Autour de la musique classique

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 Les compositeurs brésiliens

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Henri
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MessageSujet: Les compositeurs brésiliens   Les compositeurs brésiliens EmptyMar 5 Fév 2019 - 13:07

Vue depuis la France et l'Europe, la musique classique brésilienne se confond souvent avec celle de son géant Villa-Lobos, dont l'ombre démesurée masque à peu près autant les compositeurs qui l'ont précédé que ceux qui l'ont suivi. Certes, les compagnies de disques et les programmateurs de concerts font parfois l'effort d'accompagner les œuvres du génial auteur des Bachianas brasileiras d'une pièce ou deux de l'un ou l'autre des non moins méritants compositeurs que ce grand pays a produit. Malgré cela, leur musique reste assez peu connue du grand public de ce côté-ci de l'atlantique. Étant moi-même un grand amateur de la musique de Villa-Lobos, je suis resté longtemps à croire qu'il était le seul compositeur brésilien digne d'intérêt. Je ne connaissais d'autre que Francisco Mignone, dont le Maracatu de Chico rei figurait sur un disque dont la figure principale était le grand Heitor. J'avoue d'ailleurs que cette pièce ne m'avait guère incité à chercher à en connaître plus de ce compositeur. Ce n'est que grâce à l'immense médiathèque que constitue Youtube que j'ai pu commencer à explorer les richesses cachées de la musique classique brésilienne. Non que j'aie une raison particulière pour m'intéresser à la musique du Brésil, pas plus en tout cas qu'à celle de la Finlande (à part Sibelius, bien sûr — toujours le lien avec mes « géants » personnels), ou à celle de la Roumanie ou de l'Irlande, si ce n'est la recherche d'une éventuelle évocation des paysages, puisque c'est souvent cela que je trouve dans la musique. Le Brésil est même arrivé bien longtemps après mes autres explorations, qui ont concerné essentiellement les pays d'Europe et les États-Unis.
Pendant que j'écris celà je suis en train d'écouter Canticum Naturale, per soprano e orchestra (1972) d'Edino Krieger, musique moderne qui commence dans une ambiance très "forêt vierge" qui aurait pu être signée de Villa-Lobos, et se termine dans un fracas d'apocalypse qui me rappelle la pièce composée par l'Islandais Jón Leifs, "Hekla", qui évoque l'éruption d'un des plus dangereux volcans d'Islande, mais je vous en parlerai un autre jour, pour l'instant c'est le Brésil. J'enchaîne par une Sonatina pour piano, du même Krieger, pour me reposer un peu les oreilles. Edino Krieger est né en 1928. Ses premières compositions révèlent les influences du romantisme et de l'impressionnisme, mais la musique de sa maturité présente l'utilisation de la technique dodécaphonique, et j'avoue que ce que j'ai pu écouter pour l'instant sur youtube, mis à part les deux morceaux susmentionnés, ne correspond pas vraiment à ce que j'aime le plus, musicalement parlant. Mais j'essaierai d'y revenir un de ces jours.

Les compositeurs brésiliens Alexandre_Levy
Dans une époque qui me convient mieux, Alexandre Levy (São Paulo, 10 novembre 1864 - São Paulo, 17 janvier 1892) a composé un Andante para cordas, délicat morceau de six minutes pour orchestre à cordes dont il existe au moins un enregistrement, par l'Orquestra Sinfônica de Piracicaba, qu'on peut écouter sur Youtube. Quand je lis "andante" et "orchestre à cordes", ma prédilection pour les morceaux lents et pour cette formation orchestrale me fait dresser l'oreille et cliquer la souris. Il arrive souvent que je sois déçu. Mais là, non. Bon, ça ne vous émeut pas jusqu'à l'os, mais ce sont six minutes de tendresse musicale qui ne sont pas à dédaigner.
Du même on écoutera un poème symphonique, Werther, par l'Orquestra Sinfônica Nacional da Universidade Federal Fluminense, qui n'ajoute pas grand chose au genre mais qui défend honorablement la cause du romantisme symphonique.
La Fantasia Brilhante sur des thèmes de l'opéra O Guarani de Carlos Gomes pour deux pianos est plus intéressante, à la fois musicalement et parce qu'elle peut servir d'introduction à la musique de cet autre compositeur brésilien qu'est Carlos Gomes. Dont je vous parlerai dans une prochaîne chronique.


