Autour de la musique classique

Le but de ce forum est d'être un espace dédié principalement à la musique classique sous toutes ses périodes, mais aussi ouvert à d'autres genres.
 
AccueilAccueil  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  Connexion  
Le Deal du moment : -43%
SanDisk microSDXC Ultra 256 Go + Adaptateur SD – ...
Voir le deal
34.99 €

 

 Le Madrigal italien (1530 - 1640)

Aller en bas 
Aller à la page : 1, 2, 3 ... 11, 12, 13  Suivant
AuteurMessage
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyMer 21 Fév 2007 - 13:45

3- La modernité madrigalesque

Le premier madrigal fonde le genre avec l'apport exogène des Festa, Verdelot, Arcadelet et Willaert. Le genre mute et quitte la simple élégie de ses débuts pour se fixer quelques buts: peindre les passions de l'âme.
On emploie à l'époque une expression pour désigner le madrigal, la pittura delle orecchie, la peinture pour les oreilles, la peinture du mot en quelque sorte.

Deux élèves de Willaert, Niccolo Vicentino et Cyprien de Rore sont les artisans de cette évolution. Comme pour la suite de cette histoire, on retrouve toujours cette filiation qui sera directe entre les premiers maîtres et les derniers. Le compagnonnage issu de Moyen-âge est encore la manière de transmettre cet artisanat de la musique. Les maîtres ne dérogent pas à cette obligation, les apprentis font le chemin qui mène à tous ces centres européens où brille le talent de ces musiciens, ceci malgré la publication par douzaines des livres de madrigaux qui se répandent à travers toute l'Europe.

Nicola Vicentino: Italien (Vicence 1511 - Milan 1576)

Ardent défenseur de l'introduction du chromatisme dans la musique, il assoie sa démonstration qui entraînera une controverse romaine étalée sur cinq ans qui voit se disputer des évèques. Il fallait démontrer pour justifier l'emploi de ces anomalies acoustiques que les Grecs anciens utilisaient un système enharmonique et chromatique. Il perdit malgré la fabrication d'un clavecin spécial, l'archicembalo pourvu de 132 touches où les dièses et les bémols étaient des touches différentes ce qui mettait en relief le chromatisme de ces intervalles différents.

Malgré toutes ces complications, ce pionnier du chromatisme extrême formé par Willaert, qui est resté au service du Cardinal Hyppolite II d'Este a contribué à affranchir la musique du vieux système modal et d'ouvrir la voie à de Rore, Marenzio, Gesualdo et du Monteverdi des cinq premiers livres.

Cinq livres de madrigaux à 5 voix (les 2°, 3° et 4° sont perdus)

Cyprien de Rore: Flamand (Malines 1515 - Parme 1565)

Un maître de chant de Notre-Dame d'Anvers lui enseigne son alpha et son Beta musical. A 19 ans il part pour Venise où il est chantre à Saint-Marc sous l'autorité de son compatriote Willaert. En 1542 il publie son premier livre de madrigaux et en 1545 il passe au service des Este de Ferrare où il travaille avec l'autre élève de Willaert, Vicentino qui entend faire revivre la musique chromatique de l'antiquité. Dans cette optique, il publie un ouvrage théorique : L'Antica Musica ridotta alla moderna prattica. Ces musiciens de l'élite sont devenus les véritables pourfendeurs de l'académisme musical qui recule progressivement de toutes les chapelles.

Ercole II d'Este meurt, il passe donc au service de la régente des Pays-Bas, Marguerite de Parme en 1559, puis de son époux le duc Ottavio Farnese comme maître de chapelle en 1561.

Sa renomée grandit, les procurateurs de Venise lui offrent le poste de Saint-Marc qu'il accepte un an avant de se rétracter devant la lourdeur de la charge. Il revient travailler à Parme. Il meurt tôt. Entré de son vivant dans la gloire, il est celui qui fait entrer le madrigal dans une liberté harmonique et chromatique inouïe jusque là.

197 pièces à 3, 4 et 5 voix où l'utilisation de Petrarque, Molino, Parabosco. Avec lui le madrigal se fait pour la première fois une peinture des mots, dramatique et vivante.
Revenir en haut Aller en bas
DavidLeMarrec
Mélomane inépuisable
DavidLeMarrec

Nombre de messages : 91156
Localisation : tête de chiot
Date d'inscription : 30/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyMer 21 Fév 2007 - 14:44

Cipriaaaaaaano ! I love you

Il y a en effet chez lui une aisance, un naturel du contrepoint qui me laissent très admiratif. On sent clairement l'assouplissement harmonique dont tu parles.

Vartan, tu aurais peut-être un peu plus de succès si tu suggérais une petite discographie indicative pour chaque étape, même sans commentaire pour ne pas te faire trop de travail. Parce que les ensembles ne sont pas les mêmes que ceux de la "musique classique" habituelle.
Revenir en haut Aller en bas
http://operacritiques.free.fr/css/
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyMer 21 Fév 2007 - 16:24

DavidLeMarrec a écrit:
Vartan, tu aurais peut-être un peu plus de succès si tu suggérais une petite discographie indicative pour chaque étape, même sans commentaire pour ne pas te faire trop de travail. Parce que les ensembles ne sont pas les mêmes que ceux de la "musique classique" habituelle.

Comment ose-tu dire que je n'ai pas de succès ? Shocked

Oui, je pensais la faire après pour rester dans le fil cette discographie. Et pour ces premiers là, la discographie est assez maigre et moi-même n'en ai écouté qu'épisodiquement. Je vais essayer de faire ça pour demain.
Revenir en haut Aller en bas
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyMer 21 Fév 2007 - 17:22

Avec lui, le madrigal est devenu un genre classique. Même le grand Palestrina se plie à la mode, mais sous un nom d'emprunt, "Gianetto".
Et le grand Roland de Lassus...

Roland de Lassus - Orlando di Lasso: Franco-flamand (Mons 1532 - Munich 1594)

Considéré de son temps comme le plus grand compositeur du XVI° siècle.

A 12 ans il est déjà à pied d'oeuvre en Italie, chez le vice-roi de Sicile, Fernandino Gonzague. Il y restera 10 années et y assure sa formation musicale sur laquelle je n'en sais pas plus !
Après le sud, c'est le nord avec Milan, Naples puis Rome où il dirige la chapelle de la basilique St Jean de Latran à... 21 ans. Son talent est tel en matière de musique sacrée qu'il devient une star internationale. Le roi de France souhaite l'avoir dans sa chapelle, les commandes affluent de toutes les cours européennes. Il décide de rejoindre la chapelle du duc de Bavière, Albrecht V en 1556 comme ténor (hé oui, les ténors ne sont pas tous des gens légers à la mémoire courte Mr. Green ) puis maître de la chapelle en 1563. Il conservera ce poste jusqu'à sa mort.

Son oeuvre est monumentale, motets par centaines, messes... En ce qui nous concerne, il composera 180 madrigaux à 5 voix surtout et des dérivés drôlatiques plus légers, des villanelle et des moresche. Il compose aussi de la chanson française.

Pour l'Italien, il privilégie le vers à la prosodie, ce qui le différencie de l'école du madrigal à venir. Cela a pour résultat de donner un air plus mélodique à ses pièces qui sont d'allure plus contenues, sérieuses et sans le maniérisme qui va déferler bien vite dans ce cénacle de compositeurs. Il cherche avant tout à garder le cap de l'interprétation globale du poème, utilise certains chromatismes. Il peut sembler plus détaché émotionnellement du texte, mais assure un autre courant baroque qui rejoindra la monodie plus tardive des autres madrigalistes. La forme est avec lui sans doute un peu plus importante que le fond.

