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 [Garnier] Rossini – La Cenerentola – Galienne, ONP, Pidò

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DavidLeMarrec
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MessageSujet: [Garnier] Rossini – La Cenerentola – Galienne, ONP, Pidò   Jeu 27 Déc 2018 - 14:43

Je ne trouve pas le fil ; est-il possible que je sois le seul à en parler ?

--

Je m'aperçois à cette occasion qu'il s'agit de l'un des opéras que j'ai vus le plus de fois sur scène (3 fois sur 15 ans, le maximum étant 4 pour Così fan tutte, Der Fliegende Holländer, Les Pêcheurs de Perles et Pelléas). Il faut dire qu'il est souvent donné, et qu'il fait toujours mouche. 

Après avoir récemment débattu sur (l'absence de) vertu des Reines Tudor de Donizetti (et réécouté conséquemment ses œuvres faibles), je suis frappé de voir ici toutes ces petites colorations de bois, ces débuts de chœur en canon… L'Ouverture, je ne m'en étais jamais avisé à ce point, est réellement l'une des toutes meilleures de Rossini, vraiment bien construite, avec de bons thèmes qui ne sont pas seulemen traités comme des mélodies accompagnées, et non sans un aspect farouche (beaucoup de mode mineur) qui weberise un peu le propos.

Pour le reste, même si je déplore qu'on joue toujours Cenerentola, quelquefois l'Italiana et jamais Il Turco (rarement en Europe, jamais en France), l'œuvre fonctionne toujours aussi bien – c'est autre chose que le Barbier, tout de même !  Plus que sur la seule virtuosité ou sur les mélodies, Rossini mise véritablement sur ses grands ensembles concertati, sur les situations mises en valeur par la musique – ses duos ne sont pas des moments de bravoure, mais l'alliance du théâtre et de la musique emporte tout.

En termes d'interprétation, même en attendant la dernière et avec l'électrique Pidò, l'Orchestre de l'Opéra n'était pas véritablement à fond. Mais tout était en place et raisonnablement vivant – on bout un peu lorsqu'on lit leur salaire, leurs avantages, leur subvention, lorsqu'on connaît leur niveau réel (je préfèrerais mille fois avoir les Frivolités Parisiennes, ou même un orchestre moins virtuose qui jouerait avec tout ce qu'il a…), mais le résultat était convaincant dans l'absolu hier soir. (Et pourtant, il y avait beaucoup de jeunes dans la fosse, qui regardaient parfois avec sévérité les collègues en train de papoter !)

Vocalement, Marianne Crebassa encore une fois hallucinante : la voix semble sortir des murs, immédiatement présente quelle que soit son orientation sur la scène. L'aigu paraissait étrangelement aigrelet, comme si elle avait tenté d'en limiter le volume en en retirant la couverture ; il est plus clair, mais aussi plus tendu. Étrange, je n'avais jamais senti cette tension chez elle jusque là. De très loin l'Angelina la plus marquante que j'aie entendue, donc, disque inclus… mais pour l'air final, il existe plus maîtrisé – vraiment étonnant, alors que rien ne semble la faire trembler, celle petite fragilité soudaine. Elle semblait néanmoins euphorisée aux saluts (tout chanteur sait que l'hyperventilation produit son petit effet), et c'était vraiment, vraiment splendide de bout en bout, assez incarné psychologiquement de surcroît.
J'entendais pour la première fois en salle Lawrence Brownlee et Adam Plachetka : les voix ne sont pas grandes et un peu occultées par les tentures cramoisies de Garnier, mais le chant est beau et sain. Florian Sempey se bonifie décidément : certes la vocalisation rossinienne la plus agile est toujours savonnée (mais à moins d'un spécialiste exclusif, Dandini est inchantable !), néanmoins la plupart sont réussies, et la présence vocale et surtout scénique emportent tout. Galienne et lui parviennent à faire de cette utilité qui n'a, de plus, pas la meilleure musique, un pivot du drame, un réservoir de blagues – d'ordinaire, les mises en scène misent plutôt sur don Magnifico.

