Autour de la musique classique

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 Mozart : les symphonies

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DavidLeMarrec
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DavidLeMarrec

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MessageSujet: Re: Mozart : les symphonies   Mozart : les symphonies - Page 18 EmptySam 1 Sep 2018 - 14:57

Mélomaniac a écrit:
Mélomaniac, in playlist, a écrit:

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) :

Symphonie n°41 en ut majeur, K. 551

= Nikolaus Harnoncourt, Concentus Musicus de Vienne

(Sony, octobre 2013)

Smile J'expliquais récemment mes réticences (non rédhibitoires, mais déroutées) face aux deux premiers volets de l'ultime triade mozartienne vue par le dernier Harnoncourt.
Un style où les vecteurs esthétiques du maestro autrichien apparaissent radicalisés.
Là dans la Jupiter, par essence théâtre en musique, cette approche intensément dramatique convient fort bien.
Le dogme s'incarne dans une lecture qui paraît spontanée, dans la mesure où l'art cache l'artefact.
Le tempérament éruptif de l'interprétation épouse naturellement les foudres du premier mouvement.
La mobilité incessante, la finesse de textures assurent à l'Andante une intime exploration in vivo.
Le rebond qui s'empare du Menuet exalte un soubresaut qui à mon sens reste un acquis majeur (que je n'apprécie pas systématiquement !) de la tendance HIP.
Qu'on n'attende pas dans le Molto allegro les divins équilibres de l'école classique, tel Krips à Amsterdam (Philips),
mais un déferlement ivre de gesticulation, qui jaillit avec évidence tant ce Final appelle en-soi la démesure.
Bref, une fois accoutumé aux options interprétatives, on rend les armes face à cette éloquence si intelligente dans sa conception et virtuose dans sa réalisation
 Mozart : les symphonies - Page 18 3641590030

Mozart : les symphonies - Page 18 Mozart21

J'aime beaucoup la façon, assez objective en fin de compte, dont tu présentes la choses – qui plus est du point de vue de la réticence, en explicitant ce qu'on peut y trouver et ce qu'on n'y trouve pas.

Pas forcément « ma » version (pour les mêmes raisons : je ne suis pas contre un peu de chair et d'équilibre, surtout dans la 41), j'ai plutôt tendance à revenir aux modernes informés (Mackerras à Prague ou Édimbourg) ou aux baroqueux modérés (Gardiner, Hogwood, Koopman dans celles qu'il a faites), voire à certaines lectures tradi·e·s mais mobiles (Menuhin). Pour autant, Harnoncourt a ici une force de persuasion hors du commun, vraiment dans la lignée des feux d'artifice offerts avec son CMW lorsque, dans les dernières années, il l'a emmené vers le répertoire classique. I love you Je trouve ça plus congruent avec Haydn (structure) et Beethoven (ardeur) qu'avec Mozart, mais ce reste une lecture assez incontournable, au moins à découvrir.
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MessageSujet: Re: Mozart : les symphonies   Mozart : les symphonies - Page 18 EmptySam 1 Sep 2018 - 15:35

Eusèbe a écrit:
Benedictus a écrit:
tradi pour tradi, Szell me semble incomparablement plus intéressant en termes de structuration et d'expressivité.

mains Szell a une nervosité et une netteté que j'aime beaucoup. Et Cleveland a toujours de superbes timbres. Je suis un peu moins convaincu, d'ailleurs, quand il dirige le Columbia orchestra dans les concertos avec Casadesus (ça reste une belle version, mais tout de même un peu lisse).
Sinon, j'aime aussi Bernstein dans ce répertoire (avec Vienne)

Encore un post qui m'a échappé.

