Autour de la musique classique

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 Allan Pettersson

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Benedictus
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MessageSujet: Re: Allan Pettersson   Allan Pettersson - Page 4 EmptyDim 3 Fév 2019 - 1:48

Oui, en fait, «maniaco-dépressif» n’est pas bien choisi et convient sans doute mieux à Chosta (longs aplats déprimés et gris vs. ricanements bruyants.) En revanche, si la musique Pettersson est effectivement dépressive de bout en bout, elle ne l’est pas uniformément, comme le montre par exemple sa...

Allan Pettersson - Page 4 Petter11
Symphonie nº7 (1966-67)
Christian Lindberg / Orchestre Symphonique de Norrköping
Norrköping, I.2017
BIS


Il y a en fait dans cet immense mouvement unique d’une grosse quarantaine de minutes trois pôles expressifs assez distincts:

- un élément éruptif-agressif - expression d’un destin contraire ou cri de désespoir - qui se manifeste par de violents tricots dissonants (enfin, modérément: l’écriture de Pettersson reste en fait très tonale) des cordes et des éclats cuivrés (et ici l’acidité de ceux de Norrköping rend formidablement leur côté méchant);

- un élément angoissé, qui prend la forme de battements répétés et lents, cuivres et percussions en sourdine des ondoiements de cordes et, parfois, plaintes mélodiques très simple des bois (presque des motifs de musique populaire - ce qui accentue d’ailleurs le côté prégnant, voire obsédant de ces sections.) Curieusement, je trouve que Pettersson semble ici anticiper certains procédés rythmiques et les mélodies faciles de certains minimalistes-répétitifs (la sonorité assez lisse et claire de l’orchestre, la direction très linéaire de Lindberg renforce peut-être cette impression - par contraste, comme le disait un peu plus haut Prosopopus, avec le grain plus brut des orchestres allemands et le style peut-être plus moderno-décadent des chefs de l’intégrale CPO);

- un élément mélancolique, qui est comme une décalque des grands adagios postromantiques (mélodies chromatisantes très expansives aux cordes où les bois se fraient un chemin) mais là aussi d’une manière simplifiée, presque naïve, sans les sophistications vénéneuses des décadents (on peut penser à certains langages néos d’Europe du Nord.)

Et les trois se relaient d’une manière plutôt persuasive, je dois dire, par des effilochements et des tuilages assez efficaces.

Je dois avouer que je suis le premier surpris à aussi bien «marcher» dans cette musique, qui aurait en fait beaucoup de choses pour me déplaire (à commencer, justement, par le côté très «néo» de son langage.)
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Prosopopus
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MessageSujet: Re: Allan Pettersson   Allan Pettersson - Page 4 EmptyMar 19 Fév 2019 - 15:28

Après, la Septième (avec la Cinquième peut-être) est celle qui rentre le plus dans ce moule de l'ilot mélodique très "planant" qui intervient après les errements plus torturés du début. J'aime beaucoup personnellement, ça a été ma porte d'entrée dans Pettersson.
Tu as raison d'évoquer les minimalistes-répétitifs, c'est très bien vu effectivement, y compris pour le déroulement plus mélodique et néo-romantique du dernier "mouvement" qui rappelle des choses comme la mélodie en boucle de la 3ème symphonie de Gorecki.
Après c'est fait avec parcimonie et au sein d'une oeuvre plus généralement torturée.
Je trouve que l'adjectif de maniaco-dépressif colle bien à la musique de Pettersson.

Tu accroches peut-être parce qu'il y a un aspect très naïf dans la musique de Pettersson, on sent qu'il a choisi ce moyen d'expression sans réel calcul, dans les limites de ses capacités aussi. Je veux dire que c'est un grand symphoniste mais son langage semble tout de même très limité, en quinze symphonies il évolue au final assez peu et ses seules oeuvres ouvertement modernes et exigeantes sont, à mon sens, ses concerto pour violons. Shostakovich me semble pour le coup un musicien plus accompli avec une oeuvre plus protéiforme mais qui manque un peu pour moi d'immédiateté.

(après j'avoue aussi que l'honnêteté,comme la simplicité, est un concept un peu facile à mettre en avant dans l'appréciation d'une oeuvre)

Il faut que je poursuive les versions de Lindberg, j'ai au final trouvé de belles choses dans ses versions, avec une sonorité très déliée, aérée ce qui n'est pas toujours très évident chez Pettersson.
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Allan Pettersson   Allan Pettersson - Page 4 EmptyDim 7 Avr 2019 - 18:55

En Playlist, Roupoil a écrit:
Allan Pettersson : Symphonie n°8, Norköpping Symphony Orchestra/Leif Segerstam