Dernière édition par Henri le Mer 13 Fév 2019 - 12:54, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les compositeurs brésiliens   Les compositeurs brésiliens EmptyMar 5 Fév 2019 - 15:22

Henri a écrit:
Étant moi-même un grand amateur de la musique de Villa-Lobos, je suis resté longtemps à croire qu'il était le seul compositeur brésilien digne d'intérêt.

On s'aperçoit en réalité, avec l'expérience, que ce n'est jamais le cas. (Tout simplement pour des raisons statistiques : il y a trop de compositeurs dans un pays pour qu'il n'y ait qu'une seule figure intéressante – et même chez les figures mineures, il existe forcément des pièces considérables, voire majeures.)

Merci pour ces pistes de découverte, effectivement le Brésil est peu documenté et peu mis en valeur, hors quelques œuvres folklorisantes ; et même pour Villa-Lobos, finalement on joue souvent la même partie de son catalogue, rarement les symphonies, les quatuors, le piano, les opéras…
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MessageSujet: Re: Les compositeurs brésiliens   Les compositeurs brésiliens EmptyMer 13 Fév 2019 - 12:50

Les compositeurs brésiliens Carlos_Gomes_%28fototipia%29
Ouvrons cette nouvelle chronique brésilienne consacrée, comme c'était annoncé, au compositeur Carlos Gomes (Campinas, 11 juillet 1836 - Belém, 16 septembre 1896) par l'Alvorada (Aube), pièce extraite de l'opéra Lo Schiavo (L'esclave) créé en 1889. Belle ambiance toute emprunte de la sérénité du jour naissant, avec la lumière qui peu à peu s'installe sur une nature sortant lentement de son sommeil. On entend quelques cris d'oiseaux et d'autres bêtes. Il y a des hommes aussi sans doute dans ce paysage, car un clairon se fait entendre au loin, qui ne semble pas déranger (pour l'instant) les animaux commençant paisiblement leur journée. Au bout de 7 minutes cela commence à s'animer et la pièce se termine dans le tutti habituel qui annonce les débuts d'opéras.
Gomes était en effet essentiellement un compositeur d'opéras. Son œuvre la plus célèbre, Il Guarany (le titre original est en italien mais les brésiliens le transcrivent souvent en portugais O Guarany - Le Guarani), raconte l'amour impossible d'un Indien et d'une Blanche. Il est basé sur le roman O Guarani de José de Alencar, dont une traduction circulait à Milan où Gomes se trouvait en 1867. Celui-ci fut passionné par cette histoire singulière et il en parla aussitôt avec son librettiste Scalvini, qui en fut tout autant enthousiasmé. Le 19 mars 1870 l'œuvre fut créée à la Scala de Milan et devint tout de suite un succès, dû à la fois à la saveur exotique du texte et à celle de la musique. Gomes y avait en effet introduit des instruments indiens tels que borés, tembis, maracás ou inúbias qu'il avait fait fabriquer par un facteur d'orgue à Bergame. On voit par là que Villa-Lobos n'a en rien innové quarante ans après.
La première brésilienne de Il Guarany eut lieu le 2 décembre 1870, jour de l'anniversaire de l'empereur Pierre II, au Théâtre Lyrique Provisoire de Rio de Janeiro. La représentation fut un triomphe et se termina par les acclamations du public : « Vive l'Empereur ! Vive Carlos Gomes ! Vive José de Alencar ! ».
Il Guarany eut une carrière fulgurante : dès 1872, l'opéra fut porté sur les grandes scènes européennes, et atteignit en quelques années une notoriété mondiale, joué jusqu'à Moscou et Pittsburgh.

