Autour de la musique classique

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 Berenice Jarrell Jordan Guth Garnier 26 IX - 17 X

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Belcore
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MessageSujet: Berenice Jarrell Jordan Guth Garnier 26 IX - 17 X   Mer 5 Sep 2018 - 11:26

J'ouvre un fil sur ce spectacle que je verrai le 17 octobre.
Le compositeur vient de donner une interview dans laquelle il explique - pas vraiment une surprise - qu'il n'a pas conservé les alexandrins de la pièce et qu'il a écrit le livret.
Par ailleurs le poids des personnages est réévalué par rapport à la pièce, avec un rôle plus affirmé pour Antiochus..
Au total une œuvre relativement courte :1h30 sans entracte..
L'écriture vocale est décrite comme "difficile", le compositeur précisant qu'il l'a fait en connaissant les ressources des interprètes, notamment Barbara Hannigan et Bo Shovkus.

Belcore
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Adalbéron
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MessageSujet: Re: Berenice Jarrell Jordan Guth Garnier 26 IX - 17 X   Mer 5 Sep 2018 - 13:59

Belcore a écrit:
J'ouvre un fil sur ce spectacle que je verrai le 17 octobre.
Le compositeur vient de donner une interview dans laquelle il explique - pas vraiment une surprise - qu'il n'a pas conservé les alexandrins de la pièce et qu'il a écrit le livret.
Par ailleurs le poids des personnages est réévalué par rapport à la pièce, avec un rôle plus affirmé pour Antiochus..
Au total une œuvre relativement courte :1h30 sans entracte..
L'écriture vocale est décrite comme "difficile", le compositeur précisant qu'il l'a fait en connaissant les ressources des interprètes, notamment Barbara Hannigan et Bo Shovkus.

Belcore

Il est vrai qu'avec le talent d'Hannigan, le compositeur pouvait entreprendre tout ce qu'il voulait dans la composition de la partie de la princesse de Judée....
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Berenice Jarrell Jordan Guth Garnier 26 IX - 17 X   Jeu 6 Sep 2018 - 1:05

J'en espère beaucoup, considérant ses talents non seulement dramaturgiques (Cassandre !) mais aussi propres à l'opéra – son Galilée était remarquable, plein d'ensembles, vraiment du rythme et même dans une certaine mesure des mélodies, on sentait qu'il avait fait l'effort de se couler efficacement dans le moule. bounce

Me reste à trouver une date dans mon calendrier déjà à peu près complet. compress
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Belcore
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MessageSujet: Re: Berenice Jarrell Jordan Guth Garnier 26 IX - 17 X   Jeu 6 Sep 2018 - 8:32

DavidLeMarrec a écrit:
J'en espère beaucoup, considérant ses talents non seulement dramaturgiques (Cassandre !) mais aussi propres à l'opéra – son Galilée était remarquable, plein d'ensembles, vraiment du rythme et même dans une certaine mesure des mélodies, on sentait qu'il avait fait l'effort de se couler efficacement dans le moule. bounce

Me reste à trouver une date dans mon calendrier déjà à peu près complet. compress

Moi aussi, David : tu as contribué à me convaincre d'y aller - j'ai entrainé dans mon sillage une vingtaine de personnes...

Belcore
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Berenice Jarrell Jordan Guth Garnier 26 IX - 17 X   Jeu 6 Sep 2018 - 12:11

J'en suis à la fois heureux et assez intimidé : outre que nos goûts sont différents, il y a toujours l'incertitude de la création, et Bérénice n'est pas un sujet facile…
Mais tu as résisté à moins palpitant en matière de création. Smile (D'ailleurs les choix de l'ONP ces dernières années, sans avoir révélé de chefs-d'œuvre incommensurables, ne sont pas mal, on peut le souligner.)

Hâte de découvrir ça dans tous les cas !
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Belcore
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MessageSujet: Re: Berenice Jarrell Jordan Guth Garnier 26 IX - 17 X   Jeu 20 Sep 2018 - 14:52

Les idées du metteur en scène sur l’œuvre :

https://www.forumopera.com/actu/claus-guth-le-public-peut-venir-voir-berenice-detendu

Belcore
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Adalbéron
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MessageSujet: Re: Berenice Jarrell Jordan Guth Garnier 26 IX - 17 X   Jeu 27 Sep 2018 - 12:51

Guth dit qu'« apprendre la musique de cet ouvrage a été un cauchemar » pour les chanteurs, je veux bien le croire ! J'ai moi-même eu le sentiment, à la fin, de m'éveiller d'un cauchemar fade.
J'avais aimé Cassandre, mais la majeure différence avec Bérénice est que le texte est chanté (parlé aussi, mais à de très-trop rares moments). Or, je ne sais pas comment Jarrell s'est débrouillé, mais le texte est rendu incompréhensible, la faute à des sauts de registres, des scansions hachées (passons sur le fait que tous les e finaux sont élidés), des répétitions qui « onomatopient » le poème. A priori, je n'aurais rien contre, le chant permettant d'exprimer les heurts, les déchirures qui parcourent le corps des personnages et dont le texte ne rend pas forcément compte, mais c'est que le résultat épuise par son côté rhapsodique. L'écriture vocale n'est d'ailleurs pas complètement rhapsodique, puisque revient sans cesse le même modèle de mise en musique d'un vers : les 10 premiers pieds sur la même note (aiguë de préférence) puis les deux derniers dégringolés dans le plus bas de la tessiture... Les interludes orchestraux ne sont cependant pas inintéressants, mais ça ne m'a pas non plus fabuleusement saisi... La partie orchestrale dans l'ensemble n'a pas éveillé mon intérêt.

C'est la première fois que j'aime vraiment une mise en scène de Claus Guth, qui a tendance à m'ennuyer ou m'agacer d'ordinaire. Si sa tendance à surligner les rapports symboliques qu’il opère au marqueur rouge, puis à repasser et repasser encore pour bien qu’on comprenne est toujours bien là (attendez-vous à voir les cendres de Vespasien à toutes les sauces et le plongeon de Bérénice — l'Inconnue de la Seine ? — démultiplié et rembobiné), c’est assez efficace — et beau.