Son style reste noble, riche harmoniquement et donne une allure introvertie, intense. Son orientation le conduira au madrigal spirituel (où il brille comme Monteverdi) où l'expressivité est moins importante, l'écriture plus savante. Ses derniers madrigaux deviennent austères en rapport semble-t-il avec la sévérité des moeurs de la cour bavaroise de l'époque. Aucune composition signalée pour les fêtes de la bière de Munich.


Aux abords de la décennie 1560-70, les autochtones au contact de ces nordistes commencent à devenir plus importants, tant en quantité qu'en qualité. De nouvelles écoles voient le jour: Vérone avec Nasco, Ruffo, Bologne 5Fernabosco).

Marc'Antonio Ingegnieri, véronnais, se fixe à Crémone où il assurera l'enseignement du jeune Monteverdi.

Deux grandes figures du nord émergent encore du lot:

Giaches de Wert: (ou Weert, Anvers 1535 - Mantoue 1596)

Enfant il est fait chantre au service de la marquise della Padula près de Naples. En 1558 il est signalé à la cour d'Alfonso de Novellara (branche cadette des Gonzague) et en 1561 à Rome à la chapelle du duc Farnese où il rencontre Cyprien de Rore qui lui enseigne le madrigal expressif et chromatique. Il poursuit ses pérégrinations et on le retrouve à Milan chez le gouverneur espagnol Gonsalve Fernandez de Cordoba, Olé ! cheers car les espagnols sont partout en Italie (au duché de Milan que les Français n'ont pas été fichus de conserver, au sud où Naples et les Deux-Sicile sont quasiment des provinces ibériques et à Rome où le pape subit leur lourde influence).
Remarqué par le duc Guglielmo Gonzague (encore et toujours les Gonzague), il devient son maître de chapelle en 1564.
Très admiré et jalousé à la cour même, il subira de multiples intrigues et cabales qui le pousseront vers la sortie alors que sa musique est d'une grande douceur. Rolling Eyes Il faut dire que sa vie sentimentale quelque peu agitée ne l'a pas aidé. Mais n'en parlons pas, ce n'est pas le sujets. A moins que certains y tiennent. Mr. Green

Compositeur parfaitement italianisé, il est très apprécié à la cour de Ferrare où opérait le Concerto delle donne (trio de chanteuses virtuoses), il est inspiré déjà par ce courant concertant qui fait de lui un maillon entre la première et la seconde pratique. Mais nous y reviendrons. Son chant régulier sussure le mot et dans cette eurythmie glisse quelques frottements et chromatismes délicats. Un grand poète du mot.
Il aura sous sa baguette un temps, le jeune Monteverdi alors joueur de viole à qui il transmettra ces ébauches de madrigalisme progressiste issu de l'école de Luzzaschi (Ferrare).

11 livres de madrigaux à 5 voix
1 livre à 4 voix
1 livre à 6 voix

L'essentiel est perdu, mais on peut en entendre tout de même.

Ce très beau disque de madrigaux sur la poésie du Tasse et de Guarini.
Je réécoute ça, c'est superbe.

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 B00009L81B.08._SCLZZZZZZZ_


Dernière édition par le Jeu 22 Fév 2007 - 0:13, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
DavidLeMarrec
Mélomane inépuisable
DavidLeMarrec

Nombre de messages : 91156
Localisation : tête de chiot
Date d'inscription : 30/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyMer 21 Fév 2007 - 17:25

vartan a écrit:
DavidLeMarrec a écrit:
Vartan, tu aurais peut-être un peu plus de succès si tu suggérais une petite discographie indicative pour chaque étape, même sans commentaire pour ne pas te faire trop de travail. Parce que les ensembles ne sont pas les mêmes que ceux de la "musique classique" habituelle.

Comment ose-tu dire que je n'ai pas de succès ? Shocked
Je veux dire de réactions dissertes. Ensuite, il suffit de regarder le nombre de lectures du sujet pour s'assurer de ta popularité sans faille. [Je n'ai pas vérifié, mais j'en suis sûr.]

Ouf. De toute façon c'était ça ou les excuses, je ne suis pas libre demain, j'ai déjà un duel.


Citation :
Oui, je pensais la faire après pour rester dans le fil cette discographie. Et pour ces premiers là, la discographie est assez maigre et moi-même n'en ai écouté qu'épisodiquement. Je vais essayer de faire ça pour demain.
S'il n'y a pas de discographie particulière, tout va bien, on te suit.

Je ne veux pas non plus m'immiscer dans ta leçon, c'était juste une suggestion. Maladroite.
Revenir en haut Aller en bas
http://operacritiques.free.fr/css/
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyMer 21 Fév 2007 - 17:35

[quote="DavidLeMarrec"]
Ouf. De toute façon c'était ça ou les excuses, je ne suis pas libre demain, j'ai déjà un duel.

C'est partie remise ! pirat


Citation :


Je ne veux pas non plus m'immiscer dans ta leçon, c'était juste une suggestion. Maladroite.

Mais non, toute suggestion est la bienvenue. Wink
Revenir en haut Aller en bas
entropie
Muet ventriloque
entropie

Nombre de messages : 4234
Localisation : cherbourg
Date d'inscription : 13/05/2006

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyMer 21 Fév 2007 - 19:22

C'est trés interessant a lire et ca se lit trés bien !
Par contre ce que dit David n'est pas faux (pour mon cas au moins.)Comme je ne connait pas du tout avoir des conseils de CD se serait une bonne chose. Et effectiverment si c'est possible par etape plutot qu'a la toute fin je croit que ca m'aiderais...Ce n'est bien sur qu'un position toute personelle, c'est peut être mieux autrement pour les autres.
Revenir en haut Aller en bas
http://autourdelatartemoder.forumactif.org
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyMer 21 Fév 2007 - 22:35

entropie a écrit:
C'est trés interessant a lire et ca se lit trés bien !
Par contre ce que dit David n'est pas faux (pour mon cas au moins.)Comme je ne connait pas du tout avoir des conseils de CD se serait une bonne chose. Et effectiverment si c'est possible par etape plutot qu'a la toute fin je croit que ca m'aiderais...Ce n'est bien sur qu'un position toute personelle, c'est peut être mieux autrement pour les autres.

J'ai commencé à meubler en éditant les premiers messages, mais pour ces premiers madrigalistes, il n'y a presque rien d'enregistré et mes quelques connaissances de ces pièces rares données par des ensembles vocaux confidentiels sont sur de vieilles cassettes enregistré sur FM.
Mais je vais creuser un peu et éditer les autres compositeurs.

Pour la suite ça s'enrichit considérablement et pour Monteverdi seul, toute l'oeuvre est disponible en CD.
Revenir en haut Aller en bas
entropie
Muet ventriloque
entropie

Nombre de messages : 4234
Localisation : cherbourg
Date d'inscription : 13/05/2006

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyMer 21 Fév 2007 - 22:44

vartan a écrit:
entropie a écrit:
C'est trés interessant a lire et ca se lit trés bien !
Par contre ce que dit David n'est pas faux (pour mon cas au moins.)Comme je ne connait pas du tout avoir des conseils de CD se serait une bonne chose. Et effectiverment si c'est possible par etape plutot qu'a la toute fin je croit que ca m'aiderais...Ce n'est bien sur qu'un position toute personelle, c'est peut être mieux autrement pour les autres.