Sous la direction de George Szell, le "Cleveland Orchestra" et le "Columbia Symphony" Orchestra qui ont accompagné Robert Casadesus dans quelques uns des concertos de Mozart étaient le même orchestre, le Cleveland Orchestra.
Dans les années cinquante, George Szell et le Cleveland Orchestra étaient sous contrat avec EPIC, filiale de Columbia US. Lorsque, pour une raison ou pour une autre (dans ce cas, le contrat de Robert Casadesus avec Columbia US), Columbia US décidait d'enregistrer un orchestre qui n'était pas sous contrat, l'appellation "Columbia Symphony Orchestra" lui était attribué.
A propos de ce "Columbia Symphony Orchestra", un exemple plus criant, s'il en est, ce sont les enregistrements de Bruno Walter avec ce fameux "Columbia Symphony Orchestra" : A New-York, ce fut un orchestre composés de membres du New York Philharmonic et de membres du NBC Symphony Orchestra et, à Los Angeles, ce furent les membres du Los Angeles Philharmonic qui composaient l'orchestre.

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MessageSujet: Re: Mozart : les symphonies   Mozart : les symphonies - Page 18 EmptyMer 5 Sep 2018 - 21:31

Mélomaniac, in playlist, a écrit:

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) :

Symphonie n°40 en sol mineur, K. 550

= Thomas Beecham, Royal Philharmonic Orchestra

(Columbia, avril 1954)

Smile Ne redoutez pas la date d'enregistrement, la Columbia réalisait d'excellentes prises de son en ce milieu des années 1950,
plus claires et consistantes que ce qu'Emi offrit en stéréo au maestro à barbichette.
En l'occurrence, une impressionnante interprétation mozartienne, que je conseillerais pour prendre la mesure de son talent
autant que pour prendre contact avec l'art perdu de la direction d'orchestre, aussi singulier fût celui de Beecham.
Qu'on a parfois raillé comme un dilettante, un amuseur amusé de la profession.
Seulement, son génie parle pour lui.
Ici, on n'a guère envie de disséquer le style en éléments de langage, d'analyser en termes de tempo ou de phrasés
tant le Baronet impose une lecture vivante, -l'esprit en acte, en alerte, vif comme l'éclair mais assez madré pour que n'en paraisse rien.
Évidemment pas grand-chose à attendre du Menuet, talon d'Achille des pratiques de l'époque qui n'y voyaient là qu'occasion de battre la mesure.
En revanche, quelle spontanéité, quelle faculté d'animation dans l'Andante, qui se déploie avec une éloquence si naturelle, si expressive.
C'est encore dans le Molto Allegro et le Finale que le maestro anglais reste inimitable, faisant bouillir le chaudron d'humeurs,
sans nuire pourtant à la netteté des lignes, en les asservissant à une logique imparable (mais sans calcul !), suivie en toute virtuosité par le Royal Philharmonic.
On est loin ici des équilibres apolliniens d'un Krips à Amsterdam (Philips), de la sèche orthogonalité d'un Böhm à Berlin (DG).
Plutôt proche du geste acariâtre de Bruno Walter, mais sans se départir d'une élégance malicieuse (voire revêche)
qui fut celle d'une des baguettes les plus spirituelles du siècle passé.


Mozart : les symphonies - Page 18 Mozart17
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MessageSujet: Re: Mozart : les symphonies   Mozart : les symphonies - Page 18 EmptyMer 5 Sep 2018 - 22:01

Heureux de lire, enfin, une appréciation positive d'un des enregistrements de Sir Thomas Beecham dans ce fil !
J'avais évoqué les enregistrements des symphonies de Mozart dirigées par Beecham dans un post de ce fil il y a déjà quelques temps...
Ces vieilles gloires sont toujours d'actualité !

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MessageSujet: Re: Mozart : les symphonies   Mozart : les symphonies - Page 18 EmptyMar 2 Oct 2018 - 22:44

Mélomaniac, in playlist, a écrit:

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) :

Symphonie n°29 en la majeur, K. 201

= Erich Leinsdorf, Royal Philharmonic Orchestra

(Westminster, mai 1955)

Smile Tiré de la remarquable intégrale que le chef autrichien grava avec le Royal Philharmonic, sous pseudonyme.
Matière riche et grenue, geste vif : une approche très stimulante qui ne lisse aucune aspérité mais fouille les humeurs.
Rien que pour ce travail de caractérisation, ces enregistrements ont très bien supporté l'épreuve du temps car...


