Autour de la musique classique

Le but de ce forum est d'être un espace dédié principalement à la musique classique sous toutes ses périodes, mais aussi ouvert à d'autres genres.
 
AccueilAccueil  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  Connexion  
Le Deal du moment :
Obtenez jusqu’à -50 % sur les meilleures ...
Voir le deal

 

 Le Madrigal italien (1530 - 1640)

Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2, 3, 4, 5, 6 ... 10, 11, 12  Suivant
AuteurMessage
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptyMar 30 Oct 2007 - 1:11

Finalement ce V° livre me plaît de plus en plus. Very Happy
Revenir en haut Aller en bas
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptyMar 30 Oct 2007 - 16:05

15-
Troppo ben può questo tiranno, Amore,
Perché non val fuggire
A chi no'l può soffrire.
Quand'io penso talor com'arde, e punge,
Io dico: "Ah ! Core stolto,
Non l'aspettar; che fai ?
Fuggilo sì, che non ti prenda mai."
Ma non so com'il lusinghier mi giunge,
Ch'io dico: "Ah ! Core sciolto
Perché fuggito l'hai ?
Prendilo sì che non ti fugga mai."



Qu'il est trop puissant ce tyran, Amour,
Car rien ne sert de fuir
A qui ne le peut souffrir.
Quand je songe comme il peut brûler, et transfixier,
Je me dis: "Ah, coeur changeant,
Ne l'attends pas, que fais-tu ?
Fuis-le, que jamais il ne t'attrape."
Mais je ne sais comment l'enjôleur me rejoignit
Et je me dis: "Coeur désinvolte
Pourquoi le fuyais-tu ?
Attrape-le qu'il ne t'échappe jamais plus."


Deuxième madrigal avec basse obligée de ce livre. Le ton en est changé. Le traitement des parties vocales est très solistisant. La seconda prattica, monodie et style concitato très utilisés.
Les voix sont bien individualisées et rivalisent de virtuosité, de traits ornementaux annonçant déjà les folies vocales du seria.

Le début est assez classique, la première phrase voit entrer successivement les cinq voix qui se mêlent et s'appesantissent sur Amore,puis fuggire et enfin soffrire.

Deuxième phrase, Monteverdi se lance et transgresse franchement le genre avec une sorte d'aria de la soprano à découvert, qui entre modestement puis développe deux séries de vocalises "hors style" comme qui dirait. Mr. Green
En fait il n'y a pas de vrai reprise à proprement parlé, mais la soprano redéveloppe cette phrase à la fin du madrigal.
Pour lier la sauce les autres voix viennent harmoniser et ponctuer discrètement cette déclaration esthétique. Virtuosité qui n'est pas gratuite puisqu'elle inclue des figuralismes pour rendre compte de la douleur sur arde et punge.

Les autres voix viennent répondre à cette aria en répétant par trois fois et chaque fois plus fermement par adjonction des voix dans la dernière répétition, l'ordre: Non l'apettar (ne l'attends pas)

Démarre alors une fuite sur fuggilo de toutes les voix qui cavalcadent en imitation jusqu'à l'arrêt brusque donné par la voix de soprano qui semble revenir sur sa décision.

Elle reprend son air sur Ma non so. De la même façon les autres voix viennent trois fois infirmer leur précédente décision perché fuggito l'hai (pourquoi le fuir ?)

Encore la cavalcade puis une belle entrée fuguée de toutes les voix sur... fugga. Et conclusion presque comme la polyphonie ancienne où les voix se réunissent sur la même note.

C'est un des plus beaux madrigaux de ce recueil qui symbolise l'étape qui vient d'être franchie vers une plus grande liberté vocale et, plus généralement, formelle, le madrigal cède la place à autre chose, véritable esprit baroque.
La théatralité de ces microscènes atteint un point jamais égalé. Monteverdi est prêt pour le projet qui succède à cette édition, l'Orfeo est composé deux années après la publication de ce V° livre.
Revenir en haut Aller en bas
DavidLeMarrec
Mélomane inépuisable
DavidLeMarrec

Nombre de messages : 89370
Localisation : tête de chiot
Date d'inscription : 30/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptyMar 30 Oct 2007 - 16:57

vartan a écrit:
Deuxième phrase, Monteverdi se lance et transgresse franchement le genre avec une sorte d'aria de la soprano à découvert, qui entre modestement puis développe deux séries de vocalises "hors style" comme qui dirait. Mr. Green
Chic... c'est une mission pour... SuperNatalie !


Citation :
La théatralité de ces microscènes atteint un point jamais égalé. Monteverdi est prêt pour le projet qui succède à cette édition, l'Orfeo est composé deux années après la publication de ce V° livre.
Et Monteverdi est enfin prêt pour faire sa sixième...
Revenir en haut Aller en bas
http://operacritiques.free.fr/css/
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptyMar 30 Oct 2007 - 21:30

Sa sixième, sa sixième ? Comme tu y vas ! I don't want that

je finis d'abord le V°, on verra après s'il en a écrit d'autres. Shit
Revenir en haut Aller en bas
hansi
Mélomane du dimanche


Nombre de messages : 76
Date d'inscription : 16/10/2007

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptyMar 30 Oct 2007 - 22:05

comment faire pour apprendre à aimer le madrigal italien cher vartan ? a-t-on l'équivalent en france pour comprendre mieux ce que c'est ? motet ? chant de troubadour ? j'en sais rien !
Revenir en haut Aller en bas
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptyMar 30 Oct 2007 - 23:06

hansi a écrit:
comment faire pour apprendre à aimer le madrigal italien cher vartan ?


Cher Hansi, je ne sais pas si on peutl' apprendre, ça m'a pris un jour comme ça. J'imagine que c'est comme pour les allumés du Lied, c'est un peu pathologique. Il y a tout un monde émotionnel et esthétique d'une grande richesse ici mais qui se cache, tout l'intérêt de la chose, partir à sa découverte.
C'est (un peu) d'un accès difficile car c'est un genre musical TRES lié au texte. La moitié de l'intérêt du madrigal réside là. En écouter la seule "musique" revient à écouter la bande-son d'un film sans en voir les images. La moitié de l'information disparaît et l'oeuvre est incompréhensible, le sens abscons. Il faut donc écouter toujours en lisant le texte. Ce n'est même pas proche de l'opéra où on ne rencontre pas ce travail de dentelière autour de la prosodie comme ici. La "peinture du mot": les mélismes, figuralismes, ces manières que l'on appelle madrigalismes commentent musicalement le mot au plus près.


Citation :
a-t-on l'équivalent en france pour comprendre mieux ce que c'est ?

Non, il y a la chanson qui est une genre populaire et polyphonique dont les compositeurs s'essayaient aussi au madrigal voire même qui devinrent de très grands madrigalistes. En effet les premiers madrigalistes étaient franco-flamands ! Mais la chanson reste en deça de la richesse émotionnelle du madrigal à mon sens même si techniquement les deux genres s'égalent. La chanson à ma connaissance n'a pas vu cette évolution foudroyante qui fait du madrigal le germe de toute la musique vocale à venir (opéra, cantate...).

Citation :
motet ? chant de troubadour ? j'en sais rien !

Des genres très éloignés en fait car ce qui unifie le madrigal c'est quand même la poyphonie.

Je te conseillerais quand même de te taper les 12 pages du topic et si tu veux (ou qui que ce soit) de me contacter pour en savoir plus sur tel ou tel livre de madrigal. Wink
Revenir en haut Aller en bas
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptyMer 31 Oct 2007 - 1:04

Amor, sei giusto sei,
Fa che la donna mia
Anch'ella giusta sia.
Io l'amo, tu il conosci, e ella il vede,
Ma più mi strazia e mi trafigge il core,
E per più mio dolore
E per dispregio tuo, non mi dà fede.
Non sostener, Amor, che nel tuo regno
Là dov'io ho sparta fede mieta sdegno,
Ma fa, giusto signore,
Ch'in premio del mio amor io colga amore.


Amour, si tu es juste
Fais que ma Dame
Soit juste elle aussi.
Je l'aime, tu le sais, et elle le voit.
Mais elle déchire et me transperce le coeur,
Et pour en accroître la douleur
Et par mépris pour toi, elle me refuse sa pitié [foi - fidélité]
Ne permets pas, Amour, que sous ton règne,
Là où je délivre ma foi, je récolte le dédain.
Mais fais, juste seigneur,
Qu'en prime de mon amour, je récolte l'amour.


Madrigal assez simple et frais. La soprano délivre la première phrase chantante comme un rengaine populaire. La basse lui répond de façon plus sérieuse en rythme pointé que développe le ténor, arioso, syncopé, quelques figuralismes traversent le chant, une petite modulation en mineur sur il core, de grands intervalles chromatiques sur per disppregio. Un tutti vient habiller savamment la partie centrale du poème et enfin les voix se scindent en groupes qui viennent entrelacer leur chant dans une ambiance chromatique.
Revenir en haut Aller en bas
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptyMer 31 Oct 2007 - 16:42

19-
Questi vaghi concenti
Che l'augellett'intorno
Vanno temprado a l'apparir del giorno
Sono, cred'io, d'amor desiri ardenti;
Sono pene e tormenti;
E pur fanno le selv'e'l ciel gioire
Al lor dolce languire.

Deh ! Se potessi anch'io
Così dolce dolermi
Per questi poggi solitari e ermi,
Che quell'a cui piacer sola desio
Gradiss'il pianger mio,
Io bramerei, sol per piacer a lei,
Eterni i pianti miei.


Ces doux concerts
Que les oiseaux alentours
Font résonner au lever du jour
Sont, crois-le, d'ardents désirs amoureux.
Ils sont peines et tourments
Et ils réjouissent les bois et les cieux
De leur douce langueur.

Hélas si je pouvais moi aussi
Me lamenter ainsi avec grâce
Par ces côteaux isolés et solitaires,
Que celle à qui plaire est mon seul désir
Soit touchée par mes pleurs.
Ainsi je lancerai, puisqu'elle en ressent du plaisir
Eternellement mes plaintes.