Je me suis fait une petite série de symphonies de Pettersson ces derniers temps (avec des petites pauses entre, parce que c'est quand même pas joyeux comme musique !), le côté monolithique et répétitif de la plupart d'entre elles les rendent d'approche peu aisée, mais il y a quand même de très belles choses dans ce corpus. Ma préférée pour l'instant, cette huitième obsédante, qui ne fait pas trop dans le rentre-dedans brutal comme c'est assez fréquemment le cas chez Pettersson, avec notamment un premier mouvement (il y en a deux de mouvements, un nombre anormalement élevé pour une symphonie de ce compositeur) vraiment beau.
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MessageSujet: Re: Allan Pettersson   Allan Pettersson - Page 4 EmptyMer 10 Avr 2019 - 11:35

Tu as bien fait de rapatrier ici mon message, Benedictus, je vais d'ailleurs ajouter quelques mots sur la Septième qui est sûrement après la Huitième ma préférée parmi les symphonies de Pettersson. Ici, on est vraiment dans une structure typique de cet auteur, avec un unique mouvement très long (40 minutes) qui procède par juxtaposition ou plutôt par succession d'épisodes assee fortement caractérisés et en même temps enchainés de façon convaincante : on a l'impression que Pettersson essaye d'exploiter au maximum (souvent de façon assez répétitive, comme le signale justement Benedictus quelques messages plus haut) des idées très simples (petits motifs rythmiques ou mélodiques constitués en général de quelques notes), avant des les fondre dans un autre motif, et d'avancer ainsi tout le long du mouvement, tout en soignant les atmosphères et les contrastes entre les différentes "sections". Il faut aimer certaines particularités de Pettersson particulièrement présentes ici (les cordes stridentes, la caisse claire omniprésente dans cetaines sections, le côté assez uniformément déprimant de l'ensemble), et qui font que cette symphonie me semble moins directement séduisante que la suivante, mais ça reste de la musique tout à fait accessible à quiconque a déjà dans l'oreille les grandes symphonies de Chostakovitch notamment (dont il a été pas mal question dans ce fil). Et si on accroche, cette musique a vraiment un fort pouvoir de fascination qui confine à l'obsession. Je crois que je remettrai aux autres symphonies de Pettersson après une petite pause (ce ne sont pas non plus des oeuvres évidentes à appréhender à la première écoute), car il y a sûrement encore beaucoup à y trouver pour moi, même si ces 7 et 8 vont déjà rejoindre la liste des oeuvres auxquelles je reviendrai régulièrement.
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MessageSujet: Re: Allan Pettersson   Allan Pettersson - Page 4 EmptyJeu 11 Avr 2019 - 15:54

Symphonie nº7 (1966-67)
Christian Lindberg / Orchestre Symphonique de Norrköping

Cela faisait très longtemps que je postposais la découverte de Pettersson. Et puis, à force de vous lire, j'ai fini par m'y mettre.

Clairement, on est dans un langage globalement univoque, ça broie du noir sans fin et en longueur. Vu comme ça, la comparaison avec Chostakovitch, maintes fois évoquée, est assez évidente. Et pourtant, je trouve cette symphonie sensiblement plus satisfaisante que tout celles que j'ai écoutées du russe.

Déjà, Pettersson nous épargne tout le côté grotesque exaspérant de son ainé, un aspect que je parviens plus du tout à supporter chez lui. Par ailleurs, il y a de magnifiques moments de pure beauté froide, presque aveuglante même, auxquels je ne m'attendais pas. Un peu comme un Sibelius lyrique. Enfin, et contrairement aux spectaculaires machines "chostakovitchiennes" qui en jettent à fond mais me semblent en fait tourner presque complètement à vide, il y a chez le suédois quelque chose de plus consistant, un fond certes uniforme, mais bien réel et consistant - en tout cas dans cette symphonie.
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Benedictus
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MessageSujet: Re: Allan Pettersson   Allan Pettersson - Page 4 EmptyMar 17 Déc 2019 - 17:49

Comme on a beaucoup parlé de Pettersson dans le fil «Havergal Brian», aujourd’hui, je rapatrie:
gluckhand a écrit:
Ok Bénédictus, 3 contre 1, je ne dis plus rien ,lol,j'ai i eu un peu le même problème avec Pettersson, qui ressemble à certains égards, à Havergal,tant pis, j ai fait ce que j'ai pu Neutral
Benedictus a écrit:
Ah, non, sur Pettersson, je te suis assez volontiers!