Les chanteurs m'ont donné l'impression d'être livré à eux-mêmes. Je serais incapable de dire s'ils ont chanté correctement la partition, mais Barbara Hannigan et Bo Skovhus sont forcément très investis et assez bluffant vocalement et scéniquement. Seulement, j'avais l'impression de les voir devenir des caricatures d'eux-mêmes (Hannigan saute dans tous les coins en se contorsionnant et Skovhus fait le dément gigantesque). Quand Ivan Ludlow se met à parler, quel bonheur (mais peut-être parle-t-on à sa place ?) ! Car il est le reste du temps incompréhensible et assez désagréable à écouter. Le reste de la distribution suit. Rina Schenfeld, chorégraphe israélienne réputée, joue le rôle de Phénice et parle hébreux, j'ai trouvé que c'était une jolie idée.
Ah, et tous les chanteurs m'ont semblé être amplifiés.
Bravo à tous, cependant, parce qu'ils se sont tous donnés et ça n'est vraiment de la tarte à chanter !

Je ne saurais que dire de l'Orchestre et de la direction de Jordan.
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Polyeucte
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MessageSujet: Re: Berenice Jarrell Jordan Guth Garnier 26 IX - 17 X   Jeu 27 Sep 2018 - 13:07

Mouais... et dire qu'à l'origine quand on parlait de cette Bérénice j'espérais secrètement entendre la partition de Magnard. Finalement, la perte n'aurait peut-être pas été si cruelle d'après ton retour.

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Adalbéron
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MessageSujet: Re: Berenice Jarrell Jordan Guth Garnier 26 IX - 17 X   Jeu 27 Sep 2018 - 13:36

Cela étant dit, je doute que je sois bon juge, car je ne connais vraiment rien à la création opératique/lyrique contemporaine.
Ce ne sont que des impressions naïves.
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Berenice Jarrell Jordan Guth Garnier 26 IX - 17 X   Ven 28 Sep 2018 - 0:53

Merci d'avoir pris le temps de rédiger ces éléments ! J'en suis un peu attristé, car cela témoigne soit du ratage de Jarrell (pourtant, même dans l'opéra pur, je l'ai trouvé excellent jusqu'ici ; mais adapter du Racine, c'est risqué), soit de ton goût déplorable Mr. Green , ce qui me chagrine dans les deux cas.

Moi j'aime bien Guth en général, mais ça fait longtemps que je trouve qu'il n'a plus fait grand'chose d'intéressant… Così, Lear, Bohème, tout ça était tellement loin des trouvailles de Fierrabras ou Don Giovanni, il y a beau temps.
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Xavier
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MessageSujet: Re: Berenice Jarrell Jordan Guth Garnier 26 IX - 17 X   Ven 28 Sep 2018 - 1:04

Pourtant quand même Ariane à Naxos, Lohengrin encore récemment…
Je n'ai vu qu'une bande-annonce de sa Frosch, mais ça faisait aussi très envie.
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Belcore
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MessageSujet: Re: Berenice Jarrell Jordan Guth Garnier 26 IX - 17 X   Dim 30 Sep 2018 - 10:51

J'ai eu des retours positifs d'amis qui ont vu le spectacle ; j'irai le 17 octobre, donc à priori à la dernière ; je suppose que d'autres en parlerons avant.

Belcore

P S : j'ignorais qu'il y avait une Bérénice de Magnard : c'est intéressant ?
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Tournesol
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MessageSujet: Re: Berenice Jarrell Jordan Guth Garnier 26 IX - 17 X   Lun 1 Oct 2018 - 0:12

J'y étais hier soir, pour la première.

J'avais prévu me préparer en lisant la pièce de Racine et en écoutant quelques œuvres de Jarrell... résultat, je n'ai fait aucun des deux.  Boulet
Du coup, j'espère que ça n'a pas trop biaisé mon appréciation de l'œuvre.

Je rejoins Adalbéron sur pas mal de points. L'œuvre est vraiment difficile, voire fatigante à suivre, principalement à cause du chant qui soit reste sur la même note, longue, ce qui donne un effet de déclamation tragique assez caricaturale, soit voyage successivement dans les extrêmes ce qui rend le texte incompréhensible (donc vue que je ne connaissais pas la pièce, ça a été d'autant plus difficile pour moi). Du côté de l'orchestre, j'ai souvent eu l'impression que ça fonctionnait souvent comme une succession d'à-coups/d'accords qu'il laissait résonner un certain moment avant d'enchaîner sur le suivant, d'où résulte une musique assez peu fluide et lourde à suivre (après, je n'ai pas été attentif à la partie orchestrale tout du long, donc c'est possible que je raconte des bêtises). Certains interludes orchestraux m'ont néanmoins intéressé, notamment un avec le xylophone. J'ai aussi vu qu'il y avait un synthé dans l'orchestre, mais je n'ai pas réussi à l'entendre au cours de l'opéra. J'ai également bien aimé les rares passages parlés (avec l'accent canadien d'Hannigan, c'était rigolo) et l'idée de faire parler Hébreu la confidente de Bérénice. Mais bon, ça ne m'a malheureusement pas empêché de m'ennuyer pendant la plus claire partie de cette heure et demie. J'en suis sorti réellement épuisé.

Pas grand chose à dire sur les interprètes. Ça m'est de toute façon difficile avec une musique comme celle-ci.
D'ailleurs, chapeau aux chanteurs, ça ne doit en effet pas être évident. Surprised
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Berenice Jarrell Jordan Guth Garnier 26 IX - 17 X   Lun 1 Oct 2018 - 0:18

@ Tournesol : Zut, les grands intervalles arbitraires, ça ne pardonne pas en effet. Étonnant, ce n'est pas du tout le genre de Jarrell. Je verrai quand j'y serai si c'est vous qui êtes trop sensibles à ces désagréments ou lui qui s'est fourvoyé. (J'ai terriblement peur.)

@ Belcore, sur Bérénice de Magnard : Du récitatif un peu gris, mais avec un flux dramatique assez naturel. Ce n'est pas marquant au sens que des mélodies, des couleurs ou un langage susciteraient l'admiration (on est aussi loin que possible des tours de force musicaux et des gigantismes de Guercœur), mais en tant qu'opéra, c'est un objet qui fonctionne très bien, je trouve.
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Belcore
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MessageSujet: Re: Berenice Jarrell Jordan Guth Garnier 26 IX - 17 X   Lun 1 Oct 2018 - 9:50

Une critique, qui donne envie de voir le spectacle :

https://www.olyrix.com/articles/production/2382/berenice-opera-national-paris-garnier-creation-mondiale-29-septembre-2018-racine-jarrell-jordan-guth-skovhus-hannigan-ludlow-miles-behr-schenfeld-stefano-schmidt-redlin-kebour-kuhn-orchestre-critique-chronique-compte-rendu-article

Belcore
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Belcore
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MessageSujet: Re: Berenice Jarrell Jordan Guth Garnier 26 IX - 17 X   Mar 2 Oct 2018 - 16:02

Une autre :

http://www.anaclase.com/chroniques/b%C3%A9r%C3%A9nice-0

Les compliments l'emportent largement sur les réserves....

