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 Les compositeurs brésiliens

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Henri
Mélomane averti


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MessageSujet: Les compositeurs brésiliens   Mar 5 Fév 2019 - 13:07

Vue depuis la France et l'Europe, la musique classique brésilienne se confond souvent avec celle de son géant Villa-Lobos, dont l'ombre démesurée masque à peu près autant les compositeurs qui l'ont précédé que ceux qui l'ont suivi. Certes, les compagnies de disques et les programmateurs de concerts font parfois l'effort d'accompagner les œuvres du génial auteur des Bachianas brasileiras d'une pièce ou deux de l'un ou l'autre des non moins méritants compositeurs que ce grand pays a produit. Malgré cela, leur musique reste assez peu connue du grand public de ce côté-ci de l'atlantique. Étant moi-même un grand amateur de la musique de Villa-Lobos, je suis resté longtemps à croire qu'il était le seul compositeur brésilien digne d'intérêt. Je ne connaissais d'autre que Francisco Mignone, dont le Maracatu de Chico rei figurait sur un disque dont la figure principale était le grand Heitor. J'avoue d'ailleurs que cette pièce ne m'avait guère incité à chercher à en connaître plus de ce compositeur. Ce n'est que grâce à l'immense médiathèque que constitue Youtube que j'ai pu commencer à explorer les richesses cachées de la musique classique brésilienne. Non que j'aie une raison particulière pour m'intéresser à la musique du Brésil, pas plus en tout cas qu'à celle de la Finlande (à part Sibelius, bien sûr — toujours le lien avec mes « géants » personnels), ou à celle de la Roumanie ou de l'Irlande, si ce n'est la recherche d'une éventuelle évocation des paysages, puisque c'est souvent cela que je trouve dans la musique. Le Brésil est même arrivé bien longtemps après mes autres explorations, qui ont concerné essentiellement les pays d'Europe et les États-Unis.
Pendant que j'écris celà je suis en train d'écouter Canticum Naturale, per soprano e orchestra (1972) d'Edino Krieger, musique moderne qui commence dans une ambiance très "forêt vierge" qui aurait pu être signée de Villa-Lobos, et se termine dans un fracas d'apocalypse qui me rappelle la pièce composée par l'Islandais Jón Leifs, "Hekla", qui évoque l'éruption d'un des plus dangereux volcans d'Islande, mais je vous en parlerai un autre jour, pour l'instant c'est le Brésil. J'enchaîne par une Sonatina pour piano, du même Krieger, pour me reposer un peu les oreilles. Edino Krieger est né en 1928. Ses premières compositions révèlent les influences du romantisme et de l'impressionnisme, mais la musique de sa maturité présente l'utilisation de la technique dodécaphonique, et j'avoue que ce que j'ai pu écouter pour l'instant sur youtube, mis à part les deux morceaux susmentionnés, ne correspond pas vraiment à ce que j'aime le plus, musicalement parlant. Mais j'essaierai d'y revenir un de ces jours.


Dans une époque qui me convient mieux, Alexandre Levy (São Paulo, 10 novembre 1864 - São Paulo, 17 janvier 1892) a composé un Andante para cordas, délicat morceau de six minutes pour orchestre à cordes dont il existe au moins un enregistrement, par l'Orquestra Sinfônica de Piracicaba, qu'on peut écouter sur Youtube. Quand je lis "andante" et "orchestre à cordes", ma prédilection pour les morceaux lents et pour cette formation orchestrale me fait dresser l'oreille et cliquer la souris. Il arrive souvent que je sois déçu. Mais là, non. Bon, ça ne vous émeut pas jusqu'à l'os, mais ce sont six minutes de tendresse musicale qui ne sont pas à dédaigner.
Du même on écoutera un poème symphonique, Werther, par l'Orquestra Sinfônica Nacional da Universidade Federal Fluminense, qui n'ajoute pas grand chose au genre mais qui défend honorablement la cause du romantisme symphonique.
La Fantasia Brilhante sur des thèmes de l'opéra O Guarani de Carlos Gomes pour deux pianos est plus intéressante, à la fois musicalement et parce qu'elle peut servir d'introduction à la musique de cet autre compositeur brésilien qu'est Carlos Gomes. Dont je vous parlerai dans une prochaîne chronique.


Dernière édition par Henri le Mer 13 Fév 2019 - 12:54, édité 1 fois
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DavidLeMarrec
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DavidLeMarrec

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MessageSujet: Re: Les compositeurs brésiliens   Mar 5 Fév 2019 - 15:22

Henri a écrit:
Étant moi-même un grand amateur de la musique de Villa-Lobos, je suis resté longtemps à croire qu'il était le seul compositeur brésilien digne d'intérêt.

On s'aperçoit en réalité, avec l'expérience, que ce n'est jamais le cas. (Tout simplement pour des raisons statistiques : il y a trop de compositeurs dans un pays pour qu'il n'y ait qu'une seule figure intéressante – et même chez les figures mineures, il existe forcément des pièces considérables, voire majeures.)

Merci pour ces pistes de découverte, effectivement le Brésil est peu documenté et peu mis en valeur, hors quelques œuvres folklorisantes ; et même pour Villa-Lobos, finalement on joue souvent la même partie de son catalogue, rarement les symphonies, les quatuors, le piano, les opéras…
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Henri
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MessageSujet: Re: Les compositeurs brésiliens   Mer 13 Fév 2019 - 12:50


Ouvrons cette nouvelle chronique brésilienne consacrée, comme c'était annoncé, au compositeur Carlos Gomes (Campinas, 11 juillet 1836 - Belém, 16 septembre 1896) par l'Alvorada (Aube), pièce extraite de l'opéra Lo Schiavo (L'esclave) créé en 1889. Belle ambiance toute emprunte de la sérénité du jour naissant, avec la lumière qui peu à peu s'installe sur une nature sortant lentement de son sommeil. On entend quelques cris d'oiseaux et d'autres bêtes. Il y a des hommes aussi sans doute dans ce paysage, car un clairon se fait entendre au loin, qui ne semble pas déranger (pour l'instant) les animaux commençant paisiblement leur journée. Au bout de 7 minutes cela commence à s'animer et la pièce se termine dans le tutti habituel qui annonce les débuts d'opéras.
Gomes était en effet essentiellement un compositeur d'opéras. Son œuvre la plus célèbre, Il Guarany (le titre original est en italien mais les brésiliens le transcrivent souvent en portugais O Guarany - Le Guarani), raconte l'amour impossible d'un Indien et d'une Blanche. Il est basé sur le roman O Guarani de José de Alencar, dont une traduction circulait à Milan où Gomes se trouvait en 1867. Celui-ci fut passionné par cette histoire singulière et il en parla aussitôt avec son librettiste Scalvini, qui en fut tout autant enthousiasmé. Le 19 mars 1870 l'œuvre fut créée à la Scala de Milan et devint tout de suite un succès, dû à la fois à la saveur exotique du texte et à celle de la musique. Gomes y avait en effet introduit des instruments indiens tels que borés, tembis, maracás ou inúbias qu'il avait fait fabriquer par un facteur d'orgue à Bergame. On voit par là que Villa-Lobos n'a en rien innové quarante ans après.
La première brésilienne de Il Guarany eut lieu le 2 décembre 1870, jour de l'anniversaire de l'empereur Pierre II, au Théâtre Lyrique Provisoire de Rio de Janeiro. La représentation fut un triomphe et se termina par les acclamations du public : « Vive l'Empereur ! Vive Carlos Gomes ! Vive José de Alencar ! ».
Il Guarany eut une carrière fulgurante : dès 1872, l'opéra fut porté sur les grandes scènes européennes, et atteignit en quelques années une notoriété mondiale, joué jusqu'à Moscou et Pittsburgh.

Gomes a composé en tout neuf opéras :

A Noite do Castelo (« La Nuit du Château »), opéra en trois actes sur un livret de José Fernandes dos Reis, d'après le roman homonyme d'António Feliciano de Castilho. Première le 4 septembre 1861, Teatro Lírico Fluminense (provisoire) de Rio de Janeiro. Dédié à Francisco Manuel da Silva.
Joanna de Flandres (« Jeanne de Flandres »), opéra en quatre actes sur un livret de Salvador de Mendonça.
Il Guarany (« Le Guarani »), opéra-ballet en quatre actes, sur un livret d'Antonio Scalvini, d'après le roman O Guarani de José de Alencar. Première le 19 mars 1870, à La Scala, Milan.
Fosca, opéra en quatre actes sur un livret d'Antonio Ghislanzoni d'après le roman Le Feste delle Marie, de Luis Capranica. Première le 16 février 1873, à La Scala, Milan. Dédié à José Pedro Santana Gomes.
Salvator Rosa, opéra en quatre actes sur un livret d'Antonio Ghislanzoni d'après le roman Masaniello de E. de Méricourt. Première le 21 mars 1874, Théâtre Carlo-Felice, Gênes.
Maria Tudor (« Marie Tudor »), opéra en quatre actes sur un livret d'Arrigo Boito et d'Emilio Praga d'après le drame homonyme et éponyme de Victor Hugo. Première le 27 mars 1879, à La Scala, Milan.
Lo Schiavo (« L'esclave »), opéra en quatre actes sur un livret de Rodolfo Paravicini d'après une idée du Vicomte de Taunay. Première le 27 septembre 1889 au Teatro Imperial D. Pedro II (Teatro Lírico) à Rio de Janeiro, en hommage à la princesse Isabelle du Brésil et à l'abolition de l'esclavage au Brésil.
Condor, opéra en trois actes sur un livret de Mario Canti. Première en 1891 à La Scala, Milan. Dédié au commandeur Theodoro Teixeira Gomes.
Colombo, poème vocal symphonique en quatre tableaux, dédié au peuple américain. Livret d'Albino Falanca. Première le 12 octobre 1892, jour du 400ème anniversaire de la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb, au Teatro Lírico de Rio de Janeiro.

Gomes a composé également de la musique sacrée, des modinhas, des cantates et des opérettes, des pièces pour piano et de chambre. Mais je n'ai trouvé aucune information ni aucun enregistrement pour celle-ci, à part la Sonata para cordas (1894), qu'on peut écouter sur Youtube dans une version pour quatuor à cordes (par le Quarteto Bessler-Reis), ou bien pour orchestre à cordes (par l'orchestre du Summer Music Institute dirigé par Carmelo de los Santos) ou bien encore pour quatuor de guitares (jouée par le Quarteto Brasileiro de Violões), que je préfère pour ma part à la version cordes. On jurerait même que c'est une partition faite d'origine pour la guitare et que c'est la version pour cordes qui est une transcription. À écouter !

Carlos Gomes est décédé le 16 septembre 1896, sans doute d'un cancer de la langue. Il avait subi une intervention chirurgicale le 8 avril 1895, malheureusement sans résultats. Ses derniers jours furent marqués par une souffrance physique que rien ne pouvait soulager. Ses funérailles furent de celles qu'on réserve aux grands hommes. Son corps fut embaumé, photographié et exposé au public à Belém pendant deux jours, puis transféré au conservatoire de Belém où il fut exposé dans une chapelle ardente. Il fut ensuite transféré au cimetière de la Soledade, à Belém, et exposé à nouveau au public. À la cathédrale de Bélém fut célébrée une messe de requiem au cours de laquelle le corps fut placé sur un immense catafalque. Sa dépouille ne fut toutefois pas inhumée à Bélém mais à Campinas, sa ville natale, avec les honneurs militaires.
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