D'ailleurs, je ne vois guère de ressemblance avec Brian, au contraire: même si son langage est assez fruste, Pettersson possède une individualité assez puissante, avec en particulier des principes d'organisation formelle et une manière de traiter le matériau orchestral que je trouve à la fois très frappants et très personnels.
gluckhand a écrit:
Maintenant Pettersson est reconnu, mais pas vraiment à ses début par les mélomanes, Dorati, lors d'une interprètation de la 7ème de Pettersson , a voulu corriger un passage mal écrit, au grand dam du compositeur qui a refusé tout net. (...) Le rapport que je vois entre Pettersson et Havergal, c'est simplement qu'ils ont chacun un monde à part, qui ne ressemble à nul autre ,et aussi que Robert Simpson qui a rencontré et aidé Havergal, a dans sa 9ème symphonie,un certain rapprochement musical avec Pettersson,bien que pour moi, il reste unique, mais c'est un rapprochement simplement dans ma tête et personnel. Neutral
DavidLeMarrec a écrit:
(...) Pettersson, c'est différent, pour le coup ça m'indispose vraiment (trop noir, trop sale, trop brut, sans que le contenu du discours ne me passionne), mais il y a incontestablement une personnalité très fort, je comprends tout à fait les admirateurs. (...)
Roupoil a écrit:
(...) Mais si j'interviens, c'est surtout à propos de ta citation de Pettersson, parce que je ne trouve vraiment pas du tout que ça se rapproche de Brian. Et pour le coup, j'aime beaucoup ce que fait Pettersson, là bien sûr qu'il y a de la complexité et de la perosnnalité (le seul reproche que je ferais à Pettersson c'est de ressasser un peu tout le temps les mêmes atmosphères sombres et lourdes, ce qui fait qu'on peut avoir une certaine lassitude si on écoute plusieurs de ses symphonies dans un laps de temps trop court) ! Je pense d'ailleurs que le nombre de membres du forum prêts à défendre Pettersson sera très nettement plus élevé que pour Havergal Brian...
Golisande a écrit:
Pour le coup, je vois assez bien ce qu'on peut leur trouver en commun — un côté brut au sens premier du mot, non raffiné, non poli... Ce qui d'ailleurs ne me déplaît pas du tout en principe, c'est juste que ce genre de musique exige de l'auditeur qu'il effectue lui-même ce "raffinage" et ce "polissage" avec ses oreilles et son cerveau, ce qui (comme le dit d'ailleurs Gluckhand) demande un grand nombre d'écoutes, et donc beaucoup de temps consacré (au détriment d'autres compositeurs) à une musique par définition plutôt ingrate et indigeste en raison de toutes les scories qu'elle a conservées telles quelles...

D'un autre côté, j'aurais tendance à penser que cela fait tout de même partie intégrante du boulot d'un compositeur (et d'un artiste en général), que de prendre la peine de peaufiner un minimum son matériau de base pour le rendre plus digeste et accueillant au public; cela dit, si l'on considère que cette absence de "prémâchage" constitue une démarche volontaire et non un simple manque (ce qui, au passage, me semble moins évident dans le cas de Brian que dans celui de Pettersson), je répète je n'y suis pas du tout hostile par principe — j'ai d'ailleurs écouté pas mal de Pettersson à une époque récente (ce qui constitue d'ailleurs une expérience assez radicalement différente de l'écoute de symphonies plus "normales", excepté la 4e de Chosta - qui n'est pas du tout une symphonie "normale" hehe ), mais je dois avouer que je m'en suis assez vite lassé...
Prosopopus a écrit:
Je ne connais pas Brian mais je ne suis pas d'accord personnellement pour cette définition sur Pettersson, je trouve au contraire que ses symphonies offrent un attrait assez immédiat, il y a effectivement un marasme général, sombre et répétitif mais qui débouche souvent sur de longues cellules mélodiques répétitives et suffisamment graciles pour attirer l'oreille immédiatement je trouve. C'est de la musique qui paye bien, de la Cinquième à la Huitième c'est même assez imparable, il y a une forme de récompense à s'accrocher même dans les passages les plus moderniste puisque ça débouche sur une forme de plénitude orchestrale.
J'ai toujours trouvé ça au final assez naïf comme musique et ça me parle beaucoup.
Benedictus a écrit:
Quant à Pettersson, je suis en train de réécouter la 6, et je rejoins davantage Prosopopus que Golisande.
DavidLeMarrec a écrit:
Prosopopus a écrit:
Pettersson […] graciles
Surprised
Benedictus a écrit:
Oui, j'avais vu, ce doit être un lapsus (en contexte, j'aurais dit «prégnantes».)
Prosopopus a écrit:
Oui le terme est peut-être mal choisi mais quand après des circonvolutions et de la caisse claire en veux-tu en voila il lance des cellules mélodiques aux harmonies plus évidentes et répétitives cela donne, par contraste, une impression plus sereine, plus légère.
Au niveau de la tension et de la détente c'est assez imparable je trouve.
Golisande a écrit:
@Prosopopus et Benedictus : pour moi brut et naïf ne sont pas du tout antithétiques (au contraire, j'ai même failli parler de naïveté à propos de Pettersson, tant il est vrai que c'est une des caractéristiques les plus saillantes de sa musique, au moins dans les symphonies dont tu parles); en revanche je ne parlerais certainement pas d'"attrait immédiat" (ces premières dizaines de minutes passées à chasser les chauve-souris au fond de cavernes fétides sont tout de même bien éprouvantes...), et peut-être encore moins de plénitude orchestrale (mélodique à la rigueur, mais l'orchestration me paraît très sommaire -- très brute là encore)...