Mozart : les symphonies - Page 18 Mozart21


Symphonie n°28 en ut majeur, K. 200

= Erich Leinsdorf, Royal Philharmonic Orchestra

(Westminster, mai 1955)

...oui ce Mozart-là n'a rien d'un nez poudré et sa musique ne fait pas tapisserie façon toile de Jouy, ce serait plutôt abrasif et mal dégrossi façon sac de jute.
Les rêches textures de l'orchestre londonien, la direction escarpée et incendiaire de Leinsdorf mettent le feu à l'étoupe.


Mozart : les symphonies - Page 18 Mozart22

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MessageSujet: Re: Mozart : les symphonies   Mozart : les symphonies - Page 18 EmptyMar 2 Oct 2018 - 22:57

Benedictus, in playlist, a écrit:

Ça m'intéresse beaucoup, ces Mozart hétéronymes de Leinsdorf. Si tu peux développer en fil discographie, je suis preneur.
C'est ceux-là qui ont été réédités chez DG en «Original Masters» ?



Surprised Attention, quand je parlais d'alias, il s'agit du Royal Philharmonic, qui sur les pochettes de vinyle apparaissait comme « Philharmonic Symphony Orchestra of London ».
Oui, l'intégrale avait été rééditée en coffret par DG dans cette collection, vers 2005.
Quant à développer mes impressions, à cette heure-ci, avec une soirée chargée, je n'aurai pas le temps de sortir les partitions pour affiner l'analyse.
Toutefois c'est évident que ce style d'interprétation, et de captation, sont destinés à ton magasin -très clairement.
Concernant la 25°, c'est Leinsdorf que j'avais choisi pour mon Blind test « Ab irato » bounce


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MessageSujet: Re: Mozart : les symphonies   Mozart : les symphonies - Page 18 EmptyMar 23 Oct 2018 - 2:04

Mélomaniac, in playlist, a écrit:

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) :

Symphonie n°41 en ut majeur, K. 551

= Eugen Jochum, Orchestre symphonique de Bamberg

(Orfeo, mars 1982)

Smile Vingt ans plus tôt, Jochum nous avait déjà laissé une fière Jupiter avec le Concertgebouworkest (Philips),
droite et altière, voire un peu trop orthogonale et drue.
Ici, au soir de sa carrière, il semble beaucoup plus décontracté : les phrasés respirent souverainement, les tempos s'étirent, le ton se fait convivial,
et l'orchestre bavarois envoûte par le charme et l'envergure de sa sonorité.
J'aime beaucoup l'étoffe que le maestro accorde au menuet, et comment il y soigne les équilibres, par exemple les trompettes qui ressortent un peu plus qu'à l'habitude.
Toute une vie d'expérience permet ici une lecture aussi sûre, et pourtant sans une once de crispation.
Le Finale magnifiquement ouvragé par une baguette rayonnante mais humble : précis et soyeux, dirigé sans triomphalisme.
Ajoutons une superbe prise de son, et voilà encore un éminent enregistrement de cet opus.
Quel embarras du choix, je me demande lequel je vais bien pouvoir sélectionner pour mes Mélomaniac d'Or
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MessageSujet: Re: Mozart : les symphonies   Mozart : les symphonies - Page 18 EmptyMar 23 Oct 2018 - 10:50

Eugen Jochum a toujours été un grand interprète des symphonies de Mozart (et de la musique de Mozart en général).
A propos de la "Jupiter", il l'a également enregistrée en février 1973 à Boston avec le Boston Symphony Orchestra pour DGG.
Alors, quel enregistrement choisir ? Amsterdam, Boston ou Bamberg ? Pour ma part, contrairement à Melomaniac, je tiens pour le Concertgebouw !

fomalhaut
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MessageSujet: Re: Mozart : les symphonies   Mozart : les symphonies - Page 18 EmptyMar 23 Oct 2018 - 11:15

Mélomaniac a écrit:
Benedictus, in playlist, a écrit:

Ça m'intéresse beaucoup, ces Mozart hétéronymes de Leinsdorf. Si tu peux développer en fil discographie, je suis preneur.
C'est ceux-là qui ont été réédités chez DG en «Original Masters» ?