Belcore
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Adalbéron
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MessageSujet: Re: Berenice Jarrell Jordan Guth Garnier 26 IX - 17 X   Mar 2 Oct 2018 - 21:09

Il en faut pour tous les goûts...
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Berenice Jarrell Jordan Guth Garnier 26 IX - 17 X   Mer 3 Oct 2018 - 0:30

En tout cas, comme souvent sur Anaclase, c'est à la fois très bien écrit et vraiment informatif ; ça donne une image assez précise de la chose (et ça se lit très agréablement).
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Berenice Jarrell Jordan Guth Garnier 26 IX - 17 X   Sam 6 Oct 2018 - 15:17

J'y étais hier. Et je suis, hélas, assez fortement d'accord sur tout avec Adalbéron. Confused

J'y étais allé dans cette humeur.

Jarrell aura ce soir les soins de mon amour ;
Et si j’en crois, lecteurs, l’entretien de la Cour,
Peut-être avant la nuit l’heureuse Bérénice
Change le nom de Reine au nom d’Opératrice.


Et j'en suis sorti ainsi.

Jean Racine, Jarrell : je vous connais tous deux.
Mais connaissez vous-même un livret malheureux :
Je vous ai honorés, seigneurs, de mon estime ;
Et moi, je vous ai vus saccager mainte rime.


Très déçu de Jarrell : les vers se diffractent sur des courbes assez arbitraires qui imitent mal le français (les systématiques sauts dans le grave relevés par Adalbéron), l'orchestre, hors deux premiers interludes (quelques pétarades varésiennes), sert un peu à rien. Que des aplats lents et planants, sans tension. Tout simplement mal écrit pour l'orchestre, ce qui constitue une réelle surprise.

De même pour les voix : suraigus sur des voyelles faibles ([ou] !), intervalles incompatibles avec le traitement du vers, même interruption incluse. Les ensembles vocaux permanents du premier tableau sont chouettes, je retrouve mon chouchou Jarrell, mais tout à fait athématiques, si bien qu'on ne peut pas tant goûter les parties intermédiaires.

Et quand ça s'anime, on est tellement loin de ce que suggère le texte (bris de vaisselle, sérieusement ?) que le résultat demeure frustrant : pourquoi ne pas avoir plutôt choisi un mélodrame du XIXe, qui se serait mieux accommodé de ces couleurs, de ces excès, de ces fureurs ?
Le comble est ce qu'il fait subir au vers. Citer Racine pour le réaliser ainsi : « Que me dit' vous ? » / « Qu'ell' vienne » / « Je vois bien que vous êt' déçue »,

Spoiler:
 

Franchement, prendre Bérénice et mettre en musique la Tour de Nesle, pourquoi pas adapter la Recherche du Temps Perdu avec des sabres laser ?

L'orchestre est pourtant fourni : vents par 3 (dont clarinette basse et contrebasson) sauf cors (4), percussions, harpe, synthétiseur, violons en antiphonie et cordes subdivisées… mais pour faire des nappes. Quel dommage, quand on sait quel orchestrateur il est !

Plateau vocal vraiment de premier ordre (un peu moins Julien Behr, toujours beaucoup d'énergie pour émettre des sons, et il est couvert par l'orchestre quand même), en particulier Bo Skovhus qui m'a ébloui. Toujours aussi charismatique, aussi agréablement projeté, et dans quelque langue que ce soit. Quel artiste, vraiment (encore un exemple de grande voix qui ne gagne pas à être entendue au disque).

L'orchestre ne semblait pas passionné, mais il faut dire qu'il y a beaucoup de temps morts et rien de très valorisant à jouer, je leur pardonne pour cette fois (je n'ai pas entendu quelque chose de particulièrement mou, d'ailleurs).
(Je suppose vraiment que Jarrell a été comme tétanisé par le sujet, cherché à faire quelque chose qui ne soit pas trop expansif, sans vraiment trouver la couleur Grand-Siècle-d'aujourd'hui qu'il devait espérer.)
Pas vu souvent une harpe jouée avec des baguettes douces pour timbales. (peut-être cela a-t-il un lien avec le fait que je la voyais le faire sans tout l'entendre) On parle d'effet-théorbe chez les connaisseurs : c'est vraiment mieux avec que sans, mais personne ne sait trop ce qu'ils font.

La mise en scène de Guth a de jolis décors (boiseries qui deviennent murs de palais romains par de belles projections, voire prison), mais je n'ai pas aimé le reste : les projections répétées de Bérénice qui se sent noyer (c'est long et pas subtil), et le jeu de scène totalement outré (les disputes en bris-de-vaisselle ; ou Béré en nuisette qui grimpe sur Titus, je veux bien dans le Trouvère, mais là, pourquoi choisir ce texte alors ?).

En somme, l'impression qu'on a imposé à un grand compositeur un segment (on avait fait le roman romantique, on va faire le roman contemporain), dans une commande prestigieuse difficile à refuser, et qu'il n'a pas trop su comment s'y prendre.

Garnier était bien rempli (restaient les fonds de loge et un rang au parterre, c'est tout) et le public chaleureux, pour une raison qui m'échappe assez : ce n'était jamais moche ni déplaisant, mais à part le tour de force des chanteurs, qu'est-ce qui peut impressionner, mystère.

--

J'étais indulgent avant sur les créations : dur de faire coïncider les langages actuels avec les contraintes propres à l'opéra.

Mais depuis que je me suis rendu compte que l'opéra expérimental adramatique raté était une exception essentiellement ouest-européenne (France, Espagne, Allemagne, Italie), et que partout ailleurs on jouait des opéras sympas sur des thèmes stimulants, je suis moins bienveillant. Pas tant envers les compositeurs, qui font ce qu'ils peuvent (sans tout de même toujours se soucier du public, certes) que sur les profils & exigences d'une création chez nous.