Ce que je voulais dire, ce n'est pas que le vocabulaire de base de Pettersson soit particulièrement exigeant ou difficile d'accès, mais qu'il ne fait volontairement aucun effort pour "dégrossir" son discours, un peu comme quelqu'un qui s'exprimerait avec des mots simples mais en laissant libre cours à ses émotions, sans chercher à les formaliser -- donc en bafouillant, bégayant, criant et/ou pleurant (mais sans jamais ricaner comme Chosta)...
J'ajoute que c'est en grande partie ce qui fait sa singularité et son charme (un peu, euh... brut Mr.Red).


Dernière édition par Benedictus le Mar 17 Déc 2019 - 18:16, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Allan Pettersson   Allan Pettersson - Page 4 EmptyMar 17 Déc 2019 - 18:01

J'avais édité mon dernier post... Neutral
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MessageSujet: Re: Allan Pettersson   Allan Pettersson - Page 4 EmptyMar 17 Déc 2019 - 18:05

Prosopopus a écrit:
Oui le terme est peut-être mal choisi mais quand après des circonvolutions et de la caisse claire en veux-tu en voila il lance des cellules mélodiques aux harmonies plus évidentes et répétitives cela donne, par contraste, une impression plus sereine, plus légère.
Au niveau de la tension et de la détente c'est assez imparable je trouve.

Ah, il y a de la détente chez Pettersson. Entre 54'39 et 54'31, ou vraiment ? Je veux bien les endroits, parce que pour moi c'est tendu comme un arc et assez uniforme, comme repeint de goudron en fusion. (C'est même un peu l'intérêt du truc, je crois.)

(Désolé de ne pas être trop dans le trip, je vous écris en écoutant les variations sur Prinz Eugen de Graener… hehe )
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MessageSujet: Re: Allan Pettersson   Allan Pettersson - Page 4 EmptyMar 17 Déc 2019 - 18:15

Golisande a écrit:
J'avais édité mon dernier post... Neutral
C'est corrigé.

DavidLeMarrec a écrit:
Ah, il y a de la détente chez Pettersson. Entre 54'39 et 54'31, ou vraiment ?  Je veux bien les endroits, parce que pour moi c'est tendu comme un arc et assez uniforme, comme repeint de goudron en fusion. (C'est même un peu l'intérêt du truc, je crois.)
scratch Ben non, justement, un des grands principes compositionnels de Pettersson, c'est précisément l'opposition entre les passages agressifs-méchants à cordes grinçantes et cuivres hurlants et les plages lyriques plus lentes et au caractère essentiellement mélodique (ce que Pettersson lui-même, je crois, appelait des «îlots bonifiés de compétences.») La différence d'une symphonie à l'autre tient justement au nombre de ces îlots, à leur répartition dans la symphonie, à leur coloris (ça va de l'adagio hyper-chromatique et mélancolique à des mélodies très simples, itératives et planantes façon néo.)

DavidLeMarrec a écrit:
(Désolé de ne pas être trop dans le trip, je vous écris en écoutant les variations sur Prinz Eugen de Graener… hehe )
Sûr que ça doit être crop mimi.


Dernière édition par Benedictus le Mar 31 Déc 2019 - 19:48, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Allan Pettersson   Allan Pettersson - Page 4 EmptyMar 17 Déc 2019 - 18:30

Benedictus a écrit:
(ça va de l'adagio hyper-chromatique et mélancolique à des mélodies très simples, itératives et planantes façon néo.)

Ah oui, les plaines désolées façon mouvement lent du Quatuor n°8 de Chosta ou de la Symphonie n°5 de Proko, je les ai entendues. Les chromatismes désespérés aussi.

Mais enfin, c'est le même type d'affect que les gros tutti bruyants, juste la dynamique qui change. hehe
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MessageSujet: Re: Allan Pettersson   Allan Pettersson - Page 4 EmptyMar 17 Déc 2019 - 19:01

DavidLeMarrec a écrit:
Mais enfin, c'est le même type d'affect que les gros tutti bruyants, juste la dynamique qui change. hehe  
La dynamique, le tempo, même le type d'écriture et de configurations harmoniques... Que ce soit le même type d'affects, si tu veux*, mais musicalement, on a à faire à un discours vraiment polarisé.