Grosse déception en voyant que, sans en avoir rien dit, Alessandro Corbelli a été remplace sur la plupart des dates par Paolo Bordogna : outre son abattage, la voix de Corbelli fend l'espace comme aucune autre – une des rares émissions à survoler Bastille ! –, tandis que Bordogna est très représentatif des voix à la mode faites pour les micro, d'un joli velours, mais très mal projetées en salle (on ne comprend rien, on n'entend qu'une seul couleur grise, et on entend mal tout simplement ). Ce n'est pas que ce soit mal chanté, juste que ce n'est pas une émission efficace, et qu'en salle, ça change vraiment l'expérience.
Un peu le même problème avec les sœurs (Chiara Skerath et Isabelle Druet), qui dans l'acoustique défavorable de Garnier passaient assez mal la rampe – on peut pourtant embaucher de petits formats pincés pour ces rôles, pas besoin de choisir des pâtes élégantes comme pour des héroïnes dramatiques…

J'ai lu beaucoup de mal de la mise en scène de Galienne et je l'ai appréciée. Pas mal de tentatives de revitaliser des éléments du livret qui paraissent posés arbitrairement, et qui entrent ainsi en relation avec d'autres répliques. Je trouve que, pour un vrai professionnel du jeu d'acteurs, il aurait pu animer davantage son plateau (je ne comprendrai jamais pourquoi, lorsqu'il est écrit que les personnages se battent, ils se parlent immobiles à plusieurs mètres… quel est le gain de drame / de sens en cela ?), mais je suppose que le temps de répétition est limité, et l'ensemble était assez bien fait. (J'avais beaucoup aimé la fantaisie de François DeCarpentries à la Monnaie, en janvier-février 2000, à l'époqueoù Shkosa chantait Rossini…)
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Belcore
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MessageSujet: Re: [Garnier] Rossini – La Cenerentola – Galienne, ONP, Pidò   Ven 28 Déc 2018 - 6:15

J'avais vu ce spectacle lors de sa création: un ratage presque total pour moi…

Premier responsable Galienne, qui tente d'instiller une lecture du livret - ce n'est pas un opéra bouffe, c'est un drame sur l'enfance maltraitée - qui pourrait être recevable si elle n'aboutissait pas à tuer la mécanique théâtrale du livret…
Malheureusement le reste était à l'avenant avec un plateau vocal indigne et un chef aux  semelles de plomb !!

Cette reprise semble très supérieure sur le plan vocal et musical, mais pour moi le meilleur souvenir de cette œuvre c'était dans la m e s quelconque de Savary, mais avec un plateau vocal étincelant mené par Joyce di Donato et Florez !


Belcore
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: [Garnier] Rossini – La Cenerentola – Galienne, ONP, Pidò   Ven 28 Déc 2018 - 10:49

Belcore a écrit:
Premier responsable Galienne, qui tente d'instiller une lecture du livret - ce n'est pas un opéra bouffe, c'est un drame sur l'enfance maltraitée - qui pourrait être recevable si elle n'aboutissait pas à tuer la mécanique théâtrale du livret…

Précisément, ça ne m'a pas du tout paru sombre comme on me l'avait décrit. Il y a des moments où ça manque d'animation, mais ça ne cherche pas le grand propos, ça ne déforme pas l'œuvre, et en fin de compte ça conserve une raisonnable vitalité.

Côté direction, c'était Pidò, donc évidemment plutôt bien animé – enfin, autant qu'on puisse l'attendre de l'ONP dans ce type de répertoire (donc pas franchement à fond hehe ).
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HELENE ADAM
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MessageSujet: Re: [Garnier] Rossini – La Cenerentola – Galienne, ONP, Pidò   Ven 28 Déc 2018 - 11:09

DavidLeMarrec a écrit:
Belcore a écrit:
Premier responsable Galienne, qui tente d'instiller une lecture du livret - ce n'est pas un opéra bouffe, c'est un drame sur l'enfance maltraitée - qui pourrait être recevable si elle n'aboutissait pas à tuer la mécanique théâtrale du livret…

Précisément, ça ne m'a pas du tout paru sombre comme on me l'avait décrit. Il y a des moments où ça manque d'animation, mais ça ne cherche pas le grand propos, ça ne déforme pas l'œuvre, et en fin de compte ça conserve une raisonnable vitalité.

Côté direction, c'était Pidò, donc évidemment plutôt bien animé – enfin, autant qu'on puisse l'attendre de l'ONP dans ce type de répertoire (donc pas franchement à fond hehe ).