Alors que dans le monde, tant de choses ambitieuses mais avenantes, ou simplement rigolotes, comme je m'en étais rendu compte en compulsant l'intégralité de la saison lyrique mondiale, l'an passé ( http://carnetsol.fr/css/index.php?2018/07/01/3026-les-operas-rares-cette-saison-dans-le-monde-8-operas-contemporains-et-bizarreries-n1 ).
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MessageSujet: Re: Berenice Jarrell Jordan Guth Garnier 26 IX - 17 X   Sam 6 Oct 2018 - 16:16

Je vais être courageux, je ne vais pas revendre ma place… mais tout ce que je lis là de la part des uns et des autres ne me fait pas envie du tout. (et les extraits du site de l'ONP vont en effet dans cette direction malheureusement)
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Berenice Jarrell Jordan Guth Garnier 26 IX - 17 X   Sam 6 Oct 2018 - 16:31

Tu es libre, enfin ! Smile  Ce type d'atonalité statique, ça ne me semble pas pour toi, non. (Mais le genre d'opéra que j'appelle de mes vœux non plus. hehe )  Si, essaie peut-être l'opéra de Grigori Frid sur Anne Frank, ça existe en DVD et c'est vraiment de la belle musique riche (dans un genre un peu post-bergien).

Cela dit, j'ai fait pareil : j'ai laissé passer, faute de temps, le Trompe-la-mort de Francesconi, je n'avais pas voulu aller voir les deux séries de Cassandre à cause d'Ardant (qui a été une très mauvaise récitante en d'autres circonstances, alors qu'Astrid Bas est formidable sur le disque !), et je m'étais promis de ne pas manquer cette occasion-ci, malgré les réserves lues.

Après, c'est pas douloureux, hein, c'est juste qu'il se passe rien, orchestralement c'est une sorte de Feldman bavard, des aplats qui ne progressent jamais (sans l'effet de retour qu'il peut y avoir chez Feldman).
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MessageSujet: Re: Berenice Jarrell Jordan Guth Garnier 26 IX - 17 X   Sam 6 Oct 2018 - 23:01

DavidLeMarrec a écrit:
Tu es libre, enfin ! Smile  Ce type d'atonalité statique, ça ne me semble pas pour toi, non. (Mais le genre d'opéra que j'appelle de mes vœux non plus. hehe )  Si, essaie peut-être l'opéra de Grigori Frid sur Anne Frank, ça existe en DVD et c'est vraiment de la belle musique riche (dans un genre un peu post-bergien).

Je trouve en CD chez Brilliant, mais pas en DVD. Si tu as la référence précise...
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Berenice Jarrell Jordan Guth Garnier 26 IX - 17 X   Dim 7 Oct 2018 - 0:43

Je l'ai regardé sur YT et j'ai vu que ça existait commercialement, je mélange peut-être avec Moby-Dick de Heggie (fantastique, mais plus tradi, ça t'intéressera sans doute moins). Si tu n'as pas trouvé, ça ne doit pas exister (j'avais vérifié sur Amazon tout simplement).
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Xavier
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MessageSujet: Re: Berenice Jarrell Jordan Guth Garnier 26 IX - 17 X   Lun 15 Oct 2018 - 23:51

Malheureusement je n'ai rien de neuf à dire par rapport aux comptes-rendus de David ou Adalbéron.

Je ne me suis pas trop ennuyé quand même, parce que c'est assez court et qu'on peut être pris par le drame, la mise en scène et l'engagement des interprètes.

Quant à dire que c'est mal écrit pour l'orchestre, je trouve ça un peu sévère, ça ne sonne pas mal quand même, mais il faut reconnaître qu'on a l'impression d'avoir entendu ça mille fois… Et encore, Benjamin ou Saariaho ont plus de personnalité.

Idem pour la prosodie et le côté haché des lignes vocales, c'est quasiment une caricature, sans surprise, et en plus ça rend le texte intelligible.
Du coup, j'ai parfois plus eu l'impression de voir Hannigan faire du Hannigan, des prouesses vocales et scéniques à mi-chemin entre Lulu et le Grand macabre que de voir l'incarnation d'une Bérénice avec une musique vraiment originale.

C'est sûr qu'on ne risque pas de garder ça en tête très longtemps…

Etonnamment, c'était assez bien rempli.
Par contre, il faut compter 10 minutes à partir du début du spectacle avant que tout le monde ait fini de s'asseoir, c'est pénible au dernier étage, les gens qui changent de place et font claquer leur siège...
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Adalbéron
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MessageSujet: Re: Berenice Jarrell Jordan Guth Garnier 26 IX - 17 X   Mar 16 Oct 2018 - 0:00

Vous me rassurez (ou plutôt, non, dans l'absolu, car j'aurais bien aimé lire que ça ait plu à plus de monde), je pensais d'abord être le seul type qui n'avait pas compris où était le génie de cette œuvre.
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Belcore
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MessageSujet: Re: Berenice Jarrell Jordan Guth Garnier 26 IX - 17 X   Jeu 18 Oct 2018 - 11:50

Représentation du 17 octobre

Soirée captivante.

J'ai beaucoup apprécié le travail sur le livret, recomposant à partir de fragments un ensemble qui restitue l'essence de la tragédie ; joint à l'excellente diction des interprètes, avec une technique proche du sprechgesang, on n'en perdait pas une miette !
D'une certaine manière le texte restitue les états psychologiques des personnages, libérés du "corset" - génial il est vrai - de la représentation racinienne.

On peut juger la partition peut être insuffisamment "moderne" - par moment ça me faisait penser à du Berg - mais pour moi cet univers sonore, souvent raffiné, était en rapport avec le chaos émotionnel dans lequel se trouve les personnages.


Très intelligente mise en scène de Guth, avec cette division du plateau en trois unités : le lieu de Bérénice, celui de Titus, et au centre celui où alternativement ils s'aiment ou ils s'affrontent - fine direction d'acteurs, quelques moments un peu outranciers comme  le lancer des chaussures !

Ce spectacle doit aussi beaucoup aux interprètes qui l'ont porté : Barbara Hannigan, à l'aise dans des vocalises stratosphériques, Bo Shovkus, empereur anéanti par ses passions contradictoires et Ivan Ludlow, Antiochus.


Pour cette dernière le théâtre était plein et les spectateurs ont beaucoup applaudi les interprètes et aussi le compositeur.
Les amis de mon école qui m'accompagnaient ont eux aussi beaucoup apprécié ce spectacle

Merci à David pour m'avoir encouragé à y aller.
Le hasard a fait que nous avons diné dans une brasserie en face de Garnier où nous avons croisé Barbara Hannigan, le compositeur et Ivan Ludlow.