*Encore que... Je me suis replongé dedans (je suis en train de réécouter la 8 après la 6 et la 7): je trouve au contraire que Pettersson déploie des climats et des affects plus variés qu'il n'y paraît, en fait - certes, tous négatifs. Et plus je réécoute, plus j'aime, en fait. Et comme le disait Prosopopus, je trouve que ça un impact, mélodique en particulier, assez irrésistible dans son genre.
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MessageSujet: Re: Allan Pettersson   Allan Pettersson - Page 4 EmptyMar 17 Déc 2019 - 23:31

Donc:

Allan Pettersson - Page 4 Petter12  Allan Pettersson - Page 4 Petter13  Allan Pettersson - Page 4 Petter14
Symphonie nº6 (1963-66)
Manfred Tojahn / Deutsches Symphonie-Orchester Berlin
Berlin, V.1993
Symphonie nº7 (1966-67)
Gerd Albrecht / Philharmonisches Staatsorchester Hamburg
En public, Hambourg, V.1991
Symphonie nº8 (1968-69)
Thomas Sanderling / Radio-Symphonie-Orchester Berlin
En public, Berlin, IV.1984
CPO


On me dira sans doute qu’il faut être un peu masochiste pour enchaîner ces trois œuvres-là...

Mais en fait, c’est assez étrange: ces œuvres profondément noires et désespérées, loin de me déprimer, ont toujours eu sur moi un effet presque roboratif - et cette réécoute ne fait que le confirmer. Je crois que cela tient (et c’est peut-être généralisable à mon goût pour les «musiques méchantes» ou les «interprétations méchantes») à ce que cette musique recèle un sorte d’exaltation de l’affrontement lucide, de la capacité à «s’accrocher» malgré tout (la tragédie, la déréliction, la douleur) - car la noirceur que cette musique charrie n’est pas du tout résignée, mais recelle au contraire quelque chose de pugnace et de véhément, au premier degré: cette musique est d’abord une musique vigoureuse et dont l’énergie, fût-elle «du désespoir», a quelque chose pour moi d’assez irrésistible. (En ce sens, c’est très différent de Chostakovitch, dont on rapproche souvent Pettersson: ici, comme l’ont relevé Golisande et Cello, pas de «grotesque exaspérant» ni de ricanements; mais pas non plus de lamentation étale et morne proto-kantchélienne.)

Par ailleurs, même si le langage est souvent assez sommaire et l’expression naïve (dans le sens où l’entend Golisande), je trouve que ce n’est pas du tout contradictoire avec ce que dit Prosopopus sur l’attrait de cette musique: non pas certes un attrait ou une séduction immédiats (c’est même une musique assez rebutante, au premier abord), mais une capacité à rétribuer assez généreusement l’effort de l’auditeur - peut-être en raison même de son caractère fruste: parce que, quand la musique de Pettersson s’éclaire un peu, c’est par le biais de boucles lyriques très simples qui touchent immédiatement, ou alors, comme l’écrivait Cello, par «de magnifiques moments de pure beauté froide, presque aveuglante même», en cela très directs.

Et je dois dire que ces réécoutes enchaînées m’ont fait éprouver tout cela (l’énergie communicative, la beauté très directe des passages lyriques) avec beaucoup plus d’acuité - au point que j’ai même regretté de ne pas avoir inclus de Pettersson dans ma liste de symphonies préférées (c’est tellement noir, sale et brut comme j’aime...) En revanche, le seul inconvénient d’une écoute enchaînée, c’est de souligner le caractère au total très homogène de cette partie-là du corpus (dans mon souvenir, les premières sont plus composites de langage et de climat, et il me semble que l’écriture est à la fois plus dissonante et plus à nu à partir de la 11): ce qui change, d’une symphonie à l’autre dans ce triptyque-là, joue vraiment à la marge, et relève de la nuance de couleurs - orchestrales (plus de «lumière blanche» dans la 7, plus de chaleur boisée dans la 8...) ou harmoniques (harmonie plus simple, presque néo dans la 7; au contraire, davantage de contrechants dissonants dans la 8.)

Par ailleurs, pour être revenu aux versions CPO après avoir plutôt écouté les versions Lindberg ces derniers temps, je suis finalement assez d’accord avec ce que disait Prosopopus un peu plus haut: si la clarté de Norrköping, la direction svelte et linéaire de Lindberg, la finesse un peu aseptisée des captations BIS permettent de mieux saisir le fonctionnement de ces symphonies, le grain plus épais et les captations plus frontales de CPO (et la direction d’Albrecht dans la 7!) me touchent bien davantage.
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MessageSujet: Re: Allan Pettersson   Allan Pettersson - Page 4 EmptyMer 18 Déc 2019 - 0:19

Benedictus a écrit:
On me dira sans doute qu’il faut être un peu masochiste pour enchaîner ces trois œuvres-là...