J'ai commencé à meubler en éditant les premiers messages, mais pour ces premiers madrigalistes, il n'y a presque rien d'enregistré et mes quelques connaissances de ces pièces rares données par des ensembles vocaux confidentiels sont sur de vieilles cassettes enregistré sur FM.
Mais je vais creuser un peu et éditer les autres compositeurs.

Pour la suite ça s'enrichit considérablement et pour Monteverdi seul, toute l'oeuvre est disponible en CD.

Merci ! Wink
Revenir en haut Aller en bas
http://autourdelatartemoder.forumactif.org
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyJeu 22 Fév 2007 - 1:59

Philippe de Monte: Flamand, (Malines 1521 – Prague 1603)

D'origine néerlandaise (Van den Berghe). Grande figure du madrigal franco-flamand.
Il est à Naples vers 1542 comme précepteur.
1554, il publie un premier livre de madrigaux à 5 voix.
Bref retour en Flandres auprès du roi Philippe II d'Espagne. Il se lie d'amitié avec William Byrd qui fera la carrière que l'on sait.

Il repart en Italie pour mener une existence de musicien plus ou moins indépendant et itinérant.
En 1568 il accepte le poste de maître de chapelle impériale à Vienne où il servira durant 35 ans les empereurs Maximilien II et Rodolphe II.
Célèbre à l'égal de Lassus et Palestrina, il travaille pour le banquier Fugger, Isabelle de Medicis, les Orsini...

38 messes, 300 motets... 1073 madrigaux. C'est l'auteur le plus fécond et le plus régulier. Il sera le pédagogue le plus apprécié de son époque (Jean de Macque).
Il est moins Italien que son art le laisse croire: mélodismes harmonieux, alternance heureuse de jeux contrapuntiques, homophonie. Il reste moins attentif à la peinture du mot qu 'au sens général du poème (Petrarque et Bembo) et se tient à distance des défis chromatiques et des pièges dissonants de ses contemporains.
Il se coupe vers la fin de sa vie d'avec les courants progressistes chromatiques ou monodistes et dans ses dernières oeuvres, il compose sur de la poésie de Guarini des madrigaux pastoraux.


Dans les années 1570-80, le genre est devenu l'emblème de la musique italienne. Omniprésent il s'enrichit et se diversifie, son écriture passe de 4 à 5 et 6 voix, le plus souvent égales et se resserre par le biais d'effets imitatifs et de figurations qui vont toujours plusloin vers une visualisation de l'image acoustique afin de mieux donner un sens de la peinture du mot. Les racines populaires sont oubliées sauf dans les formes connexes, les villanelle et moreschequ'un Lassus ou Marenzio pratiquent. L'essentiel tient dans la représentation sonore du texte, tenter de lierune écriture mélodique à la subtilité d'une harmonie assurant le climat expressif de la pièce. Le texte, l'harmonie, la mélodie.

Si cette unité semble sans partage, un foyer infectieux va pourtant l'entamer quelque peu à partir de 1576: la Camerata Bardi de Florence qui cherche à retrouver, recréer la tragédie des anciens Grecs et ses vertus dramatiques. Deux conceptions opposées.

D'un côté du terrain les madrigalistes, Monteverdi dans les cages. Le Néerlandais de Wert entraîneur.
De l'autre les Florentins, Peri gardien de but. Materazzi en remplaçant.
Le terrain est sec, la foule soutient les madrigalistes qui jouent à domicile.
Une sombre affaire de dopage au Tiramisù trafiqué fait peser des soupçons sur les Florentins.

Les Florentins ont le ballon.

(je tente une approche compréhensible pour Xavier et son équipe du topic foot)

Les premiers, tenants d'une polyphonie comme moyen d'expression des passions d'un seul être, de l'autre avec Bardi, une voix, la monodie, soutenue par la mélodie comme Orphée par sa lyre.
Les premiers exacerbent une dramatisation de la musique, les seconds habillent la tragédie d'une parure musicale. L'issue de ce match sera ambiguë. Les Florentins remportent cette rencontre. Le match retour voit les madrigalistes remporter la coupe.
Revenir en haut Aller en bas
DavidLeMarrec
Mélomane inépuisable
DavidLeMarrec

Nombre de messages : 91156
Localisation : tête de chiot
Date d'inscription : 30/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyJeu 22 Fév 2007 - 2:14

Oui, je pense que ça sera limpide comme ça Exclamation Mr. Green

Et le seria belcantiste prendra pour les Florentins une revanche posthume. (la complexité en moins)

Mais un petit village de Gaulois résistera...

La suite dans le prochain album de Varterzo.
Revenir en haut Aller en bas
http://operacritiques.free.fr/css/
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyJeu 22 Fév 2007 - 2:20

DavidLeMarrec a écrit:

Et le seria belcantiste prendra pour les Florentins une revanche posthume. (la complexité en moins)

Oui, c'est bien sombre comme fin.
Revenir en haut Aller en bas
entropie
Muet ventriloque
entropie

Nombre de messages : 4234
Localisation : cherbourg
Date d'inscription : 13/05/2006

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyJeu 22 Fév 2007 - 2:28

vartan a écrit:


D'un côté du terrain les madrigalistes, Monteverdi dans les cages. Le Néerlandais de Wert entraîneur.
De l'autre les Florentins, Peri gardien de but. Materazzi en remplaçant.
Le terrain est sec, la foule soutient les madrigalistes qui jouent à domicile.
Une sombre affaire de dopage au Tiramisù trafiqué fait peser des soupçons sur les Florentins.

Les Florentins ont le ballon.

(je tente une approche compréhensible pour Xavier et son équipe du topic foot)

Les premiers, tenants d'une polyphonie comme moyen d'expression des passions d'un seul être, de l'autre avec Bardi, une voix, la monodie, soutenue par la mélodie comme Orphée par sa lyre.
Les premiers exacerbent une dramatisation de la musique, les seconds habillent la tragédie d'une parure musicale. L'issue de ce match sera ambiguë. Les Florentins remportent cette rencontre. Le match retour voit les madrigalistes remporter la coupe.

C'est la victoire du Real de Madrigues ! Mr. Green
Revenir en haut Aller en bas
http://autourdelatartemoder.forumactif.org
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyJeu 22 Fév 2007 - 2:32

entropie a écrit:

C'est la victoire du Real de Madrigues ! Mr. Green

Laughing
Revenir en haut Aller en bas
DavidLeMarrec
Mélomane inépuisable
DavidLeMarrec

Nombre de messages : 91156
Localisation : tête de chiot
Date d'inscription : 30/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyJeu 22 Fév 2007 - 2:43

vartan a écrit:
DavidLeMarrec a écrit:

Et le seria belcantiste prendra pour les Florentins une revanche posthume. (la complexité en moins)

Oui, c'est bien sombre comme fin.
Oui, ça finit mal. Crying or Very sad

Quoique... si on prolonge...

Lully, florentin, crée la tragédie lyrique, "madrigalesque". Et le genre dure tout le XVIIIe. Au dix-neuvième, certes, ce sont des italianisants qui s'installent à Paris, mais le Grand Opéra qu'ils créent est à l'opéra italien ce qu'était la tragédie lyrique au seria, même si l'usage de numéros estompe les différences.

Alors, est-ce vraiment la défaite ?
Revenir en haut Aller en bas
http://operacritiques.free.fr/css/
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyJeu 22 Fév 2007 - 3:06

DavidLeMarrec a écrit:
vartan a écrit:
DavidLeMarrec a écrit:

Et le seria belcantiste prendra pour les Florentins une revanche posthume. (la complexité en moins)

Oui, c'est bien sombre comme fin.
Oui, ça finit mal. Crying or Very sad

Quoique... si on prolonge...

