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 Le Madrigal italien (1530 - 1640)

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antrav
Papa pingouin
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptyJeu 7 Juin 2007 - 0:03

Oui, elles ont enregistré très tard. fleurs
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antrav
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptyDim 17 Juin 2007 - 15:11

Deuxième livre de madrigaux à cinq voix (1589)

Monteverdi sent bien qu'à Cremone, il ne pourra pas obtenir de poste à la hauteur de son ambition, les débouchés y sont réduits et la ville est provinciale. La musique s'épanouit à Mantoue chez les Gonzague, à Milan, à Venise. Claudio entreprend alors un voyage à Milan chez Giacomo Ricard, président du Sénat qui pourrait lui offrir le poste de Maître de chapelle du Duomo dont le titulaire vient de disparaître. Il chante et joue de la viole de gambe avec adresse et son jeu plaît. Il prolonge son séjour alors que le poste lui échappe. Malgré tout, il dédie à son hôte son Deuxième Livre de Madrigaux à cinq voix qui sont publiés au tout début de 1590 à Venise chez Alessandro Raveri.

Le projet esthétique de Monteverdi s'annonce dans ce deuxième livre. Il a 23 ans.
D'abord le choix de la poésie. Alors que ses contemporains choisissent le plus souvent un panachage d'auteurs afin d'amener de la diversité poétique, Monteverdi fait appel pour 9 des 20 madrigaux au Tasse. Auteur épique déjà auréolé d'une légende de poète maudit (il finit sa vie déchiré par la psychose maniaco-dépressive), la sensibilité douloureuse de ses oeuvres où se déroulent les guerres d'amour se prête particulièrement au genre madrigalesque. Il inspire nombre de musiciens et Monteverdi puisera dans sa Jerusalem délivrée cette sublime pièce du VIII° livre, Il combattimento... Il est à la cour des Este comme le fut cet autre grand poète qu'était l'Arioste (Orlando furioso), les deux hommes se rencontreront, mais miné par la maladie, aucun des projets que Monteverdi avait en vue avec lui n'aboutiront.

Le ton des madrigaux en est plus érotique, plus changeant, de brusques ruptures de climat poétique entraînent leur équivalent musical.
Le discours se fait moins polyphonique et s'essaie à la déclamation monodique discète, souvent on n'entend que deux ou trois voix simultanément. La basse assure de plus en plus de rôle de basse harmonique dans une époque qui voit naître la tonalité. On sent l'influence de Marenzio de par l'utilisation des modes mineurs et majeurs dans un but expressif. Son chromatisme en est proche. Les madrigalismes s'affinent mais sont déjà d'une grande science (Non m'è grave il morire et ses tierces descendantes autour des plaintes et des larmes du texte).

L'organisation du madrigal est plus libre. Les interruptions et les cadences, l'organisation de thèmes et de rythmes en motifs répétés donnent une impression de virtuosité et de richesse qui ne fera que s'amplifier avec les livres à venir.

20 poèmes donc, mais dont le premier est divisé en deux parties (donc 21 madrigaux).

Le premier, Non si levava ancor l'alba novella: dans un mouvement ascendant de l'aube qui monte, les voix se posent puis virevoltent au gré des transports amoureux qu'abrite la nuit puis les larmes des "pianti" en mouvements d'imitation descendants, les halètements des "sospiri" érotiques... Le mouvement devient plus grave, polyphonique et ascendant comme au début autour des "mille désirs et mille envies restées inassouvies à la lueur de l'aube". L'érotisme le plus franc est l'élément le plus novateur des ces chansons sérieuses. On a quitté définitivement le poème courtois de la vieille polyphonie qui laisse à peine deviner les sentiments pour cette authenticité sensuelle, ces confidences merveilleuses.

Traduction personnelle libre de droits !

Non si levava ancor l'alba novella
Ne spiegavan le piume
Gli augelli al novo lume,
Ma fiammeggiava l'amorosa stella,
Quando i due vaghi e leggiadretti amanti,
Ch'una felice notte aggiunse insieme
Come Acanto si volge in vari giri,
Divise il novo raggio; e i dolci pianti,
Ne le accoglienze estreme
Mescolavan con baci e con sospiri.
Mille ardenti pensier, mille desiri,
Mille voglie non paghe,
In quelle luci vaghe,
Scopria quest'alma innamorata e quella.

L'aube ne s'était pas encore levée,
Les oiseaux n'avaient pas encore étiré leurs ailes
Aux lueurs du jour naissant,
L'étoile de la passion brûlait encore
Quand les charmants et soupirants amants
Qu'une heureuse nuit avait réunis
Comme les acanthes s'enserrant de leurs vrilles
Voyaient que les rayons du jour les séparaient; et les tendres plaintes
Qu'ils échangeaient entre les baisers et les soupirs,
Mille désirs ardents, mille pensées,
Mille envies inassouvies
Naissaient, à l'aube montante,
Dans les pensées de chacune de ces âmes amoureuses.

(A suivre pour ce livre II... j'y arriverai, oui !)

Si certains sont intéressés par du matériel libre de droit pour suivre cette histoire, qu'ils m'adressent un mp. Wink


Dernière édition par natrav le Dim 25 Jan 2009 - 16:25, édité 3 fois
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Rubato
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptyDim 17 Juin 2007 - 16:03

Chic, la suite du madrigal cheers Merci Vartan!

J'archive siffle
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antrav
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptyDim 17 Juin 2007 - 16:09

Rubato a écrit:
Chic, la suite du madrigal cheers Merci Vartan!

J'archive siffle

OK ! Wink
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptyDim 17 Juin 2007 - 22:17

vartan a écrit:
Le premier, Non si levava ancor l'alba novella: dans un mouvement ascendant de l'aube qui monte, les voix se posent puis virevoltent au gré des transports amoureux qu'abrite la nuit puis les larmes des "pianti" en mouvements d'imitation descendants, les halètements des "sospiri" érotiques...

Cela donne envie, comme toujours ! Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 0033

Par contre, le livre II a l'air moins facile à trouver que les autres livres...
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antrav
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptyLun 18 Juin 2007 - 1:04

sofro a écrit:
vartan a écrit:
Le premier, Non si levava ancor l'alba novella: dans un mouvement ascendant de l'aube qui monte, les voix se posent puis virevoltent au gré des transports amoureux qu'abrite la nuit puis les larmes des "pianti" en mouvements d'imitation descendants, les halètements des "sospiri" érotiques...

Cela donne envie, comme toujours ! Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 0033

Par contre, le livre II a l'air moins facile à trouver que les autres livres...

Non, il existe (je voulais faire la disco à la fin de ce commentaire) plusieurs versions excellentes.