Ce que dit Anaclase du spectacle :


http://anaclase.com/chroniques/bérénice-0

Belcore
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Berenice Jarrell Jordan Guth Garnier 26 IX - 17 X   Ven 19 Oct 2018 - 10:47

Belcore a écrit:
Merci à David pour m'avoir encouragé à y aller.

Le fait amusant est que ça s'est avéré un mauvais conseil pour moi-même ! hehe

Très content que tu y aies trouvé ton compte, j'avais peur de t'avoir mis dans un mauvais pas, sur la foi des accomplissements passés de Jarrell (mais, par définition, aller voir ou recommander une création est toujours un pari !).

Il est vrai que tu manifestes en général ton intérêt pour la création en allant régulièrement voir celles qui passent à Garnier, donc je n'envoyais pas non plus un baroqueux fanatique ou donizettien exclusif à l'abattoir. Smile
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MessageSujet: Re: Berenice Jarrell Jordan Guth Garnier 26 IX - 17 X   Ven 19 Oct 2018 - 11:00

Xavier a écrit:
Quant à dire que c'est mal écrit pour l'orchestre, je trouve ça un peu sévère, ça ne sonne pas mal quand même, mais il faut reconnaître qu'on a l'impression d'avoir entendu ça mille fois…

Ça ne sonne pas mal (et encore, qu'est-ce que ça manque d'éclat ! ce n'est pas comme s'il y avait des mélodies pour nous occuper…), mais c'est tout le temps pareil, de l'aplat fait de la même façon, et les vents servent même pas à colorer, ils entrent dans le même tapis que les cordes !
Je comptais sur la science (réelle, documentée, incontestable) de Jarrell en la matière pour m'occuper agréablement si jamais le pari ambitieux de faire du Racine bricolé ne fonctionnait pas sur scène, mais j'ai été très déçu.

Je n'ai pas passé une mauvaise soirée parce que c'était une découverte (et que les artistes étaient, en effet, épatants, Skovhus, Hannigan, Miles, l'orchestre…), mais je n'éprouvé aucun plaisir ni même intérêt à ce que j'y ai vu. Surprised
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MessageSujet: Re: Berenice Jarrell Jordan Guth Garnier 26 IX - 17 X   Ven 19 Oct 2018 - 11:23

Je vous trouve très sévère.
Personnellement j'ai été intéressé par ce que j'ai  vu et entendu jusqu'au dernier instant.
Après il est légitime de s'interroger sur la pérennité de l’œuvre : donnée en version de concert, est - ce que ça susciterait la même adhésion ?
La qualité de ce spectacle repose pour moi sur une combinaison optimale de facteurs : œuvre, mise en scène, interprètes - au passage cela prouve que Lissner - comme le faisait Mortier en son temps - apporte beaucoup de soins à cette démarche de soutien à la création contemporaine.

D'autres critiques :

http://www.concertonet.com/scripts/review.php?ID_review=13363

http://www.resmusica.com/2018/10/05/la-passion-berenice-de-michael-jarrell-sur-la-scene-de-garnier/

http://www.concertclassic.com/article/creation-de-berenice-de-michael-jarrell-au-palais-garnier-mythe-revisite-compte-rendu

La critique de Concertclassic restitue bien mon jugement sur ce spectacle.
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MessageSujet: Re: Berenice Jarrell Jordan Guth Garnier 26 IX - 17 X   Ven 19 Oct 2018 - 11:38

Belcore a écrit:
Je vous trouve très sévère.

J'y allais honnêtement dans des dispositions très bienveillantes comme tu as pu le lire sur ce fil ; je suis en outre (partiellement) conscient de la difficulté de réussir un opéra dans un langage atonal qui ne peut pas se reposer sur la séduction mélodique ni sur des atmosphères faciles ou agréables.

Mais il est forcément plus facile d'être sévère quand on n'a pas été ému. La chose qui me paraît relativement objective, c'est que le matériau était peu varié (mais on pourrait dire, j'en ai conscience, la même chose d'autres œuvres que j'adore, est-ce que Norma, c'est varié ? même Pelléas, en un sens…).


Citation :
Après il est légitime de s'interroger sur la pérennité de l’œuvre : donnée en version de concert, est - ce que ça susciterait la même adhésion ?
La qualité de ce spectacle repose pour moi sur une combinaison optimale de facteurs : œuvre, mise en scène, interprètes - au passage cela prouve que Lissner - comme le faisait Mortier en son temps - apporte beaucoup de soins à cette démarche de soutien à la création contemporaine.

Il est un fait que Lissner, pour la politique duquel je n'ai pas de tendresse, a mis un soin particulier, davantage que Mortier même, à solliciter pour les créations des compositeurs de qualité (Francesconi, Jarrell, ce ne sont pas les noms les plus célèbres de la place, mais parmi les meilleurs de leur esthétique) et des équipes de très haut niveau, disposant d'une notoriété importante (ce qui permet sans doute de remplir les salles) : Bieito-Luisi, Guth-Jordan (et quels plateaux !).

La question plus générale que je poserais est celle de l'esthétique des compositeurs retenus : je me suis rendu compte, en lisant les saisons des maisons d'opéra sur l'ensemble du globe, et en écoutant les créations (puisque, désormais, presque tout se trouve en ligne), que ces créations hermétiques ne sont pas du tout le norme, au contraire une exception circonscrite à quelques pays (Allemagne, Autriche, France, Italie, Espagne) ; quasiment tous les autres commandent des pièces plus néo, des adaptations de films (voir des doublages comme cet opéra sur un Hercule de Bava !) ou des thèmes assez porteurs (Dracula, Marilyn, Kennedy, Hurlevent, Canterville, etc.).

Cela rend la réception par le public (et par moi, au passage) plus aisée, les reprises aussi – Dead Man Walking/i] et [i]Moby-Dick de Heggins (excellents, en plus) sont joués depuis des années un peu partout dans les pays anglophones. Je me dis que la vivacité du genre gagnerait à ce type d'initiative, plutôt que de se contraindre à faire des créations sérieuses qui ne touchent pas hors du cercle des initiés (et encore, peu en sortent euphoriques). Du coup le nouveau public va voir des Traviata en costume d'époque, ce qui est très bien, mais ne montre pas exactement la vitalité ni le renouvellement du genre (alors qu'ils sont réels).