Lors de la première série,j'avais trouvé la mise en scène tristounette et pas très valorisante pour les chanteurs mais la reprise de ce mois-ci est plutot une bonne surprise sans doute grâce au jeu très fluide et très drôle des artistes qui redonne toute sa légèreté à l'opéra de Rossini. D'ailleurs la salle appréciait beaucoup le spectacle globalement.
Je garde de sérieuses réserves à l'encontre de Pido, vraiment trop "raisonnable" pour moi, manque total de subtilité, atténuant tous les grands airs des chanteurs par une sorte d'éteignoir dont il a le secret (petit signe de baguette et regard un peu sévère)...
J'aime quand Rossini pétille de vocalises et d'acrobaties diverses.
Et c'est ma deuxième petite déception : les deux "meilleurs" sur le plan de la voix (Crebassa et Sempey), de la projection et de l'incarnation des personnages ne sont pas très portés sur cette pyrotechnie vocale propre à Rossini donc je me suis sentie un peu frustrée. Celui qui chante le mieux Rossini est à mon sens, c'est Brownlee, mais en dehors de ses grands airs, le timbre m'a paru un peu terne et éteint, voire pas toujours audible.


Dernière édition par HELENE ADAM le Ven 28 Déc 2018 - 11:20, édité 2 fois
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Stefano P
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MessageSujet: Re: [Garnier] Rossini – La Cenerentola – Galienne, ONP, Pidò   Ven 28 Déc 2018 - 11:14

DavidLeMarrec a écrit:
Vocalement, Marianne Crebassa encore une fois hallucinante : la voix semble sortir des murs, immédiatement présente quelle que soit son orientation sur la scène. L'aigu paraissait étrangelement aigrelet, comme si elle avait tenté d'en limiter le volume en en retirant la couverture ; il est plus clair, mais aussi plus tendu. Étrange, je n'avais jamais senti cette tension chez elle jusque là. De très loin l'Angelina la plus marquante que j'aie entendue, donc, disque inclus…

Franchement, tu m'étonneras toujours ; dernièrement, c'était Santoni qui surpassait "le bulldozer Callas", maintenant, c'est la sympathique Crebassa qui éclipse toutes les Angelina géniales qu'on a pu entendre à la scène ou au disque, et Dieu sait si elles sont nombreuses... C'est beau, cette capacité permanente d'émerveillement... drunken


Dernière édition par Stefano P le Ven 28 Déc 2018 - 12:25, édité 1 fois
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: [Garnier] Rossini – La Cenerentola – Galienne, ONP, Pidò   Ven 28 Déc 2018 - 12:25

C'est-à-dire qu'en général le rondeau est réussi (mieux qu'ici, d'ailleurs), le reste du rôle, moins valorisant, moins. J'ai pourtant fréquenté la discographie et écouté quelques bandes, mais je n'avais jusqu'ici pas été autant séduit par la présence d'Angelina dans les autres numéros, même avec le confort des équilibres de studio.

Mais oui, j'essaie autant que possible de ne pas rester trop attaché à mes références à me laisser séduire par du neuf. D'autant que pour cet opéra, il y a tellement de disques et de représentations partout que, si on veut absolument entendre ce qu'on a le plus aimé, on risque d'avoir peine à retrouver le même degré de superlatif tout le temps partout.
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Suzunosuke
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MessageSujet: Re: [Garnier] Rossini – La Cenerentola – Galienne, ONP, Pidò   Dim 30 Déc 2018 - 12:23

J’y étais le 17, et j’ai passé un très agréable moment. Je n’ai pas été choquée par la mes de Galiennne, mais Rossini n’étant pas le répertoire que j’ai l’habitude d’écouter, il est certain que ses défauts ne m’ont pas paru flagrants. J’ai bien aimé la façade décrépie du palais, assez belle et très réaliste. J’ai énormément aimé Marianne Crebassa, que je ne qualifierais pas de « sympathique », sa projection, son incarnation m’ont bluffée. Il est vrai que le timbre de sa voix m’émeut particulièrement mais je trouve qu’elle a fait une année superbe rien qu’à Paris, son Sesto à Garnier, son Orphée à l’OC puis son Angelina. J’ai bien aimé Brownlee, mais je l’ai trouvé moins facile que ce que j’en attendais; je me suis surprise à imaginer Cyrille Dubois à sa place, et j’ai appris avec surprise qu’il venait de chanter le rôle cette saison !
Pour ma part il m’a semblé que l’orchestre était investi, l’instrumentiste que j’ai retenu cette soirée étant Frédéric Chatoux, il a été magnifique tant à la flûte qu’au piccolo, notamment en duo avec sa collègue au piccolo. Il est par ailleurs le seul à avoir jeté des coups d’oeil prolongés vers la scène lorsqu’il le pouvait.
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Stefano P
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MessageSujet: Re: [Garnier] Rossini – La Cenerentola – Galienne, ONP, Pidò   Dim 30 Déc 2018 - 13:17