Une version attendue mais décevante, voix instables, justesse approximative (si à l'opéra c'est tolérable, dans le madrigal c'est insoutenable). Donne l'impression d'un travail baclé. Peu expressif.
La Venexiana cherche à faire une intégrale de Monteverdi, parfois ça sent le pensum.
Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 413QND9JZZL._


Une des versions que j'apprécie particulièrement. Beau travail de mise en place (c'est bête mais c'est indispensable quand on chante à cinq). Les voix sont belles, pas toujours parfaitement adaptées au style madrigalesque, mais ces Anglais sont toujours très soigneux dès qu'il faut chanter à plusieurs, un régal. Le sentiment d'une osmose, pour ce deuxième livre en tout cas issu de ce gros coffret de sept CD. Même distribution qu'indiquée plus haut pour le livre I.
Gros inconvénient, il n'y a pas de livret, et sans le texte, le madrigal c'est pas la peine ! Non, non, non !
Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 411607QP6SL._

Travail parfait, plus chaleureux que La Venexiana, aussi bien amené que chez Rooley, l'italianité en plus et un beau travail de respect stylistique. Rinaldo Alessandrini et son Concerto italiano: Rossana Bertini, Claudio Cavina, Daniele Carnovich pour les plus connus.
Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 31BM70EMX4L._

A noter que la grande majorité des CD de madrigaux (Monteverdi et autres) sont édités avec des livrets très complets (La Venexiana et Alessandrini) associant textes traduits, réflexions organologiques et d'interprétation, textes de préface de Monteverdi quand c'est utile. Une bonne approche aussi du contexte culturel qui a mené à la création de ces oeuvres.
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Jaky
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptyLun 18 Juin 2007 - 1:16

vartan a écrit:

Gros inconvénient, il n'y a pas de livret, et sans le texte, le madrigal c'est pas la peine ! Non, non, non !
Alors on exige la traduction de l'intégrale des madrigaux de Monteverdi! bounce
Fallait pas commencer… siffle
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptyLun 18 Juin 2007 - 1:34

Jaky a écrit:
vartan a écrit:

Gros inconvénient, il n'y a pas de livret, et sans le texte, le madrigal c'est pas la peine ! Non, non, non !
Alors on exige la traduction de l'intégrale des madrigaux de Monteverdi! bounce
Fallait pas commencer… siffle

Si tu me laisses dix ans, je pourrais, mais on ne doit pas être loin des deux cent pièces !

Mais promis je vous en livrerai dans la semaine quelques-uns de ce livre avec de quoi juger sur pièce.
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptyLun 18 Juin 2007 - 13:06

Le 2 n'est autre que la suite du 1, poème du Tasse divisé en deux madrigaux.

E dicea l'una sospirando allora

Toute de soupirs, de pauses, de retombées, d'interrogation, de langueurs érotiques.
Des Adio confiants dans le retour de l'amant. Des mouvements de gammes contraires sur les beaux vers qui évoquent les roses des lèvres qui pâlissent au fur et à mesure que le jour revient.
Le beau A Dio, ché parto e moro avec ses frottements douloureux. Du grand art.

E dicea l'una sospirando allora:
"Anima a Dio" con languide parole.
E l'altra: "Vita, a Dio", — le rispondea —
"A Dio, rimanti". E non partiensi ancora
Inanzi a l'alba che nel ciel sorgea,
E questa e quella impalidir vedea
Le bellissime rose,
Ne le labra amorose,
E gli occhi scintillar come facella.
E come d'alma che si parta e svella
Fu la partenza loro:
"A Dio, ché parto e moro !"
Dolce languir, dolce partita e fella !


Elle lui dit, soupirant,
"Mon âme, adieu", languissante.
Et l'autre en réponse: "Ma Vie, adieu"
"Adieu, reste !". Et elles (ils) ne se séparaient toujours pas
Malgré le jour nouveau.
Alors que l'aube pointait dans le ciel,
ils (elles) voyaient pâlir
les sublimes roses
des lèvres amoureuses
ainsi que les feux de leurs pupilles.
Et des âmes séparées et déchirées
Ainsi les laissait leur départ ;
"Adieu, je pars et je meurs"
Douces langueurs, doux et cruel départ.
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptyLun 18 Juin 2007 - 13:45

Le 3, Bevea Fillide mia, de Girolamo Casone.
Le niveau poétique est ici moindre, compatible avec la chanson.

Tendresse et amour un peu fol, l'amant boit dans la coupe de l'être aimé comme pour embrasser ses lèvres... et s'en contente avec félicité.
Madrgal assez classique de forme proche de la canzonetta, homophonique, peu chromatique, mais le sujet est léger. La basse (belle chez Alessandrini) chante en imitation des autres voix mais assure déjà un rôle harmonique. Jeu avec les dolce et baci répétés. De la délicatesse pour cette courte pièce.

Bevea Fillide mia
E, nel ber dolcemente,
Baci a 'l dolce liquor porgea sovente.

Tutto quel che rimase
Lieta mi diede poi
Misto con baci suoi:

Io il bevo, e non so come bevo amore
Che dolcement' anch'ei mi bacia il core.




Ma Phyllis buvait
Et dans cette douce becquée,
Elle donnait comme des baisers à la douce liqueur.

Tout ce qu'il en restait
Elle était heureuse de me le donner
mêlé de ses baisers.

Je le bois et sans savoir comment je bois l'amour
Il vient lui aussi doucement me baiser le coeur.
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptyLun 18 Juin 2007 - 14:16

Le n° 14 Ecco mormorar l'onde du Tasse.

Les madrigalismes (figuralismes et mélismes) peignent avec sûreté la vitalité d'une nature foisonnante. Loin des scènes pastorales compassées et antiquisantes de nombre de ses contemporains de poètes, la fraicheur de ces vers est incroyable. Monteverdi s'en empare avec joie, des duos presque, avec des passages où les pupitres se séparent (hommes et femmes).


Ecco mormorar l'onde
E tremolar le fronde

A l'aura matutina e gli arborscelli,
E sovra i verdi rami i vaghi augelli

Cantar soavemente,
E rider l'oriente.

Ecco già l'alba appare
E si specchia nel mare,

E rasserena il cielo,
E imperl'il dolce gielo,

E gli alti monti indora.
Oh bella e vag'aurora,

L'aura è tua messaggiera, e tu de l'aura
Ch'ogni arso cor ristaura !




Ainsi murmure l'onde
Et frémissent les frondaisons.

Dans la brise matutinale, sur les verts rameaux
Des arbrisseaux, les charmants oiseaux

Pépient tendrement alors que
L'Orient se met à sourire.

Déjà l'aube paraît
Et se reflète dans la mer,

Rassure les cieux
Et transforme le tendre gel en rosée,

Dore les hauts sommets.
Ô belle et tendre Aurore,

La brise est ta messagère et toi, celle qui
Apaise enfin les coeurs ardents.
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptyMar 19 Juin 2007 - 0:35

Dolcemente dormiva la mia Clori, n° 16 du livre.

Du Tasse encore. Ici le plaisir et la simplicité règnent, tendresse et jeu entre sexes, les voix masculines et féminines se répondent d'un vers à l'autre comme les vers Dolcemente dormiva... et le vers E intorno al...
Plus loin Tempo perduto... et Allor io... puis se marient dans un baiser de paradis.



Dolcemente dormiva la mia Clori
E intorno al suo bel volto
Givan scherzando i pargoletti amori.
Mirava io, da me tolto,
Con gran diletto lei,
Quando dir mi sentei: — "Stolto, che fai ?
Tempo perduto non s'acquista mai !"
Allor io mi chinai, — cosi pian piano,
E, Basciandole il viso,
Provai — quanta dolcezz'ha il Paradiso




Ma Cloris dormait doucement
Et sur son beau visage
Passaient de petits amours, gaiement.
Je la contemplais, captivé
Comblé
Quand j'entendis cette voix: "Insensé, que fais-tu ?
Le temps passé ne se rattrape jamais !"
Alors je m'inclinais vers elle, doucement, lentement
Et lui baisant le visage,
J'éprouvais alors toute la douceur du Paradis.

(Traduction difficile, complète pour le sens mais pas très fluide Neutral )
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptyMar 19 Juin 2007 - 1:23

Le n° 19, un des plus beaux de ce recueil, Non m'è grave il morire.
Le plus desespéré et pathétique. La mort, dans une acceptation qui n'est pas celle imagée de la courtoisie amoureuse, mais réellement en jeu pour l'amoureux haï.
Poème de Bartolomeo Gottifredi.

Comme une implacable machine, les voix se mêlent en mouvements presques fugués, contraires descendants et ascendants pour concourir pendant toute la première partie à scander la résolution du jeune homme en une plainte douloureuse qui pourrait faire fléchir le coeur sévère.

Puis Ben morrei... le climat change, tout s'arrête, la mort devient l'issue attendue, elle pourrait même être une joie, le mot spento "éteint" est répété, détaché, entendu et accepté.

Les deux derniers vers comme une lente lamentation déchirante en un mouvement descendant et dans des dissonances discrètes évoquent presque une marche funèbre. Une lumière sur le mot piétà par une tierce majeure de la soprano comme de l'accord final sur morte.

Non m'è grave il morire,
Donna, per aquetar vostro desire,

Anzi il viver m'annoia,
Sapendo esser voler vostro ch'io moia.

Ben morrei più contento,
S'io fossi inanzi a voi di vita spento,

E vi vedessi a sorte
Lagrimar per pietà de la mia morte.



Peu m'importe de mourire,
Ma Dame pour apaiser votre désir

Car vivre m'ennuie
Sachant que votre seul vouloir est que je meure.

Je mourrai bien plus heureux
Si étendu devant vous, ma vie éteinte,

J'avais la chance de vous voir
Pleurer par pitié sur ma mort.
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptyMar 19 Juin 2007 - 1:47

Une élégante conclusion pour le dernier madrigal. Monteverdi en un clin d'oeil en hommage à ses maîtres franco-flamands nous offre une pièce qui pourrait être issue du début du siècle. L'allusion au passé du madrigal est renforcée par le texte de Pietro Bembo "Cantai un tempo": Il fut un temps où je chantais.

Le ténor en bon berger de l'Ars nova conduit les voix en se démarquant à peine.

Belle polyphonie classique qui vient refermer ce recueil riche de toutes les modernités, les inventions en gésine qui vont bouleverser le siècle à venir et déclencher les foudres des conservateur dont Artusi quelques années plus tard.

Cantai un tempo, e se fu dolce il canto
Questo mi tacero, ch'altri il sentiva;
Hor è ben giont'ogni mia fest'a riva,
Et ogni mio piacer rivolti'in pianto.

O fortunato chi raffren'in tanto
Il suo desio, che riposato viva !
Di riposo e di pac'il mio mi priva:
Cosi va, chi in altrui pon fede tanto.


Il fut un temps où je chantais et ce fut un chant bien doux
Que je tais désormais car d'autres l'entendent.
Il est l'heure où ma joie touche au rivage
Où tous mes plaisirs se changent en plainte.

Ô bienheureux celui qui sait retenir
Son désir, quelle paix il connaît !
De repos et de paix le mien m'a privé:
Ainsi va celui qui à l'autre s'est trop offert.
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptyJeu 21 Juin 2007 - 17:46

vartan a écrit:
I° Livre de madrigaux à 5 voix (1587, publié à Venise).

Ardo si, ma non t'amo est un exercice de polyphonie classique qui semble relever en clin d'oeil un madrigal d'Ingegneri dont le thème inversé permet à Claudio d'étaler son savoir-faire.

Je ne connais malheureusement pas le triptyque de madrigaux qui closent ce recueil d'après un texte du Tasse (pas enregistré je crois).
EDIT: erreur ! Enregistré confidentiellement je l'ai retrouvé dans mes vieilleries.
Trois brefs madrigaut très déclamatoires qui reprennent une poésie de Guarini (mis en musique dans ce même recueilArdo si, ma non t'amo) que le Tasse parodie. Monteverdi renvoit cette parodie en utilisant le même thème dans les deux pièces.

je pense que ce sont les trois madrigaux enregistrés par Alessandrini dans son disque de 1989 sur les textes du Tasse chez Tactus/classic collection?
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptyJeu 21 Juin 2007 - 17:54

vartan a écrit:
Le n° 14 Ecco mormorar l'onde du Tasse.

Les madrigalismes (figuralismes et mélismes) peignent avec sûreté la vitalité d'une nature foisonnante. Loin des scènes pastorales compassées et antiquisantes de nombre de ses contemporains de poètes, la fraicheur de ces vers est incroyable. Monteverdi s'en empare avec joie, des duos presque, avec des passages où les pupitres se séparent (hommes et femmes).


Ecco mormorar l'onde
E tremolar le fronde

A l'aura matutina e gli arborscelli,
E sovra i verdi rami i vaghi augelli

Cantar soavemente,
E rider l'oriente.

Ecco già l'alba appare
E si specchia nel mare,

E rasserena il cielo,
E imperl'il dolce gielo,

E gli alti monti indora.
Oh bella e vag'aurora,

L'aura è tua messaggiera, e tu de l'aura
Ch'ogni arso cor ristaura !




Ainsi murmure l'onde
Et frémissent les frondaisons.

Dans la brise matutinale, sur les verts rameaux
Des arbrisseaux, les charmants oiseaux

Pépient tendrement alors que
L'Orient se met à sourire.

Déjà l'aube paraît
Et se reflète dans la mer,

Rassure les cieux
Et transforme le tendre gel en rosée,

Dore les hauts sommets.
Ô belle et tendre Aurore,

La brise est ta messagère et toi, celle qui
Apaise enfin les coeurs ardents.

j'aime beacoup dans ce madrigal le disque septuagénaire de N. Boulanger…
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptyJeu 21 Juin 2007 - 19:58

supernova a écrit:


je pense que ce sont les trois madrigaux enregistrés par Alessandrini dans son disque de 1989 sur les textes du Tasse chez Tactus/classic collection?

Oui, mais que j'ai dans un coffret Monteverdi chez Brilliant.
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptyJeu 21 Juin 2007 - 19:58

supernova a écrit:


j'aime beacoup dans ce madrigal le disque septuagénaire de N. Boulanger…

Connais de réputation seulement.
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptyVen 22 Juin 2007 - 1:04

Troisième Livre de Madrigaux à Cinq voix (1592)

Monteverdi a 25 ans. Il est auservice des Gonzague de Mantoue. Il accède ainsi à la notoriété, celle d'un musicien de la cour d'Italie la plus raffinée en matière de musique de cour. Rappelez-vous Isabelle d'Este qui avait fondé dans cette même ville lo studiolo, camerata expérimentale d'où s'est dégagé le premier madrigal. Monteverdi n'est encore que gambiste et chanteur.

Ce troisième livre paraît le 27 juin 1592 à Venise, imprimé par les bons soins de Ricciardo Amadino. Ce recueil est réédité sept ou huit fois durant les trente années qui suivent, ce qui est exceptionnel pour l'époque (pas le nombre mais la durée du succès de cette musique). On trouvera ces rééditions aussi loin que la France (Lyon je crois), l'Allemagne du sud ou les Pays-Bas (Anvers).

Monteverdi va passer une vingtaine d'années à Mantoue. C'est le célèbre Giaches de Wert qui dirige la chapelle mantouane. Le maître de Monteverdi (le Duc) sera un prince exigeant, tracassier avec celui dont l'étoile montante sera bientôt connu de toute l'Italie (le madrigal reste un genre populaire malgré tout). Cette cour a repris le flambeau des Este de Ferrare dont la maison disparaît de cette cité faute de descendants.
S'y croise tout le gratin des poètes, des architectes et des peintres de l'époque: Rubens, De Wert, Le Tasse, Guarini, Rinuccini, les trois derniers étant les poètes les plus chéris de Monteverdi qui accompagneront de leurs vers Claudio toute sa vie. Une autre histoire commence ici que nous nous garderons de raconter de peur de n'en plus finir, celle de l'opéra. Le duc assiste à Florence aux festivités du mariage de Ferdinad de Medicis et de Christine de Lorraine. Les Intermèdes de la Pellegrina y sont donnés. Dès son retour, le duc ordonne la construction d'un théatre à machinerie pour faire jouer ces premières ébauches de spectacle mélodramatique. On sait dans quelle aventure va se retrouver Monteverdi qui va suivre les goûts extravagants de son seigneur. Orfeo en sortira dans une quinzaine d'années...


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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptyVen 22 Juin 2007 - 1:41

Revenons à nos moutons...
Trois postes s'offrent aux musiciens importants à Mantoue:
- La Chapelle du Duomo, tenue par Baccusi puis reprise par da Viadana
- L'église palatine Santa Barbara, tenue par Giaches de Wert qui y fera nommer Gastoldi.
- La Chapelle ducale, poste le plus convoité en raison des moyens qui lui sont attribués ("Choeur de 6 ou 7 violes, violon "alla francese", trombes, cornetti, flûtes , luths, épinette et organo di legno..."), tenue par de Wert assisté de Pallaviccino.

Monteverdi collabore avec tous et aussi les artistes de passage (Marenzio et Lassus pour n'évoquer que les plus connus).

Son labeur est énorme pour 12 écus par mois: service courant des offices, concerts à la chambre, fêtes exceptionnelles et fréquentes, concerts de diletanti... ce qui ne l'empêche pas de travailler à ses madrigaux qu'il dédie à son maître le duc de Mantoue.

Le style de ces madrigaux devient plus sérieux. Seuls deux madrigaux sur les quinze sentent leur canzonetta (La giovinetta pianta et Sovra tenere erbette).

Guarini surtout (neuf pièces) contre deux du Tasse (mais très longues) qui sont extraites de la Jerusalem délivrée. La première c'est Armide (la même que celle de Lully ou celle de Gluck), abandonnée par Renaud, elle se meurt, s'emporte, la deuxième pièce du Tasse c'est Tancrède et Clorinda qui servira des décennies plus tard à Monteverdi pour le fabuleux Combattimento du livre VIII, Tancredi se lamente, meurtrier qu'il est de son amante qu'il n'avait pas reconnue.

La poésie de Guarini est elle-aussi tourmentée mais avec plus de mesure que la desespérance du Tasse, très délicate.

Ce recueil est tourné clairement vers le départ, le deuil, la déploration (partenza, lamenti).

Le travail prosodique est encore plus approfondi dans chacune de ces miniatures dont l'originalité individuelle s'accentue encore. La particularité ici, c'est l'essai de la monodie dans nombre de ces pièces, un style déclamatoire plus libre souvent en début de madrigal, totalement compréhensible, parfois parlando. Le rythme s'en trouve libéré, plus coloré, une nouvelle respiration se fait sentir.

En quelques années Monteverde a pondu ces trois premiers livres. Il a fait ses armes, est devenu l'égal de ses pairs. Il attendra onze années avant de produire le volume IV. Mais il ne faut pas croire qu'il s'agisse d'un travail ponctuel, ces livres sont constitués au cours de plusieurs années, chaque madrigal est testé en cénacles privés, retravaillés parfois pendant des années. La parution d'un livre vient couronner le travail constant d'années de recherches. On pense que Monteverdi en a écrit beaucoup plus, ceux qu'il a publiés sont donc une collection spécialement choisie, una raccolta.
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptyVen 22 Juin 2007 - 2:07

Ces madrigaux:
(je vous proposerai la traduction des titres en gras)

1- La giovinetta pianta
2- O come gran martire (Guarini)
3- Sovra tenere herbette
4- O dolce anima mia (Guarini)
5- Stracciami pur il core (Guarini)
6- O rossignuol ch'in queste verdi fronde (Bembo)
7- Se per estremo ardore (Guarini)
8- Vattene pur crudel (1) - Là tra'l sangu'e le morti (2) - Poi ch'ella in sè torno (3) (Torquato Tasso)
9- O primavera gioventù dell'anno (Guarini)
10- Perfidissimo volto (Guarini)
11- Ch'io non t'ami cor mio (Guarini)
12- Occhi un tempo, mia vita (Guarini)
13- Vivro fra i miei tormenti (1) - Ma dove o lasso me (2) - Io pur verro là dove siete (3) (Torquato Tasso)
14- Lumi miei, cari lumi (Guarini)
15- Rimanti in pace (1) - Ond'ei di morte la sua faccia impresa disse (2) (Celiano alias Grillo)
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptyVen 22 Juin 2007 - 2:36

Merci encore vartan pour ton travail passionnant. Je ne connais pas encore le Troisième livre mais ton texte donne vraiment envie de remédier à cette lacune au plus vite. Vu que je possède déjà presque tout ses enregistrements Monteverdi pour Opus111/Naïve, j'attendais particulièrement la version d'Alessandrini, mais je ne sais pas si elle arrivera un jour... En attendant, qu'est ce tu conseilles pour découvrir ce Livre: Rooney (pas de texte donc...), le disque Naxos (textes ?), la Venexiana ?
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptyVen 22 Juin 2007 - 2:58

adriaticoboy a écrit:
j'attendais particulièrement la version d'Alessandrini, mais je ne sais pas si elle arrivera un jour... En attendant, qu'est ce tu conseilles pour découvrir ce Livre: Rooney (pas de texte donc...), le disque Naxos (textes ?), la Venexiana ?

Ah là là, cette jeunesse, qu'elle impatience ! Mr. Green

Non, Alessandrini risque de ne jamais l'enregistrer, il a déclaré à plusieurs reprises qu'il n'enregistrait que ses préférés livres et qu'il était contre le principe des intégrales. Il a même réenregistré le livre VIII !

Mais La Venexiana est tout à fait valable ici, un beau disque. (et une belle pochette de Venus au miroir du Tintoret)

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 41YB2S0H1DL._



Rooley, il faudra que je réécoute, pas entendu depuis longtemps, mais j'ai à l'époque préféré La V.
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptyVen 22 Juin 2007 - 3:19

vartan a écrit:
adriaticoboy a écrit:
j'attendais particulièrement la version d'Alessandrini, mais je ne sais pas si elle arrivera un jour... En attendant, qu'est ce tu conseilles pour découvrir ce Livre: Rooney (pas de texte donc...), le disque Naxos (textes ?), la Venexiana ?

Ah là là, cette jeunesse, qu'elle impatience ! Mr. Green
Oui, je suis désolé d'avoir interrompu ton exposé. Embarassed
Je devrais pourtant bien savoir qu'on ne dérange le maître pour lui poser des questions qu'une fois la leçon terminée! J'essaierai de me retenir la prochaine fois!
En tout cas, merci pour le conseil discographique! Wink
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptyVen 22 Juin 2007 - 8:21

adriaticoboy a écrit:

Oui, je suis désolé d'avoir interrompu ton exposé. Embarassed
Je devrais pourtant bien savoir qu'on ne dérange le maître pour lui poser des questions qu'une fois la leçon terminée! J'essaierai de me retenir la prochaine fois!
En tout cas, merci pour le conseil discographique! Wink

Oui !

Adriaticoboy fouet
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptyVen 22 Juin 2007 - 8:23

adriaticoboy a écrit:

Je devrais pourtant bien savoir qu'on ne dérange le maître pour lui poser des questions qu'une fois la leçon terminée!

Euh... ce topic est bien lu visiblement, mais peu osent y intervenir, il ne faut pas hésiter pourtant, c'est fait pour.
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptyMar 26 Juin 2007 - 13:39

Comme pour le livre II, je vous propose ma traduction maison. C'est difficile, la poésie guarnerienne et du Tasse (moins) est suggestive, des mots juxtaposés donnent un sens pas toujours clair, un flou parfois artistique, quoi.
J'ai essayé de privilégier le sens sur la poésie, n'étant pas doué en la matière, veuillez excuser les tournures un peu lourdes. J'ai pu me tromper, n'hésitez pas à proposer d'autres interprétations.

2- O come è gran martire

O come gran martire
A celar suo desire,
Quando con pura fede
S'ama chi non se 'l crede.
O soave mio ardore,
O giusto mio desio,
S'ognun ama il suo core,
E voi sete il cor mio,
All'hor non fia ch'io v'ami
Quando sarà che viver più non brami.


Oh comme est grande la souffrance
De dissimuler son désir
Quand avec la plus grande fidélité
On aime celui (celle) qui ne le croit.
Oh, qu'est douce mon ardeur,
Et sincère mon désir.
Si chacun aime son coeur,
Et que vous êtes mon coeur,
A l'heure où je ne vous aimerais plus,
c'est que mon désir de vivre sera éteint.

Beau madrigal dans la lignée de l'école de Ferrare et de son Concerto delle Donne. Simple, retenu, avec ses délicats chromatismes, son lyrisme contenu par des entrées en imitationqu'on retrouve à travers toute la pièce.


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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptyMar 26 Juin 2007 - 14:34

vartan a écrit:
Euh... ce topic est bien lu visiblement, mais peu osent y intervenir, il ne faut pas hésiter pourtant, c'est fait pour.
Bon dans ce cas j'y vais de ma petite contribution Very Happy :

adriaticoboy a écrit:
Merci encore vartan pour ton travail passionnant. Je ne connais pas encore le Troisième livre (...) j'attendais particulièrement la version d'Alessandrini, mais je ne sais pas si elle arrivera un jour...

vartan a écrit:
Non, Alessandrini risque de ne jamais l'enregistrer (...)
Voilà... juste pour signaler qu'Alessandrini a quand même enregistré quelques madrigaux du livre III :

Io pur verro
La Tra'l sangue
Ma dove o lasso me
Poi ch'ella in se torno
Vattene pur crudel
Vivro fra i miei


Ça se trouve sur un CD Tactus intitulé MADRIGALI SUI TESTI DEL TASSO avec d'autres madrigaux des livres I, II et IV :

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 561303xr8


Bon c'était juste pour dire quelque chose... Cool Laughing

Sinon dernière chose : impeccable ce sujet Wink ! Très instructif, merci vartan

cool-blue
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptyMer 27 Juin 2007 - 0:43

Excellente intervention, Philippe ! Mr. Green
J'oublie régulièrement ce bon disque maintenant disponible chez Brilliant.
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptyMer 27 Juin 2007 - 1:28

Tendresse, sensualité et érotisme torride. Mais aussi fraicheur pour ce madrigal qui reste dans le ton de la canzonetta.
Le dialogue entre voix féminines et masculines renforce le jeu de séduction, objet de ce poème. Tout s'allanguit tendrement sur "morirmi anch'io" !


3- Sovra tenere erbette e bianchi fiori (ca chauffe avec celui-ci !)

Sovra tenere erbette e bianchi fiori
Stava Filli sedendo
Ne l'ombra d'un alloro,
Quando li dissi: "Cara Filli io moro".
Ed ella a me, volgendo
Vergognosetta il viso,
Freno frangendo fra les rose il riso,
Che per gioia del core
Credo ne trasse amore;
Onde lieta mi disse:
"Baciami Tirso mio
Che per desir sento morirmi anch'io."


Sur l'herbe tendre piquée de blanches fleurs,
Se tenait Phyllis assise
A l'ombre du laurier,
Je lui dis: "Phyllis adorée, je meurs".
Et elle, tendant vers moi
Chastement son visage,
Retenant un sourire, entre deux lèvres de roses,
Qui pour la joie du coeur
Fait éclore l'amour;
Emportée elle me dit:
"Embrasse-moi mon Tirsi
Car je me sens mourir de désir moi aussi."


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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptyMer 27 Juin 2007 - 1:41

D'emblée, le chromatisme appuyé et l'art polyphonique virtuose dela fin contrastant avec le style concertant de certains passage, la déclamation du premier vers, la tonalité tirant vers le mineur surprennent. Une telle débauche technique sur un poème un peu faible et au ton léger (les jeux de mots sur les "feux de l'amour" ! hehe


7- Per estreme ardore (Là ça brule)

Per estreme ardore
Morir potesse un core
Saria ben arso il mio,
Fra tant'incendio rio;
Ma come salamandra nel mio foco,
Vivo per la mia donna in festa e'n gioco,
E se m'avvien tal'hora
Che per dolcezza i' mora,
Mercé d'Amor, risorgo qual Fenice
Sol per viver ardendo ogn'hor felice.


Si par extrême ardeur
Un coeur pouvait mourir,
Le mien serait tellement brûlant
Qu'il propagerait mille incendies.
Mais comme la salamandre dans mon brasier
Je vis pour ma Dame en fêtes et en jeux.
Qu'il advienne alors
Que par ces douceurs je meure,
Alors grâce à Amour, je renaîtrai tel Phenix
Pour vivre ardemment chaque heure, bienheureux.


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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptyMer 27 Juin 2007 - 13:09

Pour ce superbe tryptique, la poésie du Tasse, transfixiante, se fait habiller par tout un jeu virtuose et pertinent de chromatismes, d'intervalles "impies" dès le début de la pièce.

Dans le deuxième paragraphe, d'étranges descentes essoufflées "Or qui manco lo spirto" mêlent habillement travail chromatique et madrigalisme classique (le halètement des voix).

Dans le troisième, les voix détachées commes isolées (l'abandon du poème), l'homorythmie relative, l'inquiétude voire l'affolement, l'angoisse du vers répété comme obsédant "Ito se n'è pur", tous les moyens sont à l'oeuvre pour nous plonger dans l'affliction.

8- Vattene per crudel

"Vattene per crudel,
Con quella pace
Che lasci a me; vattene, iniquo, omai.
Me tosto ignudo spirto, ombra seguace
Indivisibilmente a tergo avrai.
Nova furia, co' serpi e con la face
Tanto t'agitero quanto t'amai.
E s'è destin ch'esca del mar, che schivi
Gli scogli e l'onde e che a la pugna arrivi,

Là tra 'l sangue e le morti egro giacente
Mi pagherai le pene, empio guerriero.
Per nome Armida chiamerai sovente
Ne gli ultimi singulti: udir cio spero."
Or qui manco lo spirto a la dolente,
Né quest'ultimo suono espresse intero;
E cadde tramorti e si diffuse
Di gelato sudore, e i lumi chiuse.

Per ch'ella in se torno, deserto e muto
Quanto mirar potè d'intorno scorse.
"Ito se n'è pur", disse, "ed ha potuto
Me qui lasciar de la mia vita in forse ?
Né un momento indugio, né un breve aiuto
Nel caso estremo il traditor mi porse ?
Ed in pur ancor l'amo, e in questo lido
Invendicata ancor piango e m'assido ?"



"Va-t-en donc, cruel,
Et me laisse en paix.
Va-t-en ingrat.
Bientôt je serai un pur esprit, une ombre tenace
Qui te suivra sans repos,
Nouvelle furie, avec serpes et faux
Je te tourmenterai autant que je t'aime
Et si du sort que peut te réserver la mer, tu réchappes
Des écueils et des flots et que tu gagne la bataille,

Là entre le sang et les morts, gisant et faible,
Tu paieras pour mes peines, guerrier impie.
Le nom d'Armide, souvent tu clameras
Dans tes ultimes sanglots. Voilà ce que j'espère !"
Or ici le souffle manque à la dolente,
Dans cette dernière parole qui reste etouffée.
Elle tomba mourrante et
Glacée de sueur,
Les yeux éteints.

Quand elle revint à elle, seul le désert et le silence
Habitait le regard qu'elle portait alentours.
"Il n'est donc plus là" dit-elle,"il a pu
M'abandonner en me laissant la vie ?
Sans m'attendre, sans me porter secours
Dans ce péril extrême le traitre me laisse.
Et pourtant que je l'aime encore et sur ces rives,
Bafouée, je reste pourtant là, éplorée."
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptyMer 27 Juin 2007 - 13:31

11- Ch'io non t'ami cor mio ?

A nouveau la tendresse des douces volutes interrogatives de l'amant, l'euphonie de sa confession amoreuse relayée par l'autonomisation de groupes de voix masculines et féminines encore, les soupirs qui maintiennent une certaine homorythmie. Les moyens expressifs restent discrets.
La délicatesse extrême avec laquelle sont conduites les voix sur les deux derniers vers, la durée inattendue de ce développement final, comme l'impossibilité pour l'amant d'abandonner si tôt le plaisir de chanter la sincérité et la puissance de son amour, nous plongent (enfin moi tout au moins Mr. Green) dans un grand bonheur !

Ch'io non t'ami cor mio ?
Ch'io non sia la tua vita, e tu la mia ?
Che per novo desio
E per nova speranza i' t'abbandoni ?
Prima che questo sia
Morte non mi perdoni;
Ma se tu sei quel cor'onde la vita
M'è si dolce e gradita,
Fonte d'ogni mio be, d'ogni desire,
Come poss'io lasciarti e non morire ?



Pourquoi est-ce que je t'aime mon coeur ?
Pourquoi suis-je ta vie et toi la mienne ?
Pourquoi est-ce que je ne t'abandonne pas pour un nouveau désir
Une nouvelle espérance ?
Avant que cela soit,
Que la mort m'emporte.
Mais comme tu es ce coeur qui fait ma vie
Si douce et bienheureuse,
Source de tout bonheur, de tout désir,
Comment pourrais-je te laisser sans en mourir ?
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptyMer 27 Juin 2007 - 13:41

12- Occhi un tempo mia vita

Occhi un tempo mia vita
Occhi di questo cor, fido sostegno,
Voi mi negate, ahimè, l'usata aita.
Tempo è ben di morire:
A che più tardo ?
A che torcete il guardo ?
Forse per non mirar come v'doro ?
Mirate almen ch'io moro !


Yeux, un temps ma vie.
Yeux de ce coeur, soutien fidèle
Vous me déniez, hélas, le secours ancien.
Le temps est bien celui de mourir,
Pourquoi tarder ?
Pourquoi détournez-vous le regard ?
Peut-être pour ne pas voir combien je vous adore ?
Regardez quand même combien je meurs.
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptyMer 27 Juin 2007 - 14:19

vartan a écrit:
Yeux, un temps ma vie.
Yeux de ce coeur, soutien fidèle
Vous me déniez, hélas, le secours ancien.
Le temps est bien celui de mourir,
Pourquoi tarder ?
Pourquoi détournez-vous le regard ?
Peut-être pour ne pas voir combien je vous adore ?
Regardez quand même combien je meurs.

Y'a pas à dire, tes traducs sont bien meilleures que celles de Babel Fish Mr. Green

Citation :
Yeux un temps ma vie
Yeux de ceci cor, j'ai confiance du soutien,
Vous me niez, ahimè, employée aita.
Temps est bien de mourir :
À que plus je tarde ?
À que vous tordez regarde-je ?
Peut-être pour ne pas viser comme v'je dore ?
Visées almen que je moro !

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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptyMer 27 Juin 2007 - 14:25

Philippe a écrit:
Citation :
À que plus je tarde ?
À que vous tordez regarde-je ?

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C'est une traduction de Johnny Halliday lol!
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptyMer 27 Juin 2007 - 17:56

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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptyMer 27 Juin 2007 - 21:06

steph-libouton a écrit:
Philippe a écrit:
Citation :
À que plus je tarde ?
À que vous tordez regarde-je ?

Laughing

C'est une traduction de Johnny Halliday lol!

lol!

Il a dû se faire aider par Jean-Claude Vandamme. Vive la Belgique ! Mr. Green
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptyJeu 28 Juin 2007 - 1:22

15- Rimanti in pace

Poème ici en deux parties. Mis également en musique par Marenzio.
Terriblement pathétique. La souffrance de la séparation, la partenza, dans toute la splendeur du chromatisme dont est capable Monteverdi à cette époque. Une des plus belles pièces de ce recueil.

"Rimanti in pace", a la dolente e bella
Filide Tirsi sospirando disse.
"Rimanti, io me ne vo; tal mi prescrisse
legge, empio fato, aspre sorte e rubella."
Ed ella, ora dal l'una a altra stella,
Stillando amaro umore, i lumi afisse
Nei lumi del suo Tirsi, e gli trafisse
Il cordi pietosissime quadrella.


Ond'ei di morte la sua faccia impressa
Disse: "Ahi come n'adro senza il mio sole
Di martir in martir, di doglie in doglie."
Ed ella, da singhiozzi e pianti oppressa,
Fievolmente formo queste parole:
"Deh, cara anima mia, chi mi toglie."


"Repose en paix" dit à la belle et douce
Phyllis, Tirsi, en soupirant.
"Reste, je dois m'en aller, tel me l'ordonnent
La loi, le destin impie, le sort âpre et cruel"
Et elle, dans l'instant, de l'une et l'autre de ses prunelles (ou étoiles)
Distillants une lumière farouche, ses yeux plongent
Dans ceux de son Tirsi, et lui transpercent
Le coeur, d'une volée de flèches d'amour.

Tandis que la vie refluait de son visage,
Il lui dit: "Hélas, comment partir sans mon soleil,
De souffrance en souffrance, de deuil en deuil."
Et elle, de sanglots en plaintes, accablée,
Faiblement elle formula ces paroles:
"Ah, ma chère âme, qui t'enlève à moi ?"
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptyJeu 28 Juin 2007 - 23:36

Et pour augmenter un peu la faible discographie facilement disponible, la version Rooley reste tout à fait bonne, privilégiant un peu plus la beauté vocale au détriment (léger) d'une précision stylistique et polyphonique. Mais très engagé, du bonheur aussi.
D'ailleurs les voix chez Alessandrini ne sont pas ici au mieux de leur forme même si l'interprétation me semble la plus percutante.
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptyVen 29 Juin 2007 - 1:22

Quatrième livre de madrigaux à cinq voix (1603)

Tout a changé, le monde n'est plus le même, une aube nouvelle se lève sur cette pauvre humanité qui vivait, ou survivait plutôt, sans connaître les bienfaits universels de l'Opéra.

En effet, le drame lyrique est né à Florence le 6 octobre 1600 avec l'Eurydice de Peri. L'enfant se porte bien, la fête bat son plein à l'occasion du mariage de Henry IV, roi des Francs (et de la Navarre) avec Marie de Medicis.

Le livret est de Rinuccini, nom d'importance qui réapparaîtra souvent dans l'histoire du madrigal monteverdien. Un de ses poème est mis en musique dans ce livre IV.

Peu de temps après cette bombe qui fit dès l'époque l'impression d'une révolution qui lancera tout le nord de l'Italie dans l'expérimentation du genre.

Nous voici donc à l'époque de la rupture qui marque l'entrée de la musique presque officiellement dans l'ère baroque. La réaction ne tarde pas à se faire entendre.

Une des premières querelles entre les anciens et les modernes éclate avec publicité.


Dernière édition par le Sam 30 Juin 2007 - 8:45, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptyVen 29 Juin 2007 - 2:00

Giovanni Maria Artusi, chanoine de Bologne, tâcheron musicien auteur de pages que d'aucuns décrivent comme figées dans le style polyphonique ancien et peu inspirées, a eu vent de l'audition en comité privé chez un noble de Ferrare, en 1598, de madrigaux de Monteverdi qui seront plus tard inclus dans le Livre IV et V.

Artusi va faire imprimer en 1600 à Venise: L'Artusi ou les imperfections de la musique moderne. !!! Tout est dit avec provocation dans le titre.
Sous la forme d'un dialogue, les madrigaux de Monteverdi sont attaqués sous la forme d'exemple d'erreurs à ne pas commettre.
Deux madrigaux sont visés:

Le dyptique: Anima mia perdonna - Che se tu se il cor mio du livre IV
Et Cruda Amarilli, premier madrigal du livre V pour ses audaces harmoniques et ses dissonances sans résolution. On en reparlera.

"Les nouvelles règles qui sont maintenant en usage et les nouveaux modes qui en découlent font que la musique moderne est désagréable à l'oreille... harmonies insupportables aux sens... blessent l'ouïe... mélange de sons... Fautes qui sauteraient aux yeux d'un enfant... et insulte suprême: l'auteur ne tient aucun compte des saints principes ayant trait à la mesure et au but de la musique."

Les saints principes ! L'académie érige les règles polyphoniques comme parole divine gravée par Moïse avec les Tables de la Loi.
L'opuscule a du succès semble-t-il... et le troisième livre de Monteverdi le dernier paru aussi pour le coup. Une quatrième réédition est en cours et ce scandale en fait un réel succès d'édition.

On retrouve ces accusations en 1600 comme en 1900 ou en 2000. La nouveauté, la modernité choque les oreilles confites dans l'habitude et le ronronnement décoratif d'harmonies convenues. Webern, Debussy, Rameau, Stravinsky ont eu à essuyer ce genre d'attaque (et continuent de les recevoir).

Il est évident qu'à partir du Livre IV Monteverdi avance à pas de géants, l'évolution entre chacun des cinq derniers livres est stupéfiante, tout le monde ne suit pas.

Monteverdi ne réplique pas frontalement. Certes l'Italie est un pays civilisé où les récalcitrants tâtent plus rarement du bûcher qu'en France ou dans les états germaniques. Mais s'engager dans cette "dispute" avec un prélat n'est pas chose sans danger. L'Italie du nord jouit cependant d'une très grande liberté et les instances pontificales ont le bon goût de ne pas se mêler d'art d'autant plus qu'elles ne sont pas blanc-bleu dans l'affaire. On aime la musique aussi au Vatican et pas les vieilleries: Emilio 'de Cavalieri ne vient-il pas de créer avec un immense bonheur l'Oratorio la Sacra Rappresentatione di Anima, et di Corpo dans le style florentin ?

Personnellement ce qui me stupéfie c'est l'érotisme parfois limite classé X de certains madrigaux, jeux de mots jouant sur la confusion entre vocabulaires courtois et d'alcove, musique d'une telle précision suggestive autour des "transports" amoureux (Si ch'io vorrei morire par exemple) qu'on se demande comment Artusi se trouvait plus choqué par quelques dissonances et pas par le contenu de cette musique, à moins qu'il soit un peu sourd ?

Ce sont les partitions de Monteverdi qui répondent le mieux à Artusi. Le IV° livre sort et fait de Monteverdi alors le compositeur le plus estimé de toute la péninsule. L'affaire est close.
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptySam 30 Juin 2007 - 0:35

1601. Pallavicino meurt. Ne faisons pas semblant d'être tristes. Aussitôt Monteverdi Montocreneau et se porte candidat à sa succession.
1602 c'est chose faite: il devient chef de la musique de cour.

Il est aussitôt surchargé de travail: ballets, comédies, récitals pour viole, musique de chambre et d'église. Il assume toutes ces tâches avec courage même s'il se dit parfois au bord de la mort et sans sommeil. Il collabore avec le maître de chapelle du Duomo, Lodovico da Viandana, pionnier du style concertant en Italie et premier utilisateur de la basse chiffrée. A ce poste il peut recruter les instrumentistes qui lui permettent de ne pas borner ses exigences et son inspiration. Cette phalange virtuose lui permettra de composer l'Orfeo cinq ans plus tard avec un instrumentarium riche et de ne pas devoir limiter son écriture.

Le 10 avril 1602 il est fait Mantouan et... rédige une longue lettre pour réclamer ses émoluments qui ne lui sont pas versés depuis des mois. Problème qui reviendra souvent obligeant même sa femme à le quitter pour retourner vivre chez son père et lui-même à emprunter régulièrement. Ces tracasseries seront un important point de discorde avec le Duc et le coup de pouce qui décidera Monteverdi à quitter Mantoue pour Venise.

Il a 34 ans. Il fait publier dans la Serenissime le quatrième livre de madrigaux aux bons soins de Ricciardo Amadino. Cette publication onze ans après la dernière est la réponse chantante aux attaques d'Artusi qui le pourfendait à cause de ces "accords de 7° et 9° scandaleux et contraires aux usages établis" !. pété de rire

Comme pour le précédent livre, celui-ci est le plus grand succès d'édtion musicale de l'année et sera l'objet de multiples rééditions tant à Venise qu'en Flandres, en Angleterre (sous forme de mélanges de madrigaux du temps).

Il sort des presses le 1° mars 1603 et est dédié " à l'Académie des Intrepidi de Ferrare" cénacle de nobles lettrés, poètes et musiciens ferrarais parmi lesquels Monteverdi compte tant d'amis qui sauront soutenir son travail, lui passer commandes et proposer des poèmes à mettre en musique.

Dix neuf pièces soit 20 madrigaux (le sixième étant découpé en deux parties).
A la différence des Florentins dont les recherches tout en aboutissant s'éssoufflent, Monteverdi ne cherche pas à faire table rase du passé polyphonique mais à y introduire toutes les possibilités expressives qui sont déjà à sa portée mais en poussant plus loin le bouchon, jusqu'à ce qu'immanquablement il fasse éclater la forme pour avoir voulu développer et enrichir le fond. Il même savoir-faire technique parfait avec un sens mélodramatique nouveau qui font de chacun de ces madrigaux des perles prébaroques, et baroques pour certaines d'entre elles, toutes différentes où chaque question poétique sera résolue musicalement de façon unique.

Le genre va bien à sa perte et Artusi a raison quand il accuse Monteverdi de scier la branche sur laquelle il est assis. Mais Monteverdi a assez de génie pour créer du nouveau en remplacement de l'ancien. Ce qui est assez rare, à l'opposé de tant de domaines artistiques, c'est qu'ici ce genre polyphonique ne connait pas de décadence, d'affadissement mais est transcendé par une nouvelle pratique, un nouveau projet, un nouvel idéal. La Renaissance ensemence l'ère baroque sans transition véritablement perceptible. Pas de manifeste qui signe indubitablement cette évolution, tout un tas de petits changements qui s'amorcent et se fondent dans les années 1600-1610.

L'introduction de la basse continue, les tonalités mineures et majeures plus nettes, la monodie que l'on entend de plus en plus fréquemment, le style déclamatoire qui augmente l'expressivité du chant... Tous ceci est bien en germe dans ce livre IV et sera totalement développé dès le livre V. Mais on verra plus tard.
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptySam 30 Juin 2007 - 0:47

Un petit break avec une bonne recette de Tiramisù, ce qui peut se traduire par "emmène moi au septième ciel". Là aussi le fond rejoint la forme.

http://daniele-pasticcere.blogspot.com/search/label/savoiardi
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptySam 30 Juin 2007 - 1:01

Misère, ces traductions !! Bravo, belles en plus.
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptySam 30 Juin 2007 - 1:04

DavidLeMarrec a écrit:
Misère, ces traductions !! Bravo, belles en plus.

Non, ne me dis pas ça, je vais fondre. Embarassed
Il y a des passages que je n'aime pas, impossible de rendre la fluidité et la simplicité des mots italiens juxtaposés. Mais j'ai essayé parce que les versions traduites dans les livrets ne mes semblent pas toujours correctes.
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptySam 30 Juin 2007 - 1:09

Non, c'est fidèle et assez naturel. Vraiment, on ne peut pas dire que tu te noies dans ces traduction ni que tu boives la tasse.
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptySam 30 Juin 2007 - 1:12

DavidLeMarrec a écrit:
Non, c'est fidèle et assez naturel. Vraiment, on ne peut pas dire que tu te noies dans ces traduction ni que tu boives la tasse.

Tant mieux, merci. Et c'est très agréable de faire ça même si ce n'est pas terrible. Je trouve qu'on pénètre encore mieux le sens du poème à le décortiquer.
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DavidLeMarrec
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptySam 30 Juin 2007 - 1:14

Je suis en train de lire les trois Tasse restants du livre III... c'est de la bien belle langue, avec des allitérations difficiles à rendre.
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MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 3 EmptySam 30 Juin 2007 - 1:23

Oui, c'est particulièrement vif et touchant. On quitte la beauté plastique de la Renaissance, la langue est encore riche. Rien à voir je trouve avec l'Italien simplissime des livret du seria.
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