Madrigal conclusif exceptionnel par sa durée (7'30"), son accompagnement instrumental assez riche, la présence d'une sinfonia introductive reprise en intermède au milieu du madrigal et les neuf voix organisées en deux choeurs à 4 et 5 voix. On est plus près de la cantate ici que d'un madrigal. La polyphonie n'est qu'un moyen parmi d'autres dans cette oeuvre qui résume toutes les techniques déployées par Monteverdi dans le reste du recueil.

Après cette sinfonia qui évoque les premières ébauches vivaldiennes ou d'un Corelli les choeurs viennent ensuite alterner avec de larges soli du ténor, du soprano ou de la basse tour à tour en style récitatif ou plus arioso. De brusques arrêts dramatiques, des lamentations interiorisées animent cette pièce de plusieurs épisodes. Grande construction qui annonce déjà le livre VIII.
Revenir en haut Aller en bas
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptyJeu 1 Nov 2007 - 0:08

J'ai toujours un peu de mal à vraiment apprécier ce livre autant que les autres. Soit le côté expérimental qui ne convainc pas dans toutes les pièces même si certaines sont absolument magnifiques. Ou bien l'irruption des instruments au milieu du recueil et le dernier madrigal aux dimensions quasi mahlériennes font que ce livre peut sembler manquer de cohérence.

Deux enregistrements facilements disponibles, Alessandrini reste la valeur sûre ici même si on peut regretter quelques petits problèmes de justesse chez une des sopranos. Leppard ne l'a pas enregistré à ce que je sache.

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 41EQRgW9hSL._

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 51XqtH%2B9TJL._
Revenir en haut Aller en bas
DavidLeMarrec
Mélomane inépuisable
DavidLeMarrec

Nombre de messages : 89370
Localisation : tête de chiot
Date d'inscription : 30/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptyJeu 1 Nov 2007 - 14:17

vartan a écrit:
Ou bien l'irruption des instruments au milieu du recueil et le dernier madrigal aux dimensions quasi mahlériennes font que ce livre peut sembler manquer de cohérence.
Dépêche d'agence :
Amazon enregistre une hausse imprévue de commandes de Monteverdi en provenance de Classik. Les causes en sont encore inconnues.
Revenir en haut Aller en bas
http://operacritiques.free.fr/css/
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptyJeu 22 Nov 2007 - 1:51

Autour du Sixième livre de madrigaux de Monteverdi

Monteverdi s'engage en ce début de XVII° siècle sur une voie nouvelle qui va inspirer durablement l'art vocal. C'est à l'occasion des fêtes de carnaval du 23 février 1607 qu'est créé l'Orfeo, Favola in musica à Mantoue.

Après une longue année de travail, ce projet achevé et la critique comblée, il part se reposer avec Claudia son épouse et ses deux enfants chez son père à Crémone. Une fête municipale est même organisée en son honneur le 10 aout, on y donne déjà des airs issus de l'Orfeo. Mais Claudia tombe malade et décède rapidement, le 10 septembre. Claudio profondément attaché à elle est effondré. Cela n'empêchera pas le Duc, dès le 24 septembre de le presser à remplir ses obligations à la cour. Plus que le retard chronique du versement de ses émoluments (qu'il ne recouvrira jamais même quand le Duc le suppliera de revenir à Mantoue), ce manque de considération affermit sa décision de briguer un emploi de musicien de cour ailleurs que chez ces ingrats de Gonzague. Il vise Rome, ce sera Venise.

« Ne soyez pas à vos peines et revenez ici promptement ». C'est un ordre humiliant, mais la raison d'état... En effet le Duc marie son fils Federico à Marguerite de Savoie et son goût du luxe ne peut se passer en pareille occasion de la musique du compositeur en passe d'être le plus estimé de la Péninsule. A tel point que la munificence de ces cérémonies videra les caisses du duché. Le théâtre incendié vingt ans plus tôt est reconstruit par Vasari. De Gagliano est invité de Florence afin qu'il donnât sa Dafne créée chez les Medicis, Rinuccini est invité pour composer des livrets pour Monteverdi.

Vingt ans plus tard Monteverdi dans une lettre à Striggio: « Je fus réduit au bord de mourir lorsque j'ai écrit l'Arianna [...] je sais que l'on peut faire vite, mais vite et bien ne s'accordent pas ensemble, qui trop souvent ne peuvent produire qu'un mal recitar, de versi, un mal concerto d'istrimenti e un mal portamento d'armonia » On voit la portée du projet lyrique: prosodie et beauté du vers, orchestration et harmonie.

Qu'on se rende compte: entre décembre et février il lui est demandé de composer:

un opéra: ce sera Arianna
un ballet lyrique: ce sera Il ballo delle Ingrate
une comédie en musique: ce sera l'Idropico
et en bonus: préparer la reprise de l'Orfeo.

Sachant que l'Arianna demandera 5 mois de répétitions à une époque où les équipes prêtent à monter ces spectacles n'existent pas. Il faut encore tout inventer et les conventions du genre ne se sont pas encore dégagées permettant aux chanteurs de saisir facilement le travail qu'on attend d'eux.
Arianna est tenue par l'élève la plus brillante de Monteverdi, Catarina Martinelli dite la Romanina car d'origine romaine. Involontairement (la pauvre) elle préside à un tournant capital de l'art lyrique, l'Arianna et le VI° livre marquent clairement l'entrée dans le monde musical baroque et le déclin net de l'art polyphonique. Le duc Vincent l'adore (platoniquement probablement). Elle vit chez Monteverdi (platoniquement probablement) comme c'est la coutume en cette période pour les élèves des grands artistes chez lesquels ils viennent se former.

Nouveau coup du sort pour Monteverde qui est effondré (bis repetita), après cinq mois de répétitions d'un rôle spécialement écrit pour la jeune fille de dix-huit ans, elle a le mauvais goût de mourir une semaine avant la première. De la variole, certes, mais ce n'est pas une excuse. Sa disparition est ressentie « avec affliction par toute la ville autant pour ses qualités que pour l'incroyable satisfaction qu'elle avait donné dans deux comédies données à l'occasion du carnaval ».

Arianna est repris par la Fiorentina qui, vaille que vaille, sauve l'oeuvre. Le succès est immense. Sans doute le plus grand de Monteverdi, plus qu'Orfeo. Le livret est de Rinuccini.
Da Gagliano (florentin rival qui vient donner sa Dafne au cours des mêmes fêtes) assiste à la représentation et commente: « ...le pouvoir de la musique antique a été retrouvé puisque le public en a été remué jusqu'aux larmes »
Le timbre de l'instrument vient déjà caractériser les personnages. Un autre témoin: « ...la force de la musique de Monteverdi [...] son concert de voix et l'harmonie des instruments disposés derrière la scène [c'est pas bête] de telle façon que lorsque le caractère de la musique changeait, les sonorités des instruments variaient."

« Le lamento fut particulièrement miraculeux et chanté avec tant d'émotion et de compassion qu'il ne s'est trouvé aucun spectateur qui ne se soit apitoyé et que les dames présentes laissèrent couler leurs larmes. »

Ce lamento devint et pour longtemps, des siècles, l'oeuvre la plus célèbre du maître. La renommée de cet opéra atteint toute la péninsule. C'est d'ailleurs la seule page de l'opéra qui nous soit parvenue. A peine un an sépare ce monologue de ceux d'Orfeo et la différence formelle est pourtant importante. Si Orfeo demeure dans le style de la pastorale élégiaque, certes plus authentique que celles de ses contemporains, ce lamento nous projette dans le monde des passions exacerbées du XVII° et de l'opéra seria en devenir. Il ne s'agit plus de peindre l'émotion du chant, mais l'émotion par le chant.

Ce lamento a été composé pour une interprète particulière, ses possibilités vocales et émotionnelles. Plus d'idéal à chanter mais pouvoir coller au plus près de l'émotion pour toucher le public en utilisant le soliste, nouveau fer de lance de l'opéra débutant. L'ère des chanteurs commence. La richesse mélodique et les affects prennent le pas sur la structure polyphonique. L'ère baroque fait ses premiers pas, le texte s'efface devant l'agilité du chant.

Ce lamento au succès foudroyant, Monteverde l'adapte à une pièce religieuse « Plainte de la Madonne au pied de la Croix » démarche là aussi qui fera les beaux jours du baroque, qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse.
Ce lamento sera imprimé, isolé, par Monteverdi et à plusieurs reprises, réarrangé tout au long de sa vie, ce qui fait qu'il nous soit aujourd'hui disponible.
Beaussant commente: « Tout le XVII° siècle ne fera que reprendre ce lamento sans jamais l'égaler ».

Projet baroque dans sa transformation, cette pièce à l'origine est entrecoupée de choeurs de marins comme dans le théâtre antique, des matelots et des lavandières commentent l'action malheureuse. Monteverdi nettoie cet accompagnement florentin et pastoral, l'épure. Il est le premier d'une longue suite et devient une forme obligée depuis celui du V de l'Orfeo.

Autre projet avions-nous dit: Il Ballo delle Ingrate qui attendra le livre VIII pour être publié trente ans plus tard.

Pourquoi tous ces détours pour évoquer le VI° livre de madrigaux ?
Revenir en haut Aller en bas
Morloch
Lou ravi
Morloch

Nombre de messages : 9912
Date d'inscription : 14/10/2006

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptyJeu 22 Nov 2007 - 2:30

vartan a écrit:

Pourquoi tous ces détours pour évoquer le VI° livre de madrigaux ?

Oui, pourquoi ?
Revenir en haut Aller en bas
http://nhofszandz.blogspot.com/
DavidLeMarrec
Mélomane inépuisable
DavidLeMarrec

Nombre de messages : 89370
Localisation : tête de chiot
Date d'inscription : 30/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptyJeu 22 Nov 2007 - 2:40

Morloch a écrit:
vartan a écrit:

Pourquoi tous ces détours pour évoquer le VI° livre de madrigaux ?