Gomes a composé en tout neuf opéras :

A Noite do Castelo (« La Nuit du Château »), opéra en trois actes sur un livret de José Fernandes dos Reis, d'après le roman homonyme d'António Feliciano de Castilho. Première le 4 septembre 1861, Teatro Lírico Fluminense (provisoire) de Rio de Janeiro. Dédié à Francisco Manuel da Silva.
Joanna de Flandres (« Jeanne de Flandres »), opéra en quatre actes sur un livret de Salvador de Mendonça.
Il Guarany (« Le Guarani »), opéra-ballet en quatre actes, sur un livret d'Antonio Scalvini, d'après le roman O Guarani de José de Alencar. Première le 19 mars 1870, à La Scala, Milan.
Fosca, opéra en quatre actes sur un livret d'Antonio Ghislanzoni d'après le roman Le Feste delle Marie, de Luis Capranica. Première le 16 février 1873, à La Scala, Milan. Dédié à José Pedro Santana Gomes.
Salvator Rosa, opéra en quatre actes sur un livret d'Antonio Ghislanzoni d'après le roman Masaniello de E. de Méricourt. Première le 21 mars 1874, Théâtre Carlo-Felice, Gênes.
Maria Tudor (« Marie Tudor »), opéra en quatre actes sur un livret d'Arrigo Boito et d'Emilio Praga d'après le drame homonyme et éponyme de Victor Hugo. Première le 27 mars 1879, à La Scala, Milan.
Lo Schiavo (« L'esclave »), opéra en quatre actes sur un livret de Rodolfo Paravicini d'après une idée du Vicomte de Taunay. Première le 27 septembre 1889 au Teatro Imperial D. Pedro II (Teatro Lírico) à Rio de Janeiro, en hommage à la princesse Isabelle du Brésil et à l'abolition de l'esclavage au Brésil.
Condor, opéra en trois actes sur un livret de Mario Canti. Première en 1891 à La Scala, Milan. Dédié au commandeur Theodoro Teixeira Gomes.
Colombo, poème vocal symphonique en quatre tableaux, dédié au peuple américain. Livret d'Albino Falanca. Première le 12 octobre 1892, jour du 400ème anniversaire de la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb, au Teatro Lírico de Rio de Janeiro.

Gomes a composé également de la musique sacrée, des modinhas, des cantates et des opérettes, des pièces pour piano et de chambre. Mais je n'ai trouvé aucune information ni aucun enregistrement pour celle-ci, à part la Sonata para cordas (1894), qu'on peut écouter sur Youtube dans une version pour quatuor à cordes (par le Quarteto Bessler-Reis), ou bien pour orchestre à cordes (par l'orchestre du Summer Music Institute dirigé par Carmelo de los Santos) ou bien encore pour quatuor de guitares (jouée par le Quarteto Brasileiro de Violões), que je préfère pour ma part à la version cordes. On jurerait même que c'est une partition faite d'origine pour la guitare et que c'est la version pour cordes qui est une transcription. À écouter !

Carlos Gomes est décédé le 16 septembre 1896, sans doute d'un cancer de la langue. Il avait subi une intervention chirurgicale le 8 avril 1895, malheureusement sans résultats. Ses derniers jours furent marqués par une souffrance physique que rien ne pouvait soulager. Ses funérailles furent de celles qu'on réserve aux grands hommes. Son corps fut embaumé, photographié et exposé au public à Belém pendant deux jours, puis transféré au conservatoire de Belém où il fut exposé dans une chapelle ardente. Il fut ensuite transféré au cimetière de la Soledade, à Belém, et exposé à nouveau au public. À la cathédrale de Bélém fut célébrée une messe de requiem au cours de laquelle le corps fut placé sur un immense catafalque. Sa dépouille ne fut toutefois pas inhumée à Bélém mais à Campinas, sa ville natale, avec les honneurs militaires.
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MessageSujet: Re: Les compositeurs brésiliens   Les compositeurs brésiliens EmptyMar 19 Fév 2019 - 8:45

Troisième chronique sur les compositeurs classiques brésiliens. On reste dans le XIXeme siècle, bien que les deux compositeurs que je vais présenter soient morts au XXème. Il s'agit d'Alfredo Napoleão (1852-1917) et d'Alberto Nepomuceno (1864-1920).

