Autour de la musique classique

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 Offenbach

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Mélomaniac
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MessageSujet: Re: Offenbach   Offenbach - Page 4 EmptyDim 5 Jan 2020 - 23:57



Mélomaniac, in playlist, a écrit:

Offenbach - Page 4 Mzolom10
Catégorie orchestrale -rang 082°/250



Offenbach - Page 4 Solti_14
Georg Solti (1912-1997)


Manuel Rosenthal (1904-2003) :

Gaîté parisienne

= Georg Solti, Orchestre de la Royal Opera House de Covent Garden

(Decca, mai 1960)

Smile Évidemment, entre le Thrène de Penderecki et la Gaîté Parisienne, il y a au moins un monde, mais tous les Mélomaniac d'Or appartiennent à mon univers, pour une raison ou une autre. Parmi les répertoires que je convoitais quand j'étais petit, ma grand-mère m'offrit une cassette d'Offenbach (une anthologie d'airs et chœurs populaires chez Emi), et en fut d'autant ravie qu'elle adorait l'opérette. Je pus ainsi reconnaître quelques mélodies quand peu après je découvris la Gaîté parisienne, en vinyle dans l'interprétation-même que j'ai retenue ici.
Peaufinée par le Comte Étienne de Beaumont, l'intrigue gravite autour des amourettes qui émoustillent aristocrates, haute-société, et gens du peuple dans un repaire parisien du Second Empire, le Café Tortoni situé boulevard des Italiens. « Les clients, bien que n'étant pas les meilleurs des gens, sont d'une merveilleuse compagnie. Leur jour commence à neuf heures du soir et s'achève seulement à l'aube quand on a dansé la dernière valse et vidé le dernier verre de champagne » commentait Sol Hurok, producteur américain étroitement associé aux Ballets Russes de Monte-Carlo. Roger Désormière fut pressenti comme arrangeur mais faute de temps recommanda Manuel Rosenthal. Massine, le chorégraphe, ne fut pas convaincu par le résultat mais Stravinsky, appelé à l'arbitrage, sermonna : « Léonide, si tu rejettes cette partition, tu es un idiot, tu pourrais écarter ce qui sera le plus grand succès de ta carrière ».
C'est Efrem Kutz qui dirigea la première représentation monégasque, en 1938, et laissa d'ailleurs un des premiers enregistrements de référence, sous forme d'extraits avec le London Philharmonic, puis avec le Columbia Symphony Orchestra (1949). Maintes baguettes se laissèrent tenter, non des moindres : Eugene Ormandy, Leonard Bernstein, Herbert von Karajan, Charles Munch, André Previn, Seiji Ozawa, Charles Mackerras, Charles Dutoit... Avec le très légitime orchestre de la Principauté, Rosenthal dirigea l'œuvre comme un poème symphonique, s'écartant de la vocation chorégraphique, privilégiant la saveur instrumentale, la dimension narrative, lors de sa gravure pour Emi, et plus encore pour Naxos (juillet 1996) : « vous serez surpris d'entendre les détails de la partition tels que personne n'a l'habitude de souligner. Les tempos seront plus lents que dans mes précédents enregistrements, car je veux entendre le détail de l'orchestration » confiait-il à son chef-assistant, Jean-Luc Tingaud. Malgré l'intelligence de la direction, je trouve que ce décorticage manque de flamme. Mes deux versions préférées restent celles d'Arthur Fiedler et ses Boston Pops, euphorisant et splendidement capté par les micros de RCA (juin 1954). Et celle de Georg Solti, épatant par sa verve, son parti pris de pure virtuosité, qui cravache l'orchestre anglais dans des ruades, des foucades, des cabrioles absolument anthologiques, et d'un contrôle qui ne lâche jamais la bride. Une démonstration de maestria, au prix de tempi certes parfois un peu vifs mais qui font des étincelles ! Le chef hongrois obtient de ses pupitres un zèle qui ne laisse aucun répit. Et gratifié d'une prise de son d'apparat, -quel relief !

La fringante Ouverture provient de La Vie Parisienne, et d'emblée explose de joie de vivre : pupitres en liesse (pour ne pas dire en rut), gazouillant intermède central (0'47), et reprise (1'49). Le rideau s'ouvre Allegro brillante : quatre garçons de café s'acoquinent autant de femmes de ménage qui lessivent le plancher, sur l'air du tambour-major Raflafla (« Au beau jour de la mi-carême, sur le marché des Innocents », tiré de Mesdames de la Halle) puis d'une insidieuse Polka (provenant du Voyage dans la lune) au cœur de laquelle résonne une pathétique complainte (0'56) clamée par les cors. Tandis que les quatre ménagères rangent seaux et serpillères, la fleuriste arrive vendre ses bouquets, et s'élance aussitôt avec les cafetiers en agitant ses jupons, sur un puissant Landler (tiré de Lieschen et Fritzchen), éclaboussé par des interjections de cuivres (0'17), mais qui contient un ravissant intermède (0'49) où caquètent hautbois et basson. Paraissent maintenant six aguicheuses cocottes, prêtes à en découdre avec la vertu, s'ébrouant avec trois joueurs de billard, sur une Mazurka tirée de Vert-Vert. Une gracieuse section centrale (1'14) s'avère prétexte à renverser les bustes, avant que ne reprenne la danse polonaise (1'49). La langoureuse Valse de La Vie Parisienne (« à minuit sonnant commence la fête ») introduit la gantière qui exécute son solo. C'est au tour d'un Péruvien d'entrer en scène, si pressé de se joindre aux turpitudes qu'il en oublie de déposer son paquetage fourré de bijoux, alors qu'il frétille sur la célèbre chanson Je suis Brésilien j'ai de l'or : « des mouvements saccadés en staccato qui [...] servaient à exprimer la naïve bonne humeur du bouillant marchand » se souviendra Massine au sujet de ce rôle qu'il dansa lui-même. Une page verveuse, dont le xylophone signe la cocasserie. Les cocodettes entreprennent de le séduire, par des contorsions aux cordes graves qui dérivent de la partie centrale de la Polka de La Belle Hélène -les hautbois soulignant les minauderies. Dès son arrivée, un Baron est captivé par la gantière avec laquelle il exécute un suave duo, emmené par une languide Valse d'Orphée aux Enfers, dont les portés expriment un couple naissant.
Irruption d'une véhémente marche militaire (tirée de l'inénarrable Trio du jambon de Bayonne de Tromb-al-ca-zar), battue par la percussion et striée par le piccolo : un officier et son escadron accaparent la fleuriste et les cocodettes victimes du charme de l'uniforme. Escortée d'un Duc, une courtisane de grande allure (surnommée La Lionne) impressionne l'assemblée, évolue avec quelques clients (la mondaine valse de La Vie Parisienne sert d'écrin à ses flirts) puis soustrait l'officier aux bons soins de la gantière, sous l'œil jaloux du Duc. Une joyeuse incartade du Péruvien organise une délicieuse valse (tirée des Contes d'Hoffmann) où celui-ci rivalise avec le Baron, le Duc et l'officier, tous papillonnant autour de la gantière. Coup de théâtre sur un trait strident, le ton monte allegro molto, devient menaçant : d'anxieux pizzicati mènent à un duel, où s'écrient les cuivres (0'42) dans une ambiance torride et tragique -la seule page écrite par Rosenthal. Le calme revient progressivement (1'38). Après ce tumulte, le Baron et la gantière s'accordent une valse (tirée de La Périchole), qui prend de l'assurance, à la fois émue et effrontée (1'20).
Dans un ballet classique interviennent des danses caractéristiques, souvent issues du folklore sous couvert d'exotisme : ici c'est le cancan sous plusieurs guises qui alimente ce divertissement prétexte à brio, autant qu'à exhiber gambettes et froufrous. Voilà ensuite un Quadrille qui se fonde sur le Rondeau des métamorphoses d'Orphée aux Enfers, mais embrayé à une vitesse trépidante, suivi d'un nouvel épisode de cancan. Un bref allegro moderato parade orgueilleusement, un allegro se trémousse furtivement. Un leggiero cite le thème du Brésilien, puis enfin s'agite un Vivo où batifole un galop avec ses célébrissimes trombones en goguette. Sur un trémolo des violons et des appels des bois s'invite l'ondoyante Barcarolle des Contes d'Hoffmann. Les couples s'apparient : la Lionne avec l'Officier, la Fleuriste avec le Duc. Le Péruvien surgit (3'38), surprend la gantière enlacée avec le Baron, constate qu'il a fait chou blanc (-ce qui confirme le caractère burlesque de son personnage) et reste seul (3'57) tandis que le rideau tombe sur le café déserté par les noceurs.

Des tentatives de revival (American Ballet Theatre en 1988 avec costumes flashy de Christian Lacroix) semblent avoir montré que le ballet reste circonscrit à l'imagerie et la philosophie d'une époque. Paris, capitale des mœurs légères, des aventures dissolues, des chassés-croisés qui font palpiter les cœurs en traversant les couches de la société, dans un décor voué aux plaisirs éphémères de la chair et de la bonne chère. Une partition qui ne cherche pas minuit à quatorze heures, mais dont la candeur, l'entrain et les parures paraphent un (défunt ?) prototype de notre cocardier art de vivre.


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