Oui, pourquoi ?
Moi je le sais - grâce à un autre compositeur assez éloigné, Monsieur Lecocq. Cool
Revenir en haut Aller en bas
http://operacritiques.free.fr/css/
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptyJeu 22 Nov 2007 - 8:11

Le mystère s'épaissit, mais si vous voulez en savoir plus, venez ici vendredi midi vous saurez tout.

http://www.guide-des-restaurants.fr/restaurant-9009-l-aviapote.html
Revenir en haut Aller en bas
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptyVen 23 Nov 2007 - 0:52

Pourquoi ?

Parce que.

Ces livres de madrigaux ne sont pas des créations originales composées pour l'occasion mais la réunion des pièces les plus significatives du compositeur, significatives d'un moment donné de son évolution et du fruit de ses recherches. Il a composé beaucoup plus de madrigaux que ce qui fut publié dont la plupart sont perdus et le IX° livre posthume qu'il n'a pas souhaité est le fait de son imprimeur qui s'est autorisé à réunir quelques pièces qui traînaient là, et l'intérêt en est bien moindre d'ailleurs que celui du VIII° livre.

Ce livre est donc nécessairement emprunt de ce qu'il vit dans ce moment décisif: le deuil de son épouse qu'il aimait beaucoup réactivé par celui d'une élève qu'il chérissait au point de lui offrir un opéra, l'aboutissement de son exploration de la vocalité qui voit triompher la monodie, le stile concertato, il ne fait plus d'expériences plus ou moins reçues favorablement par le public, mais compose des tubes qui établissent durablement le genre que l'on appelera « baroque ».

Tout ce livre sera composé donc autour de ces trois thèmes: le deuil qui est le lien entre toutes ces pièces qu'il est de plus en plus difficile d'appeler madrigaux, la mise en lumière de la vocalité baroque solistisante et la personne de la Romanina qui reçoit ici deux hommages de poids.

Le lamento qui ouvre le recueil n'est pas la version la plus connue (monodique) que l'on conserve, elle-même reélaboration par Claudio de la version primitive disparue. Cette pièce est une version à cinq voix et divisée en quatre madrigaux, commande d'un noble vénitien que Monteverdi décide de publier. Hommage à la Romanina qui elle aussi a abandonné Monteverdi et Arianna et chant de deuil. Le résultat est stupéfiant et n'a rien à voir dans l'esprit avec la version à voix seule. On n'a pas un éparpillement de la mélodie aux cinq voix mais la polyphonie de cinq personnages qui magnifient la plainte de la pauvre Arianne et l'accompagnent dans ce qui serait peut-être son tombeau. La distance est plus grande avec le personnage cependant, cinq voix ont moins l'impact direct émotionnel de la voix seule, c'est autre chose.

Une autre pièce fondamentale de ce livre qu'on appelle « La sestina » parce qu'un long poème en six parties (donc six madrigaux). Il s'agit d'une commande du Duc en souvenir de la Romanina qu'il vient de faire porter en terre somptueusement et triste jusqu'à faire graver en latin, dans le marbre, ses regrets dans la cathédrale de Mantoue. La particularité de cette pièce écrite pour l'occasion par Scipione Agnelli est constituée par un habile jeu de rimes toutes identiques pour chacun des hexains (ça se dit David ?). On a donc toujours mais dans un ordre différent les mots Tomba (tombe) Glauco (Glaucus représentant le Duc), Cielo (le ciel), Pianto (la plainte), Terra (la terre) et Seno (le sein). C'est assez maniéré et évoque vite "Marquise d'amour me font, vos beaux yeux, mourir."

On a donc déjà ici dix madrigaux avec ces deux pièces qui teintent douloureusement et pathétiquement cette livraison écrite sans doute assez rapidement entre 1608 et 1610.

Les huit autres madrigaux sont presque tous des sonnets de Giambattista Marino, l'étoile montante de la poésie maniériste et deux superbes de Petrarque, le vieux poète que Monteverdi a peu utilisé.

Ce recueil a ceci de particulier qu'il est le seul qui sera sans dédicace, Monteverdi l'a voulu sobre de présentation. C'est sans doute un témoignage personnel d'une douleur conjugale et artistique qu'il a sans doute sublimée dans ces merveilles.

Tous ces madrigaux sont déchirants et déchirés par de grands intervalles, des cris, des appels, une noirceur et une sorte de pessimisme qui cherche une issue dans un nouveau moyen expressif. Le texte est malmené et contourné, la polyphonie n'est plus la règle, l'émotion dicte sa loi à la musique, le texte a tendance à passer au second plan comme dans la Sestina où les vers alambiqués servent des moyens expressifs vocaux qui semblent bien plus raffinés qu'eux. C'est peut-être le livre que je préfère.

Claudia et Caterina: leur deuil préside à la naissance de l'ère baroque, le madrigal en tant que forme n'est plus. Certains même changent de nom, Monteverdi sous-titre certains d'entre eux: « dialogo a sette, concertato », « Concertato nel clavicembalo »...

Le contexte particulier du travail qu'il mène à Mantoue, la découverte des possibilités qu'offrent l'opéra, la monodie, les voix de plus en plus virtuoses et expressives ont condamné en Monteverdi le primat polyphonique.


Dernière édition par le Sam 1 Déc 2007 - 14:27, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptyVen 23 Nov 2007 - 18:39

Reprenons l'histoire...

Pour l'ensemble du travail fourni à l'occasion de ces fêtes, Monteverde recevra 70 écus pour solde de tout compte, une misère comparée aux cachets des musiciens de son temps sachant que peu d'entre eux étaient capable de créer ce genre de pièces complexes. Da Gagliano reçoit 200 écus de la main du Duc Vincent simplement pour la reprise de sa Dafne sans travail de composition, mais pour l'attirer à Mantoue, il dû lui offrir une somme honnête. Nouvelle humiliation pour Claudio qui avoue avoir eu le sentiment d'un sacrifice pour honorer sa charge et les commandes supplémentaires.

L'été qui suit, Monteverdi tombe dans une grave dépression qui le maintient éloigné de la cour, il va chez son père (à Crémone ?), homme toujours bienveillant qui recevait sa belle-fille et ses petits enfants quand ils étaient malades ou dans une situation financière difficile. Il est médecin et prescrit remèdes et repos à son fils.

Le 26 novembre 1608 il est encore malade: « ...les conséquences des fatigues passées n'ont pas cessées... ». Cette période de repli maladif, Monteverdi en parlera encore 20 ans plus tard comme d'une période épouvantable. Le Duc le prie de rentrer instamment, son père lui répond que son fils malade, épuisé ne peut reprendre la route de Mantoue.
Ici on apprend que les gages de Monteverdi se montent à 20 écus par mois et qu'il manque de drap pour se faire confectionner des vêtements une fois qu'il a pourvu correctement ses enfan,ts d'habits et des frais de leur scolarité. Claudio s'est toujours montré d'une bonne prévenance paternelle et sera toujours très proches de ses fils qu'il perdra dans une épidémie de peste à Venise.
Son père est contraint de l'aider finacièrement.

Ce père réclame maintenant à Vincent Gonzague un certificat de bons services et l'autorisation pour Claudio d'abandonner son poste auprès de la cour de Mantoue. La réponse ne se fait pas attendre: ordre est donné à Monteverdi de regagner Mantoue au plus vite. Celui-ci répond au conseiller du Duc que son retour sera cause de sa mort et « ...la fortune que j'ai connue à Mantoue depuis 19 ans m'a fourni des occasions continuelles de la nommer mon ennemie ! » Il n'a pas la plume diplomatique ce jour-là ! Puis... « le Seigneur Duc m'a toujours parlé pour m'apporter de la fatigue, jamais pour me donner quelque nouvelle utile ou agréable. » Le ton se corse. « Accorder 200 écus à Messer da Gagliano qui pour ainsi dire n'a rien fait et à moi qui ait fait ce que j'ai fait, rien ? Je demande donc mon congé et tout ce que j'obtiens c'est 500 vers à mettre en musique ? » La colère gronde, la dépression visiblement s'estompe.

Monteverdi précise sa menace et le Duc se ravise, fait passer la pension de Monteverdi de 220 écus par an à 300 et une pension pour ses enfants de 100 écus par an. Ses fils sont à l'abri toute leur enfance et leur éducation assurée. On voit donc ses revenus doublés. Monteverdi regagne Mantoue en 1609. Mais le coeur n'y sera plus et jusqu'à ce qu'il quitte les Gonzague sa charge ne fait que lui peser.

Il publie des madrigaux dédiés à Giaches de Wert (perdus). Le livre V est réédité à Venise en 1608 pui à nouveau en 1609 ainsi que les Scherzi musicali de 1607. A rome Aquilino, son meilleur supporter fait publier des madrigaux spirituels qui sont issus des livres III, IV et V détournés sur des textes en latin. Un autre recueil est publié à Rome toujours qui comporte même un inédit du livre VI.

La préface explique ce qu'est le style rappresentativo de Monteverdi, « non pas parce que dérivé de la scène, mais parce que capable de donner une représentation vivante des affects (affetti) ». C'est la vérité psychologique qui compte.

Monteverdi est désormais considéré comme le meilleur musicien d'Italie, les hommages et dédicaces de ses pairs en témoignent.

1609 c'est aussi l'année de la publication de l'Orfeo toujours chez Amadino à Venise rendue nécessaire par les demandes de plus en plus nombreuses qui affluent à Mantoue et que les copistes ne peuvent plus honorer.

Voilà le contexte particulier entourant la composition de ces pièces. Difficultés qui auraient pu amoindrir le propos et la qualité, mais c'est tout le contraire, comme si ces épreuves avaient affiné ses intuitions et enrichi son inspiration.