Mais ce sont des considérations beaucoup plus vastes que le choix des artistes, vraiment minutieux et avisé, de cette production. (Je suis sûr que ça aurait bien mieux fonctionné avec un sujet plus adapté au langage de Jarrell, plus contrasté, plus dramatique, moins verbal.)
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MessageSujet: Re: Berenice Jarrell Jordan Guth Garnier 26 IX - 17 X   Ven 19 Oct 2018 - 11:41

En sortant, justement, je me suis dit « pauvre Lissner », parce qu’il avait encore une fois réuni tous les éléments pour ce soit très bon, mais qu’on allait lui rentrer dedans parce que c’était raté...

Que tu dises qu’on ne perd pas une miette du texte dans cette œuvre m'étonne beaucoup, mais je suis toujours heureux que des spectacles que je n’ai pas aimés puissent plaire à certains Smile
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Xavier
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MessageSujet: Re: Berenice Jarrell Jordan Guth Garnier 26 IX - 17 X   Ven 19 Oct 2018 - 12:26

Ah oui, clairement, sans les sous-titres, je n'aurais rien capté.
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Belcore
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MessageSujet: Re: Berenice Jarrell Jordan Guth Garnier 26 IX - 17 X   Sam 20 Oct 2018 - 9:11

Non la diction des chanteurs était presque toujours compréhensible.

Autrement je plussoie David à propos du nombre significatif de créations lyriques contemporaines, notamment, mais pas uniquement aux USA.
Actuellement il y a "Marnie" au Met de Muhly, mais il y en a régulièrement beaucoup d'autres - peu de chance que beaucoup de ces œuvres traversent l'Atlantique pour etre montées dans des théâtres - restent les DVD ou les retransmissions cinéma : j'ai pu voir "The Tempest" de Ades : pas très passionnant - j'aimerais bien voir "Dead man walking", si possible avec Joyce di Donato.

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Belcore
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MessageSujet: Re: Berenice Jarrell Jordan Guth Garnier 26 IX - 17 X   Dim 28 Oct 2018 - 12:31


Il y a eu aussi une Bérénice de Haendel créée en 1737, et tombée dans les oubliettes…

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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Berenice Jarrell Jordan Guth Garnier 26 IX - 17 X   Dim 28 Oct 2018 - 12:57

Il est clair qu'elle ne s'est pas imposée sur les scènes, mais il en existe tout de même deux disques, l'un de 1994 (Rudolph ) avec Julianne Baird dans le rôle-titre, pas très facile à trouver (paru chez Newport…) et l'autre de 2009 par Curtis, avec une équipe prestigieuse : Bohlin, Fagioli, Basso, Priante (et Clara Ek en Bérénice), chez Virgin…

En revanche, c'est Bérénice, reine d'Égypte, et Titus n'y figure pas du tout, aucun lien avec l'intrigue racinienne contrairement à Magnard (ou même, à la marge, chez Mazzolà, Galuppi et Mozart).
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andika
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MessageSujet: Re: Berenice Jarrell Jordan Guth Garnier 26 IX - 17 X   Mar 30 Oct 2018 - 17:17

Je n'avais absolument pas prévu d'aller écouter l'opéra Bérénice à Garnier ce dimanche 14 octobre 2018. Cela doit être dit. Pas trop mon répertoire de prédilection, trop moderne, pas assez flamboyant, trop sombre, bizarre, inconnu au bataillon. Personnellement ce que j'aime à l'opéra, c'est ce qu'il y a de plus kitsch et de plus caricatural. Donnez moi du Verdi, donnez moi du Rossini, donnez moi du Mozart et je serai content au moins musicalement. Mais Michael Jarrell ? Qui est ce compositeur ? Je sais juste qu'il a à peu près l'âge de ma mère.

Bérénice en revanche, je connais de nom. Bien que je ne l'ai jamais lue, je sais qu'il s'agit d'une pièce de théâtre de Racine. Cela commençait un peut à égayer ma curiosité. Vous allez rapidement comprendre que le contexte qui m'a conduit à entendre cet opéra s'avère plus intéressant que l'expérience en elle-même une fois dans la salle.

Tout a commencé dimanche donc. A 12h46, mon pote me propose d'aller voir Bérénice à Garnier le jour même et qu'il faut pouvoir y être à 14h. Genre de plan assez périlleux avec moi un dimanche matin (oui, c'est le matin 12h46 le dimanche) avec moi. Je réponds naturellement que je ne peux pas, que je n'y serai jamais à temps. Mon pote avoue tout de même que c'est un peu long shot. Et cette expression m'a un peu égayé puisque la foi précédente qu'on m'a fait une proposition un peu long shot, je l'ai acceptée et j'ai passé ma foi un très bon moment. Il insiste donc, m'envoie le lien vers le site de l'opéra de Paris. Et là, je constate que Barbara Hannigan chante dedans et que c'est dirigé par Philippe Jordan himself, le directeur musical de l'opéra. Je n'avais jamais eu ses honneurs lors de mes précédentes visites. Deux arguments de poids qui m'ont convaincu. De plus, j'ai constaté que l'opéra ne durait "que" 1h30. Je suis finalement arrivé à Garnier à 14h14, car en effet, le début était à 14h30, ce qui a fini de me convaincre de venir. Et lorsque j'ai récupéré la place, j'ai compris rapidement pourquoi mon ami avait tant insisté, à 140€ pièce, il aurait été très dommage qu'elle se perde. Comme maman était malade, c'est moi qui en ai "profité". Voilà pour le contexte.

L'opéra français se caractérise souvent par la mode du parler/chanter. Pelléas et Melisande de Debussy en est un bon exemple. Bérénice s'inscrit dans cette veine. Mais l'écriture musicale ici est beaucoup plus "moderne", en d'autres termes, beaucoup moins tonale... Pour le dire clairement, cet opéra réunit un aréopage d'excellent chanteurs au rang desquels Bo Skovhus en Titus et évidemment Barbara Hannigan, qui a notamment remporté récemment un Grammy. Elle est la cause principale de ma venue. Parce qu'elle est aussi cheffe d'orchestre, parce qu'elle est charismatique et que surtout, sa voix est magnifique. J'aime tout chez elle et surtout sa voix (oui, oui sa voix). Mais l'écriture musicale ici a causé en moi un torrent de frustration avant que cela ne cède à l'ennui. L'orchestre est très en retrait sauf à de très rares passages. Et les voix sont écrites pour frustrer visiblement. On entend le début d'un ver, on attend une certaine note pour le continuer mais cette note n'arrive jamais, pire, la note qui arrive finalement va à l'opposé des attentes. Dissonances, chromatismes, tout cela fait perdre irrémédiablement l'attention de l'auditeur, pas forcément bien frais après un samedi soir un peu arrosé.