Lully, florentin, crée la tragédie lyrique, "madrigalesque". Et le genre dure tout le XVIIIe. Au dix-neuvième, certes, ce sont des italianisants qui s'installent à Paris, mais le Grand Opéra qu'ils créent est à l'opéra italien ce qu'était la tragédie lyrique au seria, même si l'usage de numéros estompe les différences.

Alors, est-ce vraiment la défaite ?

Je le crois en tout cas en ce qui concerne l'Italie. La France aura permis que cette synthèse de la langue et de la musique puisse encore offrir un art d'un grand équilibre. Il me semble que l'histoire particulière du madrigal, véritable interpénétration de deux science aux climats opposés, la polyphonie des bourguignons du Moyen-âge, austère, intellectuelle, mathématique d'une part et la vivacité, l'affectivité, la passionalità, le plaisir de la langue et du rythme de l'italianité d'autre part a enfanté quelque chose d'exceptionnel. Ces deux arts se sont freinés mutuellement et se sont fondus, la polyphonie s'est vitalisée au contact d'un peuple dont l'exhaltation a trouvé là un contenant qui a structuré sa vocalité. Avec le temps, le deséquilibre en faveur de l'italianité s'accuse, et l'opéra s'affadit (à mon avis), la boursoufflure de l'aria vient saccager tout ce travail.
Je crois qu'il s'agit là d'un espèce de miracle lié au hasard de ces rencontres qui a bénéficié de conditions exceptionnelles: une élite intellectuelle et aristocratique qui a su protéger et encourager un art d'une grande fragilité, qui l'a poussé au nom de la modernité et de l'amour de son milieu naturel.
Revenir en haut Aller en bas
DavidLeMarrec
Mélomane inépuisable
DavidLeMarrec

Nombre de messages : 91156
Localisation : tête de chiot
Date d'inscription : 30/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyJeu 22 Fév 2007 - 3:23

Quelle belle apologie. Very Happy

Oui, je pensais à l'opéra en général, les Italiens sont en effet perdus, du moins pour ceux qui n'ont pas exercé en France, et du moins avant le vingtième siècle. A partir de Puccini (quoi qu'on en pense) et plus encore de Zandonai, Montemezzi, puis Dallapiccola bien entendu, les choses se fondent dans le théâtre musical européen, jusqu'à Sciarrino aujourd'hui.
Revenir en haut Aller en bas
http://operacritiques.free.fr/css/
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyJeu 22 Fév 2007 - 3:25

DavidLeMarrec a écrit:
Quelle belle apologie. Very Happy

plus encore de Zandonai, Montemezzi, Sciarrino aujourd'hui.

Merci. Pour moi des inconnus ! Je n'en suis pas encore là. Confused
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyJeu 22 Fév 2007 - 14:15

ça me parait assez éloquent cette parabole footballistique, un bon raccourci historique qui permet de bien reconstituer les forces en présence!
Quand, comme moi on nage un peu dans la piscine madrigalesque (et la musique des 16è et 17è, ça permet de remettre certaines choses en perspective: ce qui est très surprenant dans le peu que je connais de cette musique c'est l'incroyable chromatisme, les dissonances accumulées, les techniques imitatives, la fluidité des rythmiques si souples, tous éléments qui vont mettre 300 ans à réapparaître dans la musique. Au fond le classicisme des 18è et 19è ne serait-il pas qu'une longue parenthèse où le système se fige, afin qu'il ne se passe plus rien (l'invention de la bienséance?)
Revenir en haut Aller en bas
DavidLeMarrec
Mélomane inépuisable
DavidLeMarrec

Nombre de messages : 91156
Localisation : tête de chiot
Date d'inscription : 30/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyJeu 22 Fév 2007 - 15:13

vartan a écrit:
DavidLeMarrec a écrit:
Quelle belle apologie. Very Happy

plus encore de Zandonai, Montemezzi, Sciarrino aujourd'hui.

Merci. Pour moi des inconnus ! Je n'en suis pas encore là. Confused
Le premier navigue entre Puccini et le Strauss d'Elektra, le deuxième est totalement postromantique, dans un langage musical proche des véristes, mais dans un univers pas du tout vériste, plus proche d'une version italienne du premier Schönberg ou des Maeterlinck.
Le troisième est un compositeur en vue d'opéras aujourd'hui, et ce n'est pas vraiment ma tasse de thé. Je me souviens que Ouannier aimait.
Revenir en haut Aller en bas
http://operacritiques.free.fr/css/
DavidLeMarrec
Mélomane inépuisable
DavidLeMarrec

Nombre de messages : 91156
Localisation : tête de chiot
Date d'inscription : 30/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyJeu 22 Fév 2007 - 15:14

sud273 a écrit:
Au fond le classicisme des 18è et 19è ne serait-il pas qu'une longue parenthèse où le système se fige, afin qu'il ne se passe plus rien (l'invention de la bienséance?)
Aïe aïe ! Pas tout à fait, non. Smile
Revenir en haut Aller en bas
http://operacritiques.free.fr/css/
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyJeu 22 Fév 2007 - 19:31

On y reviendra Sud, mais les dissonances des madrigalistes ont pour but de nous faire ressentir la tonalité par opposition au modalisme existant, le chromatisme de Tristan, de distendre la tonalité vers l'atonalisme. En fait, on a aux deux extrémités de la période où les tonalités règnent le même moyen pour l'accoucher et pour l'enterrer.
Revenir en haut Aller en bas
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyVen 23 Fév 2007 - 17:29

Les derniers noms venus du nord, de Macque, de Monte, de Wert, quittent la scène pour laisser les Italiens reprendre la poursuite de l'aventure.

Rions un peu !

C'est alors qu'intervient une art méditerranéen, italien, qui va féconder le terreau madrigalesque: la Commedia dell'arte.
Le théâtre entre en scène. Le grave et l'aimable s'y cotoient et le naturel du parler s'y exprime avec un bonheur qui appelle la musique. Les madrigalistes l'annexent.

Orazio Vecchi: Italien (Modène 1550 – Modène 1605)

Etudie à Modène, entre dans les ordres puis passe quelques années à Brescia, Bergame, Salo comme maître de chapelle. De retour à Modène, il y devient Maître de la chapelle de la cathédrale puis chanoine de la collégiale de Correggio (1586-91) et archidiacre du chapitre (1591-92). Il y travaille à la révision du Graduel romain avec Gabrieli et Balbi.

Il est également au service de Cesar d'Este en 1598, deux ans plus tard à Rome avec le cardinal Alessandro d'Este et assiste à Florence à un évènement considérable: la représentation de l'Euridice de Peri.

Très attaché à sa ville natale, il décline l'offre de l'empereur Rodolphe II qui lui propose le poste de Philippe de Monte qui vient de mourir en 1603. Evincé par son élève Capilupi (presque « cheveu de loup ») en 1604, il meurt un an plus tard.

Grand compositeur de musique sacrée d'un style sobre marqué par la Contre-Réforme et assez homophone, compositeur également de madrigaux traditionnels (Deux livres à 5 voix et 6 voix).
Mais il est le génial catalyseur et maître de la comédie madrigalesque qui fut initiée par un Vénitien, Giovanni Croce.

Il utilise le ton et la variété de la Commedia dell'arte, ses dialectes, son absurdité, ses contrastes et ses personnages.