Mais en fait, c’est assez étrange: ces œuvres profondément noires et désespérées, loin de me déprimer, ont toujours eu sur moi un effet presque roboratif - et cette réécoute ne fait que le confirmer. Je crois que cela tient (et c’est peut-être généralisable à mon goût pour les «musiques méchantes» ou les «interprétations méchantes») à ce que cette musique recèle un sorte d’exaltation de l’affrontement lucide, de la capacité à «s’accrocher» malgré tout (la tragédie, la déréliction, la douleur) - car la noirceur que cette musique charrie n’est pas du tout résignée, mais recelle au contraire quelque chose de pugnace et de véhément, au premier degré: cette musique est d’abord une musique vigoureuse et dont l’énergie, fût-elle «du désespoir», a quelque chose pour moi d’assez irrésistible. (En ce sens, c’est très différent de Chostakovitch, dont on rapproche souvent Pettersson: ici, comme l’ont relevé Golisande et Cello, pas de «grotesque exaspérant» ni de ricanements; mais pas non plus de lamentation étale et morne proto-kantchélienne.)

Par ailleurs, même si le langage est souvent assez sommaire et l’expression naïve (dans le sens où l’entend Golisande), je trouve que ce n’est pas du tout contradictoire avec ce que dit Prosopopus sur l’attrait de cette musique: non pas certes un attrait ou une séduction immédiats (c’est même une musique assez rebutante, au premier abord), mais une capacité à rétribuer assez généreusement l’effort de l’auditeur - peut-être en raison même de son caractère fruste: parce que, quand la musique de Pettersson s’éclaire un peu, c’est par le biais de boucles lyriques très simples qui touchent immédiatement, ou alors, comme l’écrivait Cello, par «de magnifiques moments de pure beauté froide, presque aveuglante même», en cela très directs.

Je suis assez absolument d'accord avec tout ça, mais je trouve que cela s'applique encore mieux aux dernières symphonies, et plus particulièrement à la 13 – censée être la plus difficile et ingrate du lot, ce qui m'a convaincu de l'écouter en premier Mr.Red , après quoi les 7 et 8 m'ont paru (du coup) un peu tièdes et simplistes (pas la 6, en revanche, qui m'a suffisamment bouleversé par sa détresse nue et lancinante pour que je l'écoute plusieurs fois)...
La 13, en tout cas, est une expérience assez incroyable pour peu que l'on parvienne à tenir la longueur (j'avais été pas mal aidé par ce site : http://allanpettersson100.blogspot.com/ , mais apparemment il semble y en avoir d'autres ( https://pettersson-fanpage.de/ ) ) : cette musique peut vraiment avoir une dimension cathartique — comme si les scories qu'elle ne cesse de balayer vigoureusement du début à la fin étaient en fait nos propres soucis... Une musique psychanalytique, peut-être...
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MessageSujet: Re: Allan Pettersson   Allan Pettersson - Page 4 EmptyMer 18 Déc 2019 - 13:02

Benedictus a écrit:
DavidLeMarrec a écrit:
Mais enfin, c'est le même type d'affect que les gros tutti bruyants, juste la dynamique qui change. hehe  
La dynamique, le tempo, même le type d'écriture et de configurations harmoniques... Que ce soit le même type d'affects, si tu veux*, mais musicalement, on a à faire à un discours vraiment polarisé.

Ça ne correspond pas du tout à l'impression qu'il m'a laissé. Ensuite, il faut être honnête, hein : je n'ai pas écouté toutes ses symphonies, et je le fais très rarement, n'étant pas du tout une musique qui me plaît – même du point de vue de l'écriture, ce n'est pas assez passionnant pour que je surmonte mon aversion comme avec Berg par exemple…
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MessageSujet: Re: Allan Pettersson   Allan Pettersson - Page 4 EmptyMer 18 Déc 2019 - 13:40

Je découvre Pettersson, en suivant l'écoute des disque proposés par Benedictus. C'est la première fois que j'entends une musique d'un pessimisme aussi univoque. Dans toute cette noirceur, même les éclaircies ne viennent que souligner le grand geste de désespoir. C'est une résignation qui danse avec la folie, mais qui n'a rien à voir avec les grandes plaintes de Chostakovitch. Ici, tout est contenu, serré, malgré la durée qui, finalement, s'efface à l'écoute. Cette musique me fait vraiment penser au poète Georg Trackl et à son long poème de minuit. La manière dont s'éteint la 6ème symphonie, sans laisser aucune trace, comme si elle n'avait jamais existé...

Quelques vers...:
 


Le langage musical repose dans une prodigieuse économie de moyens. On est dans le dénuement extrême. Pas de vraie ligne mélodique, pas de grande structure rythmique, mais une immanence permanente des nuances et des contrastes. Je me suis plusieurs fois demandé, à l'écoute, comment on pouvait bien obtenir une telle intensité avec presque rien. Dans la 7ème, par exemple, ces appels de cors, comme des échos lointains du Crépuscule des Dieu, conduisent la tension au sommet.
D'ailleurs, la structure générale de ces symphonies en un mouvement ne me fait pas du tout penser à une juxtaposition d'ambiances ou de scènes. Tout semble organique et insaisissable, comme un corps en mouvement sous des faisceaux de lumière. Je serais pour ma part incapable de segmenter ces symphonies, ou ne serait-ce que de pointer une séquence nettement identifiable. Il y à certes des phénomènes, ou des gestes qui apparaissent puis s'évanouissent, mais l'essentiel de l'évolution reste plongé dans l'obscurité.