Pourtant, l'argument avait tout pour plaire. Bérénice a le don de rendre les hommes fous. En effet, Titus, personnage qui semble assez important à Rome en est épris, tout comme Antiochus ( chanté par Ivan Ludlow)! Et Bérénice semble aussi aimer les deux et a du mal à se décider. Cela commence avec un beau tableau où chaque personnage occupe un tiers de la scène dans des décors somptueux. Des costumes de très belles factures, assez sombres, sauf pour Bérénice qui elle porte une nuisette rouge au début, avant que ses vêtements ne s'assombrissent peu à peu. En gros, au début Bérénice penche pour Antiochus mais il fait une petite gaffe donc elle retourne vers Titus, mais lui veut la larguer parce que sinon, la situation risque de s'envenimer à Rome, et au lieu d'assumer et de lui dire directement, il envoie comme messager le fameux Antiochus ! Allez comprendre quelque chose ! Bérénice scande à un moment ces vers totalement dingues qui résument bien la situation:

Sur Titus et sur moi réglez votre conduite.
Je l'aime, je le fuis : Titus m'aime, il me quitte.


Racine, Bérénice Acte V

Ces vers résument bien la complexité de la chose. Et bien entendu, la musique sera tout aussi paradoxale. Dans ce sens, elle a bien saisi le thème de la pièce.

Pourtant, les chanteurs ne déméritent pas, ils livrent une prestation physique assez remarquable, on voit par exemple Barbara Hannigan chanter allongée sans que cela n'affecte la projection de sa voix. On la voit sauter sur Titus, courir, sans que cela n'affecte davantage sa performance vocale. De plus, le jeu d'acteur des chanteurs est assez convaincant, on sent leurs tourments même si le personnage de Phénice chanté par Rina Schenfeld parle en hébreu, pour rappeler à Bérénice ses origines selon le compositeur. De plus, les voix du chœur enregistrées amènent enfin de la vraie musique.

En conclusion, je ne remets absolument pas en cause ici l'investissement des chanteurs, des décorateurs, des costumiers, mais je m'interroge sur l'intérêt de programmer ce genre d'opéra, surtout à ces tarifs prohibitifs. C'est moderne ? C'est en français ? Mais où est le plaisir ? Pourquoi supprimer de bonne production de l'affiche de l'opéra de Paris pour faire de la place à ce genre d'objet qui n'en satisfera que très, très peu, surtout parmi les passionnés d'opéra ! Alors il me vient à l'esprit une citation d'Oscar Wilde quand on lui demandait si une de ses pièces allait plaire au public: "Quand une pièce qui relève de l'art est produite sur scène, ce qui est soumis à examen, ce n'est pas la pièce, mais la scène. Quand une pièce qui ne relève pas de l'art est produite sur scène, ce qui est soumis à examen, ce n'est pas la pièce, mais le public."

Donc si cet opéra relève de l'art, je suis totalement resté étranger à ce qui se tramait sur scène et c'est normal, s'il ne relevait pas de l'art, je pense avoir échoué en tant que public car je suis resté assez neutre quant à tout ça. Enfin, j'espérais seulement que ça se termine le plus rapidement possible.

Toutefois, pour la première fois de ma vie, j'ai investi dans le programme de l'opéra vu qu'on m'avait offert la place, j'essaie encore d'élucider le mystère de ces 1h30 de ma vie.
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MessageSujet: Re: Berenice Jarrell Jordan Guth Garnier 26 IX - 17 X   Mar 30 Oct 2018 - 18:39

andika a écrit:

En conclusion, je ne remets absolument pas en cause ici l'investissement des chanteurs, des décorateurs, des costumiers, mais je m'interroge sur l'intérêt de programmer ce genre d'opéra, surtout à ces tarifs prohibitifs. C'est moderne ? C'est en français ? Mais où est le plaisir ? Pourquoi supprimer de bonne production de l'affiche de l'opéra de Paris pour faire de la place à ce genre d'objet qui n'en satisfera que très, très peu, surtout parmi les passionnés d'opéra !

Parce qu'il faut des créations!
Et tant pis si certaines (voire beaucoup) ne sont pas d'indiscutables réussites.
Tu trouves peut-être qu'on manquait de Verdi cette saison??
Heureusement qu'on a un ou deux trucs rares ou nouveaux dans l'année à se mettre sous la dent quand même...
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MessageSujet: Re: Berenice Jarrell Jordan Guth Garnier 26 IX - 17 X   Jeu 1 Nov 2018 - 10:40

Xavier a écrit:
andika a écrit:

En conclusion, je ne remets absolument pas en cause ici l'investissement des chanteurs, des décorateurs, des costumiers, mais je m'interroge sur l'intérêt de programmer ce genre d'opéra, surtout à ces tarifs prohibitifs. C'est moderne ? C'est en français ? Mais où est le plaisir ? Pourquoi supprimer de bonne production de l'affiche de l'opéra de Paris pour faire de la place à ce genre d'objet qui n'en satisfera que très, très peu, surtout parmi les passionnés d'opéra !

Parce qu'il faut des créations!
Et tant pis si certaines (voire beaucoup) ne sont pas d'indiscutables réussites.
Tu trouves peut-être qu'on manquait de Verdi cette saison??
Heureusement qu'on a un ou deux trucs rares ou nouveaux dans l'année à se mettre sous la dent quand même...

Je ne suis pas un grand habitué de l'opéra donc je n'ai absolument rien contre le grand répertoire désuet Mr. Green
Après oui, il faut de la nouveauté mais quelle nouveauté ? Surtout, pourquoi aller chercher Racine pour faire ça ? Pourquoi ne pas puiser des livrets dans le théâtre de notre temps. C'est au contraire avec ces nouveautés qu'on transforme l'opéra en musée à mon humble avis.
Alors oui c'est nouveau mais à quel prix ? Vraiment ?
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MessageSujet: Re: Berenice Jarrell Jordan Guth Garnier 26 IX - 17 X   Jeu 1 Nov 2018 - 12:41

Ca c'est autre chose, comme tu as pu le lire, je n'ai pas du tout été convaincu moi non plus.