Le livre VI est publié beaucoup plus tard que sa composition chez... Amadino en 1614 en même temps qu'une réédition du livre V sous le nom de « Maître de chapelle de la Sérénissime Seigneurie de Venise à Saint-Marc ». Car entre temps, nous y reviendrons, Monteverde travaille pour la chapelle ducale depuis l'automne 1613, le climat de la lagune semble plus sain à son moral.
Revenir en haut Aller en bas
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptySam 24 Nov 2007 - 1:48

Le VI° livre de madrigaux (Monteverdi)

Dix-huit pièces regroupées pour dix d'entre elles en deux longs lamentos, la basse continue est la règle sauf pour le lamento d'Ariane qui constitue sans doute la dernière pièce a cappella composée par Monteverdi. Deux sonnets de Pétrarque. Cinq de Giambattista Marino (1569-1625) protégé du Duc de Savoie à Turin puis de Marie de Médicis et de Louis XIII. Représentant de « l'excès précieux » c'est à dire du maniérisme qui agace certain d'autant plus qu'il est aussi pornographe (non, ne demandez pas, je n'ai rien trouvé de ça Embarassed ). Cela lui valu de tater du cachot, quelques belles inimitiés et l'amitié du Caravage. Il représente l'avant-garde de l'expression artistique du XVII° débutant, « bizarreries et recherche du plaisir et du raffinement le plus exquis ». Une des expressions du baroque italien. « La beauté de la nature est en soi supérieure à la vérité de la nature » ! Bien que leurs buts soient différents, Marino et Monteverdi se rejoignent dans la modernité du style, d'ailleurs ce sont les madrigaux habillant ces poèmes qui sont les plus modernes du recueil (de 1 à 3 voix au lieu des cinq traditionnels pour les autres et une basse continue plus développée).

Livre marqué au fer rouge de ses deuils successifs et des difficultés matérielles et de santé, Monteverdi y dépasse l'idéal artistique de la Renaissance dont il est issu pour aborder une attitude presque romantique, le matériel musical est puisé au sein de ses propres tourments, il livre à l'éditeur la « vérité de la nature humaine », funèbre ici. Cependant ce livre n'est pas celui d'un certain maniérisme émotionnel, d'un repli, il est sans concession sur le but poursuivi, affiner la forme madrigalesque pour lui donner toujours plus d'authenticité et d'effet les plus touchants. L'aspect dramatique de ces pièces est passé au premier plan, la solistisation du chant, le nouvel élan de liberté favorisé par l'accompagnement instrumental et la tonalité qui triomphe, la polyphonie s'estompe et naissent l'arioso et l'aria.

Sixième Livre de madrigaux à cinq voix avec un dialogue à sept (1614)

Lamento d'Arianna (Rinuccini):
1- Lasciatemi morire
2- O Teseo, Teseo moi
3- Dove, dove è la fede
4- Ahi, ch'ei non pur risponde


5- Zefiro torna e'l bel tempo rimena (Pétrarque)
6- Una donna fra l'altre honesta e bella (concertato nel clavicembalo)
7- A Dio, Florida bella (Concertato) (Marino)


La Sestina (Lagrime d'amante al sepolcro dell'amata) (Agnelli)
8- Incenerite spoglie, avara tomba
9- Ditelo, o fiumi e voi ch'udiste

10- Dara la notte il sole
11- Ma te raccoglie, o ninfa
12- O chiome d'or, neve gentil del seno
13- Dunque amate reliquie

14- Ohimè, il bel viso (Pétrarque)
15- Qui risi Tirsi (Marino)
16- Misero Alceo
17- « Batto » qui pianse Ergasto (Concertato nel clavicembalo) (Marino)
18- Presso un fiume tranquillo ( dialogo a 7, concertato) (Marino)
Revenir en haut Aller en bas
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptySam 24 Nov 2007 - 15:54

Lamento d'Arianna - Prima parte

1-
Lasciatemi morire,
Lasciatemi morire
E che volete voi che mi conforte
In cosi dura sorte,
In cosi gran martire ?
Lasciatemi morire.


Laissez-moi mourir,
Laissez-moi mourir;
Et qui selon vous pourrait m'être un réconfort
Dans ce sort si cruel,
Dans ce si grand martyre ?
Laissez-moi mourir.



Pour le fun, voici la version pour voix seule de ce premier air par Kathleen Ferrier, en 1951, Milan, Favaretto, piano.
http://rapidshare.com/files/71953450/04_Monteverdi_Lasciatemi_Morire__Arianna_.mp3.html

Comme un coup de poing dissonant, sans préparation, cette prière de mort lasciatemi. L'aspect en est certes moins contondant à nos oreilles qu'au moment où il fut conçu.
Des fusées chromatiques sont lancées aux dieux, lancinantes comme la respiration haletante de la pauvre âme. La longue phrase interrogative ascendante recitar cantando introduit de grands intervalles dont la fonction expressive est forte et s'oppose aux frottements (dissonances de sons voisins en 1/2 ton) attendris sur Lascia... qui revient plus lyrique et scandé tout au long de cette introduction.


Dernière édition par le Sam 24 Nov 2007 - 16:58, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
DavidLeMarrec
Mélomane inépuisable
DavidLeMarrec

Nombre de messages : 89370
Localisation : tête de chiot
Date d'inscription : 30/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptySam 24 Nov 2007 - 16:00

Merci encore, Vartan. Very Happy

L'inspiration en est l'épître X des Héroïdes de Virgile, un ensemble de textes absolument bouleversants, sans doute l'un des pans les plus immédiats et les plus décoiffants de la littérature latine que cette série de correspondances fictives d'héroïnes abandonnées.

Je vous en donne une belle traduction (libre de droits : 1838) sous la direction de Nisard. (Numérisation par http://Remacle.org .)