Je ne saurais pas trop de qui le rapprocher (je ne connais pas assez ce répertoire) mais je suis surpris qu'on ai pu le comparer à Chostakovitch. À mon sens, ça n'a vraiment rien à voir, que ce soit dans la forme ou dans le tempérament.

Je n'ai écouté que la 6 et la 7, mais j'irai certainement jusqu'à la 16ème.

Bref, merci pour la découverte !
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MessageSujet: Re: Allan Pettersson   Allan Pettersson - Page 4 EmptyMer 18 Déc 2019 - 18:26

cheers Pourtant, je ne te l'aurais pas spontanément recommandé, compte tenu des réserves que tu avais exprimées après avoir essayé les symphonies de Hartmann.

Et puis, en effet, tu as fort justement noté des choses que je n'ai pas assez soulignées (le dénuement, le côté organique et insaisissable...)

(Et merci pour le Trakl - de qui est la traduction?)
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MessageSujet: Re: Allan Pettersson   Allan Pettersson - Page 4 EmptyMer 18 Déc 2019 - 21:09

Benedictus a écrit:
Pourtant, je ne te l'aurais pas spontanément recommandé, compte tenu des réserves que tu avais exprimées après avoir essayé les symphonies de Hartmann.

Justement, je trouve ces symphonies là beaucoup moins bruyantes que celles de Hartmann que j'ai écouté. Pour moi, c'est surtout cet aspect là qui a posé problème. Ici, au contraire, ça me parle beaucoup.

Citation :
de qui est la traduction?

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MessageSujet: Re: Allan Pettersson   Allan Pettersson - Page 4 EmptyJeu 19 Déc 2019 - 0:08

Drosselbart a écrit:
Citation :
de qui est la traduction?
De votre humble serviteur Smile
Chapeau bas!
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MessageSujet: Re: Allan Pettersson   Allan Pettersson - Page 4 EmptyDim 5 Jan 2020 - 15:30

En Playlist, Iskender a écrit:
Pettersson : Symphony n°7 - Nörrköpings sympfoniorkester, Christian Lindberg
-> assez chouette; de très beaux moments, d'autres où ça tourne un peu à vide et où on a l'impression que le but premier est de bien sonner. Mais bonne impression dans l'ensemble. Belle écriture des cuivres, alors forcément Christian Lindberg est comme un poisson dans l'eau avec cette musique.
Ah tiens, c'est étonnant. Que parfois ça donne l'impression de tourner en rond, oui, mais de chercher à «bien sonner»? Enfin, je veux dire qu'en général, ce qu'on reproche à Pettersson, ce n'est pas tellement sa complaisance dans l'euphonie hédoniste.
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MessageSujet: Re: Allan Pettersson   Allan Pettersson - Page 4 EmptyDim 12 Jan 2020 - 3:46

Allan Pettersson - Page 4 Petter15
Symphonies nº10 (1972)¹ et nº11 (1973)²
Alun Francis / Radio-Philharmonie Hannover des NDR
IX.1994¹, XI.1993²
CPO


Deux très grandes symphonies qui forment une espèce de diptyque un peu à part dans l’œuvre de Pettersson. D’abord pour les conditions très particulières de leur composition: elles furent conçues pour l’essentiel lors d’un séjour de neuf mois à l’hôpital. Ensuite parce qu’elles se distinguent à la fois du corpus assez homogène des quatre symphonies précédentes (l’écriture harmonique, la structuration entre parties agressives encadrant des «îles  lyriques» y sont moins systématiques), et de celles qui les suivent immédiatement (la 13 semble creuser encore les éléments abrasifs de l’écriture petterssonienne, tandis que la 12, avec chœur, est une sorte de hapax «engagé» qui a pour pendant la cantate Vox Humana que je prévois d’écouter prochainement.) Enfin parce qu’elle offrent entre elles des contrastes qui suggèrent de les considérer dans une sorte de perspective dialectique (certains commentateurs y voient une opposition entre «monde extérieur» et «monde intérieur.»)

À bien des égards, la 10ᵉ est peut-être la plus «impitoyable» des symphonies de Pettersson. Elle semble en effet radicaliser les conceptions structurelles des symphonies 5 à 9, avec une structuration en blocs «agressifs» encadrant une «île lyrique.» Pour autant, ces blocs «agressifs» se distinguent ici de ceux des symphonies précédentes en ce qu’ils sont à la fois moins foisonnants dans leur écriture orchestrale, structurés par des rythmes plus carrés et plus prégnants qui leur confèrent une dimension d’avancée implacable (là où dans les précédentes les rythmes avaient quelque chose de plus haletant), tandis qu’une harmonie aux dissonances beaucoup plus brutes en accroît l’inconfort; quant à l’«île lyrique», elle y semble réduite à une impression de plus grand dénuement, qu’il s’agisse de son écriture horizontale ou des couleurs exsangues de son orchestration; enfin, la coda pianissimo y possède un caractère de rupture assez abrupte avec la section qui la précède - comme un sorte de geste de lassitude au lieu de l’espèce d’apaisement progressif qui marquait la fin à basse dynamique de la 7ᵉ, par exemple.

La 11ᵉ semble prendre le contrepied d’abord de la structuration par blocs: la forme en est beaucoup plus compacte, au point que la fameuse structure «bipolaire» semble ici se dissoudre - on aurait presque l’impression que l’«île» est à l’incipit, mais en fait, c’est plutôt que les deux éléments semblent ici faire l’objet d’une sorte de fusion: comme si l’élément lyrique infusait toute la symphonie, pacifiait l’élément «agressif» pour aboutir à une sorte de grande coulée plus homogène, sur un rythme de marche lente, d’une atmosphère certes très sombre mais plus contemplative. De la même manière, au niveau de l’harmonie et de l’orchestration, aux dissonances dures et aux couleurs en noir et blanc de la 10ᵉ, la 11ᵉ semble substituer une écriture mélodique plus généreuse en contrechants et des harmonies plus modulantes et laissait se déployer des timbres plus chauds, des textures plus riches (notamment grâce à la présence constante de lignes de la petite harmonie.) La 11ᵉ semble en définitive se rapprocher d’un certain postromantisme et constitue peut-être ainsi une des symphonies les plus «chaleureuse» du corpus.
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MessageSujet: Re: Allan Pettersson   Allan Pettersson - Page 4 EmptyDim 12 Jan 2020 - 11:14

De mon côté, j'ai écouté la cantate Vox Humana, très différente des symphonies : beaucoup moins sombre et paroxystique. Malgré les textes assez peu primesautiers, une ambiance assez douce et unie, une très belle prosodie aussi – à laquelle je ne m'attendais pas. Il y a une nouveauté CPO sortie vendredi dernier, mais je recommande plutôt la version BIS où les chanteurs disposent d'une saveur vocale et idiomatique sans comparaison !
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MessageSujet: Re: Allan Pettersson   Allan Pettersson - Page 4 EmptyDim 12 Jan 2020 - 11:51

As-tu écouté aussi la 12ᵉ Symphonie? (Dans l'intégrale CPO, elle est dirigée par un de tes chouchous - Manfred Honeck.) C'est, semble-t-il, une œuvre-jumelle de Vox Humana: symphonie avec chœurs sur des poèmes de Neruda, achevée la même année (1974)... Étonnant, comme chez Pettersson, à la fin de sa vie, la seule «positivité» concevable semble s'être cristallisée dans l'image des gauches sud-américaines en lutte.

Pour Vox Humana, trop tard, j'ai déjà commandé la version CPO...
Allan Pettersson - Page 4 2661413304


Sinon, une découverte: Daniel Harding a dirigé la 7ᵉ de Pettersson en 2017!
C'est ici: /watch?v=mNSQTgZq87A

Pour une fois qu'on avait à Paris un chef qui aurait pu diriger du Pettersson, il a fallu qu'il préfère aller jouer les pilotes d'avion...
Evil or Very Mad
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MessageSujet: Re: Allan Pettersson   Allan Pettersson - Page 4 EmptyDim 12 Jan 2020 - 12:30

Non, jamais écouté la 12. Si c'est moins pim pam poum taratapapoum, et que Honeck dirige un orchestre que j'aime bien, je vais me laisser tenter.
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MessageSujet: Re: Allan Pettersson   Allan Pettersson - Page 4 EmptyDim 12 Jan 2020 - 12:44

DavidLeMarrec a écrit:
Si c'est moins pim pam poum taratapapoum
Non, ce n'est pas «Voici le général Boum», mais «Voici le général Pinochet» (c'est la nouvelle de la mort d'Allende qui semble avoir donné à Pettersson l'impulsion finale pour achever sa symphonie.)

DavidLeMarrec a écrit:
et que Honeck dirige un orchestre que j'aime bien, je vais me laisser tenter.
Symphonique et Chœurs de la Radio Suédoise et Chœur de chambre Eric Ericson.
(Mais si ça te fait peur, tu peux aussi attendre que je l'écoute et que j'en dise un mot.)


Et au fait, ta remarque sur la prosodie vaut aussi pour les 6 mélodies de jeunesse du disque CPO?
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Allan Pettersson   Allan Pettersson - Page 4 EmptyDim 12 Jan 2020 - 13:28

Je me suis arrêté à la cantate. (La prosodie est tout à fait décente dans la version CPO, c'est juste que chez BIS on a l'équivalent de Bernard Kruysen ou Jacques Herbillon en matière de typicité et d'articulation…)
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