Il compose ainsi quatre recueils:
La selva di varria ricreatione de 3 à 10 voix en 1590
L'Amfiparnasso créé à la cour de Modène en 1594
Il Convito musicale en 1597
Le Veglie di Siena en 1604

L'Amfiparnasso reste son chef-d'oeuvre du genre avec une trame comique où les voix contrastées traitées également nous propose un théatre burlesque d'une grande diversité et d'une grande souplesse malgré un contrepoint à 5 voix. Mais ne rêvons pas, ce n'est pas d'une drôlerie effrénée.

Adriano Banchieri: Italien (Bologne 1568 – Bologne 1634)

De l'école vénitienne. Il est fait moine en 1589, bénédictin, il deviendra abbé. Grand organiste, il est membre de l'Accademia Filarmonica. Il écrira sous divers noms d'emprunts: Il dissonante, Attabaliba del Perù, Camillo Scaligeri della Fratta ! Laughing

En relation étroite avec Vecchi et Monteverdi qui lui rendra visite à Bologne, il est un musicien hyperactif, compositeur, interprète, théoricien et enseignant recherché. Il invente la barre de mesure et le chiffrage de la basse continue. Il est aussi philosophe et poète. thumleft

Madrigaliste (1° livre à 5 voix en 1593) il compose aussi des canzonette. C'est avant tout le grand auteur de comédies madrigalesques, drôle et original.

Les madrigaux de ses pièces forment un théatre polyphonique imaginaire d'une action suggérée par la succession de numéros qui ponctuent plus qu'ils n'accompagnent le drame comique.
Son goût pour la parodie l'amènent à composer des pot-pourris des styles musicaux de l'époque:
Il studio dilettevole en 1600
Il zabaione musicale en 1603
Il festino della sera del Giovedi grassa avanti la cena en 1608.
Il y mêle dans des madrigaux à 5 voix une ironie débridée et des moments lyriques inattendus.

Mais son chef-d'oeuvre absolu dans ce genre reste La Barca di Venetia per Padova de 1605 qui relate un voyage entre Venise et Padoue sur la Brenta, sur un coche d'eau qui assurait la ligne régulière entre la Sérénissime et la Terre Ferme. Embarqués sur cet esquif, toute la galerie des personnages propres au théâtre de tréteaux: les Allemands et leur gutturalité, les courtisanes (pour rester polis) et leur bagout, les pêcheurs et les marchands, les touristes et l'avocat, l'étudiant et les deux juifs. Toute cette diversité n'est qu'un pretexte à jouer avec une virtuosité inouïe sur cette peinture de caractères, vivante, humaine, ses accents stéréotypés. De l'humour au second degré puisque le nocher de cet équipage propose en préambule à tout ce petit monde de se mettre à chanter un madrigal dans le style de... Banchieri.

C'est véritablement une pièce d'une belle vivacité, virtuose et piquante, à connaître.

La meilleure interprétation, par l'ensemble Clément Janequin chez HM. Si vous trouvez... Confused



Autre bel exemple de sa production, Il Zabaione musicale qui pastiche différents styles de madrigaux et d'humeurs diverses. Là aussi, grande technique au service du clin d'oeil à ses confrères musiciens. Délectable.
Par contre, une de ses oeuvres les plus connues (en tout cas classiquement relevée): Contrappunto bestiale alla mente, farce animalière où interviennent chat, chien, coucou, hibou, reste une plaisanterie sans grande finesse.


Ce genre comique est malgré tout une impasse évolutive, sans lendemain. Mais elle révèle d'une part la maîtrise atteinte par ces moyens polyphoniques capable de peindre une immense palette d'émotions, une virtuosité accomplie derrière ces plaisanteries de carabins, et d'autre part elle donne une assurance aux derniers madrigalistes qui s'engagent plus sûrement sur le projet du drame en musique.
Revenir en haut Aller en bas
Jules Biron
Noctambule
Jules Biron

Nombre de messages : 12381
Age : 29
Date d'inscription : 23/02/2007

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyVen 23 Fév 2007 - 17:42

Bon sujet, bravo !! (je crois que j'ai tout lu, mais il y a tellement d'informations que c'est difficile de tout retenir !)

J'ai chez moi un disque des King's Singer, avec des madrigaux de Dowland, Byrd, mais aussi 6 ou 7 madrigaux italiens :
Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 B000002SGT.01._SCLZZZZZZZ_
Moi j'aime beaucoup, mais je ne sais absolument pas ce qu'il vaut au point de vue de l'interprétation study
Revenir en haut Aller en bas
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyVen 23 Fév 2007 - 17:49

(Pardon, j'ai édité ton message par inadvertance ! )

Merci, mais c'est là pour ça !
Pour Rooley, c'esttout à fait honnête, dans Monteverdi dont il a fait une intégrale.
Mais il y a nettement plus intéressant comme interprétation.

Le madrigal anglais, je connais moins. Embarassed
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyVen 23 Fév 2007 - 17:53

Citation :
Salo comme maître de chapelle.
120 journées?

Citation :
Il Zabaione musicale
De la cuisine?

Ah oui, Vartan est-ce que tu as de quoi lire les 78t? et connais-tu les versions de Nadia Boulanger?
Revenir en haut Aller en bas
kougelhof 1er
Mélomane averti


Nombre de messages : 487
Date d'inscription : 03/02/2007

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyVen 23 Fév 2007 - 17:55

.


Dernière édition par le Mar 27 Fév 2007 - 16:15, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Xavier
Père fondateur
Xavier

Nombre de messages : 86354
Age : 39
Date d'inscription : 08/06/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyVen 23 Fév 2007 - 17:58

kougelhof 1er a écrit:
Le madrigal est au 16ème siècle ce que les Lieder ou les Melodies sont au 19 ème : c'est-à-dire une oeuvre musicale chantée, de la musique et des paroles. Voilà tout est dit

Je jetterai quand même un oeil à la présenation de Vartan! Mr. Green
Revenir en haut Aller en bas
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyVen 23 Fév 2007 - 17:58

sud273 a écrit:
Citation :
Salo comme maître de chapelle.
120 journées?
Je l'attendais, tu me combles. Laughing

Citation :
Citation :
Il Zabaione musicale
De la cuisine?

Comment de la cuisine ! Le zabaione, terme italien pour sabayon. Une des plus grandes inventions culinaires de l'humanité Oui, Monsieur.

Citation :
Ah oui, Vartan est-ce que tu as de quoi lire les 78t? et connais-tu les versions de Nadia Boulanger?

Non, je suis mal équipé, mais ce qu'en raconte Christie me fait rêver.
Revenir en haut Aller en bas
Rubato
Mélomane chevronné


Nombre de messages : 11649
Date d'inscription : 21/01/2007

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyVen 23 Fév 2007 - 18:04

Et bien moi j'ai tout sauvegardé pour me faire mon petit dossier Madrigal
Merci Vartan thumright
Revenir en haut Aller en bas
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyVen 23 Fév 2007 - 18:06

Merci pour vos encouragements, je vais continuer à travailler alors. Very Happy
Revenir en haut Aller en bas
Rubato
Mélomane chevronné


Nombre de messages : 11649
Date d'inscription : 21/01/2007

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyVen 23 Fév 2007 - 18:42

vartan a écrit:
Merci pour vos encouragements, je vais continuer à travailler alors. Very Happy

J'espère bien.. bounce
Revenir en haut Aller en bas
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyVen 23 Fév 2007 - 18:58

Un petit aparté. Pour jeter une oreille sur ce que conduit comme projet la Camerata Fioretina du Comte de' Bardi...
Un très beau disque, les intermèdes de la Pellegrina, première oeuvre aboutie collective de ce cénacle de penseurs musiciens.