Mais le propre d'une création, c'est que c'est nouveau et donc incertain. Il faut bien prendre le risque…

Il y a déjà très peu de créations ou de raretés, on ne va pas les supprimer sous le prétexte d'une création peut-être ratée au profit d'une "valeur sûre", alors qu'il n'y a pratiquement que ça, déjà!
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MessageSujet: Re: Berenice Jarrell Jordan Guth Garnier 26 IX - 17 X   Jeu 1 Nov 2018 - 13:27

Je suis évidemment d'accord avec toi Xavier sur la nécessité de renouveler l'offre (ou en tout cas de ne pas donner toujours les quarante mêmes titres !), et en l'occurrence, avec Jarrell, on aurait pu se figurer qu'on était dans de bonnes mains, considérant ses accomplissements passés dans le théâtre dramatique. Donc oui, bien sûr, la démarche de Lissner & Thiellay était vraiment respectable et bienvenue.

Pour autant, je crois qu'Andika pose les vraies bonnes questions :

Andika a écrit:
Après oui, il faut de la nouveauté mais quelle nouveauté ? Surtout, pourquoi aller chercher Racine pour faire ça ? Pourquoi ne pas puiser des livrets dans le théâtre de notre temps. C'est au contraire avec ces nouveautés qu'on transforme l'opéra en musée à mon humble avis.
Alors oui c'est nouveau mais à quel prix ? Vraiment ?

Pourquoi Racine ? Arrow C'était un concept voulu par Lissner, commander des créations sur des œuvres marquantes de la littérature française : Racine, Balzac, Houellebecq… Assez astucieux, aussi bien sur le plan commercial que sur la démarche créative, de ne pas donner des cartes blanches dangereuses (même Mortier avait pris peur avec la proposition du duo Jelinek-Neuwirth hehe ), en imposant une contrainte féconde.
Ça traduit aussi, d'un autre côté, l'image très hiératique qu'on a en France (et dans quelques pays alentour, Allemagne, Suisse, Autriche, voire Italie et Espagne) du genre opéra et de ce qu'il représente socialement dans les arts… Quelque chose d'ambitieux et sérieux.

Dans les faits, évidemment que Racine ne peut pas être une bonne idée, n'importe qui s'étant frotté à la question de mise en musique de textes et de mises en texte de musiques est conscient que l'alexandrin ne fonctionne pas mis en musique, encore moins lorsqu'il est aussi régulier qu'ici, et avec des phrases syntaxiquement aussi délicates. Sans parler de l'écart entre la parole du XVIIe archaïque à nos oreilles et la musique d'aujourd'hui. C'est forcément une difficulté supplémentaire, et quasiment insoluble à mon sens.


Quelle nouveauté ? Arrow C'est toute la question en effet. Les langages atonals, même sans être dodécaphoniques, qui sont issus de cette esthétique, ont des contraintes pratiques difficilement compatibles avec le chant et avec un texte intelligible – c'était même ma première contribution sur ce forum, il y a… Sad
Lorsqu'il y a de grands sauts d'intervalle, les chanteurs forcent, ce n'est pas difficile à comprendre (la posture musculaire est totalement différente selon la partie de la tessiture, c'est un truc physiologique, pas une fantaisie de belcantiste paresseux), et ça ne suit pas la prosodie quotidienne de la langue (là aussi, il ne faut pas sortir de la Commanderie des Arts & Lettres pour pouvoir l'observer).

Et ne parlons pas des compositeurs qui écrivent leurs propres livrets, en général une catastrophe (remarquez bien que dans le cas contraire, c'est souvent tout aussi mauvais, certes). D'une manière général, là encore on est sur la base, pour qu'une action dramatique fonctionne, hé bien il faut qu'il y ait une action, précisément. Donc tous les sujets à base de contemplation des étoiles ou de vies d'artiste mélancolique, sans être impossibles à traiter, demandent un talent supplémentaire dans la confection du livret et dans la réalisation de la musique : sans un angle adroit, on se vautre.

Évidemment, lorsqu'on empile tous ces handicaps à la fois, difficile de séduire le public.

Or, il existe quantité d'opéras donnés dans le monde sur des sujets engageants ou dans des langages accessibles. On se permet de refaçonner l'histoire récente (JFK, Marilyn, Anne Frank), on ose toucher aux plus grands classiques (le Minotaure, Ovide, le nô, Hamlet, Richard III, Frankenstein, Cyrano, Dracula, The Importance of Being Earnest, Usher, Canterville, Moby Dick, Solaris, Fin de Partie, Streetcar), aux contes et à la littérature de jeunesse (Le Chat botté, Les Musiciens de Brême, Blanche-Neige, Gulliver, Lord of the Flies…), aux films aussi (Marnie, Hercules vs. Vampires, Dead Man Walking, The Addams Family), aux bandes dessinées (Max et les Maximonstres), aux livres de psychiatrie (The Man Who Mistook his Wife for a Hat), et on propose même des suites d'opéras (de la trilogie de Figaro, d'Aida ou de Gianni Schicchi), ou l'exploration d'aspects plus sociaux (alpinisme, homosexualité, Alzheimer, nucléaire), voire des opéras quasiment érotiques (en tout cas tout le sujet de la courtisane de Powder her Face, ou de Das Gehege – où une femme rêve, je n'invente rien, de se faire déchirer par un aigle)…

Et quelques jolis drames lyrico-nawak : une œuvre tout en glossolalies (splendide d'ailleurs : Svadba), un lipdub opératique pour doubler la projection d'un film de Bava (dans le goût des Maciste, sauf que c'est Hercule, contre des vampires !!), et même, mon chouchou, l'opéra « d'espionnage onirique mathématique » de Mancuso, qui convoque Hedy Lamarr, George Antheil, John Conway, Ganesh et sainte Rosalie. À part ça l'opéra c'est triste et conventionnel, hein, et on va voir les Avengers au cinéma pour être surpris. Mais bien sûr.

Et les langages musicaux sont à l'avenant, très accessibles (filmique, tonal, tonal élargi, minimaliste, atonal polarisé, avec inclusion de jazz, de chanson, etc.). Évidemment, en concert symphonique, Jarrell est sans doute plus intéressant, mais pour de l'opéra, ça fonctionne mieux – surtout que le public majoritaire de l'opéra n'est pas celui du symphonique ni du théâtre exploratoire…
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