Surprised Attention, quand je parlais d'alias, il s'agit du Royal Philharmonic, qui sur les pochettes de vinyle apparaissait comme « Philharmonic Symphony Orchestra of London ».
Oui, l'intégrale avait été rééditée en coffret par DG dans cette collection, vers 2005.
Quant à développer mes impressions, à cette heure-ci, avec une soirée chargée, je n'aurai pas le temps de sortir les partitions pour affiner l'analyse.
Toutefois c'est évident que ce style d'interprétation, et de captation, sont destinés à ton magasin -très clairement.
Concernant la 25°, c'est Leinsdorf que j'avais choisi pour mon Blind test « Ab irato » bounce



Je ne partage pas cet enthousiasme pour l'Intégrale d'Erich Leinsdorf que j'ai d'abord achetée en LP, par curiosité, puis en CD.
Les interprétations m'ont toujours semblé assez quelconques et sans grand caractère, j'ai toujours eu l'impression d'entendre une musique enregistrée à la chaîne, sans imagination.
Et puis, si mes souvenirs sont exacts, Leinsdorf ne fait aucune reprise...Et la prise de son n'est pas particulièrement distinguée.
Bref, racheter cela en CDs fut une erreur de ma part.

fomalhaut
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MessageSujet: Re: Mozart : les symphonies   Mozart : les symphonies - Page 18 EmptyMer 16 Jan 2019 - 21:28

Mélomaniac, in playlist, a écrit:

Mozart : les symphonies - Page 18 Weinga12
Felix Weingartner (1863-1942)


Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) :

Symphonie n°39 en mi bémol majeur, K. 543

= Felix Weingartner, Orchestre philharmonique de Londres

(Columbia, février 1940)

Smile Quatrième et dernier enregistrement de cet opus par Weingartner, qui l'avait déjà gravé en 1925 et 1928 à Londres,
et à Paris en 1939 (ces sessions restèrent toutefois impubliées).
Sous sa baguette, on est frappé par la magnitude et l'intensité qui s'érigent dans l'adagio introductif, où l'on sent que quelque chose de grand se prépare.
Effectivement, dans l'allegro qui advient, les fusées d'arpège zèbrent le ciel comme la foudre de Zeus.
Droiture et majesté aussi pour l'Andante, puis un menuet bien carré comme de coutume à l'époque.
Seule l'interprétation du finale appellerait quelque menue réserve ; les lignes flottent un peu dans l'acoustique du Kingsway Hall.
Au demeurant, un témoignage suprême sur l'art du chef autrichien, dont l'approche fière et nettement galbée interpelle encore aujourd'hui.


Mozart : les symphonies - Page 18 Mozart31
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MessageSujet: Re: Mozart : les symphonies   Mozart : les symphonies - Page 18 EmptyJeu 31 Jan 2019 - 22:57

Mélomaniac in playlist, a écrit:

Mozart : les symphonies - Page 18 Mzolom10
Catégorie orchestrale -rang 167°/250




Mozart : les symphonies - Page 18 Abbado10
Claudio Abbado (1933-2014)


Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) :

Symphonie n°25 en sol mineur, K. 183
Symphonie n°31 en ré majeur, K. 297
Symphonie Posthorn en ré majeur, d'après K. 320

= Claudio Abbado, Orchestre philharmonique de Berlin

(Sony, mars-novembre 1992)