Ovide a écrit:
]ÉPÎTRE X

ARIANE À THÉSÉE

J'ai trouvé la race entière des animaux plus douce que toi, et je n'avais à redouter d'aucun être plus de maux que tu m'en causes. Ce que tu lis, je te l’envoie, Thésée, du rivage d'où les voiles emportèrent sans moi ton vaisseau, du lieu où je fus indignement trahie, et par mon sommeil, et par toi qui en profitas, dans ton odieuse perfidie.
C'était le moment où la terre est couverte de la transparente rosée du matin, où les oiseaux gazouillent sous le feuillage qui les couvre. Dans cet instant d'un réveil incertain, toute languissante de sommeil, j'étendais, pour toucher Thésée, des mains encore appesanties ; personne à côté de moi ; je les étends de nouveau, je cherche encore ; j'agite mes bras à travers ma couche ; personne. La crainte m'arrache au sommeil ; je me lève épouvantée, et me précipite hors de ce lit solitaire. Ma poitrine résonne aussitôt sous mes mains qui la frappent, et ma chevelure, que la nuit a mise en désordre, est bientôt arrachée. La lune m'éclairait ; je regarde si je puis apercevoir autre chose que le rivage ; à mes yeux ne s'offre rien, que le rivage. Je cours de ce côté, d'un autre, partout, d'un pas incertain. Un sable profond retient mes pieds de jeune fille. Cependant, tout le long du rivage, ma voix crie : "Thésée !" Les autres creux répétaient ton nom. Les lieux où j'errais t'appelaient autant de fois que moi-même, et semblaient vouloir secourir une infortunée.
Il est une montagne au sommet de laquelle apparaissent des arbustes en petit nombre. De là pend un rocher miné par les eaux qui grondent à ses pieds. J'y monte (le courage me donnait des forces), et je mesure ainsi la vaste étendue des mers que je domine (56). De ce point, car les vents cruels me servirent alors, je vis tes voiles enflées par l'impétueux Notus. Soit que je les visse en effet, soit que je crusse les voir, je devins plus froide que la glace, et la vie fut près de m'échapper. Mais la douleur ne me laisse pas longtemps immobile, elle m'excite bientôt, elle m'excite, et j'appelle Thésée de toute la force de ma voix. Où fuis-tu ? m'écrié-je ; reviens, barbare Thésée, tourne de ce côté ton vaisseau ; il n'emporte pas tous ceux qui le doivent monter." (57)
Telles furent mes prières ; les sanglots suppléaient à ce qui manquait à ma voix. Des coups accompagnaient les paroles que je prononçais.
Comme tu ne m'entendais pas, j'étendis vers toi, pour que tu pusses au moins m'apercevoir, mes bras qui te faisaient des signaux. J'attachai à une longue verge un voile blanc, pour rappeler mon souvenir à ceux qui m'oubliaient. Déjà l'espace te dérobait à ma vue. Alors enfin je pleurai, car la douleur avait arrêté jusque-là le cours de mes larmes. Que pouvaient faire de mieux mes yeux, que de me pleurer moi-même, puisqu'ils avaient cessé de voir ton navire ? Ou j'errai seule et les cheveux en désordre, semblable à une bacchante agitée par le dieu qu'adore le peuple d'Ogygès, (58) ou, les regards attachés sur la mer, je m'assis sur un rocher, aussi froide, aussi insensible que la pierre même qui me servait de siège. Je foule souvent la couche qui nous avait reçus tous deux, et ne devait plus nous voir réunis. Je touche, autant que je le puis, tes traces au lieu de toi, et la place qu'ont échauffée tes membres. Je m'y jette, et inondant ce lit des larmes que je répands, "Nous t'avons foulé deux, m'écrié-je ; deux reçois-nous encore. Nous sommes venus ici ensemble ; pourquoi ne pas nous en aller ensemble ? Lit perfide, où est la meilleure partie de moi même ? "
Que faire ? Où porter seule mes pas ? L'île est sans culture. Je n'aperçois ni les travaux des hommes ni ceux des bœufs. La mer baigne dans toutes leurs parties les côtes de cette terre. Aucun vaisseau, aucun n'est là prêt à s'ouvrir des routes incertaines. Suppose que des compagnons, des Vents favorables et un navire me soient accordés, où fuir ? La terre paternelle me refuse tout accès. Quand ma proue heureuse sillonnerait des mers tranquilles, quand Éole rendrait les vents propices, je serais une exilée. Crète, aux cent villes superbes, pays connu de Jupiter au berceau, je ne te verrai plus, car j'ai trahi mon père, j'ai trahi le royaume soumis à son sceptre équitable, j'ai manqué à ces deux noms si chers, le jour où, pour te soustraire à la mort qui eût suivi ta victoire dans l'enceinte aux mille détours, je te donnai pour guide un fil que devaient suivre tes pas. Tu me disais alors : "J'en jure par ces périls mêmes, tu seras à moi tant que nous vivrons l'un et l'autre." Nous vivons, et je ne suis pas à toi, Thésée, si toutefois tu vis, femme qu'a ensevelie la trahison d'un parjure époux.
Que ne m'as-tu aussi immolée, barbare, de la même massue qui frappa mon frère ? Cette mort eût délié la foi que tu m'avais donnée. Maintenant je me représente non seulement les maux que je dois supporter, mais tous ceux que peut souffrir une femme abandonnée. La mort s'offre à mon esprit sous mille aspects divers. On souffre moins de la recevoir que de l'attendre. Je vois déjà venir à moi, d'un côté ou d'un autre, des loups dont la dent avide déchirera mes entrailles. Peut-être aussi le sol nourrit-il des lions à la fauve crinière. Qui sait si cette île n'est pas infestée de tigres féroces ? On dit aussi que la mer y vomit d'énormes phoques. Qui empêche que des glaives ne me traversent le flanc ? Seulement, puissé-je n'avoir pas, comme une captive, à gémir sous le poids cruel des chaînes ; ne pas voir, comme une esclave, mes mains condamnées à une tâche accablante, moi, dont le père est Minos, et la mère une fille de Phébus, moi, et c’est ce que j’ai oublié le moins, moi qui fus sa fiancée ! Si, je regarde les ondes, la terre et les rivages lointains, la terre et les ondes me font d’égales et d'innombrables menaces. Restait le ciel : je crains des dieux jusqu'à leurs images. Je suis une proie, une pâture livrée sans défense aux bêtes furieuses. Ou si des hommes cultivent et habitent, ce lieu, je me défie d'eux. Mes malheurs m'ont trop appris à craindre les étrangers.
Plût au ciel qu'Androgée vécût, et que tu n'eusses pas expié, terre de Cécrops, un meurtre impie par tes funérailles ! Que ton bras cruel, armé d'une noueuse massue, n'eût pas, ô Thésée, immolé le monstre, homme en partie, en partie taureau ! Que je n'eusse pas, pour diriger ton retour, confié à tes mains un fil qu'elles attiraient vers toi !
Je ne m'étonne pas, au reste, que la victoire te soit restée, et que le monstre ait teint de son sang la terre de Crète. Sa corne ne pouvait percer un cœur de fer. Sans bouclier, ta poitrine suffisait pour ta défense. Tu portais là le caillou, là le diamant, et tu es là Thésée, plus dur que le caillou.
Sommeil cruel, pourquoi m'as-tu retenue dans cet engourdissement ? Je devais cette fois rester ensevelie dans la nuit éternelle ! Vous aussi, vents cruels, trop officieux alors, vous qui l’avez servi aux dépens de mes larmes ; toi, main cruelle, qui as frappé de mort mon frère et moi ; foi accordée à mes prières et qui fut un vain nom ; tout a conspiré contre moi, sommeil, vent, foi jurée ; seule, une jeune fille fut la victime d'une triple trahison.
Prête à mourir, je ne verrai donc pas les larmes d'une mère, et nul doigt ne me fermera les yeux ? Mon âme infortunée s'envolera sous un ciel étranger, et une main amie ne parfumera pas mes membres inanimés. Des oiseaux marins s'abattront sur mes ossements qu'on n'aura pas inhumés. Est-ce donc cette sépulture qu'avaient méritée mes bienfaits ? Tu entreras dans le port de Cécrops. Quand tu seras reçu dans ta patrie, que, de ta demeure élevée, tu verras la foule se presser pour t'entendre, que tu auras pompeusement raconté la mort du monstre moitié taureau moitié homme, comment tu as parcouru les routes sinueuses du palais souterrain, raconte aussi que tu m'as abandonnée sur une plage solitaire : je ne dois pas être oubliée parmi tes titres de gloire.
Tu n'as point pour père Égée (59) ni pour mère Éthra, fille de Pitthée ; les rochers et la mer sont les auteurs de tes jours (60).
Que ne m'as-tu vue du sommet de ta poupe ! Un si triste spectacle eût attendri ton cœur. Maintenant encore, vois-moi, non plus des yeux, mais en idée, si tu le peux ; vois-moi attachée à un rocher où vient se briser la vague inconstante ; vois le désordre de mes cheveux, attestant ma douleur, et ma tunique inondée de larmes comme si la pluie l'eût trempée. Mon corps frissonne comme les épis qu'agite l'aquilon (61), et ma lettre frémit sous ma main tremblante. Je ne te supplie pas au nom d'un bienfait qui m'a si mal réussi ; qu'aucune reconnaissance ne soit due au service que je t'ai rendu, mais aucune peine non plus. Si je n'ai pas été la cause qui t'a sauvé la vie, pourquoi serais-tu celle qui me donne la mort ?
Malheureuse ! Je tends vers toi, dont me sépare la vaste mer, ces mains fatiguées à meurtrir ma lugubre poitrine. Je te montre, tout éplorée, les cheveux qui ont échappé à ma fureur. Je t'en conjure par les larmes que m'arrache ta cruauté, Thésée, tourne vers moi la proue de ton vaisseau ! Reviens, que les vents te ramènent ! Si je succombe avant ton retour, au moins tu enseveliras mes os.
Revenir en haut Aller en bas
http://operacritiques.free.fr/css/
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptySam 24 Nov 2007 - 16:09

Merci pour ce beau renvoi, le site est excellent (on y trouve même l'histoire de Vartan Mr. Green ).
En effet c'est évident ces similitudes, les images choisies. Un très beau texte, très touchant. Pauvre fille. Crying or Very sad
Revenir en haut Aller en bas
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptySam 24 Nov 2007 - 16:56

Lamento d'Arianna - Seconda parte

2-
O teseo, o Teseo mio,
Si che mio ti vo' dir, che mio pur sei,
Benchè t'involi, ahi crudo, a gli occhi miei,
Volgiti, Teseo mio,
Volgiti, Teseo, o Dio
Volgiti indietro a rimirar colei
Che lasciato ha per te la patria e il regno,
E in questa arena ancora,
Cibo di fere dispietate e crude,
Lascierà l'ossa ignude.
O Teseo, o Teseo mio,
Se tu sapessi, o Dio,
Se tu sapessi, ohimè ! Come s'affanna
La povera Arianna,
Forse,forse pentito
Rivolgeresti ancor la prora al lito.
Ma, con l'aure serene
Tu te ne vai felice et io qui piango;
A te prepara Atene
Liete pompe superbe, et io rimango
Cibo di fera in solitarie arene;
Te l'uno e l'altro tuo vecchio parente
Stringerà lieto, et io
Più non vedrovvi, o madre, o padre mio.


Ô Thésée, ô mon Thésée,
Tu es mien, je voulais te dire que tu es mien
Et pourtant tu fuis, ô cruel, mes regards.
Reviens, mon Thésée
Revien, Thésée, ô Dieu.
Reviens sur tes pas revoir celle
Qui abandonna pour toi sa patrie et son royaume
Et sur cette grêve encore,
Proie des bêtes cruelles et sans pitié,
Laissera les os nus.
Ô Thésée, ô mon Thésée
Si tu savais, hélas, comme est tourmentée
La pauvre Ariane
Peut-être, peut-être repenti
Retourneras-tu la proue vers ce rivage.
Mais avec la brise tranquille
Tu t'en vas, heureux, et moi, ici, je pleure;
A toi Athènes prépare
En liesse de fastueuses fêtes, et moi je reste
La proie des bêtes féroces de ce rivage désolé;
L'un est l'autre de tes vieux parents
T'embrassera, heureux, et moi
Je ne vous reverrez plus, ô mère, ô mon père.


Tendresse du premier appel dans un soupir suivi de la revendication (si, si), la colère, la déchirure, les grands intervalles, les dissonances qui culminent sur "dispietate", l'homorythmie maintenue jusque là est brisée dans des appels en imitation, reflêt du désordre interne d'Ariane.
L'apaisement sur O Teseo, l'image du bienheureux qui s'enfuit dans le chromatisme, presque le pardon dans des susurrements indulgents sur io piango. Une belle montée chromatique sur vedrovvi, o madre qui associe dans une belle synthèse, bonheur et douleur.
Revenir en haut Aller en bas
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptySam 24 Nov 2007 - 17:27

Lamento d'Arianna - Terza parte

3-
Dove, dove è le fede,
Che tanto mi giuravi ?
Così ne l'alta sede
Tu mi ripon de gli avi ?
Son queste le corone
Onde m'adorni il crine ?
Questi scettri sono,
Queste le gemme e gli ori:
Lasciarmi in abbandono
A fera che mi stracci e mi divori !
Ah Teseo, ah Teseo mio,
Lascierai tu morire
In van piangendo, in van grindando aita,
La misera Arianna
Che a te fidossi e ti diè gloria e vita ?


Où donc est la foi
Que vous m'avez tant jurée ?
Est-ce en me traitant ainsi
Que tu penses honorer mes aïeux ?
Voici donc les couronnes
Dont tu pares ma chevelure ?
Voici donc les sceptres ?
Voici donc les gemmes et les ors:
Me laisser abandonnée
Aux fauves qui me déchirent et me dévorent ?
Ah Thésée, ah mon Thésée !
Laisseras-tu mourir,
Eplorée en vain, suppliante en vain
La misérable Ariane
Qui se fia à toi et te donna gloire et vie ?


Concitato !
C'est à dire 'agité'. Figuration de l'agitation psychologique du personnage ou de son comportement (batailles comme dans le livre VIII qui joue à fond sur les deux niveaux de représentation).
Déchirante douleur sur "lasciarmi abbandono" mêlé intimement "A fera... divori", jeu assez rare chez Monteverdi ce mélange des deux vers, comme un télescopage, un point culminant qui laisse Ariane sous le choc, tout s'interrompt et se poursuit d'une voix blanche. L'air lui manque, tout est entre le parlando et l'homophonie qui contraste furieusement avec la véhémence du début.
Revenir en haut Aller en bas
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptySam 24 Nov 2007 - 17:53

Lamento d'Arianna - Quarta e ultima parte

4-
Ah che non pur risponde,
Ahi, che più d'aspe è sordo a' miei lamenti.
O nembi, o turbi, o venti,
Sommergetelo voi dentr'a quell'onde.
Correte, orchi e balene,
E de le membra immonde
Empiete le voragini profonde.
Che parlo, ahi, che vaneggio ?
Misera, ohimè, che chieggio ?
O Teseo, o Teseo mio,
Non son, non son quell'io,
Non son quell'io che i fêri detti sciolse:
Parlò l'affanno mio, parlò il dolore;
Parlò la lingua sì, ma non gia il core.



