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 Franz Schreker

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Benedictus
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Benedictus

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MessageSujet: Re: Franz Schreker   Franz Schreker - Page 19 EmptyMer 27 Mar 2019 - 0:10

Il me semblait que David, Anaëlle et Arnaud avaient déjà dit un mot de ce disque, mais seulement en Playlist, apparemment... Donc:

Franz Schreker - Page 19 Schrek10
Der Schatzgräber: Interlude symphonique. Die Gezeichneten: Prélude. Das Spielwerk: Prélude. Vorspel zu einer grossen Oper. Der ferne Klang: Nachtstück
Lawrence Renes / Orchestre Royal de Suède
Stockholm, VI.2015
BIS


D’abord, quelques remarques quant au programme.

Il ne faut pas confondre, d’une part, le Vorspiel zu einer grossen Oper (enregistré ici), qui est une œuvre symphonique indépendante, composée en 1933 à partir d’esquisses pour un projet d’opéra autour du personnage de Memnon abandonné de 1919 (ce «Prélude pour un grand opéra» est aussi dernière œuvre achevée de Schreker), et, d’autre part, le Vorspiel zu einem Drama («Prélude pour un drame»), qui est une version développée pour le concert du Prélude des Gezeichneten, composée à la demande de Weingartner en 1913.

C’est la version «opéra» du Prélude des Gezeichneten qui est enregistrée ici, alors qu’on peut entendre le Vorspiel zu einem Drama par Gielen et le RSO Berlin sur le disque Schwann ci-dessous. Du coup, le seul vrai doublon entre ces deux disques est le Nachtstück tiré de l’opéra Der ferne Klang (par Rickenbacher et le RSO Berlin sur le disque Schwann).

Même si je suis assez réservé sur le principe de disques d’ouvertures et préludes d’un compositeur, je trouve que dans le cas de Schreker, ça se justifie assez: non seulement parce que certains de ces morceaux ont été conçus de façon plus ou moins autonome (outre les cas des deux Vorspiele de concert, le Nachtstück qui sert d’interlude entre les scènes 1 et 2 de l’acte III de Der ferne Klang a été achevé et créé en concert avant l’opéra, tandis que le Prélude de l’opéra Das Spielwerk enregistré ici est en fait une version remaniée d’un Interlude), mais aussi parce que l’art orchestral de Schreker supporte très bien d’être goûté pour lui-même.

Et puis, il me faut bien admettre que, d’une part, les opéras de Schreker me semblent d’un intérêt inégal (je n’ai pas aimé plus que cela Der Schatzgräber) et que, d’autre part, même les plus réussis peuvent voir leur séduction dramatique et vocale s’émousser à force d’écoutes répétées (comme je le signalais un peu plus haut, c’est pour moi le cas avec les Gezeichneten, alors que pour moi Der ferne Klang «tient» finalement davantage) - alors que le ravissement de ces pages orchestrales reste assez inchangé. Le Prélude des Gezeichneten est vraiment toujours aussi extraordinaire (rien que le scintillement de l’incipit...), le Nachtstück aussi, et le Prélude de Das Spielwerk est une belle découverte; seul le Vorspiel zu einer grossen Oper m’a laissé plus mitigé (des passages somptueux, mais aussi d’autres dans un genre péplum oriental qui se ressentent un peu trop du thème «égyptien» d’origine...)

L’interprétation m’a paru assez idéale. Je trouve en fait que ces pages gagnent beaucoup à être jouées comme ici par un orchestre plus transparent et finement coloré que les grandes phalanges germaniques: la densité des contrechants et des arrière-plans, la complexité harmonique s’en trouvent exaltées, l’orchestration déploie ainsi tout son raffinement (la musique semble constamment progresser par nuances timbrales subtiles, toutes de tuilages et d’alliages) au lieu d’un effet plus univoque de profusion et de luxuriance. La superbe prise de son (nette et détaillée mais sans sécheresse) y contribue également. Et puis la direction de Lawrence Renes est parfaite: galbée, intense, avec un sens formidable de la relance et des transitions.

Vraiment un maître-disque pour qui voudrait goûter la quintessence de l’art de Schreker sans passer par les opéras. À compléter par la Symphonie de chambre par Gielen et le RSO Berlin chez Schwann, donc - ou, pour rester dans le même genre d’image orchestrale transparente et finement colorée que Renes, par Eötvös et l’Orchestre de chambre de la Radio des Pays chez ECM (en complément du très bergien Concerto pour violoncelle de Cerha.)

Monographie Schreker par Gielen, Rickenbacher et le RSO Berlin (Koch):
 

Symphonie de chambre par Eötvös (ECM):
 


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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Franz Schreker   Franz Schreker - Page 19 EmptyMer 27 Mar 2019 - 20:12

Oh oui, ces couleurs ! colors
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MessageSujet: Re: Franz Schreker   Franz Schreker - Page 19 EmptyJeu 28 Mar 2019 - 0:32

J'avais aussi adoré et je souscris complètement à ce qu'écrit Benedictus !
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Franz Schreker   Franz Schreker - Page 19 EmptyLun 8 Avr 2019 - 0:39

Encore une nouveauté discographique consacrée au Schreker orchestral!

Franz Schreker - Page 19 Schrek12
Vorspiel zu einem Drama. Der Geburstag der Infantin - Suite. Romantische Suite, op. 14
JoAnn Falletta / Rundfunk-Sinfonieorchester Berlin
Berlin, VI.2017
Naxos


Cet enregistrement confirme une impression que j’avais déjà eue à l’écoute du disque de Renes - à savoir que l’esthétique musicale de Schreker a connu des inflexions vraiment très sensibles: de ce point de vue, les trois œuvres présentées ici sont vraiment significatives.

D’une part, le Vorspiel zu einem Drama de 1914 (version de concert développée du prélude des Gezeichneten) représenterait le «style médian» de Schreker - ce style «décadent» très mobile, où un postromantisme mahléro-straussien se pare de couleurs plus «impressionnistes», et où s’affirment aussi quelques idiosyncrasies assez sensibles (les tricots polytonaux des arrière-plans, notamment, ou certains alliages de timbres et de textures) qui est finalement celui auquel nous identifions le plus spontanément Schreker. Ce n’est d’ailleurs pas ces idiosyncrasies schrekeriennes que la lecture de JoAnn Falletta fait le mieux ressortir: en effet, si le RSO Berlin possède ici une netteté qui permettrait de mettre en valeur les textures, la direction, très linéaire et d’un lyrisme très immédiat, semble davantage privilégier l’expression mélodique et les contrastes cuivres / cordes - ce qui en atténue la complexité vénéneuse et le modernisme, et tire Schreker du côté de Puccini (ça n’a rien d’absurde ni d’illégitime, c’est clairement une des potentialités de cette musique: simplement, ce n’est pas celle qui m’intéresse le plus - par exemple, le merveilleux incipit avec célesta semble ici un peu expédié, et les dissonances des arrière-plans minorés.)

D’autre part, la Romantische Suite fait entendre un Schreker qui, en 1903, s’inscrit dans un postromantisme encore traditionnel, ample et génreux, déjà richement chromatique mais dont les tension harmoniques restent encore assez peu convulsives: l’œuvre est au total d’un climat mélancolique mais qui reste très lumineux et animé (parfois dansant: le Scherzo ou la Tanz) - on est ici plutôt du côté de Schmidt, de Hausegger ou de Marx (ce qui n’est d’ailleurs pas pour me déplaire.) Le lyrisme très direct de JoAnn Falletta convient ici assez idéalement à l’œuvre, d’autant qu’il bénéficie d’une très belle prestation orchestrale.

Enfin, la suite du ballet Der Geburstag der Infantin donne à entendre une des facettes du Schreker des années 20-30 (l’œuvre date de 1923): un Schreker qui, après les opéras des années 10, semble avoir en partie renoncé à ses raffinements «décadents» pour rechercher un style orchestral faisant davantage de place à une sorte de «couleur locale» - d’où l’impression d’une musique moins personnelle, plus facile (pas dépourvue d’une certaine tendance au cliché.) Ici, la couleur locale est «espagnole» - mais en fait surtout influencée par les couleurs d’œuvres françaises à thème ibérique (Ibéria, Rapsodie espagnole...); combinée aux contraintes rythmiques d’une musique de ballet, cette influence fait qu’on a une œuvre qui, de manière inattendue, sonne souvent très «musique française pour les Ballets Russes» et seulement de manière ponctuelle «décadent viennois» - dans le bref Nachklang conclusif, par exemple (ce mixte déséquilibré de décadentisme et de musique française des années 20 fait parfois un peu penser à Martinů.) Je dois avouer que la partition m’a assez peu convaincu (je n’ai pas de point de comparaison pour ce qui est de l’interprétation) - mais peut-être parce qu’elle était très loin de ce que j’attends habituellement de Schreker.

Donc au total, un bon disque, au contenu vraiment intéressant, mais qui laisse une impression mitigée.
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MessageSujet: Re: Franz Schreker   Franz Schreker - Page 19 EmptyLun 8 Avr 2019 - 16:10

Le style du Schreker des années 20-30 est surtout beaucoup plus divers, donc on trouve des œuvres très différentes les unes des autres. (Pas inconditionnel non plus de l'Anniversaire de l'Infante qui le fascinait décidément – le sujet pour Zemlinsky, son propre Gezeichneten, puis cette musique de scène…)

Schreker était vraiment l'homme de quelques chefs-d'œuvre : une fois qu'on a entendu Ferne Klang, Gezeichneten et Vom ewigen Leben, il y a moins d'incommensurables surprises du même tonnel.
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MessageSujet: Re: Franz Schreker   Franz Schreker - Page 19 EmptyLun 8 Avr 2019 - 16:38

DavidLeMarrec a écrit:
Le style du Schreker des années 20-30 est surtout beaucoup plus divers, donc on trouve des œuvres très différentes les unes des autres.
C'est ce que je voulais dire (trop elliptiquement, peut-être) en disant «donne à entendre une des facettes du Schreker des années 20-30.»

DavidLeMarrec a écrit:
Schreker était vraiment l'homme de quelques chefs-d'œuvre : une fois qu'on a entendu Ferne Klang, Gezeichneten et Vom ewigen Leben, il y a moins d'incommensurables surprises du même tonnel.
J'aime tout de même énormément la Symphonie de chambre (et beaucoup cette Suite romantique) - cela dit, il est vrai que si c'est très réussi, c'est moins singulier, tant ça s'inscrit dans une esthétique d'époque (la première, ça pourrait être une troisième Symphonie de chambre de Schoenberg, la Suite un inédit de Marx - alors qu'effectivement, le Prélude des Gezeichneten est beaucoup plus personnel.)
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Franz Schreker   Franz Schreker - Page 19 EmptyLun 8 Avr 2019 - 16:50

Oui, la Symphonie de Chambre, bien sûr !!

(Et puis des choses chouettes çà et là, comme le Prologue du Schatzgräber ou l'étonnant Flammen de jeunesse.)

Il faut dire que j'ai toujours l'impression qu'il a écrit dix fois le même opéra, donc au bout d'un moment, avec les mêmes thèmes littéraires et le même langage musical, on finit par ne plus être surpris…
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