Suzunosuke a écrit:
J’ai énormément aimé Marianne Crebassa, que je ne qualifierais pas de « sympathique »

Pourquoi ? Tu la trouves antipathique ? Wink
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: [Garnier] Rossini – La Cenerentola – Galienne, ONP, Pidò   Dim 30 Déc 2018 - 13:43

Oui, Crebassa était très impressionnante, on ne peut vraiment pas dire qu'elle soit à un niveau « sympathique » de son art, Stefano réagissait surtout à ma remarque sur le fait que je n'aie pas trouvé mieux jusqu'ici, je suppose que ça a dû piquer au niveau de ses références personnelles (que je ne cherche pas à diminuer, je trouve simplement qu'elle avait, effectivement, un pouvoir d'incarnation qui allait du rôle théâtral jusqu'à la présence purement sonore, assez hallucinant… et l'incarnation, dans Cendrillon, c'est un peu le cœur du sujet)

Quant à Brownlee, il était peut-être en petite méforme, ou vieillit doucettement… disons que ça paraissait moins arrogant que les bandes bien connues de lui, mais ça reste splendide de bout en bout. Dubois, en effet, c'est à peu près l'opposé technique et esthétique, avec une franchise qui va jusqu'à l'acidité (là où Brownlee est d'un moelleux qui va jusqu'à la discrétion). Deux grands chanteurs en tout cas, très bien calibrés pour le rôle.
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Stefano P
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MessageSujet: Re: [Garnier] Rossini – La Cenerentola – Galienne, ONP, Pidò   Dim 30 Déc 2018 - 14:32

DavidLeMarrec a écrit:
Oui, Crebassa était très impressionnante, on ne peut vraiment pas dire qu'elle soit à un niveau « sympathique » de son art, Stefano réagissait surtout à ma remarque sur le fait que je n'aie pas trouvé mieux jusqu'ici, je suppose que ça a dû piquer au niveau de ses références personnelles (que je ne cherche pas à diminuer, je trouve simplement qu'elle avait, effectivement, un pouvoir d'incarnation qui allait du rôle théâtral jusqu'à la présence purement sonore, assez hallucinant… et l'incarnation, dans Cendrillon, c'est un peu le cœur du sujet)

J'ai écouté le rondo d'Angelina par Crebassa sur YT, et effectivement, comparé aux grandes références du rôle (Berganza, Horne, Valentini-Terrani, même DiDonato), sur le plan de l'ampleur de la voix, de la richesse et de la chaleur du timbre, de la virtuosité de la vocalisation (toute la partie "Non più mesta" est vraiment laborieuse !), ce que l'on entend ici ne dépasse guère le stade de la sympathique prestation...
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Otello
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MessageSujet: Re: [Garnier] Rossini – La Cenerentola – Galienne, ONP, Pidò   Dim 30 Déc 2018 - 15:07

Stefano P a écrit:
J'ai écouté le rondo d'Angelina par Crebassa sur YT, et effectivement, comparé aux grandes références du rôle (Berganza, Horne, Valentini-Terrani, même DiDonato), sur le plan de l'ampleur de la voix, de la richesse et de la chaleur du timbre, de la virtuosité de la vocalisation (toute la partie "Non più mesta" est vraiment laborieuse !), ce que l'on entend ici ne dépasse guère le stade de la sympathique prestation...
vocalisation scolaire pas toujours nette voire savonnée (il manque un sacré paquet de notes dans le rondo!) et puis un aigu tiré et bien laid! Rien de l'électricité et de la perfection technique qu'y mettaient une Horne, une Valentini Terrani et une Bartoli!
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: [Garnier] Rossini – La Cenerentola – Galienne, ONP, Pidò   Dim 30 Déc 2018 - 15:08

Même sans mentionner le biais qu'il y a à considérer comme « sympathique » tout ce qui ne relève pas de la-meilleure-interprétation (déjà, rien que chanter proprement ce rôle, ce n'est pas gentillet, pas vraiment un rôle central et peu agile, comme un bouffe de Mozart, chantable par n'importe quel baryton) :

1) j'ai parlé de tout sauf son rondeau (qui était très bien mais où, effectivement, d'autres ont chanté avec plus d'homogénéité, de virtuosité, etc.) ;

2) tout le prix de Crebassa se trouve justement en salle, avec un caractère enveloppant de la voix (qui semble sortir des murs !) vraiment singulier. En retransmission, c'est toujours moins intéressant. (et je ne suis pas sûr que ce soit le cas pour certaines des gloires que tu cites :flower )
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Suzunosuke
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MessageSujet: Re: [Garnier] Rossini – La Cenerentola – Galienne, ONP, Pidò   Dim 30 Déc 2018 - 17:59

Juste pour préciser que j’aime beaucoup voir les membres de l’orchestre, lorsqu’ils le peuvent, jeter des regards intéressés vers les chanteurs
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: [Garnier] Rossini – La Cenerentola – Galienne, ONP, Pidò   Dim 30 Déc 2018 - 23:39

Suzunosuke a écrit:
Juste pour préciser que j’aime beaucoup voir les membres de l’orchestre, lorsqu’ils le peuvent, jeter des regards intéressés vers les chanteurs

C'est vrai que j'ai aperçu ça à la dernière, rare chez eux. (c'est pas pour autant qu'ils étaient à fond, mais c'était plutôt sympa)
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Adalbéron
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MessageSujet: Re: [Garnier] Rossini – La Cenerentola – Galienne, ONP, Pidò   Lun 31 Déc 2018 - 15:34

DavidLeMarrec a écrit:
Je m'aperçois à cette occasion qu'il s'agit de l'un des opéras que j'ai vus le plus de fois sur scène (3 fois sur 15 ans, le maximum étant 4 pour Così fan tutte, Der Fliegende Holländer, Les Pêcheurs de Perles et Pelléas). Il faut dire qu'il est souvent donné, et qu'il fait toujours mouche. 

Après avoir récemment débattu sur (l'absence de) vertu des Reines Tudor de Donizetti (et réécouté conséquemment ses œuvres faibles), je suis frappé de voir ici toutes ces petites colorations de bois, ces débuts de chœur en canon… L'Ouverture, je ne m'en étais jamais avisé à ce point, est réellement l'une des toutes meilleures de Rossini, vraiment bien construite, avec de bons thèmes qui ne sont pas seulemen traités comme des mélodies accompagnées, et non sans un aspect farouche (beaucoup de mode mineur) qui weberise un peu le propos.

Pour le reste, même si je déplore qu'on joue toujours Cenerentola, quelquefois l'Italiana et jamais Il Turco (rarement en Europe, jamais en France), l'œuvre fonctionne toujours aussi bien – c'est autre chose que le Barbier, tout de même !  Plus que sur la seule virtuosité ou sur les mélodies, Rossini mise véritablement sur ses grands ensembles concertati, sur les situations mises en valeur par la musique – ses duos ne sont pas des moments de bravoure, mais l'alliance du théâtre et de la musique emporte tout.

C'était ma première Cenerentola en salle, pour ma part. Et quel bonheur ! colors
C'est constamment animé par une poussée qui n'autorise jamais l'ennui à poindre ; même orchestralement, je trouve ça souvent assez savoureux.
L'ouverture est en effet vraiment géniale, avec ses sinuosités serpentines en mineur, ses jeux de réponses aux vents, son énergie vorace ! compress

DavidLeMarrec a écrit:
En termes d'interprétation, même en attendant la dernière et avec l'électrique Pidò, l'Orchestre de l'Opéra n'était pas véritablement à fond. Mais tout était en place et raisonnablement vivant – on bout un peu lorsqu'on lit leur salaire, leurs avantages, leur subvention, lorsqu'on connaît leur niveau réel (je préfèrerais mille fois avoir les Frivolités Parisiennes, ou même un orchestre moins virtuose qui jouerait avec tout ce qu'il a…), mais le résultat était convaincant dans l'absolu hier soir. (Et pourtant, il y avait beaucoup de jeunes dans la fosse, qui regardaient parfois avec sévérité les collègues en train de papoter !)

Sans trouver ça époustouflant, j'ai trouvé l'orchestre vraiment bon, mais sans doute à l'aune de ce qu'ils offrent dans Rossini d'habitude. Vraiment séduit par les coups d'archet qu'ils s'autorisaient, la mise en valeur des pupitres de vent, qui fendaient la masse orchestrale avec pas mal de piquant, le piccolo en particulier (je me suis mis à rêver à un Rossini par Harnoncourt). Et puis c'était diablement efficace.

DavidLeMarrec a écrit:
Vocalement, Marianne Crebassa encore une fois hallucinante : la voix semble sortir des murs, immédiatement présente quelle que soit son orientation sur la scène. L'aigu paraissait étrangelement aigrelet, comme si elle avait tenté d'en limiter le volume en en retirant la couverture ; il est plus clair, mais aussi plus tendu. Étrange, je n'avais jamais senti cette tension chez elle jusque là. De très loin l'Angelina la plus marquante que j'aie entendue, donc, disque inclus… mais pour l'air final, il existe plus maîtrisé – vraiment étonnant, alors que rien ne semble la faire trembler, celle petite fragilité soudaine. Elle semblait néanmoins euphorisée aux saluts (tout chanteur sait que l'hyperventilation produit son petit effet), et c'était vraiment, vraiment splendide de bout en bout, assez incarné psychologiquement de surcroît.

Tout à fait d'accord sur les qualités de Crebassa. Vraiment bluffé tout du long par son incarnation, mais c'est vrai que le rondo final fait un peu plouf. Sinon, Bartoli offre de belles choses, même en-deçà de ce rondo, tout de même...
Les aigus tout au long de l'œuvre étaient en effet émis piano et découvert (elle craignait peut-être que le vibrato devienne envahissant, que ce soit laid ?). Et quel bonheur de la voir aussi joyeuse aux saluts ! Very Happy

Je complèterai.
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Adalbéron
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MessageSujet: Re: [Garnier] Rossini – La Cenerentola – Galienne, ONP, Pidò   Mer 2 Jan 2019 - 19:30

DavidLeMarrec a écrit:
J'entendais pour la première fois en salle Lawrence Brownlee

Il y a trois ans, à Bastille, je l'avais entendu en Almaviva depuis le fond du second balcon et sa voix m'avait paru sinon grande, au moins tout à fait percutante et brillante. En juin dernier déjà, à Garnier dans Don Pasquale, j'avais trouvé la projection affaiblie par rapport à ce souvenir, le timbre plus gris, l'ensemble moins brillant. Dans cette Cenerentola, le volume était toujours aussi peu ample, mais la voix était plus colorée et charnue qu'en juin (et j'étais pourtant placé dans une loge, où tout le son s'occulte et se ouate). C'est en tout cas un chanteur pour lequel j'ai beaucoup d'affection et j'ai particulièrement aimé son Ramiro, fougueux et facétieux, vocalement assez bluffant dans son grand air du II ! bounce

DavidLeMarrec a écrit:
Florian Sempey se bonifie décidément : certes la vocalisation rossinienne la plus agile est toujours savonnée (mais à moins d'un spécialiste exclusif, Dandini est inchantable !), néanmoins la plupart sont réussies, et la présence vocale et surtout scénique emportent tout. Galienne et lui parviennent à faire de cette utilité qui n'a, de plus, pas la meilleure musique, un pivot du drame, un réservoir de blagues – d'ordinaire, les mises en scène misent plutôt sur don Magnifico.


Vocalisation en effet fort laborieuse ; le rôle est difficile, mais il était à la peine même dans les passages vocalisants les moins périlleux. Cela étant dit, sa composition scénique parvient à faire oublier ces « limites » vocales, grâce à une énergie débridée et une malice savoureuse.  Very Happy

DavidLeMarrec a écrit:
Grosse déception en voyant que, sans en avoir rien dit, Alessandro Corbelli a été remplace sur la plupart des dates par Paolo Bordogna : outre son abattage, la voix de Corbelli fend l'espace comme aucune autre – une des rares émissions à survoler Bastille ! –, tandis que Bordogna est très représentatif des voix à la mode faites pour les micro, d'un joli velours, mais très mal projetées en salle (on ne comprend rien, on n'entend qu'une seul couleur grise, et on entend mal tout simplement ). Ce n'est pas que ce soit mal chanté, juste que ce n'est pas une émission efficace, et qu'en salle, ça change vraiment l'expérience.


Je n'en ai déjà plus beaucoup de souvenirs, en effet, tant j'ai trouvé ça terne et peu claquant... Tout comme Plachetka, d'ailleurs.

DavidLeMarrec a écrit:
Un peu le même problème avec les sœurs (Chiara Skerathet Isabelle Druet), qui dans l'acoustique défavorable de Garnier passaient assez mal la rampe – on peut pourtant embaucher de petits formats pincés pour ces rôles, pas besoin de choisir des pâtes élégantes comme pour des héroïnes dramatiques…


Je serais beaucoup moins critique que toi sur ce point. Je ne sais pas où tu étais placé, mais comme je n'entendais personne vraiment bien sauf Crebassa et Sempey, dans ma loge-boîte à chaussure, ça ne m'a pas gêné (d'autant plus que j'ai déjà (très) bien entendu Druet à Bastille Skerath à Garnier et elles sonnaient bien mieux). Je les ai trouvées pétillantes et fines, délicieusement bien chantantes.

DavidLeMarrec a écrit:
J'ai lu beaucoup de mal de la mise en scène de Galienne et je l'ai appréciée. Pas mal de tentatives de revitaliser des éléments du livret qui paraissent posés arbitrairement, et qui entrent ainsi en relation avec d'autres répliques. Je trouve que, pour un vrai professionnel du jeu d'acteurs, il aurait pu animer davantage son plateau (je ne comprendrai jamais pourquoi, lorsqu'il est écrit que les personnages se battent, ils se parlent immobiles à plusieurs mètres… quel est le gain de drame / de sens en cela ?), mais je suppose que le temps de répétition est limité, et l'ensemble était assez bien fait. (J'avais beaucoup aimé la fantaisie de François DeCarpentries à la Monnaie, en janvier-février 2000, à l'époqueoù Shkosa chantait Rossini…)

Je ne comprends pas non plus ce qui a motivé l'excès d'indignité autour de cette mise en scène... Il y a des spectacles qu'il faut détester, bon.
Il y a évidemment des moments meilleurs que d'autres, mais ça fonctionne très bien dans l'ensemble, les relations entre les personnages sont subtilement rendues et de nombreux éléments du livret resémantisés : il y a le coup du « suis-je un monstre ? » qui fait ici référence à l'invalidité d'une jambe du Prince, mais c'est surtout tout ce qui a un rapport avec le champ lexical du feu qui m'a beaucoup plu, prenant son origine bien sûr dans le surnom de l'héroïne et l'épisode de la tempête qui renverse le carrosse du Prince. Le décor est celui d'une ville après une catastrophe et le sol est une coulée ardente figée qui redevient active lors du finale de l'acte I (« Ma ho timor che sotto / terra piano piano, a poco a poco / si sviluppi un certo foco; / e improvviso a tutti ignoto / balzi fuori un terremoto, / che crollando — strepitando, / — sconquassando, / poi mi venga a risvegliar.») ; certaines expressions dans le texte sont ainsi mises en valeur. On passe ainsi de « Presso al fuoco [...], lasciatemi cantar » (Près du feu laissez-moi chanter) à « Non più mesta accanto al fuoco » ([Je] ne [veux] plus [rester] triste près du feu). Tout ceci permet le développement d'une jolie rêverie sur le feu qui apparaît d'abord sous la forme d'un rebut inerte (les cendres, la coulée figée, l'âtre consolateur près duquel on chante mais stagne) avant de se réanimer par le souffle de la passion auquel la nature entière donne écho... C'est tout bête, mais ça m'a permis de reconsidérer ce conte galvaudé sous une lumière un peu nouvelle.

Très bon Chœur, au passage !
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[Garnier] Rossini – La Cenerentola – Galienne, ONP, Pidò
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