Surprised Un Mélomaniac d'Or contre-nature ?
Même dans le divin Mozart, et surtout dans la torride 25°, je préfère les gesticulations dramatiques à rebrousse-poils, quitte à un certain chahut. La somptuosité de Krips à Amsterdam (Philips), suprême dans les chefs-d'œuvre de maturité, esthétise les tensions internes de ce bouillant opus en sol mineur. Ma pente incline ainsi vers les turbulentes prestidigitations de Bruno Walter (Columbia, 1954), Erich Leinsdorf avec le Royal Philharmonic (Westminster, 1955), Gerog Solti avec le London Symphony (Decca, 1954), pour citer quelques jalons discographiques. Mais la précision polyphonique pâtit souvent de la vigueur débridée qu'exigent ces furieuses baguettes. A contrario, les obédiences sur instruments et style d'époque s'ébrouent avec la virtuosité nécessaire, mais sans la pâte et l'onction que j'aime aussi trouver dans Mozart, et tendent aux maniérismes d'école qui m'indisposent. Ici la prestation glabre et aseptisée du Berliner Philharmoniker représente un style qui a priori m'ennuierait poliment.

Pourtant, si je reviens souvent vers ce CD, il y a bien une explication, autre que la persévérance, car j'en sors chaque fois ébahi. Et cette raison est qu'il s'agit justement d'une sorte d'Arche d'Alliance, un pacte entre l'Ancien et le Nouveau, entre l'héritage des maestros traditionnels du siècle passé et la refondation permise par la « historically informed practice ». Considérons la phalange récupérée des mains légatisantes du dernier Karajan, par exemple dans un répertoire voisin, les Haydn immaculés de 1980 : un tempo très conventionnel et régulier, des phrasés lustrés mais auxquels manque le souffle expressif. Trois ans après la disparition du Commandeur, on mesure alors le travail accompli pour en tuer l'ombre, alors que le maestro italien n'était pourtant pas issu du sérail baroqueux (cf ses Brandebourgeois scaligères de 1976 qui n'avaient rien de bien idiomatique). Alléger la masse, il ne s'agit que d'une question quantitative, mais restaurer les accents, la ponctuation, le craquant que trois décennies de règne karajanesque avaient oblitérés sous le vernis, relève d'un certain exploit et avère le génie de l'impétrant.

Dans l'allegro con brio K. 183, stupéfiante agilité des cordes berlinoises (non seulement les violons mais aussi les voix médianes) : trémolos réglés au millimètre (si importants pour enfiévrer cette rhétorique d'orage passionnel). Quelle netteté ! Malgré une prestesse qui signe la volonté d'en découdre, les archets restent rivés au boyau, les attaques ne sont pas incisives, mais s'intègrent en une harmonieuse parure, sans accroc ni peluche. Et sans gras. Ici l'énergie domine la matière. La couleur aussi semble modulée, tamisée, comme si un diapason assombri occultait tout éclat. L'Andante évite l'alanguissement, et s'anime par un subtil jeu d'écho avec le basson, peaufinant un théâtre de caresses, d'esquives, d'affleurements du plus exquis effet. Alors que la plupart des chefs tradis assènent le Menuet comme un scherzo ombrageux, Abbado lui restitue son caractère dansant, par une impulsion ternaire qui assure un rebond intraitable mais gracieux. On notera aussi les roucoulades inhabituelles dans le trio médian. Le Finale retrouve le souffle haletant du premier mouvement, et pourtant dans ces soubresauts Abbado fait régner la transparence et l'équilibre, alors que bon nombre de confrères agacent excessivement les humeurs et perdent le contrôle de la ligne d'ensemble.

Captée à la Siemens-Villa, la K. 297 s'épanouit dans une acoustique où les basses apparaissent mieux nourries, sans compromettre la lisibilité. Là encore, on admire le geste stimulant du maestro, sa capacité à échampir le relief, à émulsionner ses troupes, mousseuses comme une crème fouettée (les trémolos, frénétiques et impeccables !) dans l'allegro assai. Pour mieux s'abandonner dans l'Andante qui respire dans une parfaite gestion des césures et des émois, visitant la carte du tendre de ce dialogue de boudoir. Pour le finale, primesaut sans vaine précipitation, voire un brin de décontraction. Et toujours ces textures expertement aérées, ivres de leur premier plumage, comme si le Berliner en mue se préparait à renaître dans ce neuf duvet.

Au sommet une lecture intense, drue et jubilatoire, de la symphonie « Posthorn », qui croustille de partout (un allegro con spirito aussi bondissant et fulgurant : impensable sous l'ère HvK !) et confirme l'ambition de ce disque, qui prodigue le meilleur de l'ancien et du nouveau mondes, celui qui a vu les techniques HIP s'emparer à bon escient des orchestres de vieux lignage. Une métamorphose, et une révélation. Qui m'ont conduit a réviser mon système de référence, du moins pour ces opus-là. Bref un disque pour moi symbolique. Dont l'écoute force l'admiration, dans l'absolu, et aussi considérant le contexte des noces parricides de l'orchestre avec son nouveau mentor. Non une table rase (les Brahms denses du début de mandat sentent encore le précédent empire), mais l'inauguration d'une adaptabilité stylistique où l'intérêt de l'œuvre regagne sur l'ego posant pour la postérité.


Mozart : les symphonies - Page 18 Mozart28
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MessageSujet: Re: Mozart : les symphonies   Mozart : les symphonies - Page 18 EmptyDim 27 Oct 2019 - 23:35

Mélomaniac a écrit:

Mozart : les symphonies - Page 18 Mzolom10
Catégorie orchestrale -rang 079°/250



Mozart : les symphonies - Page 18 Jochum11
Eugen Jochum (1902-1987)


Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) :

Symphonie n°39 en mi bémol majeur, K. 543

= Eugen Jochum, Orchestre symphonique de la Radio bavaroise

(DG, juin 1954)

Smile « La grandeur olympienne traverse la majestueuse introduction, conduisant rapidement à une espèce de danse au accents de laquelle les dieux se meuvent dans une gracieuse conversation » écrivit Felix Weingartner, que Paul Dukas put entendre en concert dans cette 39° au sujet de laquelle il déclara : « une interprétation fidèle doit s'écarter autant de la dramatisation, si fort en honneur aujourd'hui, que de l'inexpressive exécution sautillante par laquelle une routine surannée prétendait rendre la tradition de cette musique »  (La Revue Hebdomadaire -mars 1899).
Eugen Jochum, fait partie de ces rares chefs qui furent capables de naviguer entre ces deux écueils de la pompe et de la préciosité, se traçant une ligne de conduite par une droiture sans ostentation, agrégée par un tempo inflexible mais moteur, voire comme élément fondateur de son acte interprétatif. On y retrouve le fier tempérament de Thomas Beecham, la netteté graphique de Günter Wand, l'infaillible conscience structurelle de Karl Böhm (mais par des moyens différents comme nous le verrons pour le Finale). Il y manque peut-être un ingrédient, la souplesse du cantabile, que Richard Wagner encensait dans ce répertoire : « comparé à Haydn, Mozart est grand presque uniquement par ce caractère de chant extrêmement sentimental de ses thèmes instrumentaux. » Dans ce même Rapport sur la fondation d'une école allemande de musique à Munich (1865), il déplorait que ne fût conservée une tradition interprétative capable de nous renseigner sur la façon dont on jouait cette musique à l'époque de sa création, et il regrette qu'on la joue trop littéralement, plaidant pour une interprétation avisée. « Les quelque huit premières mesures de la célèbre symphonie en mi bémol, exécutées aussi sommairement que semble uniquement l'exiger l'indication des signes de nuances [...], que retiendrons-nous de Mozart si nous le conservons de cette manière, exécuté sans couleur et sans vie ? »

Chaque maestro ose sa recette, celle de Jochum réside dans une approche « consortante » qui valorise le grain des instruments, la saveur de leurs échanges, le galbe de leur conversation, comme importé du vivifiant plein air des sérénades. Introduit sur un rail très recto tono mais aéré, l'Allegro se propulse avec une énergie fermement canalisée, qu'il n'est besoin de relancer tant elle jaillit à flot continu ! Écoutez par exemple comment le staccato des clarinettes en crescendo (3'26) attise la jactance. Si vous aimez des approches larges et modulées, ce décrassage à haute pression va vous surprendre : sous cette intransigeante baguette, le préromantisme que certains commentateurs décelèrent dans ces pages nous renvoie plutôt aux ardeurs véhéments et contrastées du Sturm und Drang.
Idem pour l'Andante, si vous y cherchez la mélancolie, les drames alanguis, voyez plutôt Bernstein à Vienne (DG) ou Krips à Amsterdam (Philips), car Jochum en récuse les parfums, ou plutôt les transforme en sels de pâmoison ! Frictionnée au gant de crin, redressée à l'équerre, cette lecture capiteuse vous électrocute par sa lucidité. Ne soupçonnez rien d'exsangue, l'orchestre bavarois ne confond pas sécheresse et tension, comme il nous le montre aussi dans le Menuet qui rebondit avec adresse, mais sans crispation, grâce au plumage lustré de ses archets. Et quelle exquise chorégraphie des clarinettes dans le trio central (1'56-).

Vous imaginez que l'abondante discographie de cet opus prodiguait maints concurrents pour ce Mélomaniac d'Or. Outre les vertus astringentes de Jochum, j'ai choisi cette version car elle m'a convaincu de ne pas chercher une exécution trop large du Finale où, selon ma pente instinctive, j'aime bien entendre une certaine aisance décontractée.
Ici c'est l'inverse, et pourtant ça fonctionne !
Wagner, encore lui, ne s'était pas trompé en énonçant (Sur la direction d'orchestre -1869) « on assiste là à une orgie de rythme pur, et on ne saurait prendre ces mouvements allegro avec assez de résolution et de vitesse. » Jochum prouve et justifie l'équilibre par la locomotion et non par l'architecture. Non une parade grandiose (avec le danger d'y paraître vain si le discours paraît trop lâche) mais une course effrénée qui ne saurait choir tant qu'elle avance. Cette option révélatrice m'a déniaisé.
Cela me rappelle mes premiers et fastidieux essais à vélo, où je finissais souvent avachi dans le gravier. Mon esprit ratiocinateur ne comprenait pas comment on peut rester debout à deux roues sans support latéral -d'ailleurs je ralentissais bêtement pour songer à ce qui me semblait une incohérence des lois de la physique, ce qui ne manquait pas d'entrainer ma chute. Jusqu'à ce qu'un beau jour mon grand-père, lassé de mes pitoyables gadins, m'exhorte à pédaler de toute mes forces sans plus réfléchir. Je le pris au mot à tel point que, n'ayant auparavant jamais dépassé les dix mètres, il dut cette fois courir pour me rattraper à l'autre bout du village.
Grisé par cet envol, je ne voulais plus m'arrêter. Désolé pour l'anecdote, du moins c'est ce même naïf enthousiasme cinétique que Jochum expérimente et valide ici, sans faux-semblant, avec pour compagnon d'ivresse ce zeste de théâtre malicieux qu'on adore chez le dramaturge Wolfgang.
Et conclu avec panache par quelques accents qui paraphent l'autorité de ce témoignage, peut-être plus haydnien que mozartien au sens où l'entendait Wagner. C'est vrai que l'italianita n'a jamais été le fort de Jochum, dont l'aplomb et les cylindres à plein régime compensent toutefois le lyrisme par un élan aérodynamique qui colle à l'asphalte de la partition. Dans le genre roboratif à grosse turbine, je n'ai jamais entendu mieux. Admirable et revigorant !


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