Caccini, de' Cavalieri, Peri font ici leurs premiers pas vers l'Opéra et la monodie, Marenzio et Malvezzi, eux habillent ces tableaux antiquisants de beaux madrigaux polyphoniques.

Comme toujours, difficile à trouver. Un jean-foutre sur Amazon propose ces deux disques pour 100 € !

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 B00000DI13.01._SCLZZZZZZZ_
Revenir en haut Aller en bas
entropie
Muet ventriloque
entropie

Nombre de messages : 4234
Localisation : cherbourg
Date d'inscription : 13/05/2006

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyVen 23 Fév 2007 - 19:04

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 2urlesl Vartan et Merci !
Revenir en haut Aller en bas
http://autourdelatartemoder.forumactif.org
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyVen 23 Fév 2007 - 19:11

Wink
Revenir en haut Aller en bas
DavidLeMarrec
Mélomane inépuisable
DavidLeMarrec

Nombre de messages : 91156
Localisation : tête de chiot
Date d'inscription : 30/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyVen 23 Fév 2007 - 19:21

sud273 a écrit:
Citation :
Salo comme maître de chapelle.
120 journées?
Non, postlogue républicain en 19 mois avec diva obligée.
Revenir en haut Aller en bas
http://operacritiques.free.fr/css/
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyVen 23 Fév 2007 - 19:51

4- L'âge d'or

Brêve et intense apothéose. Le répertoire s'éloigne toujours plus de toute proximité populaire et s'engage dans des jeux d'une grande subtilité affective et psychologique. Le cadre harmonique vole en éclat pour imposer une nouvelle façon de concevoir l'alphabet musical. La tonalité s'affirme dans la deuxième moitié du siècle et les dissonances chères au courant progressiste forme cette sensibilité de l'oreille qui impose une grille de lecture qui ne changera désormais plus.
Les madrigaux de ces dernières années, ces joutes tendres et douloureuses, exacerbées tournent déjà à la guerre d'amour. La théâtralité sous-jacente se révèle peu à peu pour offrir un éventail toujours plus grand de passions humaines.
La nouveauté du récitatif monodique (genere rappresentativo) va progressivement imprégner le genre madrigalesque qui va rompre les limites du cadre polyphonique et va aboutir (conjointement avec les Florentins) à la création de l'Opéra, il dramma in musica.

Avec le néo-madrigal des années 1590 - 1640, les Italiens vont écrire une des pages de leur histoire musicale les plus maîtrisée et sophistiquée, associant une acuité de l'idée dramatique à une facture de composition d'un raffinement extrême, ceci sans verser dans les travers d'un académisme qui fut celui des derniers madrigalistes du Moyen-âge.
Ce genre va féconder en profondeur les trois siècles de musique à venir. Je crois que l'on peut parler ici de révolution plus que d'évolution. En 15 à 20 années, tout le langage musical de l'époque va disparaître pour être remplacé par de nouveaux moyens fortement pérennes.
L'engouement pour le madrigal italien ne se calme pas et les imprimeries vénitiennes tournent à plein régime. Il n'est pas rare de voir les livres de madrigaux réédités des dizaines de fois. Les Allemands après les Français, les Anglais et les Flamands se mettent à faire jouer ces pièces.

Comme on l'a vu, la forme passe de 4 à 6 voix, mais la forme classique est à 5 voix. L'écriture se resserre mais au prix de modulations et d'harmonies osées au service toujours d'une correspondance accusée entre le texte et la musique.
Une panoplie figuraliste qui cherche à traduire en clair et de façon habilement condensée, l'idée, le mot et l'action. Plusieurs niveaux d'écoute donc dans une même phrase musicale. C'est prodigieux, mais peut rester inaudible à qui n'y prête pas l'attention suffisante.
D'un habile art de cour dérivant d'airs populaire, le madrigal s'épanouit en un art intellectuel et émotionnel accompli.

Classiquement on fait référence pour cette période à trois maîtres:

Luca Marenzio
Claudio Monteverdi
Carlo Gesualdo

Il est pour moi difficile de ne pas mettre sur un pied d'égalité

Luzzasco Luzzascchi
Sigismondo d'India


Dernière édition par le Sam 10 Mar 2007 - 0:07, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
kougelhof 1er
Mélomane averti


Nombre de messages : 487
Date d'inscription : 03/02/2007

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyVen 23 Fév 2007 - 20:57

.


Dernière édition par le Mar 27 Fév 2007 - 16:16, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
felyrops
Mélomaniaque


Nombre de messages : 1855
Date d'inscription : 20/12/2006

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyVen 23 Fév 2007 - 21:57

Et à l'apogée du madrigal, Giovanni Legrenzi (lui aussi Maître de Chapelle à la San Marco) n'entre-t-il pas dans la panoplie?
Revenir en haut Aller en bas
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptySam 24 Fév 2007 - 0:18

kougelhof 1er a écrit:
Je lui présente donc mes excuses les plus sincères et les plus plates. Je ne suis pas aussi instruit en musique,

Acceptées volontiers si cela permet de repartir sur de plus saines bases ! Wink

Citation :
il me reste néanmoins les Sciences et l'Amour de la Chair
Sujets d'étude conséquents. Mr. Green



Mais en ce qui concerne le madrigal j'en profite pour donner les références dont je me sers:

Le madrigal italien de Luca Marenzio à Claudio Monteverdi, Georgie Durosoir, Publimuses.
Assez technique, analyse du style en fonction de l'harmonie, s'intéresse aux procédés chromatiques et dissonants pour mettre en relief l'évolution du genre.

Le madrigal en son jardin, Roger Tellart, Fayard.
Histoire naturelle du madrigal italien et anglais, dictionnaire des madrigalistes.

Claudio Monteverdi, Roger Tellart, Fayard.
La bible: biographie, analyse systématique stylistique et technique...

La musique, de la nuit des temps aux aurores nouvelles, Antoine Goléa, Alphonse Leduc.

Encyclopedia Universalis, pour grapiller quelques trucs, pas d'article vraiment intéressant.
Revenir en haut Aller en bas
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptySam 24 Fév 2007 - 0:33

felyrops a écrit:
Et à l'apogée du madrigal, Giovanni Legrenzi (lui aussi Maître de Chapelle à la San Marco) n'entre-t-il pas dans la panoplie?

Je ne connais pas les madrigaux de Legrenzi. Mais il sort du cadre stylistique de la Renaissance et de ses transformations. Il est bien postérieur à l'apogée du madrigal qui voit ses plus belles réussites autour de l'année 1595. C'est presque un siècle plus tard que Legrenzi accède à Saint-Marc.
Il y a d'autres compositeurs qui ont continué à composer des madrigaux, mais la forme en est fixée et elle reste un exercice pour les compositeurs qui s'entraînent au contrepoint. Un des derniers, Antonio Lotti dont je vous avais proposé un extrait de son Requiem en BT. En 1705 il publie un livre de madrigaux d'une grande qualité expressive et dans le respect stylistique de la vieille science du XVIième. Raillé par ses pairs, il s'en tint là. Fin de l'histoire.
Revenir en haut Aller en bas
kougelhof 1er
Mélomane averti


Nombre de messages : 487
Date d'inscription : 03/02/2007

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptySam 24 Fév 2007 - 1:14

.


Dernière édition par le Mar 27 Fév 2007 - 16:15, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptySam 24 Fév 2007 - 1:34

C'est par Christie (ce disque) que j'ai découvert Monteverdi à l'époque de sa sortie je crois. AUjourd'hui je n'écoute plus du tout, c'est vivant mais ça passe à côté du propos, c'est flou, approximatif et ici la précision est indispensable.

Mais question époque c'est pile entre Janequin qui meurt 10 ans avant la naissance de Monteverdi et Charpentier qui lui naît l'année même de la mort de Claudio.

Mais j'essaierai de faire un sujet sur "comment écouter le madrigal" parce que c'est pas évident. Longtemps je n'ai rien compris et rien ressenti à écouter ça.
Revenir en haut Aller en bas
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptySam 10 Mar 2007 - 22:13

Luca Marenzio (Coccaglio près de Brescia 1553 - Rome 1599)

Elève de la maîtrise du Duomo de Brescia, il servit le cardinal Madruzzo à Rome avant de travailler pour le compte du cardinal Luigi d'Este.
En 1589 il est à Florence déjà reconnu (il a publié déjà une quinzaine de livres de madrigaux à 4, 5 et 6 voix), se permet de dédicacer ses oeuvres aux plus grands amateurs du genre: Luigi d'Este, le duc Alfonso II de Ferrare, Lucrezia duchesse d'Urbino, Orsini duc de Braciano, Vincenzo Gonzaga duc de Mantoue, Bevilacqua. Rien que de son vivant on recense jusqu'à 19 réédition de certains de ses livres. Après sa mort, Venise continue de publier ses madrigaux comme de son vivant. Les imprimeries du nord le diffusent à grande échelle, il est aussi un succès de librairie à Anvers (3 rééditions d'une intégrale), Nüremberg (3 rééditions d'une anthologie), Paris pourtant peu enclin à goûter la musique étrangère: deux imprimeurs éditent ses madrigaux.

Il privilégie le genre à 5 voix dont il composera 9 livres étalés des débuts de ses publications (1° livre de 1581) jusqu'à sa mort (9° livre de 1599), les quatre derniers écrits dans ses 5 dernières années, coeur de ses plus belles oeuvres.

Ses goûts poétiques sont éclectiques, de la poésie parfois médiocre, souvent racée, mais toujours de son temps, il délaisse les "anciens". Il favorise Le Tasse, Guarini, Rinuccini de la Camerata Bardi. Il s'intéresse à des thèmes lyriques, sensuels aussi bien qu'à des pièces austères et pathétiques.

Il va travailler avec la Camerata Fiorentina dont il sera un des principaux représentant des polyphonistes. A ce titre il écrit une grande partie des intermèdes de la Pellegrina (sa contribution est de style madrigalesque bien sûr, Peri, Cavalieri et Malvezzi se chargeant des autres parties).

A Rome jusqu'en 1595 où il sert les Orsini dont le pape Clément VIII, il est appelé en Pologne pour servir le roi Sigismond IIIà Varsovie. Il est de retour à Rome en 98 et meurt un an plus tard célébré de tous.

Considéré de son temps comme le meilleur madrigaliste du siècle, il est un exemple pour ses continuateurs (Monteverdi, Schütz, Dowland). Il mène le genre à une perfection qui est déjà proche du baroque. S'il ne peint pas aussi parfaitement et intimement l'âme humaine que Monteverdi, la perfection de sa manière sans académisme, le souci de toujours accorder la forme au fond avec élégance et une grande simplicité, fluidité mélodique qui en fait la figure classique du genre. Quand je l'écoute je me dis qu'il est mon préféré même si ce n'est pas le plus original. Il n'a pas la profondeur émotionnelle de Monteverdi, ni le chromatisme d'un Luzzascchi, nil'expressionnisme déchiré d'un Gesualdo... Mais c'est sans doute le plus équilibré. Il utilise tous les madrigalismes élaborés par ses prédécesseurs sans systématisme: l'attente, l'élan sont des montées vers l'aigu, la tristesse une descente... Mais il reste libre des conventions et sait s'en passer. Il est celui qui apporte la plus grande fluidité prosodique.

Pour revenir à ses quatre derniers livres à 5 voix, ils sont des petits bijoux où l'harmonie s'élargit, plus souple, les dissonances ne sont pas exclues mais sous formes de citations ponctuelles. On quitte la Renaissance et ses tâtonnements, c'est la musique de l'avenir qui est ici clairement entendue.

Son oeuvre monumentale comporte aussi 5 livres de villanelle et des madrigaux spirituels qui ne sont pas à séparer des autres tant il n'y a que le genre de poésie qui diffère, l'esprit y est le même. En gros tout Marenzio c'est du tout bon.

Difficile d'en trouver malgré l'achèvement parfait de cette production, c'est malheureux ! Deux beaux enregistrements:

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 B00005QCYN.01._SCLZZZZZZZ_ Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 B00001P4TO.01._SCLZZZZZZZ_
Revenir en haut Aller en bas
sofro
Tonton
sofro

Nombre de messages : 2268
Localisation : LYON
Date d'inscription : 19/09/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyDim 11 Mar 2007 - 11:22

vartan a écrit:
Considéré de son temps comme le meilleur madrigaliste du siècle, il est un exemple pour ses continuateurs (Monteverdi, Schütz, Dowland). Il mène le genre à une perfection qui est déjà proche du baroque. S'il ne peint pas aussi parfaitement et intimement l'âme humaine que Monteverdi, la perfection de sa manière sans académisme, le souci de toujours accorder la forme au fond avec élégance et une grande simplicité, fluidité mélodique qui en fait la figure classique du genre. Quand je l'écoute je me dis qu'il est mon préféré même si ce n'est pas le plus original. Il n'a pas la profondeur émotionnelle de Monteverdi, ni le chromatisme d'un Luzzascchi, nil'expressionnisme déchiré d'un Gesualdo... Mais c'est sans doute le plus équilibré. Il utilise tous les madrigalismes élaborés par ses prédécesseurs sans systématisme: l'attente, l'élan sont des montées vers l'aigu, la tristesse une descente... Mais il reste libre des conventions et sait s'en passer. Il est celui qui apporte la plus grande fluidité prosodique.

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 0033 Je vais écouter pour voir...
Revenir en haut Aller en bas
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyDim 11 Mar 2007 - 12:55

Wink

Le sixième livre disponible par la Venexiana est sans doute le meilleur, mais je suis loin d'avoir entendu beaucoup de Marenzio (1°, 6°, 9° livre et la Pellegrina).
Revenir en haut Aller en bas
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyDim 25 Mar 2007 - 19:05

Luzzasco Luzzaschi (Ferrare, 1545 - Ferrare, 1607)

C'est un élève de Cyprien de Rore qui fera toute sa carrière au service des Este de Ferrare comme organiste puis maître de chapelle. Ses contemporains le considéraient comme un des plus grands organistes d'Italie. Il fut aussi le maître de Frescobaldi.

Il écrivit sept livres de madrigaux à 5 voix (1 à 3 de 1571 à 1582, 4 à 6 de 1594 à 1596, le septième en 1604) et des Madrigali per cantare e sonare à 1, 2 et 3 voix (1601).

Ici aussi on note la forte poussée créatrice autour des années 1595, forte demande du public également.

Ses premiers livres sont des plus classiques, mais à partie du IV° il change sensiblement le caractère expressif de ses madrigaux. Une prise de conscience de la relation du texte et de la musique se lit dans la dédicace qu'il écrit en introduction de son VI° livre dédié à la Duchesse d'Urbino: "La musique n'a pas pour seule fin la jouissance, le plaisir... Mais tous les liens naturels avec sa soeur la poésie; la légèreté, la gravité, la douceur, la plaisanterie, qui sont portées de l'une à l'autre manière si naturelle que bien souvent le poète est musicien et le musicien est poète."

Il a confiance en son génie et l'humanisme de son temps, cherche dans les poètes contemporains l'inspiration qui amène aux mêmes tournures musicales que les maniérismes littéraires. "...que notre époque a conçu la parfaite forme, si différente de l'ancienne que si les premiers représentants revenaient à la vie, ils pourraient à peine la reconnaître." Le grand respect pour la tradition musicale ou poétique est lettre morte. Les musiciens deviennent des chercheurs qui font évoluer la forme à une rapidité telle qu'en une décennie, le madrigal va mourir pour laisser la place à la cantate et à l'Opéra alors même qu'il atteint son apogée. Pourtant il ne se dessèche pas, textes et musiques sont d'une diversité de plus en plus riche. C'est plutôt la richesse de ces ramifications qui entraîne sa fin, qu'une décadence et rétrécissement de l'inspiration comme cela avait été le cas pour la vieille polyphonie. On est bien face à un tournant majeur de l'art musical, comparable aux révolutions romantique ou debussyste.

Cette nouveauté, Luzzaschi la fait porter par le succès extraordinaire du Concerto delle Donne dont il est le principal fournisseur de musique. La tehnique du contrepoint s'efface de plus en plus devant l'autonomie d'une, deux ou trois lignes mélodiques. Publié en 1601, le livre à 1, 2 ou 3 voix est publié avec accompagnement de clavecin totalement écrit pour la première fois. Il s'agit de pièce de stile concertato.
La main droite reprend et suit schématiquement les deux voix du madrigal, la main gauche assure les points forts de la tonalité.
Ce qui est neuf aussi pour les voix, c'est que tout est écrit sans laisser de liberté à l'interprète, tous les madrigalismes et autres ornementations sont conçus dès le geste de l'écriture vocale. Les mots porteurs de ces madrigalismes (Ardore, cantare, lieto...) sont choisis électivement pour porter ces traits de virtuosité jamais atteints jusqu'ici, s'étirant sur plusieurs mesures, l'art du chant italien se confirme, la musique commence à prendre le pas sur la littérature.

Luzzaschi évoque "une nouvelle manière qui, non seulement par sa nouveauté, mais par la perfection de l'artifice, peut prétendre à l'approbation du monde". Modestie ! Mais il reste un grand professeur pour nombre d'élèves et ouvert aux nouveautés: il impressionne Gesualdo, l'encourage à publier et persévérer dans ses propres recherches.


Une parenthèse: Le Concerto delle Donne Principalissime

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Supremes

Avec l'arrivée du duc Alfonso II se constitue un orchestre de chambre de tenu par des dames de l'aristocratie virtuoses du chant. Au cours du temps, cette formation prendra différentes formes, mais la plus illustre est constituée d'un trio féminin dirigé par Laura Peperara avec Lucrezia et Isabella Bendidio. On y trouvera aussi Anna Guarina, la fille du poète Guarini, Tarquinia Molza également poétesse... Elles savaient s'accompagner au luth ou à la viole. Toutes les cours admiraient cet ensemble célèbre dans toute l'Europe. Il est fortement soutenu par Alfonso dès 1567. On pouvait y adjoindre des voix masculines ou le mélanger avec divers instruments pour certains répertoires. Pour le mariage de Gesualdo avec sa seconde épouse Leonora d'Este, soeur d'Alfonso II (il avait quelque peu usé la première et rendi la deuxième malheureuse) on put entendre le Concerto delle donne, le Concerto grande, le Balletto della Duchessa, les Concerti feminili.

La fascination exercée par ces interprètes fut telle que de nombreux compositeurs écrivirent des madrigaux qui leur étaient particulièrement destinés (Marenzio, Gesualdo, de Wert et même Monteverdi chez lequel on retrouve cette virtuosité qui est lancée dans ce cénacle musical. Leur professonnalisme permettait aux musiciens de nouvelles expériences, de sophistiquer l'art du chant.


Je ne saurais bien sûr trop vous conseiller ces superbes pièces du Livre V par La Venexiana.

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 B000026D4V.08._SCLZZZZZZZ_
Revenir en haut Aller en bas
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyLun 26 Mar 2007 - 0:14

Quelques exemples d'écriture madrigalesque pris dans le livre à trois voix de 1601: I' mi son giovinetta

Sans scanner, excusez la qualité, je me débrouille avec mon appareil photo.

Dans le premier exemple, on voit bien l'aboutissement évolutif qui conduit à laisser la main gauche (clavecin) assurer la basse par des gammes entre tonique et dominante, la droite accompagne discrètement les voix.

Les madrigalismes de la voix seule au début de ce madrigal sont nets: sur rido (je ris) une petite descente à la tierce et retour comme un rire, sur canto (je chante) une véritable aria miniature. Typique.


Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Img_1410

Toujours dans le même madrigal, on voit les deux voix dans une sorte de canon se mêler dans des gammes contraires (sur spiego à la première ligne, fin de la portée) et alterner les mélismes. Ce procédé donne l'impression de voix qui s'enroulent l'une autour de l'autre dans un mouvement très sensuel.
Là aussi des madrigalismes typiques sur lieto (joyeux) et ridente (riante)

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Img_1411
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyLun 26 Mar 2007 - 0:54

c'est tout à fait passionnant, même sans en rien connaître (le peu que j'ai écouté se limite à Gesualdo et quelques Monteverdi, même si ce n'est guère mon goût d'emblée, encore que Gesualdo, j'ai un peu creusé à une période, attiré sans doute par le romanesque du personnage, mais aussi par les étrangetés de l'harmonie).
On voit bien se dérouler les biographies et les singularités de tous ces personnages et une richesse insoupçonnée s'y révèle de talents et de destinées, en même temps qu'on envisage les perspectives vers l'opéra et la cantate, ce qui montre, pour parvenir à nous le faire sentir, une connaissance approfondie du sujet, une aisance à le dominer de loin.
C'est très curieux comme en lisant les extraits des partitions, on a par moment la sensation qu'il faut absolument y ajouter une altération (pour que ça tombe dans une tonalité classique) et comme, quand elle arrive enfin, elle est absolument inattendue (le do#et pas le fa dans l'exemple 1)
Revenir en haut Aller en bas
antrav
Papa pingouin
antrav

Nombre de messages : 37304
Date d'inscription : 08/12/2005

Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 EmptyLun 26 Mar 2007 - 1:27

Ce frottement vient altérer l'ensemble bien confiant de ce printemps qui aboutit un peu plus loin à l'ardeur qui s'enfuit comme s'enfuit le printemps. C'est la note qui pince au coeur avant l'annonce du drame. C'est tout l'art du madrigal. Mais on entre dans une période maniériste qui verra se généraliser le chromatisme comme moyen d'expression. Toutes les altérations appellent une résolution qui ne vient pas, tient en haleine et refuse le soulagement de l'oreille. C'est de la musique vraiment érotique.

Gesualdo, Gesualdo ! Romanesque ? Mais c'est un meurtrier épouvantable et sûrement un grand malade ! Laughing

Merci pour le compliment, mais sans ma bibliothèque j'aurais du mal à en parler comme ça, presque rien n'est enregistré ou sinon de rares madrigaux et le plus souvent dans des interprétations "expérimentales" pas convaincantes. Mais ça va s'arranger avec les derniers.
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Le Madrigal italien (1530 - 1640)   Le Madrigal italien (1530 - 1640) - Page 2 Empty

Revenir en haut Aller en bas
 
Le Madrigal italien (1530 - 1640)
Revenir en haut 
Page 1 sur 13Aller à la page : 1, 2, 3 ... 11, 12, 13  Suivant

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Autour de la musique classique :: Musique classique :: Général-
Sauter vers: