formalisé sur le moment (plus à la réécoute).

Tu devais être près, non ? Parce que du fond du second balcon, je ne voyais à peu près rien de la direction d'acteurs, et la diction de tout le monde était encore plus vaporeuse. Sans doute que de près, ça m'aurait plus impressionné, mais ça manquait d'urgence (la version veut ça, mais aussi la très belle direction détaillée de Jordan, moins centrée sur le drame).


Citation :
Une des soirées les plus intenses de ma vie colors

Ah oui, quand même. (Moi, mes meilleures expériences de théâtre sont en général proportionnelles à la taille de la salle : le Vaisseau fantôme à l'Opéra de Bordeaux, ça, c'était une claque physique impressionnante.)

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Adalbéron
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MessageSujet: Re: Verdi - Don Carlos - Rustioni/Honoré - Lyon - 03-04/2018   Lun 2 Avr 2018 - 16:06

DavidLeMarrec a écrit:

Ah oui, véniel.

Mr.Red

DavidLeMarrec a écrit:
Ce peut être la différence de niveau avec les orchestres qu'on a l'habitude d'entendre à Paris aussi (les plus virtuoses du monde, donc même avec d'excellents comme l'Opéra de Lyon, il peut y avoir un écart de niveau).

Très probablement, oui.


DavidLeMarrec a écrit:
Je ne peux pas dire, je n'ai pas pu aller entendre Attila, et j'ai eu Luisotti pour Rigoletto (et c'était pas bon, en grande partie à cause de l'orchestre qui se moquait assez ostensiblement d'être au bon endroit au bon moment).

Ça n'était pas du tout le cas avec Rustioni. Je n'ai revu un tel enthousiasme des instrumentistes à l'égard d'un chef d'orchestre qu'avec Dudamel dans La Bohème en décembre dernier. Tous étaient déchaînés et l'ensemble des timbres était somptueux.

DavidLeMarrec a écrit:

Tu devais être près, non ?  Parce que du fond du second balcon, je ne voyais à peu près rien de la direction d'acteurs, et la diction de tout le monde était encore plus vaporeuse. Sans doute que de près, ça m'aurait plus impressionné, mais ça manquait d'urgence (la version veut ça, mais aussi la très belle direction détaillée de Jordan, moins centrée sur le drame).

Oui, j'étais tout près. C'est le problème de Bastille (et de Garnier)... Gestes, effleurements, regards, tout ça se perd assez facilement...
D'urgence, je ne sais pas. La direction de Jordan était beaucoup plus architecturée que celle de Rustioni, c'est certain, et m'avait permis de repérer dans la partition quelques « plagiats par anticipation » que je n'avais pas perçus (du Debussy et du Prokofiev en particulier). Moins fiévreuse, assurément. Mais pour moi Garanca et Kaufmann n'étaient qu'urgence (je ne suis pas un grand fan de Kaufmann pourtant, et Garanca j'en avais plutôt garder le souvenir d'une voix opulente mais d'une actrice un peu distante, en Charlotte). Les autres suivaient (Yoncheva d'une immense charge émotionnelle et Tézier souverain).

DavidLeMarrec a écrit:

Ah oui, quand même. (Moi, mes meilleures expériences de théâtre sont en général proportionnelles à la taille de la salle : le Vaisseau fantôme à l'Opéra de Bordeaux, ça, c'était une claque physique impressionnante.)

Mes meilleurs expériences de théâtre à l'ONP, c'est souvent quand je suis au premier rang (je profite des places de dernière minute au rabais pour les jeunes). À Garnier, c'est formidable, parce qu'on voit en sus tout l'orchestre devant nous. Récemment, le dyptique Bartok/Poulenc à cet emplacement m'a laissé ahuri, surtout La Voix humaine, avec Hannigan à quelques mètres seulement de là où j'étais placé. C'est addictif, par contre, on a du mal à en revenir (j'ai fréquenté le fond du second balcon de Bastille et de de l'amphithéâtre de Garnier pendant 8 ans ; il faudra bien que je m'y remette un jour Wink )


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Xavier
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MessageSujet: Re: Verdi - Don Carlos - Rustioni/Honoré - Lyon - 03-04/2018   Lun 2 Avr 2018 - 16:09

Du Debussy et du Prokofiev dans Don Carlos? Je n'ai vraiment pas entendu ça...
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Adalbéron
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MessageSujet: Re: Verdi - Don Carlos - Rustioni/Honoré - Lyon - 03-04/2018   Lun 2 Avr 2018 - 16:34

Xavier a écrit:
Du Debussy et du Prokofiev dans Don Carlos? Je n'ai vraiment pas entendu ça...

Debussy, c'était pour la transparence délicate qu'avait mis en valeur Jordan dans le duo « Je viens solliciter de la reine une grâce », l'évanescence et la liquidité des timbres, et puis quelque chose dans l'harmonie que je ne saurais pas préciser, que je crois entendre (ce qu'il se passe lors du « Par quelle douce voix » par exemple). Du Fauré peut-être, plutôt. Enfin quelque chose qui sonnait impressionniste et français.

Prokofiev, c'était plutôt grâce à Warlikowski qui a choisi de projeter, au moment de la marche funèbre de l'autodafé, un plan rapproché du visage du roi qui très eisensteinien, ou soviétique, plus largement : la musique semblait tout à fait sortie des partitions que Prokofiev a écrites pour le cinéma.

Jordan m'avait aussi fait entendre des fugues alla Bach dans le premier acte de Samson et Dalila.

Tout ça est subjectif, issu d'impressions auditives, je n'ai pas (encore, je me remets au solfège) les moyens de prouver ça avec des preuves détaillées.
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Verdi - Don Carlos - Rustioni/Honoré - Lyon - 03-04/2018   Lun 2 Avr 2018 - 16:35

Adalbéron a écrit:
Ça n'était pas du tout le cas avec Rustioni. Je n'ai revu un tel enthousiasme des instrumentistes à l'égard d'un chef d'orchestre qu'avec Dudamel dans La Bohème en décembre dernier. Tous étaient déchaînés et l'ensemble des timbres était somptueux.

Ou bien c'était l'effet fin de série. Mr. Green C'est vraiment la convergence systématique que j'ai observé entre la désinvolture peu professionnelle de certains soirs (première moitié de série) et la démonstration incroyable de leur talent (dernières dates).

Ça paraît à peine croyable chez des pros (et ce n'est pas du tout comme ça dans les autres maisons, même françaises, où le résultat varie peu entre les représentations), mais ça semble assez connu.


Citation :
Oui, j'étais tout près. C'est le problème de Bastille (et de Garnier)... Gestes, effleurements, regards, tout ça se perd assez facilement...

D'accord, ce qui confirme que Warlikowski, malgré tout son prêchi-prêcha dans les journaux, n'en a rien à faire des pauvres, manifestement. Ça m'avait indigné dans Iphigénie : si on était placé sur le côté, on ne pouvait pas voir les airs d'Iphigénie (j'étais du bon côté, par hasard). Alors après, on nous fait des déclarations enflammées sur le vilain public bourgeois, mais lorsqu'il s'agit de s'adresser au public qui paie moins de 100€ sa place, alors là, non, surtout pas, ma liberté artistique de faire joujou avec les lavabos quasiment dans la coulisse…

Concernant Don Carlos, je n'ai rien remarqué de fulgurant dans la retransmission, mais il y avait clairement plus de choses, alors en étant près de l'orchestre et des (grandes) voix et (bons) acteurs, ce devait être beaucoup plus marquant, oui.


Citation :
m'avait permis de repérer dans la partition quelques « plagiats par anticipation » que je n'avais pas perçus (du Debussy et du Prokofiev en particulier).

Des coïncidences mélodiques, je suppose ? Parce qu'harmoniquement ou orchestralement, on peut difficilement s'y tromper, me semble-t-il.


Citation :
C'est addictif, par contre, on a du mal à en revenir (j'ai fréquenté le fond du second balcon de Bastille et de de l'amphithéâtre de Garnier pendant 8 ans ; il faudra bien que je m'y remette un jour Wink )

… ou que tu considères faire une carrière très lucrative.

(J'ai justement un poste qui se libère dans ma barre… accident du travail, dix balles dans le corps, ça arrive. Ça paie bien, il faut juste distribuer la marchandise.)
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MessageSujet: Re: Verdi - Don Carlos - Rustioni/Honoré - Lyon - 03-04/2018   Lun 2 Avr 2018 - 23:15

DavidLeMarrec a écrit:

Ou bien c'était l'effet fin de série. Mr. Green C'est vraiment la convergence systématique que j'ai observé entre la désinvolture peu professionnelle de certains soirs (première moitié de série) et la démonstration incroyable de leur talent (dernières dates).

Ça paraît à peine croyable chez des pros (et ce n'est pas du tout comme ça dans les autres maisons, même françaises, où le résultat varie peu entre les représentations), mais ça semble assez connu.

Pas de pot, j'avais vu la troisième  Mr. Green


DavidLeMarrec a écrit:
D'accord, ce qui confirme que Warlikowski, malgré tout son prêchi-prêcha dans les journaux, n'en a rien à faire des pauvres, manifestement. Ça m'avait indigné dans Iphigénie : si on était placé sur le côté, on ne pouvait pas voir les airs d'Iphigénie (j'étais du bon côté, par hasard). Alors après, on nous fait des déclarations enflammées sur le vilain public bourgeois, mais lorsqu'il s'agit de s'adresser au public qui paie moins de 100€ sa place, alors là, non, surtout pas, ma liberté artistique de faire joujou avec les lavabos quasiment dans la coulisse…

J'avoue que je n'ai pas souvent lu de déclaration de Warlikowski dans la presse ou même vu d'interview filmée, je ne le connais quasiment que par son travail. Aussi, oui, il n'est pas toujours tendre avec le public « bourgeois » dans ses mises en scène, notamment dans son Iphigénie... Mais peut-on lui reprocher de travailler dans le détail (dans le cas de Don Carlos — que le vernis d'Eboli soit du même beige scintillant que l'écran transparant sur lequel étaient projeté en avant-scène plusieurs vidéos par exemple Laughing) alors qu'il n'est pas l'architecte de l'immense bastille de granit qui nous sert de grande salle d'opéra à Paris et qu'il n'y est pour rien si on ne voit qu'en partie la scène depuis un bon tiers des places de Garnier. Si tout doit se passer au milieu, en énorme, Ivo van Hove et ses captations de l'action en direct vont faire fortune ! Twisted Evil
Cela dit, je comprends, mais j'aurais du mal à lui en vouloir.


Citation :

Des coïncidences mélodiques, je suppose ?  Parce qu'harmoniquement ou orchestralement, on peut difficilement s'y tromper, me semble-t-il.

Eh bien, si, malheureusement  pété de rire
J'ai répondu sur ce point à Xavier un peu plus haut qui était lui aussi un peu surpris par cette affirmation.
Je persiste, et signe Cool


Citation :

… ou que tu considères faire une carrière très lucrative.

(J'ai justement un poste qui se libère dans ma barre… accident du travail, dix balles dans le corps, ça arrive. Ça paie bien, il faut juste distribuer la marchandise.)

Non merci ! Mr. Green Je préfère continuer à donner de petits cours à droite à gauche (quoi que je ne sais pas si c'est moins dangereux finalement ; on n'est jamais à l'abris d'une Leçon de Ionesco renversée  Neutral ).
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MessageSujet: Re: Verdi - Don Carlos - Rustioni/Honoré - Lyon - 03-04/2018   Mar 3 Avr 2018 - 11:13

Rustioni

Adalbéron a écrit:
Pas de pot, j'avais vu la troisième Mr. Green

Rustioni est donc décidément très bon.


Warlikowski

Citation :
il n'est pas toujours tendre avec le public « bourgeois » dans ses mises en scène, notamment dans son Iphigénie... Mais peut-on lui reprocher de travailler dans le détail [...] alors qu'il n'est pas l'architecte de l'immense bastille de granit qui nous sert de grande salle d'opéra à Paris et qu'il n'y est pour rien si on ne voit qu'en partie la scène depuis un bon tiers des places de Garnier.

Je ne suis pas d'accord : les bons metteur en scène prennent le paramètre de la salle à l'italienne en compte, et font en sorte d'alterner les côtés où se situent les personnages, de ne pas les laisser dans un angle mort, même lorsqu'ils utilisent toute la scène. Là, Iphigénie était dans l'angle le moins visible de toute la moitié cour (depuis les premiers rangs de côté, on ne devait pas la voir non plus, pour des prix dans les 100€…), et elle y faisait toutes ses interventions importantes. En la déplaçant simplement vers un endroit moins encaissé, et en la faisant alterner ses deux airs d'un côté puis de l'autre, le public aurait vu une moyenne acceptable de ce qui se passait.

Si Warlikowski n'est pas capable de prendre en compte les théâtres à l'italienne ni les grandes salles modernes, il ne lui reste plus qu'à se spécialiser dans les kermesses de fin d'année dans les conservatoires.

Mais alors, quand on bave sur le public fortuné dans tous ses entreties, et qu'on méprise à ce point les pauvres qui n'ont pas la place centrée qu'on lui offre lorsqu'il va au théâtre, je trouve ça assez misérable.

(Pour couronner le tout, je n'ai jamais vu de mise en scène intéressante de lui – quand ce n'est pas tout simplement du sabotage délibéré, comme le Roi Roger. Mais ce n'est pas la question, juste celle 1/du métier 2/ de l'hypocrisie.)


Debussy & Prokofiev

Ah oui, j'avais manqué votre échange.

Adalbéron a écrit:
l'évanescence et la liquidité des timbres, et puis quelque chose dans l'harmonie que je ne saurais pas préciser, que je crois entendre (ce qu'il se passe lors du « Par quelle douce voix » par exemple). Du Fauré peut-être, plutôt. Enfin quelque chose qui sonnait impressionniste et français.

Ah oui, du Debussy-Massenet de jeunesse, ou du Fauré, effectivement. (mais à la lecture, c'est quand même beaucoup plus sommaire, même si c'est un passage très bémolisé, ça n'enharmonise pas furieusement comme du Fauré) À l'oreille, c'est vrai qu'il y a quelque chose de très français-postérieur, tu as raison.


Citation :
Prokofiev, c'était plutôt grâce à Warlikowski qui a choisi de projeter, au moment de la marche funèbre de l'autodafé, un plan rapproché du visage du roi qui très eisensteinien, ou soviétique, plus largement : la musique semblait tout à fait sortie des partitions que Prokofiev a écrites pour le cinéma.

Je vois. Mais Prokofiev n'y écrit pas, me semble-t-il, de gros unissons sur des harmonies aussi sommaires. Moins convaincu, c'est plus une parenté d'atmosphère (en effet, pas faux !) qu'un point commun strictement musical, à mon sens.


Citation :
Jordan m'avait aussi fait entendre des fugues alla Bach dans le premier acte de Samson et Dalila.

Ça, les mouvements fugués, ils y sont, c'est moins surprenant, d'autant que Saint-Saëns ne dédaigne pas l'archaïsme.
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aurele
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MessageSujet: Re: Verdi - Don Carlos - Rustioni/Honoré - Lyon - 03-04/2018   Dim 8 Avr 2018 - 22:53

Merci d'avoir ouvert ce topic Adal. J'y étais le 24 mars.

J'avais très peur d'y aller à cause de Christophe Honoré, n'ayant pas aimé sa production de Cosi fan tutte d'Aix en Provence (vue sur Arte pour cette dernière). Dans l'ensemble, j'ai bien apprécié sa mise en scène, même si tout n'était pas idéal. Le tableau de l'autodafé tombait à plat pour la confrontation père-fils en particulier, le ballet ne m'a pas plu du tout, Eboli en fauteuil roulant, cela ne fonctionnait pas au IIIe acte. En revanche, les tableaux au niveau du couvent fonctionnaient très bien ainsi que la scène de la prison qui fut un des grands moments de la soirée pour moi. J'ai préféré cette production à celle de Warlikowski vue à la TV.

J'ai bien aimé dans l'ensemble la direction de Rustioni, beaucoup plus convaincante pour moi que celle de Jordan entendue à la TV. J'ai trouvé que le drame ressortait bien, que les scènes intimistes fonctionnaient bien également, qu'il était attentif à ne pas trop couvrir les chanteurs. J'ai lu de tout sur sa direction.

Sergey Romanovsky a une très belle voix, était compréhensible mais il était un peu dépassé par instants en ce qui concerne les aigus. Dommage car il a composé un Carlos plutôt sensible et très musical.

Sally Matthews est pour moi le point noir de la distribution. Elle n'a absolument pas le profil vocal requis du rôle, les aigus étaient parfois très difficiles à supporter, le registre grave en revanche était intéressant. Elle ne faisait pas assez reine vocalement. L'acte dans lequel je l'ai trouvée la mieux est le 4e.

Stéphane Degout que j'entendais pour la première fois en salle fut mon coup de cœur de la soirée. Sa prise de rôle a été magistrale. Style, élégance, beauté vocale, grande qualité de la diction, incarnation idéale.

Eve-Maud Hubeaux a su gérer avec brio les contraintes de la mise en scène. Elle a été une excellente Eboli. La voix, en particulier dans les aigus, sonne de manière impressionnante. Un matériau vocal de premier ordre. Une chanteuse investie qui a brûlé les planches. Un "O don fatal" qui me marquera. J'espère que sa carrière va continuer à se développer, en France et à l'étranger.

Michele Pertusi a été un Philippe II de qualité qui s'est libéré vocalement au fil de la soirée, très convaincant sur le plan de l'incarnation, avec de très beaux restes vocaux comme en a témoigné son monologue commencé en italien d'ailleurs. Il s'est vite repris sans sacrifier la ligne de chant. Je l'ai trouvé plutôt remarquable dans l'affrontement avec l'Inquisiteur.

Roberto Scandiuzzi a été un Inquisiteur très efficace selon moi.

Les seconds rôles étaient très satisfaisants.

Les chœurs ont été très bien.
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MessageSujet: Re: Verdi - Don Carlos - Rustioni/Honoré - Lyon - 03-04/2018   

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