Ah qu'il reste sans réponse !
Hélas, plus qu'un aspic, il reste sourd à mes plaintes
Ô nuées, ô tempêtes, ô vents
Submergez-le de ces flots,
Accourez orques et baleines
Et de ses membres infâmes
Emplissez les gouffres sous-marins.
Mais que dis-je, hélas, quelles divagations,
Misère ! Hélas, qu'ai-je éxigé ?
Ô Thésée, ô mon Thésée
Non, pas moi, ce n'est pas moi.
Je ne suis pas celle qui ait souhaité de telles cruautés
C'est mon affliction qui parle, c'est ma douleur qui parle,
C'est ma bouche, mais non mon coeur.


Le temps des larmes puis de la colère sont passés, c'est la stupeur hallucinée, la folie qui s'empare d'elle.
Les deux premiers vers sont emprunt d'un climat mortifère comme si toute vie s'était retirée du corps et de l'esprit d'Ariane figuré par des dissonances comme froides: des intervalles entre les lignes des différentes voix d'une seconde, les voix ne se touchent plus, les affects sont dissociés et introduisent la haine qui habite, comme un monstre, les profondeurs de sa pensée, en style concitato. Cette folie momentanée cesse devant son amour pour Thésée et le mode mineur revient et les lignes vocales s'adoucissent dans de tendres plaintes, Teseo mio, plus rien de contondant, l'acceptation de l'abandon, quelques douleurs sur fêri detti sciolse et parlò.

On a vu tour à tour les pleurs, la tendresse amoureuse, la colère revendicative, la douleur déchirante jusqu'à la démence, la douleur poignante de la perte de ses parents, l'angoisse agitée, la stupeur, la haine... Rarement Monteverdi aura montré une telle virtuosité expressive.
Revenir en haut Aller en bas
hansi
Mélomane du dimanche


Nombre de messages : 76
Date d'inscription : 16/10/2007

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptySam 24 Nov 2007 - 18:05

Vartan parles-tu, comprends-tu l'Italien ? Si oui, est-ce la raison pour laquelle tu adores ces madrigaux ?
Revenir en haut Aller en bas
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptySam 24 Nov 2007 - 18:56

C'est un peu secondaire pour moi, c'est quand même la musique qui compte ici. Je parlais italien, c'est beaucoup plus rouillé pour moi aujourd'hui. Mais il faut écouter. Very Happy
Revenir en haut Aller en bas
DavidLeMarrec
Mélomane inépuisable
DavidLeMarrec

Nombre de messages : 89370
Localisation : tête de chiot
Date d'inscription : 30/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptyDim 25 Nov 2007 - 23:07

Je fais décidément mon classique réfractaire ce soir, mais en réécoutant le Lamento d'Ariane tel que présenté dans ce Sixième Livre (en découvrant la version d'Alessandrini), je confirme vraiment que mon inclination me pousse plus vers le Monteverdi le plus authentiquement madrigaliste. Le Cinquième, qui m'évoque plus aisément Marenzio ou Agostini, voire les Flamands avec l'homorythmie parfois presque stricte, me séduit bien plus.

Il faut dire aussi que les voix retenues par Alessandrini pour ce volet sont bien grêles - sans vibrato, presque blanches, assez acides. Malgré la clarté extraordinaire des lignes, on manque d'investissement. La compagnie Deller m'avait infiniment plus convaincu dans ces pages.

Heureusement qu'il y a le texte de Vartan pour faire passer la pilule. dwarf
Revenir en haut Aller en bas
http://operacritiques.free.fr/css/
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptyDim 25 Nov 2007 - 23:14

On va s'y remettre. Wink

On entre effectivement dans le bizarre avec ces pièces, pour l'enregistrement je n'ai pas d'autre choix comparatif que celui-ci.
Deller à voix seule ? I love you ...ou la version polyphonique ? Je ne connais pas mais ça doit valoir son poids en ducats vénitiens. Very Happy
Revenir en haut Aller en bas
DavidLeMarrec
Mélomane inépuisable
DavidLeMarrec

Nombre de messages : 89370
Localisation : tête de chiot
Date d'inscription : 30/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptyDim 25 Nov 2007 - 23:25

vartan a écrit:
On va s'y remettre. Wink

On entre effectivement dans le bizarre avec ces pièces, pour l'enregistrement je n'ai pas d'autre choix comparatif que celui-ci.
Deller à voix seule ? I love you ...ou la version polyphonique ? Je ne connais pas mais ça doit valoir son poids en ducats vénitiens. Very Happy
La version polyphonique (un vinyl épuisé). D'une douceur élégiaque ineffable. Il n'y a que le tout début, cependant.

Mais je crois que tu as ça dans ton répertoire. siffle
Revenir en haut Aller en bas
http://operacritiques.free.fr/css/
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptyDim 25 Nov 2007 - 23:39

Sûrement. Very Happy
Revenir en haut Aller en bas
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptyDim 25 Nov 2007 - 23:51

Mais sincèrement je trouve ça hors-sujet, douceur tu dis, en effet, mais je trouve le texte trahi par cette douceur des plus alanguies, ça manque de ciselé, c'est un peu mou, pas de progression dramatique. silent

Mais c'est un plaisir de pouvoir entendre des choses neuves là-dedans, pour moi. Very Happy
Revenir en haut Aller en bas
DavidLeMarrec
Mélomane inépuisable
DavidLeMarrec

Nombre de messages : 89370
Localisation : tête de chiot
Date d'inscription : 30/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptyLun 26 Nov 2007 - 0:11

vartan a écrit:
Mais sincèrement je trouve ça hors-sujet, douceur tu dis, en effet, mais je trouve le texte trahi par cette douceur des plus alanguies, ça manque de ciselé, c'est un peu mou, pas de progression dramatique. silent
Evidemment, c'est anglais et ça a quarante ans... rien à voir avec le tempérament d'Alessandrini. J'aime bien ces voix très incarnées, moi, de vraies personnalités, presque crié par moment.

Mais tout à fait, ça n'a pas une netteté extrême. Je trouve au contraire que ce côté enveloppant rapproche du genre, le rend moins aride. Ca me fait moins souffrir du manque de modulation, personnellement.
Revenir en haut Aller en bas
http://operacritiques.free.fr/css/
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptyLun 26 Nov 2007 - 0:42

5-
Zefiro torna e'l bel tempo rimena
E i fiori e l'herbe, sua dolce famiglia,
E garrir Progne e piagner Filomena,
E primavera candida e vermiglia.

Ridono i prati e 'l ciel si rasserena,
Giove s'allegra di mirar sua figlia,
L'aria e l'acqua e la terra è d'amor piena,
Ogni animal d'amar si racconsiglia.

Ma per me, lasso, tornano i più gravi
Sospiri che dal cor profundo tragge
Quella ch'al Ciel se ne portò le chiavi;

E cantar augelletti, e fiori piagge,
E'n belle donne honeste atti soavi
Sono un deserto e fere aspre e selvaggie.


Zéphyr, reviens et ramène les beaux jours,
Et les fleurs et l'herbe, sa douce famille,
Et les gazouillis de Progné et les plaintes de Philomène
Et Printemps, sa candeur et son vermeil.

Riants sont les prés et le ciel rasséréné,
Jupiter se réjouit d'admirer sa fille
L'air et l'eau et la terre débordants d'amour,
Chaque animal se réjouissant d'aimer.

Mais pour moi, hélas, reviennent les plus pesants
Soupirs que des profondeurs du coeur, tire
Celle qui au Ciel en emporta les clés.

Et le chant des oiseaux, et ces prés fleuris,
Et les manières gracieuses de ces nobles dames
Demeurent un désert et d'âpres et sauvages blessures.


Entrons dans la classique poésie de Pétrarque moins torturée que les auteurs avec lesquels Monteverde travaille. Suivant le terrible Lamento d'Ariannan nous voici plongés dans une cavalcade joyeuse et l'arioso des voix supérieures surprend, c'est malgré tout un poème de deuil pour Pétrarque qui a perdu Laure de Nones, belle dame avignonaise dont il fit une figure idéalisée et aimée. Elle meurt, sans doute de la peste, en 1348. "Zefiro torna", cette injonction sifflante anime furieusement les deux premiers quatrains, une belle pose sur" Filomena". Mais derrière cette gaité un peu forcée on sent une tension pénible, trop de précipitation. Tout est caché dans "torna" du premier vers qui annonce la réponse "tornano" du 9°. L'affliction soudaine, les dissonances qui se développent mais freinent sur "sospiri", une montée sur "Ciel", tous ces figuralismes sont très classiques eux-aussi bien en accord avec la simplicité du sonnet.
Les voix enternt en imitation pour le dernier tercet comme pour rappeler la joie du début mais tout se fige dans des dissonances qui semblent ne jamais pouvoir se résoudre, les plus crues je pense jamais écrites à cette époque en tout cas chez Monteverdi. L'inspiration maniériste est à l'oeuvre dans cette fin qui aurait provoqué une attaque d'apoplexie vingt ans plus tôt chez les auditeurs. Le déchirement sonore qui dure près d'une minute est d'un pathétique implacable.
Revenir en haut Aller en bas
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptyLun 26 Nov 2007 - 1:26

6-
Una donna fra l'altre honesta e bella
Vidi nel choro di bellezza adorno;
L'armi vibrar mover il piede intorno,
Feritrice d'amor, d'amor rubella.

Uscian dal caro viso aure e quadrella
E'n quella notte, che fe invidia e scorno
Col sol de suoi belli occhi al chiaro giorno;
Si rese ogn'alma spettatrice ancella.

Non diede passo all'hor che non ferisce,
Ne girò ciglio mai che non sanasce,
Ne vi fu cor che 'l suo ferir fugisce.