Les compositeurs brésiliens A-4029848-1412356547-2140.jpeg

Le père d'Alfredo Napoleão était un musicien portugais et il initia ses trois fils à la musique. La mère décéda alors qu'Alfredo n'avait qu'un an. Son enfance se passa à Porto jusqu'à l'âge de six ans, en 1858, année où il fut amené à Londres, ou travaillait son père, pour étudier la musique avec un certain professeur Wood. À la fin de ses études, en 1868, il se rendit au Brésil en même temps que ses deux frères. Tous les trois avaient une formation de pianiste et Alfredo donna avec succès son premier récital en 1869 à Rio de Janeiro. Après une longue tournée dans le pays, il s'installa à Montevideo pour y enseigner le piano. A partir de 1879 il effectua quelques années de tournée dans le nord du Brésil. Il était à cette éopoque à l'apogée de sa gloire en tant que pianiste mais composait également. Il retourna dans sa patrie d'origine en 1879 et donna des concerts à Lisbonne, Porto, Londres et Paris. Il revint au Brésil en 1889 et fit une tournée à travers tout le continent. En 1891 il retourna définitivement à Porto où il mourut en 1917. Parmi ses compositions on compte quatre concertos pour piano, une Polonaise pour piano et orchestre, une Ouverture symphonique pour grand orchestre, de la musique de chambre, des sonates pour piano et de nombreuses pièces pour piano. Sur Youtube on peut écouter le Concerto pour piano n° 2, interprété par l'Ulster Orchestra sous la direction d'Adrian Leaper, avec Artur Pizarro au piano.

Mes impressions d'écoute

Ça commence comme une musique de Bernard Herrmann et on s'attend à frémir comme devant un film de Hitchcock, mais heureusement (ou malheureusement) ça s'arrange dès que le piano entre en scène pour nous rappeler qu'on est encore au XIXème siècle et que la musique à suspense n'existe pas encore. En tout cas, on comprend très vite qu'il s'agit d'un concerto de très bonne facture où les notes dégringolent en cascades et remontent en fusées pour nous subjuguer de virtuosité. Non, je suis injuste, il y a aussi une belle musicalité, comme on savait le faire en cette époque où l'on aimait le beau son (ça s'est perdu je ne sais pas pourquoi, ni où, ni quand). L'orchestre donne une bonne assise aux évolutions aquatico-pyrotechniques du soliste et l'on arrive sans trop y faire attention au deuxième mouvement, qui n'est pas un andante ni un adagio mais un très court scherzo qui sert juste de transition avec le troisième mouvement. Il s'agit d'un allegro  d'allure assez martiale, qui avance de manière décidée et pleine d'assurance vers des horizons triomphants. Un bref passage plus attendri, comme pour contempler le paysage qui s'offre à nous, apporte le moment de repos qui vous avait manqué auparavant, puis la marche reprend, toujours aussi alerte, pour nous mener à une conclusion ferme et vigoureuse, comme toute conclusion honnête de tout concerto honnête, dont la principale qualité doit être d'attirer des bravos à son soliste.

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Les compositeurs brésiliens Alberto_Nepomuceno

Alberto Nepomuceno. Je vous expose vite fait sa biographie. Né en 1864, il fut initié à la musique par son père, violoniste, professeur, chef d'orchestre et organiste de la cathédrale de Fortaleza. Après le décès de son père en 1880, Nepomuceno prit un emploi de typographe et se mit à donner des cours particuliers de musique pour subvenir aux besoins de sa mère et de sa sœur. Il put néanmoins poursuivre ses études de musique auprès du chef d'orchestre Euclides Fonseca. En même temps il étudia langue allemande et la philosophie. Il devint un défenseur actif des causes républicaines et de l'abolition de l'esclavage dans le Nordeste brésilien, ce qui ne l'empêcha pas de mener ses activités de musicien, et lui valut d'être nommé, à dix-huit ans, directeur des concerts du Club Carlos Gomes (pour ce nom, voir chronique précédente) de Recife.

En 1888, Nepomuceno put se rendre en Europe afin de parfaire sa formation musicale. À Rome, il s'inscrivit à l'académie nationale de Santa Cecilia, et fréquenta les classes d'Harmonie d'Eugenio Terziani et de piano de Giovanni Sgambati. Après le décès de Terziani, il poursuivit ses études avec Cesare De Sanctis.
En 1890 il partit pour Berlin, où il fut élève de composition de Heinrich von Herzogenberg à la Berliner Hochschule für Musik. Après cela, il rejoignit le Sternsches Konservatorium de Berlin où il assista aux cours de composition et d'orgue du professeur Arno Kleffel et à ceux de piano de Karl Heinrich Ehrlich. Nepomuceno fut aussi élève du célèbre Teodor Leszetycki, dont la classe était fréquentée également par la pianiste norvégienne Walborg Bang, avec qui il se maria en 1893. Elle était élève d'Edvard Grieg. Après son mariage, il s'installa chez Grieg à Bergen. Cette amitié fut fondamentale pour l'élaboration par Nepomuceno d'un idéal nationaliste et surtout d'une définition d'une œuvre attentive à la richesse culturelle brésilienne.

Bon, plutôt que me contenter de paraphraser l'excellente notice biographique de Wikipedia, je vous y renvoie (par un simple "clic" sur ce lien Alberto Népomuceno), et quand vous serez revenu on parlera de sa musique. Disons quand même que Alberto Nepomuceno est considéré comme le « père » du nationalisme dans la musique classique brésilienne et que, dans le but d'encourager les talents nationaux, il coopéra avec Sampaio Araújo à l'édition des œuvres d'un compositeur controversé récemment découvert : Heitor Villa-Lobos. Lorsqu'il fut directeur musical et chef d'orchestre principal des Concerts Symphoniques de l'Exposition Nationale de Praia Vermelha, il présenta pour la première fois au public brésilien, outre les Brésiliens Antônio Carlos Gomes, Barroso Neto, Leopoldo Miguez et Henrique Oswald, les auteurs européens contemporains comme Claude Debussy, Albert Roussel, Glazounov et Nikolaï Rimski-Korsakov.

Les œuvres d'Alberto Nepomuceno

Pour piano, je retiens notamment les nocturnes n° 1 et n° 2 pour la main gauche et le nocturne Op. 33, qui fait irrésistiblement penser au Satie des gnossiennes et gymnopédies.
Ainsi que la Suite Antiga (Suite ancienne), op.11, [1893](prelúdio - minueto - ária - rigaudon)..

Trois beaux quatuors à cordes, qu'on peut écouter sur Youtube, enregistrés par le Quarteto Carlos Gomes.

Pour la musique d'orchestre, j'ai pu écouter la Série Brasileira, une suite en quatre mouvements : 1. Alvorada na serra (Aube dans la montagne) - 2. Intermèdio - 3. Siesta na rede (Sieste dans le hamac) - 4. Batuque. Le premier mouvement évoque bien ce à quoi son titre fait allusion, mouvement calme aux cordes, dans le début duquel Nepomuceno nous fait entendre quelques imitations de chants d'oiseaux. La matière se fait plus dense au fil du morceau avec l'introduction de bois qui donnent de la dureté, et il se termine par un retour à l'ambiance calme du début. L'Intermèdio est un allegretto à la légéreté aérienne, avec une mélodie sautillante aux cordes qui fait penser à celle du personnage de Pierre dans le conte musical de Prokofiev. Le troisième mouvement nous invite à partager un moment de repos sous les cocotiers. L'orchestre nous fait ressentir la chaleur moite d'une après-midi tropicale qui s'écoule lentement, au rythme du mol balancement d'un hamac. La Batuque qui clôt la suite est la reprise d'une Dança de Negros (Danse de Noirs) que Nepomuceno avait composée en1887, l'année précédant l'abolition de l'esclavage, et qui était une des premières compositions à utiliser des motifs ethniques brésiliens.
Il existe une version pour orchestre à cordes de la Suite Antiga, qui a été enregistrée par le Capella Bydgostiensis et José Maria Florencio. A noter que dans cet enregistrement, le prelúdio a disparu (n'est pas sur youtube en tout cas).
Nepomuceno a composé une très belle Symphonie en Sol mineur (1893). L'allegro du premier mouvement, noté "con entousiasmo", emporte l'adhésion dès les premières mesures, et il n'y a plus ensuite qu'à se laisser porter par une musique à l'atmosphère pastorale et joyeuse jusqu'au finale... brasillant.
J'aime beaucoup l'Adagio para Cordas, œuvre sans prétentions mais quand on me parle adagio et cordes, je fonds. Pareil pour la Serenata para Cordas (écoutable sur Youtube interprétée par l'Orquestra de Câmara Eleazar de Carvalho avec Marcio Spartaco Landi à la baguette).
Dans la même veine, un Andante Expressivo, toujours pour orchestre à cordes. Le nom de l'orchestre n'est pas indiqué, comme cela arrive souvent sur youtube.

Ses opéras sont au nombre de cinq : Porangaba (1887-1889) ; Electra (1894) ; Artémis (1898) ; Abul (1899-1905) ; O Garatuja (Le griffonnage), inachevé, d'après le roman homonyme de José de Alencar (1904-1920). Il a également composé une opérette : A cigarra (La Cigale) (1911) et un Épisode lyrique :La Pastorale (1902).

Pour la musique de chambre, il y a unTrio pour piano, violon et violoncelle (1916), trois quatuors à cordes, déjà mentionnés plus haut, une Sonate pour piano.

Pour l'oeuvre complète, se référer à Wikipedia.
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MessageSujet: Re: Les compositeurs brésiliens   Les compositeurs brésiliens EmptyMar 19 Fév 2019 - 10:19

Justement, une parution NAXOS de cette nouvelle année :

Les compositeurs brésiliens Sleeve2

une symphonie, brésilienne, de 1893 (année généralement fiable ^^ ), je commence à me lécher les babines...

[ après écoute ] Un très agréable cas de ces musiques un peu trop neutre à mon goût, qui dans un cadre formel bien assez clair, est une jolie fusion d’où émergent, tour à tour et objectivés, des sensations debussystes, d’autres brahmsiennes, ici curieusement du lyrisme mahlérien, ailleurs d’une sorte de folklorisme universel, qui fait que la musique d’un brésilien sonne comme les belles pages des danses slaves dvorakiennes. Je dirais ; c'est Tchaikovsky qui domine là–dedans. Bêtement, je voulais retrouver Ginastera. Rolling Eyes Évidemment...

Je confirme. L’énoncée immédiate du premier thème nous emporte avec succès. C'est une jolie Symphonie ! J'ai surtout aimé l'Andante, quasi adagio, bel exemple de ce que je viens d'évoquer. Assez subtilement, élégamment ; je n'ai pas su distinguer qui est l'épice de l'autre. Il se fait que l'équilibre est délicieux. Ailleurs, c'est du "collage". Ici on est dans l'assimilation. La seule page qui vous fait entrer chez Nepumoceno.
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MessageSujet: Re: Les compositeurs brésiliens   Les compositeurs brésiliens EmptyMar 19 Fév 2019 - 12:48

Une Electra de 1894 (en portugais ou en italien ?), ça fait rêver… Sujet qui dès Campra et Lemoyne, suscitait des écritures hystériques, je me demande ce que ça ça peut donner en pré-Strauss (et pré-Gnecchi).
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Henri
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MessageSujet: Re: Les compositeurs brésiliens   Les compositeurs brésiliens EmptyJeu 14 Mar 2019 - 9:05

Je poursuis cette série de chroniques avec Henrique Oswald.

Les compositeurs brésiliens Henrique_Oswald_1907

Henrique Oswald est né à Rio de Janeiro le 14 avril 1852, d'un père Suisse-allemand du nom de Oschwald et d'une mère d'origine italienne. A partir de 1857, le père monte un commerce de pianos à São Paulo. Henrique, déjà initié à cet instrument par sa mère, vit au quotidien au milieu des pianos du magasin, qui sont en quelque sorte ses jouets. Entre six et sept ans il se produit en public avec beaucoup de succès et il est confié au professeur Gabriel Giraudon, un Français installé à São Paulo qui est considéré à l'époque comme le meilleur professeur de la ville. Lorsqu'il à l'âge de seize ans, sa mère l'emmene en Italie, où elle s'installe à Florence. Henrique entre à l'Institut Moriani pour y étudier le contrepoint, l'harmonie et la composition avec les professeurs Maglioni et Grazzini, et le piano avec Henrique Ketten et Giuseppe Buonamici. Le père les rejoint quelques mois plus tard.

En 1881, Henrique épouse Laudomia Bombernard Gasperini, fille d'Ottavio Gasperini, directeur de l'établissement d'enseignement de Florence et de Maria Bombernard Gasperini, de nationalité française.
En 1882 naît leur premier fils, Carlos, qui deviendra peintre et pionnier de la gravure au Brésil. Henrique ayant opté pour la nationalité brésilienne, l'enfant est enregistré au consulat du Brésil à Florence, de même que son frère Alfredo et ses trois soeurs Maria Horacia, Erminie et Henriqueta Margheritta. Erminie décédera à l'âge de trois ans.

En 1896, déjà bien connu en Italie, fort de sa position non seulement dans le monde culturel et social, Henrique se rend au Brésil, accompagné de son épouse et du violoncelliste Cinganelli, afin de faire écouter sa musique et de faire le point sur sa patrie. Il obtient un grand succès à São Paulo et à Rio de Janeiro, et les critiques brésiliens font son éloge. Il retourne ensuite régulièrement au Brésil pour des tournées. En 1889, Laudomia Bombernard Gasperini eut l'occasion de jouer avec Camille Saint-Saens une composition de Henrique pour deux pianos, "Scherzo", qui fit forte impression sur le compositeur français.
En 1900, il est nommé chancelier du Brésil au consulat du Havre. Mais les tâches bureaucratiques de ce poste prennent tout son temps au compositeur et le privent de son inspiration. Il est ensuite muté à Gênes, ce qui lui permet d'être domicilié à Florence, où, enfin libre d'autres préoccupations, il peut se consacrer à la composition.
En 1902, il reçoit l’un des prix musicaux les plus importants décernés en Europe pour une composition pour piano. Il s'agit de la pièce « Il neige ». Sous la présidence de Saint-Saens, la composition était jugée par Gabriel Fauré, et l'interprétation par Louis Diémer. En même temps, il avait déjà quand même 50 ans.

En mai 1903, Oswald est nommé au poste de directeur de l'Institut National de Musique de Rio de Janeiro. Il y restera jusqu'en 1906.
En mars 1906, il se produit à Munich avec ses compositions, ensembles pour musique de chambre solo et piano. De retour au Brésil, il se consacre à l'étude et à des présentations sporadiques. En 1909, il joue son Concerto pour piano et orchestre à l'Institut national de musique, sous la direction d'Alberto Nepomuceno, alors directeur de l'Institut. C'est à cette époque qu'il compose sa Symphonie, Opus 43. De retour à Florence, il reçoit l'invitation formelle d'assumer la présidence d'une chaire à l'Institut national de musique. Il s'installe alors définitivement au Brésil et ne retournera plus jamais en Italie. Sa symphonie sera jouée pour la première fois en 1918, sous la baguette de Marinuzzi, devant l'orchestre du théâtre Colon de Buenos Aires.

Les années 1920 seront pour Henrique Oswald celles d’une totale reconnaissance. Il est admiré et respecté de tous. En juillet 1920, il reçoit la médaille du roi Albert conférée par le gouvernement belge. C'est dans cette décennie qu'il acquiert à Petrópolis une belle maison au 42 Rue Carlos Gomes, où il passera de nombreuses saisons avec sa famille. Sa vie s'écoule calmement, il continue d'enseigner mais compose peu. Il accepte les "modernismes" mais n'y adhère pas. Ce qui ne l'empêche pas d'encourager ses étudiants et ses amis à chercher de nouvelles voies. Il se positionne en observateur. C'est une période de calme. Il se réjouit de la présence de ses petits-enfants et de la nouvelle des exécutions de ses œuvres à l'étranger. Il assiste aux expositions de peinture de son fils Carlos et aux succès de pianiste d'Alfredo.
Lorsque ce dernier annonce sa résolution de se consacrer à la vie religieuse dans l'ordre des jésuites, c'est un coup dur pour Henrique. Alfredo était en grande partie responsable de la diffusion de la musique de son père dans le monde entier. Commence alors pour le compositeur une nouvelle période. À partir de ce moment, il se consacrera principalement à la musique religieuse, à la composition de messes et de chants religieux.
De grandes célébrations marquent son 79e anniversaire. Exécution de ses oeuvres, fêtes, banquets, honneurs. Quelques jours avant sa mort, le comte Dejean, ambassadeur de France au Brésil, informe Oswald que son pays a décidé de lui attribuer le titre de chevalier de la légion d'honneur. Malheureusement, il ne le recevra jamais. Il meurt le 9 juin, après une journée normale, où il a donné ses cours comme d'habitude. Il sera décoré par l'ambassadeur de France à titre posthume. Il est enterré dans le cimetière de San João Batista à Rio de Janeiro.
(résumé de la notice biographique écrite par sa petite fille, Maria Isabel Oswald Monteiro sur le site http://www.oswald.com.br/site2010/index.htm)


L'ŒUVRE

Henrique Oswald reste surtout connu pour ses pièces de piano mais il a composé dans tous les genres, avec à son actif notamment trois opéras  : La Croce d'oro (La Croix d'or) - Il Neo (La mouche, d'après Alfred de Musset) - Le Fate (Les Fées) ;
de nombreuses œuvres pour orchestre, avec entre autres : Suite d'orchestre (1884) - 'Festa', Poème symphonique (1885) - Sinfonietta en Ré mineur op. 27 (1897, publiée comme Sinfonia, Op. 27 en 2001) - Symphonie en Do majeur op. 43 (1910–1911). Cette symphonie est disponible sur Youtube dans un enregistrement assez ancien qui possède le charme surané de ces vieilles musiques de film des années 1950-60. Tout de même, elle mériterait bien une prise de son plus moderne.
On peut trouver aussi une belle Elegia para Orquestra, une Valsa para orquestra de cordas et une Romance para Orquestra de Cordas. Ces trois morceaux semblent être interprétés par l'Orquestra da Escola de Música da UFRJ, dirigé par André Cardoso, de même que l'Andante com variações para piano e orquestra, avec Eduardo Monteiro au piano, un morceau au souffle héroïque, une sorte de mini-concerto pour piano où le soliste et l'orchestre jouent à part égale une partition inspirée d'une durée de 11 minutes.
Dans le domaine concertant on écoutera également le Concerto Op. 10 pour piano et... quatuor à cordes. Je ne sais s'il a été écrit à l'origine pour grand orchestre mais c'est dans cette version de chambre qu'on peut l'écouter sur Youtube, joué par José Eduardo Martins au piano avec le Quarteto Rubio.
On pourra d'ailleurs le comparer avec le Quarteto em sol maior op. 26 para piano, violino, viola e violoncelo (toujours par José Eduardo Martins et le Quarteto Rubio), et le Quintette avec piano en Do majeur, Op. 18 (par l'Arianna Quartet, cette fois, et Eduardo Monteiro au piano). Pour ma part je préfère le Quarteto.
A écouter aussi, la Sonate pour violon et piano Op 36, interprétée par Claudio Cruz au violon et Nahim Marun au piano.
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Les compositeurs brésiliens   Les compositeurs brésiliens EmptyJeu 14 Mar 2019 - 9:31

Rav-phaël a écrit:
Justement, une parution NAXOS de cette nouvelle année :

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une symphonie, brésilienne, de 1893 (année généralement fiable ^^ ), je commence à me lécher les babines...

[ après écoute ] Un très agréable cas de ces musiques un peu trop neutre à mon goût, qui dans un cadre formel bien assez clair, est une jolie fusion d’où émergent, tour à tour et objectivés, des sensations debussystes, d’autres brahmsiennes, ici curieusement du lyrisme mahlérien, ailleurs d’une sorte de folklorisme universel, qui fait que la musique d’un brésilien sonne comme les belles pages des danses slaves dvorakiennes. Je dirais ; c'est Tchaikovsky qui domine là–dedans. Bêtement, je voulais retrouver Ginastera. Rolling Eyes Évidemment...

Je confirme. L’énoncée immédiate du premier thème nous emporte avec succès. C'est une jolie Symphonie ! J'ai surtout aimé l'Andante, quasi adagio, bel exemple de ce que je viens d'évoquer. Assez subtilement, élégamment ; je n'ai pas su distinguer qui est l'épice de l'autre. Il se fait que l'équilibre est délicieux. Ailleurs, c'est du "collage". Ici on est dans l'assimilation. La seule page qui vous fait entrer chez Nepumoceno.

J'ai beaucoup aimé ce disque ! On entend pas mal Schumann dans la symphonie, et effectivement rien de tout cela n'est puissamment original, mais tout parle avec simplicité et savoir-faire, j'ai pris beaucoup de plaisir à écouter ça (plusieurs fois, depuis sa récente parution !).
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