Non ferì alcun che risanar bramasce,
Né fu sanato alcun che non languisce,
Né fu languente alfin che non l'amasce.



Une Dame, honnête et belle entre les autres,
Que je vis dans cette belle assemblée
L'arme au poing, le pied aguerri,
Blessante d'amour, d'amour, rebelle.

Provenant de son cher visage, parfums et flèches,
Et dans cette belle nuit qui attire et repousse
Avec le soleil de ses beaux yeux au clair regard,
Se rendit esclave, chaque âme qui la regardait.

Elle ne pouvait se mouvoir d'un pas sans blesser,
Ni battre des cils sans que cela guérisse.
Il n'y eut coeur qui sous ses coups ne chercha à fuir.

Elle ne blessa personne qui souhaitât guérir,
Il n'y eut aucun sauvé qui ne languît,
Il n'y en eut enfin, aucun qui languissant ne l'aimât.



Concertato avec clavecin dit le sous-titre.

Concertant et d'inspiration monodique, un trio masculin vocalise en de beaux mélismes sur "bella" et "vidi", "armi" et "vibrar" avec un ton guerrier qui annonce le livre VIII et ses guerres d'amour.
Les voix féminines apportent leur réponse au deuxième quatrain sur le même ton combattif en un beau duo, pause sur "notte", la nuit et ses mystère ? Tout devient plus inquiet sur "si rese..." le spectateur tombe dans les rets de la dame.

Les deux tercets restent classiques avec ces glissements en imitation du premier et les figuralismes érotiques sur "Nè fu languente" et "non l'amasce".
Revenir en haut Aller en bas
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptyLun 26 Nov 2007 - 1:31

DavidLeMarrec a écrit:
Je trouve au contraire que ce côté enveloppant rapproche du genre, le rend moins aride. Ca me fait moins souffrir du manque de modulation, personnellement.

Oui, certes c'est moins désolé et semble plus lyrique, riche. C'est sans doute ce qui me parle moins. L'aridité des interprétations plus actuelles me semblent mieux soutenir la poésie et lui rendre son importance. Après, qu'écoutaient vraiment les Duc de Ferrare et de Mantoue ? scratch
Revenir en haut Aller en bas
DavidLeMarrec
Mélomane inépuisable
DavidLeMarrec

Nombre de messages : 89370
Localisation : tête de chiot
Date d'inscription : 30/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptyMar 27 Nov 2007 - 0:22

Sans doute pas des anglais apprentis-falsettistes, accordé.

Mais justement, je trouve cette aridité très musicale, elle met à distance les affects, comme si c'était romantique et sale.
Revenir en haut Aller en bas
http://operacritiques.free.fr/css/
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptyMar 27 Nov 2007 - 0:28

Je ne saisis pas ce que tu veux dire. scratch

Peut-être que ce n'est pas la voix elle-même qui transmet l'émotion directement par ses qualités expressives (comme dans le "bel canto") mais les madrigalismes qui nous interprètent le texte et le contenu émotionnel ? Je sais, ce n'est pas très clair. Confused
Revenir en haut Aller en bas
DavidLeMarrec
Mélomane inépuisable
DavidLeMarrec

Nombre de messages : 89370
Localisation : tête de chiot
Date d'inscription : 30/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptyMar 27 Nov 2007 - 1:02

vartan a écrit:
Je ne saisis pas ce que tu veux dire. scratch
Que les lignes sont claires, mais l'expression famélique.

Et les "madrigalismes ne suffisent pas tout à fait à la combler - pour moi.
Revenir en haut Aller en bas
http://operacritiques.free.fr/css/
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptyMar 27 Nov 2007 - 1:14

Je vois mieux et si je ne partage pas ton impression, c'est tout à fait ça en effet le madrigal interprété à la mode d'aujourd'hui, bien que pour nuancer il faudrait dire que le madrigal étant issu de la polyphonie la plus mathématique et la plus sèche possible, cette livraison de pièces recèle quand même beaucoup de belle trouvailles expressives par exemple dans les duos ou les lamentations monodiques. Onverra ce que ça donne avec la Lettera amorosa du VII.
Revenir en haut Aller en bas
DavidLeMarrec
Mélomane inépuisable
DavidLeMarrec

Nombre de messages : 89370
Localisation : tête de chiot
Date d'inscription : 30/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptyMar 27 Nov 2007 - 1:35

vartan a écrit:
Je vois mieux et si je ne partage pas ton impression, c'est tout à fait ça en effet le madrigal interprété à la mode d'aujourd'hui, bien que pour nuancer il faudrait dire que le madrigal étant issu de la polyphonie la plus mathématique et la plus sèche possible, cette livraison de pièces recèle quand même beaucoup de belle trouvailles expressives par exemple dans les duos ou les lamentations monodiques. Onverra ce que ça donne avec la Lettera amorosa du VII.
Je suis persuadé que c'est très en style, et je ne dédaigne pas ces choix, loin s'en faut. Dans le Cinquième d'Alessandrini, c'est impeccable. Dans le Quatrième, c'est peut-être un peu aride, mais efficace. Dans le Sixième, je ne fonctionne pas trop.

Et puisque j'ai le choix, je préfère mes englishes.
Revenir en haut Aller en bas
http://operacritiques.free.fr/css/
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptyMer 28 Nov 2007 - 11:51

7-
A Dio Florida bella, il cor piagato
Nel mio partir ti lascio, e porto meco
La memoria di te, si come seco
Cervo trafitto suol strale alato.

Caro mio Floro a Dio, l'amaro stato
Consoli Amor del nostro viver cieco;
Che se 'l tuo cor mi resta, il mio vien teco,
Com'augellin, che vola al cibo amato.

Così su 'l Tebro a lo spuntar del Sole
Quinci et quindi confuso un suon s'udio
Di sospiri, di baci, e di parole:

Ben mio rimanti in pace: E tu, ben mio,
Vattene in pace, e sia quel ch'el ciel vuole,
A Dio Floro (dicean) Florida a Dio.



Adieu belle Florida, le coeur blessé
Dans ce départ, je te laisse, et je garde en moi
Le souvenir de toi, comme porte en lui
Le cerf transpercé d'une flèche aîlée

Mon Florian chéri, adieu, qu'Amour console
L'amère soumission à une destinée aveugle.
Si ton coeur reste avec moi, le mien part avec toi
Comme l'oiseau qui vole vers sa nourriture aimée.

Ainsi sur le Tibre à l'heure où point le soleil
Délicieusement confusent montent les rumeurs
De soupirs, de baisers et de confidences:

"Mon coeur, reste en paix"; - "Et toi, mon coeur
Pars en paix et qu'il en soit comme le ciel l'a souhaité
Adieu Florian (disaient-ils) Florida, adieu !"


Un des plus belle pièces de ce livre organisée comme une scène d'opéra en duo. On est proche de l'Orfeo dans l'esprit et l'accompagnement.
Chacun des deux solistes, le ténor puis la soprano, rejoints ensuite par le choeur à cinq voix qui brode un commentaire de la scène.

Le premier quatrain est dévolu au ténor donc qui dans une belle déclamation expressive ve exhaler toute la douleur de la séparation sur un beau mélisme autour de "strale alato".
Florida, une autre Euridice, la soprano, en miroir reprend cette déclamation lyrique pour vocaliser sur "vola" dans un beau figuralisme.

Le choeur vient languide en de longs accords déclamer le premier tercet pour s'animer en soupirs érotiques sur le dernier vers figurant la passion amoureuse de la dernière nuit des amants.

Dans le dernier tercet, ceux-ci se disent adieu en un beau duo sans pouvoir se séparer malgré tout, avant de se faire rejoindre par le tutti qui conclue sur "Adio".
Revenir en haut Aller en bas
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptyMer 28 Nov 2007 - 13:08

Voici deux strophes de la sestina qui en compte six. Je n'ai pas eu le courage de tout traduire, ce jeu de rimes sur les mêmes mots strophe après strophe m'ont lassé, ce qui n'enlève rien à la qualité du madrigal. De plus le maniérisme excessif de cette pièce rend une retranscription en français alambiquée et je ne suis pas certain de ne pas être dans les contre-sens en plus.
En voici les deux premiers:

Sestina: Lagrime d'Amante al sepolcro dell'Amate (Larmes de l'Amant au sépulcre de sa bien-aimée)

1- Prima parte
Incenerite spoglie, avara tomba
Fatta del mio bel Sol terreno Cielo.
Ahi lasso, i' vegno ad inchinarvi in terra,
Con voi chius'è 'l mio cor' a marmi in seno,
E notte e giorno vive in foco, in pianto,
In duolo, in ira, il tormentato Glauco.


Dépouille réduite en cendres, tombeau avare,
Faite, de mon beau soleil ici-bas, ciel. (!)
Hélas, je viens m'incliner sur cette terre,
Avec vous, mon coeur est enfermé au sein de ces marbres
Et nuits et jours je vis dans les braises, dans les plaintes,
Dans les douleurs, dans la colère, le tourmenté Glaucus.



Belle polyphonie homophonique et homorythmique brisée par la douleur aiguë de "Ahi lasso" qui résonne, est répété dans un mouvement de quinte descendante qui annonce en figuralisme le mot "inchinarvi" (s'incliner).
Deuxième halte sur "tormentato" en de délicates dissonances pathétiques.

2- Seconda parte
Ditelo, o fiume, e voi, ch'udiste Glauco
L'aria ferir di grida in su la tomba
Erme campagne, e 'l san le Ninfe e 'l Cielo;
A me fu cibo il duol, bevanda il pianto,
Poi ch'il mio ben coprì gelida terra,
Letto, o sasso felice, il tuo bel seno


Dites-le, ô fleurs, et vous qui entendîtes Glaucus,
Déchirer l'air de ses cris au-dessus de la tombe
Campagnes solitaires, et vous Nymphes et Ciel, vous le savez
Que me fut nourriture, la douleur, boisson, les plaintes
Depuis que ma bien-aimée recouverte de cette terre glacée,
Lit, ô bienheureuse pierre, de ton beau sein


"Ditelo" scandé sur lequel toutes les voix pépient le bonheur de l'amour jusqu'à "Cielo" où toutes les voix se réunissent avant d'entamer une belle déploration. Un "Poi che mio ben" d'une délicate douleur très touchante qui se résoud en une humeur dépressive, calme, celle de l'acceptation de la perte. Simple et concis, les strophes de la Sestina résument comme des haïkus tout l'art de Monteverdi.
Revenir en haut Aller en bas
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptyVen 30 Nov 2007 - 1:49

15-
Qui rise, o Tirsi, e qui ver me rivolse
Le due stelle d'Amor la bella Clori;
Qui per ornarmi il crin, de' più bei fiori
Al suon delle mie canne un grembo colse,
O memoria felice, o lieti giorno


Qui l'angelica voce e parole,
C'humiliaro i più superbi Tori;
Qui le Gratie scherzar vidi, e gli Amori
Quando le chiome d'or sparte raccolse.
O memoria felice, o lieto giorno.


Qui con meco s'assise, e qui mi cinse
Del caro braccio il fianco, e dolce intorno
Stringendomi la main, l'alma mi strinse.

Qui d'un bacio ferimmi, e 'l viso adorno
Di bel vermiglio vergognando tinse.
O memoria felice, o lieto giorno.



Ici, elle me sourit, o Thyrsis, et alors vers moi elle tourna
Les deux astres d'Amour, la belle Chloris;
Ici pour orner mes cheveux des plus belles fleurs
Au son de mon roseau, une brassée elle cueillit.
Ô souvenirs heureux, ô jours de liesse.


Ici, l'angélique voix et les paroles
Soumirent les plus superbes taureaux,
Ici je vis les Grâces jouer, et les Amours
Quand elle rassembla sa chevelure d'or.
Ô souvenirs heureux, ô jours de liesse.


Ici, avec moi elle s'assit et ici me ceint
De son tendre bras, le flanc. Et doucement
En m'étreignant la main, elle étreignit mon âme

Ici, d'un baiser elle me blessa, et le doux visage
D'un beau vermeille, de honte se tînt.
Ô souvenirs heureux, ô jours de liesse.



Sonnet dans le style maniériste, bien adapté à la nouvelle virtuosité vocale d'un madrigal sous-titré "concertato".

Deus solistes sopranos qui vocalisent à la tierce sur les deux premiers vers, arioso et en ornementant "rise" ou "bella". Réponse des ténor et alto qui s'appesantissent dans une ligne mélodique tout en arabesque sur "ornarmi", "fiori" et "colse". Ces images musicales en volutes sont contenues par le vers "Ô memoria", en refrain ajouté entre les quatrains, par le tutti à cinq voix dans un climat tout mélancolique. Chloris est perdue pour Thyrsis.

Le deuxième quatrain déjà plus triste est confié à la seule voix du dessus sur le ton de la confidence. Un duo puis un trio vient compléter ces images de bonheurs enfuis par des envolées de vocalises sur "Gratie scherzar", retour au duo et phrase conclusive au tutti.

Le premier tercet voit s'épanouir un duo amoureux qui, voluptueusement et douloureusement, propose des images métaphoriques de ces moments de tendresse érotique. Insistance sur "Cinse" et "fianco" évoquant l'étreinte.

Le dernier tercet plus tonique, un beau trio de voix masculines: arrêt sur images: "Ferimmi" et le superbe jeu sur les trois derniers mots du dernier vers: "vermiglio...tinse" là encore évocation de cette intimité érotique et pudique à la fois, belles images fondues en une seule polyphonie.

Il y a dans ce madrigal tendre et lent, délectable, une délicatesse des images musicales et poétiques qui concourrent à peindre ces affetti avec la plus grande précision. Une des plus belles réussites de Monteverdi réussissant à mêler habilement et avec la plus grande simplicité, monodie, polyphonie, mélismes et figuralismes.
Revenir en haut Aller en bas
Rubato
Mélomane chevronné
Rubato

Nombre de messages : 10705
Date d'inscription : 21/01/2007

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptyVen 30 Nov 2007 - 8:04

J'étais habitué à écouter le Lamento d'Arianna pour voix seule (mezzo) et basse continue et je viens de le découvrir à plusieurs voix avec basse continue, et j'ai presque eu l'impression d'entendre une oeuvre différente.
Celle pour voix seule me fait l'effet d'être plus dramatique. C'est sans doute dû à l'interprétation.
Dans les deux cas, je trouve celà magnifique.
Revenir en haut Aller en bas
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptyVen 30 Nov 2007 - 18:28

C'est quoi cette version à cinq voix avec basse continue ?
Revenir en haut Aller en bas
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptyVen 30 Nov 2007 - 19:04

18-
Presso un fiume tranquillo
Disse a Filena Eurillo:
-Quante son queste arene,
Tanto son le mie pene;
E quante son quell'onde,
Tanto ho per te nel cor piaghe profonde.

Ripose d'amor piena
Ad Eurillo Filena:
-Quante la terra ha foglie,
Tante son le mie doglie;
E quante il cielo ha stelle,
Tante ho per te nel cor vive fiammelle.

Dunque (con lieto core)
Soggiunse indi il pastore:
-Quanti ha l'aria augelletti
Sieno i nostri diletti;
E quante hai tu bellezze,
Tante in noi versi Amor care dolcezze.

-Si, si (con voglie accese
L'un e l'altro riprese)
-Facciam, concordi amanti,
Pari le gioie ai pianti,
A le guerre le paci;
Se fur mille i martir, sien mille i baci



Au bord d'un fleuve tranquille
Eurylle dit à Filena:
-Autant sont innombrables ces grains de sables
Autant sont mes peines.
Et autant sont abondants ces flots
Autant ai-je par toi de profondes plaies au cœur.

Tout amour, Filena
Répondit à Eurylle:
-Autant la terre et les feuilles,
Autant sont mes douleurs
Et autant le ciel a d'étoiles,
Autant je ressens, par toi, de vives flammes en mon sein.

Donc (le cœur tout en joie) répondit
Alors le berger:
-Qu'il y ait autant d'oiseaux dans les airs
Que nous avons de plaisirs
Et que tu sois aussi belle
Que de douceurs, Amour verse en nos cœurs.

Oui, oui (avec flamme
l'un et l'autre se répondaient):
-Faisons, amants réconcilliés,
nos joies autant que nos peines,
La guerre autant que la paix.
S'il nous fut mille martyres, qu'il nous soit mille baisers.



Le ton est celui de la franche pastorale, joyeuse et érotisée, tous les nuages des madrigaux précédents s'évanouissent dans ce bonheur simple.

Chacune des trois premières strophes est dévolue aux deux solistes (chacun des amants) qui se répondent tour à tour.
Dans une monodie arioso le ténor entame une scène de guerre d'amour. Le quel des deux souffre le plus de cette passion ?
La soprano répond dans le deuxième... A chaque fois, le tutti introduit la réponse.
La dernière strophe est plus développée et mêle très élégamment monodie, duos et tutti dans des entrelacements exaltés qui semblent accompagner les étreintes des amants. Leurs amis les entourent, les chantent et les fêtent.
Revenir en haut Aller en bas
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptySam 1 Déc 2007 - 1:27

Pas vraiment de discographie pour ce beau livre la plupart du temps évité sans doute en raison de son caractère sombre. Leppard, Cera, Gini ou Rooley n'ont pas cru bon les enregistrer à ce que j'en sais. Le Lamento d'Arianna est le tube qu'on retrouve dans presque toutes les compil' de Monteverdi.

A noter l'enregistrement délicieux de la version latine de ce lamento à cinq voix (Pianto della Madonna) par, entre autres, Emma Kirkby, Evelyn Tubb, Andrew King et The Consort of Musicke. Qu'on trouve dans le coffret Brilliant Monteverdi.

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 618tPrQUKjL._

Sinon la Venexiana qui doit être arrivée à son intégrale en a fait une version assez peécise mais qui m'a semblé sans âme.

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 51MT6W30NVL._


Une belle réussite comme souvent pour Alessandrini avec:

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 41D0MXEGPCL._


Dernière édition par le Sam 1 Déc 2007 - 12:15, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Rubato
Mélomane chevronné
Rubato

Nombre de messages : 10705
Date d'inscription : 21/01/2007

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptySam 1 Déc 2007 - 9:30

La version du Lamento d'Arianna dont je parlais est celle d'Alessandrini, que tu viens de présenter, Vartan Wink
Revenir en haut Aller en bas
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptySam 1 Déc 2007 - 12:14

Mais elle est sans basse continue, a cappella ! Wink

Je te demandais ça parce que Monteverdi en a écrit une version avec basse continue en 1620, je ne sais pas si ça a été enregistré par contre.
Revenir en haut Aller en bas
Rubato
Mélomane chevronné
Rubato

Nombre de messages : 10705
Date d'inscription : 21/01/2007

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptySam 1 Déc 2007 - 13:22

vartan a écrit:
Mais elle est sans basse continue, a cappella ! Wink

Je te demandais ça parce que Monteverdi en a écrit une version avec basse continue en 1620, je ne sais pas si ça a été enregistré par contre.
Moi j'entends le(s) instrument(s)!! scratch Du luth ou du théorbe, peut-être, ce n'est donc pas a cappella!
Revenir en haut Aller en bas
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 EmptySam 1 Déc 2007 - 14:25

Je crois que je vais aller faire la sieste, ça s'impose. Shocked
Elle est légère maius elle est là, j'en conviens. J'écoute ça en faisant totalement abstraction de la basse, je ne sais pas comment j'ai fait. Embarassed

Peut-être par comparaison avec les autres pièces où elle est plus développée.

Je corrige dans le commentaire. Confused
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 6 Empty

Revenir en haut Aller en bas
 
Le Madrigal italien (1530 - 1640)
Revenir en haut 
Page 5 sur 12Aller à la page : Précédent  1, 2, 3, 4, 5, 6 ... 10, 11, 12  Suivant

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Autour de la musique classique :: Musique classique :: Général-
Sauter vers: